Bourse : soyez plus malin - Une interview de Vincent Mortier d'Amundi
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#Bourse #economie #Amundi
##Sommaire
00:00 Intro
00:52 Des marchĂ©s boursiers vraiment inarrĂȘtables ?
06:42 Des risques macro non intégrés par le marché
10:19 Le calme avant la tempĂȘte sur les marchĂ©s ?
16:07 Des signaux contradictoires à ne pas négliger
18:44 Une dette souveraine U.S. insoutenable ?
21:22 Des investisseurs institutionnels de plus en plus prudents
24:42 Un signal fort qui en dit long sur le potentiel de hausse des marchés
26:45 Bulle or not bulle ?
29:34 Un énorme carburant susceptible de booster la hausse des marchés ?
34:07 OĂč se positionner pour capter de la valeur sur les marchĂ©s Actions ?
39:56 Comment jouer lâobligataire ?
37:28 Vers quelles zones géographiques se tourner ?
45:08 La synthĂšse de Vincent
## Vidéo enregistrée le 7 mars 2024
Les marchĂ©s actions sont-ils inarrĂȘtables ?
La performance exceptionnelle des marchĂ©s actions depuis le point bas de septembre 2022 suscite des interrogations chez de nombreux investisseurs. Le CAC 40 a grimpĂ© de prĂšs de 40 %, franchissant la barre symbolique des 8 000 points Ă la clĂŽture du 8 mars. De mĂȘme, lâEuro Stoxx 600 a enregistrĂ© une hausse dâenviron 30 %. Outre-Atlantique, le Nasdaq et le S&P 500 ont respectivement bondi de 50 % et 42 %.
Cependant, ces gains impressionnants surviennent dans un contexte Ă©conomique teintĂ© dâincertitudes. La question de savoir si cette hausse est durable se pose. Pour le commun des mortels, il est difficile de discerner les tenants et aboutissants de cette situation. Dâun cĂŽtĂ©, les consommateurs semblent de plus en plus inquiets, tandis que de lâautre, les marchĂ©s ne voient que le verre Ă moitiĂ© plein.
Afin dâĂ©clairer notre lanterne sur lâavenir des marchĂ©s financiers, nous avons sollicitĂ© lâavis de Vincent Mortier, Directeur des Gestions chez Amundi, lâun des leaders mondiaux de la gestion dâactifs.
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#synapses #economy #bourse #bourse2023 #marchéaction #obligations #investissement #rendement #épargne #inv #immobilier #scpi #assurancevie
Bonjour à tous et bienvenue sur Synapses. Les marchés actions, volent de record en record,
sont-ils inarrĂȘtables ? Eh bien, c'est ce que nous allons essayer de voir avec Vincent Mortier,
le Directeur des Gestions d'Amundi. Mais avant d'engager la discussion avec Vincent,
petit rappel rituel, nous sommes une chaßne indépendante, nous avons besoin de votre soutien
pour l'apporter. C'est trÚs simple, il suffit de vous abonner, de commenter les émissions,
de les partager et de mettre un pouce vers le haut si vous les appréciez. Par ailleurs,
pour obtenir des contenus exclusifs, des analyses, des idées d'investissement et assister à des
live avec des experts du monde financier, il suffit de vous inscrire en cliquant sur le
lien en haut à droite de l'écran ou celui qui se trouve dans la description sous la vidéo. Vincent,
je reviens Ă ma question initiale. Le marchĂ© boursier est-il inarrĂȘtable ? Ceux qui Ă©taient
les plus réservés quant aux perspectives de ce dernier soulignaient premiÚrement que
les hausses de taux diligentées par les banques centrales allaient finir par impacter l'économie,
l'activitĂ©, donc on Ă©tait peut-ĂȘtre en risque de ralentissement fort. CâĂ©tait la thĂšse du possible
hard landing. DeuxiÚme point, ils disaient que les taux vont rester élevés plus longtemps que
ce qu'imaginent les marchés, ce qui était vrai, mais finalement le marché n'en a pas tellement
tenu compte. Ils soulignaient que le reflux de l'inflation, que la désinflation qu'on constatait,
était principalement dû à des effets de base, et donc qu'on allait avoir une inflation résiduelle
plus forte que ce qu'anticipaient les marchés, donc que ça allait avoir un impact sur la
politique monétaire. Ils pointaient également que les marges des entreprises étaient au plus haut.
GĂ©nĂ©ralement, c'est un peu inquiĂ©tant, surtout, soulignent-ils, que la consommation aux Ătats-Unis
particuliÚrement est fragile, puisque le consommateur tire à fond sur ses cartes de crédit.
Donc, on avait un tableau assez noir, mais aujourd'hui, on se demande si le dĂ©bat Ă
propos de la récession est encore justifié. DeuxiÚmement, l'inflation semble rentrer dans
la niche, et du cÎté des Banques centrales, si la baisse des taux n'a pas encore été enclenchée,
la direction semble tout de mĂȘme bien dessinĂ©e. On a eu le discours de Jerome Powell, on a eu
celui de Christine Lagarde, clairement, on va vers une détente monétaire. Du coup, alors que
la visibilité était trÚs réduite fin 2023, début 2024, est-ce que là , on n'a pas une visibilité
totale ? Et est-ce qu'on n'a pas un boulevard sur les marchés Actions ? Bonjour Vincent, heureux
d'ĂȘtre de nouveau parmi vous. Alors en fait, avant de revenir sur le marchĂ© actions en tant que tel,
je pense qu'il faut que lâon revienne sur les prĂ©supposĂ©s qui sont aujourd'hui intĂ©grĂ©s par la
plupart des investisseurs américains, les grands investisseurs institutionnels. Il y avait du
conditionnel dans ce que vous disiez : l'inflation semble ĂȘtre contenue, la rĂ©cession semble Ă©cartĂ©e.
