L'INTERVIEW Le sous-pr←fet Mathias Nieps : "Un Gardois sur dix habite dans un quartier prioritaire"

Objectif Gard
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Bonjour Mathias Neps.
Bonjour.
Merci beaucoup d'être avec nous sur Objectif Gare.
Ce matin, on va rappeler à nos auditeurs et téléspectateurs que vous êtes le sous-préfet
de la préfecture du Gard en charge de la politique de la ville.
Merci beaucoup d'être là.
Exactement.
Merci pour votre invitation.
Alors, dans quelques heures maintenant, vous allez présenter le bilan de la politique
de la ville qui est orchestrée par l'État dans le département du Gard.
Quel est le bilan, premier bilan que vous pouvez faire de cette politique de la ville ?
En 2024, on a fait de grandes choses pour les habitants des quartiers prioritaires du
département du Gard.
Peut-être que c'est important de dire ce qu'est un quartier prioritaire ?
Oui, très bien.
Un quartier prioritaire, c'est un endroit, une partie du territoire gardois dans lequel
il y a une concentration de difficultés sociales et économiques.
C'est vrai que quand on pense aux quartiers prioritaires, on pense traditionnellement
à Pise 20, à Val-de-Goure, au chemin Bas-d'Avignon.
Il n'y a pas que les grands ensembles d'habitats sociaux dans lesquels on a des habitants
qui sont en forte situation de précarité.
On a aussi des petits ensembles d'habitats sociaux à côté du Zest, à côté de Bocquer.
On a aussi des centres anciens dans des communes qui sont parfois petites.
Je pense à Saint-Ambroise dans le nord du département.
C'est aussi le monde rural du département qui est concerné.
Exactement.
C'est des endroits où il y a une concentration d'habitants avec de faibles revenus.
Et comme il y a ces faibles revenus, il y a un ensemble d'autres difficultés qui viennent
s'agréger.
Accès à la réussite scolaire, accès à la culture, accès aux droits.
Et l'enjeu de la politique de la ville, c'est de venir répondre à ces besoins des habitants
des quartiers prioritaires.
On a une boîte à outils qui m'est donnée, que je conduis pour le compte du préfet.
Et on va venir agir sur l'éducation, sur la culture, sur le cadre de vie.
On va en parler parce qu'on a des exemples qui sont très prégnants, très intéressants
que vous avez menés dans cette année 2024.
Peut-être déjà pour rappeler quelques chiffres sur ces quartiers prioritaires.
Ça concerne de nombreuses communes.
Est-ce qu'on a un chiffre exact ?
C'est combien de communes dans le Gard qui sont concernées ?
On a 17 quartiers prioritaires, 13 communes.
Et en termes d'habitants, ça fait 77 000 habitants.
Pour se représenter, c'est 1 gardois sur 10 qui vit dans un quartier prioritaire aujourd'hui.
Ce qui est intéressant, ce que j'ai regardé en préparant cette interview,
c'est qu'on voit qu'il y a un bon maillage du territoire gardois.
Ce n'est pas concentré que dans une zone urbaine ou ce n'est pas concentré dans le monde rural.
Exactement.
Il y a des formes urbaines qui sont très différentes.
Des centres anciens dégradés, des petits ensembles d'habitat social,
des grands ensembles d'habitat social.
Notre rôle, nous État, mais aussi en lien avec les collectivités locales,
c'est de faire une politique publique la plus proche des besoins.
On ne va pas faire de la politique de la ville de la même manière à Pissevins
qu'on le fait à Vauvert ou à Bocquer ou à Saint-Ambroise.
Si on rentre un peu dans ce bilan de l'année 2024, une première question.
C'est combien d'associations qui ont été accompagnées par exemple ?
C'est 500 associations en total.
D'accord, sur l'année 2024.
Exactement.
Qui portent une ou plusieurs actions.
Et en termes de montants financiers qui ont été accordés,
pas seulement aux associations,
parce qu'il y a aussi des montants financiers qui sont accordés aux communes,
c'est 10 millions.
