L’Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle (EVARS) est au cœur d’un débat important sur le rôle de l’école et de la famille. Dispensé à seulement 20 % des élèves et sans horaires dédiés, cet enseignement soulève des questions éducatives, sociétales et spirituelles. Pourquoi l’EVARS est-elle si difficile à mettre en œuvre ? Quelle place doit-elle occuper dans le système scolaire ?
Louise Tourret accueille trois invités pour explorer ces enjeux :
🎙️ Lolita Rivé, professeure des écoles et réalisatrice du podcast "C’est quoi l’amour, maîtresse ?" (Binge Audio) 🎙️ Yves Verneuil, historien de l’éducation, spécialiste de l’histoire de l’éducation sexuelle en France 🎙️ Philippe Delorme, secrétaire général de l’Enseignement catholique
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Bienvenue dans Être et Savoir à 20h le lundi sur France Culture et en podcast, une émission
produite avec la collaboration d'Avril Ventura, réalisée par Péré Legra, Ludovic Ogé en
assure la prise de son.
Aujourd'hui, éducation, sexe et politique demandaient le programme.
L'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, les VARS, dont les programmes
devaient être publiés prochainement, devraient, fait actuellement l'objet d'une campagne
de désinformation, mais aussi de contestation plus modérée dans la forme.
Nous allons commencer par en retracer l'histoire avec Yves Verneuil, auteur de Une question
chaude, histoire de l'éducation sexuelle à l'école.
Bravo pour ce titre ! D'abord possible, puis souhaitable, et peut-être un jour effectif,
cet enseignement est aujourd'hui dispensé à seulement 20% des élèves.
Enfin, comme aucun horaire dédié n'est prévu, cela semble peu probable qu'il soit dispensé
à tous les élèves un jour, mais on peut en discuter.
Pourquoi débattre de tout cela alors que c'est un peu un fantôme, cette éducation
à la vie affective et sexuelle ? Parce que le sujet questionne pour certains le rôle
même de l'école par rapport à celui de la famille, et qu'à l'heure où on se parle
de ces critiques, elles sont portées à l'intérieur même du ministère de l'éducation, par Alexandre
Portier, ministre délégué à la réussite scolaire et à l'enseignement professionnel,
et formulées aussi par l'enseignement catholique.
Mais que faudrait-il faire au fond ? Et pourquoi parler de la vie affective, relationnelle
et sexuelle à l'école ? Lolita Rivet, professeure des écoles, est avec nous dans cette émission.
Elle l'explique à sa manière dans un passionnant podcast, c'est quoi l'amour maîtresse ?
Elle nous incite à réfléchir dans une perspective éducative d'égalité aux relations humaines,
à nos désirs et à nos responsabilités, enfin à ce qu'aimer veut dire, et ça aussi,
on va en parler ce soir.
Et on commence avec vous Yves Verneuil, vous êtes agrégé d'histoire, professeur des
universités en histoire de l'éducation à Lyon, deux membres du laboratoire ECP éducation
culture politique, je crois que c'est tout à fait notre sujet ce soir, co-rédacteur
en chef de la revue Histoire de l'éducation, et j'ai dit le titre de votre livre, je l'aurais
dit, une question chaude, c'est l'histoire de l'éducation sexuelle en France au XXe
siècle et au XXIe siècle, ça a été publié aux éditions Peter Lang en 2023.
Alors, un point d'histoire, je l'ai dit, quels sont les principaux jalons de cette
éducation sexuelle, à la vie affective et sexuelle ? Les buts changent avec le temps,
au départ on parlait d'hygiène à la belle époque.
Oui, vous avez raison, effectivement, alors d'abord, c'est une question chaude aujourd'hui,
mais elle est depuis l'origine en fait, depuis que les premiers promoteurs de cette éducation
cherchaient à l'introduire à l'école, ça se passe au début du XXe siècle, effectivement
vous avez raison, à ce moment-là, la question porte plutôt sur l'hygiène, l'hygiène
sexuelle, il s'agit de lutter contre la propagation des maladies vénériennes pour protéger
la race dit-on à l'époque, et ça suscite d'ailleurs d'emblée des oppositions, des
controverses, et on le voit par exemple au fait que dans les premières expériences
liées au lycée Louis-le-Grand à Paris, il y a une association qui s'appelle la
Ligue des Pères de Familles qui proteste, et du coup, la première expérience achoppe
directement, et puis dans les années 1920, le ministre de l'instruction publique à
l'époque organise une consultation, une large consultation, ça existe encore aujourd'hui
ce genre de choses, et puis on s'aperçoit que d'abord, le clergé proteste, l'épiscopat
proteste en 1922, en 1923, mais pas seulement l'épiscopat, c'est pas seulement une
opposition des milieux catholiques, la fédération nationale des associations de parents d'élèves
des collèges et lycées s'oppose en fait à l'idée qu'on introduise l'éducation sexuelle à
l'école, sans parler du fait que le pape a condamné d'ailleurs toute éducation sexuelle
collective en 1929, et bien en 1937, pour la première fois, il y a une circulaire qui est
publiée, qui a été complètement oubliée par l'historien, c'est un texte qui est tombé dans
les objets de l'histoire, parce qu'en fait, les parents d'élèves s'y sont posés, et donc
quelques mois après, cette circulaire a été abandonnée.
Ça vibre vraiment avec l'actualité, on va faire un saut dans le temps, on ne va pas évidemment résumer
tout votre livre, ce serait idiot, et puis en plus j'incite fortement les auditeurs à le parcourir,
c'est extrêmement intéressant, et par exemple, l'histoire de la circulaire fontanée, qui est
vraiment un tournant dans les années 70, en fait c'est post 68 que le sujet s'installe un peu plus
avec des revendications d'élèves, plutôt d'élèves, pour l'éducation sexuelle à l'école.
Vous avez raison, mais simplement, j'ajouterais ceci, c'est qu'en fait, il ne faudrait pas croire qu'il y ait
une relance qui serait due au mouvement de mai-juin 68. Les expériences s'étaient multipliées dans les années
1960 déjà, alors effectivement, il y a une accélération après mai-juin 68, puisque les comités d'action
lycéens ont été nombreux à revendiquer l'introduction de l'éducation sexuelle à l'école.
Pendant qu'il y a l'accélération, et ça suscite d'ailleurs aussitôt de grandes polémiques, et polémiques
qui sont dues aussi au fait qu'il y a une politisation à ce moment-là du sujet, puisque vous avez les milieux,
certains milieux d'extrême gauche qui disent aussi que le pouvoir, comme on dit à l'époque, ne serait pas prêt
à introduire cette éducation à l'école, parce qu'il aurait parti lié avec le système capitaliste qui serait
répressif en matière de sexualité, et puis inversement, vous avez les milieux conservateurs, des gens qui disent
qu'en fait l'extrême gauche cherche à introduire cette éducation pour essayer de faire en sorte que la stabilité sociale
disparaisse, parce qu'en fait ce serait une remise en cause de la famille. Donc il y a une politisation de ce sujet.
Ce qui embarrasse forcément le ministre, qui est pris entre deux feux, c'est Joseph Fontané qui en 73, pour la première
fois, fait une circulaire, même si d'ailleurs on oublie que l'ensemble technique avait été concerné dès 68,
mais cette fois-ci tous les collégiens et les lycéens seront concernés. Il faut quand même ajouter ceci, c'est qu'en fait,
pour la première fois, il y a une introduction de cette éducation à l'école, simplement ils disent aussi d'une part
l'information sexuelle de l'éducation sexuelle.
Et là on est plutôt dans quel objectif éducatif ? Est-ce que c'est la santé ? Est-ce que c'est, comme avec le péril vénérien
des années 20 ? Ou est-ce qu'on est plutôt dans quelque chose de l'ordre de la prévention ? Quels sont les objectifs ? Est-ce qu'ils sont affichés d'ailleurs ?
Oui, il y a une circulaire, donc la circulaire affiche effectivement les objectifs. Vous avez raison de noter qu'il y a un changement
par rapport aux objectifs du début du XXe siècle, puisqu'il ne s'agit cette fois-ci non pas d'objectifs de santé, même si la prévention
continue à figurer parmi les objectifs, mais il y a aussi surtout l'idée qu'il faut accompagner les adolescents dans leur maturation.
Avec l'idée qu'il y a une perte des repères, où plus exactement les normes qui régissaient auparavant la vie sociale sont contestées.
Par conséquent, les adolescents ont besoin qu'on les fasse réfléchir sur ces sujets-là.
Réfléchir ?
