Bourse/Taux : trop vite, trop loin... (un entretien avec Mabrouk Chetouane)
đ Pour accĂ©der aux recommandations de Pierre-Yves Gauthier, nos lives avec des experts, Ă des contenus exclusifs et Ă la sĂ©lection boursiĂšre Elite en collaboration avec Alphavalue, inscrivez-vous : prochain live, le mercredi 17 janvier Ă 17h30.
đ https://synapses-temps-d-agir.carrd.co/
#MarchĂ©sFinanciers #Ăconomie #RallyeBoursier #TauxdIntĂ©rĂȘt #PerspectivesĂconomiques #Finance2023 #krach
## Sommaire
00:00 Intro
00:19 Les marchés boursiers font-ils marche arriÚre ?
03:48 Que traduisent les anticipations de politique monétaire ?
04:44 Lâinflation est-elle rĂ©ellement rentrĂ©e dans sa taniĂšre ?
08:15 De lâimportance des gains de productivitĂ© ou de leur absence
11:04 La BCE a-t-elle une idĂ©e derriĂšre la tĂȘte ?
15:15 Zone euro : un retour au potentiel de croissance
17:00 Ătats-Unis : peut-on Ă©carter tout risque de rĂ©cession ?
21:07 Que se passe-t-il du cĂŽtĂ© de la conso amĂ©ricaine et de lâinvestissement ?
25:15 Baisse des taux : et si tout le monde se trompait
28:05 Quelle stratĂ©gie dâinvestissement privilĂ©gier en dĂ©but dâannĂ©e 2024 ?
33:24 Actions : une préférence pour les actions américaines ?
34:59 Quelle position adopter vis-à -vis des marchés obligataires ?
37:17 Monétaire : encore une option adéquate en 2024 ?
38:13 La SynthĂšse de Vincent
## Vidéo enregistrée le 10 janvier 2024 par @SynapsesYT
Dans cette nouvelle vidĂ©o, Mabrouk Chetouane, Responsable de la StratĂ©gie MarchĂ©s chez Natixis IM, analyse la situation Ă©conomique et financiĂšre et livre ses perspectives pour lâannĂ©e Ă venir sur les marchĂ©s.
En 2023, les marchĂ©s boursiers ont connu une pĂ©riode d'euphorie marquĂ©e par des performances exceptionnelles. Le CAC 40 sâest adjugĂ© 16%, le S&P 500 26 % et le NASDAQ pas moins de 43 %. Cette embellie a Ă©tĂ© stimulĂ©e par la correction significative sur le marchĂ© des taux. En effet, un krach monumental a frappĂ© le marchĂ© obligataire, propulsant les taux longs amĂ©ricains Ă 10 ans Ă plus de 5% mi-octobre, avant quâils ne refluent temporairement Ă 3,8% (ils flirtent Ă nouveau avec les 4 %) .
Cette pause apparente s'est fondĂ©e sur la conviction quâĂ la forte inflation a succĂ©dĂ© une rapide dĂ©sinflation. Les banques centrales, en particulier la FED, semblent avoir rĂ©ussi Ă maĂźtriser la hausse des prix sans compromettre la croissance, favorisant la croyance dans un scĂ©nario « boucle d'or » oĂč tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Cependant, en ce dĂ©but d'annĂ©e 2024, l'euphorie a cĂ©dĂ© la place Ă la tergiversation, signe que le marchĂ© prend conscience que la situation pourrait ĂȘtre plus complexe que prĂ©vu. Cela soulĂšve des Ă©videmment de multiples interrogations quant Ă la direction que vont prendre les marchĂ©s en 2024. DĂšs lors, peut-on raisonnablement douter du fait que la FED puisse en abaissant ses taux directeurs opĂ©rer son pivot au cours du premier trimestre de lâannĂ©e 2024 ?
La situation est-elle rĂ©ellement plus compliquĂ©e que prĂ©vu par les investisseurs en fin dâannĂ©e 2023 et appelle-t-elle Ă la prudence sur les marchĂ©s financiers ou sommes-nous simplement en prĂ©sence d'une pause temporaire avant une reprise vigoureuse ?
## Liens Utiles - đ
â ïžđ Inscrivez-vous pour accĂ©der Ă Synapses Live+.
đ https://synapses.carrd.co/
## La TEAM SYNAPSES
Présentation de la TEAM et de nos objectifs
đhttps://linktr.ee/teamsynapses
đč Les Ă©missions de @Synapses Ă revoir
â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶â¶
https://youtu.be/Q8fuBLEgkrk
https://youtu.be/FAn4IVwOx1s
https://youtu.be/NhCfrLw8C4E
https://youtu.be/DWbde0qQY9Q
https://youtu.be/P-OwrM90X6g
https://youtu.be/o8MzKlp7Vbg
https://youtu.be/U_pSuM2dHy0
https://youtu.be/U_pSuM2dHy0
https://youtu.be/K2rMbdBFzs8
https://youtu.be/yKHneADDOFw
## đ€ Rejoignez notre communautĂ© pour Ă©changer des idĂ©es, poser des questions et interagir avec d'autres.
Suivez-nous sur :
- đŠ Twitter : https://twitter.com/SYNAPSE60126524
- đŒ LinkedIn : https://www.linkedin.com/company/mediasynapses
## đŹ Commentaires
Partagez vos réflexions, questions ou suggestions dans la section des commentaires ci-dessous. Nous aimons lire votre avis et suggestions
## đ đ Abonnez-vous Ă @SynapsesYT
Un pouce vers le haut, si vous aimez les contenus de @SynapsesYT
Commentez, rĂ©agissez aux Ă©missions de @Synapses et Ă©changez dans lâespace commentaires sous la vidĂ©o (en toute courtoisie et respect des autres et de leur point de vue, mĂȘme sâil diffĂšre du vĂŽtre).
Ne ratez aucune de nos futures vidĂ©os en vous abonnant Ă notre chaĂźne @SYNAPSES et en activant les notifications (cliquez sur la cloche đ) pour ĂȘtre alertĂ© Ă chaque nouvelle publication.
#synapses #economy #bourse #bourse2023 #marchéaction #obligations #investissement #stratégieinvestissement #rendement #épargne #inv #immobilier #scpi #assurancevie
Bonjour Ă tous et bienvenues sur Synapses. On sent un changement dâhumeur sur les marchĂ©s financiers
en ce dĂ©but dâannĂ©e. Ils sont passĂ©s de lâeuphorie Ă la tergiversation. De quoi il retourne ? Nous
allons essayer de le voir avec Mabrouk Chetouane, responsable de la Stratégie Marchés chez Natixis
IM. Mabrouk, bonjour. Bonjour. Comme je le disais, on est passé de l'euphorie à tergiversation.
