Les Secrets Souterrains de Paris : Mégastructures Mystérieuses – Documentaire Histoire - AMP

Notre Histoire
61 abonnés
👋 + de documentaires histoire 👉 http://bit.ly/3lqyFpY 🙏 Abonnez vous !
Tout le monde a déjà entendu parler de Paris et de ses trésors architecturaux. Mais la ville des lumières garde d'autres secrets. En effet, sous ses trottoirs, la capitale française cache des mégastructures mystérieuses, dangereuses et inconnues du public.
Ces constructions souterraines sont uniques et essentielles pour la ville et elles ont représenté des défis colossaux pour leurs constructeurs.
Un voyage abyssal à travers la formidable construction des fondations parisiennes.
"Paris interdit mégastructures souterraines"
Réalisé par : Fabrice Buysschaert
Droits Réservés AMP
#documentaire #histoire #catacombes #paris
Il y a le Paris que le monde nous envie,
avec ses avenues
et ses monuments exceptionnels.
Mais il existe une face sombre de la ville lumière,
un monde étrange et dangereux
dont l'accès est très réglementé
ou strictement interdit au public.
Les souterrains de Paris.
C'est l'endroit mystérieux,
c'est l'endroit que la ville ne veut pas voir,
c'est l'endroit, le monde souterrain,
un monde étrange.
Et si nous plongeons dans les entrailles de la capitale,
à la découverte de ces incroyables mégastructures souterraines ?
Grâce à des autorisations exceptionnelles
et aux images de synthèse,
nous percerons le mystère de l'Opéra Garnier
qui cache dans ses sous-sols
un étrange lac artificiel
à l'origine de la légende du fantôme de l'opéra,
révélée par Hollywood.
Nous dévoilerons l'énigme des catacombes,
la plus grande nécropole du monde,
avec ses millions de crânes et de squelettes
et sa macabre mise en scène.
C'est un grand mélange de parisiens.
Le fémur de X va côtoyer le crâne de Y
et le tibia de Z.
Nous pénètrerons dans les égouts de la ville
long de plus de 2400 kilomètres.
S'il n'avait pas vu le jour,
Paris serait une décharge à ciel ouvert
avec son lot de cadavres.
On va rencontrer des vapeurs extrêmement dangereuses
qui peuvent provoquer l'asphyxie,
qui peuvent provoquer la mort.
Nous descendrons dans les carrières de Paris,
un dédale de galeries souterraines
de 300 kilomètres de long,
longtemps théâtre des trafics.
Depuis des siècles,
elles menacent de s'effondrer
et d'engloutir avec elles
des quartiers entiers de Paris.
Il fallait domestiquer la bête féroce.
La bête féroce, ce sont les carrières.
Voici l'épopée du Paris interdit
et de ses fascinants souterrains.
L'Opéra Garnier,
l'un des plus incroyables monuments de la capitale.
Son faste l'a rendu mythique à travers le monde,
à moins que ce ne soit sa légende
dont Hollywood a fait un chef-d'oeuvre.
Celle d'un fantôme maléfique
qui vit dans ses sous-sols depuis le 19e siècle
au beau milieu d'un lac.
Amoureux fou d'une cantatrice à la voix d'or,
ce spectre serait devenu criminel
parce qu'elle ne l'aimait pas.
Plusieurs faits réels étranges alimentent cette légende.
En 1896,
une danseuse chute d'une galerie de la marche numéro 13
avant de mourir.
À quelques mois d'intervalle,
dans la salle de spectacle,
le grand lustre se décroche
et s'écrase sur le spectateur de la place numéro 13.
Mort sur le coup.
Sous la grande scène,
les sous-sols de Garnier.
D'où le fantôme piloterait ses actions macabres.
Personne n'a jamais croisé son spectre.
Mais la légende s'avère en partie vraie.
Dans la salle qui abrite la machinerie de Garnier,
une trappe.
Totalement interdite, sauf aux sapeurs-pompiers de Paris
qui l'utilisent pour leurs exercices de plongée.
La trappe mène à une cuve gigantesque soutenue par des piliers.
Une hyperstructure souterraine
contenant plus de 6000 mètres cubes d'eau.
Mais à quoi sert ce lac artificiel ?
Que fait-il sous l'Opéra Garnier ?
Pour le savoir,
il faut remonter au 19e siècle avant sa construction.
Nous sommes le 14 janvier 1858.
Ce soir-là,
l'empereur Napoléon III, accompagné de son épouse,
se rend à l'Opéra Le Pelletier dans le Faubourg Saint-Denis.
Le cortège impérial s'engouffre dans le dédale
des étroites rues parisiennes.
Profitant de leur exiguïté,
les anarchistes italiens, mêlés à la foule,
jettent plusieurs machines infernales dans le cortège.
Le couple impérial est miraculeusement épargné.
Mais les explosions provoquent la mort de 8 personnes
et en blessent 142 autres.
Alors évidemment, grande, grande, grande émotion.
Napoléon III manifeste son flegme et son sang-froid
en allant quand même à la représentation
tout en donnant des ordres pour qu'on s'occupe des blessés.
Et la chance fait qu'on arrête très, très vite
l'organisateur de l'attentat,
qui est un Italien qui s'appelle Orsini.
Le responsable, hors d'état de nuire,
Napoléon III n'est pourtant pas rassuré.