Oui, réfléchir, ça signifie qu'il ne s'agit pas de leur donner des normes. L'éducation sexuelle qui est attribuée à l'école ne se fait pas une normative,
il s'agit de faire en sorte que les élèves puissent réfléchir. Mais, avec l'idée qu'il ne s'agit pas non plus forcément de les troubler.
Et de ce point de vue, le ministre, comme il avait à faire face à la fois à des revendications qui estimaient qu'il fallait que les élèves
réfléchissent à leur liberté nouvelle, mais en même temps qu'il y avait des parents d'élèves qui estimaient qu'il n'y avait pas non plus
qu'il y ait une opposition entre ce qui serait dit à l'école et ce qui serait dit à la famille, le ministre a fait en sorte qu'on puisse à ce moment-là
faire en sorte que les élèves aillent dans différents groupes, dans des séances qui seraient différenciées, en fonction de la philosophie de chacun des parents d'élèves.
Et comme les parents d'élèves avaient un droit de veto sur le moment où les enfants pourraient aller dans ces séances,
ça pouvait quand même limiter la réflexion, l'émancipation que les élèves pouvaient avoir par rapport à leur milieu familial.
Je pense que ce contexte historique dans lequel se place l'éducation sexuelle est très très important, c'est pour ça que je voulais en parler en début d'émission.
Vous avez évoqué Yves Verneuil des parents d'élèves, vous avez parlé des pères de famille en restituant l'histoire de l'éducation sexuelle dans les années 1920.
Les pères de famille, on en a parlé le 27 novembre 2024 à l'Assemblée nationale. Écoutez Alexandre Portier.
Je vous le dis à la fois comme élu mais aussi comme beaucoup ici en tant que père de famille, ce programme en l'état n'est pas acceptable et il doit être revu.
Aujourd'hui j'ai trois réserves importantes que je partage avec une totale franchise avec vous.
Premièrement, je m'engagerai personnellement pour que la théorie du genre ne trouve pas sa place dans nos écoles parce qu'elle ne devrait pas y avoir sa place.
Deuxièmement, le militantisme n'a pas non plus sa place dans nos écoles et je veux un encadrement très strict de tous les intervenants qui auront à porter ces sujets dans nos établissements
parce qu'il est hors de question de laisser nos écoles se transformer en terrain militant.
Troisièmement, toutes les notions qui doivent être évoquées dans ces matières doivent être en fonction évidemment du développement de nos élèves
et avec sagesse pour décider avec l'académie des sciences et l'académie de médecine ce qui est le plus approprié. Je vous remercie.
Alexandre Portier, ministre délégué à la réussite scolaire et à l'enseignement professionnel.
Un ministre qui est en désaccord avec la ministre de l'éducation qui défend plutôt les nouveaux programmes.
On attend leur publication pour en décembre. Elle dit qu'un enfant de 11 ans sur 2 a déjà été exposé à des images pornographiques.
Il est donc important d'en parler et d'en parler tôt et que ça doit être obligatoire et effectif.
Je me tourne vers Philippe Portier, responsable de l'ordre. Pourquoi je dis Portier ? Je n'en sais rien.
Parce que c'était Alexandre Portier tout simplement, secrétaire général de l'enseignement catholique.
Je pense à ma question. Vous êtes plutôt Alexandre Portier ou plutôt Anne Genté ?
Je ne répondrai pas de façon très binaire.
Je n'imaginais pas ça.
Vous n'imaginiez pas ça.
Mais je veux bien entendre votre point de vue.
D'abord, je voudrais dire qu'on se réjouit que ce programme s'appelle le programme d'éducation affective, relationnelle et sexuelle,
puisque c'est ce que nous défendons déjà depuis de nombreuses années au sein de l'enseignement catholique.
Et c'est bien ce que nous essayons de mettre en place déjà depuis de nombreuses années.
Par exemple, dans chaque territoire, nous avons déjà un référent d'éducation affective, relationnelle et sexuelle.
Donc pour nous, la question de parler de ces questions-là à l'école ne pose aucune difficulté.
Au contraire, parce que je pense que ça fait partie du rôle de l'école, avec la famille, d'accompagner nos enfants dans la construction affective, relationnelle et sexuelle.
Il y a beaucoup de points que nous partageons et qui sont présentés dans ce programme.
Notamment sur le respect du corps, sur la question de l'intimité, de l'indispensable éducation au consentement, de l'égalité fille-garçon.
Tous ces points-là, nous sommes d'accord avec ce programme.
Et lutter contre, faire de la prévention par rapport à la consultation d'images pornographiques.
Mais au-delà, lutter contre toute forme d'abus ou de discrimination ou de harcèlement.
Nous pensons que c'est vraiment aussi le rôle de l'école.
Nous savons très bien qu'il y a des enfants qui, soit à l'intérieur de leur famille, soit à l'école, soit même entre élèves, peuvent connaître des abus.
Et ça, il faut non seulement les dénoncer, mais les protéger de ça.
Donc il y a des points positifs.
Mais vous avez publié un communiqué de presse.
Mais on a publié un communiqué de presse pour dire qu'il y avait un certain nombre de points qui nous semblaient inquiétants ou qui nous interrogeaient.
Le premier, c'est déjà l'exclusion des parents.
Pour nous, on ne peut pas concevoir ce type de programme sans y inclure et sans y associer pleinement les familles.
Je vais vous donner juste un exemple.
C'est ce que dit l'histoire de ce sujet.
Mais là, ce sont vraiment des programmes scolaires dans les autres matières.
C'est sans doute la difficulté que ce soit un programme scolaire comme un autre.
Parce que je ne pense pas que l'éducation affective, relationnelle et sexuelle soit du même ordre qu'un cours de géographie, d'histoire, d'anglais ou de mathématiques.
Il ne faudrait pas que ce soit défini par un programme. Il faudrait une circulaire pour vous.
Plus précise que les précédentes, sans doute, pour donner des objectifs.
Mais il faut donner une plus grande latitude, notamment pour respecter le rythme de l'enfant.
Chaque enfant est singulier et sur ces questions aussi intimes, aussi personnelles, je pense qu'il faut trouver du commun.
Il faut trouver du commun et il faut trouver une solution pour que ce texte soit acceptable par tous.
Au moins, on va exclure les extrêmes.
Mais si c'est un programme, on ne peut pas réfléchir au fait qu'il soit acceptable.
Sinon, on le fait pour tous les programmes.
Non, parce que ce n'est pas du même ordre que de faire un programme de mathématiques et sur ce sujet particulier,
qui est quand même un sujet qui touche à l'intimité et qui demande à la fois de la délicatesse et une attention particulière pour chaque enfant.
Donc, si vous voulez, là, on a effectivement coincé dans un programme.
J'aurais préféré que s'il y avait un programme où on raisonne en termes de cycle et non pas en termes de classe.
Ça aurait été beaucoup plus intelligent.
Mais le programme va cloisonner les choses.
Mais Philippe Delorme, si c'est un programme, théoriquement, alors j'ai dit 20% des élèves, il n'y aura pas d'horaire dédié.
Mais si c'est un programme, théoriquement, puisque vous faites partie de l'enseignement sous contrat, vous êtes obligé d'appliquer.
Oui, je vais revenir là-dessus, mais j'aurais quand même terminé sur ce qui nous gêne.
Parce que je n'ai pas tout à fait développé les questions qui nous semblent en plus...
Mais on va y revenir. Développez-en une autre, mais ne vous inquiétez pas.
Je crois que la question de la responsabilité de l'enfant, de la personnalité de l'enfant qu'il faut respecter.
Et puis il y a quand même un certain nombre de points qui sont des choix idéologiques et qui nous posent de réelles difficultés.
Ce sont des choix idéologiques qui ne font pas consensus et c'est ça qui est embêtant.
Et donc si vous voulez, par rapport à ça, pour répondre à votre dernière question,
oui, nous respecterons le programme parce que nous sommes soumis au programme.
Mais nous sommes soumis juste en ce qui concerne les notions et compétences.
En revanche, les propositions de démarche et d'activité pour les séances spécifiques, elles nous appartiennent.
C'est la liberté pédagogique.
Alors, on va revenir sur les points que vous appelez idéologiques.
Je crois que ce sera même important d'en décortiquer certains.
Loli, t'es arrivée, on a mis un peu de temps à vous entendre.
J'ai eu beaucoup de mal à choisir un extrait du podcast.
Je dis simplement aux auditeurs de l'écouter.
C'est sur Binge Audio, c'est la concurrence.
Mais c'est très bien.
C'est sur toutes les plateformes.
On peut l'écouter partout.
En tout cas, c'est Binge Audio qui le produit.
