Jordan Kouby : l'art du son et des succès
T
TV78 - La chaîne des Yvelines
22 abonnés
9 déc. 2024
Explorez l’univers fascinant de Jordan Kouby, ingénieur du son, mixeur et réalisateur à l’origine de nombreux succès musicaux. Co-fondateur des QDS Studios à Paris, il a collaboré avec des artistes de renom comme Imany, Juliette Armanet, et Hindi Zahra, dont l’album Homeland a remporté une Victoire de la Musique. Découvrez comment il marie équipements vintage comme la console EMI Neve de 1975 et technologies de pointe telles que le mixage Dolby Atmos, tout en accueillant des talents comme Woodkid, Nekfeu et Christine and the Queens.
Bonjour à toutes et à tous.
Bienvenue dans cette nouvelle Masterclass organisée par l'école Troisiès.
Je suis Eric Dinkian, je suis professeur à Troisiès,
organisateur des Masterclass,
et aujourd'hui je suis avec Samuel Navelle,
qui est responsable pédagogique.
On va parler son musique avec notre invité,
qui s'appelle Jordan Koubi.
Jordan, bonjour.
Bonjour.
Alors Jordan, vous êtes ingénieur du son,
réalisateur et cofondateur du studio Questions de son,
qui s'appelle aussi QDS.
Avant de dérouler votre carrière,
est-ce que vous pouvez nous expliquer
quel type d'études vous avez faites
et quels ont été vos premiers contacts professionnels avec le milieu ?
J'ai fait l'ISTS, notre école.
J'ai eu la chance de faire des stages.
Les stages sont un peu différents, je trouve, aujourd'hui
que ceux que j'ai connus, moi, au début des années 2000,
où on n'était quand même pas forcément plus impliqués,
mais en tout cas dans des sortes de projets
qui étaient beaucoup plus longs,
qui, du coup, nous inclusaient différemment.
Pas forcément de l'implication technique et tout ça,
mais du coup, j'ai eu la chance de côtoyer plein de gens
et d'être assistant.
Du coup, stagiaire et parfois propulsé assistant
sur des séances où, justement, les ingénieurs en autonomie,
je me débrouillais avec Jordan
et je me suis retrouvé à faire des séances cool, déjà.
Et après, quand on a monté le premier studio,
effectivement, Catherine Ringer, c'est un super projet pour nous
et pour moi, parce que je me suis retrouvé
à accueillir un ingé son américain
qui s'appelle Marc Platy,
qui était, accessoirement, en plus musicien pour David Bowie,
réalisateur et tout ça.
Donc, voilà, ça a été une propulsion vers des projets
plus intéressants au sein du studio et tout ça.
Donc, c'est une super truc, évidemment,
de travailler avec Catherine Ringer.
L'Erythe Mitsouko, pour moi, c'est un peu un des groupes
vraiment les plus importants dans l'histoire de la musique française
dans le sens où ils sont vraiment
outsiders à plein de points
et en même temps super commerciaux.
Pour moi, c'est un peu des princes français.
Je les adore et j'étais hyper fier d'accueillir Catherine
qui venait de perdre son mari
parce que c'est le concert qu'elle a fait hommage
à la mort de Fratichin.
En tout cas, ça, c'était vraiment une expérience.
Et de travailler avec Marc Platy,
qui avait travaillé avec Bowie,
la surenchère était déjà au max.
En tout cas, c'est un projet marquant
de mes premières années de studio et d'assistant.
Ça aussi, c'est un disque important
dans le sens où déjà Rachita,
c'est pareil, c'est quand même un monument
de l'histoire de la musique en France et en Algérie
pour ce qu'il est, pour ce qu'il représente.
Moi, je suis méga fan du personnage.
Donc, j'ai la fierté de le recevoir au studio.
Au-delà de ça, c'est un album
qui a été réalisé par Gaëtan Roussel,
avec qui j'ai eu la chance
de retravailler pas mal de fois depuis
et que je trouve, pareil, super talentueux.
Et pareil, on va pas lui faire son CV,
mais au-delà d'être en plus Louis Attac, Tarmac
et tout ça, c'est un réalisateur de génie,
un compositeur de génie.
Moi, en tout cas, j'adore.
Et du coup, ça a été l'occasion de faire ça.
Et à nouveau avec Marc Platy.
Donc, ça voulait dire aussi
que Marc Platy avait pris des habitudes
chez nous au studio,
qu'il se sentait à l'aise
et qu'il se sentait à l'aise
par mon accueil et mon accompagnement.
Et du coup, c'était forcément cool
de renchaîner sur un disque sérieux, gros,
avec une équipe aussi classe que ça.
Donc là, pour être plus technique,
c'était de l'accueil mix sur SSL ?
Exactement. Alors oui,
pour remettre les choses dans le contexte,
le mix aujourd'hui, on a l'impression
que c'est juste des gars
avec une souris devant un écran.
Moi, j'ai connu la fin
de la période peut-être analogique,
on va dire.
Donc, accueillir du mix en analo,
ça veut dire vraiment préparer
des setups assez complexes sur une console,
donc brancher toutes les machines
au bon endroit,
que ça marche bien, compagnie,
et constamment être en train
de noter les réglages,
que ça soit à la fois des sortes de,
ce qu'on appelait un recall,
mais c'est une sorte de photo
de l'emplacement des boutons
de la console et des faders,
tout en légalement l'automation,
c'est-à-dire tous les mouvements
de faders étaient enregistrés
sur un ordinateur archaïque
qui n'a comme liaison
avec le Pro Tools
que du timecode,
c'est-à-dire qu'il ne communique
qu'une horloge temporelle.
Sinon, il n'y a pas de lien,
il n'y a pas de câble USB,
il n'y a pas ce genre de choses,
c'est des disquettes.
Donc du coup,
il fallait avoir la technicité
de préparer la console,
de lancer les recalls,
lancer les automations
et tous les réglages.
Et c'est vrai qu'à l'époque aussi,
l'assistant,
ce n'est pas juste
qu'on branche un 1176
sur la voix
quand on nous le demande.
Il y a aussi beaucoup de gens,
il ne faut pas oublier,
qui étaient d'une ancienne école
d'ingé son,
qui étaient parfois des gens
qui ont une très bonne oreille
et qui n'avaient pas forcément
la technique.
Quand je dis la technique,
ça veut dire,
je ne sais pas,
j'aurais bien essayé un chorus.
Ce n'est pas le mec
qui va se mettre à genoux
et dire je vais régler le chorus
parce que des fois,
ils ne savent même pas.
Du coup, l'assistant,
c'était aussi ça.
C'était quelqu'un
qui connaissait toutes les machines
du studio
et qui était capable de dire
dans telle machine,
je trouve que le chorus,
celui-là,
il a ce petit truc charme.
Si c'est pour là-bas,
je te conseille celui-là.
Tu proposes,
parfois tu prends en vain.
Mais souvent,
les gens s'appuyaient
sur les assistants
pour ça aussi,
c'est-à-dire pas forcément
pour des choix de goûts
ou compagnie,
mais ça arrivait deux fois
que les gens disaient
tu n'as pas un petit truc.
Et puis là,
forcément,
ceux qui sont un peu doués
ou qui avaient un petit truc,
ils disaient j'ai fait
un petit programme à moi
sur le H3000.
Et là, d'un coup,
on gagne des points
forcément déjà
à prendre de l'aisance
là-dedans
et aussi parce que les gens
se disent OK,
lui, il ne rigole pas.
J'y arrive,
il sait préparer des trucs
à lui dans son setup.
Forcément,
c'est les petites choses
en plus qui faisaient
qu'on pouvait être
un bon assistant
et un meilleur assistant
en ayant ces petits trucs
en plus.
Là, on a beaucoup parlé
du rôle de l'assistant.
Est-ce qu'on peut
avancer dans votre carrière
et voir comment
vous êtes passé d'assistant
à ingénieur du son
et peut-être faire le lien
aussi au poste
de réalisateur
qui est aussi
un grand chapitre
de votre carrière ?
Le vrai projet
qui a tout lancé,
c'est Imani,
le premier album,
le producteur Malik,
Ndiaye,
qui est vraiment
quelqu'un
qui m'a donné
les clés
de beaucoup de choses
et venu chez nous
à la base
pour faire des maquettes
pour un projet
de premier projet
qui s'appelait
Les Stevies.
Il a été hyper cool.
Mon rêve,
c'était d'aller à ICP
et ils allaient à ICP
pour faire l'album de ça.
Ils m'ont emmené là-bas
alors que je n'avais pas
un rôle important
sur ce projet,
même aucun,
à part avoir enregistré
des maquettes,
techniquement.
