Batailles navales en perspective ?
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8 Vues de vidéo·12 janv. 2025
qui nous mène tout droit à notre invité Nicolas Matsuki, directeur de recherche en stratégie navale au sein du Centre d'études stratégiques de la Marine.
Merci d'avoir accepté notre invitation.
Vous êtes l'auteur, aux éditions du Rocher, de ce livre, La confrontation en mer, l'avenir de la stratégie navale.
Dans l'exemple qu'on vient de donner, on est en plein dedans, en mer de Chine méridionale.
Dans ce cas-là, pour protéger sa sécurité maritime, en coopérant,
c'est un axe majeur aujourd'hui de la stratégie des États ?
Exactement. Alors effectivement, dans le cas du Japon, si on prend ce cas très particulier,
le Japon a été le promoteur historique du concept d'Indo-Pacifique qu'il veut libre et ouvert.
Je reprends les termes du concept japonais.
Effectivement, face à ce qui est perçu comme étant une pression croissante militaire de la Chine,
en mer de Chine méridionale, mais aussi dans d'autres régions de cet Indo-Pacifique et notamment du Pacifique,
le Japon a décidé, comme d'autres pays, de renforcer sa coopération navale
dans le but d'établir finalement une meilleure sécurité collective.
Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, avec la montée en puissance de pays comme la Chine,
toutes les puissances navales traditionnelles doivent repenser leur engagement en mer ?
Doivent en tout cas repenser leur positionnement.
C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on est face, depuis à peu près une dizaine d'années,
à un mouvement qui est assez inédit dans l'histoire.
On appelle ça le mouvement du réarmement naval,
qui aujourd'hui touche absolument toutes les zones de la planète.
Alors certaines avec des intensités plus fortes, bien évidemment,
si on pense justement à cette région Indo-Pacifique,
l'intensité est extrêmement élevée, elle est moindre en Amérique latine,
mais quand même, c'est des choses qu'on voit.
Or aujourd'hui, les puissances navales traditionnelles,
on va dire celles de l'espace euro-atlantique,
doivent repenser leur positionnement, repenser la manière dont elles vont coopérer,
repenser leurs ambitions et leurs volontés de présence et de projection
dans un certain nombre de zones de la planète.
Et ça, c'est depuis quand ?
Est-ce que des conflits comme l'Ukraine, par exemple,
qui est une guerre également navale,
avec l'enjeu du contrôle de la mer Noire,
c'est devenu, on l'a vu tout au long de ces derniers mois,
un théâtre militaire majeur ?
C'est ce genre de conflit qui a poussé,
qui pousse aujourd'hui justement la nouvelle stratégie navale dans les pays ?
Alors, on va dire qu'on est face effectivement à triples mouvements.
Le premier mouvement, c'est un mouvement qui est plutôt économique,
c'est-à-dire qu'aujourd'hui,
on n'a jamais eu un monde plus dépendant pour son économie de la mer.
Au niveau du commerce ?
Au niveau du commerce, mais aussi au niveau du transit des flux de données.
Vous regardez que plus de 90% des marchandises,
des échanges internationaux se passent par la mer,
et plus de 98% des échanges numériques se passent par la mer
au travers des câbles sous-marins.
Donc là, c'est, on va dire, la criticité du domaine.
La deuxième chose, c'est ce mouvement de réarmement naval global
qui, en fait, est la manifestation de l'intérêt des États
pour la capacité à sécuriser justement ce commerce,
ces flux de données, ces espaces stratégiques.
Et la troisième chose, ce sont les débordements de puissance
qui donc, si on prend le cas de l'Ukraine par exemple,
vont aussi avoir des impacts extrêmement forts dans le domaine de la mer.
La guerre en Ukraine, si dans le domaine, on va dire, tactique militaire,
elle est avant tout une guerre à héros terrestres,
elle est dans le domaine stratégique avant tout une confrontation navale
puisque l'enjeu, comme vous le mentionniez,
est bien évidemment l'entrée et la sortie de cette mer quasi fermée
qu'est la mer Noire, avec l'importance de l'exportation
à la fois des matières premières agroalimentaires, notamment du blé,
mais aussi, et pas exclusivement depuis la Russie d'ailleurs,
des hydrocarbures qui viennent, eux, plutôt de la région Caspienne
mais qui sortent vers l'Europe et vers le reste du monde par la mer Noire.