Alors nous, de notre cÎté, en fait, on n'a pas du tout changé notre appréciation, bien au contraire.
Et le marchĂ© est extrĂȘmement consensuel aujourd'hui pour dire qu'il n'y aura pas
de rĂ©cession. L'inflation revient au bercail et va y rester pour toujours. On pense quâil faut ĂȘtre
prudent. Ce qu'on voit aux Ătats-Unis, en donnĂ©es micro avancĂ©es, commence vraiment Ă nous inquiĂ©ter
sur la consommation des ménages qui baisse, mois aprÚs mois. Les indicateurs de conjoncture,
comme lâindice de confiance du Michigan, baissent mois aprĂšs mois. Les capacitĂ©s, l'Ă©quation
budgĂ©taire amĂ©ricaine devient vraiment compliquĂ©e, Ă un moment oĂč la charge d'intĂ©rĂȘt monte, Ă mesure
que la dette se refinance. Cette annĂ©e, la charge de paiement de l'intĂ©rĂȘt de la dette amĂ©ricaine
sera le premier poste de dépenses, devant la défense, c'est autant d'argent qui ne peut pas
ĂȘtre mis dans le soutien de l'Ă©conomie, et avec un dĂ©ficit budgĂ©taire Ă 7,5 %, les capacitĂ©s,
les marges de manĆuvre de l'Ătat amĂ©ricain pour soutenir le cycle sont aujourdâhui quasi nulles.
Le consommateur s'épuise, pas tous, mais de plus en plus. Vous parliez du crédit à la conso. Ce
qui est inquiétant, c'est que pas mal de crédits à la conso font défauts assez vite, alors qu'on
est en plein emploi. Ăa veut dire aussi qu'il y a beaucoup de travailleurs pauvres aux Ătats-Unis.
Tout le monde nâa pas eu des hausses de salaire supĂ©rieures Ă lâinflation. Donc le consommateur
a du mal, l'Ătat a du mal, les entreprises vont devoir dĂ©fendre leur chiffre dâaffaires. Et donc,
évidemment, il y aura des exceptions, mais il y aura une pression sur les marges qui va arriver.
Alors tout ça a Ă©tĂ© dĂ©calĂ©, c'est vrai, et on a Ă©tĂ© surpris nous-mĂȘmes. C'Ă©tait dĂ©calĂ© en
raison de ce gigantesque déficit, complÚtement hétérodoxe, en raison de cet effet décalé de la
hausse des taux, et en fait l'année derniÚre, et encore un peu cette année, en moyenne,
les corporates amĂ©ricains ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de la hausse des taux, ils n'ont pas souffert, et lĂ
maintenant on rentre dans une pĂ©riode oĂč beaucoup de corporates vont refinancer leurs dettes,
à un prix bien plus élevé, et leur trésorerie va baisser, et si les taux baissent par ailleurs,
Ă©videmment, ce quâils gagnent sur leur trĂ©sorerie va baisser. Donc finalement l'annĂ©e derniĂšre,
les corporates américains ont été les meilleurs banquiers du monde. Ils ont bénéficié,
ils ont rĂ©duit leur charge dâintĂ©rĂȘt. Qui a payĂ© la charge de la dette ? C'est la Fed et lâĂtat.
Donc une conjoncture amĂ©ricaine est quand mĂȘme fragile. Câest pour ça que lâon a un scĂ©nario
de croissance cette annĂ©e et l'annĂ©e prochaine proche de 1. Ce qui est quand mĂȘme trĂšs bas.
L'Europe n'est pas mieux. l'Angleterre est en récession, l'Allemagne est en récession,
la France, on le voit dans les débats actuels, a une équation budgétaire complexe. Pour le moins.
Il faut trouver 20 milliards dâĂ©conomies, et donc tout ça c'est de l'argent prĂ©levĂ© dans l'Ă©conomie,
via des impÎts, via des moins de dépenses. Donc ça aura un impact sur la croissance de maniÚre
évidente. En zone euro, cette année, l'année prochaine, on est sur 0,5-1%. Autant dire pas
de croissance. Donc cet environnement macro, il aura forcément un impact que le marché n'a
pas vraiment intégré. Sur l'inflation, quand on regarde ce que price le marché, il y a des
soldes d'inflation quâon peut acheter. Ătats-Unis, Europe, le marchĂ© est entre 1,5 et 2% d'inflation,
chaque année pour les 5 ans à venir. Pour vous, ça semble irréaliste ? Alors, ça semble⊠tout est
possible. Je vous rappelle juste deux choses. La premiĂšre, comparaison nâest pas raison, mais si on
prend la sĂ©quence des annĂ©es 20, on nâĂ©tait pas nĂ©. Non, heureusement. Les annĂ©es 70, on Ă©tait
tout petit. On a eu 3 vagues d'inflation. Quand on regarde graphiquement, on est exactement au point
bas de la premiÚre vague. Donc l'inflation c'est un phénomÚne complexe, multi facettes, et il y
a un scénario qui n'est pas du tout intégré, qui est une nouvelle vague d'inflation qui viendrait
des matiÚres premiÚres, de la géopolitique, qui viendrait de facteurs plus structurels, comme la
transaction énergétique, de la réorganisation, et finalement de ce qu'on appelait la greedflation,
c'est-à -dire la volonté d'entreprise d'accroßtre leurs bénéfices à court terme, au prétexte de
lâinflation, quitte Ă hypothĂ©quer un peu la croissance future. Ăa peut revenir, et c'est
lĂ oĂč le consommateur est important, parce si ce consommateur ne peut plus suivre. Les entreprises
vont vouloir défendre leurs parts de marché. Et donc normalement baisser un peu leurs prix.