L'euphorie, vous la constatez sur les marchés actions, un CAC 40 à plus 16%, un S&P qui
fait plus 26%, un NASDAQ à plus 43%, et tout ça grùce, finalement, à une correction des taux,
puisque le marché obligataire avait connu un krach assez monumental, puisqu'on avait des taux
longs américains, des taux à 10 ans à plus de 5%, mi-octobre. Oui. grosso modo. Absolument. Et puis,
on a eu un reflux assez sensible, puisque ces derniers sont revenus momentanément vers les
3,8%. Bon, cette respiration ont la doit au fait que le marché s'est dit : la désinflation est là .
Finalement, les banques centrales ont effectué le travail, ça a marché, et puis on va avoir de
la croissance aussi. Donc, c'était un peu le scénario boucle d'or, tout va bien, dans le
meilleur des mondes. Sauf que lĂ , il y a comme une sorte de rĂ©alisation que ça sera peut-ĂȘtre
aussi simple. Est-ce que, premiĂšre question, les taux vont ĂȘtre le grand dĂ©terminant des marchĂ©s
en 2024, comme ils l'ont été en 2023, et est-ce vraiment que la situation va se complexifier,
ou on est juste dans une pause avant de repartir de plus belle ? Alors, j'ai presque envie de dire
que les taux d'intĂ©rĂȘt, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, sont la variable dĂ©terminante, et qui fixe les taux
d'intĂ©rĂȘt ? Ce sont les banques centrales. Alors, bien sĂ»r, elles utilisent plusieurs indicateurs
pour dĂ©terminer, finalement, quel est le niveau optimal des taux d'intĂ©rĂȘt, quel est le niveau
auquel, effectivement, la politique monétaire doit s'ajuster pour pouvoir correspondre à la
situation macroéconomique. Ce qui s'est passé, effectivement, c'est qu'on a eu un reflux assez
significatif des taux d'intĂ©rĂȘt Ă long-terme, des taux d'intĂ©rĂȘt Ă 10 ans, aux Ătats-Unis
principalement, et qui a contaminĂ© Ă©galement la zone euro, puisque finalement, le taux d'intĂ©rĂȘt
en Allemagne à 10 ans, qui fait office de référence pour la zone euro, et lui aussi,
finalement, avait dépassé les 3% temporairement, pour revenir vers un niveau inférieur de 2%.
Alors, qu'est-ce qui s'est passé le 14 décembre dernier ? Jerome Powell fait ce qu'on appelle un
plot twist (rebondissement) en quelque sorte, câest un mot que lâon utilise dans les sĂ©ries
américaines, pour tout simplement indiquer que la Fed se montre désormais encline à baisser les taux
d'intĂ©rĂȘt directeur en 2024. C'est son pivot. C'est le fameux pivot de la Fed. Et ce pivot,
finalement, la question que se posait le marché avant ce 14 décembre, c'était quand est-ce qu'il
aura lieu, et finalement, il est arrivé beaucoup plus tÎt que prévu, et la question qu'on se pose,
c'est pourquoi ? Pourquoi ce pivot maintenant ? alors mĂȘme finalement, que les taux d'intĂ©rĂȘt,
et ça rejoint ce que vous indiquiez en propos introductif, on a une hésitation, puisque
finalement, les indicateurs macro-Ă©conomiques que nous avons aux Ătats-Unis, sur le marchĂ© du
travail notamment, sont en train de nous montrer finalement que la situation économique américaine
n'est pas en train de refluer. La croissance économique et les créations d'emplois sont
toujours vigoureuses et fortes, ce qui, du coup, interpelle le marché sur le timing de
la politique monétaire. Et donc, in fine, ce que le marché anticipait initialement, c'est-à -dire
des baisses de taux dÚs le mois de mars, le marché révise progressivement ses anticipations
et on voit que notamment sur les Ă©chĂ©ances un peu plus longue, et c'est le graphique que lâon voit,
vous avez effectivement des anticipations politiques monétaires à 9 mois et à 12 mois qui
sont en train d'ĂȘtre progressivement rĂ©visĂ©es par le marchĂ©. Alors quand on parle d'anticipation,
quâon explicite bien de quoi il retourne, pour le public qui nous regarde. Donc lĂ , ce sont des
futurs sur les taux ? C'est ça. Câest les futures sur les taux. Et donc, globalement, ce que vous
voyez, c'est les taux instantanés projetés sur différents horizons : 3 mois, 6 mois, 9 mois et
12 mois. C'est les 4 courbes. Donc, pour la Fed et pour la BCE. Et donc, vous voyez que les attentes
des marchés avaient été, à mon sens, exagérées. On avait, à un moment donné, 6 baisses de taux
anticipées pour la Banque Centrale Européenne. Ce qui paraßt totalement démesuré, on l'explicitera
par ailleurs. Et donc, aujourd'hui, le marchĂ© se rend compte qu'il est allĂ© peut-ĂȘtre un peu trop
loin, un peu trop vite en besogne, et qu'on peut raisonnablement s'attendre à une réorientation,
du moins un recalage de la politique monétaire au cours des prochaines conférences de presse
et maintenant de la Fed et de la BCE. Alors, la question qui se pose tout de mĂȘme, c'est celle
de l'inflation, puisqu'elle est centrale, elle a dicté la politique monétaire en 2023, en 2022
aussi, du reste. Mais est-ce que cette inflation est bel et bien terrassée ? Est-ce qu'on peut
considĂ©rer puisque ça va ĂȘtre dĂ©terminant pour l'Ă©volution des taux et notamment la politique
monétaire décidée par les banques centrales ? Est-ce qu'on peut considérer que cette inflation
est remplie de cette année Est-ce que l'inflation est rentrée dans sa taniÚre, j'aime beaucoup cette
vision. Est-ce que cette histoire appartient au passé ? Tout porte à croire que le marché a,
lui aussi, décidé un peu de plier cette histoire de l'inflation. En revanche, je crois qu'il
convient là aussi de faire un peu plus attention et de regarder les choses dans le détail. Quand on
regarde l'indicateur de surprise économique de Citi, notamment sur la partie inflation,
le marché, le consensus, pardon, n'est plus surpris par la dynamique des prix. Ce qui veut
dire que les surprises à la hausse qu'on a connues tout au long de l'année et sur une partie de 2023,
globalement, ne surviennent plus. Ăa, c'est plutĂŽt un point positif. Alors, cet indice
des surprises d'inflation, vous pouvez expliquer un peu de quoi il retourne En gros, il s'agit,
le consensus fait des projections. Donc, on attend tous les mois, effectivement, un chiffre
d'inflation, que ce soit aux Ătats-Unis, en zone euro, ou dans les diffĂ©rents pays de zone euro,
en Chine et au Japon. Et donc, on compare la réalisation de l'inflation par rapport à son
anticipation. Et donc, on se souvient qu'en 2022, on avait des réalisations sur la croissance des
prix qui était trÚs largement au-dessus des attentes, ce qui explique le chapeau
que vous voyez sur ce graphique, que ce soit sur la zone développée ou la zone émergente,
on avait la mĂȘme dynamique. Aujourd'hui, c'est plus le cas. On a mĂȘme des surprises, le consensus
a tendance Ă ĂȘtre finalement trop pessimiste par rapport Ă l'inflation, c'est pour ça qu'on
a une courbe en territoire négatif, en dessous de zéro. Donc, est-ce qu'aujourd'hui cette tendance
de dĂ©sinflation est complĂštement derriĂšre nous ? Je pense quâil faut faire attention, notamment
en Europe. Puisquâen Europe, Christine Lagarde nous a indiquĂ© que les effets de base positifs,
de quoi parle-t-on encore une fois, il s'agit de la contribution de l'énergie à l'inflation.
