La ferveur des Corses pour la visite du Pape
16 déc. 2024
Céline Géraud, accompagnée de la rédaction d’Europe 1, propose chaque midi un point complet sur l’actualité suivi de débats entre invités et auditeurs.
Dernière partie avec vous Céline Giraud et aujourd'hui le journaliste Ivan Rioufol et le chroniqueur politique Olivier Tartigolle.
Et avec vous les amis, j'avais envie de revenir sur cette visite historique, je ne sais pas si vous l'avez suivi, du Pape à Ajaccio.
C'était très impressionnant, cette ferveur populaire.
Je rappelle que 90% des habitants de l'île de beauté se disent catholiques.
La pratique religieuse est fervente, totalement imbriquée dans la vie politique.
Alors le Pape n'avait pas voulu venir à Notre-Dame pour les raisons qu'on avait déjà évoquées ici.
Il préfère généralement les périphéries.
Il avait choisi Marseille en disant je suis à Marseille mais pas en France.
Strasbourg est désormais la Corse.
La conception française de la laïcité est finalement assez difficile à saisir pour de nombreux étrangers.
Le Pape justement a choisi.
Moi j'ai compris le message politique du Pape.
C'était naturellement un message spirituel, incontestablement.
C'était une ferveur pour rendre hommage à une ferveur enracinée.
Ce qui était déjà un premier message, de dire qu'il y avait une ferveur enracinée dans un territoire, la Corse en l'occurrence.
Et le message politique que j'ai vu, moi, c'était celui d'une recherche de proximité.
Précisément, on revient avec le débat précédent.
C'est dire que tant les hommes politiques se sont maintenant détachés de leur électorat,
tant le Pape a voulu montrer, lui, que quand il y avait une sincérité, en l'occurrence une sincérité religieuse,
il ne fallait pas précisément que les puissants s'écartent de la foule.
Or, c'est ce que l'on avait vu avec l'inauguration de Notre-Dame,
où la foule avait été tenue très à l'écart, dans le fond, de cette cérémonie mondaine.
D'ailleurs, le Pape, à plusieurs reprises, a parlé de cette mondanité qui l'exaspérait.
Et j'ai mieux compris pourquoi le Pape n'avait pas voulu assister à cette cérémonie-là,
cette cérémonie des puissants écartés de la foule, des fidèles qui étaient très éloignés de la cathédrale.
Or, là, on a vu qu'il prenait plaisir, justement, à frôler.
Parce qu'à la foule, il était à un mètre de lui, à frôler, précisément, ce peuple corse.
Et il était totalement protégé aussi par les Corses.
Protégé par les Corses, en effet, il n'y a pas eu un seul incident.
Et je pense que les politiques, voyant ça, ont dû palir de jalousie,
en se disant qu'il était impossible pour eux de susciter un tel enthousiasme,
ce que l'on imagine Emmanuel Macron dans une foule, avec des gens qui présenteraient leur bébé.
Enfin, on voyait bien qu'il y avait donc quelque chose de très positif, de très sympathique,
et en même temps qui, pour le monde politique, pour faire la liaison,
doit les obliger à se remettre en question sur leurs propres sentiments, leurs propres sensibilités.
Il s'agit en effet d'un pape très politique.
Alors, il y avait en effet ce rendez-vous sur la piété populaire dans le bassin méditerranéen.
Le pape a été, il ne faut pas l'oublier, fortement critiqué du fait de son absence à la réouverture de Notre-Dame.
J'ai souvenir d'éditorialistes, d'émissions où véritablement l'absence du pape était très commentée, négativement.
J'ai l'impression que son choix était le bon.
Il avait peur d'une enflure du côté de Paris, il avait peur d'être un peu l'otage d'une prise de parole d'Emmanuel Macron.
La relation entre les deux est assez complexe.
Moi, j'ai beaucoup apprécié, je dois vous dire que j'aime bien ce pape et j'adore Ajaccio.
J'ai bien aimé quand il a rappelé aux grands de l'église qui étaient face à lui qu'il ne fallait pas être vaniteux,
qu'il fallait tous les matins se re-questionner, qu'il les a encouragés véritablement à retrouver de la proximité.
C'est assez amusant que de voir le monde politique tel que François Bayrou dire, il y a le mur de verre.
Et le pape fait la démonstration grandeur nature à l'échelle d'une ville comme Ajaccio,
que pour lui ce plafond de verre n'existe pas et que l'humanité est à portée de main.
Et quand il évoque la laïcité française, il dit à la coloration héritée des lumières beaucoup trop fortes,
conduisant selon lui à présenter les religions comme une sous-culture.
C'est ce qu'il a dit.
Sur la laïcité, je n'ai pas bien saisi exactement quel était son message, sinon que la laïcité est intrinsèque au catholicisme.
C'est le catholicisme qui a inventé la laïcité.
Mon royaume n'est pas de ce monde.
A Paris, à Strasbourg, à Saint-Etienne, à Lyon, à Bordeaux, dès qu'on met un santon, une crèche ou un sapin de Noël,
ça devient une affaire d'Etat, au moins en Corse.
Je ne sais pas s'il n'y avait pas un double discours, malgré tout, dans lequel il aurait voulu transiger sur cette laïcité,
en essayant de faire comprendre également que cette nouvelle religion qui est la religion de l'islam doit également avoir des accommodements.
Il faudrait approfondir ce discours qui me semblait si bilingue.
Ce que j'ai apprécié en revanche, en parlant de laïcité malgré tout, c'est que l'Etat a été représenté par Nicolas Sarkozy
et qu'il y a eu une épreuve d'humilité pour le président de la République qui a été sommé de jouer les seconds rôles
en étant reçu simplement en fin de partie dans un hangar d'aéroport et rapidement,
alors qu'il s'était mis au centre et deux fois de suite de Notre-Dame avec le clergé habillé en Castelbajac.
Donc il y a eu là aussi quelque chose de jubilatoire.
D'ailleurs vous avez noté que les pontifs étaient tous en rose, vous savez pourquoi ?
Parce que figurez-vous que les chasubles roses c'est une couleur liturgique utilisée seulement deux fois dans l'année lors du troisième dimanche de l'Avent.
Voilà pourquoi.
Ça allait bien, c'était assez gay.
Castelbajac aussi c'est très gay.
C'est autre chose.