Et même Fred avait commencé
le projet,
mon associé.
Ce n'est même pas moi
qui avais commencé.
Vraiment un enchaînement
d'étoiles et de planètes
qui s'est aligné
et du coup,
ça a amené
que sur la fin
de cette session,
c'est pour ça que j'en parle,
au dernier jour
qu'on avait fini l'album,
il nous dit du chapeau
« Je me suis intéressé
à une autre artiste,
peut-être qu'il nous reste
du temps le dernier jour,
il y a quelqu'un qui va venir. »
Et du coup,
on débarque à ICP
en Belgique,
Imani,
et tout le monde
était un peu rincé
et du coup,
on a enregistré
juste des petits guitares-voix
qui allaient servir de base.
Je pense que ça a convaincu
le producteur
de la signer
et de retour à pareil,
quelques semaines plus tard,
on a commencé
à enregistrer des maquettes.
Donc voilà,
j'ai vraiment enregistré
des guitares-voix
qui étaient à la fois
des recherches
de tempo
et de tonalité,
ce qui est vraiment important
quand on fait des titres.
Du coup,
au travers de ces projets,
j'ai beaucoup appris
de l'art réel
de comment faire
un projet from scratch
avec quelqu'un.
Et en fait,
ça s'est fait
que les maquettes
étaient quand même cool,
elles tournaient assez bien
et donc en fait,
on m'a dit
« Ah, ça serait cool
quand même que
les cinq meilleurs titres,
tu les mixes. »
Et finalement,
ça a fait un EP acoustique
avec le guitariste
qui était convaincu
du son qu'il avait.
Même si moi,
quand je le réécoute aujourd'hui,
je trouve que c'est pas ouf.
Mais en tout cas,
à l'époque,
tout le monde disait
« Ah, c'est trop bien
le son que t'as fait ! »
Donc voilà.
Et du coup,
fil en aiguille,
on a continué
à transformer
ces maquettes en titres.
Donc du coup,
le reste du recording
s'est additionné
en strat par-dessus.
C'est un album
qu'on a fait en strat
par-dessus.
Et puis arrivé le jour,
on m'a dit
« Il faut que tu mixes un titre
parce que là,
on commence à se poser
des questions sur
un truc de single. »
Et puis voilà.
Puis j'en ai fait un,
puis deux,
puis trois.
Puis j'ai fait l'album.
Et pareil,
je me rappelle,
c'était un moment assez...
Peut-être que j'allais accumuler,
j'étais un peu KO.
Je suis parti en vacances
et je me rappelle,
j'avais encore la chance
de partir au ski.
J'étais dans un télésiège
et en prenant le télésiège,
j'entendais le titre
dans les haut-parleurs.
Donc voilà,
c'est un truc très cool.
Forcément,
c'est le premier truc
où tu commences à avoir
un truc que tu viens de finaliser
de A à Z
et dès que tu l'entends,
ça a sûrement démarré avant.
Mais en tout cas,
c'était un moment important pour moi
de me dire,
je suis en vacances,
j'entends un truc que j'ai fait,
c'est assez cool.
Quelle est votre méthode de travail
en tant que réalisateur
sur différents disques ?
Alors franchement,
l'histoire de la réale,
pour moi,
c'est toujours un sujet compliqué
parce que c'est...
Déjà,
la réale,
il y a plein de types de réales.
C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
on est quand même
dans l'ère un peu
des beatmakers,
compagnie.
En fait,
en gros,
tout le monde fait un peu de musique
à la maison,
tout ça.
Il ne faut pas oublier
que ça n'a pas toujours été ça,
qu'il y a eu des gens
comme Rick Rubin
qui ne sont pas du tout musiciens
et qui, pourtant,
ont un CV
qui met une tarte à tout le monde,
je pense.
Il n'y a même pas de discussion.
Donc du coup,
c'est quoi être réalisateur ?
Est-ce que c'est juste
prendre une maquette
et être capable
de faire des arrangements
dans un logic audio
ou est-ce que c'est juste
de se dire,
j'ai un projet
et j'ai une vision
de ce que doit être
l'esthétique de ce projet
et pour ça,
je vais faire appel
à tel musicien,
telle personne,
tel ceci.
Des fois,
ils vont au-delà
de la musique.
Il y a des gens
qui pensent même
un peu à l'esthétique
du stylisme
ou à ce que ça représente
l'imagerie,
que doit avoir un projet.
Donc il y a tout ça.
Moi, étant finalement,
je suis un piètre musicien
par rapport
aux gens que j'engage,
donc c'est vrai
que je ne me sens
pas du tout légitime
de ça,
mais n'empêche
que forcément,
à force de faire des disques,
à force d'en écouter
parce qu'au-delà
de tout ça,
je suis quand même
un grand consommateur
de musique encore aujourd'hui.
Je consomme vraiment
des quantités de musique
d'avant et d'aujourd'hui,
donc je pense que c'est ça,
c'est d'être capable
de prendre un projet
et de se dire
qu'il ne rentre pas
dans telle esthétique
ou dans tel calibre.
Ça dépend
quel est le but
de ce qu'on voit,
pour quelles raisons
on vient vous chercher.
Donc la méthode de travail,
moi,
j'ai appris
à partir des choses
les plus simples.
J'aime bien partir
des titres
quand ils sont
le plus épurés possible.
Je trouve que
quand on m'amène un titre
qui est déjà hyper
avancé avec des batteries,
enfin des choses
très orientées,
je trouve que c'est
toujours difficile
de se faire une idée
et je préfère
récupérer des projets
beaucoup plus épurés
sous forme de maquettes
soit sommaires,
soit vraiment
guitare-voix,
piano-voix,
enfin peu importe.
Après l'idée,
c'est que tout dépend
aussi de ce qu'on nous donne
comme enveloppe
parce que forcément
si vous avez le budget
de faire des séances
de travail
avec, je ne sais pas,
par exemple,
prendre un super guitariste
ou un super pianiste
et de reprendre certains titres
et se dire
voilà, ce titre-là,
il est cool
mais il n'y a pas mieux
à trouver et reprendre
déjà comme ça
en piano-voix,
changer le tempo,
changer la tona,
peut-être ce qui était
un pont peut devenir
un refrain
et ainsi de suite.
De remettre en cause
des structures avant
d'avoir des choses
dans la boîte,
c'est quand même,
moi je trouve
que c'est une super méthode
parce qu'en fait,
c'est-à-dire qu'on met
avant tout en avant
la chanson
et pas la production.
C'est un peu ce que je reproche
à la musique
parfois d'aujourd'hui,
c'est que souvent,
il y a,
j'ai même peut-être poli
de dire 50% de compo
et 50% de prod,
souvent la prod prévaut
sur la qualité de la compo,
c'est-à-dire,
il y a beaucoup d'effets
de prod qui marchent
et c'est super
et ça rend le titre cool
mais par contre,
en vrai,
je n'ai pas envie de léger
que guitare-voix
cet été sur la plage,
c'est ça qui fait la différence
avec les grands morceaux,
c'est qu'on peut jouer
la guitare-voix comme ça
en mode plage,
qu'on peut le reprendre
en reggae et compagnie
parce qu'en fait,
une chanson,
c'est une chanson
et une bonne chanson,
on peut la rejouer
un peu à toutes les sauces
et ça,
pour moi,
c'est l'essence même de ça
et en fait,
réalisateur,
ce n'est pas juste
de se dire,
attends,
je vais mettre un kick
dans la rivière
mais qui va partir,
ça c'est super
mais en vrai,
c'est l'artifice,
ça va juste maquiller
peut-être un manque
de quelque chose
dans le morceau
donc c'est super
de faire ça
mais si on a déjà
une super compo
et que derrière,
on met du vernis,
d'un coup,
on essaie de faire des cubes
et ça,
après,
on n'est pas obligé
de faire de la musique
pour faire des cubes
il y a des gens aussi
qui font de la musique
juste parce que
c'est cool d'en faire
et de faire des choses quali
et qui n'ont pas forcément
une notion de rentrer
en radio et compagnie
d'où je parlais
de quelle est la target
quand on vient vous voir
est-ce que les gens
viennent vous voir
en disant
il faut que ça rentre en radio
vous n'avez pas
le même cahier des charges
que j'ai envie de faire
un disque super beau,
super chaud
et vas-y,
on fait ce qu'on veut
ce n'est pas la même chose
donc il faut déjà
se poser la question
du cahier des charges
qui devient
une petite contrainte
un peu
quand on vient
vous solliciter
ce n'est pas forcément
évident
d'avoir du recul
de se dire
je ne sais pas
ce n'est pas comme
si on maîtrisait
vraiment
qu'est-ce qui peut
rentrer en radio
ou ne pas rentrer en radio
l'essentiel
c'est d'avoir
une bonne chanson
et il y a quand même
des choses
à respecter
un certain format
de l'efficacité
si vous faites
un morceau
où il y a
un seul refrain
à la fin
clairement
ça ne va peut-être
pas rentrer en radio
sur Virgin
mais ça ne veut pas dire
qu'on ne peut pas rentrer
sur FIP ou Nova
je n'en sais rien
donc après
le cahier des charges
est important au départ
et puis après la méthode
et puis après
la réalisation
pour moi en tout cas
c'est surtout
de l'humain
parce que je pense
que j'ai mis l'action
sur ça
d'essayer de faire
de la musique
avec des humains
pas faire de la musique
tout seul devant un ordinateur
donc il faut avoir envie
déjà de partager
un certain moment
une certaine durée de temps
dans un studio
dans la même pièce
avec une certaine personne
donc voilà
tout ça
ça vient se mélanger
je pense
dans le truc de la réal
Comment tu fais en sorte
pour que les artistes
donnent le meilleur
d'eux-mêmes ?
