L'INTERVIEW DJ Le Daron : « Je traversais la foule avec mes vinyles »

Objectif Gard
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41 Vues de vidéo·20 août 2026
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Bonjour Didier Sabatier, merci d'être avec nous sur Objectif Gare ce matin.
Didier Sabatier, dit le daron, depuis quelques années vous êtes Didier,
vous avez fait danser des générations de gardois depuis bientôt 40 ans,
maintenant on peut le dire, notamment à la Chourrascaia, à Vauvert ou entre autres au Jacar à Bellegarde
et surtout à la Feria de Nîmes, on va en parler.
On est ici sur la place Kestel parce que demain jeudi soir,
vous serez là pour l'ouverture de la Feria, pour mixer.
Didier, ton premier souvenir de Feria, ça remonte à quelle époque ?
À quelques temps, c'est clair, les Ferias c'est un peu le début de ma carrière.
C'est là où j'ai appris beaucoup de choses d'ailleurs.
Musicalement, c'est là où il y a eu une ouverture dans les années 90,
quand j'ai vraiment attaqué, il y avait cette possibilité de mettre des disques
que je ne mettais pas en boîte de nuit et ça m'a beaucoup dégrossi sur ce côté-là.
Oui, parce qu'en plus, c'était l'époque, souvent on dit, qui était vraiment fast des Ferias de Nîmes.
J'imagine quand on est un jeune Didier,
qu'est-ce qu'on ressentait à cette époque quand on mixait pendant la Feria ?
On ressentait qu'on nous demandait d'ambiancer les gens avec de la musique française, espagnole.
C'est Pempo sur les Gypsy Kings à l'époque, donc automatiquement,
il y avait cette culture un peu gitane et donc ça nous a permis à tous les Didiers
de dégrossir un peu notre catalogue musical.
Après on l'a un peu, les années ont passé, après on l'a fait basculer dans les clubs,
mais c'est vraiment venu des Ferias tout ça.
Oui, les Gypsy qui sont encore là, on va parler un petit peu des musiques
que tu aimes bien mettre pendant la Feria, mais d'abord sur les souvenirs,
parce que depuis toutes ces années, il y a forcément des anecdotes.
Qu'est-ce que tu as comme souvenirs de soirées mémorables
ou d'anecdotes assez particulières sur la Feria de Nîmes ? On te voit déjà sourire.
Ça serait long à décrire, parce qu'automatiquement, après 40 ans de carrière,
les années ont passé et tous ces beaux dégâts que j'ai sillonné,
beaucoup plus à l'époque clairement qu'aujourd'hui.
À l'époque, j'étais vraiment sur tous les beaux dégâts.
Je tournais toute la nuit, j'en faisais 2, 3, 4, 5 par nuit.
C'était une autre époque. Aujourd'hui, ce n'est plus ma volonté réellement.
Musicalement, je ne vais pas dire que je m'y retrouve moins, mais un peu.
J'ai une vraie envie aujourd'hui de jouer de la musique qui me fait beaucoup plus plaisir.
Je ne vais pas dire que de jouer Jonas Sen, tout ça, ça ne me fait plus plaisir,
mais je kiffe moins et je pense que les jeunes le font beaucoup mieux que moi aujourd'hui.
Et justement, tu as enchaîné plusieurs beaux dégâts dans la même soirée ?
Rien que ça, pour nous, c'est une autre époque.
Aujourd'hui, il y en a encore qui le font, mais à l'époque, oui, moi, dans la nuit,
ma base était le Napoléon réellement et je sillonnais tous les petits beaux dégâts,
droite à gauche, je partais mes vinyles, parce qu'à l'époque, on n'avait pas...
On était avec les vinyles, on traversait les rues de Nîmes avec les vinyles.
C'était chaud, c'était sport, mais c'était aussi mon âge qui me permettait de me dire
que je vivais ces moments qui sont inoubliables, parce que c'était une autre époque qu'aujourd'hui.
Qu'est-ce que tu aimais bien sur cette ambiance particulière de l'affaire de Nîmes ?
En quoi c'était un moment différent pour toi qui mixais toute l'année ?
Oui, c'était un rendez-vous dans l'année entre Arles et Nîmes, c'était les deux férias que je faisais.
