La sonde vers le Soleil : "une évènement majeur"
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28 Vues de vidéo·25 déc. 2024
Et pour parler de cette prouesse spatiale sans précédent, on rejoint à Tenerife, au Canary, le physicien solaire Etienne Paria du CNRS, le Centre National de la Recherche Scientifique.
Bonjour, merci d'être avec nous. Cette mission est-elle un événement scientifique majeur ?
C'est clairement un événement scientifique majeur puisque, déjà comme le reportage l'a présenté, c'est une prouesse technologique de pouvoir approcher aussi près du Soleil.
On est à peine à 4% de la distance Terre-Soleil. C'est-à-dire que si la distance Terre-Soleil était de 100 mètres, Parker Solar Probe est seulement à 4 mètres du Soleil.
Ce qui est vraiment très très proche. C'est une mission qui embrasse le Soleil et qui va nous permettre d'avoir des données, de mesurer des données localement qu'on ne pourrait pas avoir de manière différente
et qui nous permettent d'avoir une richesse d'informations extrêmement importante sur ce qui se passe dans l'atmosphère du Soleil.
Parker Solar Probe rentre dans cette zone de l'espace qui s'appelle la couronne. On peut voir des éclipses totales de Soleil sur lesquelles on n'était jamais allé jusqu'à présent.
Et que doit-on apprendre en observant de si près ces explosions solaires ?
Pour les explosions solaires, le premier intérêt, c'est que lorsqu'il y a une éruption solaire, le Soleil dégage des énormes quantités de matière.
Il faut bien se dire que c'est des événements qui sont extrêmement violents. C'est à peu près 1 milliard de fois la bombe thermonucléaire la plus puissante qui est jamais exposée sur Terre.
C'est à peu près 100 000 fois la consommation annuelle d'énergie de l'humanité.
Et donc ces énormes éruptions, il y a des bouffées de matière solaire qui sont expulsées à des vitesses extrêmement importantes de 1 000 km par seconde, 2 000 km par seconde.
Cette matière se déplace dans l'espace interplanétaire et va éventuellement interagir avec la Terre.
Lorsque ça se produit, il y a tout un tas de conséquences sur les télécommunications, sur le pilotage par GPS.
Parfois, votre signal, quand vous êtes en voiture, vous voyez que vous êtes sur une route différente. Ça, c'est lié. C'est une conséquence des éruptions.
Et donc lorsque Parker Solar Probe, en étant aussi prêt, permet de voir un peu le décollage des éruptions et comment elles se propagent dans l'espace interplanétaire.
Justement, en 1989, ces tempêtes solaires avaient engendré sur Terre de grandes pannes d'électricité. Cela pourrait se reproduire aujourd'hui ou demain, n'importe quand ?
Alors ça arrive en fait de manière très régulière. On peut penser en 2015, où tous les radars avaient été saturés par les émissions des ondes radio
de toute la Scandinavie. On avait dû fermer tout l'espace aérien. Donc effectivement, c'est des événements qui arrivent de manière très régulière.
Alors des événements aussi catastrophiques que ce qui est arrivé en 1989, mais de plus en plus protégés.
Ça arrive cependant qu'un satellite, en fait, finisse par avoir des problèmes de réglage. Il y a, comme je vous ai dit, ces problèmes de télécommunication,
de position par GPS. Et des très grosses éruptions qui soient vraiment extrêmement dangereuses, on commence à savoir à s'en prémunir.
Maintenant, notre technologie évolue. Et de plus en plus, on va dans l'espace, on veut aller sur la Lune, et on veut aller sur Mars même.
Les éruptions solaires, c'est un des principaux freins à l'exploration sur Mars, puisque c'est des radiations. Et en fait, ça peut être mortel pour les astronautes.
— Et au-delà des tempêtes solaires, cette mission est-elle susceptible de répondre à d'autres questions ?
— Alors en fait, la spécialité de Parker Solar Probe, c'est pas tellement les éruptions. Il y a d'autres missions qui s'y intéressent plus.
C'est de répondre à d'autres questions qui sont, par exemple, pourquoi l'atmosphère du Soleil est-elle aussi chaude ?
Ça, c'est un problème qu'on ne connaît pas depuis 150 ans. On sait que l'atmosphère du Soleil a une température de 1 à 2 millions de degrés,
alors que sa surface fait seulement 5 000°C. Alors d'habitude, quand on s'éloigne d'une source de chaleur, il fait de plus en plus froid.
Mais c'est pas le cas pour le Soleil. Et ça, c'est quelque chose qu'on ne comprend pas. Et puis il y a une autre problématique qui est le vent solaire.
Le Soleil, en permanence, éjecte de la matière, envoie de la matière dans tout le système solaire. Ça baigne la Terre. Ça crée des perturbations régulièrement.
Et on ne sait pas comment ce vent est créé et généré. Et Parker Solar Probe, véritablement, en s'approchant au temps, en ayant des instruments qui vont mesurer
d'in situ, dans le Soleil même, la température de la matière, sa composition, va nous permettre de comprendre comment ce flot de matière arrive et est généré,
et contrôle, en fait, tout l'espace solaire.
Merci beaucoup, Étienne Paria, pour cet éclairage sur ce moment inédit dans l'histoire spatiale. Et joyeux Noël à vous.
Merci à toi.