C'est une bonne question
je pense que
on entendra toujours
des histoires
de personnes
qui ont fait des disques
dans des conditions
difficiles
genre qui disent
c'est insupportable
le mec était
hyper horrible
et tout
déjà moi
quand j'entends ça
je ne comprends pas
la musique
c'est censé être du kiff
même si on est là
pour chanter un disque
qui est un peu triste
parce que
on a perdu
quelqu'un de proche
ou c'est une sorte
de grosse rupture amoureuse
ça fait un certain nombre
de tubes
donc c'est pour ça
que je peux le dire
mais le
en tout cas
je pense que
non non
d'avoir des conditions
où les gens sont
à l'aise
ils sont en confiance
avec nous
avec le studio
avec ce qui se passe
du coup les gens
naturellement
je pense qu'ils donnent
le meilleur d'eux-mêmes
alors forcément
si vous arrivez
en plus à magnifier
certains titres
qui
je dis toujours un peu
ce truc là
quand on démarre un disque
soit en mix ou en réal
il y a des titres
un peu c'est un peu
la ligue 1
ligue des champions
et puis en fait
je dis toujours
attention
là ceux qui pour l'instant
sont les mieux
il y en a
c'est évident
ils bougeront pas
mais parfois
il y a des titres
qu'on aurait mis
un peu au fond de tableau
puis finalement
une fois qu'ils ont trouvé
la bonne couleur
ils remontent dans le truc
donc ça aussi
d'un coup
un titre qui était un peu chiant
à chanter pour quelqu'un
ou la personne
elle y croit plus trop
on lui donne les bonnes choses
d'un coup
on reprend du plaisir
à le chanter
donc l'interprétation
on change
le sens du titre
et ainsi de suite
donc ouais bien sûr
le confort
c'est hyper important
je pense qu'on est
avant tout
un métier de service
c'est un truc
qui s'est
vachement perdu
dans le
en tout cas
là ces dernières années
c'est un constat
que je peux faire
dans le
dans les
dans les jeunes
c'est de
souvent on se trompe
quel est le rôle
en fait nous on a un métier de service
on a un métier d'accompagnement
si on veut avoir notre tête
sur une pochette
il faut tout de suite s'arrêter
et puis il faut aller essayer
de faire des disques
et puis voilà
mais en fait
chercher à être plus gros
plus connu ou plus truc
ça n'a pas de sens
donc encore une fois
il faut savoir être à sa place
l'artiste
c'est la personne
pour qui on travaille
le payer
c'est le label
ou la maison de disques
ou importe
en fait on a un métier de service
on est là pour
accompagner des gens
les mettre bien
c'est
autant qu'une hôtesse
dans un avion
quelqu'un qui voyage
en première classe
voilà c'est un peu ça
on essaie d'être d'une première classe
toute l'année
c'est pas évident
et c'est un peu ça
il faut essayer de mettre les gens
au mieux
et du coup d'où
on revient à cette première question
que vous avez posé tout à l'heure
on parlait d'assistant
le truc
le profil psychologique
il est important
d'être un peu caméléon
il y a des gens qui attendent de vous
d'être super
baqués
câlinés
voilà
et il y en a d'autres
qui font justement
laisser un peu vivre
et juste venir
récupérer
ça voilà
c'est des choses
qu'on découvre au fur et à mesure
des relations avec les gens
avec les artistes
et qu'il faut apprendre
un peu à deviner
parce que c'est pas écrit
sur un écriteau lumineux
de comment il faut interagir
avec telle ou telle personne
Quels sont les disques
ou projets
importants
que vous avez menés
en tant que réalisateur
vraiment des projets
qui sont chers
à votre expérience professionnelle
ou même
personnelle
dans votre travail ?
Dans les disques que j'ai réalisés
je pense qu'il y a un disque
qui est pour moi
un peu
comment dire
qui peut mettre le truc
c'est que je me suis retrouvé
à avoir les mains
les commandes
d'un disque
d'un artiste
qui s'appelle
Anthony Joseph
qui était déjà un artiste
dont j'avais acheté
des disques
avant
j'avais acheté le vinyle
de son précédent
enfin de l'album avant
et la chance
c'est qu'ils sont venus
d'abord
enregistrer un disque
qui était réalisé
par Michel Nedegeleo
une bassiste de génie
qui avait eu
des gros albums
dans les années 90
toujours des super beaux albums
et donc
ça a été une rencontre
parce que déjà
rencontrer quelqu'un
dont on est fan
c'est fou
en plus pour faire un disque
de quelqu'un
que moi même
j'appréciais
donc c'était trop cool
donc je me retrouve projeté
sur cette séance
et en fait
la bonne relation
avec le label
et l'artiste
fait qu'au disque d'après
ils sont venus au studio
mais à ce moment là
il y a un truc un peu bizarre
c'est qu'ils se retrouvent
à avoir fait
une double casquette
c'est à dire que sur le disque
il a un peu confié les clés
de 50% de l'album
à quelqu'un
et 50% à un autre
et forcément
il y a ce truc un peu
où ça marche pas
il y a un truc qui se fait pas
il manque une sorte de
il manque le lion
il manque la petite épice
et voilà
et du coup
je me suis retrouvé
à avoir les clés
de ce projet
tout seul
donc à finir un peu
à gérer
le rythme des séances
et ensuite après
le mix
et faire taper dans le gras
parce que sinon
ça n'avait pas de truc
et du coup
c'est un disque
qui m'a
du coup
on se retrouve réalisateur
d'un disque
où on n'a pas forcément
été là à dire
tiens t'as fou
t'as fait telle partie
ou t'as changé telle note
parce que là
on a affaire à des musiciens
qui sont quasiment
c'est des jazzman
on donne pas ce genre d'indication
mais n'empêche que le résultat
à la fin
c'est bien
une synthèse
de ce qui sort de ma tête
puisque du coup
c'est des morceaux
qui sont des jams hyper longs
que j'ai synthétisé
que j'ai cuté
donc j'ai édité des structures
pour en faire des morceaux
plus courts
et ainsi de suite
puis après
il fait des trucs
il mise des choses en avant
et puis il fait des parties prises
et donc voilà
et au-delà de ça
le mix évidemment
vient rajouter
une couche de vernis sur ça
donc ça par exemple
c'est un projet
qui était cool pour moi
parce que
je me suis retrouvé
à faire un disque
qui me plaisait
beaucoup musicalement
et qui m'a du coup
rendu aussi crédible
auprès de ce label
avec qui je bosse
beaucoup depuis
Peut-être on peut
vous parler aussi
vous pouvez nous parler
de la relation de travail
que vous avez avec Imani
parce que je crois
que vous avez
fait plusieurs projets
ensemble
est-ce que vous
c'est une collaboration
qui s'étend dans la durée
est-ce que vous pouvez
nous en parler ?