Ces 10 millions se décomposent pour partie pour des financements d'actions,
pour des associations,
mais on a aussi de l'aide à l'investissement pour les collectivités locales.
Oui, parce que j'ai vu par exemple que vous aviez participé au financement
de la nouvelle salle multiculturelle Pyramide à Bagnole-sur-Seize.
À Bagnole-sur-Seize, très exactement.
Et on le fait en complémentarité avec le programme de renouvellement urbain
de Bagnole-sur-Seize.
Il y a eu des dotations également pour l'école Bruguier, à Nîmes,
au chemin Badavignon.
Exactement.
L'année 2024, c'est 1 million d'euros qu'on a donné à la collectivité de Nîmes
pour réhabiliter le patrimoine scolaire.
Donc effectivement, on a sécurisé le parvis de Bruguier.
On a aussi procédé à un certain nombre de travaux
pour juste améliorer le cadre dans lequel les enfants nîmois et ailleurs étudient.
C'est la modernisation, c'est le cadre de vie en effet.
Et on peut dire aussi que c'est le financement d'équipements,
mais de le dire pour Pyramide,
on pourrait dire également pour la piscine de Saint-Gilles par exemple.
Exactement.
Que vous avez aussi accompagné.
Les équipements culturels, les équipements sportifs,
les espaces publics de manière générale.
Nous, ce dont on a envie, c'est que nos habitants des quartiers prioritaires
vivent dans un cadre de vie qui est agréable.
Et donc pour ça, on met des moyens.
Notre rédaction vous a beaucoup accompagné sur l'année 2024
parce que c'est peut-être votre patte finalement
d'aller au contact du terrain, au contact des habitants,
d'aller chercher aussi la source des besoins
et d'essayer de comprendre aussi comment vivent ces habitants
dans ces différents espaces
et comment on peut mieux les accompagner
parce qu'il y a quand même une musique qui remonte.
On l'entend au niveau national de plus en plus de cet argent,
un peu de ce gaspillage public,
de l'argent qui est versé dans des quartiers
et que ça ne sert pas à grand-chose.
En réalité, vous êtes la démonstration que ça sert bien à quelque chose.
Oui, mais c'est une rengaine.
On dit toujours, on donne beaucoup, on donne pas assez.
Je pense qu'il faut avoir un petit peu d'équilibre
quand on parle de ces questions-là.
Quand on dit qu'on donne trop et qu'on n'a pas de résultat,
moi je veux dire, et précisément c'est aussi pour ça que je me déplace,
en fait, on vérifie ce qui se passe.
La politique de la ville, c'est certainement une des politiques publiques
dans lesquelles on contrôle le plus les associations.
On leur demande des comptes.
La plupart des financements qu'on donne, on les donne pour une durée d'un an.
C'est pas pour le plaisir de faire de la paperasse aux associations.
C'est pour s'assurer qu'il n'y a pas de delta trop important
entre ce qu'elles nous ont dit qu'elles allaient faire
et ce qu'on constate effectivement.
Donc, bien évidemment, elles nous rendent compte,
mais moi j'aime bien aussi aller regarder par moi-même.
Mais on va rappeler quand même que ces associations,
c'est aussi le rempart social,
c'est aussi effectivement le lien qui existe entre les habitants
et entre les services décentralisés de l'État,
comme la préfecture du Gard.
On leur demande énormément,
et je dois dire que le tissu associatif gardois,
il est riche, il est beau,
et heureusement qu'on peut compter sur notamment des bénévoles,
très nombreux, qui se mobilisent pour faire que la cohésion sociale,
ce soit pas simplement une promesse comme ça,
mais une réalité pour les habitants des quartiers.
Il y a quelque chose qui m'a interpellé aussi
quand j'ai regardé le prébilan que vous avez présenté tout à l'heure,
c'est que cette politique, elle est quand même peut-être plus pertinemment
destinée à la jeunesse gardoise.
C'est vrai ou pas ?
Je vous disais tout à l'heure que les quartiers prioritaires,
ils sont différents les uns des autres.
Il y a quand même une donnée qui est assez fixe,
c'est que ce sont des quartiers jeunes.