Ce qui est certain de notre point de vue, c'est que l'inflation va ĂȘtre plus volatile.
Ce qui rend la tĂąche des banques centrales complexe. Parce qu'on aura des points Ă 1%,
voire Ă 0%, mais on peut aussi avoir des points Ă 4 ou Ă 5. Et donc lĂ aujourd'hui c'est
facile. Quand vous dites des points, c'est-Ă -dire des pics d'inflation ? Oui quand on compare dâune
annĂ©e sur lâautre, dâun mois sur lâautre. Les banques centrales, câest facile. On a la pente qui
est continue, qui décroßt. D'ailleurs le narratif de la Fed, de la BCE, est plus prudent que ce le
marchĂ© veut entendre. LĂ , ils disent quand mĂȘme on attend pour ĂȘtre sĂ»rs. On pensent que les taux
vont baisser en raison de la croissance. Si on va vers une récession, les banques centrales vont
rĂ©agir. Et câest oĂč on peut avoir un effet un peu complexe. Si on relĂąche trop vite les taux,
on pourrait voir revenir lâinflation. Donc câest un pilotage Ă vue qui n'est pas simple.
Donc lĂ câest pour lâenvironnement global. Donc on est toujours quand mĂȘme prudent. On nâachĂšte
pas complĂštement le narratif. Et aprĂšs, le marchĂ© Actions, c'est vrai qu'il est⊠inarrĂȘtable, si on
peut dire. Pour le moment. Pour le moment. On sait que toutes les choses ont une fin, les hausses
aussi sur le marchĂ© actions. Pas tout le marchĂ©. La dispersion est quand mĂȘme forte. Et en fait,
ce qu'il faut voir, c'est qu'on a une stabilité assez remarquable depuis trois mois des taux. Les
taux sont peu volatils. Ils ont Ă©tĂ© hyper volatils depuis deux ans. Donc lĂ , câest morne plaine,
il ne se passe rien. Le change, il ne se passe pas grand-chose. C'est calme avant la tempĂȘte,
c'est ce que vous voulez dire ? C'est... disons quâil y a moins de volatilitĂ© sur ces deux classes
actifs qui sont pour moi les classes dâactifs les plus importantes. Ăa rassure. On a tendance
à prendre plus de risques, parce qu'on a moins de signaux brouillés. Et cette stabilité, en fait,
envoie un signal que finalement, le risque peut ĂȘtre pris. Et on l'a vu sur deux segments. Les
valeurs, et ce n'est pas que les méga tech, les valeurs trÚs grosses que tout le monde aime, que
tout le monde connaĂźt. Les Granolas en Europe. Par exemple, celles qui bĂ©nĂ©ficient dâun Momentum, et
on en reviendra plus tard, et aussi la partie la plus spĂ©culative du marchĂ©. Ăvidemment les valeurs
liĂ©es au bitcoin, la techno profitable, etc. Le cĆur du marchĂ© est moins en surchauffe. C'est
lĂ oĂč nous on pense qu'il y a de la valeur : les valeurs traditionnelles. Sur la partie haute, il y
a quand mĂȘme plus d'indicateurs qui nous font dire qu'on est en train de passer du rationnel vers
de l'irrationnel, ou en tout cas, dâun narratif qui nous rappelle un peu 99, oĂč il n'y a que des
gagnants de l'IA. Il n'y a que des gagnants dans la géopolitique mondiale et qu'en fait, quand on
regarde chaque cas individuellement, câest plus subtil. Dans un marchĂ© qui est trĂšs court, qui
donne des valorisations qui normalement devraient se justifier par des perspectives de forte
croissance sur le long terme, c'est lĂ oĂč nous on a un problĂšme. Parce que ce soit dans la tech ou
les puces, lâIA, le luxe, la dĂ©fense, la pharmacie, etc. Je pense que le marchĂ©
sous-estime la concurrence qui va augmenter. Et la concurrence, elle va ĂȘtre multipolaires. Sur
toutes ces technologies-là , la concurrence, elle vient aussi d'Asie, Chine évidemment,
mais aussi Corée, Japon. S'il y a une telle masse d'argent à collecter, soyez sûrs que beaucoup de
gens vont s'y intéresser, investir. Donc on pourrait avoir des surcapacités, c'est ce que
vous voulez dire ? Exactement, et des baisses de prix, la concurrence qui fera⊠aujourd'hui,
la plus grosse valeur de puces du monde a une marge de 75% brute. 75%C'est inouĂŻ. Tant mieux,
la valorisation de cette boßte sous-tend qu'elle va garder une part de marché de 75% avec une marge
de 75% pour toujours. Dans un marchĂ© qui est comme ça. Ăa rappelle Oracle. Oracle en 1999,
50% du marché des routeurs Internet, 50% de marge. Bon, Oracle, aujourd'hui. Oui. Voilà . On
est d'accord. Et ce qui est nouveau, ce narratif de l'IA se répand dans pas mal de secteurs. Et
le marché veut, veut voir des vainqueurs partout, dans la banque, dans l'assurance,
dans lâindustrie, la grande distribution, donc tous ces sujets, et le coĂ»t de l'IA n'est
pas trÚs intégré. Le fait qu'il y aura des entreprises sous pression n'est pas intégré.
