Le jour où la JOCONDE a disparu !

Jamy - Epicurieux
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95 Vues de vidéo·23 déc. 2024
Au début du XXe siècle, la Joconde n'est pas encore la star du Musée du Louvre.
Elle va le devenir après qu'un ouvrier italien, Vincenzo Perugia, l'a dérobe.
Cette brusque disparition donne lieu à une interminable enquête qui s'étale sur des années.
Cette affaire va passionner le grand public et contribuer à faire de ce tableau le plus célèbre du monde.
Monumentales, petites histoires, des grands monuments.
Vincenzo Perugia, vol de la Joconde au Musée du Louvre.
À l'été 1911, une vague de chaleur s'abat sur la France.
Paris n'est pas épargné par la canicule, mais s'apprête à connaître un autre gros coup de chaud.
Le 21 août 1911, à 6 heures du matin, le vitrier italien Vincenzo Perugia, 29 ans,
quitte sa petite chambre située rue de l'hôpital Saint-Louis dans le 10e arrondissement.
Vêtu de sa blouse de travail, il marche dans l'aube déjà tiède
et atteint 30 minutes plus tard la rue de Rivoli qui longe le Musée du Louvre.
Nous sommes lundi. Aujourd'hui, le célèbre monument est fermé au public.
Mais ses portes restent ouvertes pour les ouvriers de la maison Gobier, une entreprise de verrerie.
Le Louvre, dont plusieurs toiles ont été récemment victimes de vandalisme,
a décidé de protéger ses 1600 pièces les plus importantes.
Employé chez Gobier, Vincenzo a passé les derniers jours à installer des verres protecteurs
sur les toiles du Salon Carré, une petite salle située au premier étage.
En arrivant au Louvre, le vitrier échange quelques mots avec ses collègues.
Puis, il pénètre dans le musée et traverse la grande galerie avant de continuer jusqu'au Salon Carré.
À l'intérieur, il n'y a personne. Vincenzo est seul.
Seul avec quelques tableaux et son projet insensé.
Dans cette salle, les jours précédents, il a mis sous verre plusieurs toiles de maîtres italiens.
Pour un patriote comme lui, cette mission a été douloureuse.
Il ne se résigne pas à avoir ses chefs-d'oeuvre accrochés au mur d'un musée français.
Alors c'est décidé, il va s'emparer de l'un de ses tableaux pour le ramener à la maison.
Mais lequel ?
Un tableau retient son attention.
Il est de petite taille, 77 cm de hauteur, 53 de large.
Il présente l'avantage d'être facile à manipuler.
C'est une œuvre du célèbre Léonard de Vinci.
Le portrait de Mona Lisa, qu'on appelle aussi la Joconde, dont il a eu le temps d'admirer l'énigmatique souris.
Il décroche le portrait et sans perdre une seconde, il se faufile dans un escalier du musée.
Là, à l'abri des regards, il retire la vitre de protection et le cadre.
Il ne conserve que le panneau de bois sur lequel Léonard de Vinci a peint Mona Lisa et il le glisse sous sa blouse.
Puis, Vincenzo sort tranquillement du musée en tenant serré contre son buste le tableau du maître Florentin.
Une fois chez lui, il le cache dans le double fond d'une valise.
Un peu plus tard dans la matinée, un gardien effectue sa ronde habituelle.
Il remarque bien l'emplacement vide du tableau.
Mais il pense que l'œuvre a été déplacée par les conservateurs, sans doute le temps d'une restauration ou d'une photographie.
Il ne juge pas nécessaire de prévenir la direction.
Je rappelle, en 1911, la Joconde n'a pas la renommée dont elle jouit aujourd'hui.
Ce portrait du XVIe siècle représente une femme Florentine, Lisa Gerardini, que l'on appelle aussi Mona Gerardini.
Mona avec deux N, abréviation de Madonna, qui signifie dame ou madame.
La Joconde, comme on l'appelle également, est un diminutif du nom de famille de son époux, Francesco del Giocondo.
Le tableau a été peint en Italie probablement entre 1503 et 1506.
Il arrive en France en 1516 à l'occasion de la venue de Léonard de Vinci au Clos-Lucé, sur invitation du roi François Ier.
Plus tard, le roi achète le tableau qui, une fois entré dans la collection royale, voyage entre Fontainebleau, le Louvre, les Tuileries et le château de Versailles.
La Joconde est présentée pour la première fois au public en 1798 au Louvre, devenu musée national.
Jusqu'au début du XXe siècle, le portrait de Mona Lisa est une œuvre qui n'intéresse que les connaisseurs, les galeristes, les critiques d'art et les artistes.
Et justement, le lendemain du vol, le mardi 22 août, Louis Berrou, un peintre copiste accrédité par le Louvre,
se rend sur place pour faire un croquis de sa prochaine toile, Mona Lisa.
Il se rend donc au Salon Carré. Et quand il arrive, il est très déçu. Devant lui, le mur est vide.
Il se renseigne. Les gardiens lui rétorquent que le tableau se trouve sans doute dans l'atelier photographique.
Y en a-t-il pour encore longtemps ? Demande le copiste. Lui aussi aimerait bien tirer le portrait de Mona Lisa.
Les gardiens répondent qu'ils vont se renseigner.
Les heures passent. Et lorsque Louis Berrou sollicite à nouveau les surveillants, ceux-ci sont un peu gênés.
Le tableau n'est pas chez les photographes. Mais alors, où se trouve-t-il ?
Il faut bien se rendre à l'évidence. La joconde a disparu.
À 11 heures, la préfecture de police est prévenue. Une soixantaine d'agents débarquent, envoyés par le préfet Louis Lépine.
On donne aussitôt l'ordre de fermer le musée pour une semaine et on le passe au peigne fin.