Un tel attentat pourrait se reproduire à nouveau.
Car le chemin qui relie le Louvre, où réside l'empereur,
à l'Opéra Le Pelletier,
regorge d'endroits propices aux embuscades.
Au lieu de devoir cheminer dans des petites rues
jusqu'à la rue Le Pelletier
pour arriver à l'opéra ancien tel qu'il existait,
c'était évident pour Napoléon III
qu'il fallait un nouvel opéra.
Un nouvel opéra à bâtir dans la capitale.
Un marché qui aiguise les appétits.
Car un concours sera organisé
et devra départager le meilleur projet.
Contre toute attente, le 30 mai 1861,
le jury choisit le projet d'un illustre inconnu,
Charles Garnier.
C'est la démesure qui a convaincu.
Avec 172 mètres de long, 101 mètres de large,
2156 places,
son opéra est un véritable colosse.
Il y a chez Garnier le désir de plaire à Napoléon III
par le gigantisme.
Dire, voilà, on va faire à Paris
le plus grand opéra du monde actuel.
Ça plaît.
Mais avec un tel projet,
le jeune outsider sait qu'il n'aura pas le droit à l'erreur.
Il l'ignore encore, mais pour gagner son pari,
il va devoir maîtriser les éléments
et créer une incroyable structure souterraine
sous la grande scène de son opéra.
Le lieu du nouvel édifice est vite choisi par l'empereur.
Proche du Palais des Tuileries,
desservi par une large avenue,
il offre un accès direct et sécurisé à la salle de spectacle.
Mais il va poser un problème de taille à l'architecte.
Il y a là d'immenses marécages sur la rive droite.
C'est une région qui n'a été lotie et urbanisée
qu'à partir de l'époque d'Henri IV.
Et donc, il y avait évidemment forcément de l'eau
sous l'emplacement qui avait été choisi
pour la construction de l'opéra.
Les nappes phréatiques pourraient bien contraindre Garnier
à renoncer à sa pièce maîtresse.
Cette gigantesque scène,
capable d'offrir les spectacles les plus grandioses
jamais jouées à Paris.
Car pour répondre aux besoins de la mise en scène,
Garnier a vu les choses en grand.
Au cinquième dessous, la salle des Cabestans
abritera les imposants mécanismes nécessaires
pour actionner les décors.
Les décors qui vont devoir être conçus pour le Palais Garnier
sont beaucoup plus grands que les décors qui ont été déconçus
pour la salle de Pelletier.
Évidemment, comme ces décors sont très grands sur la scène,
ils ont besoin aussi d'espaces de dégagement beaucoup plus grands.
Ce qui est assez impressionnant, c'est l'espace
qui est prévu par Garnier en dessous de sa scène
pour faire descendre ces toiles peintes.
Un espace immense, d'une hauteur de 27 mètres
et qu'il faudra enfouir sous terre.
Il va falloir creuser profondément dans le sol.
Une entreprise qu'on lui promet vouée à l'échec.
Mais l'architecte ne peut se résoudre
sans avoir à revoir ses prétentions à la baisse.
En 1861, Charles Garnier lance les travaux.
Mais lors des fouilles,
destinées à la réalisation des massifs de fondations,
le niveau de la nave phréatique est rapidement atteint.
L'eau envahit tout le chantier,
anéantissant des semaines de labeur.
Le trou des fondations se remplit d'eau.
Comme on est dans des terrains marécageux,
vous creusez et puis l'eau ne vous demande pas
la permission de venir ou pas de venir.
Évidemment, elle s'infiltre, elle vient.
Ces infiltrations dans les sous-sols du futur opéra
sont catastrophiques.
C'est toute la structure
qui pourrait être dangereusement fragilisée
et tout pourrait s'effondrer comme un château de cartes.
Pour sauver son oeuvre, Charles Garnier tente le tout pour le tout.
Il fait installer aux abords du chantier
4 puissantes machines à vapeur.
Durant 9 mois, ces équipes se relaient jour et nuit
pour pomper l'eau hors des fondations. En vain.
Mais dès les premières pluies,
l'eau revient, le niveau d'eau remonte
et c'est quelque chose qui est sans fin.
Et donc il se dit comment je vais faire
alors que l'eau revient sans cesse pour construire tout de même.
Parce que si je construis mes fondations
dans un sol qui est humide, je ne vais jamais réussir
à avoir un bâtiment qui va être sain.
Impossible de venir à bout de la nappe phréatique.
L'architecte est au plus bas.
La construction de l'opéra semble impossible.
Des nuits durant, Charles Garnier ne dort plus.
Mais un jour, tout bascule.
Après avoir dépensé beaucoup d'énergie,
perdu beaucoup de temps et dépensé pas mal d'argent,
il finit par renoncer et accepte la présence de l'eau.
L'idée de génie de Charles Garnier,
puisqu'il lui est impossible de faire disparaître l'eau,
l'a domptée.
Mais comment ?
En créant une autre superstructure, celle-là souterraine.
Une cuve de 6000 m3 sous la gigantesque scène de son opéra
et soutenue par des piliers.
Grâce au poids de l'eau présente dans l'immense bassin,
la nappe phréatique est contenue dans le sous-sol
et ne remonte plus.
Un principe physique et des fondations uniques en leur genre.