Vous, vous avez fait parler vos élèves.
Vous êtes en école primaire.
Ça veut dire que ce sont des élèves plus jeunes.
Et c'est aussi dans sa dimension d'adresse à des élèves plus jeunes que le nouveau programme.
On ne sait pas trop encore ce qu'il va y avoir exactement dedans.
On en a vraiment largement les contours.
Et contesté.
Déjà, première question toute simple.
Pourquoi c'est important d'en parler tôt que l'éducation à la vie affective, relationnelle, bisexuelle ?
C'est important d'en parler tôt parce que les enfants sont confrontés, depuis qu'ils sont nés,
à ces histoires de consentement, à ces histoires de corporalité, de sexualité,
de relation entre eux, mais aussi de violence.
On sait que les enfants vivent énormément de violence,
que ce soit dans les familles, que ce soit dans l'entourage, ou que ce soit à l'école.
Et les violences, elles commencent très tôt.
Et donc, ces sujets-là les concernent bien avant le collège ou le lycée.
Donc on ne parle pas forcément de sexualité pure et dure,
mais par exemple, les enfants de maternelle, pour tous les gens qui ont eu des enfants,
ils savent que les enfants de maternelle découvrent leur corps,
découvrent leur partie génitale, vont les toucher, les découvrir,
trouver que ça fait des sensations, que c'est super.
Et au début, ils n'ont pas du tout cette notion d'inhibition et de se dire
« c'est un truc privé, je vais le faire ».
Donc ils touchent leur partie génitale devant tout le monde.
Donc à l'école maternelle, on est bien obligé de leur en parler.
Et donc pour l'instant, la politique qui a lieu depuis très longtemps,
c'est « touche pas, c'est sale, enlève ta main ».
Donc en gros, on instille la honte et le tabou de la sexualité aux enfants
depuis tout jeune.
Et donc l'idée, c'est de changer un peu de perspective
et de dire aux enfants « bah oui, t'as un corps,
et oui, ces endroits-là, ça peut donner des sensations très agréables et c'est super.
Par contre, ça s'appelle l'intimité.
Donc ça, c'est dans ta chambre, dans la douche.
Pas devant tout le monde.
Et ça, c'est dès la maternelle.
Alors ce qui est assez troublant,
aujourd'hui, les contestations, par exemple,
d'un organisme qui s'appelle le Syndicat de la Famille,
qui est l'héritier de la Manif pour tous,
alors c'est pas du tout l'enseignement catholique.
Ce sont d'autres personnes, je précise bien pour qu'on ne confonde pas.
C'est que la notion de consentement,
c'est Philippe Delorme qui m'en remercie,
c'est que la notion de consentement est retournée.
Leur critique, c'est de dire que les élèves ne consentent pas
à ce qu'on aborde ces sujets.
Ils n'ont pas consenti, je pense que l'arrière-pensée,
c'est que les parents n'ont pas consenti.
Et que donc, on leur impose des discussions
qui peuvent les heurter,
qui ne sont pas de leur âge, etc.
Que répondez-vous à ça ?
Vous soulevez un point important,
qui est qu'en fait, j'ai l'impression que dans ce débat,
ce qui n'a pas encore été pointé du doigt,
c'est qu'il y a des gens qui défendent l'intérêt des familles,
et notamment des parents,
et de l'autre côté, des gens qui défendent l'intérêt des enfants.
Et parfois, ces intérêts-là ne sont pas compatibles.
À partir du moment où des parents d'élèves,
par exemple, de ma classe,
considèrent que je ne dois pas parler à mes élèves
de leurs droits,
ou du fait qu'ils ne doivent pas être violentés,
frappés dans leur famille,
je vais à l'encontre de l'intérêt des parents.
Mais moi, je ne travaille pas pour les parents,
je travaille pour les enfants,
et je travaille pour leur intérêt à eux.
Donc, leur apprendre leurs droits,
qu'ils ne doivent pas subir de violences,
que le consentement,
ça doit régir toutes les relations,
et notamment leurs relations entre eux, à l'école.
C'est pour les enfants qu'on le fait.
Et donc, tous les gens qui défendent l'intérêt des parents,
pour moi, sont à côté de la plaque.
Ce programme-là ne doit pas servir
l'intérêt des parents ou des familles.
Si l'intérêt des parents va dans le sens des enfants,
c'est génial, on fait plaisir à tout le monde,
mais ce n'est pas le but.
Elle est intéressante, cette distinction
parent-enfant, Yves Verneuil,
et aussi l'idée qu'aujourd'hui,
on s'adresse aux plus jeunes.
Ce n'était pas le cas, en fait.
Au départ, quand on parlait d'éducation sexuelle,
on s'adressait plutôt aux adolescents.
C'est ce qui me semble,
même si l'histoire du sujet est tellement riche
que je ne pourrais absolument pas en restituer
tous les aspects ce soir.
Mais le fait qu'aujourd'hui,
on dise que c'est dès le plus jeune âge,
voire dès la naissance,
qu'on est concerné par sa vie,
non seulement relationnelle et affective,
mais aussi sexuelle.
Oui, vous avez raison.
Mais avant de répondre aux questions,
si vous permettez,
je voudrais juste apporter une nuance
à ce qui vient d'être redit.
Il ne faudrait pas que, du coup,
certaines personnes aient l'impression
que l'éducation sexuelle
ressortit des droits des enfants
et qu'on en oublie les familles.
Parce que, du coup,
ça pourrait donner de l'eau au moulin,
si je puis dire,
à ceux qui contestent l'idée que l'État...
Il y a des gens qui affirment
que ce projet crée dans le sens
que l'enfant appartient à l'État
et non pas à la famille.
L'idée, c'est que l'enfant n'appartient à personne.
Oui, on est d'accord.
Mais il faut quand même nuancer l'idée...
Il n'appartient pas à sa famille.
Non, il n'appartient pas à sa famille.
Toutes les circulaires précédentes allaient dans le sens
qu'il fallait associer
et ou informer les familles.
Mais ça, le programme ne l'exclut pas.
D'informer les parents...
Juste d'informer.
Pas d'associer.
Alors associer, vous entendez quoi ?
Les faire venir en cours,
leur demander s'ils sont d'accord ?
Je vais vous dire ce que j'entends par là.
Je pense que ce débat
ne mérite pas d'avoir une posture idéologique
et je pense qu'on doit pouvoir
trouver des terrains, encore une fois,
qui servent le bien commun.
Mais si vous voulez, moi je me mets à la place.
Je suis père de famille.
Je suis grand-père.
Je pense avoir
pas mal traité mes enfants
et je suis sûr que mes petits-enfants sont bien traités.
Donc, partir du postulat
qu'il y a des familles
qui, effectivement, sont déviantes
par rapport à leur attitude...
Ce n'est pas un postulat, ce sont des statistiques.
Oui, mais ces statistiques, c'est quand même...
Moi, je pense à toutes ces familles
qui s'occupent remarquablement
de leurs enfants
et qui sont...
Moi, je trouve que c'est un peu difficile
d'affirmer ça comme ça.
Donc, nous, on ne peut pas concevoir
une éducation
dans ce domaine-là sans associer les familles.
Ça ne veut pas dire qu'elles viennent en cours,
mais ça veut dire, par exemple,
dans le texte, on parle beaucoup de lutte contre le harcèlement.
Bien sûr, l'enseignement catholique
est pleinement engagé dans la lutte contre le harcèlement.
Mais ce qu'on a mis en place
comme formation, on a mis en place
une formation commune, parents
et chefs d'établissement
et après, parents et enseignants,
parce que j'ai observé que dans les questions de harcèlement
scolaire, on s'en renvoyait souvent
la balle. Les parents disent « Mais qu'est-ce que fait l'école ? »
Et puis, les enseignants disent
« Mais pourquoi les parents confisquent pas
le portable des enfants le soir ? »
Eh bien, c'est ensemble qu'on est formés
et qu'on forme les acteurs
éducatifs, avec les parents qui sont
les premiers éducateurs de leurs enfants, on peut pas
leur retirer ça. Certains enfants appartiennent
à personne, ils naissent dans une famille et la responsabilité
de la famille, c'est de l'éduquer et de l'aider
à grandir, à se construire, de construire
un chemin de liberté.
Et dans ce domaine de l'éducation
affective, relationnelle et sexuelle, on sait très bien qu'il y a des familles
même qui sont très très bien, pour qui c'est
difficile d'apporter ces questions.