Et c'est un peu, on met ses pions sur un peu tout, en se disant que l'IA, il y aura des
gains de productivité, il y aura une révolution en route qui va bénéficier à tout le monde et ça
va crĂ©er de la valeur de maniĂšre colossale. Je ne dis pas que lâIA nâa pas d'intĂ©rĂȘt,
je dis juste que c'est plus subtil. Il y aura des vainqueurs mais aussi des perdants. Ăa va
ĂȘtre trĂšs inĂ©galitaire. Beaucoup dâentreprises nâauront pas les moyens. Et ça pourrait ĂȘtre
déflationniste parmi les utilisateurs. Parce que là , si on voit en effet les marchands de pelles
profiter de la vague, fort logiquement, parce que quand on regarde les chiffres, trĂšs sincĂšrement,
la demande est lĂ . Donc Ă©videmment, on ne peut pas extrapoler ça Ă l'infini. Et c'est peut-ĂȘtre ce
que fait le marchĂ©. Donc lĂ , il y a un mouvement qui semble tout de mĂȘme justifiĂ© Ă court terme,
tout du moins. à moyen terme, c'est autre chose. Ensuite, on a les éditeurs de logiciels qui, eux,
vont vendre les services autour de ça et on pense qu'ils peuvent peut-ĂȘtre s'en sortir,
mais c'est vrai que du cĂŽtĂ© des utilisateurs, on peut se demander si ça ne va pas ĂȘtre
profondément déflationniste tout ça, parce que ça va exacerber la concurrence et ça va nécessiter
des investissements trÚs lourds. TrÚs lourds en matériel mais aussi en hommes. Parce que pour
entraĂźner, contrĂŽler une guĂšre, nous on le fait chez Amundi, on a des tests en cours, c'est pour
les gens qualifiés, ça prend du temps, parfois c'est décevant. Et ça coûte cher. Donc tout le
monde ne peut pas se permettre. La rentabilité de chaque projet IA ne sera pas toujours avérée.
Donc on a un processus de...On est encore trÚs tÎt dans le processus. Conclure que IA égale par
miracle 20% de valeur créée chez tout le monde, c'est un raccourci un peu rapide. Je reviens,
on reparlera sans doute de la techno, mais je reviens un peu Ă la macro, parce que lĂ vous
nous avez listé toute une série d'arguments qui appellent à la prudence. Au plan macro,
oui. Tout à fait. Vous dites que finalement la conso des ménages donne un peu de la gßte,
qu'il faut faire attention, que ce n'est pas aussi solide que ça, mais certains avancent un argument
pour justement justifier dâune vision un peu optimiste des choses, câest lâargument boursier,
et notamment aux U.S., que la hausse créée un effet richesse, et disent que cet effet richesse,
il faut le prendre en compte car il va soutenir la consommation. Il y a un effet autoréalisateur.
Est-ce que câest un argument que vous rejetez catĂ©goriquement ou pas ? Ce qui est surprenant,
c'est que quand on regarde l'indice de confiance du consommateur américain, malgré le plein emploi,
malgrĂ© un marchĂ© immobilier qui est toujours au plus haut, toujours, aux Ătats-Unis, sur
le résidentiel, malgré une bourse euphorique, en fait, il est trÚs bas. Le consommateur américain
n'a pas confiance Ă cause de l'inflation, Ă cause de lâenvironnement politique. Le sentiment que
finalement il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. On verra lors de l'élection présidentielle,
qui va ĂȘtre un Ă©vĂ©nement important, qui pourrait amener beaucoup de volatilitĂ© dans
les deux sens. Une opportunitĂ© et un risque. Les U.S. aujourdâhui ce nâest pas les U.S.
dâil y a 8 ans. En termes dâendettement, en termes de dĂ©ficit, si Donald Trump est Ă©lu,
ce qui est notre scĂ©nario central, cela ne veut pas dire que câest ce que lâon souhaite,
câest une probabilitĂ©. Vous ĂȘtes lĂ pour bĂątir des scenarii. Je pense que le marchĂ© le prendra, il y
aura une espĂšce dâinstinct animal qui est de dire Trump = moins d'impĂŽts, plus de dĂ©penses, plus
de protectionnisme, donc bon pour le corporate américain, donc le marché Actions devrait bien
rĂ©agir sur la nouvelle. Dâailleurs peut-ĂȘtre que le marchĂ© Actions intĂšgre dĂ©jà ça, aujourd'hui,
parce que dans le marché, la probabilité que Trump passe est plus élevée. Le problÚme,
c'est que sa capacitĂ©, aujourd'hui, Ă faire ce qu'il a fait il y a 8 ans nâest pas lĂ . Donc le
marché obligataire⊠Alors est-ce que vous pouvez développer ? Justement sur ce point. Aujourd'hui,
la dette amĂ©ricaine est au mĂȘme niveau qu'Ă la sortie de la 2nde guerre mondiale. Les projections
qui sont faites par le CBO, des gens sérieux, montre une courbe qui est complÚtement folle,
et qui mathĂ©matiquement nâest pas rĂ©conciliable avec le niveau des taux mĂȘme sâil baisse un peu,
et les programmes de dépenses, militaires, souveraineté, infrastructures, transition
Ă©nergique qui sont Ă lâĆuvre aux Ătats-Unis. Donc l'argent va quand mĂȘme falloir le trouver
quelque part. Donc que les impĂŽts continuent Ă baisser, c'est suspect. Je pense qu'il vont
plutĂŽt augmenter. LâĂtat va se serrer aprĂšs la ceinture. Donc ça aura aussi un impact sur la
capacité de consommer des fonctionnaire, il y aura moins fonctionnaires, et la confiance consommateur
va aussi ĂȘtre sans doute continuer Ă ĂȘtre un peu en berne, compte tenu de ces incertitudes.