Garnier est d'une jeune génération
qui a grandi dans une atmosphère
de développement technique et économique français foudroyant.
Donc faire quelque chose
qui va montrer que le progrès
est quelque chose qui est continu,
qui ne s'arrête pas.
C'est quelque chose qui tient à la philosophie de Garnier.
Ainsi, après être passé à deux doigts du cataclysme,
Garnier a réussi là une véritable prouesse.
En élaborant cette gigantesque cuve,
il va construire son colosse
sur l'un des sols les plus marécageux de Paris.
Depuis, jamais l'édifice n'a rencontré de faiblesse.
Et Charles Garnier a également créé un mythe,
celui d'un opéra construit sur un lac hanté.
L'opéra de Paris n'est pas le seul à cacher
un incroyable souterrain.
Sous l'actuelle place d'Enfer-Rochereau,
un lieu fascinant et effrayant.
À 20 m sous terre,
sur 1,7 km,
la plus grande nécropole du monde.
Les catacombes.
Logées dans les carrières de Paris.
Des milliers de crânes et de fémurs
scrupuleusement ordonnés dans une étrange mise en scène.
Plus de 2 millions de cadavres.
Mais que font ces dépouilles sous les pavés de Paris?
Qui a décidé de les enterrer là?
Comment est né cet effrayant royaume des morts?
Février 1780.
Quartier des Halles.
En cette journée d'hiver,
il flotte dans l'air une puissante odeur de charogne,
dont le voisinage a fait son affaire.
Car ce faubourg abrite l'un des plus anciens cimetières parisiens,
le cimetière des innocents.
Des fosses communes dans un terrain en friche,
pour les nobles comme pour les pauvres.
Au 18e siècle,
le cimetière étant dans un état d'insalubrité
absolument indescriptible.
Le cimetière des saints innocents servait à l'inhumation
des morts de 22 paroisses parisiennes.
Des fosses qui ne tardent pas à déborder littéralement.
Les cadavres sont dévorés par les cochons
et les chiens errants.
Et de curieux phénomènes sont signalés dans les caves environnantes.
Les gaz provenant de la décomposition des cadavres
sont si importants qu'ils filtrent à travers les murs
et éteignent les chandelles de suif.
Dans la rue de la lingerie, une odeur terrible
provenant d'une échoppe intrigue le voisinage.
Alors, c'est le quartier des Halles au 18e siècle.
C'est pas très propre.
Pour que des gens du quartier des Halles trouvent que ça sentait pas bon,
c'est que vraiment l'odeur devait être assez extraordinaire.
Et là, devant les yeux médusés de tout le monde,
spectacle d'horreur, le mur du fond de la cave a cédé
et les cadavres en décomposition
étaient en train de glisser dans la cave.
La cave d'un commerçant qui a pignon sur rue
envahie par des dépouilles.
Le choc est brutal. On craint les épidémies.
Une pétition est adressée à Jean-Charles-Pierre Lenoir,
lieutenant général de police.
Dans l'urgence, il impose que les murs des caves
soient tendus de chaud et avertit Louis XVI
de l'urgence de la situation.
Une mesure de salubrité publique, c'est l'ordre du roi.
Tout simplement, on décide de fermer.
Mais la question qui se posait immédiatement,
mais où va-t-on mettre ces ossements?
Que faire de plus de 500 000 cadavres?
Le roi Louis XVI presse le préfet de police
de trouver une solution.
Le seul endroit qui peut accueillir autant de dépouilles,
les anciennes carrières de la plaine de Montrouge.
À 20 m sous terre, restent maintenant
à transférer les centaines de milliers d'ossements.
Jamais dans l'histoire, une opération
d'une telle envergure n'avait été envisagée.
Le 7 avril 1786.
À la nuit tombante,
les premiers transports quittent le cimetière des innocents.
6 ans après sa fermeture.
Des convois d'ossements quittaient le quartier des Halles
et traversaient l'île de la Cité
pour monter sur la montagne Sainte-Geneviève
et gagner la campagne.
Oui, mais il fallait traverser Paris.
On craignait que les habitants de Paris se mettent.
Mais qu'est-ce qu'on fait de nos morts?
Pour éviter le scandale,
des prêtres et des enfants de chœur se joignent au cortège
chantant tout du long l'hymne des morts.
Ainsi, durant 15 mois,
des centaines de milliers de corps traversent la capitale
jusqu'à leur dernière demeure, les anciennes carrières.
C'est par cet endroit
que sont tombés des millions d'ossements.
Des ossements qui faisaient quand même une chute de 20 m,
ce qui n'est pas rien, avec un bruit très particulier.
Dans l'ombre des galeries,
les ossements, jetés à même le sol,
s'entassent sur des centaines de mètres.
Riches, pauvres, jeunes, vieux, célébrités ou inconnus,
tous logés à la même enseigne.
Les ossements se mélangent,
donc c'est un grand mélange de Parisiens.
Le fémur de X va côtoyer le crâne de Y
et le tibia de Z.
On a des écrivains comme Charles Perrault,
on a des personnages révolutionnaires comme Robespierre.
Tous ces noms sont des personnalités
qui hantent le lieu, mais qu'on ne saurait identifier.
Le puits est refermé,
interdit d'accès au public.
Les catacombes glissent alors quelques années dans l'oubli.
