Grand Angle : le Salon du Livre de Jeunesse de Montreuil fête ses 40 ans !
TV5MONDE Info
49 abonnés
30 nov. 2024
Comment donner aux plus jeunes le goût de la lecture ? C'est l'une des missions du Salon du Livre Jeunesse de Montreuil. 40ème édition, cette année, et le secteur est en plein boom. On en parle dans notre Grand Angle !
Et à mes côtés, en plateau, Sylvie Vassalo, directrice du Salon du Livre de Montreuil.
Salon qui se tient jusqu'au 2 décembre. Bonsoir Sylvie Vassalo.
Bonsoir.
Merci d'être avec nous. Vous n'êtes pas venue seule aujourd'hui.
Et on vous en remercie puisque vous nous avez amené deux pépites.
C'est comme ça que vous appelez les lauréats et les lauréates du Salon du Livre Jeunesse de Montreuil.
Puisqu'avec nous il y a Marie Boisson, autrice de bande de ciné.
Et vous êtes pépite d'or cette année avec ce livre, Bianca et la forêt des parents égarés.
On va en parler dans un instant.
Et à vos côtés, Gwen Legac, illustratrice, qui a remporté la pépite du livre illustré
pour des siècles et des siècles, co-réalisé avec Christophe Honoré.
Merci aussi à toutes les deux d'être avec nous.
Sylvie Vassalo, je voudrais tout d'abord vous poser cette question.
On dit souvent que la lecture est en perte de vitesse, notamment auprès des plus jeunes.
Mais quand on regarde les chiffres, 400 éditeurs, 2000 auteurs-illustrateurs, 200 000 visiteurs attendus.
C'est un secteur en pleine vitalité.
Disons que les statistiques montrent que la lecture recule chez les jeunes en temps, notamment.
Et particulièrement pour les adolescents.
Mais ce n'est pas seulement les enfants et les adolescents.
C'est d'une manière globale.
C'est toute la société.
En même temps, quand on vient au Salon, on voit le bonheur des enfants de lire.
On voit le bonheur des familles.
Je pense que les deux sont vrais.
Il y a une vraie vitalité de la lecture chez les plus jeunes, chez les parents.
Y compris chez les adolescents.
Il y avait énormément d'adolescents et d'adolescentes au Salon aujourd'hui
qui repèrent leurs auteurs de littérature de jeunesse et qui viennent les rencontrer.
Je crois que le secret, c'est la rencontre vivante avec les auteurs et les autrices.
C'est pourquoi je suis contente d'être avec deux très grandes autrices ici.
Justement, Marie Boisson, vous qui avez eu la pépite d'or cette année, j'imagine que vous rencontrez.
Ces lecteurs vous rencontrez, ces jeunes qui vous lisent.
Comment se passe le rapport autrice-lecteur ?
Et ce qu'ils vous disent, ça nous fait du bien de lire.
Qu'est-ce qu'ils vous disent exactement ?
C'est super chouette de rencontrer des jeunes lecteurs, lectrices.
Beaucoup de personnes viennent pour découvrir le livre et ne l'ont pas encore lu.
C'est agréable de discuter pour leur donner envie de lire ce livre.
Et d'autres viennent parce qu'ils l'ont lu et qu'ils veulent l'offrir.
C'est chouette de discuter des différentes interprétations du livre.
Bianca et la forêt des parents égarés, c'est le nom de cette pépite d'or 2024.
Une bande dessinée audacieuse, on peut le dire, qui explore le deuil et les quêtes initiatiques.
Comment est-ce qu'on choisit sa thématique quand on s'adresse à un public jeunesse ?
Pour moi, l'histoire, j'avais envie de parler du fait de se sentir un petit peu seule
malgré le fait d'être très entourée et de se poser plein de questions sur d'où l'on vient.
Bianca, c'est l'histoire d'une ado qui grandit avec sa tante et son cousin
et qui ne sait pas qui sont ses parents.
Et un jour, à la suite d'une rédaction de français qu'elle a à faire,
elle décide de fuguer et de partir à leur recherche.
Et elle va rencontrer tout un tas de personnages qui vont l'aider ou pas à savoir qui sont ses parents.
Et tous les personnages qu'elle rencontre ont la particularité d'avoir été un peu isolée de la société
abandonnée ou exclue d'une certaine façon.