L'énergie, l'alimentaire frais, constituent les deux parties les plus volatiles de l'indice des
prix à la consommation (IPC). On a eu un reflux des prix de l'énergie, ce qui a contribué
notamment à cette désinflation, sauf que ça a mangé notre pain blanc. On a non seulement mangé
notre pain blanc, puisque finalement, les prix d'énergie subissent effectivement des tensions,
et là il y a tout un volet finalement, c'est un sujet passionnant des prix du pétrole,
mais on y passerait trop de temps, et donc du coup ce qui se passe c'est que la stabilisation des
prix du pétrole autour de 70-80 va générer à un moment donné des petites tensions inflationnistes
qui vont se faire en sorte que ce test de base va revenir sur le devant de la scĂšne au cours
du premier semestre en Europe. Mais ce nâest pas le principal problĂšme. Le principal problĂšme que
nous avons en zone euro, c'est que nous avons premiÚrement un marché du travail qui reste
effectivement dynamique, qui reste effectivement générateur d'emplois, et donc ça c'est un point
positif pour la croissance européenne, mais compte tenu des rigidités existantes sur le
marché du travail à l'échelle européenne, eh bien on va avoir des pressions salariales qui
vont rester assez fortes en zone euro, et elles le sont Ă©galement aux Ătats-Unis. Mais la grande
diffĂ©rence entre les Ătats-Unis et la zone euro, c'est que dans un cas de figure, vous avez une
économie qui génÚre des gains produits, et quand on regarde ce graphique, c'est assez manifeste. La
courbe verte, vous avez les gains de productivité en zone euro qui flanchent, alors que les gains de
productivitĂ© aux Ătats-Unis montent de maniĂšre assez significative. J'aimerais que vous
attardiez sur cette question de la productivité, Mabrouk, pour bien expliquer en quoi, finalement,
les gains de productivité permettent de rendre soutenables des hausses salariales au regard de
l'inflation dans un certain cas, ou au contraire, aggrave la situation justement quand les gains de
productivité ne sont pas là . Alors, c'est un point essentiel dans nos économies, la productivité.
Quand vous ĂȘtes une Ă©conomie qui gĂ©nĂšre des gains de productivitĂ©, comme c'est le cas aux
Ătats-Unis, mĂȘme si vous avez un marchĂ© travail qui est sous tension, et je renvoie encore une
fois au dernier rapport sur l'emploi qui montre que l'économie américaine créée effectivement des
emplois, les salaires continuent de progresser, et les diffĂ©rentes enquĂȘtes, que ce soit le Wedge
Tracker de la Fed d'Atlanta, pour celles et ceux qui aiment regarder des donnĂ©es, ou l'enquĂȘte de
l'NFIB, le montrent parfaitement. Et donc, une économie ou des entreprises effectivement qui
subissent des pressions Ă la hausse sur les salaires, mais qui en parallĂšle parviennent
à générer des gains de productivité, sont des entreprises et une économie qui vont pouvoir
absorber ces pressions inflationnistes sans pour autant détériorer leur capacité à produire,
et donc à augmenter leur niveau de production, et augmenter le niveau de richesse. Donc ça,
effectivement, c'est le cas américain. C'est le fameux scénario, effectivement, Goldilocks,
que vous décriviez initialement. L'économie américaine peut continuer à subir des tensions
sur le marché du travail, peut continuer à subir une augmentation des salaires, mais sans
pour autant gĂ©nĂ©rer ce qu'on appelle des tensions inflationnistes, puisque ça va ĂȘtre absorbĂ© par,
entre guillemets, les entreprises qui parviennent Ă produire plus. Et donc, cet effet productiviste,
en quelque sorte, va permettre aux marges des entreprises amĂ©ricaines d'ĂȘtre prĂ©servĂ©es sans
pour autant générer de pression inflationnistes. C'est l'effet de second tour, en quelque sorte,
qui s'atténue. Ce n'est pas du tout le cas en Europe, puisqu'encore une fois,
vous avez une économie européenne qui voit ses gains de productivité s'affaisser,
diminuer, et donc des pressions inflationnistes, elles, qui sont lĂ aussi relativement fortes,
émanant à la fois de la sphÚre énergétique, mais également de la sphÚre marché du travail. Et donc,
on est dans le cas diamĂ©tralement opposĂ© par rapport aux Ătats-Unis. Vous avez en fait,
aujourd'hui, des entreprises qui vont devoir faire le choix entre maintenir leur marge en
augmentant leur prix ou bien diminuer leur marge pour ne pas avoir, effectivement,
Ă rĂ©percuter toutes ces tensions inflationnistes. Et donc, on voit bien, finalement, quelle va ĂȘtre
la difficulté pour la Banque Centrale Européenne, qui consiste à dire l'anticipation de marché,
pardon, qui voit la Banque Centrale Européenne baisser ses taux à six reprises encore une fois,
et on voit cette exagération puisque la situation économique et la situation de la productivité en
Europe ne permettra pas à ces entreprises de ne pas répercuter ces augmentations de prix. Et donc,
in fine, les tensions inflationnistes en Europe vont rester, pour répondre à votre question,
beaucoup plus persistantes qu'elles ne le sont aux Etats-Unis. Et donc, ça va de fait retarder
le moment de l'ajustement monétaire de la BCE. Est-ce qu'il n'y a pas une autre motivation de la
part de la BCE à maintenir ses taux plus haut plus longtemps, qui est finalement d'établir une sorte
de rempart par le change vis-Ă -vis de l'inflation, puisque si on a un euro fort, finalement on va
Ă©viter une forme d'inflation importĂ©e, puisque le change va nous ĂȘtre favorable. C'est quelque chose
que la BCE n'avouera jamais, puisque le change ne fait pas partie explicitement des objectifs
de la Banque Centrale, et on ne peut pas dire également que ça fait partie des instruments que
la Banque Centrale Européenne cible. En revanche, ce qu'il convient de garder à l'esprit, c'est que
l'Allemagne, par exemple, qui a énormément souffert de la crise énergétique déclenchée
par l'invasion de l'Ukraine par la Russie, paye toujours aujourd'hui le coût de cette crise. Le
prix du gaz que l'Allemagne importe est deux fois supérieur à celui que l'Allemagne avait l'habitude
de connaßtre avant cette invasion. Et donc, in fine, toute forme de désinflation importée par
le canal de change et par l'augmentation de la prestation de l'euro, qui serait effectivement
encadré par la Banque Centrale Européenne, pilotant les anticipations de marché,
serait bienvenue. Puisque, globalement, encore une fois, rappelons-le, ce qui a pénalisé l'économie
allemande, ce sont deux facteurs, premiÚrement, la crise énergétique, et deuxiÚmement, bien sûr,
l'économie chinoise qui, elle, continuent de souffrir par ailleurs d'un cycle de croissance
qui lui-mĂȘme est pĂ©nalisĂ© Ă la fois par des dimensions externes. Par exemple, prenons
le cas effectivement de l'évolution du commerce secondaire en volume. En regardant le graphique
effectivement sur l'évolution du commerce secondaire en volume, donc on a trois phases.