Et ça, c'est une originalité sur le plan démographique.
40% des habitants des quartiers prioritaires gardois,
ils ont moins de 30 ans.
Et donc nous, on va mettre le paquet sur cette tranche d'âge,
parce que c'est aussi l'avenir de notre territoire
et qu'on a besoin de les soutenir sur la réussite scolaire,
sur l'accès aux loisirs.
Et on va construire vraiment très nombreux projets à leur destination.
Quelques chiffres pour un peu rendre concret ces projets.
À l'été 2024, c'est un jeune gardois sur six
vivant dans un quartier prioritaire
à qui on a permis de partir en vacances,
d'avoir une activité en bas de chez lui,
de faire du sport.
Ce n'est peut-être rien.
Et en même temps, on sait qu'il y a en France
un enfant sur deux qui ne part pas en vacances
et que ce taux est beaucoup plus important
dans les quartiers prioritaires.
Donc nous, on a vraiment eu cet effort-là
de concrétiser le droit aux vacances.
Il y a aussi ce départ en vacances que vous accompagnez.
Il y a aussi l'initiative que vous avez prise de quartier d'été.
Est-ce que vous pouvez nous redire un mot ?
Est-ce que ça va revenir en 2025 ?
Alors, vous savez, le budget de l'État est encore en préparation,
mais des derniers échanges que nous avions eus
avec le cabinet de la ministre,
effectivement, le dispositif quartier d'été serait prolongé.
Ce dispositif...
Déjà sur 2024, qu'est-ce qu'on peut dire sur ces quartiers d'été ?
C'est ces chiffres que je vous donnais.
Grâce à quartier d'été, on a permis à des jeunes...
Mais j'ai vu qu'il y avait des initiatives autour du cinéma, etc.,
comme vous avez fait aussi dans des quartiers nîmois.
Quartier d'été, c'est deux choses.
C'est de l'appropriation positive de l'espace public,
des activités en pied d'immeuble dans les infrastructures sportives,
notamment celles qu'on a rénovées.
Qui a très bien fonctionné, d'ailleurs.
Exactement.
Et c'est aussi permettre à des enfants de partir.
Moi, je voudrais vous parler d'une action, moi,
qui m'avait beaucoup marqué.
Je vous en prie.
Avec des jeunes nîmois qui venaient du quartier du Masse-de-Mingue
et de Chemin-Bas-d'Avignon, qui sont partis à Méjeanne-le-Clap.
C'est dans le nord du Gard, c'est pas très loin.
Et pourtant, c'était déjà énorme.
Et quand on est allé leur parler à ces enfants,
c'était en fait la première fois qu'ils quittaient le quartier.
Et qu'ils nous disaient avec émotion que ça les avait grandis
et qu'ils étaient très heureux d'avoir eu cette expérience-là.
On a aussi beaucoup de jeunes gardois, des quartiers prioritaires,
qui sont allés pour la première fois à la mer.
Ça, il vient d'une ville, Marseille,
dans laquelle il y a beaucoup de jeunes qui,
bien que la ville soit au bord de la mer, ne savent pas nager.
Dans le Gard, on a un département littoral.
Il y a aussi beaucoup d'enfants qui n'ont jamais vu la mer.
Grâce à la politique de la ville, on a permis à ces enfants d'aller voir la mer.
Je voudrais dire un mot également sur les adultes relais.
Parce que dans ces quartiers,
et pas uniquement dans les quartiers populaires nîmois,
il y a des adultes relais qui font le lien également,
comme on le disait tout à l'heure,
parce que tout ça, c'est une question de lien social.
Et c'est le plus important.
Et qui, en fait, aujourd'hui,
travaillent pour les services de l'État,
pour accompagner les habitants,
mais aussi pour vous permettre de mieux comprendre ce qu'il s'y passe.
Dites-nous un mot sur ces adultes relais.
Alors déjà, je vais vous dire qu'ils sont 100.
100 sur le territoire.
Ah oui, c'est énorme.
C'est beaucoup.
Et ce n'est pas des bénévoles.