Je pense qu'on peut très bien associer
les parents, non pas en les faisant venir en classe,
mais en les préparant
à cette séance, à cette séquence
ou à cette séance, autour
de ces questions-là, et les réunir
et travailler avec eux pour leur dire
voilà ce qu'on va faire avec votre enfant, et
essayer peut-être ces occasions d'en
reparler en famille. Et puis il y a des familles aussi
qui ont le droit d'avoir
une pensée en matière
éducative qui est différente de la
pensée unique qu'on voudrait nous imposer.
Alors quelle pensée unique il faudrait
définir, mais si des familles
vous disent, voilà, elles sont complètement
contre, qu'est-ce que vous faites, vous exfiltrez les
enfants ? Non, on n'exfiltre pas,
mais je pense qu'on doit être prudent
et respecter le rythme de l'enfant
comme je disais tout à l'heure, et ne pas
susciter des questions qui ne se posent pas forcément.
Et j'ai trop souvent l'impression qu'on
plaque des questions d'adultes
sur des enfants qui ne se posent pas forcément
ces questions en ce moment-là. Il faut répondre aux questions des
enfants avec sincérité. C'est ce que disent aussi
ceux qui sont pour l'éducation sexuelle.
Je le dis aussi, je suis désolé de vous le dire, parce que c'est la vérité.
C'est intéressant de voir que cette accusation de plaquer
des pensées d'adultes sur les enfants, elle vient des
deux côtés, l'olidarité...
Non, je veux juste répondre sur cette idée, moi je suis tout à fait d'accord
avec vous, monsieur Delorme, il faut associer
les parents, pas pour qu'ils soient d'accord,
mais parce qu'en effet, l'intérêt
de tout ça, c'est qu'il y a une co-éducation et que
ce qui se passe à l'école soit cohérent
avec ce qui se passe dans la famille.
Quand vous dites qu'il y a des familles déviantes,
non, les statistiques, qui ne sont pas les miennes,
qui sont des chiffres officiels, c'est que
80%, plus de 80% des
enfants vivent des violences...
Non, non, je ne vais pas vous laisser dire ça.
C'est pas moi qui le dis, monsieur.
C'est les chiffres officiels de la Fondation de l'enfance.
80% des enfants vivent des violences à la maison,
alors je suis d'accord avec vous, il y a des gradations dans la violence,
mais une fessée reste
une violence, donc à partir du
moment où des parents vous disent que
ils ne veulent pas que vous disiez à leurs
enfants que la fessée est interdite
et qu'ils n'ont pas à en mettre,
il y a des parents qui sont dans le tort
et puis il y a les droits de l'enfant qui sont dans le vrai,
c'est tout. Il n'y a pas de...
Est-ce que chacun fait ce qu'il veut avec ses enfants,
chacun a des principes éducatifs différents ?
Non. À partir du moment où une éducation ne respecte
pas les droits de l'enfant,
ça s'arrête là, en fait. Le débat s'arrête là.
Et je suis tout à fait d'accord.
Jusqu'à l'éducation sexuelle.
Bien sûr, parce que l'information sexuelle, c'est un droit
de l'enfant aussi, de recevoir des informations
sur ses droits.
Yves Verneuil, avant qu'on y revienne, parce que j'ai un son
très intéressant à vous faire écouter, à tous les trois.
Yves Verneuil.
Ce qui est certain, c'est qu'effectivement, il y a un certain nombre de familles
qui, depuis l'origine, refusent l'éducation
sexuelle. Pour plusieurs raisons.
D'abord, comme l'a dit Philippe Delandre, parce qu'il estime que
le degré de maturité des enfants n'est pas le même,
même à classe d'âge homogène.
Parfois, pour des questions de contenu,
aujourd'hui, parfois c'est la question
de la fameuse théorie du genre,
ou pseudo-théorie du genre, qui serait diffusée.
Auparavant, il y avait aussi
certaines qui redoutaient que
le droit à l'avortement soit promu par des associations.
Mais il y a aussi
certaines familles qui, depuis l'origine,
refusent l'idée que l'école
pourrait éduquer, tout simplement.
Et pas seulement la question de l'éducation sexuelle,
mais de façon générale, éduquer.
Comme si l'école devait se branler à instruire, et non pas seulement
aller dans le champ de l'éducation.
Et ça, c'est la fameuse dichotomie instruction-éducation.
Elle existe encore, et certains portent encore
ce débat. On rappelle que la théorie
du genre, en soi,
c'est
une théorie en soi. C'est-à-dire que certains
pensent qu'elle existe, mais dans les faits,
aucun chercheur,
personne ne se réclame partisan de la
théorie du genre. Donc c'est très difficile
de définir ce que ça pourrait être.
Même l'identité de genre est une question
qui crispe. Aujourd'hui,
quand on parle d'éducation sexuelle,
j'ai dit éducation sexuelle pour aller plus vite, on peut dire
évarse, comme ça on n'est pas sexuels.
Moi j'aime bien répéter...
On évacue le mot sexe.
En tout cas, j'en ai parlé avec Nathalie
Bajout, c'est une spécialiste du sexe.
Nathalie Bajout, c'est sociologue et démographe,
directrice de recherche à l'INSERV,
et directrice d'études à l'EHESS.
Elle a mené
avec Armel Arnaud
une étude qui s'intitule
Contexte des sexualités en France en
2023, qui vient tout juste de sortir. Donc les deux
sujets se télescopaient. On a
énormément discuté. Je vous diffuse
trois minutes de cette
passionnante échange que j'ai
eu avec Nathalie Bajout. On a aussi
parlé de droit,
et donc d'identité de genre.
En fait, ça fait partie des droits. Écoutez.
Il y a un peu un télescopage entre
les deux événements,
parce que la publication des premiers résultats
n'a pas été pensée juste
par rapport au projet
sur l'effectivité de l'éducation de la sexualité
à l'école. Mais pour autant,
l'enquête sur les sexualités en France,
un de ses objectifs était de fournir des
indicateurs pour évaluer
la stratégie nationale de santé sexuelle,
qui est en cours de réévaluation en ce moment
dans une de ses nouvelles phases.
Donc, quelque part, l'enquête,
c'est une enquête de santé publique qui vise bien sûr
à produire des connaissances scientifiques sur les sexualités
en France, mais aussi de fournir des indicateurs
et des éléments de réflexion pour les politiques
dans ce domaine. Et donc, on est au cœur
de la question de l'éducation à la sexualité
par le sujet même,
mais d'autant plus que l'enquête
a montré des évolutions assez spectaculaires
au cours de ces dernières années,
et notamment chez les très jeunes,
chez les plus jeunes, chez les 18-29 ans.
Et comme on a un regard un peu
rétrospectif, on voit ce qui se passe dès l'entrée
dans la sexualité, même avant
l'âge de 18 ans, bien sûr,
et en gros, ce qui se passe à partir de l'âge
de 15 ans. Et donc, on voit des enjeux
majeurs qui sont en train de se dessiner
et qui, si besoin en était,
confirment la nécessité
de produire des outils
adaptés pour faire une éducation à la sexualité
à l'école dès le plus jeune âge.
Je crois qu'il y a des thèmes à aborder.
Ensuite, il y a une manière de mener
une séance autour
des questions d'éducation à la sexualité avec les enfants,
de d'abord les laisser parler,
et ensuite de revenir sur des thèmes
si ces derniers n'ont pas été abordés.
Ce n'est pas un programme au choix et on ne va pas
se fixer uniquement sur ce dont les enfants parlent.
Il y a des thèmes à aborder.
Laisser d'abord parler les enfants,
les faire participer,
ce qui est quand même le déabat
de l'éducation à la sexualité.
C'est aussi, je pense, au travail
du Comité européen des droits de l'enfant
qui a travaillé sur ce sujet-là avec des jeunes
en les faisant parler, en regardant
les mots qu'ils utilisent, mais aussi s'accueillir
sur les mots qui font sens pour les petits.
Le mot sexe est extrêmement
polysémique, ils ont pu l'entendre dans
des tas de contextes.
Je ne suis pas personnellement convaincue que ce soit le bon terme,
mais peu importe mon avis
sur le sujet.
Les jeunes et les très jeunes ont déjà
tout un vocabulaire, il faut s'appuyer dessus,
il faut réfléchir aux bons termes à utiliser
pour aborder des questions essentielles
et ne pas enfermer la sexualité
dans ses aspects reproductifs
ni de santé.
L'identité de genre
a été introduite dans le droit
des discriminations,
si ma mémoire est exacte, en 2017
et notamment grâce à une intervention
du défenseur des droits. On parlait avant d'identité
sexuelle et depuis 2017
on parle d'identité de genre.
C'est la loi qui définit
qu'il y a des discriminations.