En 1804, le pouvoir est entre les mains
d'un général des armées, Napoléon Bonaparte.
Couronné empereur, il ordonne
que l'on remette de l'ordre dans sa capitale.
De l'Arc de Triomphe au Canal de l'Ourc,
tout ne doit être que splendeur.
Une tâche qui incombe aussi
à l'inspecteur général des carrières, Éricard de Turie.
Celui-ci est chargé de valoriser
le gigantesque ossoir créé il y a plus de 20 ans.
Quand Éricard de Turie hérite des catacombes,
il n'y a aucun aménagement.
C'est vraiment un lieu de stockage des ossuaires.
Il est face à un amoncellement d'ossements
qui sont très vaguement localisés par provenance de cimetières.
Mais il n'y a pas d'installation
qui est faite par ses prédécesseurs.
Fortement influencé par la littérature gothique anglaise
qui donnera naissance au célèbre Frankenstein,
l'inspecteur des carrières
tombe aussitôt amoureux des catacombes.
Persuadé que ce lieu doit être rendu au public,
il met en place un projet inédit dans l'histoire de l'humanité.
Le premier musée dédié à la mort,
fait des ossements de millions de Parisiens.
La technique de montage qu'a choisie Éricard de Turie,
c'est vraiment la technique, d'une part, des carrières,
c'est-à-dire on fait une façade
qui fait avec les os les plus solides,
c'est-à-dire les fémurs et les crânes,
et derrière, on va mettre le vrac, c'est tous les ossements
qui ont été fragmentés par la chute de 20 m qu'ils ont subi
au moment du transfert d'ossements dans le sous-sol.
Les travaux durent des mois.
1,7 km de galeries sont aménagées
sur 11 000 m2.
La plus grande nécropole du monde est née
et elle est artistique.
Conscient du potentiel de son oeuvre,
Éricard de Turie ne veut rien laisser au hasard.
Pour marquer les esprits, il soigne le moindre détail.
Gravure, hôtel,
mise en scène macabre,
tout est fait pour impressionner le public.
Il veut en faire un lieu
où on ressent de l'effroi, de la fascination,
de la peur, du respect.
Il veut créer un lieu insolite, unique en Europe,
qu'il faut avoir visité en venant à Paris.
C'est un lieu incontournable dans la visite du touriste du XIXe siècle.
Le 1er juillet 1809,
les catacombes ouvrent au public
et deviennent un lieu mythique de la capitale.
L'empereur d'Autriche,
Oscar de Suède et Napoléon lui-même
descendront dans l'ossuaire labyrinthique.
Les sous-sols de Paris recèlent bien des mystères.
Il existe dans les souterrains de la capitale
un réseau gigantesque.
Les égouts.
Une hyperstructure souterraine
que seuls les égoutiers ont le droit de parcourir.
Il y a 2400 km d'égouts sous Paris.
Il y en a un sous chaque rue et on a tendance à dire
qu'on se promène dans les intestins de la ville.
Les égouts de Paris
s'étendent sur une distance phénoménale.
Les galeries se croisent et s'entrecroisent.
Un parcours sous haute tension.
A chaque interception,
on retrouve le nom des rues sous lesquelles sont situés nos ouvrages.
Ca, c'est le seul repère que nous ayons pour nous orienter.
Si nous n'avons pas ces plaques,
vous faites 2 km en égout,
vous avez tourné 3 ou 4 fois et vous êtes perdu.
Créer un boyau sous chaque rue de la capitale.
Un défi technique exceptionnel.
Une véritable prouesse
qui date du 19e siècle.
A l'époque, l'enjeu était de taille.
Il fallait sauver Paris d'épidémies ravageuses.
Sauver Paris de la mort.
Au lendemain de la révolution,
la capitale offre une image très différente
de celle que nous lui connaissons aujourd'hui.
La ville est un dédale de ruelles sombres et étroites
dont certaines ne dépassent pas les 2 m de large.
En leur centre,
s'écoule un petit ruisseau.
Des égouts à ciel ouvert.
Paris sent très mauvais.
L'état d'insalubrité de Paris est extrêmement décrié.
On vous parle de la crotte de Paris.
La crotte de Paris, qu'est-ce que c'est?
Il y a tous les produits des pots de chambre
qu'on jette par la fenêtre.
Il y a les cadavres d'animaux,
il y a les restes des cuisines.
Sous terre,
seuls quelques kilomètres d'égout ont été construits.
De base carrée et d'une pente trop faible,
l'eau s'y écoule difficilement et finit par stagner.
Encombrés de matières en décomposition,
ils sont laissés à l'abandon depuis des décennies.
On va rencontrer ce que l'on appelle des exhalaisons,
c'est-à-dire des vapeurs méphitiques extrêmement dangereuses
qui peuvent provoquer l'asphyxie,
qui peuvent provoquer la mort.
Les égouts sont aussi mal conçus et défaillants.
À la moindre pluie, ils débordent.
La totalité des eaux usées se déversent alors dans la Seine,
sans aucun filtrage.
Au cœur même de la capitale,
le fleuve prend alors l'allure d'un indescriptible bourbier.
Il y a le cycle infernal où toutes les déjections,
toutes les saloperies s'en vont dans la Seine,
qui est le véritable égout principal de Paris.
Pourtant, les Parisiens boivent l'eau de la Seine.