La premiĂšre phase, avant le mouvement de 2008, on a une croissance de ces derniers qui est assez
soutenue. DeuxiĂšme phase, on constate post-2008, post-crise, cette pente est toujours positive mais
moins forte. TroisiĂšme phase, post-Covid, il n'y a plus de pente. La pente est nulle, aujourd'hui. Ăa
veut dire qu'on a aujourd'hui la Chine qui ne peut plus tirer finalement partie de la croissance des
volumes d'importation et d'exportation du commerce mondial d'une part, ce dernier peut ĂȘtre en train
de se réorganiser par beaucoup de ce qu'on appelle la relocalisation, la réindustrialisation, les
politiques de souveraineté, en économie on appelle ça plutÎt des politiques de protectionnisme,
ça c'est encore le débat, mais globalement on voit bien que ce moteur qui a bénéficié à la Chine
n'existe plus. Autre moteur qui n'existe plus, jâouvre une parenthĂšse, c'est celui du crĂ©dit.
Le crédit a toujours été utilisé en Chine comme un moteur d'expansion. On voit bien finalement,
à chaque fois qu'on avait un petit essoufflement de la croissance, que les autorités chinoises
remettaient du crédit dans l'économie, ce qui générait finalement une augmentation des
capacités, mais à force de vouloir mettre trop de crédit, qu'est-ce qui s'est passé ? On a généré un
excĂšs d'offres. Cet excĂšs d'offres aujourd'hui se manifeste dans le secteur immobilier,
c'est trĂšs clair. Vous prenez par exemple sur ce graphique les investissements dans le secteur
immobilier et vous constatez que ce dernier est toujours en territoire négatif. Il faut purger
ce secteur afin de normaliser ses capacités. On le voit par ailleurs que la Chine doit procéder
Ă cette normalisation pour ne pas atterrir dans la situation qu'a connue le Japon, c'est-Ă -dire d'une
crise qui engendre des tensions désinflationnistes et qui converge vers la déflation. Le problÚme
de la Chine aujourd'hui, c'est qu'on a toute l'inflation annuelle. Certes, celle-ci, elle est
polluĂ©e par ce qui se passe sur les prix de la nourriture, notamment, lâalimentaire.
Mais néanmoins, quand on regarde les tensions inflationnistes pour une croissance économique
voisine de 5% en Chine, ce n'est pas assez. Et donc, ça témoigne, en quelque sorte, d'excÚs de
capacitĂ© qui est quand mĂȘme purgĂ©. Et donc, si on revient finalement sur le pourquoi initial
sur lâAllemagne. L'Allemagne, elle, finalement, a subi non seulement le choc chinois, subit le
choc énergétique. Et donc, in fine, avec un euro fort, on va avoir une stabilisation, finalement,
de ces pressions inflationnistes venant de la sphÚre énergétique. La stabilisation de la Chine,
puisque c'est quelque chose qu'on attend, la situation qui va cesser de se dégrader en
quelque sorte, et l'économie chinoise va piloter un peu l'atterrissage également de son économie,
va permettre une stabilisation du secteur manufacturier. Et c'est pour ça que globalement,
on attend une économie allemande, européenne qui devrait connaßtre une année 2024 moins négative
en quelque sorte que 2020. Moins nĂ©gative, cela dit, vous voyez bien une dichotomie tout de mĂȘme
entre les Ătats-Unis et le vieux continent. Clairement. Et en matiĂšre de politique monĂ©taire
aussi. Puisque vous dites que la clé, c'est la productivité et les coûts salariaux unitaires,
et qu'en l'occurrence, on est dans une situation totalement, mĂȘme drastiquement diffĂ©rente,
dâune rive Ă l'autre. Absolument. Quand je dis que la situation devrait ĂȘtre meilleure,
elle restera assez atone en zone euro. On a à peu prÚs, pour cette année, % de croissance attendue,
et globalement, l'année prochaine, on va aller sur 1%. Donc, ce n'est pas non plus une performance de
croissance qui est absolument extraordinaire pour la zone euro. C'est un retour de ce qu'on appelle
le potentiel de croissance. Qu'est-ce que c'est que le potentiel ? C'est ce qui est capable de
gĂ©nĂ©rer une Ă©conomie dans une situation oĂč il n'y a pas trop de tensions sur ces diffĂ©rents marchĂ©s,
marché du travail, marché du capital, etc. Et donc, in fine, un retour au potentiel,
encore une fois, ce n'est pas quelque chose d'extraordinaire. Les Ătats-Unis,
eux, finalement, seront dans une situation oĂč il n'y a non seulement le soutien monĂ©taire qui va
possiblement se manifester avec des baisses de taux attendues de la part de la FED. Quand je
dis que le marchĂ© se trompe dans le timing. La FED va baisser ses taux, lâan prochain. Le tout,
c'est de savoir quand et avec quelle amplitude ? On estime que globalement on devrait aller
vers trois baisses de taux pour la FED l'an prochain. Et donc, tout ceci va permettre,
encore une fois, l'atterrissage en douceur de l'économie américaine, le retour au potentiel,
mais cette fois-ci, entre guillemet, on passerait de 2,5% de croissance Ă une cible autour de 1,7
% Et 1,7% de croissance, ce nâest absolument pas non plus quelque chose d'extraordinaire pour les
Etats-Unis. Ce nâest pas mirifique Mais ça reste effectivement quasiment le double de la zone euro.