Oui
pareil
donc Imani
elle est arrivée au studio
comme je disais
même pas
à ICP
à l'époque
pour quelques maquettes
puis ça s'est transformé
en maquette
dans mon propre studio
puis ça a fait cet album
et du coup
je pense
une relation déjà
d'amitié
et en plus
d'une relation d'amitié
une relation de confiance
qui s'est créée
parce qu'en fait
suite au succès
de ce disque
qui s'est fait
comme un ricochet
c'est assez marrant
parce qu'à l'époque
le disque
qui n'a pas marché
en France tout de suite
il est monté
dans les charts
il me semble
pas me dire bêtise
mais genre en Grèce
puis en Allemagne
comme une sorte
de fait ricochet
puis en fait
à un moment
les alertes
des gens disent
mais attends c'est quoi
il y a un artiste français
qui passe en radio
et qui fait de la rotation
à fond
et donc comme un effet
boomerang
c'est revenu en France
donc c'est marrant
parce qu'elle a d'abord
fait une tournée
dans ces pays-là
elle est revenue
elle a fait un carton
en France
et puis après
ça a redéclenché
dans les pays
plutôt de l'Est
donc la Russie
Pologne et tout
donc la tournée
était interminable
parce qu'en fait
à chaque fois qu'il devait y avoir
une sorte de fin de tournée
ça repartait dans un autre
donc voilà
c'était assez rigolo
donc suite à ce disque-là
où on a passé
c'est déjà des disques
c'est encore des disques
sur lesquels on passe du temps
on a de l'argent
le truc
il y a encore
une façon de faire
qui permet
mais parce que
à la clé
il y a des ventes
et on parle de scores
de disques
qui sont assez impressionnantes
où les gens retrouvent
leur pépette
donc voilà
on a passé un moment
déjà à faire ce disque
donc forcément
vous faites des liens
sur ce genre de projet
donc ça nous a créé
des liens d'amitié fort
on a vraiment sympathisé
on a commencé en fait
à faire les maquettes
de l'album
d'après D-Man
mais en même temps
une personne
vient la voir
elle s'appelle Autré Dana
qui est une réalisatrice
de films
elle lui dit
ben en fait
je viens d'écrire un film
et en fait pendant
toute l'écriture du film
je n'ai fait qu'écouter ton album
donc je veux que tu fasses la musique
donc au départ
ce n'était pas faire le score
du film
c'était de faire
un ou deux morceaux
importants pour le film
donc ça
Emmanuelle sait faire
elle s'est mis à la guitare
et puis elle a écrit des morceaux
et puis au final
pareil
on était à Dakar
donc on a fait
comme on sait faire
des guitare-voix
on a envoyé des guitare-voix
puis du coup c'était
ah mais
tu comprends
j'ai écouté ton album
mais il est fini ton album
là tu m'envoies des guitare-voix
je ne me rends pas compte
donc on a été obligé
d'accélérer les choses
et de commencer à faire les trucs
et puis finalement
la prod du film a dit
mais c'est super
en fait est-ce que
tu ne veux pas faire
la musique du film
et donc on s'est retrouvé
à être projeté
sur une musique de film
donc on a fait
la B.O. d'un film
qui s'appelle
Sous les jupes des filles
où il y a eu
un certain nombre
de titres très cool
et Emmanuelle
n'avait pas envie
de tout chanter
parce qu'elle était
sur un truc
où c'est un film de femmes
et donc elle s'est dit
je ne vais inviter
que des femmes
donc on s'est retrouvé
à repartir
sur plusieurs voyages
à Dakar
où le producteur
avait créé un studio
et accompagné
de plein de chanteuses
et on a fait plein de choses
plein d'harmonies
plein de trucs
et chaque fille
a eu un morceau solo
donc voilà
et dans la petite histoire
c'est qu'il y a
un piano-voix
d'un morceau
qui s'appelle
Don't be so shy
et qui correspond
à une scène du film
et le hasard
fait que des remixeurs
des pays de l'Est
une sonde russe
ou quelque chose comme ça
ont fait un remix
parce que forcément
ils se sont retrouvés
à avoir un morceau
qui était suffisamment dépouillé
pour pouvoir utiliser
l'a cappella
et la base harmonique
qui n'était pas gênante
pour rajouter un beat
une basse
et tout ça
et ça a fait un tube
qui a cartonné
donc forcément
ça a repropulsé le truc
on nous a dit
il faut se dépasser
il faut faire un nouvel album
et du coup
on est reparti
en plus de cette BO
derrière sur un album
qui était super cool
et donc voilà
si on met tout ça
bout à bout
vous voyez le temps
qu'on passe
à être ensemble
donc forcément
il faut bien s'aimer
pour pouvoir faire
ce genre de choses
et puis on a fait
plein de maquettes
où je veux dire
on était dans une maison
il faisait 42 degrés
là vous faites du studio
en maillot de bain
et en temps bien
je veux dire
l'intimité
ça y est
on a tout donné
donc voilà
c'était super
et voilà
du coup l'album d'après
on a tout maquetté
à Dakar
par contre
on l'a enregistré
à la question de son
qu'on connait actuellement
celui du Faux Bordemis
et voilà
puis après ça s'est enchaîné
et là on a enchaîné la tournée
comme la tournée
supportée à la fois
par ce tube
remixé
puisque ce disque était cool
ça a fait une tournée
vraiment top
le producteur s'est dit
ça serait con de pas clôturer
autant de dates
par une capta
donc me voilà
dans le Voyageur
à l'extérieur
du Casino de Paris
à enregistrer
deux soirs de live
dans un énorme
camion régi
pour finalement
mixer aussi
cette version live
donc ça nous amène
déjà à 4 albums
et à un moment
bon elle avait eu
des enfants et tout
donc elle a voulu faire
un petit break
et que je pensais
qu'il allait durer
un peu plus
et ensuite
elle s'est dit
j'ai envie de revenir
avec un spectacle
je n'ai pas envie
de m'embêter
à faire des compos
parce que là
je n'ai pas la tête
je n'ai pas l'énergie
donc elle s'est dit
je vais faire un spectacle
avec 8 cellos
8 violoncelles pardon
et deux reprises
parce qu'elle n'avait pas
envie de se repasser
par cette étape
de faire des maquettes
et du coup
je ne me sentais pas
concerné
parce que je pensais
que ça allait être
qu'un spectacle
et forcément
pour promouvoir le spectacle
pour l'appuyer
pour qu'il existe
et tout ça
ce serait pas mal
de faire un disque
et nous voilà reparti
sur un disque
donc on a fait
cette expérience
qui a été folle
d'enregistrer un album
entièrement fait
à partir de violoncelles
que ça soit
les rythmiques
les basses
l'harmonie
tout est intégralement
fait aux violoncelles
et voilà
donc ça c'est le dernier
album qu'on a fait
ensemble
qui s'appelle
Vodou Cello
donc ça fait quand même
5 albums
donc c'est pas mal
Vous pouvez nous parler
d'autres disques
parce qu'on parlait
de Fadda Freddy
qu'on a vu rapidement
est-ce que vous pouvez
développer sur ce projet ?