Donc on a une situation oĂč lĂ , si Trump annonce monts et merveilles pour le corporate amĂ©ricain,
il est donc probable que les marchés obligataires viennent rappeler que tout a un prix, que la dette
nâest plus soutenable, et pour acheter Ă la dette amĂ©ricaine, c'est plus 4 ou 3 %, c'est 5, c'est
6. Il est clair, et ça a Ă©tĂ© dit clairement par le TrĂ©sor amĂ©ricain et la Fed, quâau-delĂ de 5%,
ça n'est pas du tout soutenable. Vous vous rappelez, il y a quelques mois, on a tapé
les 5%, ça a duré quelques heures. Faillait prendre une photo. Parce qu'en fait, à 5%,
le TrĂ©sor a arrĂȘtĂ© d'Ă©mettre, pour ne pas mettre la pression, et la Fed est intervenue pour revenir
sous les 5. C'est un signal trĂšs fort. 5 %, c'est une sorte de seuil arbitraire psychologique. Et
quand on a vu ce qui s'est passé au Royaume-Uni. Absolument. Avec le mini-budget de Liz Truss,
qui en fait un peu un remake de Trump, le marché obligataire a dit à Liz Truss, tu seras la plus
éphémÚre des 1er ministre, car votre programme ne tient pas la route économiquement, et le risque
de la dette anglaise on ne veut plus le prendre Ă ce prix-lĂ . Et je vois ce feedback arriver de
plus en plus de nos gros clients, pas américains, qui supportent toujours les U.S., mais dans nos
gros clients internationaux, donc Asiatiques et Européens. Ils sont trÚs attentifs à ça,
trÚs soucieux de ça ? De plus en plus. Ils posent des questions, ils se désexposent. Les Japonais,
les Coréens. Ils ne réinvestissent plus leurs tombées. Donc quand vous prenez le montant
de la dette américaine détenue en Asie, il baisse, mois aprÚs mois. Parce que les tombées ne sont pas
réinvesties. Ils ne vendent pas leurs stocks. Ils ne vont pas rouler en fait leur position. Et à la
place de la dette américaine, ils vont acheter de la dette émergente, ils vont acheter de la dette
d'entreprise, mais ils ne vont pas acheter de la dette souveraine parce que le risque, le reward,
est de leur point de vue moins bon. Donc il faut le surveiller parce que câest un marchĂ© trĂšs
important en termes de signal. C'est une information en effet trĂšs importante que
vous nous donnez, Vincent, parce que vous vous avez un échange permanent avec les investisseurs
institutionnels, et c'est vrai qu'aujourd'hui on a une vision d'un ciel complÚtement dégagé. Ce
que vous dites c'est qu'en fait on entend des coups de tonnerre un petit peu au loin. Oui,
alors plus vous ĂȘtes loin des Ătats-Unis, plus vous les entendez. Ces derniers mois,
j'ai eu la chance ou la malchance d'aller aux Ătats-Unis, en Europe, en Asie, dans diffĂ©rents
pays. Le discours que jâai entendu aux Ătats-Unis est absolument lĂ©nifiant. C'est d'une part,
maintenant c'est 98% de lâinvestissement est fait sur des actifs amĂ©ricains. Hors des Ătats-Unis,
câest vraiment vu comme une diversification et c'est uniquement sur les Granolas,
le reste n'existe pas. Cela ne les intĂ©resse pas. La Chine non plus pour dâautres raisons. Et c'est
quand mĂȘme la moitiĂ© du bassin d'Ă©pargne mondial, aujourd'hui. Donc ça compte, câest un des soutiens
du marchĂ© amĂ©ricain aujourdâhui. Vous ajoutez à ça le retail, les particuliers qui ont massivement
participé à la hausse via des produits leverager, des options valeur jour, des ETF sur un an
leverage. Pourquoi un ETF sur un an, câest idiot. Un ETF câest une action, mais il est leverager
X5 X10, câest du day trading ou de lâachat avec appel de marge. Beaucoup dâachat dâoption. Option
ou via des phĂ©nomĂšnes de CFD. Et en regard, sur les marchĂ©s amĂ©ricains, personne nâose vendre.
Donc les intĂ©rĂȘts vente Ă dĂ©couvert il nâ y en a quasiment plus. Nous,
on le voit dans nos activitĂ©s, parce quâon prĂȘte nos titres parfois, ⊠amĂ©ricaine, il n'y a plus
de demande, il nây a plus dâintĂ©rĂȘt. Et l'autre information intĂ©ressante, c'est que sur pas mal
dâentreprises amĂ©ricaines, mais aussi europĂ©ennes, on est sur un niveau historiquement trĂšs Ă©levĂ©
de ce qu'on appelle les ventes d'insiders, c'est-à -dire les dirigeants qui ont déclaré
Ă la SEC, Ă lâAMF en France, quand ils vendent ou ils achĂštent des titres de leur entreprise. Oui,
on y a déjà fait allusion dans une précédente interview, mais vous avez raison de le rappeler,
c'est qu'on voit beaucoup en effet d'insiders qui vendent, de dirigeants d'entreprises qui
vendent leur propre titres. Ce qui est encore plus paradoxal, pour titiller certains investisseurs,
c'est que dans le mĂȘme temps, on a des dirigeants qui vendent des gros paquets
de titres et des entreprises qui augmentent leurs rachats d'actions, Ă des niveaux de valorisation
trĂšs Ă©levĂ©s. Il y a quand mĂȘme un paradoxe. C'est-Ă -dire qu'un rachat d'actions, cela souligne
une grande confiance dans lâentreprise, dans le fait que câest une bonne affaire, et que câest
plus rentable de racheter leurs propres actions que dâinvestir dans le business ou de le rendre en
dividendes. Donc voilĂ , la concomitance entre la hausse des rachats dâactions, y compris en Europe,
et de dirigeants qui vendent⊠est troublante. Ce nâest pas trĂšs sain en termes de signal.