Alors, revenons sur la croissance américaine, parce que dans le scénario que vous décrivez, qui
est un scĂ©nario finalement un peu irĂ©nique, oĂč on a le meilleur des mondes, on a une dĂ©sinflation,
on a un assouplissement monétaire, et on continue à avoir de la croissance. Rentrons un peu dans le
débat, parce que certains tiennent plutÎt pour un scénario récessionniste, que vous ne le voyez pas,
manifestement. Mais l'un de leurs arguments est de dire que la brutalité de la remontée des taux
n'a pas Ă©tĂ© perçue jusqu'Ă prĂ©sent, parce que les mĂ©nages et les entreprises ont pu se refinancer Ă
des taux trĂšs faibles lors de la pĂ©riode Covid, mais on va avoir tout de mĂȘme l'impact qui va
se manifester à un moment ou à un autre. Donc ça, c'est un des premiers arguments. Et deuxiÚmement,
il y a peut-ĂȘtre aussi une explication Ă trouver Ă ce pivot de la Fed, parce que vous l'avez dit, il
a un peu surpris. Et la question qu'on se posait, c'est pourquoi le faire maintenant. Or, est-ce que
la Fed n'a pas en tĂȘte que la situation, du fait de la violence de la remontĂ©e des taux
qu'elle a pilotée, pourrait se dégrader plus rapidement qu'elle ne l'avait anticipé ? Alors,
il y a plusieurs aspects dans votre question. Sur la FED, pourquoi avoir pivoté, si je puis dire,
maintenant ? C'est pour, je pense, maximiser la probabilité de voir ce scénario d'atterrissage en
douceur de l'économie américaine survenir. Il est compliqué pour une banque centrale,
et c'est toujours délicat pour une banque centrale d'intervenir dans l'urgence. Lorsque l'économie se
dégrade trop fortement et trop vite, c'est-à -dire qu'en gros, il est déjà trop tard. Et donc ce que
veut faire la Fed, c'est éviter ce scénario d'un coup de la croissance et donc lisser un peu le
cycle. Sans doute que la communication de Powell a été un peu trop accommodante au regard notamment
des minutes de la Fed qui ont été publiées dans la foulée. On se rend compte finalement que c'est un
des facteurs explicatifs de l'hésitation de marché. Mais là encore, je pense que
la volonté de la Fed, c'est véritablement de lisser le cycle. Et de maniÚre plus générale,
la mission du Banque Centrale, c'est de lisser les cycles. Et donc ce n'est pas de générer finalement
des Ă -coups dans ce dernier. Alors, la question initiale qui consiste Ă dire, il y a quand mĂȘme
pas mal de facteurs de risque, par ailleurs, qui militent pour un atterrissage qui sera peut-ĂȘtre
un peu brutal. Alors, c'est vrai effectivement que les conditions monétaires ont été durcies
de maniĂšre extrĂȘmement rapide et extrĂȘmement forte. Mais nĂ©anmoins, premiĂšrement, il y a
cette immunisation des ménages et des entreprises américaines qui ont vu sur l'économie américaine
se déverser des milliers de milliards de dollars à la suite des différents plans consécutifs, qui ont
donc complÚtement immunisé les ménages américains et les entreprises face à la remontée des taux.
Les entreprises américaines, on parle beaucoup, effectivement, de ce mur de refinancement.
Certaines d'entre elles sont endettées et devront se refinancer, notamment en 2024-2025. Et ce mur
de refinancement n'est pas insurmontable en 2024, il va ĂȘtre beaucoup plus difficile,
en tout cas il sera beaucoup prégnant en 2025. Mais on va dire que c'est au-delà de notre horizon
de discussion. Donc, in fine, si jamais on a ce mur de refinancement qui parviendra Ă ĂȘtre franchi
par les entreprises avec une Fed, lĂ aussi, il faut le rappeler, les banques centrales sont
extrĂȘmement rĂ©actives. Le coĂ»t d'une crise est infiniment plus Ă©levĂ© que le coĂ»t finalement d'une
normalisation monĂ©taire, plus prĂ©coce. Et donc, sâil fallait baisser les taux plus prĂ©cocement
parce que la situation se dégradait, la FED le ferait. Donc, c'est pour ça qu'aujourd'hui,
normalement, notamment sur la partie, il y a une partie qui est trĂšs en risque aux Ătats-Unis, qui
est la partie commerciale, immobilier commercial, pardon, eh bien, celle-ci, effectivement, on a
bien vu ce qui s'est passé en mars 2023, lorsque les banques commerciales étaient en risque,
la FED et ainsi que les autres régulateurs sont intervenus pour endiguer cette tension
immédiatement, ça a pris une semaine. Donc, on voit bien que le degré d'apprentissage des banques
centrales sur la gestion des crises va croissant et globalement on peut leur faire confiance dans
leur capacitĂ© Ă lisser le cycle ou mĂȘme Ă gĂ©rer des problĂšmes, effectivement, de nature exogĂšne
et de nature peut-ĂȘtre plus systĂ©mique. Vous croyez donc dans la capacitĂ© de la Fed Ă piloter
finalement adroitement les choses, mais revenons au consommateur américain parce que, vous dites,
finalement qu'il bénéficie encore d'une épargne abondante. Alors c'est vrai que quand on regarde
les chiffres en masse, c'est le cas, mĂȘme s'il a dĂ©jĂ puisĂ© dans son stock d'Ă©pargne, alors qu'en
Europe, ce n'est pas tout Ă fait la mĂȘme chanson. NĂ©anmoins, quand on va un peu plus dans le dĂ©tail,
on constate des disparités assez fortes entre les typologies de ménages. C'est sûr que les
plus aisés ont moins tapé dans leur épargne, comme d'habitude, et les plus pauvres, oui. Or, ceux-là ,
ils sont tout de mĂȘme aujourd'hui rattrapĂ©s par la rĂ©alitĂ©. Le principe d'acheter maintenant et payer
plus tard, c'est bien beau, alors, c'est vrai, ça diffÚre finalement l'impact des hausses de taux.
