4 nov. 2023
"M. Panard était un homme prudent qui avait peur de tout dans la vie. Il avait peur des tuiles, des chutes, des fiacres, des chemins de fer, de tous les accidents possibles, mais surtout des maladies.
Il avait compris, avec une extrême prévoyance, combien notre existence est menacée sans cesse par tout ce qui nous entoure. La vue d’une marche le faisait penser aux entorses, aux bras et aux jambes cassés, la vue d’une vitre aux affreuses blessures par le verre, la vue d’un chat, aux yeux crevés ; et il vivait avec une prudence méticuleuse, une prudence réfléchie, patiente, complète.
Il disait à sa femme, une brave femme qui se prêtait à ses manies : « Songe, ma bonne, comme il faut peu de chose pour estropier ou pour détruire un homme. C’est effrayant d’y penser. On sort bien portant ; on traverse une rue, une voiture arrive et vous passe dessus ; ou bien on s’arrête cinq minutes sous une porte cochère à causer avec un ami ; et on ne sent pas un petit courant d’air qui vous glisse le long du dos et vous flanque une fluxion de poitrine. Et cela suffit. C’en est fait de vous. »"
Narrateur : Alain Couchot
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[Musique]
voyage de santé guide de
massant monsieur panard était un homme
prudent qui avait peur de tout dans la
vie il avait peur des tuiles des chutes
des fiacres des chemins de fer de tous
les accidents possibles mais surtout des
malades il avait compris avec une
extrême prévoyance combien notre
existence est sans cesse par tout ce qui
nous entoure la vue d'une marche le
faisait penser aux entorses aux bras et
aux jambes cassées la vue d'une vitre
aux affreuses blessures par le verre la
vue d'un chat aux yeux crevés il vivait
avec une prudence méticuleuse une
prudence réfléchie patiente complète il
disait à sa femme une brave femme qui se
prêtait à ses manies songe ma bonne
comme il faut peu de choses pour
estropier ou pour pour détruire un homme
c'est effrayant d'y penser on sort bien
pant on traverse une rue une voiture
arrive et vous passe dessus ou bien on
s'arrête 5 minutes sous une porte
cochère à causer avec un ami et on ne s
pas un petit courant d'air qui vous
glisse le long du dos et vous flanque
une fluxion de poitrine et cela suffit
sen est fait de vous il s'intéressait
d'une façon particulière à l'article
santé publique dans les journaux
connaissait le chiffre normal des morts
en temps ordinaire suivant les saisons
la marche et les caprices des épidémies
leurs symptômes leur durée probable la
manière de les prévenir de les arrêter
de les soigner il possédait une
bibliothèque médicale de tous les
ouvrages relatifs au traitement mis à la
portée du public par les médecins
vulgarisateurs et pratiques il avait cru
à raspaille à l'homéopathie à la
médecine dosimétrique à la
métallothérapie à l'électricité au
massage à tous les systèmes qu'on
suppose infaillible pendant 6 mois
contre tous les mots aujourd'hui il
était un peu revenu de sa confiance et
il pensait avec sagesse que le meilleur
moyen d'éviter les maladies consiste à
les fuir or vers le commencement de
l'hiver dernier Monsieur panard appris
par son journal que Paris subissait une
légère épidémie de fièvre typhoïde une
inquiétude aussitôt l'envahit et qui
devint en peu de temps une obsession il
achetait chaque matin deux ou trois
feuilles pour faire une moyenne avec
leurs renseignements contradictoire et
il fut bien vite convaincu que son
quartier était particulièrement éprouvé
alors il alla voir son médecin pour lui
demander conseil que devait-il faire
rester ou s'en aller sur les réponses
évasives du docteur monsieur panard
conclut qu'il y avait danger et il se
résolut au départ il rentra donc pour
délibérer avec sa femme où irait-il il
demandait penses-tu ma bonne que poau
soit ce qu'il nous faut elle avait envie
de voir Nice et répondit on prétend
qu'il y fait assez froid à cause du
voisinage des Pyrénées can doit être
plus sain puisque les princes d'Orléan y
vont ce raisonnement convainquit son
mari il hésitait encore un peu cependant
oui mais la Méditerranée a le choléra
depuis 2 ans ah mon ami il n'y a jamais
pendant l'hiver songe que le monde
entier se donne rendez-vous sur cette
côte ça c'est vrai dans tous les cas
emporte des désinfectants et prends soin
de faire compléter ma pharmacie de
voyage ils partirent un lundi matin en
arrivant à la gare madame panard remit à
son mari sa valise personnelle tiens
dit-elle voilà tes affaires de santé
bien en
ordre merci ma bonne et ils montèrent
dans le train après avoir lu beaucoup
d'ouvrages sur les stations hygiéniques
de la Méditerranée ouvrage écrit par les
médecins de chaque ville du littoral et
dont chacun exaltait sa plage au
détriment des autres monsieur panard qui
avait passé par les plus grandes
perplexités venait enfin de se décidé
pour saint-raaphaël par cette seule
raison qu'il avait vu parmi les noms des
principaux propriétaires ceux de
plusieurs professeurs de la Faculté de
médecine de Paris s'ils habitai là
c'était assurément que le pays était
saint donc il descendit à saint-raaphaël
et se rendit immédiatement dans un hôtel
dont il avait lu le nom dans le guide
Sary qui est le Conti des stations
d'hivers de cette côte déjà des
préoccupations nouvelle la Saillet quoi
de moins sûr qu'un hôtel surtout dans ce
pays recherché par les poitrinair
combien de malades et quel malad ont
couché sur ses matelas dans ses