Un des critères de discrimination
c'est désormais l'identité de genre.
On tourne
toujours autour de la même idée,
dans tous ces débats,
c'est la question de l'égalité
qui est dans notre devise républicaine.
Pour que l'égalité
puisse parvenir,
le droit permet
de faire respecter l'égalité.
Dans cette logique-là,
c'est reconnaître qu'il existe
des discriminations liées au genre
et ne pas vouloir parler de genre.
C'est comme si on disait qu'on ne veut pas parler
d'origine.
On peut prendre les 25 critères de discrimination
que la loi définit et dire
qu'on n'a pas le droit d'en parler.
C'est hallucinant qu'on ne respecte pas
la loi et surtout que ce sont
des conventions internationales
que la France a ratifiées
et qui, en vertu du principe de la hiérarchie
des normes, s'imposent à la France.
Là, il y a un problème
de ne pas vouloir respecter
les droits et les traités internationaux
que la France a ratifiés. C'est un enjeu d'égalité
et l'égalité,
c'est aussi l'école qui est porteuse
de ces valeurs d'égalité dans tous les domaines
et y compris dans le domaine de la sexualité.
On a parlé avec Nathalie Baggio
de valeurs extrêmement fortes,
l'égalité mais aussi le droit
à l'éducation.
On va revenir à l'identité de genre
mais ça me paraît être une bascule
intéressante dans l'appréhension
du sujet. Yves Verneuil,
on peut aussi rappeler que le défenseur des droits,
Jacques Toubon, a
procédé à des recours pour dire
qu'il faut que cette éducation à la vie affective
et sexuelle soit
effective. Ça n'a pas servi
à grand chose mais ça fait partie
aussi de ce qu'on peut mettre
dans le débat
l'idée de droit.
Qu'est-ce que ça vous inspire dans l'histoire
du sujet ?
D'abord,
l'éducation
à la sexualité,
comme on disait
jusqu'à récemment,
elle est inscrite dans la loi,
depuis 2001,
et il semblerait que la loi ne soit pas vraiment bien appliquée.
Il y a eu
une circulaire en 2003,
il a fallu une relance à la suite
des remarques du
HCE, du Haut Comité à l'égalité,
pour que une nouvelle circulaire soit
publiée en 2018, ce qui a d'ailleurs
suscité une vague de fake news
sur les réseaux sociaux.
Une nouvelle circulaire en 2022,
donc il semblerait malgré tout qu'il soit nécessaire
qu'il y ait une relance. Et de ce point de vue,
la question que je me pose,
c'est que du coup
le fait d'établir un programme
sera plus efficace que
une simple circulaire, puisque
les enseignants peut-être lisent davantage les programmes
que les circulaires. C'est surtout que les enseignants
ne sont pas formés à traiter de ces
questions-là. C'est-à-dire que les circulaires,
même si les enseignants veulent les suivre,
là il y a une vraie incapacité structurelle.
Les enseignants n'apprennent
pas à prodiguer
cet enseignement-là. On apprend à faire des maths,
l'histoire du français, on sait comment faire,
on a des manuels. Il est 20h32,
donc c'est aujourd'hui l'heure à laquelle on a abordé
la question de la formation des enseignants,
qui revient dans absolument tous les numéros,
à quelques exceptions. Exactement.
Moi je suis d'accord avec vous, je pense qu'un programme est vraiment
nécessaire, parce que si les circulaires
suffisaient, ça se saurait.
Un programme nécessaire pour que les profs soient contraints,
pour que les chefs d'établissement soient contraints,
et pour qu'il y ait une vraie dynamique qui se mette en place.
Mais ça doit s'accompagner de
la formation des profs, qui pour l'instant n'a pas été du tout
abordée dans tous les discours
politiques. On nous brandit
des petits épouvantails,
mais par contre, mettre de l'argent pour former les profs,
personne n'en parle. Enfin, si,
on en parle. Elle a été réformée, la formation
des profs, mais dans un sens qui déplaît
à la profession. J'ai fait des émissions là-dessus.
Je vous... Allez, on mettra le podcast
en lien sur...
De toute façon, de la formation, je partage l'idée.
Je voudrais quand même revenir sur un point,
parce que vous l'avez pris comme étant
évident et non partagé,
et qu'on ne pouvait pas le partager, sur la question
de la théorie du genre. Alors, je ne veux pas disserter,
savoir si ça existe ou pas. On sait bien qu'il y a eu des études
qui ont été faites sur le genre aux Etats-Unis, et c'est ça qu'on assimile.
Peut-être à tort, mais peu importe.
On sait bien, c'est-à-dire que personne ne se réclame
partisan de la théorie du genre.
Il y a quand même derrière
une pensée... Pour vous, ça existe, donc ?
Oui, absolument. Pour moi, il y a derrière, il y a une pensée
qu'on relève, de séparer
le sexe biologique du genre,
et donc, comme si le sexe biologique n'avait aucune
influence, et que c'était que la société qui construisait
le genre. Eh bien ça, je dis que
le sexe biologique apporte... Et dans ce
programme, ce qui relève
de la détermination du sexe biologique en cinquième, etc.,
et nous avons la même chose en classe de
seconde, que les différences biologiques
entre les femmes et les hommes ne déterminent pas
les expressions, les comportements et les rôles attribués
au genre masculin et féminin. Vous êtes d'accord avec ça ?
Non, pas complètement. Donc, il y a bien
ici une idéologie
qui traverse ce programme,
et là-dessus, nous ne sommes pas d'accord.
Pour vous, Philippe Delorme, l'identité
de genre, qui est donc dans des textes
de loi, c'est un terme qui va trop loin ?
Non, c'est pas ça que je veux dire.
Alors, redites-le-moi.
Je suis pas sûr que le
terme d'identité de genre soit
le plus adapté à l'essai dans ce... D'ailleurs,
la ministre a dit qu'elle allait retirer, donc on va bien voir, mais ça
changera pas le fond. Moi, ce qui me gêne, c'est
de dire à des enfants, ton sexe biologique
ne détermine pas ton genre. C'est ça qui
me gêne. Parce que c'est de dire
que
ce qui est du domaine de la biologie
n'influence en rien la masculinité
et la féminité. C'est pas en rien, c'est ne détermine pas.
C'est très différent.
Tout est dans
là-dedans. On ne parle que du sexe.
Quand on parle du
sexe biologique, on ne parle que du sexe biologique.
On ne dit pas que
naître fille et naître garçon, c'est pas la même
chose. On le dit simplement sur une différence
sexuelle. Je ne partage
pas. Effectivement, nous ne partageons pas.
C'est ce qu'on peut appeler la théorie du genre.
Que vous n'appelez pas la théorie du genre, mais c'est quand même ça qui est derrière.
Qu'est-ce que vous voudriez qu'on dise ? Que le fait de naître
fille ou garçon détermine ce que vous allez faire,
penser, être ? Non, je n'ai pas du tout dit ça non plus.
Mais je dis que quand même, on sait très bien qu'une femme
et un homme, c'est différent. En quoi ?
En beaucoup de choses.
On ne va pas s'enfermer. Vous savez très bien
qu'il y a une complémentarité qui existe.
Et on ne peut pas nier les choses.
Et c'est pas qu'une construction sociale.
Ça, c'est une idéologie, je ne trouve pas.
Je ne suis pas dans l'idéologie, au contraire.
Moi, je suis simplement dans quelque chose
qui reste dans la nature et
quelque chose de naturel.
Il n'y a pas une complémentarité des sexes tout le temps.
C'est la nature ou c'est l'anthropologie chrétienne ?
Parce qu'en fait, dans le texte publié en 2010,
vous ne parliez pas de nature, vous parliez de l'anthropologie chrétienne.
Effectivement. Et vous dénoncez
l'idée qu'il y aurait...
Yves Verneuil, je me permets de rappeler vos noms de temps en temps,
mais je laisse le débat.
Et là, c'était quelqu'un qui
voudrait repousser.
Moi, je voudrais quand même dire que là, je ne me situe pas
comme, en tant que chrétien.
Effectivement, je suis chrétien. Mais je ne me situe pas ça.
Tout ce qu'on a pu dire sur ce programme,
et je rappellerai d'ailleurs que les
AFC sont...
L'appel est...
Alors, l'appel, c'est l'association des parents d'élèves d'enseignement libre
et état confessionnel.
Voilà. Et donc, si vous voulez,
je veux simplement rappeler
que si
nous prenons une position comme ça sur ce programme,
c'est pour tous les enfants.
Y compris les enfants du public.
Ce n'est pas...