Cela a des conséquences dramatiques.
Paris est sans arrêt frappée par des épidémies de choléra.
L'une d'entre elles va décimer
des milliers de Parisiens en 1832.
Si l'infection semble se propager plus rapidement
dans les quartiers populaires,
la maladie frappe indifféremment riches et pauvres.
En quelques mois, l'épidémie fait des ravages.
On dénombre 18 500 victimes.
Dans la capitale,
le nombre de morts dépasse désormais celui des naissances.
Ville insalubre et polluée,
devenue poison pour ses propres habitants.
A petit feu, Paris est en train de mourir.
Au même moment,
à mille lieues de la capitale française, Londres rayonne.
Avec son réseau d'égouts performants,
elle fait figure d'exemple.
Dans ces pubs, on rit volontiers des déboires de Paris,
l'éternel rival.
Pourtant, c'est justement ici
que le salut de la ville des Lumières va se jouer.
Car depuis quelques années, un Français y vit en exil.
Louis-Napoléon Bonaparte,
neveu du célèbre empereur Napoléon Ier.
Comme Napoléon III,
qui n'était pas encore Napoléon III à l'époque,
n'a jamais douté de sa bonne étoile.
Il était persuadé qu'il deviendrait un jour empereur des Français.
Eh bien, dans ses loisirs,
dans son appartement londonien,
il dessinait sur un plan de Paris
les futures transformations qu'il allait faire à Paris
pour que la capitale de la France
soit l'égale de la capitale de l'Angleterre.
Faire de Paris une ville modèle
qui rayonne aux 4 coins du monde.
C'est bel et bien le souhait de Napoléon III
lorsqu'il devient empereur.
En nommant le baron Haussmann, préfet de Paris,
il fait le choix de raser, désenclaver la ville.
Il ne sait pas encore qu'ensemble,
ils vont créer la plus grande construction souterraine de leur temps,
les futures égouts de la ville.
En 1852, le baron Haussmann
se met en quête d'un projet novateur.
Mais aucune des idées qu'on lui propose ne trouve grâce à ses yeux.
Car toutes ont un point en commun,
pomper l'eau directement dans la Seine.
Haussmann est quelqu'un qui aime l'eau.
C'est même quelqu'un d'un peu scandaleux,
figurez-vous, qui prend deux bains par jour.
Et donc, il est absolument contre le consensus qu'il y a,
qui est le consensus qui illustre les médecins,
qui disent que l'eau de la Seine, c'est la meilleure.
Pour exécuter son plan,
le baron Haussmann choisit alors l'un de ses rares alliés,
Eugène Belgrand, polytechnicien
et ingénieur de l'école des ponts et chaussées,
également convaincu de la piètre qualité de l'eau parisienne.
L'ingénieur devra imaginer
un réseau moderne et efficace
pour sortir Paris de ces miasmes.
Un réseau qui convoiera l'eau potable
en même temps qu'il expulsera les eaux souillées.
Eugène Belgrand se met au travail.
Il lui vient alors une idée simple,
mais inédite et économique,
issue de son observation de la nature.
Il fallait que tout puisse se faire par gravité.
Des petites galeries dans les hauteurs
seront connectées à de grands boyaux
qui rejoindront d'immenses collecteurs.
Le tout formera un réseau fonctionnant sans énergie
en utilisant le principe de la gravité.
Personne n'y avait encore pensé.
Première étape du plan Belgrand,
trouver une eau pure à proximité de la capitale.
Le choix de l'ingénieur se porte sur un petit cours d'eau,
la somme soude.
Mais Belgrand, piètre négociateur,
a oublié qu'on ne s'accapare pas si facilement
une si précieuse ressource.
Il va y avoir de très nombreuses oppositions
dans les territoires au sein desquels on va aller chercher les eaux.
Et il est vrai que le premier projet de dérivation
conduit par Belgrand a fait l'objet d'une telle opposition
que Napoléon III a ordonné à Haussmann et Belgrand
d'abandonner ce projet.
Belgrand propose alors à Haussmann
une autre source d'approvisionnement située au sud de Paris.
La vanne.
Une rivière dont la source est à 120 km de la capitale.
Cette fois, pour faire taire toute opposition,
le baron met en place un plan de dédommagement
des populations locales.
C'est donc l'eau de la vanne qui alimentera Paris.
Elle sera transportée grâce à l'aqueduc d'Arcueil,
puis stockée dans un réservoir
situé sur la butte de Montsouris.
Une gigantesque réserve d'eau de 300 000 m3
pensée par Eugène Belgrand.
Deuxième étape du plan Belgrand.
Créer un réseau souterrain qui alimentera tous les Parisiens.
Mais comment le construire ?
Comment ne pas répéter les erreurs du passé ?
Pour trouver des réponses à ces questions,
l'ingénieur dépêche des émissaires dans l'Europe entière.
Ils vont à Londres, ils vont à Berlin,
ils vont à Milan, parce qu'à Milan, il y a un système d'égouts
qui est jugé très performant, et donc ils en reviennent,
alors parfois avec un regard très critique,
mais ils en reviennent aussi avec beaucoup d'idées.
Et une fois de plus, c'est de la capitale britannique
d'où viendra l'inspiration,
sous la forme d'un oeuf.