Mais sur les cartes de crĂ©dit, on est passĂ© de 16% Ă 21%, 22%. Donc lĂ , on a tout de mĂȘme une partie
de la population qui commence à sentir passer des choses, et ça fait plutÎt mal. Est-ce que,
pour vous, on exagĂšre finalement les craintes que certains expriment concernant ce consommateur,
en tout cas, cette fraction, cette base de consommation que sont les couches populaires aux
Ătats-Unis et qui semblent fragilisĂ©e aujourd'hui par les hausse de taux. Elles ne sont pas
exagérées. Clairement, il y a toute une frange de population qui aujourd'hui subit ce durcissement,
ce renchérissement des conditions monétaires, à travers ce que vous décriviez. Néanmoins,
il y a un autre paramĂštre qui rentre en ligne de compte, c'est si on a en parallĂšle un salaire,
des salaires qui baissent, alors lĂ effectivement, c'est la double peine, si je puis dire, puisque
vous avez non seulement une charge d'intĂ©rĂȘt qui monte, et vous avez en plus des revenus
qui baissent. Et donc là , il y aurait toutes les raisons de penser que le scénario du soft landing
n'aurait pas lieu. En revanche, ce qu'il convient de rappeler, et je le disais par ailleurs, c'est
que le marchĂ© du travail reste extrĂȘmement solide aux Etats-Unis et que les salaires continuent
de progresser. Ăa, c'est le premier point. Et le deuxiĂšme point, c'est que les salaires progressent
au-delĂ du prix de l'inflation. Ce qui veut dire qu'en termes rĂ©els, câest-Ă -dire quand on dĂ©flate
effectivement l'augmentation des salaires par l'inflation, eh bien vous avez des salaires qui
progressent de maniĂšre assez significative aux Ătats-Unis. On ne voit pas l'inflation repartir,
ni les salaires sâeffondrer, donc on va avoir Ă un moment, effectivement, notamment sur le premier
semestre de l'année 2024, une économie américaine qui sera encore tirée par le moteur finalement de
croissance le plus puissant qui existe, à savoir la consommation des ménages. Et donc il y a un
autre volet qui est beaucoup plus en risque, cette fois-ci, c'est l'investissement des entreprises,
qui a bénéficié effectivement des mesures budgétaires et des plans finalement introduits
par l'administration Biden, dĂ©cidĂ©s en 2022 et implĂ©mentĂ©s en 2023. La question va ĂȘtre de
savoir, est-ce que l'incitation des entreprises, l'appétit des entreprises pour l'investissement
sera constant finalement aux Etats-Unis, et on voit Ă travers diffĂ©rentes enquĂȘtes, notamment
sur la partie des petites entreprises, qu'il y a un étiolement là -dessus. Donc, elles seront
moins en moins enclines finalement Ă investir en prochain et pour reprendre quelque chose de
trÚs simple qui est la fonction d'investissement keynésienne. Permettez cette petite parenthÚse
théorique, il y a deux déterminants finalement de l'investissement, c'est premiÚrement le capital
qu'on appelle communĂ©ment le taux d'intĂ©rĂȘt et deuxiĂšmement la demande anticipĂ©e, ce que Keynes
appelle la demande effective. Et donc la demande anticipée globalement, on peut l'approximer par le
revenu national, si ce dernier effectivement est en baisse pour 2024, il est nouveau. c'est normal
finalement que les entreprises décident finalement de baisser leurs investissements. Et donc,
in fine, en quelque sorte, l'investissement qui a été un moteur puissant de la croissance
américaine, lui, devrait baisser, la consommation devrait tenir, les dépenses publiques, cependant,
on ne sait pas trop oĂč ça va, parce que finalement, c'est toujours un peu une
barre dâajustement aux Ătats-Unis. Et donc, oui, quand on met bout Ă bout tout ceci, vous avez une
croissance qui n'a pas de raison de s'effondrer, elle va atterrir en douceur pour reprendre cette
expression anglo-saxonne de soft landing La question, on l'a bien compris, pour les marchés,
c'est de savoir quand les banques centrales vont effectivement assouplir leur politique
monĂ©taire en rĂ©duisant les taux d'intĂ©rĂȘt. Bon, vous tenez pour le scĂ©nario de l'exagĂ©ration,
de l'optimisme du marché, un optimisme outrancier, trÚs bien. Est-ce que finalement, vous ne pourriez
pas vous-mĂȘme ĂȘtre un peu surpris par le dĂ©calage entre les attentes et la rĂ©alisation, par le
simple fait que cette croissance amĂ©ricaine que vous dĂ©crivez tout de mĂȘme relativement solide,
mĂȘme si vous la voyez atterrir, repose sur un marchĂ© de l'emploi dynamique, une demande qui
lâest, et donc dans ce cas-lĂ , est-ce qu'on peut avoir des tensions inflationnistes qui militent
pour un maintien des taux plus longtemps à des niveaux élevés ? Encore une fois, le contexte
que vous venez de décrire, auquel s'ajoutent, encore une fois, des gains de productivité,
va permettre, effectivement, de comprimer ces tensions inflationnistes, d'une part. Mais, donc,
globalement, ce que doit faire la Fed, c'est de bien timer le moment, effectivement, oĂč ils vont,
donc, baisser les taux. Mais au-delĂ du moment oĂč ils vont prendre la dĂ©cision de le faire,
ce qui va compter pour les marchĂ©s, c'est le moment oĂč ils vont annoncer, finalement, qu'ils
seront vĂ©ritablement prĂȘts Ă le faire. Parce que lĂ , on a une annonce qui est peut-ĂȘtre prĂ©coce,
on voit une hésitation, on en parlait au départ, qui aujourd'hui laisse le marché un peu sur ses
attentes, un peu sur sa faim, en quelque sorte. Est-ce qu'ils vont vraiment le faire ? Est-ce
qu'on n'a pas non plus, est-ce que le marché n'a pas trop finalement acheté ce scénario de baisse
des taux immédiate ? La véritable annonce, ce que je pense Powell a fait au cours du 14 décembre,
c'est quelque part réinjecter un peu de forward guidance dans le pilotage de la politique
monétaire. Alors, forward guidance, il faut préciser ce que c'est. C'est la maniÚre de piloter
les anticipations de la Fed, puisque jusqu'à présent, depuis la premiÚre hausse du premier
trimestre 2022, il n'y avait quasiment plus de forward guidance. On avait une banque centrale
qui Ă©tait en mode autoroute, si je puis dire, on monte les taux, parfois mĂȘme faisant trois hausses
de taux, dâun coup, 75 points de base, on s'en souvient, ils lâont fait Ă deux reprises. Et donc,
in fine, on n'avait plus finalement d'indicateur qui nous permettait d'anticiper, quelque part, le
comportement de la Fed. Et donc lĂ , ce que Jerome Powell peut-ĂȘtre une explication, c'est de dire,
on va remettre un peu de forward guidance dans les tuyaux, et donc, in fine, maintenant, ce qu'il
faudra guetter, c'est quels sont les indicateurs sur lesquels la Fed va se reposer pour pouvoir,
effectivement, annoncer, ou enfin, préparer le marché à la véritablement une baisse des taux. Et
c'est ce moment-lĂ qu'il faudra effectivement bien, entre guillemets, s'il faut nous
permettre d'ĂȘtre en guillemets, s'il faut nous timer, pour pouvoir, Ă un moment donnĂ©, se dire,
il va falloir considérer de nouvelles expositions dans nos portefeuilles. Alors j'aimerais qu'on
en vienne à la stratégie d'investissement, parce qu'on a dit beaucoup de choses, en tout cas vous,
vous avez dit et expliquĂ© beaucoup de choses. Vous voyez plutĂŽt un soft-landing aux Ătats-Unis.
Vous estimez que finalement, il y aura un pivot des banques centrales. Vous avez déjà un pivot
conceptuel, mais on le verra effectif à un moment ou à un autre. La question, c'est si l'exagération
quâon a connu en fin d'annĂ©e mĂ©rite une correction approfondie au cours des prochains mois. Donc,
est ce que lâon va avoir remonter des taux sur les marchĂ©s obligataires, selon vous,
et du coup une correction appuyée des marchés actions ? Alors je vois l'année 2024, on va dire,
en deux morceaux pour schĂ©matiser. Premier morceau, premier trimestre, qui va ĂȘtre un peu le
trimestre de tous les dangers, puisquâil y a cette hĂ©sitation, cette tergiversation des marchĂ©s qui
va rester. Je ne pense pas quâelle disparaisse immĂ©diatement, elle pourrait donner lieu Ă des
tensions supplémentaires sur les taux, on le voit aujourd'hui sur les marchés obligataires, les taux
oscillent, les taux d'intĂ©rĂȘt Ă long terme, pour la partie europĂ©enne oscillent entre 2,10 et 2,20,
et donc d'un jour Ă l'autre on a soit des gains d'une dizaine de BP, soit des pertes d'une dizaine
de BP, ce qui est assez colossal finalement pour des marchés matures comme le marché européen.