Ce n'est pas lié au catholicisme.
C'est parce que nous pensons
qu'il y a dans ce programme des éléments
qui ne respectent pas
l'enfant correctement.
Mais vous parlez de complémentarité
des genres en cours ?
Vous pensez que c'est comme ça qu'il faudrait parler des différences
hommes-femmes ? On peut en parler aussi
en complémentarité, parce que grâce à Dieu, il y a une complémentarité
entre l'homme et la femme.
Je me souviens
d'un de vos prédécesseurs, André Blandin,
qui disait ceci,
qu'il faut se méfier de l'idée de complémentarité
parce qu'à force de parler
de complémentarité, on oublie l'égalité.
On parle d'égalité et de dignité, mais ça aboutit en fait
à une égalité impériale.
Il faut toujours être dans la recherche d'une égalité.
Je suis tout à fait
favorable à ce qu'on lutte contre
les stéréotypes de genre.
Mais si en tant que moi, parent, imaginons
que j'ai un enfant
qui soit dans une école
privée sous contrat d'enseignement
catholique. L'idée de complémentarité
me choque, parce que moi, je ne me sens
pas complémentaire d'un homme.
Elle me choque. Ce n'est pas ma conception
de l'identité de genre. En tant que femme,
je n'ai à être complémentaire d'aucune
personne. D'ailleurs, peut-être ai-je des enfants avec une autre
femme. Dans ces cas-là, qu'est-ce que la complémentarité ?
Qu'est-ce que vous me répondez ? C'est vraiment une question
hyper ouverte et très théorique.
Si je vous dis que
dans le cadre de l'enseignement
qui serait fait à la vie affective et relationnelle,
je ne veux pas qu'on parle de complémentarité.
Je viens de vous dire pourquoi. Qu'est-ce que vous
répondez ? Et vous, ça ne vous choque pas
qu'on impose aux autres ?
Non, non, c'est théorique.
C'est théorique.
Ce n'est pas théorique, ça arrive tous les jours.
On discutera, on parlera.
C'est bien pour ça qu'il faut associer les parents
à cette démarche et qu'on
doit trouver un chemin
d'apaisement dans ce programme.
Aujourd'hui, on n'est pas dans un chemin d'apaisement.
Je voudrais relever un dernier point, si vous permettez.
Après, vous parlerez.
Dans ce document,
on emploie tout le temps le mot liberté et égalité.
Très bien. On ne parle jamais de fraternité.
Vous n'avez pas
une seule fois le mot fraternité.
Ni sororité, d'ailleurs.
Oui, sororité si vous voulez.
La belle vie de la République, c'est liberté,
égalité, fraternité.
On ne parle jamais de fraternité. Or, comment
construire et éduquer
des enfants à la relation si la fraternité
n'est pas au cœur de la relation ?
Ça, c'est une vraie question à mon sens.
C'est intéressant. Je pourrais répondre.
Le lit est arrivé.
Il faudrait avoir comme les politiques.
Je vous fais passer la parole.
Vous avez quelque chose à répondre ?
Oui, parce que moi, je suis dans les classes
devant les élèves et en fait, des questions se posent
clairement. C'est-à-dire que
là, ce que je comprends que vous demandez, monsieur, c'est qu'on
n'aborde pas ces questions de genre avec les enfants.
Et pourtant, les enfants
sont concernés. Donc, ils sont concernés par
les stéréotypes de genre, c'est-à-dire des enfants de qui
on se moque parce qu'ils veulent porter du rose
ou jouer à la poupée.
Des petites filles qui ne correspondent pas non plus à ce qu'on attend
d'elles. Les enfants sont moqués,
exclus, discriminés pour ces questions-là.
Ça, c'est déjà le cas aujourd'hui.
Et puis en grandissant, il y a des enfants, ça arrive
parfois très jeunes pour certains et puis d'autres, c'est plus au collège,
se questionnent sur leur genre.
Donc, ils sont nés garçons, on les appelle
des garçons et puis ils ne se sentent pas garçons.
Des filles, pareil. Et c'est la même chose pour les
orientations sexuelles.
Ils baignent dans un bain d'hétérosexualité
toute leur vie,
toutes les histoires de prince et de princesse,
etc. Et ils ne se reconnaissent pas là-dedans.
Un programme qui permet
d'aborder l'identité de genre
et l'orientation sexuelle, qui ne serait pas la norme,
ça permet
à ces enfants d'exister.
Ça leur permet d'avoir des modèles,
des représentations et des adultes qui leur
parlent de qui ils sont et de ce qu'ils
ressentent. Et ça, c'est très important
parce qu'aujourd'hui, une des principales raisons
de harcèlement, vous en parliez, et d'exclusion
des enfants, c'est l'orientation de genre,
l'orientation sexuelle, pardon, et l'identité
de genre, notamment. Et donc,
il est très important que l'école se positionne
là-dessus. Et notamment l'enseignement catholique...
A 7 ans, madame.
Que l'école se positionne à 7 ans.
On peut être amoureux d'un petit garçon quand on a un petit garçon.
Vous n'êtes pas d'accord ? Non, je ne suis pas d'accord.
Vous n'étiez pas amoureux en primaire, vous ? Je ne suis pas d'accord qu'on
enferme les enfants dans des
stéréotypes d'adultes.
Parce qu'on ne les ouvre pas, vous les enfermez.
Mais ils sont enfermés dans l'hétérosexualité.
Excusez-moi, c'est la même chose.
Vous n'allez pas enfermer
un gamin de 7 ans...
Vous n'allez pas enfermer un gamin de 7 ans...
Pourquoi enfermer, monsieur ?
Je peux terminer ma parole ou pas ?
Dites-moi ce que vous appelez par enfermer.
Lire une histoire d'enfants qui sont amoureux...
Laissez-moi terminer ma phrase, s'il vous plaît, madame.
Je dis simplement que
on ne va pas enfermer un enfant
de 7 ans dans une orientation sexuelle
qui ne peut pas avoir à 7 ans.
Mais ne s'agirait-il pas
de fraternité ?
Est-ce que vous, vous définissez ça comme ça ?
Est-ce que c'est aussi
le lit arrivé ? Bien sûr, ce que moi je dis
aux enfants, ce n'est pas ce que vous pensez, à savoir
il faut aimer les garçons que vous êtes
un garçon, ou il faut aimer les filles. Pas du tout.
Ce que je leur dis, c'est quoi que vous ressentiez.
Quel que soit
ce que vous ressentez au fond de vous,
déjà vous avez le droit de ressentir ça,
c'est tout à fait OK. Et puis,
on vous aime comme vous êtes, et vos camarades
vous aiment comme vous êtes, et on n'a pas le droit de se moquer
de vous, de vous exclure,
ou de vous harceler pour ça. Donc je suis bien plus proche
de la fraternité que vous, je pense, monsieur.
Quand je parle aux enfants,
de tout ce qu'ils peuvent être, et que c'est OK.
Je n'enferme aucun enfant dans quoi que ce soit.
Je voudrais revenir sur la question
de l'égalité.
Moi, évidemment, la fraternité c'est très bien.
Mais, vous avez donc
publié, dans sa main catholique,
un texte en 2010,
pour expliquer quelles étaient vos positions.
Parfois,
un reproche qui vous a été adressé, je ne sais pas
si les fondés voulaient me le dire,
c'est que finalement, vous disiez qu'il fallait lutter
contre l'homophobie, très bien.
Lutter contre l'homophobie, c'est aussi
dire qu'il y a égalité, non seulement des sexes, mais aussi
des sexualités. Est-ce qu'il n'y a pas quand même
une différence entre les deux ?
Ça veut dire l'égalité. Il y a une égalité.
Chaque personne
mérite, doit être
une personne unique, qui doit être respectée
telle qu'elle est. Donc, il y a
une égalité. Il n'y a pas d'inégalité
là-dessus. Mais c'est un grand changement,
dans la société l'égalité des sexualités.
La dépénalisation de l'homosexualité,
c'est 1981.
Et à ce titre, on se demande si ce n'est pas d'ailleurs
la société
qui éduque l'école, et non
l'école qui éduque la société. Parce que
il y a une vraie évolution en fonction
pas seulement du
contexte des textes, mais aussi
de ce qui vibre à l'intérieur
de notre société,
de la manière dont on apprend,
par exemple, l'entrée, l'irruption de la question
du consentement. Finalement, là,
on met ce mot à toutes
les sauces, et je le redis,
il est utilisé par les uns et les autres. Mais tout de même,
c'est quelque chose qui date aussi
de mitous, et pour le coup
super récent, Verneuil.
