La cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, qui se dresse au cœur de la ville est un chef d’œuvre de l’art gothique. Classé au titre des monuments historiques depuis 1840, ce patrimoine exceptionnel, appartenant à l’Etat comme la plupart des autres cathédrales, implique pour sa conservation et sa transmission aux générations futures un entretien régulier.
En 2022, d’importants travaux de restauration qui vont s’étaler sur plusieurs années, se sont engagés.
Afin de suivre pas à pas toutes les étapes de cette restauration et de les partager aux publics, la DRAC Hauts-de-France a décidé de réaliser une série de capsules vidéos.
Ce 3e épisode évoque la raison de l’omniprésence du plomb à la cathédrale de Beauvais et, plus généralement, dans de nombreux Monuments historiques.
Le plomb, c'est un matériau qui a été utilisé depuis très longtemps dans divers domaines
et notamment en couverture, en particulier dans la période Moyen-Âge.
C'est un matériau qu'on doit retrouver principalement au monument historique.
On en trouve un petit peu dans les toitures classiques,
mais c'était vraiment ponctuel, alors que là, c'est vraiment des toitures complètement en plomb.
L'OLRMH, c'est un service à compétence nationale de l'État qui est dédié au monument historique.
L'OLRMH a deux grandes missions principales, des missions de service et des missions de recherche.
Dans le cadre de Beauvais, pour ce qui me concerne, moi, au pôle métal, au LRMH,
j'ai été sollicitée plus particulièrement pour travailler sur les éléments métalliques,
à savoir la couverture en plomb et potentiellement les tirants
qui ont été notamment sectionnés lors de précédentes restaurations.
Dans le cadre des chantiers de restauration, le LRMH est sollicité par la DRAC en général,
mais le LRMH travaille en interaction toujours avec les architectes et les conservateurs, quoi qu'il arrive.
On peut s'interroger, par exemple, pour Beauvais, sur l'histoire de cette couverture en plomb,
ou alors on peut aussi faire des recherches sur des problématiques de conservation,
comme pour Beauvais, cette problématique de brunissement qui apparaît depuis une vingtaine d'années.
Pourquoi elle apparaît ? C'est pour comprendre si elle est embêtante pour la conservation du monument,
si on peut l'éviter ou pas. Voilà, ce type de recherche que l'on peut faire.
Une table en plomb, c'est une feuille de plomb qui est étalée sur la couverture avec une fixation en haut et en bas.
En commençant le chantier, on s'est vite rendu compte que les tables ne tenaient pas du tout.
Le système de fixation par clous forgés, personnellement, moi j'avais jamais vu ça.
D'habitude, c'est vraiment des bandes de cuivre éclouées dans la bande en cuivre, ce qui tient beaucoup mieux.
Donc il y avait vraiment urgence à intervenir en fait.
Il y a des clous, il y a des crochets de différents matériaux, il y a des crochets en cuivre, il y a des crochets en fer.
Là, c'est la partie historique qui nous intéresse et bien sûr, tous les aspects que l'on va pouvoir ressortir de cette recherche
sont à mettre en relation avec la construction d'autres édifices, d'autres cathédrales qui possèdent une couverture en plomb.
Donc là actuellement, il y a 25 tonnes de plomb à descendre pour la première tranche de travail.
Dans les matériaux qu'on va évacuer, il y a forcément toute la partie table en plomb.
Les fixations qu'on fait reforger, qu'on évacue à part aussi, on fait un tri là-dessus.
Une fois qu'on a fait tout ça, il faut démonter la volige.
Donc c'est un plancher qui est posé sur la charpente pour supporter justement les tables de plomb et travailler sur un support plat.
Le bois, il est forcément plombé aussi.
Donc on l'évacue avec le même soin que les tables et on descend tout et on tritourne.
L'autre aspect qui va nous intéresser ici, c'est comment on va restaurer cette couverture ?
Qu'est-ce qu'on va remettre ?
Donc il a été choisi de remettre une couverture en plomb.
Il y aura une refonte de ce plomb.
Donc là, on a un réemploi de ce plomb qui existe déjà.
Une refonte pour recouler des tables selon le même principe, la même technique avec laquelle elles ont été fabriquées initialement, c'est-à-dire du plomb coulé sur sable.
Les tables refondues, après elles seront reposées sous une nouvelle forme, sous un nouveau plomb.
Certaines tables vont être conservées.
On va faire un rapport archéologique.
Donc certaines tables qui ont des graffitis, qui datent pour certains de plus de 100 ans, vont être conservées et reposées en l'état.
Dans le cadre de ces choix qui vont être faits,
un des aspects qui vont être importants, ça va être de choisir la composition de ces tables.
En fait, quand on regarde plus précisément à l'intérieur de la matière, on se rend compte qu'il n'y a pas que du plomb,
il y a aussi d'autres petits éléments en toute petite quantité, c'est vraiment en dessous du pourcentage,
mais qui peuvent avoir un impact sur les propriétés de ce plomb et notamment les propriétés lors de son vieillissement.
Et quitte à prendre une composition particulière, autant prendre celles qui correspondent à l'histoire du monument,
donc sur les tables qui sont à priori les plus anciennes,
ou alors être dans la continuité de ce qui a été fait lors des restaurations précédentes.
L'idée, c'est vraiment d'avoir quelque chose de tout de façon homogène.
Cette problématique du brunissement a été initiée à Beauvais,
lors du dernier chantier de restauration courant 2010.
Finalement, revenir ici à Beauvais, plus de dix ans plus tard,
pour continuer à travailler sur cette thématique, toujours en parallèle avec les autres édifices.
Ça permet d'avoir une certaine continuité.
Et maintenant, en plus, on aborde cette couverture avec les connaissances que l'on a depuis dix ans.
Ça va permettre de changer les orientations de la restauration.
Que ce soit la petite église du village ou la grosse cathédrale, pour moi, il n'y a pas de différence.
C'est vraiment préserver le patrimoine pour les générations d'après.