Ce n'est pas des bénévoles.
Ils sont payés par l'État.
L'État verse une contribution de 22 000 euros,
donc à peu près 80 % du financement de leur poste,
soit des associations, soit des collectivités.
Et ils vont conduire un travail de médiation sociale.
Ça peut être de la médiation tranquillité publique,
ça peut être de la médiation scolarité.
Ils vont faire le lien entre les parents, les enfants.
Ils vont essayer d'apaiser le contexte familial,
aider à comprendre les exigences du monde scolaire.
On va aussi avoir des médiateurs sur l'accès aux droits.
On sait que dans ces quartiers-là, il y a beaucoup de familles
qui ont des difficultés à faire valoir leurs droits,
et donc ils vont bénéficier d'un accompagnement grâce à ces médiateurs.
Ils font un travail qui est extrêmement précieux,
qui rende service aux populations.
Et vous le disiez aussi, c'est un peu nos yeux et nos oreilles.
Alors moi, j'ai une équipe de délégués du préfet
qui m'informe sur ce qui se passe dans les quartiers.
J'y suis aussi tous les jours, donc je rencontre des habitants.
Et on a aussi ces 100 adultes relais qui peuvent nous nourrir,
nous donner des éléments d'ambiance.
Et on les réunira d'ailleurs à la fin du mois en préfecture.
– Un tout dernier mot, une toute dernière question.
Vous avez effleuré un peu le sujet tout à l'heure,
parce que vous-même, vous venez de Marseille.
En tout cas, vous avez transité,
vous avez été scolairement dans un établissement à Marseille.
Est-ce que les actions que vous menez aujourd'hui
dans la politique de la ville, ça résonne aussi dans votre quotidien,
plus personnellement ?
– Bien sûr que mon passé personnel a expliqué pourquoi j'ai choisi
de venir dans le Gard et sur ce genre de fonction.
J'étais scolarisé dans un collège qui est aussi défavorisé
que les collèges des quartiers Nîmois.
Donc voilà, c'est des sujets que je traite au quotidien
dans le cadre de mes fonctions,
mais que j'ai connus aussi par le passé.
Après, le choix aussi de venir faire de la politique de la ville,
c'est avant tout un engagement de service public.
Je suis un jeune haut fonctionnaire, en début de carrière,
et j'avais envie d'avoir un début de carrière
qui ressemble à celui d'autres fonctionnaires.
Les policiers, les enseignants, quand ils sortent de l'école,
ils vont dans le 9-3, ils vont dans les quartiers prioritaires,
et ils commencent par là où c'est le plus difficile,
mais aussi là où ça a le plus de sens.
Et c'est aussi de cela dont j'avais envie pour moi.
– C'est aussi le socle républicain en fait,
aussi cet accompagnement par l'État.
Quand même un tout dernier mot par rapport à ce que vous venez de dire
sur ces quartiers prioritaires.
Moi ce que je voudrais savoir, c'est que vous qui engagez
cette politique de la ville sur le département du Gard,
est-ce que c'est source d'espoir,
ou est-ce que quelquefois vous vous dites, on ne va pas y arriver ?
– Non, c'est source d'espoir.
Moi je suis résolument optimiste, le préfet l'est aussi.
On s'attache chaque jour,
pas forcément à avoir de très grandes réalisations,
mais à avoir des choses très concrètes, perceptibles pour les habitants.
Moi il n'y a pas un jour sans qu'on ne me parle pas d'un projet,
qu'on ne me montre pas un projet
qui a une vraie plus-value dans la vie des habitants.
Et parfois c'est très concret.
Quand on parle par exemple du renouvellement urbain,
il y a des quartiers qui sont en train de se transformer.
Quand je vais au contact des habitants, des jeunes qui partent en vacances
et qui font un retour d'expérience,
je peux vous dire qu'il y a des raisons d'être optimiste.
– Merci beaucoup Mathias Niepce,
merci monsieur le sous-préfet en charge de la politique de la ville
d'avoir été avec nous sur Objectif Gard ce matin.
– Merci à vous et à la rédaction pour votre invitation.