Non, on retrouve le cadre et la vitre protectrice abandonnées dans un petit escalier qui mène à la cour Visconti.
Le criminologue Alphonse Bertillon, féru de science et pionnier dans l'identification judiciaire, relève sur la vitre une empreinte de pouce.
C'est un indice capital. Le préfet Lépine jubile et en est convaincu, l'affaire sera résolue dans les prochaines 24 heures.
La police prend les empreintes de 257 personnes qui travaillent tout Louvre.
Mais la technique est encore balbutiante et l'empreinte relevée sur la vitre insuffisamment précise.
Coup de chance pour Vincenzo Perugia qui passe entre les mailles du filet.
Lépine fulmine, le directeur du Louvre démissionne et l'affaire commence à prendre de l'ampleur.
La presse s'en empare et le public entend parler de ce tableau, d'autant que les promesses de récompense sont lancées ici et là.
La société des amis du Louvre, par exemple, promet 25 000 francs à qui retrouvera la Joconde.
La revue L'Illustration, 50 000 francs.
La notoriété de la Joconde grimpe en flèche et son emplacement vide commence à attirer des visiteurs venus du monde entier.
Certains n'hésitent pas parfois à y déposer quelques fleurs.
Pendant ce temps, l'enquête piétine et conduit à de nombreuses impasses.
On ne compte plus les mythomanes qui revendiquent le vol comme l'écrivain italien Gabriele Danunzio.
On perd également un temps précieux sur de fausses pistes comme celle qui mène au célèbre poète Guillaume Apollinaire.
On est arrivé jusqu'à lui car après le vol, le musée a fait l'inventaire de ses pièces et a découvert avec stupéfaction qu'il lui en manquait près de 300.
Parmi elles, des statuettes qu'un escroc du nom de Gabriel Pierret a vendues à son ami Apollinaire en 1907.
Pierret n'est plus en France mais Apollinaire, lui, est emprisonné le 7 septembre 1911.
Il n'a plus les statuettes, il les a revendues à un autre artiste, un certain Pablo Picasso, interrogé à son tour.
Après une rapide enquête, tout le monde est relâché mais le mystère de la Joconde reste entier.
Alors, où peut-elle se cacher ?
Eh bien, toujours dans le double fond d'une valise que Vincenzo Perugia a simplement planqué sous son lit.
Le voleur n'a pas quitté Paris.
Mais le 29 septembre, l'inspecteur Brunet frappe à sa porte.
Sans grande conviction, celui-ci a entrepris d'interroger à nouveau des ouvriers présents le jour du vol.
On ne sait jamais.
L'Italien ne panique pas.
Face à l'inspecteur, il s'efforce de paraître le plus naturel possible.
Pourtant, il sait que là, sous le lit, se trouve l'objet que la préfecture de police cherche depuis plus d'un mois.
Le tableau va-t-il enfin être découvert ?
Non. Le policier repart, content d'en avoir rapidement fini avec ce suspect de pacotille.
Deux ans passent.
Deux années durant lesquelles Mona Lisa reste introuvable alors qu'elle n'est qu'à trois petits kilomètres du Louvre.
Le musée semble même avoir fait son deuil du tableau.
À son emplacement, on a accroché le portrait de Balthazar Castiglione, une toile de Raphael.
Mais l'affaire va connaître un rebondissement.
En 1913, Vincenzo quitte la France pour Florence et bien sûr, il emporte le tableau avec lui.
Mona Lisa fait enfin son retour en Italie, bien cachée dans le double fond d'une valise.
Peu de temps après, sous le faux nom de Leonardo, il prend contact avec l'antiquaire florentin Alfredo Gheri.
Il lui révèle qu'il est en possession du célèbre tableau et qu'il est prêt à le lui vendre.
Comme quoi, les motivations patriotiques de Vincenzo n'expliquent pas tout.
Le voilà à deux doigts de s'en mettre plein les poches.
Avant de passer à la caisse, Alfredo Gheri souhaite cependant faire authentifier le tableau.
En douce, il fait appel au directeur de la hiérderie des offices, le Grand musée de Florence.
Et le verdict tombe, il s'agit bien de la joconde.
Mais Alfredo Gheri sait parfaitement que le tableau a été volé à Paris.
Comme il ne veut surtout pas d'ennuis, il dénonce Perugia qui est arrêtée sur le champ dans sa chambre d'hôtel.
Fin de la partie.
Le voleur n'est condamné qu'à une peine de sept mois de prison.
Ses explications nationalistes lui valent beaucoup d'indulgences en Italie,
où Mona Lisa a le droit à une grande tournée d'adieux, Florence, Rome, Milan, où elle est exposée au public.
Finalement, le 31 décembre 1913, elle est de retour au musée du Louvre où elle est accueillie en grande pompe.
La joconde est devenue si célèbre que toutes les mesures de sécurité sont prises pour éviter un nouveau vol.
Durant la première guerre mondiale, comme une grande partie des collections du musée,
elle est transférée dans un lieu secret à Bordeaux, puis à Toulouse.
Elle réintègre le musée parisien en 1918.
On lui trouve alors une place de choix dans la grande galerie.
En 2005, le tableau change de place.
Mona Lisa s'installe dans la salle des États sur une cimèse indépendante.
Un traitement particulier pour fluidifier le flot de visiteurs qui viennent parfois au Louvre
avec qu'une seule idée en tête, voire la joconde.
Avec 20 000 visiteurs quotidiens, elle est au XXIe siècle l'objet d'art le plus visité au monde.
Cette célébrité, Mona Lisa la doit bien sûr à son sourire énigmatique,
mais aussi en grande partie à sa mystérieuse disparition un beau jour de l'été 1911.
