Mayotte : retour sur la situation après le passage du cyclone Chido • RFI

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2 Vues de vidéo·24 déc. 2024
Bonjour Nathalie Amard, bonjour à tous les auteurs de récits.
Bienvenue à vous, vous nous écoutez à Vélingara en Casamance.
Quelles sont, Arouda, vos premières questions à propos de Mayotte ?
Alors, madame, que sait-on aujourd'hui des dégâts humains et matériels posés par le cyclone Tiro à Mayotte ?
Comment les sinistrés sont-ils pris en charge ?
Alors, Simon, d'abord sur le bilan humain, on peut dire grand point d'interrogation.
A l'heure qu'il est, il y a un bilan officiel.
Et puis celui que l'on redoute de plus en plus fortement à mesure que passent les jours.
De plusieurs milliers de morts.
Cette incertitude illustre très bien la difficulté d'opérer les secours sur place,
étant donné, comme vous l'avez dit Nathalie, l'ampleur de la destruction causée par le passage du cyclone Chido,
où les secouristes, les forces de l'ordre, les autorités,
ne sont pas allés ou commencent à peine à aller au contact des populations dans les bidonvilles,
dans les zones plus reculées, un peu en dehors des centres urbains comme Mamoudzou.
D'où ce bilan très compliqué pour l'instant à mettre en place,
avec beaucoup de chiffres qui circulent qui ne sont pas vérifiés, pas vérifiables.
Pour l'instant, le seront-ils un jour ? On ne sait pas encore.
Mais il est pour l'instant de 35 morts officielles.
Sur les dégâts matériels, on l'a dit, c'est absolument catastrophique.
Sur la prise en charge des sinistrés, Simon a J plus 10 du premier impact, on va dire.
Où est-ce qu'on en est aujourd'hui ? Où est-ce qu'on progresse ?
L'État avait promis que l'eau reviendrait à Mayotte pour la grande majorité de la population à la fin du week-end.
Où est-ce qu'on en est aujourd'hui ?
On y est, mais avec des coupures. Ce n'est pas l'eau partout, tout le temps.
Ça va être de l'eau accessible pendant deux heures, pendant trois heures.
Il y a des unités de potabilisation qui ont été déployées.
Pour ceux-là, c'est ce genre de pastilles qu'on met pour potabiliser l'eau.
Il fallait l'accord des autorités sanitaires pour confirmer que cette eau était bien potable et qu'on puisse la distribuer.
Mais après, tout l'enjeu, encore une fois, est allé au contact des populations qui sont éloignées,
où il y a des distributions qui sont faites.
Le réseau routier, les infrastructures ont été très fortement endommagées,
donc il a fallu les remettre en état pour ensuite pouvoir se déplacer dans l'archipel.
C'est pour ça également qu'on a énormément de témoignages de gens qui disent qu'ils n'ont,
encore dix jours après le passage du cyclone, toujours pas vu l'ombre d'un secouriste.
C'est très compliqué pour ces raisons-là.
Alors justement, c'était la question d'Arouna.
Je crois que vous aviez une question sur les secours, Arouna.
Oui, comment les secours sont-ils asséminés sur l'île ?
Mayotte étant un archipel, ça va être par porte-conteneurs.
Il y a un porte-conteneurs de la CMA-CGM qui est arrivé hier avec un peu moins de 2 millions de litres d'eau.
Et par la voie aérienne, un pont aérien qui a été mis en place en passant par la Réunion.
Mayotte paie également sa grande insularité.
C'est deux heures et demie de vol de l'aéroport de Mamoudzou jusqu'à la Réunion.
Aéroport de Mamoudzou qui est en plus petit et qui a été endommagé lors du passage du cyclone,
ce qui a retardé d'autant la mise en place de l'acheminement de ces secours.
Mais plus le temps passe, plus il en arrive, plus de volontaires, plus de secouristes.
La réserve sanitaire a également été mobilisée pour faire face à ces défis.
L'hôpital de Mamoudzou a également été très touché, endommagé.
Là, il fonctionne à peu près à 50% de ses capacités.
Il y a des bâches en toile qui ont fleuri dessus pour permettre de faire le plus possible,
le maximum pour les soignants sur place.
Mais dès le passage du cyclone, les services de réanimation, d'urgence ont été touchés
et il a fonctionné très vite en mode dégradé.
Simon, en un mot, comment expliquer le caractère exceptionnel des destructions
et sans doute, à terme, on le verra aussi du bilan du passage de ce cyclone Chido sur Mayotte ?
Il y a l'intensité du cyclone Chido et le fait qu'il soit passé sur Mayotte,
puisque encore une fois, c'est quelque chose qui est assez rare,
puisque le dernier événement de cette ampleur remonte à il y a 90 ans.
Des rafales de 220 km heure, mais encore une fois, c'était un cyclone fort,
mais qui n'était pas exceptionnellement fort.
C'était un cyclone rare, avec une trajectoire rare, mais pas inédite non plus.
Et on peut faire le parallèle avec le cyclone Irma qui avait frappé les Antilles françaises
il y a quelques années, notamment Saint-Barthélemy,
où il n'y avait eu que 11 morts.
Alors que là, on avait des rafales à 320 km heure à l'époque.
Et l'explication, elle tient aux crises sous-jacentes préexistantes
au passage de Chido qui avait lieu à Mayotte.
On l'a beaucoup raconté sur cette antenne, notamment via les reportages
de Nicolas Feldman sur place, sur l'habitat insalubre, les bidonvilles à Mayotte.
Et Mayotte n'était tout simplement pas préparée.
Et en fait, ce qu'on peut dire, c'est que réchauffement climatique ou pas,
que ce cyclone ait été dopé ou pas par le réchauffement climatique,
le bilan aurait été tout aussi lourd à cause de ces causes sous-jacentes.
Un exemple qui illustre bien un peu cette impréparation,
le gouvernement français dispose d'un fonds vert
destiné à l'adaptation des territoires ultramarins aux crises climatiques.
Il y a eu 1,3 million d'euros qui ont été décaissés fin 2023
à destination de projets en Guadeloupe, à La Réunion, dans les Antilles.
Seuls deux territoires français n'ont pas eu de projets financiers de cette façon.
C'est la Guyane et Mayotte.
Et on en est vraiment là où l'aléa naturelle, le cyclone est naturel,
mais la catastrophe qui en résulte est vraiment exacerbée
par ces conditions qui préexistaient au passage de Chilot.