Et elle va se retrouver ou pas dans tous ces personnages-là.
Et voilà, c'est son voyage.
C'est une très belle histoire en tout cas.
Gouane Legac, vous êtes illustratrice et vous avez remporté la pépite du livre illustré.
En préparant cette émission, je me disais qu'aujourd'hui, les plus jeunes sont abreuvés d'images
sur les réseaux sociaux, à la télé, dans les jeux vidéo.
Comment, en tant qu'illustratrice de bande dessinée, on arrive à les capter par l'image ?
C'est exactement le sujet de mon travail à l'image.
C'est vrai qu'on a un projet avec Christophe, mais j'ai aussi mes petites choses que j'aime développer.
Et c'est vrai qu'il y a un flot d'images.
Et que là, l'idée, c'était vraiment de proposer quelque chose.
Mais finalement, les images mentent.
Parce que c'est l'histoire d'un petit garçon qui raconte des salades à sa petite sœur, en fait.
Et du coup, les images sont un peu comme un décor de théâtre.
Et elles ne racontent pas vraiment la vérité.
Voilà, c'est aussi une piste.
Et c'est vrai que les enfants sont...
Enfin, moi, je me suis inspirée de mon enfance.
Tout l'univers, ces encyclopédies où il y avait beaucoup d'images, on était nourris par ça.
Maintenant, les enfants, ils ont accès, c'est vrai, à Internet, etc.
Et du coup, il y a ces images qui sont un peu des lieux communs qui arrivent dans le livre.
Parce que c'est inspiré de ça, du coup, ces choix, voilà.
On dirait des photos presque.
Oui, alors il y a un travail assez mystérieux.
On ne sait pas vraiment, et c'est ce qui m'intéresse aussi, si c'est de la peinture, si c'est de la photo.
Il y a un peu tout ça.
Je peins sur des plaques de verre en laissant un fond dessous.
Donc, il y a un système de couches, un peu de millefeuille, on va dire.
Il y a plusieurs couches.
Quand on ouvre le livre, ça peut paraître assez classique parce qu'il a une forme quand même très...
C'est très réaliste.
Et en même temps, on se pose la question, est-ce qu'on est dans la peinture ?
Est-ce qu'on est dans la photo ?
Il y a ce petit mystère qui plane.
Il y a un mystère qui plane, effectivement.
Sylvie Vassalo, le livre, c'est aussi un excellent vecteur de rapprochement entre les parents et les enfants.
Il y a beaucoup de parents qui se demandent comment je fais pour que mes enfants aient le goût de la lecture.
Qu'est-ce qu'on peut leur répondre à ces parents ?
Je pense qu'effectivement, finalement, peut-être qu'on ne mesure pas à quel point le livre est important dans le rapport entre les enfants et les parents
parce que ce rapport va au-delà du livre.
C'est le temps disponible que des parents peuvent avoir avec leurs enfants pour échanger des émotions et pour construire leur histoire familiale et personnelle.
Donc, peut-être le principal conseil que je peux donner, c'est de leur lire des histoires à haute voix.
Peut-être de ne pas les culpabiliser s'ils n'ont pas envie de lire ou s'ils n'aiment pas lire,
de démultiplier les approches de la lecture, de laisser le plus de livres possible à la maison
et de lire eux-mêmes parce que la lecture, ça se transmet par mimétisme.
Donc, si on est avec un livre ou si on est avec un écran, l'enfant va dans un premier temps répéter la gestuelle de son parent.
Marie Boisson, je crois que vous êtes d'accord avec Sylvie Bassalo.
Je lisais une interview de vous où vous disiez que c'est un temps d'échange important entre les parents et les enfants.
Et vous, dans votre démarche, également artistique, vous essayez de vous adresser aussi bien aux enfants qu'aux parents.
Oui, ce n'est pas forcément volontaire.
C'est pour ça que j'ai beaucoup aimé travailler avec cette maison d'édition, les éditions Mismas.
Au début, il y avait le choix de... Est-ce que j'envoie cette histoire à des maisons d'édition adultes, jeunesse, je ne sais pas vraiment.
Et avec eux, ils m'ont dit, fais ton livre, l'as-lira qui l'as-lira.
Certaines ont une interprétation très adulte de l'histoire et d'autres sont des enfants qui lisent une histoire d'enfant.
Gwen Lugac, il faut être intergénérationnel dans les livres jeunesse.