Donc y a un cĂŽtĂ© un peu aprĂšs moi le dĂ©luge, et on fait tout pour booster quand mĂȘme la
valorisation des actions. Loin de moi l'idĂ©e d'ĂȘtre conspirationniste, mais quand on voit
quand mĂȘme tous ces indicateurs mis bout Ă bout, on est un peu en bout de modĂšle et de cycle. Oui,
ce n'est pas du complotisme, ce sont des faits. AprÚs on les interprÚte⊠et ce n'est
pas illégal. Ce n'est pas illégal, non, mais en effet c'est un peu troublant et généralement quand
on a des insiders qui vendent, c'est tout de mĂȘme un signal Ă prendre en considĂ©ration parce que ça
veut dire qu'il estime que le potentiel résiduel de hausse est plus limité. Exactement. Bon,
on a un tableau là assez finalement nuancé, alors que pour beaucoup le temps est au beau
fixe. Vous vous dites, attention, en fait, ce n'est pas aussi dĂ©gagĂ© qu'il nây paraĂźt. TrĂšs
bien. Cela dit, certains nous disent que les valorisations ne sont pas si déconnectées que
ça de la rĂ©alitĂ©, donc on n'est pas en bulle encore. Ăa dĂ©pend des segments. Aujourd'hui
le marché est fait d'au moins trois segments. Donc il y a les valeurs que tout le monde aime,
que tout le monde joue, qui sont perçues comme des vainqueurs ultimes de tout, et qui sont
50 à 100% plus chers que la moyenne historique. C'est ce segment-là qui a été le premier à tirer
les indices. Et encore du justifiable une fois, il n'y a pas que les techs. Mais quand
on pense à ces grands noms que tout ce qu'on veut avoir, comme je parlais des Américains,
en Europe, ils ont en tĂȘte 15 noms, mais pas plus. Et ils ne veulent surtout pas acheter autre chose.
C'est toutes ces valeurs quâon connaĂźt. Je peux les dire, mais pas vous. Les valeurs connues,
leader mondial... Ce qu'on appelle génériquement les Granolas. Exactement. Et qui d'ailleurs sont
pour la plupart pas dans la tech. Et donc sur ce segment-là , il est indéniable qu'il y a un
Momentum. Et comme je disais, mĂȘme les gĂ©rants, ils n'osent pas ne plus les dĂ©tenir. Comment
pouvez-vous battre un indice si vous ne les dĂ©tenez pas en portefeuille, câest
un peu leur problĂšme. Et donc il y a pas mal de capitulations Ă la hausse, ils craquent Ă la fin.
C'est d'ailleurs un des dĂ©bats qu'on a souvent Ă l'interne, oĂč on essaie de regarder valeur par
valeur. Et parfois de se dire ben non on ne va pas suivre. Parce que dans une optique de moyen
long terme, ce n'est pas raisonnable. MĂȘme si Ă court terme, ça nous fait mal. Ce sont
des débats animés. Et le seul moyen pour ces valeurs-là de revenir sur terre, c'est qu'en fait
le marché réalise que les hypothÚses qui sont embarquées ne sont pas raisonnables. On a vu
des cas, déjà . Il a vu cela dans les téléphones, dans les voitures électriques, que ce ne sont
plus des valeurs de croissance, quâil y a de la concurrence, que les prix baissent, et donc
les valorisations sâajustent. On verra la mĂȘme chose arriver dans la pharmacie, dans le luxe,
câest normal, vous voyez, ça prend du temps. Ăa prend un an, deux ans. Alors justement,
la question c'est celle de la temporalité, parce que quand je disais en introduction un peu par
provocation, est ce que le marchĂ© est inarrĂȘtable, on peut se demander sâil ne lâest pas Ă CT du fait
aussi de l'énormité des liquidités à disposition. Parce que on entend tous vos arguments, Vincent,
mais l'une des objections, encore une fois, qu'on peut apporter, parce il y a la rationalité de la
macroéconomie, mais que le marché ne prend pas forcément en compte, puis il y a des aspects
techniques, et les flux en font partie. Parfaitement. Les flux sont déterminants
dans le comportement des marchés. Or, là , on a des stocks de poudre à canon pour employer une image,
amassés par les investisseurs. Oui, ils sont réfugiés dans le monétaire, considérablement. On a
des niveaux de cash énormes. J'interviewais récemment un économiste qui disait que la
masse monétaire M3 est à des niveaux historiques, donc il y a de la liquidité. Il nous disait aussi
soucieux du comportement du marché, mais voilà , il redoutait finalement l'entrée en bulle à cause de
cette liquiditĂ© surabondante. Absolument, ça c'est un point trĂšs important. Je pense que lâon est
quâau dĂ©but de la normalisation monĂ©taire. Donc, la hausse des taux, lâeffet retard, qui n'a pas
fait trĂšs mal sur lâĂ©conomie, elle a mĂȘme enrichi certains. Le bilan de banque centrale a commencĂ© Ă
baisser un peu, mais pas tant que ça. Et la Fed, en fait, est en train de pivoter d'une liquidité
abondante Ă ample. Ils ne sont pas encore Ă ample, ils sont toujours Ă abondant. Donc
effectivement la liquidité dans le systÚme en fait n'a pas été beaucoup réduite. Là , c'est un
fait. C'est une erreur, je pense, de politique monétaire. Ils se sont focalisés uniquement sur
la hausse des taux courts. Ils pensaient que ça allait résoudre tous les problÚmes. L'inflation
a rebaissé mais pas grùce au taux, par effet de base, grùce aux matiÚres premiÚres qui sont
revenues au bercail. Lâinflation nâa pas baissĂ© grĂące Ă la hausse des taux. Câest faux. Donc je
pense que les banques centrales sont un peu perdues dans le référentiel, ils ont appliqué
un vieux référentiel, on a une situation nouvelle qui est trÚs différente. Et donc effectivement,
aujourd'hui, il y a de la liquidité, c'est vrai. Alors les fonds monétaires ont capturé
une partie de cette liquidité, mais les banques aussi, en dépÎts bancaires. On parle, aux U.S.,
je crois que câest 7000 millions de dollars dans les fonds monĂ©taires. C'est beaucoup. D'un autre
cÎté, on voit que les méga caps capitalisent 2-3 mille milliards. C'est beaucoup, mais ce
n'est pas forcĂ©ment ça qui va faire bouger tout le marchĂ©. Vous avez raison de dire que ça peut-ĂȘtre
un soutien. Je pense qu'il y aura pas mal, et c'est pour ça que le timing nâest pas simple,
c'est que si ces valeurs commencent Ă corriger, on aura, pendant quelques mois, des gens qui ce
quâon appelle « buy the dip ». Ils vont se dire, - 5 ou - 10%. jâen profite. C'est une occasion.