couvertures sur ses oreillers les Sant
aux laines aux plumes aux toiles 1000
germes imperceptibles venus de leur peau
de leur haleine de leur fièvre comment
oserait-il se coucher dans ces lits
suspects dormir avec le cauchemar d'un
homme agonisant sur la même couche
quelques jours plus tôt alors une idée
l'illumina il demanderait une chambre au
nord tout à fait au nord sans aucun
soleil sur qu'aucun malade n'aurait pu
habiter là on lui ouvrit donc un grand
appartement glacial qu'il jugea au
premier coup d'œil présenta toute
sécurité tant il semblait froid et
inhabitable il les fit allumer du feu
puis on y monta ses colis il se
promenait à part rapide de long en large
un peu inquiet à l'idée d'un rhume
possible et il disait à sa
femme vois-tu ma bonne le danger de ces
pays-ci c'est d'habiter des pièces
fraîches rarement occupé on y peut
prendre
des
douleurs tu serais bien gentil de
défaire nos mal
elle commençait en effet à vider les
mâes et emplir les armoires et la
commode quand monsieur panard s'arrêta
net dans sa promenade et se mit à
renifler avec force comme un chien qui
évente un gibier il reprit troublé
soudain mais on
sent on sent le malade ici
on sent la drogue je suis sû qu'on sent
la drogue certes il y a eu un un
poitrinaire dans cette chambre tu ne
sens pas dit ma bonne madame panard
flairit à son tour elle répondit
oui ça sent un peu
le
le je ne reconnais pas bien l'odeur
enfin ça sent le remède il s'élança sur
le timbre sonna et quand le garçon parut
faites venir tout de suite le patron
s'il vous plaît le patron vint presque
aussitôt saluant le sourire aux lèvres
monsieur panard le regardant au fond des
yeux lui demanda brusquement quel est le
dernier voyageur qui a couché ici le
maître d'ôtel surpris d'abord cherchait
à comprendre l'intention la pensée ou le
soupçon de son client puis comme il
fallait répondre et comme personne
n'avait couché dans cette chambre depuis
plusieurs mois il dit c'est monsieur le
comte de La Roche limonnière
ah un français non monsieur un un un
Belge
ah et il se portait bien oui
c'est-à-dire non il souffrait beaucoup
en arrivant ici mais il est parti tout à
fait guéri
ah de quoi
souffrait-il de douleur quelle
douleur de
douleur de douleur de foi très bien
monsieur je vous remercie je comptais
rester quelqu temps ici mais je viens de
changer d'avis je partirai tout à
l'heure avec Madame panard
mais monsieur c'est inutile monsieur
nous partirons envoyez la note omnibus
chambre et
service le patron effaré se retira
tandis que Monsieur panard disait à sa
femme ma bonne l'je dépisté as-tu vu
comme il hésitait
douleur
douleur douleur de foi je t'en fiche des
douleurs de foi
Monsieur et Madame panard arrivèrent à
Canne à la nuit soupèrent et se
couchèrent aussitôt mais à peine
furent-il auit que Monsieur panard
s'écria hein l'odeur l' sens-tu cette
fois
mais mais c'est de l'acide phénique ma
bonne on a desinecter cet appartement il
s'élança de sa couche se rhabilla avec
promptitude et comme il était trop tard
pour appeler personne il se décida
aussitôt à passer la nuit sur un
fauteuil madame panard malgré les
sollicitations de son mari refusa de
l'imiter et demeura dans ses draps où
elle dormit avec bonheur tandis qu'il
murmurait les reins
cassées quel pays quel affreux pays il
n'y a que des malades dans tous ces
hôtels dès l'aurore le patron fut mandé
quel est le dernier
voyageur qui a habité cet
appartement le grand duc de Bard et
mcdebour Monsieur un cousin de
l'empereur
de de
Russie
et il se portait bien très bien monsieur
tout à fait bien tout à fait bien cela
suffit Monsieur l'ôtelier Madame moi
nous partons pour Nice à midi comme il
vous plaira monsieur et le patron
furieux se retira tandis que Monsieur
panard disait à Madame
panard quelle farceur il ne veut pas
même avouer que son voyageur était
malade malade ah oui
malade je te réponds bien qu'il y est
mort celui-là dis sens-tu acide
phénique le sens-tu
oui mon ami quel credin c'est maître
d'hôtel pas même malade pas même malade
son
Macabé quel
gredin ils prirent le train d' 1h30
l'odeur les suivit dans le wagon très
inquiet monsieur panard murmurait on
sent toujours ça doit être une mesure
hygiène générale dans le pays il est
probable qu'on arrose les rues les
parquets et les vagon avec de l'eau
féniqué par ordre des médecins et des
municipalités mais quand ils furent dans
l'hôtel de Nice
l'aodeur devint intolérable panard
atteré erit par sa chambre ouvrant les
tiroirs visitant les coins obscurs
cherchant au fond des meuble il
découvrit dans l'armoire à glace un
vieux journal il jeta les yeux au hasard
et lut les bruits malveillant qu'on
avait fait courir sur l'état sanitaire
de notre ville sans dé nuué de
fondement aucun cas de coléra n'a été
signalé à Nice aux
environs il fit un bon et s'écria madame
madame panard c'est le choléra le
choléra j'en étais sûr ne défaites pas
nos mal nous retournons à Paris tout de
suite tout de
suite une heure plus tard il reprenait
le rapide enveloppé dans une odeur
asphyxiante de
phénol aussitôt rentré chez lui panard
jugea bon de prendre quelques gouttes
d'un anticolérique énergique et il
ouvrit la valise qui contenait ses
médicaments une vapeur suffoquante s'en
échappa sa fiole d'acide phénique
s'était brisée et le liquide répandu
avait brûlé tout le dedans du sac alors
sa femme saisie d'un fux rire
s'écria mon ami le voilà le voilà ton
cololéra 18 avril
1886
[Musique]