Fadda Freddy
c'est pareil
c'est une autre expérience
pour moi
marquante
j'imagine
dans la vie
d'un ingé son
c'est vraiment
assez atypique
donc le producteur
vient me voir
et il me dit
j'ai ce chanteur
que je connais depuis toujours
qui est Fadda Freddy
au-delà d'être connu
aujourd'hui
pour sa carrière solo
il est quand même
un des premiers rappeurs
de l'Afrique de l'Ouest
il était dans un groupe
de rap
qui s'appelait Daraji
qui est
bon
vous êtes jeunes maintenant
mais moi à l'époque
quand je m'intéressais
à cette musique là
le rap et tout
le seul groupe de rap
africain qu'on connaissait
c'était le sien
donc c'est pareil
encore une fois
je me retrouve
à rencontrer Fadda Freddy
que moi
j'ai vu passer
en me disant
c'est fou
il y a un groupe de rap
sénégalais
bon voilà
donc c'est hyper cool
aussi d'avoir l'occasion
de le rencontrer
c'est un vrai
un humain
qui est une véritable lumière
quand il est dans la pièce
vraiment
vous sentez
une véritable présence
de joie
c'est vraiment quelqu'un
de très cool
et du coup
il chante magnifiquement bien
en plus d'être un rappeur
et Malik se dit
là on est dans un moment
où ce mec là
il faut le crédibiliser
il ne va pas chercher
à lui faire faire des compos
il va en fait faire une sélection
de chansons
qui ne sont que des reprises
qui ne sont pas forcément
des reprises de cubes connues
au contraire
il va faire une sélection
de chansons atypiques
avec des trucs
et l'idée
et le fond du projet
c'est de faire un album
entièrement fait à la voix
ou avec le corps
c'est à dire que
tout ce que vous entendez
ça a été
que ça soit
le kick
la basse
les charlées
c'est un mélange
de beatbox
de percussion corporelle
la basse
c'est quelqu'un
qui du coup
à l'organe
c'est quelqu'un
qui a une vraie basse en voix
qui vient
hemer certaines lignes de basse
voilà
alors après
le projet
ça a été de traiter
ces voix
pour qu'elles ressemblent
finalement aux sources
qu'elles étaient censées imiter
donc c'est assez marrant
parce qu'au final
en disque
il y a plein de gens
qui passent complètement
à côté de la notion
c'est un disque
qu'on a fait avec finalement
un seul micro
avec des humains
alors qu'en live
évidemment c'est marquant
et d'où le fait qu'il ait eu
un plus gros succès
sur le live
et voilà
ça a donné pas mal
de choses magnifiques
parce que c'est magnifique
à voir
de voir ce live
fait par 5-6 personnes
vocales
c'est super
donc c'est un disque
hyper intéressant
parce que je me suis retrouvé
avec de la matière atypique
puisque globalement
vous avez beau taper
sur ce que vous voulez
pour faire le truc
ça sera plutôt médium
ou en tout cas
il n'y a pas de vraies-vraies aigus
il n'y a pas de vraies-vraies graves
donc voilà
donc il a fallu faire
et improviser
trouver des outils
détourner certains trucs
et là c'est encore des disques
que je fais intégralement
en analo
en terme de mix
donc la basse
ça passe dans des pédales
dans des octaveurs
tout est fait à l'ancienne
c'est assez cool
c'est un disque
que je prends du plaisir
à réécouter
quand il passe
dans une playlist
qui passe
c'est un truc
que j'aime bien réécouter
ça me rappelle
beaucoup de bons souvenirs
dans l'enregistrement
qui était comme
folklorique au possible
et le mixage
qui était une véritable
il a fallu faire
une vraie challenge
Qu'est-ce qui a fait
que du coup
justement
tu te retrouves
principalement
à faire de la
musique acoustique
et qu'est-ce que tu penses
quelles qualités
sont importantes
justement
pour quelle sensibilité
C'est une bonne question
franchement
ça n'a pas été
forcément
un calcul précis
mais clairement
je n'avais pas du tout
envie
à un moment
où on a commencé
à
bon déjà
il faut imaginer
que suite au disque
d'Imani
qui est mon premier disque
qui me lance
qui me met un peu
en avant
le monde de la musique
en France
est un petit peu bête
et qu'est-ce qu'ils se disent
tiens Jordan
tu ne veux pas
travailler sur Ayo
tu ne veux pas
travailler sur Kezir
tu n'as pas l'impression
de me donner
un peu les mêmes disques
si j'étais très très
fier de travailler
Kezir
et de travailler
avec Ayo
je vais pas
s'en critiquer
mais je me disais
qu'en fait
il ne faut pas aussi
que je m'enferme là-dedans
parce que d'un coup
c'est genre
tu fais de la black folk
super
mais en fait
il y a 4 artistes
donc une fois que
j'aurai fait le tour
je n'aurai plus de boulot
donc du coup
on ne maîtrise pas
forcément ces trucs-là
mais au même moment
qu'on commence à avoir
son nom qui peut-être
à un moment
peut tourner auprès
de quelques personnes
parce que finalement
avoir du boulot
ce n'est pas de connaître
tous les gens
de toutes les maisons
de disques
c'est quelques personnes
vraiment
ça suffit
pour déclencher
en tout cas les débuts
et on m'a proposé
quelques fois
ils me disaient
pourquoi tu ne fais pas
un petit essai
sur la main
et je ne me sentais
pas du tout
en adéquation
avec la tournure
que prenaient
à la fois la pop
et l'urban
c'est-à-dire
trop d'auto-tune
moi j'ai trouvé
à un moment
que tous les beats
se ressemblaient
avec un peu
une base d'afro-trap
afro-beat
avec tout le monde
en fait je n'y arrivais pas
et pourtant mes potes
je voyais des gens
qui s'émancipaient là-dedans
qui commençaient à me dire
moi je gagnais à ma vie
qui gagnaient
quasi sans donner de tarif
mais en tout cas
au moins le double
de ce que je prenais pour un mix
je me disais
est-ce que ce n'est pas eux
qui ont raison ?
et en même temps
c'est toujours ce truc
de dire moi je fais un disque
et je retourne
chez le disquier
chez qui j'allais
quand j'avais 13-14 ans
et qui je suis toujours pote
et quand j'arrive dans les étals
il y a des disques que je fais
c'est ça en fait que je veux
c'est au final de me dire
moi je voudrais que le jeune
que j'étais moi à l'époque
ça me fera plus kiffer
même s'ils en ont vendu
500 de chaque
ça me fera plus délirer
que de dire
j'ai fait un tube
qui est passé pendant
un an en rotation
sur toutes les plages
il y avait ce truc-là
et l'attirance aussi
parce que comme je venais aussi
techniquement et musicalement
je venais de musique programmée
et tout ça
je trouvais qu'il y avait
un défi beaucoup plus important
d'enregistrer une batterie
d'enregistrer un piano
il y a beaucoup plus
d'adrénaline pour moi
à faire des prises live
qu'à être là
à mixer des beats
où il y a le même kick
pendant 4 minutes
en fait
je vois des mecs
qui mettent des fois
pas beaucoup de temps
à mixer un titre
et je me dis
c'est marrant
c'est cool
mais c'est pas le temps
ou le truc
c'est juste qu'ils n'ont pas
d'adrénaline
parce qu'en fait
c'est quelque chose
de plus du truc
et attention
je ne juge pas la musique
c'est vraiment un ressenti
c'est à dire que chacun
fait ce qu'il veut
et attention
si vous me demandez
mon top 10
il y a forcément
des disques de hip hop dedans
donc j'ai encore ce truc
mais moi
je n'avais pas envie
de faire ça
j'avais pas envie
de mixer ça
j'avais pas envie
d'enregistrer ça
et de toute façon
ça ne s'enregistre quasiment plus
en vrai
parce qu'à la limite
TrapqueulQuest
allait en studio
pour déverser des MPC
et il y avait
un peu d'additionnel
mais aujourd'hui
les gars
ils vous amènent des instrus
fait sur Photiloops
et puis voilà
il fait le studio maintenant
du coup
donc non
je pense qu'il y avait
une véritable attirance
pour le défi
pour l'adrénaline
et aussi un truc humain
c'est à dire que je pense
que l'enregistrement
c'est le dernier truc
qu'on a d'humain
dans ce métier
je mixe beaucoup seul
malheureusement
parce qu'il y a des gens
qui viennent actuellement
je mixe un projet
où l'artiste est là
mais je mixe beaucoup seul
il y a beaucoup de gens
qui ne viennent pas
pour des raisons
des fois de distance
de déplacement
ou simplement de planning
mais du coup
la prise
c'est le dernier truc
qui nous reste
d'humain
où on partage
où on vit quelque chose
de sincère
et du coup
encore une fois
de l'adrénaline
quand je disais
il n'y a pas longtemps
je fais des prises
il y a 22 musiciens
il ne faut pas se rater
parce que
réunir 22 musiciens
pendant une journée
le cacher
l'organisation
qu'est-ce que ça représente
vous n'avez pas le droit
à l'erreur
donc voilà
ça c'est un truc
qui m'excite forcément
Dans les disques importants
en 2016
vous travaillez
vous enregistrez
vous mixez
l'album
Bizarra Homeland
qui remporte la victoire
de la musique
du meilleur album
de musique de monde
si je ne dis pas de bêtise
quel effet ça vous fait
de voir votre travail
comme ça consacré ?