Donc, cette volatilité va rester avec nous au cours, effectivement, du premier trimestre de
l'annĂ©e 2024. Et il y a un autre aspect dont on nâa pas parlĂ©, mais dont il est important
de tenir compte, c'est le volet microéconomique, c'est-à -dire la partie résultat des entreprises,
là , on va voir véritablement comment les entreprises, sur la fin de l'année 2023,
comment elles ont terminé la fin de l'année 2023, et comment elles abordent 2024. Et ça,
ça va ĂȘtre assez riche d'enseignement sur la tendance pour 2024. Donc on va avoir ces
publications de résultats qui vont arriver courant février et on va avoir effectivement
cette volatilitĂ© qui va rester prĂ©sente. Ăa veut dire rester prudent en matiĂšre
d'exposition sur les actifs risquĂ©s. Ăa, c'est le premier point. Donc, ne pas, effectivement,
rajouter plus actions, premiÚrement, dans son portefeuille, plutÎt privilégier les parties, les
segments défensifs, et privilégier, effectivement, les parties, les obligations de maturité courte,
c'est-Ă -dire allant sur des horizons de 2 ans Ă 5 ans maximum, pour ne pas, effectivement,
s'exposer Ă cette volatilitĂ© de la partie des taux dâintĂ©rĂȘt Ă long terme qui, pour le moment,
pénaliser le portefeuille. Focalisons-nous un petit peu sur les marchés actions parce
qu'on a des disparités de valorisation assez prononcées, est-ce qu'aujourd'hui la valorisation
doit ĂȘtre un critĂšre de sĂ©lection, finalement, d'exposition ? C'est une excellent question. On
a toujours tendance Ă mobiliser le PER comme Ă©tant la mĂ©trique quâil convient de regarder
au premier pour sélectionner les marchés qui sont dits peu chers et les marchés qui sont
trÚs chers. L'exemple de marché trÚs cher qui nous vient tout de suite à l'esprit, quand on
regarde ce graphique, c'est bien sûr le Nasdaq. Ce dernier se détache complÚtement, effectivement,
des autres marchés, et on le voit, le niveau de valorisation sur les 10 derniÚres années est
absolument colossal par rapport aux autres marchés développés. Néanmoins, quand on adopte finalement
uniquement cette métrique comme étant, comme critÚre de sélection, on voit bien que c'est trÚs
partiel. Si on prend encore une fois le parcours du dossier des NASDAQ depuis les 10 derniĂšres
années, globalement c'est une ligne droite, abstraction faite des accidents qui sont liés
aux chocs exogÚnes que les marchés mondiaux ont subis. Et donc le critÚre de la valorisation nous
sommes trĂšs partial, notamment quand on fait de l'allocation. C'est-Ă -dire que les indices, vous
ne devez pas oublier qu'ils agrÚgent effectivement différentes entreprises. Et cette agrégation,
aujourdâhui, en quelque sorte, nous renvoie un peu des signaux qui sont faux. Et donc,
ne faire attention qu'au PER est, Ă mon sens, effectivement, trĂšs partiel. C'est
en revanche extrĂȘmement important pour tous ceux qui font ce qu'on appelle du picking,
du choix d'entreprise, lorsqu'on va choisir d'investir sur telle ou telle entreprise, lĂ ,
en revanche, la valorisation de ces derniĂšres fait ????. Et pour revenir finalement sur cet aspect,
effectivement, Nasdaq / tech, si je puis dire, le secteur technologique, un autre exemple, quand on
regarde le marché indien qui est parmi les plus chers finalement des marchés émergents, l'indice
nifty qui a une valorisation évidemment trÚs élevée, eh bien ce dernier a un parcours boursier
quasi linéaire, abstraction faite, encore une fois, des chocs exogÚnes que les marchés mondiaux
ont subis. Et donc aujourd'hui, la question de la valorisation, je la poserai autrement, en disant,
est-ce qu'il ne faudrait pas avoir finalement le secteur de la technologie en fond de portefeuille
dans une allocation, notamment sous des horizons trĂšs longs. Et donc moi, je pense que tant qu'on
aura cette promesse, finalement, que le secteur technologique sera en mesure de déployer une
croissance des bénéfices, promesse qui est soutenue par l'intelligence artificielle,
promesse qui est soutenue par différents facteurs, la croissance des semi-conducteurs,
etc., on va avoir effectivement ce secteur qui va continuer possiblement de délivrer de la
performance et mĂȘme de soutenir la performance de lâallocation globale. Vous avez Ă©tabli une
dichotomie entre les Ătats-Unis et l'Europe. Est-ce que ça veut dire qu'il faut privilĂ©gier
les Ătats-Unis dans un portefeuille ou pas ? Les Ătats-Unis ont cette capacitĂ© quasi systĂ©matique
à rebondir les premiers. Mais à chaque fois qu'on a une respiration, une contraction, de marché,
finalement l'indice, les indices qui repartent en premier sont les indices américains. puisque
l'économie américaine est celle qui repart le plus vite. Donc, les indices boursiers ne
sont que le reflet de la capacité des économies à repartir. Alors, de là , finalement, à dire qu'il
faut totalement abandonner l'Europe, la réponse est non. La réponse est non, puisque là encore,
en Europe, on a une dĂ©cote. Donc, je disais, mĂȘme si on ne va pas regarder la valorisation
comme étant un guide pour nos allocations, mais néanmoins, la décote du marché boursier européen
est assez significative et mĂ©rite qu'on y prĂȘte attention. Et au sein des marchĂ©s europĂ©ens,
il faut aussi bien se rappeler que chacun des indices par pays, que ce soit le CAC 40,
que ce soit le DAX, le MID ou l'AEX, ils ont tous leur particularité. Typiquement, par exemple,
si on veut jouer le rebond chinois, sâil venait effectivement Ă se manifester, eh bien,
selon la nature du rebond, s'il s'agit d'un rebond manufacturier, on ira plus sur le DAX, alors que
s'il s'agit d'un rebond de la consommation, on ira beaucoup plus sur le CAC, par exemple. Et donc, en
fonction de notre trajectoire, le rebond chinois, ce n'est pas tout Ă fait ce qu'on anticipe,
mais la stabilisation manufacturiĂšre, par exemple, pourrait profiter au DAX notamment, qui lui aussi
a beaucoup souffert de cette hésitation chinoise. Du cÎté des obligations, est-ce qu'on privilégie
de l'investment grade, compte tenu du fait qu'on aura peut-ĂȘtre tout de mĂȘme un ralentissement,
je parle des Ătats-Unis, aux Ătats-Unis, et que ça pourrait affecter plutĂŽt les entreprises les
plus fragiles. Ralentissement, encore une fois, la question est de savoir quelle est l'amplitude
de ce ralentissement, vu que l'amplitude de ce dernier aux Ătats-Unis est relativement modĂ©rĂ©e,
globalement, ça ne devrait pas effectivement impacter de maniÚre significative cette partie-là ,
ce segment marchĂ©. Les obligations, donc, Investment Grade aux Ătats-Unis, par exemple,
pourraient bénéficier de la détente monétaire qui va survenir, sans doute, au second semestre.