C'était un rendez-vous où tout était permis, on ouvrait les vannes et pendant 5 jours, c'était à fond, quoi.
Je finissais vraiment fatigué, je finissais épuisé, mais avec plein de belles choses
et aujourd'hui plein de souvenirs qui seraient à décrire trop long, il y en a quelques-uns.
Comme je dis, ma base, vraiment, c'était le Napoléon avec Igor et Samy,
où je faisais la plupart de mes férias dans ces années-là.
Tu te souviens de grandes ambiances, de soirées où le public s'amusait jusqu'au bout de la nuit,
où presque on n'avait pas envie que ça s'arrêtait ?
Oui, c'était une autre époque aussi, comme je le répète,
c'est vrai que musicalement, on avait moins cette pression d'aujourd'hui technique,
tout était vraiment plus freestyle, on enchaînait beaucoup de choses,
parce que c'était vraiment, à ce moment-là, la volonté.
Il y a encore ce côté un peu festif qu'il faut, mais on l'a adapté différemment
et heureusement que je ne fais pas ce que je faisais à 35 ans, franchement, ça serait pathétique.
Aujourd'hui, je suis dans une dynamique qui me permet de me dire qu'il y a encore de l'évolution au quotidien.
En tout cas, Didier, toi tu fais partie de ceux, de ces anciens qui n'aiment pas dire que c'était mieux avant.
Comment tu as vu l'évolution des férias ?
Tu fais moins de bodega maintenant, tu ne vas faire qu'une soirée,
mais comment tu juges concrètement comment, selon toi, a évolué la féria de Nîmes ?
Oui, je le dis, je le répète, je ne le dirai jamais, c'était mieux avant,
ça je me le suis interdit parce que je l'ai trop entendu, surtout.
Ça veut dire que dans ma jeunesse, au début de ma carrière, je l'entendais beaucoup, avant, avant, avant.
Donc je m'étais vraiment engagé personnellement de dire que jamais je ne dirais que c'était mieux avant, et je ne le dirai jamais.
Donc c'était différent, comme je le dis, sur certaines interviews que j'ai faites, c'est mieux, c'était différent.
Aujourd'hui, l'évolution de la féria, après, les personnes qui venaient il y a 30 ans ou 40 ans et qui viennent aujourd'hui,
ils viennent dans le même esprit, ils s'amusent, je l'espère.
Une plus grosse majorité des gens qui viennent à la féria, c'est pour s'amuser, comme à l'époque.
Après, bien évidemment que la musique a évolué, mais je pense qu'il ne faut pas perdre.
Moi, c'est pour cela que je m'investis moins sur les férias, parce que j'ai moins cette envie de jouer ce côté un peu plus festif,
parce que je suis passé à d'autres choses, je suis plus dans l'électronique, je préfère aller vers ça, et c'est pour ça que j'en fais beaucoup moins.
Mais par contre, je pense qu'il ne faut pas oublier ça, c'est-à-dire que la nouvelle génération de DJ,
c'est bien d'avoir les derniers disques électroniques, d'être dans les festivals à droite à gauche, comme il y a moins de clubs,
mais n'oubliez pas quelque chose, la féria reste un moment dans l'année où, musicalement, il faut quand même essayer,
je pense, de garder ses bases un peu françaises, espagnoles, latinos.
Ouvrir, trop ouvrir musicalement, pour moi, ce n'est pas l'endroit, c'est pour cela que je viens moins.
Et oui, garder ce côté populaire. Justement, est-ce que tu peux nous dire, alors il y en a tellement,
mais nous dire peut-être trois sons pour toi qui sont indispensables pour passer dans une bodega à la féria de Nîmes,
que tu as prévu de passer demain soir ici au Kestel. En tout cas, quelques indispensables, d'après toi, pour une soirée réussie à la féria.
Une soirée réussie, après, on va être classique. Je pense qu'un Gypsy King est incontournable.
Un vrai répertoire français avec un bon classique qui me viendrait vite comme ça, il y en a tellement.
Bon, Joe Dassin, on va dire, allez. Et pour moi, Dalida, c'est elle. La reine, c'est elle.