Forcément
bon après
évidemment c'est cool
je ne dis pas du tout
le contraire
déjà c'est un disque
dans lequel je me reconnais
c'est hyper important
c'est un disque
dans lequel je me reconnais
c'est-à-dire
qu'il y a des choix
des parties prises
des choses
qui sont liées
à une artiste
qui permet
à ce moment-là
de faire des choses
des vrais choix
des vrais choix musicaux
des vrais parties prises
donc déjà
c'est un disque
dans lequel
on prend du plaisir
à faire
malgré quelques difficultés
j'ai eu des difficultés
sur ce disque-là
comme j'en ai eu
sur d'autres
forcément
quand il y a une victoire
de la musique
on est cool
parce qu'on se dit
wow super
c'est une exposition
c'est un retour
sur le travail
de temps en temps
ça fait du bien
on va s'auto-flageller
tout le temps
donc c'est hyper agréable
après
évidemment
on est toujours
très loin un peu
de ce truc
où c'est pas
parce qu'il y a ça
que son téléphone
après se met à sonner
tous les jours
en se disant
est-ce que tu peux
mixer le prochain disque d'Intel
faut qu'on soit réaliste
ça se passe pas du tout
comme ça
peut-être avec un Grammy
mais en tout cas
pas avec une victoire
de la musique
donc du coup
c'était super
parce que je pense
que c'était
un des derniers disques
où on a passé
beaucoup de temps
en recording
et du coup
d'avoir ce genre
d'artistes
qui sont capables
de dire assez tard
dans le processus
d'un morceau
genre
j'aime pas la batterie
on va la refaire
c'est trop bien
d'avoir ce genre de projet
et de se dire
ce genre de projet
comme trouve
Oreille à la fin
ça c'est assez cool
Merci
On vous reçoit aussi
avec une casquette
que vous avez
en plus de tout cela
c'est la casquette
de confondateur
de studio
que vous avez fondé
en 2011
donc UDS
le studio
Question de son
en 2005
j'ai eu
un premier studio
de 2005
à 2010
qui s'appelait déjà
Question de son
qui était une cave
enfin
des parkings
annexés
qu'on avait transformé
avec
beaucoup d'huile de coude
en studio
donc ça
ça s'est fait
dans nos premiers studios
donc l'année prochaine
UDS aura
20 ans
Est-ce que
vous pouvez nous présenter
les équipements
que vous avez
là actuellement
dans le studio
tel qu'il existe maintenant
Voilà
ça c'est notre studio A
qui est équipé
d'une Nive
vintage
donc
dans
on va dire
dans le saint graal
des consoles
franchement
celle-ci
elle est au max
donc
il n'y a pas plus
il n'y a pas plus ouf
je crois
mais bon évidemment
ça va venir à tout le monde
en tout cas
c'est une Nive
de 1975
qui a été faite
pour les
qui a été faite
pour les
pour les studios IMI
au travers du monde
donc en fait
historiquement
il y en a eu une
à Bayreuth
qui était la grande sœur
de celle-ci
il y en a eu une
à Paris
à Boulogne
je ne sais pas
Thémarconie
il y en a eu
il y en a eu une
chez Electro
là en Allemagne
donc on trouve les grandes sœurs
ça c'est les grands formats
les formats 36 voix
et les petites 24
comme la mienne
elles ont été faites
dans les studios
de IMI
qui était un peu plus petit
Mexico
la Nouvelle-Zélande
Madrid
et voilà
donc j'ai eu la chance
de récupérer celle de Mexico
que j'ai découvert
par un coup de chance
et après un an
d'aller-retour
de négociation
avec Fred
on a décidé de partir
d'un coup de tête
trois jours
à Monterrey
c'est pas Monterrey aux Etats-Unis
c'est Monterrey au Mexique
plus haut taux d'enlèvement
du monde
et voilà
on est parti
pour vérifier
que la console
elle existait
et qu'il y avait bien
le contenu dedans
de ce qu'on voulait
et après
moult échanges
on a réussi à négocier
et je suis reparti
une deuxième fois au Mexique
pour la démonter
entièrement
et la mettre
dans une caisse en bois
et puis après
il y a eu d'autres péripéties
pour la faire venir
parce qu'évidemment
ça a été très compliqué
de faire revenir
cette énorme boîte
et puis après
de la dédouaner
et puis voilà
et après ça a découlé
sur un an de restauration
sur nos soirées
nos week-ends
pour en faire
la beauté qu'elle est aujourd'hui
parce qu'elle était clairement
pas dans cet état
Quel autre équipement
vous avez dans votre
dans votre studio ?
On a trop
On en a trop
Là on est dans le studio B
tel qu'il est actuellement
c'est à dire que
j'ai refait le studio B
en novembre
suite à la vente
de ma SSL
et du coup
je me suis fait une config
qui est
le B aujourd'hui
c'est quasiment
ma cabine à moi
je suis quasiment
l'utilisateur de cette cabine
à plus de 90%
et du coup
voilà
on voit la cabine
telle qu'elle est
maintenant configurée
donc c'était vraiment
j'avais envie de
de retrouver un peu
l'essentiel de comment
je travaillais
et ça n'a pas été évident
parce que j'avais une façon
de me servir de la console
même si je ne m'en servais
plus de façon traditionnelle
je m'en servais encore
comme une sorte de sommateur
un peu particulier
et donc je suis encore
en train aujourd'hui
de travailler sur le sujet
je suis parti sur la solution
d'avoir deux sommateurs
pour l'instant
mais c'est quelque chose
que je suis en train de
que j'ai en projet
que j'ai déjà bien avancé
mais voilà
du coup on voit
j'ai pas mal de périphs
j'ai beaucoup de choses
l'idée c'est d'avoir des couleurs
je suis assez fan
des reverbs analogiques
donc j'en ai un paquet
plus toutes celles qu'on ne voit pas
parce qu'elles sont
en salle des machines
Vous avez une troisième
régie de mixage
en surround
en Dolby Atmos
si je ne dis pas de bêtises
alors moi ma question
c'est
on a vu par le passé
des tentatives de mixage
en surround
je me souviens
de Deez
qui était sorti en 5.1
mais ça a toujours été
de mon point de vue
moi je ne suis pas aussi spécialiste
que vous
des espèces de sorties de niche
et qu'est-ce que vous pensez
de la pertinence
de continuer à travailler
dans le surround
dans le Dolby Atmos
alors qu'on consomme
quand même beaucoup
la musique au casque
de manière stéréo
Ben justement
je crois que c'est ça
à la fois le défi
et l'intérêt
du Dolby Atmos
c'est qu'en fait
c'est la première fois
qu'on a une technologie
où entre guillemets
la logique c'est
qui peut le plus
peut le moins
c'est-à-dire que vous mixez
pour un ensemble d'enceintes
qui est un minimum
de 7.1.2
euh .4
en vrai mais
quand je dis 2
c'est parce qu'en fait
gauche et droite
même si vous avez 4 enceintes
mais au final
le but c'est d'aller vers le plus
donc 9.1.4
et ainsi de suite
donc nous on est équipé
en 9.1.4
l'idée c'est de mixer
sur enceintes
donc en gros
de spatialiser les éléments
ça vous permet d'isoler
en fait si vous vous retrouvez
avec la rythmique
sur les enceintes L et R
et que d'un coup
vous avez la basse
sur l'enceinte centrale
chose que je ne conseille
pas de faire
mais en tout cas
c'est un exemple
vous vous retrouvez
en fait à soulager
l'enceinte
qui elle
utilise toute sa dynamique
pour faire le son
de batterie
et vous mettez
après la charge
de la basse
dans une enceinte centrale
et bien en fait
vous retrouvez de l'air
vous trouvez à avoir
de la dynamique
donc ça évidemment
c'est quelque chose
qui est propre
en fait d'avoir
un système d'enceintes
donc ça c'est comme
pour le cinéma
vous faites pour ceux
qui seront équipés
du meilleur système
de diffusion
il n'y en aura pas
forcément des milliers
mais il y en a un peu
mais là où ça devient intéressant
c'est la suite
c'est que d'un coup
ils se disent
ok on a capté
qu'il fallait encoder ça
donc cette multicanale
cet encodage
est un peu plus complexe
que simplement
d'avoir du son
dans des enceintes précises
ce qui serait simplement
du 7.1 ou du 9.1
comme il y a dans
le cinéma traditionnel
là on se retrouve
à avoir des particularités
c'est qu'il y a des sources
qu'on peut associer
à ce qu'on appelle
un objet
c'est à dire
qu'une piste sonore
un son
un élément de la musique
est non seulement
audible
mais elle est associée
à des métadatas
qui placent
cet élément
dans l'espace
et c'est ça
qui devient intéressant
c'est pas ce que vous
placez à des endroits
fixes
c'est le fait
qu'il y ait des sources
qui soient associées
à des métadatas
métadonnées
en français
je crois
et donc du coup
ça veut dire
qu'ils ont capté
qu'en faisant
soit du binaural
donc la réduction
stéréo classique
ou l'ambisonique
qu'on peut retrouver
au travers de
plus à Apple
en tout cas
leur encodage
on se retrouve
en fait à avoir
du coup
des sources
qui du coup
par le système
de l'application
et du décodage
vont être associées
à un mouvement
à quelque chose
et dans l'espace
et donc du coup
c'est la première fois
qu'on a
il me semble
un système
où il y a une optimisation
pour une écoute finalement
au casque stéréo
on le fait
c'est à dire qu'en fait
au moment de faire
un mix atmos
vous faites un mix
vous faites votre mix
sur les ensembles
vous êtes content
vous avez placé
et là vous avez aussi
besoin de faire
une validation
de mix
binaural
c'est à dire qu'il y a
plein de paramètres
qui associent
chaque source
qu'elle soit fixe
ou qu'elle soit associée
comme je disais en objet
en fait à une sorte
de distance
que vous ajoutez
c'est à dire qu'en plus
des métadonnées
que vous avez ajoutées
de mouvements
et d'espace
vous lui rajoutez
un paramètre
qui n'est décodé
que par ce système là
et donc du coup
tout ça mélangé
vient faire
que l'écoute au casque
peut avoir un intérêt
maintenant
est-ce que ça va continuer
à durer tout ça ?