Oui, vous avez raison.
Il y a effectivement des liens entre
les textes qu'ils ont publiés et les
évolutions sociales. Mais pour
revenir à ce qu'on disait,
pour faire un lien avec
le débat précédent, ce qui est
intéressant de voir aussi, c'est qu'au début, quand on a
cherché à faire introduire
l'éducation à la sexualité, les promoteurs
de cette éducation disaient aussi que ça allait
permettre d'éviter les déviances sexuelles.
C'est ce qu'ils disaient.
Ah oui, on a vraiment changé d'objectif.
En parler, ça permettait d'éviter le refoulement,
par conséquent, on évitait les déviances sexuelles.
Maintenant, au contraire...
C'est bien la société qui change, et l'école avec.
Voilà, dans un cercueil de 2018, au contraire,
on insiste sur l'idée qu'il faut lutter contre l'homophobie
et même la transphobie. Il y a un
changement radical. Je voudrais qu'on aborde, et je sais
que vous avez plein de choses à vous dire, et aussi
à contredire dans les propos des uns des autres.
Je voudrais qu'on aborde le sujet des fake news,
qui sont largement diffusées quand on parle
d'éducation sexuelle,
des polémiques qui sont
très, très instrumentalisées par
une partie de l'extrême droite, mais aussi
de la droite. Ces influences, elles sont très, très
fortes dans deux pays, enfin dans plein de
pays, mais j'en ai choisi deux, le Brésil
et les Etats-Unis. Vous allez entendre,
on peut faire des ponts avec le débat français.
On commence avec Maude Chirieux, qui est spécialiste
du Brésil,
et qui nous reparle de la campagne électorale de
2018. Quelque chose qui n'a pas
été beaucoup connue à l'étranger,
hors du Brésil, c'est la centralité
de la question
de l'éducation,
et en particulier de l'éducation
à la sexualité et à
l'égalité de genre des
enfants dans la campagne qui a
porté Jair Bolsonaro au pouvoir
en 2018.
En particulier, cette question
a été l'objet de la
plus intense campagne de fake news,
puisque la circulation
de fausses nouvelles par WhatsApp, en particulier,
a été au centre de la campagne de Bolsonaro,
et l'idée que
le candidat de gauche, à savoir
Fernando Haddad, qui se substituait
à Lula, alors emprisonné,
avait pour projet
d'hypersexualiser les enfants
à l'école, de réaffecter
les genres, de faire
une école à la masturbation, à
l'homosexualité. C'était un élément
très important, dont un des symboles
qui peut paraître complètement ridicule, mais qui est
une réalité, a été
la fausse nouvelle sur
des biberons dont les tétines seraient
en forme de pénis, pour apprendre
dès la crèche aux enfants
la fédation. Ca a été
la fausse nouvelle la plus mobilisée
par les militants numériques
de Bolsonaro. Cette idée
que la subversion
qu'elle soit morale, sexuelle ou politique
utiliserait l'école
comme espace central d'action
fait partie d'un imaginaire des
extrêmes droites latino-américaines et au-delà
selon lequel
l'art, la culture et l'éducation
seraient les nouveaux espaces de construction
d'une hégémonie culturelle de gauche
qui aurait renoncé
à la voie des armes après la guerre froide,
aurait renoncé à
simplement la bataille strictement politique
et utiliserait désormais
la conquête des esprits comme espace
d'épanouissement et en particulier
les jeunes esprits par l'école.
Est-ce que tout ça pour vous résonne avec l'actualité
française ? Oui, tout à fait.
C'est assez marquant de constater que
malgré la différence des contextes
en particulier la différence de
sécularisation de ces extrêmes droites
il existe en fait un fond commun
qui est un fond
d'hostilité
à un certain nombre de conquêtes
sociétales qui
s'ancrent en France depuis une
cinquantaine d'années autour
de l'égalité de genre, autour
du féminisme, autour
des droits des enfants, autour
des droits à la diversité sexuelle.
Tous ces mouvements
qui se construisent depuis les années 68
affrontent actuellement
un grand retour
de bâton de la part de ces droites
très conservatrices, parfois religieuses
et ces extrêmes droites
et se concentrent
sur la question
de la lutte contre les violences
faites aux femmes, contre l'éducation
à la sexualité
et on constate que
ce sont exactement les mêmes combats qui sont menés
des deux côtés de l'Atlantique.
Il existe vraiment un regard
porté sur l'éducation par ces extrêmes droites
qui est
au-delà de leur parallélisme
qui est en réalité véritablement
connecté puisque ce sont des gens qui se lisent
qui s'influencent
voire qui sont financés par les mêmes réseaux.
Et on va aussi parler
de ces influences avec Esther Sina
maîtresse de conférences en civilisation
des Etats-Unis, on reste de l'autre côté
de l'Atlantique. Esther Sina enseigne
à l'université de Versailles, 50 ans
en Yvelines, Paris-Saclay.
Ça attire l'attention, c'est-à-dire que
ce sont souvent des scandales
des controverses qui attirent l'attention des médias
qui monopolisent
aussi la parole
lors des nombreuses réunions publiques
des conseils scolaires
qui sont en fait des conseils d'administration
des districts scolaires. Alors des districts scolaires,
il y en a 14 000 aux Etats-Unis.
Alors il y a des parallèles
dans la rhétorique de ces attaques.
Souvent, on voit revenir
l'idée d'une perversion
que parler par exemple
de différentes orientations sexuelles
ou parler de
différentes identités de genre
serait une façon de pervertir
les esprits des
enfants. Donc ça, c'est une rhétorique
qui est très similaire
en France et aux Etats-Unis.
L'idée qu'en fait de parler de l'existence
par exemple de couples homosexuels
aurait une conséquence sur
les enfants ou serait une
violation de leur innocence, c'est une façon
déjà de nier l'existence
de personnes différentes
de la norme,
qui est présentée comme la norme
hétéronormative.
Aussi, l'idée selon laquelle
les parents
sont les plus
qualifiés pour savoir
ce qui convient
aux enfants, ça c'est aussi
commun dans ces deux mouvements conservateurs
aux Etats-Unis et en France,
par opposition
aux professionnels de l'éducation.
Dans les deux cas, en fait, c'est
des mouvements qui souhaitent créer
une panique morale, qui souhaitent
faire peur, et utiliser
la peur,
le choc, pour
mobiliser politiquement
un ressort rhétorique extrêmement
puissant, c'est la protection
des enfants, puisque c'est quelque chose
à priori sur le papier d'assets fédérateurs.
Et souvent, en fait, ce sont
les groupes d'extrême droite et de droite
qui s'inspirent directement, qui calquent
directement leur rhétorique de groupes
américains comme par exemple Moms for Liberty
où on va voir
à quelques mois d'écart
des groupes d'extrême droite en France
utiliser exactement
les mêmes arguments.
Lolita Rivet,
professeure des écoles et autrice
productrice du podcast
C'est quoi l'amour maîtresse ? Est-ce que
ces paniques morales organisées
par des groupes politiques vous effraient ?
On n'en a pas vraiment encore parlé, mais ça fait
partie de l'histoire de l'éducation, il faut dire que
ça a fonctionné pour les ABCD de
l'égalité en 2013, à l'époque
on a reculé et des ABCD il n'a plus été
question que dans les pages d'histoire.
Alors ça m'effraie,
oui, ça m'effraie pas forcément
à titre personnel, même si
on voit qu'il y a des professeurs qui sont attaqués physiquement
parce qu'ils ont dit des choses, fait des choses,
donc évidemment c'est toujours inquiétant.
Moi ce qui
m'effraie c'est l'influence,
c'est le peu de gens qu'ils représentent
et l'influence qu'ils ont sur
la politique et sur cet enseignement notamment.
Donc ce qui m'effraie c'est de voir
que ça fait 20 ans que la loi est passée,
que toujours rien n'est fait
sur ce domaine là, et que là
un programme a été quand même travaillé pendant 6 mois
pas par des dangereux walkistes,
ça a été travaillé par des éducateurs,
des profs, des gens qui travaillent dans l'éducation nationale
et que quelques mois
après on a un ministre qui
se permet de dire que ce n'est pas un programme adapté
alors qu'il est sûrement
moins compétent que ces gens qui ont travaillé
sur le sujet pendant des mois. Donc ce qui m'inquiète
c'est de voir que les droits des enfants,
parce qu'il s'agit bien de ça, reculent
et n'avancent toujours pas
à cause de gens qui se
crispent sur des évolutions
sociétales qui sont quand même inévitables
aujourd'hui.
Philippe Delorme, est-ce que vous vous démarquez
de ces groupes américains,
latino-américains et aussi français ?