Les égouts britanniques, ovoïdes,
permettent une meilleure répartition des charges
et donc une meilleure résistance au poids des terres.
Au fond de l'égout,
une cuvette arrondie favorise un meilleur écoulement des eaux.
Si du modèle anglais, l'ingénieur reprend la forme,
il va cependant en changer un aspect essentiel,
la taille.
Les sections les plus petites du réseau parisien
feront 1,80 m de hauteur au minimum,
permettant le passage d'un homme.
Le réseau sera le seul au monde entièrement visitable
et dont l'entretien se fera de l'intérieur.
L'idée de pouvoir faire tout par en dessous,
c'était une idée géniale, en fait.
Quand les canalisations sont enterrées,
on met beaucoup plus de temps à repérer ce genre d'incident.
Nous, en égout, c'est très pratique
de contrôler l'état de l'eau
et de réparer par la suite.
Certains d'avoir trouvé la forme parfaite,
Belgrand dessine le tracé du nouveau réseau.
Son ambition est sans limite,
car chaque rue de la capitale aura droit à son égout.
Ce que Belgrand appelle la canalisation souterraine de Paris
est un chantier qu'on peut qualifier de colossal.
Tous ces travaux qui vont conduire à réaliser des tranchées
en pleine rue pour implanter des égouts,
doivent se faire en même temps que la ville
poursuit ses activités diverses et variées.
Heureusement, Eugène Belgrand profite d'un contexte favorable.
L'énorme chantier d'Haussmann.
Dans son sillage,
il creuse des centaines de kilomètres de galeries.
Et en quelques années seulement,
Paris commence à avoir un visage plus humain.
La Seine n'est plus l'immonde dépotoir qu'elle était.
Et en surface, la ville est en partie assainie.
Et pourtant, un simple grain de sable
pourrait enrayer toute la machine
et ruiner tous leurs efforts.
Car l'eau qui ruisselle dans les égouts
ne suffit pas à évacuer tous les déchets.
Peu à peu, les galeries sont sables.
Et la taille du réseau rend le nettoyage manuel impossible.
Alors pour curer les égouts,
Belgrand va avoir une idée insolite.
En pleine nuit,
un bateau de 5 m de long,
dessiné 150 ans plus tôt par Eugène Belgrand,
est remis à l'eau dans les égouts.
Un bateau dont la fonction n'est pas de naviguer
sur les eaux usées de la capitale,
mais de désensabler des égouts
où s'accumulent débris, ordures,
graisses et gravats de toutes sortes.
A l'avant du bateau, un ingénieux système de cleillettes
crée un barrage sous lequel l'eau s'échappe à haute pression.
La pression de l'eau pousse le sable
et le fait avancer jusqu'à un bassin.
Et au fur et à mesure que le sable s'en va devant,
on lâche le bateau et on le fait avancer de quelques mètres.
C'est ainsi une dune mouvante de 200 tonnes
qui avance dans l'égout à raison de 50 m par jour.
Sans ce bateau,
des centaines d'hommes seraient nécessaires pour en venir à bout.
Un système incroyable
qui n'utilise pour seule énergie que la force de l'eau.
C'était un très, très brillant scientifique.
Et je crois que les qualités de scientifique de Belgrand
ont été absolument fondamentales.
Sinon, qui sait, on boirait peut-être encore de l'eau de la Seine.
Le bateau vanne, les égouts.
Sous la direction de Belgrand,
d'incroyables structures souterraines ont été construites.
Près de 600 km de galeries pour convoyer les eaux usées.
Les Parisiens disposent enfin
d'une eau de source réellement potable.
Des exploits pour l'époque.
Sous le pavé parisien,
se trouve un réseau aussi étonnant que les égouts.
Avec ses avenues, ses passages,
ses cathédrales.
Les carrières de Paris.
Un véritable labyrinthe souterrain creusé à même la roche.
Ce monde, caché aux yeux de tous,
seuls les membres de l'inspection générale des carrières,
les gardiens de ce temple,
ont le droit d'y pénétrer.
Les carrières s'étendent sur un gigantesque territoire.
Le plus grand, appelé Grand Réseau Sud,
est situé sous les 5e, 6e,
14e et 15e arrondissements de Paris.
Le second, plus petit,
25 km environ, dit le 13,
s'étend sous le 13e arrondissement.
Au nord de Paris, les anciennes carrières de Gips
s'étendent de la Butte-Montmartre au Butte-Chaumont.
Ce sont 280 à 300 km de galeries
qui se répartissent sur 3 niveaux
et jusqu'à 27 m de profondeur.
Celui qui s'aventure dans cette Atlantide
prend le risque d'y être enterré vivant,
mais aussi de périr dans un éboulement catastrophique.
Là, on voit très bien la galerie,
donc vous voyez qu'elle est vraiment dans un état assez lamentable.
Donc là, on est vraiment sur des endroits
qui peuvent pas tenir éternellement,
qui finiront par s'effondrer.
Des effondrements qui peuvent atteindre la surface.
Les conséquences sont alors dramatiques.
Un immeuble haussemanien dans Paris de ces étages
qui fissurerait, voire qui s'effondrerait,
qui provoque l'ensevelissement de personnes éventuellement,
mais évidemment, ça pourrait être très dommageable.
Les vides immenses laissées par les carrières en profondeur
menacent Paris depuis des siècles.