si j'étais visionnaire
franchement
je serais ravi
je ne le sais pas
nous on a fait le move
et le parti pris
d'aller vers ça
à un moment
quand aujourd'hui
je mixe un disque
et qu'on me dit
tiens fais ça
et puis maintenant
il faut que tu fasses des stems
il y a un mec
qui va faire l'atmos
franchement
ça me faisait un peu chier
donc du coup
on s'est dit
c'est quand même intéressant
on avait une cabine
de mastering
avant dans cette pièce là
et notre partenaire
dans le mastering
avait décidé
de prendre un autre chemin
qui est celui
d'aller habiter en province
on s'est dit
qu'est-ce qu'on va faire
de cette cabine
les proportions
le truc
et arrive l'atmos
donc forcément
on a fait
après peut-être
qu'on a peut-être
un peu déliré
en faisant un truc
aussi balèze
aussi fat
et aussi performant
parce qu'évidemment
on ne sait pas faire
les choses à moitié
mais c'était hyper intéressant
pour moi
de concevoir aussi
un studio
c'est un studio
moi qui ne fais que
des studios analogiques
avec plein de câbles
et des milliers de câbles
et des patchs et tout
là c'est un studio
qui est entièrement en dente
il n'y a pas
les seuls modules analogiques
qui existent
sont ceux qui allument
les enceintes
qui sont sur pied
sinon j'attaque même
les amplis
des grosses
en dente
c'est-à-dire que
je n'ai même pas
de convertisseur
dans ce studio
puisque l'ampli
est lui-même
le filtre et le convertisseur
donc il y avait aussi
tout un défi technique
hyper intéressant
pour nous
pour moi
d'aller mettre
mon pied
dans un truc
dans lequel
je n'étais pas
dans mon grand confort
d'aller vers une technologie
que je ne maîtrisais pas
donc j'étais obligé
d'apprendre le dente
tous les protocoles
toutes les normes
tous les trucs
je me suis tapé
un PDF monstrueux
de Dolby
sur comment on fait
un studio Atmos
comment on répond
aux normes Atmos
et ainsi de suite
et tout ça
avec l'aide évidemment
de Michel Deluc
l'acousticien
qui nous back
sur le studio
enfin les grosses
dans les studios
qu'on a vu tout à l'heure
le studio A
ou le studio B
ou celle-ci
ce sont tous des enceintes
qui sont faites sur mesure
par Michel Deluc
qui est du coup
le designer en chef
de la marque Amadeus
et qui est en plus
peut-être un génie
et un ami
donc on a la chance
d'avoir cette personne
avec près de nous
Quel disque
ou quel artiste
avez-vous accueilli
dans votre studio
si vous pouvez nous citer
quelques projets
ou quelques noms
quelques anecdotes aussi ?
Les anecdotes
il y en a beaucoup
au sein du studio
en tant que studio
parce qu'on a parlé de moi
mais je suis aussi patron
d'un studio
qui est un studio commercial
donc on fait de l'accueil
d'artistes et d'ingé-sons
extérieurs
ça me faisait partie
de nos clients
parmi les plus gros
forcément
parce que ça parle
à tout le monde
Frank Ocean
Kanye
Pete Doherty
au travers
de son projet solo
mais aussi
des Baby Chambers
j'en passe
c'est-à-dire
Christine Vanhoenckwijn
Juliette Armanet
enfin voilà
a priori
Louis Attaque
enfin vraiment
je peux dire
je peux en citer à la taille
Woodkid
je peux continuer
à en faire plein
on n'a pas l'habitude
d'étaler ça comme ça
mais oui
on a eu la chance
d'avoir quand même
beaucoup de gros projets
d'en avoir régulièrement
d'avoir des projets internationaux
qui viennent chez nous aussi
de par je pense
nos installations
qui sont du coup
de haut standing
c'est-à-dire à la fois
dans la qualité
mais aussi dans l'accueil
et tout ça
on peut recevoir
des gens
qui ont des habitudes
dans des studios
world class
je pense qu'on en fait partie
donc c'est assez agréable
c'est cool
c'est aussi un retour
des fois
voilà
donc là
pour ceux qui ont regardé
nos réseaux sociaux
on a partagé la photo hier
de Lenny Kravitz
derrière notre console
qui est venu réaliser
l'année dernière
un album
pour un des fils
de Fellacuti
donc bon
voilà
ce genre de moment
bon voilà
même ma mère
elle est là
ah il y a eu Lenny Kravitz
chez toi
parfait ouais
c'est quand même
super cool
c'est une récompense
exceptionnelle bien sûr
très bien bien
écoutez
on va se tourner maintenant
vers les étudiants
qui sont dans la salle
on va pouvoir
vous passer le micro
pour poser des questions
à notre invité
comment faire en sorte
quand on se lance
dans l'activité
d'un gestion en freelance
ou en ouvrant un studio
comment faire en sorte
de se promouvoir
sans que l'artiste
se sente mis
en retrait
de son propre projet
je réponds
que c'est une
super question
franchement
chapeau
c'est une question
double tranchant
c'est à dire que
déjà
on reprend
la réponse
que je disais tout à l'heure
c'est à dire
qu'on n'est rien
on est au service
d'un projet
c'est à dire qu'il n'y a pas
d'ingé son
il n'y a pas de musicien
il n'y a pas d'artiste
donc déjà
ceux qui n'arrivent pas
à enregistrer ça
franchement
il faut arrêter direct
je pense que
j'ai beaucoup
de stagiaires
qui ont du mal
à capter
que tout le monde
ne peut pas devenir
Manny Marroquin
c'est comme ça
du coup
en fait
tu mets le doigt
sur quelque chose
qui a été
un vrai sujet
pour nous
c'est à dire
qu'on a
tout fait
pour mettre
les gens à l'aise
c'est à dire
au détriment
au départ même
de nos carrières
respectives
c'est à dire
qu'on s'est concentré
sur le fait
que l'accueil
et la qualité
du studio
devait être
au top
tout le temps
quelles que soient
les conséquences
j'entends par là
de la vie privée
c'est à dire
que les gens
qui se posent des questions
c'est à dire
être 15h par jour
au studio
pendant des années
pas de week-end
pas de vacances
j'ai perdu
beaucoup de copains
de petites copines
franchement
je pense que
ma famille m'adore
donc ils m'ont pas encore
renié
mais enfin voilà
il y a des moments
où je m'en veux
je me dis
putain mais en fait
je vois personne
je fais rien
enfin voilà
il y a plein de moments
qui sont des moments
très difficiles
parce qu'on fait tout
pour le studio
vraiment tout tout tout
pour le studio
au point
qu'on s'en est parfois
minoré
et on a oublié
même nous
de se dire qu'en fait
il fallait qu'on pense
à un moment
à exister en dehors
et donc en fait
un moment
c'est rigolo
c'est une super question
vraiment
un moment
je me rends compte
que dans les téléphones
des gens
je m'appelle
question de son
techniquement
je ne suis plus personne
c'est vraiment
le truc
de dire
je ne suis plus
moi
je suis un studio
et voilà
donc du coup
c'est vraiment bien
ce que tu dis
franchement
ça n'a été pas facile
à part un moment
et il y a plein de moments
où j'ai essayé
d'être dans le calcul
de dire
il faut que ceci
il faut que je pense
à m'occuper de moi
il y a eu plein de moments
où j'ai essayé
de trouver
là avec le temps
j'ai l'impression
que ma carrière
s'est mise en place
petit à petit
toute seule
et que j'ai réussi
à être autre chose
que le studio
à le repousser
mais ce n'est pas évident
encore
parce que je pense
que je le suis encore
pour d'autres gens
donc c'est
c'est vraiment
un équilibre fragile
qui a été
très très compliqué
et c'est vraiment
tu mets le doigt
sur un vrai sujet
qui est a priori
pas terminé
même encore
même si aujourd'hui
j'ai l'impression
que mon téléphone
sonne pour moi
je m'appelle encore
question de son
dans beaucoup de téléphones
Bonjour merci
d'être là pour nous
comment on garde
la passion
quand on travaille
parce qu'à force
de répéter
on boucle
la même chose
on perd au bout d'un moment
enfin moi je sais que
j'ai déjà rencontré
des ingénieurs de son
qui m'ont dit qu'on perdait
un peu forcément
au bout d'un moment
la passion
si vous avez des conseils
que vous auriez peut-être aimé
qu'on vous donne
quand vous étiez plus jeune
pour éviter ça
éviter de se surmener
et garder toujours un petit peu
d'envie pour travailler
c'est pareil
c'est une sumaire question
franchement chapeau
parce que je ne m'attendais pas
à ces questions
c'est une super question
alors moi la passion
elle est là
elle est à fond
franchement c'est dévorant
c'est à dire que
pour te dire