Jâai loupĂ© la hausse, c'est lâoccasion de la vie. Ăa remonte puis ça rebaisse. Et on l'a
vu dans le passĂ©. On lâa vu en 2000. On lâa vu en 2008, les baisses de marchĂ© ne sont pas en
ligne droite. Et plus la phase d'accumulation Ă©tait longue, plus la baisse va ĂȘtre longue.
Donc je pense que ça va ĂȘtre un chemin qui sera sinusoĂŻdale, il y aura beaucoup de faux dĂ©parts.
Ce qui rendra l'investissement encore complexe, de mon point de vue. Mais Ă mesure que les gens
vont se faire brûler, certains vont couper leurs positions, mais ça va prendre 6 mois, un an. A mon
avis, ce nâest pas pour maintenant. Donc il faut le jouer de maniĂšre graduel et tactique. Jouer la
tendance, mais tout en sachant qu'il faut danser prÚs de la porte de sortie. C'est ça, et garder
l'oreille quand mĂȘme attentive pour entendre la musique qui s'arrĂȘte. Et sur le marchĂ©, ce qui
est aussi intĂ©ressant, c'est quâil y a ces mĂ©ga caps que tout le monde aime, il y a ces valeurs
hyper-spéculatives, c'est un proxy du casino, mais qui est toujours travaillé. Et puis il y a le
milieu, les boites traditionnelles, les Small et mid caps qui n'intéressent personne, qui ne sont
pas chÚres, qui est ont des bons rendements, qui pour certaines ont de bonne visibilité,
mais personne n'en veut, il n'y a pas de volume, nous on ne voit pas de flux, personne ne pose
des questions. Donc c'est la partie oubliée des marchés, qui de mon point de vue va surperformer
dans la durĂ©e. Aujourd'hui, il y a quand mĂȘme pas mal d'entreprises qui sont saines, quâon
paye 5-6 fois les résultats ou 7, qui donnent un dividende de 6%. C'est comme une obligation
convertible. Vous avez avec le dividende, qui est assez stable, un rendement obligataire,
et vous avez de lâoptionnalitĂ© du price earning que vous payez 5 ou 6. Donc pour moi, c'est des
cas d'investissement assez évidents. Plus le fait que, vous dites, ce sont des équivalents
d'obligations, des proxy, en langage financier, qui donc devraient bĂ©nĂ©ficier tout de mĂȘme de la
dĂ©tente monĂ©taire. Mais aujourd'hui, force est de constater que ces valeurs-lĂ nâintĂ©ressent
pas grand monde. Et le marchĂ©, c'est lâoffre et la demande. Et quand vous voyez, typiquement, jâai vu
un graphique incroyable de comparaison du Russell growth, croissance, par rapport au Russell value.
Alors il faut repréciser ce qu'est le Russell. Le Russell, c'est vraiment l'indice large américain,
il capture toutes les market caps. Toutes les capitalisations boursiĂšres. VoilĂ . Et qui est
plutÎt axé PME, grosses PME. C'est un bon échantillonnage du marché américain dans son
ensemble, au-delà des méga caps. Et on a vu année aprÚs année l'écart se creuser. On n'a jamais été
aussi élevé en écart, toutes périodes historiques. Et pour nous, il est évident qu'on va revenir à la
moyenne. Mais on ne sait pas quand. Câest ça qui est compliquĂ©, on voit bien qu'il y a beaucoup de
Momentum accumulĂ© dans ces indices. Ăa rappelle un peu 2000, on se souvient que toutes les valeurs de
l'économie traditionnelles étaient complÚtement délaissées, et en fait c'était là qu'il fallait
se placer pour profiter des belles affaires, et elles ont trÚs bien performé alors que le reste
de la cote était emporté. C'est exactement notre position. Revenir aux choses traditionnelles qu'on
comprend, qui ont des avantages concurrentiels et on peut trouver plein de cas intéressants.
On a compris que vous étiez réservé par rapport au comportement actuel des marchés actions. En termes
de zones géographiques, du cÎté des actions, et puis nous parlerons un petit peu des taux, aussi.