Si aujourd'hui, j'arrive à mettre encore un peu de français dans mes sets à droite et à gauche, c'est qu'il y a eu,
comme bon entendeur, qu'on a repris des tracks un peu punchés et qu'ils les ont un peu électronisés.
Mettre les versions originales, ça m'est plus dur. Mais Dalida, je dirais Dalida en français.
Dalida et peut-être les lacs du Côte d'Ivoire pour finir quand c'est l'heure de fermer, peut-être à la fin.
C'est vraiment du mal. Clairement, je comprends cet hymne qui a passé le temps et qui est aujourd'hui encore fédérateur
et que je vois ici ou là, parce qu'il y a la féria de Nîmes, mais bon, je fais pas mal de choses dans d'autres régions.
Beaucoup à Arles, beaucoup dans les Alpies, dans la Provence, qui est la région où j'oeuvre pas mal.
Et c'est vrai que les lacs du Côte d'Ivoire restent une hymne. Moi, pour le coup, je l'ai mis et peut-être un peu trop.
Tu as associé un son qui est mythique pour nous, les jeunes et plusieurs générations de gardois, d'Arlésiens,
des Rolletés, qui sont allés notamment à la Chourescaïas et elle m'a dit je t'aime.
Et évidemment, est-ce que ce morceau, il est réservé à la Chou ou c'est un morceau qui est aussi un passage obligé à l'affaire?
C'est un passage obligé, il est réservé à personne, surtout. Pas plus à la Chou qu'au Jacquard qu'à tous les clubs que j'ai sillonnés depuis 40 ans.
C'est un trac que je faisais dans les années, fin des années 90, je m'amusais sur Fiesta, c'est un club, après je l'ai sorti.
Je n'en ai jamais fait une affaire personnelle. J'ai toujours fait ça de détente.
Et aujourd'hui, il n'y a pas une date que je produis à ce jour en DJ que je ne joue pas.
Oui, parce qu'il t'est associé. Je veux dire, quand on parle Sabatier, on passe direct à ce morceau.
On me le demande. Je ne sais pas, je l'ai retravaillé un peu pour essayer de le réactualiser il y a deux ans.
Et aujourd'hui, si je ne le joue pas, on me dit donc c'est un peu mon Bonchoubi de live de Patrick Hernandez.
Voilà, c'est un peu ça. Ça veut dire qu'obligatoirement, à un moment dans mon set, mais il me sert.
C'est pour ça que je me dis, j'aurais dû peut être faire un peu plus de prod.
Je me suis un peu mis là sur la fin, mais ça, on verra l'évolution.
Mais il est certain que d'avoir un track personnel comme ça, qui a touché les gens depuis 40 ans, 30 ans, on va dire.
C'est une force dans une soirée.
Dès qu'il y a un moment un peu que je vacille et que je cherche un peu mes énergies, je le mets et ça repart.
Et oui, c'est le morceau phare, évidemment.
Est ce que tu es dans une volonté aussi un petit peu de transmission?
Est ce que tu as des liens avec des jeunes DJ Nîmois qui débutent un peu sur les férias?
Voilà, sans jouer le donneur de leçons, parce qu'on sait que ce n'est pas ce que tu recherches.
Mais voilà, est ce que tu as envie d'essayer de les aider, de les accompagner, ces jeunes DJ qui découvrent la férias à leur tour?
J'ai toujours été pour le coup, je suis le créateur de la DJ Family que j'ai créé il y a 25 ans.
Et donc à ce niveau là, créer une DJ Family, c'était un rassemblement des DJ.
Donc j'étais déjà dans ce partage là.
Aujourd'hui, à mon âge, aujourd'hui avancé.
Bien évidemment, je suis dans la passation, dans le partage.
Je fais le maximum dans mon club, qui est le Jacquard, pour essayer de faire jouer les nouveaux, les tester.
Un peu comme nous, on a fait au début de notre carrière.
On était des jeunes DJ, on arrivait, on faisait la lumière, on faisait les débuts de soirée, on mettait les slow à l'époque.
Donc aujourd'hui, je ne leur fais pas mettre les slow, les lumières.
C'est fini, c'est les light jockey, comme on disait Guillaume à l'époque.
C'est fini. Mais oui, bien évidemment que sur cette nouvelle génération pour les férias,
pour leur donner quelques tips, oui, à fond, c'est presque obligatoire.