Donc l'idĂ©e, en fait, c'est que lorsque les taux d'intĂ©rĂȘt vont commencer vĂ©ritablement Ă baisser,
toute cette gamme de marché, donc la dette d'entreprise ainsi que les obligations à plus
longue maturité, elles, vont véritablement délivrer de la performance. Et donc dans
un contexte de croissance finalement qui reste relativement solide, on l'a souligné
à plusieurs reprises, il n'y a plus de raison qu'on voie effectivement ces défauts, les défauts
qui sont le principal problÚme de ce segment marché, augmenter de maniÚre trÚs forte, ces
derniers devraient rester relativement contenus et devrait effectivement encore bénéficier de la
baisse des taux d'intĂ©rĂȘt, notamment sur la partie souveraine, qui va permettre Ă ces obligations,
encore une fois, dĂ©livrer la performance. Ăa, c'est pour les Ătats-Unis et pour l'Europe, c'est
la mĂȘme chose ? Pour l'Europe, encore une fois, la croissance est en accĂ©lĂ©ration, en augmentation.
Et donc, du coup, on nâa en principe pas des dĂ©fauts qui vont remonter. La politique monĂ©taire,
on la sait effectivement, on le sait qu'elle restera moins accommodante quâEtats-Unis, mais
nĂ©anmoins, lĂ encore, il n'y a pas de raison de penser quâon avoir un durcissement des conditions
monétaires. Et donc qui, in fine, globalement il faut là aussi dire les choses de maniÚre
plus concrÚte, si jamais on a des baisses de taux aux Etats-Unis, ça va bénéficier effectivement au
marchĂ© obligataire europĂ©en, et donc par effet de cascades Ă lâinvestment Grade europĂ©en. Donc la
partie, la composante taux, la composante duration de ces obligations va également bénéficier de
cette dĂ©tente monĂ©taire. Donc si on est exposĂ© sur lâinvestment grade U.S., il nây a pas de
raison de ne pas ĂȘtre exposer sur lâIG europĂ©en. Le monĂ©taire, maintenant, qui a drainĂ© Ă©normĂ©ment
de capitaux en 2023, et fort logiquement, est-ce que ça reste une option intéressante, en tout cas
sur cette premiÚre partie de l'année ? Comme je le disais, il est important de segmenter 2024 en
deux parties. PremiĂšre partie, effectivement, sans doute le premier trimestre de tous les dangers,
et donc peu de visibilitĂ©, des taux d'intĂ©rĂȘt des banques centrales qui ne sont pas prĂȘts de baisser
immĂ©diatement, plutĂŽt sur une deuxiĂšme partie de lâannĂ©e, ce qui va permettre Ă cette classe
d'actifs, au monétaire, de constituer encore une fois une poche que je qualifie d'attente.
En attendant meilleure fortune sur, notamment avoir plus de visibilité sur le marché actions,
sur le marché de taux, rester effectivement sur ce modÚle-là , sur ce segment de marché,
le cash, me paraĂźt ĂȘtre aussi une source de diversification, et surtout une maniĂšre de timer
le marchĂ©. Puisque ce qui est le plus difficile dans nos mĂ©tiers, quand on fait de lâallocation,
c'est bien sûr de timer le marché. Je vais essayer de synthétiser tout ce que nous nous sommes dit,
Mabrouk, alors il y a beaucoup de choses. PremiĂšrement, ce que vous dites, c'est que le
marchĂ© a Ă©tĂ© peut-ĂȘtre un peu trop optimiste quant aux baisses de taux. Elles auront lieu, mais sans
doute plus tardivement et dans des proportions moindres que ce qu'anticipe le marché. Donc, ça
veut dire qu'on va avoir de la volatilité sur le marché obligataire et sur le marché actions dans
les premiers mois de l'année. Donc, il faut faire attention. CE que vous dites aussi, c'est que vous
ne voyez pas de catastrophe aux Ătats-Unis, un marchĂ© du travail solide, des gains de pouvoir
d'achat, parce qu'on a eu une désinflation et une progression des salaires, et on a une capacité
aussi des entreprises américaines à bien gérer tout ça et à préserver leur marge, puisqu'elles
ont des gains de productivité enregistrés, et c'est ça résonne différemment par rapport à la
situation europĂ©enne, oĂč lĂ , malheureusement, on n'a pas de gain de productivitĂ©, ce qui veut
dire que la BCE va ĂȘtre encore plus vigilante quant Ă la question de l'inflation, et qu'elle
va sans doute moins faire plaisir au marché que ce que celui-ci espÚre. Donc ça, c'est un
point fondamental, mais vous ne voyez pas de catastrophe non plus en Europe,
puisque vous voyez une stabilisation, puis une reprise, un retour vers le potentiel,
tout doucement. On n'ira peut-ĂȘtre pas au potentiel, mais en tout cas, c'est la direction,
c'est le chemin. Donc, ça veut dire, en matiÚre d'investissement, moi, ce que j'entends,
c'est que sur les premiers mois d'annĂ©e, il faut ĂȘtre prudent, clairement. Il ne faut pas
se surexposer en actions. Si on veut s'exposer en action, il ne faut pas oublier que tous les
indices qui ont une grosse part de technologie performent dans la durée. Donc, pour vous, c'est
du fond de portefeuille, clairement, ça aussi. Il ne faut pas dédaigner non plus des actions
européennes, puisque si votre thÚse est juste et se confirme, on a en tout cas une stabilisation,
donc un redĂ©marrage, donc ça pourrait ĂȘtre plutĂŽt favorable. Sur le marchĂ© obligataire, lĂ
encore, vous dites quâil y a des choses Ă faire. Et vous dites, que lâinvestment grade va profiter
de la détente monétaire qui aura lieu sur la seconde partie de l'année. Donc là ,
il y a de la performance à aller chercher, sans doute. Et du monétaire, il faut toujours en avoir
parce que ça permet d'attendre et d'ĂȘtre payĂ© pour attendre, grosso modo. C'est correctement
résumé ? C'est bien résumé. Mabrouk, merci. Merci à vous de nous avoir suivis. Abonnez-vous,
commentez, partagez et mettez un pouce vers le haut si vous avez apprécié. A trÚs bientÎt.