En gros, les parents peuvent piquer le livre aux enfants.
Oui, je crois que c'est vrai. Nous, on ne s'adresse pas forcément avec Christophe Honoré à un public...
Bon, il y a forcément... Enfin, quand même, mais jamais. Je pense que c'est vraiment un public familial.
Sylvie Vassalo, est-ce que les enfants fréquentent encore beaucoup les bibliothèques, selon vous ?
C'est le premier public, en tout cas, des bibliothèques. Donc oui, ils fréquentent beaucoup les bibliothèques.
Après la crise sanitaire, il y a eu un recul et c'est en train de revenir.
Il y a une politique publique en France du livre qui est quand même assez massive.
Avec le pass culture, par exemple.
Avec le pass culture. Et puis la bibliothèque, c'est le premier lieu de proximité culturelle pour tout le monde, y compris en grande ruralité.
Donc oui, c'est un lieu très fréquenté.
Comment est-ce qu'on peut également répondre aux gens qui nous disent que parfois, le livre, ça coûte trop cher ?
C'est un coût quand même d'acheter certains livres, parfois.
C'est vrai, ça coûte cher pour celui qui l'achète. Et pour autant, ça coûte cher à écrire et à publier.
C'est-à-dire que les auteurs et les illustrateurs, les illustratrices ont du mal à vivre de cet art.
Donc je crois que nous, ce qu'on essaye de faire, en tout cas, c'est d'être du côté de la solution.
Par exemple, au salon, on essaye de démultiplier des opérations avec des chèques lire, avec le pass culture,
pour qu'y compris les enfants qui ne sont pas en situation où les familles d'acheter des livres qui n'ont pas le pouvoir d'achat puissent le faire.
Parce que c'est important de choisir un livre pour devenir lecteur.
Sylvie Bassalo, je voulais aussi vous poser la question, puisqu'on est regardé dans le monde entier, vous le savez.
Comment ça se passe dans les pays hors France, dans les autres pays d'Europe ou dans les pays d'Afrique ?
Comment est diffusé le livre Jeunesse, selon vous, dans ces autres endroits ?
Il y a une très grande disparité de situations à l'échelle internationale.
On peut dire qu'au nord de l'Europe et à l'est de l'Europe, il y a plutôt une activité du livre qui est plus dense qu'au sud.
Il y a malgré tout... Par exemple, on reçoit des éditeurs africains au salon.
Et il n'y a pas forcément une vitalité du marché du livre, mais il y a vraiment une vitalité de la volonté de publier des livres dans chacun de ces pays.
Donc voilà, la France est quand même un pays assez modèle du point de vue de l'édition Jeunesse et de la création Jeunesse.
On a des écoles d'illustration assez fabuleuses. Je crois que vous en êtes toutes les deux des exemples.
Donc oui, on est quand même dans le haut du panier, on va dire.
Dans le haut du panier. Bon, c'est encourageant.
Marie Boisson, qu'est-ce qui fait une bonne histoire pour les jeunes, selon vous ?
Est-ce qu'il y a des petits ingrédients comme ça ?
Et comment on s'inspire justement pour sortir une histoire originale pour le livre Jeunesse ?
J'ai l'impression qu'on cherche tous des choses différentes dans les histoires.
Et ce qui fait une bonne histoire, c'est très personnel.
Pour ma part, c'est la surprise et la générosité.
Il faut que ce soit ancré dans le réel aussi parfois un petit peu pour que chacun s'y reconnaisse.
On peut vraiment aller dans l'imaginaire et l'imaginaire, c'est une source importante aussi pour la Jeunesse.
Je pense qu'il y a forcément du réel dans l'imaginaire.
Après, c'est une lecture très adulte de vouloir trouver des métaphores à chaque fois qu'il y a quelque chose de fantastique et d'imaginaire.
Alors que parfois, une histoire sans forcément théoriser ou aller chercher un sens caché, ça va très bien comme ça aussi.
Gouane Le Gac, j'imagine qu'on a dû vous la poser dix mille fois cette question.
Comment on fait pour devenir illustratrice Jeunesse ?
Est-ce qu'on en vit ? Est-ce que c'est difficile ?
Tout à l'heure, vous l'évoquiez un petit peu, Sylvie Vassalo.
Est-ce qu'on en vit ? Est-ce que c'est difficile ? Est-ce que chacun peut le devenir ?