Les ancêtres me l'ont fait à moi, donc je vais encore le faire pendant quelques années.
On sent la passion, voilà, où tu dis je ne veux faire qu'une soirée.
Voilà, ça me fait plaisir sur la férias.
Est ce que tu t'es fixé de te dire je ferai peut être ma dernière férias dans quelques années ou pas du tout?
Tu prends comme ça les férias au plaisir et tu vois au moment venu.
Les questions sur la fin de ma carrière me sont souvent posées.
Parce que je suis à la porte de mes 60 ans.
J'ai 40 ans de carrière au mois de décembre de cette année.
Bien évidemment qu'on me pose ces questions.
Je réponds d'une seule et unique phrase.
Ce n'est pas moi qui déciderai, c'est mon corps.
Tant que mon corps me permet d'aller au delà.
Parce que moi, c'est depuis 40 ans, c'est entre entre 10 et 15 heures d'écoute par semaine de musique.
Donc c'est quand même.
Oui, il y a de la préparation.
Oui, je ne peux pas le faire autrement.
Donc ça veut dire que je pourrais faire ce métier différemment, dire c'est bon, tout va bien.
Je connais mes classiques.
Non, je fais minimum entre 10 et 15 heures d'écoute par semaine.
Ce qui est un engagement personnel, physique.
Les nuits sont compliquées parce que bon, se coucher à point d'heure et tout.
Mais pour l'instant, tout va bien.
Donc quand tout va bien, je ne sais pas.
Et ça peut arriver.
C'est le corps qui décidera.
Ouais, clairement.
Pour finir, DJ, on va parler un petit peu de l'avenir de la férias.
Il y a une nouvelle municipalité qui est arrivée à Nîmes.
Il y a eu une petite polémique avec les commerçants et gérants de bars parce qu'il y avait une volonté de la mairie d'interdire la musique amplifiée entre 11h et 14h et 18h, 21h.
Finalement, la municipalité a rétro-pédalé.
Mais en tout cas, elle est dans une volonté pour les prochaines années d'être sur une férias plutôt apaisée et pour tous.
Tu as suivi, toi qui habites du côté de Sète.
Qu'est ce que ça t'inspire sur un petit peu l'avenir de la férias de Nîmes?
Après, tout ça, c'est politique et puis c'est difficile pour quelqu'un comme moi de me positionner.
Mais bon, en tant que professionnel de la musique, se retrouver sans musique à 20h à la férias, ça aurait été bizarre dans l'espace public.
Oui, après, il y a l'équilibre.
C'est qu'une question d'équilibre.
Avec l'âge, j'ai appris que l'équilibre, il le fallait.
J'ai eu 20 ans, 30 ans, open bar et j'ouvris les vannes.
Aujourd'hui, je peux comprendre beaucoup de choses par rapport à la sécurité, par rapport à des envies, par rapport à des visions, par rapport à des demandes des commerçants.
Chacun a ses réalités.
Je ne dis pas d'un côté, il faut carrément baisser.
Je ne dis pas d'un côté, il faut trop monter.
Je pense que l'équilibre peut être bien pour que ça perdure.
De toute façon, je pense que c'est la solution.
Après, je ne connais pas exactement tout ce qui s'est dit, tout ce qui se fait.
Je viens vraiment en tant que prestataire.
J'écoute, j'analyse à mon niveau et je peux comprendre les politiciens, bien évidemment, parce qu'ils font leur métier.
Et je peux comprendre aussi beaucoup mieux, d'ailleurs, les commerçants, que c'est des réalités économiques.
Merci beaucoup, Didier Sabatier, Le Daron, d'avoir été avec nous aujourd'hui.
Et puis donc, demain soir, ici, sur cette place Kestel, on le voit derrière vous, les derniers préparatifs.
Je ne l'ai pas, je ne l'ai pas chez Jimmy, que c'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup, que je connais depuis plus de 30 ans.
Et je suis ravi de venir à la rue du Club Nîmois chez Jimmy au Kestel demain soir.
Exactement. Après la Pégoulade, ça sera l'occasion de fêter cette première soirée de la Ferrière de Nîmes.
Merci. Merci à vous.