Dans ce livre, vous soulignez également une évolution profonde
justement de ce rapport à la mer que vous mentionnez.
La mer qui n'est plus tant comme une zone d'appui au combat terrestre
mais qui est désormais une zone de confrontation.
Je résume un petit peu votre idée qui est très complexe dans votre livre.
C'est exactement ça, c'est-à-dire qu'à la fin de la guerre froide,
les pays de l'espace roi atlantique, globalement les pays de l'OTAN,
se retrouvent dans une situation de suprématie qui est telle
qu'on pense que finalement, plus personne n'aura les moyens
de venir contester à ces pays-là leur suprématie en mer.
Donc la mer devient une zone à partir de laquelle on va pouvoir conduire
des opérations vers la terre, ça porte différents noms
suivant les pays qui vont développer ces concepts-là.
Or, avec ce réarmement naval généralisé et avec notamment
ce qui est un petit peu le parangon de tout ça,
c'est la montée en puissance de la marine de l'armée populaire de libération chinoise,
on se rend compte que cette hypothèse du conflit en mer
et pas du conflit depuis la mer vers la terre,
revient de manière très forte, redevient une réalité potentielle
et que donc les marines doivent se réinterroger et réinvestir
ce domaine du combat naval.
Un mot sur les infrastructures sous-marines,
c'est également un gros dossier de votre livre,
en mer baltique notamment, on y revient,
un câble électrique qui reliait la Finlande à l'Estonie
a été saboté, semble-t-il, c'est une réalité aussi,
la guerre est aujourd'hui aussi sous-marine
avec l'enchevêtrement de câbles essentiels ?
Exactement, on se rend compte qu'aujourd'hui,
en fait, ce qu'on appelle en stratégie navale
la zone des eaux vertes, c'est-à-dire globalement
ce qu'on va identifier aux zones économiques exclusives,
c'est-à-dire ce qui va se trouver entre eux,
je schématise à peu près, mais 24 km des côtes
et 400 km des côtes, est en train de devenir
un endroit particulièrement stratégique et critique
pour nos sociétés.
C'est là où se développent les câbles de télécommunication,
les câbles de transmission électrique,
et on va y revenir sur ce cas de la Baltique,
les plateformes de production gazière, pétrolière,
les parcs éoliens en mer, et on a commencé,
enfin certaines entreprises américaines ont commencé,
des infrastructures de data centers immergés.
On se rend bien compte que pour toutes nos sociétés,
qui sont des sociétés certes terrestres,
mais l'enjeu de criticité se trouve là.
Et en stratégie navale, il y a une particularité,
c'est qu'à partir du moment où on est sous la mer,
l'une des grandes caractéristiques du milieu,
c'est l'opacité.
Savoir ce qui se passe de manière pure et parfaite,
précise et permanente sous la mer, c'est impossible.
Donc pour un État ou pour un acteur qui voudrait
conduire des opérations militaires d'agression
sans être détecté ou sans que celles-ci puissent
être facilement attribuées, le domaine sous-marin
est un domaine idéal.
L'idée d'une flotte fantôme russe, c'est réel ça ?
Comment on fait pour pouvoir naviguer sans se faire remarquer ?
Alors, c'est une flotte fantôme parce qu'en fait,
non pas qu'elle n'est indétectable,
c'est en fait parce qu'elle échappe aux assurances
habituelles maritimes.
C'est-à-dire qu'elle n'est pas enregistrée
dans les assureurs maritimes traditionnels.
C'est de l'administratif en fait.
C'est de l'administratif.
C'est de l'administratif au juridique.
Elle n'est pas fantôme au sens où on ne la voit pas.
On la voit très bien, au contraire.
Mais en fait, elle échappe aux contrôles administratifs,
juridiques et financiers.
C'est pour ça qu'on l'appelle la flotte fantôme.
Merci beaucoup Nicolas Mazouki,
directeur de recherche en stratégie navale
au sein du Centre d'études stratégiques de la Marine.
Merci beaucoup et merci pour ce livre,
je dis très technique, mais néanmoins très intéressant.
Merci beaucoup d'être venu sur notre plateau.
Merci.