On a parlé du syndicat de la famille mais
il y a beaucoup de gens aussi
qui interviennent sur les réseaux sociaux
par exemple de manière très agressive
sur ces sujets.
Tout ce qui concerne les fake news, il est évident que
moi je suis extrêmement vigilant et d'ailleurs
je ne parle que de ce que je peux lire
donc là j'ai le projet de programme
donc quand je présente quelque chose, je ne vais jamais
développer des fake news
parce qu'il faut s'en méfier, il faut rechercher
la vérité.
Maintenant, sur le fait
que, je redis,
que la place de la famille doit être
primordiale, je rappelle quand même que le code
de l'éducation dit que l'Etat garantit le respect
de la personnalité de l'enfant et de l'action
éducative des familles.
L'Etat garantit l'action éducative des familles,
c'est dans le code de l'éducation.
Mais il y a aussi personnalité de l'enfant ?
Oui, personnalité de l'enfant et les deux
ensemble, c'est-à-dire qu'il faut aussi
autant, il faut respecter évidemment
la liberté de conscience de l'enfant et parfois
j'ai l'impression que la liberté de conscience
de l'enfant n'est pas respectée
et il faut aussi respecter la liberté de conscience
des familles, parce que, je redis,
les familles doivent demeurer les premiers
éducateurs de leurs enfants.
Les familles ne sont pas d'accord, qu'est-ce que vous faites ?
Les familles doivent rester les premiers éducateurs
de leurs enfants, je redis.
On en a débattu pas mal
dans la première partie de l'émission, mais c'est vrai qu'on pourrait
en reparler encore longtemps
et qu'on ne va peut-être pas vous mettre
d'accord, Yves Verneuil,
sur ce contexte
un peu, et puis le fait que ce soit un terrain de lutte
et peut-être aussi
presque de recrutement politique
pour certaines familles, pour certaines associations
ou groupements
politiques qui vont jouer sur
les paniques morales.
La première chose, c'est que sur l'action
éducative des familles, en fait,
il faut rappeler aussi que la première fois
qu'il y a eu des questions sexuelles, plutôt à la sexualité
de mes obligatoires, c'est en 1998.
Enfin, plutôt en 1996,
mais ça a été annulé parce qu'il y a eu
une mobilisation d'associations dites de défense
de la famille qui ont porté affaire devant le Conseil d'Etat
puis le Conseil d'Etat a annulé
le circulaire pour une question de forme. En 1998,
rebelote, sauf que le Conseil d'Etat
cette fois-ci a jugé, en fait, que
cette obligation ne portait pas
atteinte à la liberté de conscience des enfants
ni à l'action éducative des familles.
Donc du coup, voilà.
Sur l'obligation de suivre un programme, absolument.
C'est-à-dire que le Conseil d'Etat a dit qu'on devait suivre le programme.
C'est tout à fait, je suis d'accord avec vous.
Puis la deuxième chose, effectivement, là vous avez raison,
c'est que vous avez des groupements
très conservateurs, effectivement,
qui instrumentalisent certainement cette éducation
à la sexualité
pour ne pas venir à leur fin et faire du recrutement.
Alors, simplement,
ça prouve ceci, c'est que
ma collègue tout à l'heure
évoquait la question de la co-éducation
et je pense qu'effectivement c'est extrêmement
nécessaire en la circonstance
parce que ça veut dire qu'en fait,
il y a des peurs qui s'appuient
sur l'inquiétude de certains parents
sur le fait qu'on ne saurait pas
exactement ce que c'est que cette éducation.
Et de ce point de vue-là, d'ailleurs,
il est intéressant de voir que la dénomination
même de cette éducation a récemment changé.
Avec l'acronyme EVARS.
Oui, mais en tout cas,
le terme de sexualité
semble avoir disparu, en tout cas,
pour le premier degré.
Pour le niveau premier degré maternel-élémentaire.
Moi, je veux revenir sur l'exemple américain
qui est très inquiétant parce qu'en fait,
aux Etats-Unis, le fonctionnement scolaire
n'est pas du tout le même qu'en France.
Et donc, ce sont des conseils
d'établissement
qui sont menés, donc c'est des conseils d'administration
d'établissement, mais qui sont dirigés par les parents.
Des conseils locaux.
Chaque district a ses écoles
et dans chaque école, il y a un conseil de parents
qui va décider du programme
appliqué dans les écoles.
Et donc, si les parents, en majorité,
décident qu'un programme n'est pas adapté,
ils ont raison. Et les profs
doivent s'adapter à ça.
C'est ce qui a mené à des censures de livres
dans les bibliothèques, c'est ce qui a mené à ce que
dans certains états, il est interdit
de parler de règles en primaire
à des filles qui vont potentiellement
les avoir ou les ont déjà.
C'est interdit, on peut avoir des ennuis,
on peut se faire virer. Moi, ce qui m'inquiète là-dedans,
c'est que donner de la place aux familles,
évidemment, inclure, évidemment,
mais dire que les parents ont toujours raison
et qu'il faut toujours les consulter
et qu'il faut toujours prendre la majorité,
ça peut être très dangereux
et on le voit aux Etats-Unis.
Alors, il y a un mot qu'on n'a pas encore prononcé,
c'est celui de laïcité.
C'est aussi ce qui nous
différencie de pas mal de pays,
par exemple des Etats-Unis.
Et vous, et ça va être compliqué
parce qu'il faut aller vite, l'émission se termine
bientôt, Yves Berneuil, vous faites
le pont entre la laïcité
et l'éducation à la vie
affective et sexuelle, je ne sais plus dans quel ordre
le dire, relationnelle,
et vous faites le pont entre les deux, donc expliquez-nous.
D'abord, il est intéressant de voir que
au tout début du XXe siècle,
quand il y a eu ces premières propositions,
le vice-recteur de
l'Académie de Paris, qui s'appelait Louis Liard,
a dit ceci, c'est que s'il y avait
des séances, il faudrait que les
parents soient consultés de la même manière qu'ils
sont consultés pour l'instruction religieuse
dans les lycées. Et donc, il y avait
l'idée qu'il y avait des valeurs
qui étaient en jeu,
que tout le monde n'a pas la même philosophie, par conséquent,
il faudrait qu'il y ait une relation
avec les parents. Et encore en 1973,
au moment où on commence à discuter
de la future circulaire de Fontanet
auquel on l'a fait allusion tout à l'heure,
il y a une association de parents d'élèves qui s'appelait NULA-APE
qui conclut ceci,
l'ucuménisme sexuel n'est pas encore pour
aujourd'hui, par conséquent,
il n'est pas possible d'imaginer une éducation sexuelle qui
respecterait le principe de laïcité.
On en est loin aujourd'hui, parce que la vérité,
la circulaire de 2018, elle, se fonde
au contraire sur l'idée que
cette éducation est permise, au contraire,
par la laïcité, la laïcité qui se fonde
sur des valeurs qui sont des valeurs communes.
Alors, ce serait une porte de sortie
de dire, voilà, on a des valeurs
communes, la laïcité
garantit
la liberté
des élèves
à s'émanciper
et qu'en se mettant
d'accord, on arrive avec cette notion de laïcité
parce que c'est ce que vous écrivez dans votre
conclusion et ça m'a
vraiment fait réfléchir, le fait
de faire ce lien, Yves Erneuil.
L'idée, c'est qu'en fait,
certes, ces valeurs communes peuvent
avoir des supports différents,
mais qu'elles sont partagées par tous.
Ce qui est d'ailleurs intéressant de voir, c'est que de ce point de vue,
et tout à l'heure, il a fait allusion
à Philippe Portier,
Philippe Portier est quelqu'un qui existe
effectivement, qui est un spécialiste de la laïcité.
C'est vrai.
Et il fait remarquer ceci, c'est que
de nos jours, on a tendance, finalement,
à voir dans la laïcité aussi
quelque chose qui devrait être associé
à des valeurs. En l'occurrence, effectivement...
C'est pour ça que je n'ai pas dit
la valeur laïcité, mais voilà.
Effectivement, on a
une éducation à la sexualité
qui a pour support, effectivement, la laïcité,
mais une laïcité à laquelle sont associées
un certain nombre de valeurs. Il y a été fait allusion,
notamment, le très
petit républicain, mais pas seulement.
Liberté, égalité, fraternité.
Merci beaucoup à tous les trois. J'engage tout le monde
à lire le livre de
Yves Erneuil sur l'histoire
de l'éducation sexuelle.
Une question chaude, on l'a entendu ce soir.
Merci, bonne soirée.