Pourtant, des hommes ont osé et osent encore les affronter
pour sauver la capitale.
Le récit des carrières de Paris démarre à la fin du XIIe siècle.
Paris connaît un essor sans précédent
sous l'impulsion de son roi, Philippe Auguste.
Le monarque lance de gigantesques travaux.
Sur l'île de la Cité,
un chantier hors norme vient de voir le jour.
La cathédrale Notre-Dame de Paris.
Tous ces monuments ont été construits
avec des matériaux sortis dans un cercle
dont le rayon n'excède pas 5 km,
donc quelque chose de très proche de la capitale.
Une pierre abondante,
à portée de main et d'une qualité exceptionnelle,
située dans les sous-sols parisiens.
Durant des siècles, les carrières seront désormais
des milliers à creuser avidement la roche,
tendue vers un seul but, l'or blanc de la capitale.
Les bancs de calcaire seront exploités
sur des kilomètres et jusqu'à 6 m de hauteur.
Les carrières laissent dans le sous-sol
de gigantesques vides.
Pour éviter que tout ne s'effondre,
ils vont adopter une méthode, celle des piliers tournés.
Celui-là, bien carré,
mais ils ont nettement tourné autour.
Toute la pierre n'est pas exploitée
de manière à laisser en place
cette masse de pierre.
Ça forme un pilier, un pilier naturel,
façonné par l'homme, bien entendu.
Dès la fin du Moyen Âge, c'était une obligation,
la seule clause de sécurité qui existait.
Conséquence, les carrières doivent renoncer
à près de la moitié du gisement,
un énorme manque à gagner.
Alors, par apas du gain,
nombreux sont ceux qui vont s'affranchir des règles.
La longueur d'un pilier devait correspondre
à la longueur de la galerie qui est à côté.
C'est pas tout à fait ce qu'on observe dans la réalité.
Quand on regarde notre pilier ici et la galerie qui est là,
là, on voit clairement, sans avoir besoin de mesurer,
que la galerie est quand même plus large.
Résultat,
des piliers sous-dimensionnés et des carrières fragilisées.
Une situation d'autant plus dangereuse
qu'une fois le gisement épuisé,
les carrières rebouchent le puits d'extraction
et les carrières tombent alors dans l'oubli.
Il n'en existe aucune carte, aucun registre.
C'est l'endroit mystérieux,
c'est l'endroit que la ville ne veut pas voir,
c'est l'endroit, le monde souterrain, un monde étrange.
Dans l'ombre,
la menace des carrières grandit inexorablement.
Une bombe à retardement.
Au XVIIIe siècle, les carrières sont tombées dans l'oubli
et la capitale compte désormais 500 000 habitants.
Or, 20 m plus bas,
leur état s'est considérablement dégradé.
En 1774,
un gouffre d'une profondeur de 25 m
apparaît pour la 1re fois dans la capitale
sur le chemin royal qui mène à Orléans
au niveau de la rue Saint-Jacques.
L'émotion gagne toute la population.
Cet éboulement a atteint l'espace public.
Une voirie avec des gens qui circulent.
Donc le retentissement était grand.
D'autant plus grand qu'il était suivi
d'autres événements du même genre un peu partout.
Et là, d'un seul coup,
la question a été jugée suffisamment importante
pour monter sur le bureau du roi de France.
Le roi Louis XVI s'inquiète
de voir sa capitale tomber en ruine.
Le péril des carrières devient alors une affaire d'état.
Sans attendre, Louis XVI charge le bureau des finances,
responsable des chemins, de trouver une solution.
Une commission est créée.
Le 15 septembre 1776,
on y place à sa tête un professeur de mathématiques,
Antoine Dupont.
Pour tenter de mettre un terme aux effondrements,
il opte pour une solution simple.
Construire des piliers de soutènement
aux endroits où les ciels de carrières se fissurent.
Mais l'homme, qui n'a aucune notion d'architecture,
semble oublier un détail d'une importance capitale.
On est sur un pilier qui a été édifié sous Dupont.
Il va choisir de faire ses maçonneries
en fonction de l'état de la carrière.
Ça pouvait être ce genre de fissure
qui faisait que Dupont posait une maçonnerie.
Il n'avait pas compris que la charge des bâtiments de surface
reposait aussi sur les carrières.
Résultat, des jardins sont solidement consolidés,
tandis que les bâtiments restent dangereusement
au-dessus de vastes vides.
Pour être un peu méchant avec le bureau général des finances,
ils n'ont pas trouvé la bonne personne.
En effet, les mois passent et la situation ne s'arrange pas.
Un autre homme est alors chargé par Louis XVI
d'expertiser les carrières,
Charles-Axel Guillaumeau du service des bâtiments royaux.
Il y descend pour la première fois
accompagné d'Antoine Dupont.
Au moment où Dupont va descendre
avec la commission des architectes des bâtiments du roi,
en fait, il va mettre en avant le travail qu'il a fait.
Il sent bien qu'on est au début de la création
de l'inspection des carrières
et il aimerait bien être à la tête de ce service.
Pour Guillaumeau, l'incompétence d'Antoine Dupont
ne fait aucun doute.
Sans attendre, il informe sa hiérarchie de la situation.
Son rapport est accablant.
Dupont tient une école de mathématiques.