je pars en vacances
je suis du genre
à apprendre à programmer
Soundflow
sur mon laptop
tu vois
alors que je suis au bord
d'une piscine
donc c'est débile en vrai
mais c'est parce que
je suis à fond là-dedans
je lis un bouquin
c'est une vidéo de musique
enfin c'est n'importe quoi
mais c'est là
c'est présent
et c'est ma passion
et je ne regrette rien
il ne faut pas
mais parfois
ça a été effectivement difficile
j'ai vu beaucoup de gens
s'essouffler autour de moi
alors déjà
je pense que ça rejoint
pareil des questions
qu'on a eues plus tôt
qu'on me posait plus tôt
par rapport au style de musique
et tout ça
peut-être des gens
qui d'un coup
cherchent la gloire
ou l'argent
forcément ça va limiter
c'est-à-dire que
sur la longueur
c'est une galère
c'est-à-dire qu'il y a
forcément un moment
où si tu ne visais que l'argent
il y a forcément
un fin à cette boucle
et si tu vises la gloire
c'est pareil
alors que si tu es là
en train de t'entretenir
en disant
j'ai envie de continuer
à faire ce métier
au travers d'une passion
qui est la musique
et vous faites attention
je parle rarement de son
je parle toujours de musique
franchement le son
comme je disais
en fait en sortie de 3ème année
vous avez toujours
besoin de savoir faire du son
savoir faire des disques
c'est autre chose
voilà donc moi ma passion
c'est de faire des disques
j'ai rêvé de faire des disques
moi demain on me dit
bon ben Jordan c'est dur
maintenant il va falloir
peut-être s'ouvrir
et faire de l'audiovisuel
pour le truc
moi clairement
je ne serais pas capable
c'est-à-dire que
je préférerais arrêter
j'ouvrirais un disquaire
et puis voilà
je pense que je ferais ça
donc en tout cas
comment ça vient
je pense qu'il faut
faire attention à ses choix
il faut continuer
à être comme on disait
à faire des disques humains
avec des gens
qui ne te rabaissent pas
essayer de trouver un truc
alors évidemment
il y a des moments difficiles
il y a des moments
où je me suis dit
il faut que j'arrête
je ne suis pas fait pour ce métier
c'est trop dur
c'est trop saucy
je ne vois plus assez les miens
il y a plein de moments de doute
plein de moments d'hésitation
et c'est pas facile
mais je pense qu'on trouve
la passion dans le fait
de rencontrer
des nouvelles personnes
des nouveaux projets
et que ça alimente
toujours cette flamme
de trucs
alors évidemment
on n'enregistrera pas
Led Zeppelin tous les jours
ça c'est clair
il ne faut pas
il faut s'y préparer
mais en fait
dans chaque projet
il y a toujours quelque chose
il y a des projets
où je me dis
forcément musicalement
c'est peut-être pas au rendez-vous
de ce que j'aurais fait
ou de ce que j'aurais envie de faire
par contre humainement
cette personne
elle me renvoie quelque chose
je me dis
je kiffe en fait
d'avoir partagé un truc
avec cette personne
même si je ne suis pas à fond
et des fois c'est l'inverse
je kiffe la musique
je me dis bon
c'est un peu un connard
mais c'est pas grave
la musique elle est trop cool
et donc on trouve un équilibre
par contre il ne faut pas se forcer
si à un moment
c'est qu'il y a un problème
c'est pareil
c'est une très bonne question
merci
en fait
au travers de ta question
je me rends compte
le truc qu'on n'a pas parlé
depuis le début
c'est finalement
comment on s'est fait
les connexions
et en fait
c'est ça qui est important
c'est pas tant la capacité
que tu as ou pas
à monter un endroit
et de le faire
et tout ça
c'est de savoir
est-ce que tu es déjà
tu penses
est-ce que tu as déjà
assez de business
pour le créer
parce qu'en fait
juste de créer un endroit
d'avoir un local
d'y mettre 3 micros
et de s'additionner
aujourd'hui
Instagram est rempli
de petits studios
plus ou moins gros
qui proposent un peu
de matériel cool
et en tout cas
la concurrence est rude
et clairement
si tu ne proposes
que du matériel
ça marche pas
on en revient à ce truc là
c'est l'humain qui prévaut
c'est à dire
est-ce que
toi parce que tu sors
à des concerts
que tu vas
voilà
et que tu te fais un réseau
tu as commencé
à rencontrer des gens
tu te rends compte
que tu as mixé
un premier petit EP
pour un groupe
de Saint-Germain-en-Laye
mais qui en parle
à leur groupe concurrent
de la ville d'à côté
et d'un coup
tu te dis
il y a peut-être
quelque chose
qui va se passer
donc je pense qu'au départ
c'est pas tant le but
de se dire
est-ce qu'il y a de la place
pour un studio
clairement les studios commerciaux
c'est hyper dur ce que je veux dire
mais je pense que même le mien
est amené à fermer
on va pas se mentir
les studios commerciaux
là en l'état
le business
franchement
il est vérolé
c'est à dire que
les grands studios
il y en a suffisamment
pour ce qu'il y a à faire
en termes d'argent
et que pour venir
faire un studio
aligné au nôtre
aujourd'hui avec les montants
parce qu'il ne faut pas oublier
moi quand j'achète une bécane
en 2006
je l'achète sur Ebay
aux Etats-Unis
l'euro dollar
j'ai 33 ou 36%
de discount
c'est à dire
quand je vends un truc
à 1000 dollars
j'ai 36% de moins
en euros
donc j'achète des trucs
je ne paye pas de douane
il y a tout un truc
c'est une période hyper phase
pour acheter le matos
aujourd'hui tu vas en 76
c'est 10 000 euros
donc clairement
tu n'en auras pas
moi je n'ai pas acheté
en 76
quand je ne l'ai plus
dans le b
je me suis acheté
un purple
c'est à dire que
si moi je fais ça
qui va le faire
donc les gars qui sont blindés
mais c'est super
mais en vrai
c'est à dire qu'on en est là
donc en fait
remonter un studio commercial
aussi lourd
dans la structure
et dans le matos
ça me parait compliqué
mais par contre
de toute façon
c'est plus ça le schéma
le schéma aujourd'hui
c'est qu'au final
les gens vont aller bosser
avec des producteurs
des mixeurs
des producteurs
qui est un peu la mode
qui est arrivée par le beatmaking
mais qui finalement
est revenue sur les autres musiques
et on voit des mecs comme
le gars de Ketamine
et compagnie
on voit ces mecs là
qui sont en fait
qui ont des espaces
à eux qui sont quand même
déjà un peu cool
c'est dans un endroit cosy
ils ont la bonne petite batterie
la bonne petite basse
ils ont 6 pré-amps
un peu haut de gamme
et le reste c'est des trucs
un peu standard x8
qui permet d'enregistrer une drum
et il n'y a pas besoin de plus
parce que finalement
une fois que tu as passé
un peu le cap matos
qui te permet de faire
l'acquisition d'un basse batterie
guitare à la cool
le reste tu vas le faire
avec un ordi
ça ne t'empêche pas
de faire un truc
donc je pense que
tu ne cherches plus
à vendre un lieu
tu cherches à vendre de l'humain
mais par contre
vous allez vous retrouver
avoir beaucoup plus de concurrents
puisque vous allez être
beaucoup plus à pouvoir
proposer la même chose
ça sera l'humain
la psychologie
donc c'est toujours
le même truc de départ
clairement avoir un studio
je pense ça me paraît
un peu aujourd'hui
complètement fou
mais peut-être je me trompe
et je souhaite à tout le monde
de refaire cette expérience
avec tous les points de vie
que je pourrais laisser
que j'ai déjà laissés
que ça soit la santé
et le reste
dans ce studio
je ne regrette rien
et je souhaite à tout le monde
de vivre ce qu'on a vécu
en revanche
je suis conscient quand même
que c'est hyper compliqué
par contre
je pense que l'humain
c'est toujours ça
il n'y a pas de secret
les gens qui ont des plans
ils ont des plans
merci beaucoup Jordan
on arrive au terme
de cette masterclass
donc c'est le moment
de te remercier
et t'applaudir quand même
bien fort
merci
vraiment merci
d'avoir accepté
notre invitation
ça a été un moment
très important pour nous
j'aimerais aussi
qu'on applaudisse
Enzo Boisjan
qui est à la réalisation
de cette masterclass
avec toute l'équipe
de nos étudiants
qui s'occupent
de la captation image et son
c'est vraiment le travail
de nos jeunes
merci à vous
et puis on vous donne rendez-vous
pour une prochaine masterclass
très bientôt
merci au revoir