C'est quoi le secret ?
Moi, c'est un hasard.
Je suis devenue, donc c'est vrai que c'est difficile.
C'est un peu un hasard parce qu'on se connaît depuis très longtemps avec Christophe Honoré.
Et du coup, c'est vrai qu'il m'a proposé d'illustrer son premier livre et que j'ai accepté.
Et que c'est un peu comme ça que je n'ai pas fait d'école pour être illustratrice.
Après, j'ai fait des études artistiques.
Donc, moi, je pense que c'est une question d'envie et surtout de passion.
Mais après…
Et comment on lit l'illustration Jeunesse au texte d'un livre Jeunesse ?
Est-ce que ça se complète ?
En fait, je crois que vous posez des questions, mais il n'y a pas de formule.
En fait, je pense qu'on a toutes nos façons, tous et tous nos façons de travailler,
très différentes certainement.
Et voilà.
Donc, c'est difficile de donner…
De donner une recette miracle.
Oui, je pense.
Et même pour la question qui était posée, c'est vrai que c'est difficile.
Si on connaissait la recette miracle, forcément, tout le monde irait.
Mais je crois que c'est aussi beaucoup de chance.
Beaucoup se la posent, mais il n'y a peut-être pas de réponse à ça.
Qu'est-ce qui vous dit, justement, la première question que vous posent, justement,
les jeunes que vous rencontrez, Marie Boisson ?
Est-ce qu'il y a une question qui revient régulièrement ?
Là, je ne sais pas s'il y a une question qui revient régulièrement.
Sur ton livre ?
D'une manière générale, j'imagine que c'est quand même un art qui…
Sur le métier en général.
Sur le métier, je pense qu'il y a beaucoup de choses qui interrogent.
Oui, ce que les enfants et ados demandent, c'est comment on devient illustratrice,
de manière générale.
D'où ma question d'avant.
Oui.
Moi, j'essaie surtout, quand c'est des jeunes et des ados,
de leur dire qu'il faut forcément se tromper,
il faut forcément faire des dessins moches, il faut forcément rater,
il faut forcément faire des choses qu'on n'aime pas
et que c'est une phase obligatoire dans n'importe quel métier.
Je leur dis souvent, en musique, on ne joue jamais parfaitement bien,
on fait des fausses notes.
En dessin, c'est pareil et en écriture, c'est pareil.
J'essaie de leur dire qu'il faut se décomplexer,
accepter de faire des choses qu'on n'aime pas trop au début
et que c'est en faisant, en étant généreux, en réessayant,
en bidouillant, en se coachant, qu'on y arrive petit à petit.
Ça donne des très, très beaux ouvrages.
On en reçoit beaucoup ici à TV5 Monde.
À chaque fois, je suis étonné par la qualité de ces livres jeunesse.
Sylvie Massalo, 40 ans du Salon du Livre de Montreuil, du livre jeunesse.
Est-ce que vous avez un souvenir qui vous a marqué sur ces dernières années ?
Une évolution particulière, une rencontre ?
Il y a eu beaucoup d'évolutions.
Peut-être ce qui me marque, c'est que cette édition et cette création
tirent des deux côtés de la jeunesse et de l'enfance.
Il y a aujourd'hui beaucoup plus de livres pour les bébés, pour les jeunes
et avec beaucoup de capacités artistiques des auteurs
à s'adresser à des enfants vraiment tout petits.
Il y a eu l'explosion de la littérature pour les adolescents,
une vraie reconnaissance de cette écriture pour eux
et avec une vraie connexion entre le public ado et les auteurs ado.
C'est pour moi la chose la plus marquante.
On le rappelle, le Salon se tient jusqu'au 2 décembre à Montreuil,
juste à côté de Paris.
Merci beaucoup Sylvie Massalo, merci Marie Boisson.
Je répète le nom de cette pépite d'or du Salon,
Bianca et la forêt des parents égarés.
Oui, qui est en ce moment en rupture,
mais c'est possible de le commander sur le site des éditions Mismas.
En rupture, ça veut dire qu'il marche très bien,
donc ça veut dire que c'est un beau succès à venir.
Gwen Legac, des siècles et des siècles,
co-réalisée avec Christophe Honoré, pépite du livre illustré cette année.
Merci en tout cas à toutes les trois d'être venues sur le plateau de 64 minutes.