Il n'a aucune notion de l'art de construire.
Furieux, le roi Louis XVI
écarte aussitôt le bureau des finances et Antoine Dupont.
Il ordonne le 21 mars 1777
la création de l'inspection générale des carrières
et place à sa tête Charles-Axel Guillaumeau.
Au printemps 1777,
après avoir constitué une première équipe,
Charles-Axel Guillaumeau s'enfonce dans les ténèbres du sous-sol parisien.
Avec ses ouvriers,
il parcourt le réseau des carrières.
Effaré par le travail à accomplir.
800 hectares, soit 600 millions de mètres cubes
de vide souterrain à consolider.
Les zones qui étaient en grand danger de tomber,
il les voyait.
On peut imaginer qu'ils ont eu la conscience
de prendre beaucoup de risques
et que ça ne devait pas être assuré.
De toutes les rues parisiennes,
c'est la rue Saint-Jacques qui est la plus préoccupante.
C'est l'une des plus commerçantes et des plus peuplées.
Or, 25 mètres plus bas,
Guillaumeau découvre avec effroi une carrière à double étage.
Les piliers de l'étage supérieur
menacent de faire céder le ciel de l'étage inférieur.
C'est alors toute la carrière
qui pourrait s'effondrer comme un château de cartes.
Au même moment, plus au sud,
c'est l'aqueduc Médicis qui attire l'attention de l'architecte.
L'ouvrage, stratégique,
alimente en eau la noblesse et le clergé.
Mais là aussi, malgré les interdictions,
les carrières ont largement exploité la roche.
Fragilisée, l'aqueduc s'est fissurée.
Dans l'urgence, Guillaumeau part au plus pressé.
Il faut agir là où les carrières sont les plus menaçantes.
Il confie à son équipe
le soin de construire les maçonneries de consolidation.
Armés de pioches,
les hommes s'attaquent aux carrières à la seule force de leurs bras.
Guillaumeau est un donteur dans la cage.
Il fallait domestiquer la bête féroce.
La bête féroce, ce sont les carrières.
La bête est féroce.
Dans cette aventure, Charles-Axel Guillaumeau
perdra des dizaines d'hommes.
Malgré cela, il ne renoncera jamais.
Dans sa maison de la rue des Blancs-Manteaux,
il va échafauder un plan d'une audace folle
qui pourrait bien sauver Paris de la catastrophe.
Là, on est sur le 1er pilier de confrontation
de Guillaumeau, donc 1 G 1777.
Il va choisir de faire ses maçonneries
par rapport au bâti ou par rapport à la charge
qu'il y a en surface.
Pour soutenir les rues et les façades des immeubles en surface,
ce ne sont plus de simples piliers,
mais des galeries entières que Guillaumeau trace
sous l'intégralité des rues.
Tout autour, les vides seront remblayés.
C'est véritablement à ce moment-là
qu'est né ce système extraordinaire
qu'on a appelé la doublure de Paris
où on se différencie de la géographie de la carrière
qui est celle des anciens carriers.
On quitte cette géographie héritée des siècles anciens
pour créer le double en profond
du tracé des rues.
L'architecte charge une équipe constituée de géomètres
de tracer les plans des carrières.
Tandis qu'une autre, constituée de terrassiers,
creuse des galeries de recherche dans la roche
restée inexploitée.
Au total, près de 100 km de galeries supplémentaires
seront ainsi creusées sous les rues de la capitale.
Peu à peu, le réseau devient unitaire.
Guillaumeau et les autres
n'avaient pas vu venir le truc tout de suite.
En perçant des galeries sous les rues,
ils ont mis du temps, quelques années,
à se rendre compte qu'ils favorisaient
d'excellents chemins de circulation
pour rentrer en fraude des tas de bouteilles
chargées de vin, chargées d'alcool.
Épices, tabac, sel.
Les carrières deviennent le théâtre d'un juteux trafic
pour qui veut se soustraire à l'octroi.
Une taxe imposée sur toutes les marchandises
qui entrent dans la capitale.
Une situation que Guillaumeau ne peut tolérer.
Car un tiers du budget de l'inspection générale
des carrières est directement financé par cet impôt.
Alors, pour sauver son projet,
l'architecte va se lancer dans une guerre
contre les contrebandiers en construisant
un véritable mur d'enceinte dans le sous-sol.
Donc là, en fait, on retrouve effectivement en creux
le pendant du trou qu'on a au-dessus.
Donc on avait bien ici un pivot
qui permettait de faire pivoter
une lourde porte en bois sur cet axe.
Malgré son acharnement,
Guillaumeau ne viendra jamais à bout
des contrebandiers qui utilisent son réseau souterrain.
Si son action fut déterminante,
l'architecte ne finira pas non plus l'oeuvre de sa vie,
la consolidation des carrières
à laquelle il se consacrera jusqu'à son dernier souffle,
le 7 octobre 1807.
Les égouts de Paris, les carrières,
les catacombes, la cuve de l'Opéra Garnier,
ces structures souterraines sont peut-être
les plus impressionnantes de la capitale.
Façonnées à la seule force des bras,
elles sont toute l'oeuvre de génie.
En leur temps, elles ont sauvé Paris du marasme.
Aujourd'hui, elles lui assurent toujours
dans le plus grand secret
un rayonnement absolu à travers le monde.
