Apollonios de Tyane, le "Christ païen"
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France Culture
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44 Vues de vidéo·24 déc. 2024
Voici le deuxième Jésus oublié de l'Histoire.
Apollonios de Tianne, c'est son nom.
C'était un sage avec sa communauté de disciples,
une sorte de version païenne du Christ.
Apollonios, c'est l'un des nombreux hommes-dieux de l'Antiquité.
C'est-à-dire que l'idée qu'on puisse être à la fois un homme et un dieu
n'est pas du tout propre à Jésus de Nazareth.
C'est très commun, il y a Pythagore, il y a Épicure,
il y a un grand nombre de sages qui sont considérés comme des hommes-dieux.
Pourquoi ? Parce qu'ils ont accompli la perfection de la sagesse humaine.
Originaire de l'actuelle Turquie, le personnage a tellement fasciné
qu'une légende a vu le jour autour de lui.
La légende raconte que c'était un grand mage
qui était capable à la fois de deviner l'avenir,
de soigner des gens et même de ressusciter une jeune femme.
Un jour, se produisit une éclipse de soleil et l'on entendit un coup de tonnerre.
Alors Apollonios leva les yeux au ciel et dit
« Il se passera quelque chose de grand et cela ne se passera point ».
Les assistants furent dans l'incapacité de comprendre
Mais le troisième jour après l'éclipse, pendant que Néron était à table,
un éclair frappa cette table et brisa la coupe qui se trouvait dans ses mains
et non loin de sa bouche.
Le fait qu'il avait été si près d'être frappé par l'éclair
était annoncé par l'expression « quelque chose arrivera et n'arrivera pas ».
C'est Philostrate d'Athènes qui, 200 ans après sa mort,
a eu tendance à romancer ses accomplissements.
A l'époque, plus l'histoire est merveilleuse, plus elle est digne d'être racontée.
Historiquement, ce qu'on sait, c'est qu'il a eu tellement d'importance
que jusqu'au 3e et 4e siècle, on utilise encore des talismans
au nom d'Apollonios de Tiennes et sa réputation va continuer,
surtout dans l'église d'Orient, mais aussi en Occident, parmi tous les magiciens.
Apollonios de Tiennes est pourtant d'abord un philosophe.
Et comme tout philosophe, il cherche la sagesse.
Pour ça, il voyage avec ses disciples et va à la rencontre d'autres penseurs.
A Babylone pour apprendre la divination,
en Inde pour discuter avec les bouddhistes,
puis à Rome, en Égypte, en Éthiopie.
Apollonios se définit comme un pythagoricien.
Les pythagoriciens sont des rationalistes.
Ils ont un rapport au corps qui est beaucoup plus intégré, incarné,
que ça va se produire à partir de Platon.
Ils considèrent que la santé et la vertu, c'est la même chose.
Le soin de l'âme passe par le soin du corps.
Son aura se répand via ses témoins et ses admirateurs,
mais aussi ses détracteurs qui le voient comme un charlatan.
Diffuser sa parole est un aspect central chez le philosophe
Il ne s'agit pas pour lui d'acquérir la sagesse
pour s'accomplir individuellement
ou pour obtenir le bonheur, le bien-être ou je ne sais quoi.
En fait, les pythagoriciens sont impliqués en politique
parce que leur conception de la sagesse,
c'est celle d'une sagesse partagée.
Apollonios meurt à la fin du 1er siècle volontairement isolé.
Son nom se retrouve après sa mort
au centre d'une rivalité entre chrétiens et païens.
Au 4e siècle, à une époque où les chrétiens gagnent en influence,
il va y avoir une sorte de contre-attaque
pour essayer de diminuer l'influence des chrétiens
en disant « pourquoi est-ce que vous vous attachez tellement
à Jésus de Nazareth qui est anti-païen
alors qu'on a un prophète païen ? »
L'Empire romain, converti au christianisme,
interdit de diffuser toute information sur lui sous peine de mort.
En revanche, dans l'église d'Orient,
qui revendique son héritage grec,
Apollonios va rester une superstar pendant tout le Moyen-Âge.
En fait, il y a plus d'éditions de la vie d'Apollonios de Tiane
En Occident, son nom disparaît jusqu'au 15e siècle,
où le livre est réédité.
On parle de lui dans des cercles confidentiels,
par exemple chez les occultistes du 19e.
Il est pourtant un personnage inspirant pour notre temps,
avec 2-3 leçons à garder.
Apollonios, il fait tenir des choses que nous,
on a séparées et qui s'affrontent.
Par exemple, la notion de spiritualité
et la notion de rationalité,
chez Apollonios, ça va ensemble.
Toutes les religions sont considérées comme traductibles
les unes dans les autres.
C'est-à-dire que, si vous rencontrez Bouddha en Inde,
vous allez dire, je le reconnais, c'est Zeus.
Au lieu de dire, mon dieu n'est pas ton dieu,
Apollonios incarne une forme de tolérance
qui consiste à dire, raconte-moi ce qu'est ta spiritualité,
je vais y reconnaître la mienne.
Et aussi, ne viens pas me suivre moi comme un guide,
essaye de te mettre à l'écoute de toi-même,
parce que tu deviendras de cette manière ton propre guide.
C'est donc un maître de liberté, paradoxalement.