Est-ce qu'on joue la tendance Ă court terme, donc plutĂŽt America first, comme dirait l'autre,
ou pas ? Alors, compte tenu de tout ce que j'ai dit, on est toujours sur une allocation qui
est sous-pondĂ©rĂ©e Ă l'Ouest, aux Ătats-Unis, en moyenne, avec des nuances. NeutralitĂ© en l'Europe,
grùce notamment à ce segment intermédiaire et une surpondération asiatique, pan-asiatique,
Asia-Pacifique, Australie, Japon, Corée. La Corée est un excellent,
une excellente idée. La Corée est en train de faire des réformes structurelles de son
économie et de son capitalisme qui s'inspire du Japon en fait. Il y a beaucoup de valeurs
qui va ĂȘtre extraite des entreprises corĂ©ennes, mais aussi, bon, toujours Chine, mĂȘme si c'est
totalement impopulaire. L'Inde. L'Inde est chĂšre, mais quand vous regardez, en fait, l'indice indien
sur 20 ans a totalement épousé la croissance des bénéfices, totalement. Donc l'Inde est chÚre,
a toujours été chÚre, et pour une bonne raison, c'est que l'économie indienne croßt à 6-7% par an,
et les entreprises indiennes ont une croissance des résultats qui est deux fois supérieure à la
moyenne du monde, donc, et sur longue période. Donc ça se paye cher mais ça va continuer à se
payer cher. Exactement. Et la Chine nâest pas chĂšre, du tout. Si vous ĂȘtes plus aventureux,
il faut aller en Chine oĂč le mieux c'est de mixer un peu diffĂ©rents marchĂ©s asiatiques,
donc on est sur-pondéré Asie. On est sélectif sur l'Amérique Latine parce que c'est une collection
de situations parfois complexes et c'est un peu cher. Et on évite tout ce qui est Europe de l'Est,
Moyen-Orient et Afrique. Il y a beaucoup de situations Ă la limite de l'implosion.
Ăa c'est pour les actions. Oui. Du cĂŽtĂ© des obligations, si on a tout de mĂȘme
une détente monétaire qui se profile, est-ce que les obligations ne mériteraient pas quelques flux,
notamment de réallocation du monétaire vers l'obligataire ? Oui, ou des actions vers
lâobligataire. Oui, parce que vous ĂȘtes prudent sur les actions, et effectivement dans la logique,
ça se défend tout à fait. Aujourd'hui, dans le contexte qu'on décrit, dans tout portefeuille,
il faut avoir un socle obligataire pour le rendement, mais aussi pour la protection que
ça apporte. Alors c'est des obligations de haute qualité, souverain, qui malgré tout, malgré leurs
dĂ©sĂ©quilibres, restent quand mĂȘme des valeurs protectrices, jusquâau jour oĂč ce ne sera plus
le cas, mais ça reste le cas. On aime beaucoup les souverains asiatiques, qui ont un bon,
sauf les Chinois, parce que le taux chinois est trĂšs bas. Mais quand vous regardez en Asie du Sud,
Inde compris, vous avez un trÚs bon mix entre un taux de rendement facial élevé, une politique
monétaire, là , ils commencent à baisser les taux, car ils ont commencé plus tÎt, et des
devises qui en fait sont sous-Ă©valuĂ©es. Donc le mix des trois est tout de mĂȘme intĂ©ressant. Donc,
souverain... ce quâon appelle lâInvestment grade, haute qualitĂ© de crĂ©dit, pas spĂ©culatif,
Il y a encore de la valeur à capter. Parce qu'en fait, c'est un crédit qui réagit surtout
par rapport aux taux souverains. En revanche, plus on va en bas en qualité de crédit, plus on trouve
l'équation compliquée. Et on voit d'ailleurs les défauts commencer à monter fortement sur
les ratings les plus bas, sur les triples C. Et on voit une contagion qui commence Ă arriver,
mais c'est normal. Dans le High Yield, donc c'est la partie spéculative. Le haut rendement. Dans
la plupart des secteurs aux Ătats-Unis, la moitiĂ© de la dette va ĂȘtre refinancĂ©e entre cette annĂ©e,
lâannĂ©e prochaine et 2026. La moitiĂ© de la dette. Pourquoi ? Parce que les entreprises qui ont
émis au moment du Covid, mais le marché leur a autorisé un remboursement à 5 ans ou à 6 ans,
pas à 10 ans. Donc on a une sorte de mur de refinancement. Et la dette qui a été contractée
au moment du Covid grĂące aux politiques des banques centrales, Ă 3, 4, 5 ou 6%, aujourd'hui,
ce n'est pas le mĂȘme tarif. Aujourd'hui c'est pour des entreprises du milieu du tableau, c'est 12,
13, 15. Et on a effectuĂ© un exercice Bottom up, câest-Ă -dire entreprise par entreprise,
dans le secteur du High Yield, en fait, sur celles qui vont venir au refinancement, il y a 30% qui ne
pourront pas supporter ces taux plus élevés. 30% ? Oui. 30% de défauts potentiels ? Alors, défaut,
ça veut dire qu'en cas de défaut, vous perdez de tout. Il y a toujours la une récupération. Mais
effectivement, 30% de faillite. C'est beaucoup. Oui, ce sont des taux de faillite assez élevés,
records mĂȘme. Cela Ă©tant, il y a une perte finale, de lâordre un peu en dessous de 20%. Le marchĂ©
n'est pas du tout lĂ -dessus. Est-ce que la baisse des taux qui se profile ne pourrait pas justement
alléger la peine ? Un petit peu. Il y a ça, déjà . L'autre facteur de confort relatif. C'est que,
en fait, les banques clairement restreignent leurs conditions, c'est sûr, et on le voit mois aprÚs
mois dans les enquĂȘtes. Le marchĂ© obligataire est plus exigeant. En revanche, il y a Ă©normĂ©ment
de poudre, comme vous le dites, dans des fonds de dettes privĂ©es qui sont prĂȘts Ă financer des
entreprises, à des taux élevés, mais ils prennent le risque. Donc pour certaines entreprises,
l'Ă©chappatoire, ça va ĂȘtre d'aller toquer Ă la porte des fonds d'investissement, des fonds de
dette privée. C'est des rendements nominaux élevés, on parle de 12, 15%. Bien malin,
celui qui peut dire quel sera le taux de rendement effectif à la fin de vie du produit aprÚs le coût
du risque. Ăa pourrait ĂȘtre beaucoup, beaucoup moins. Mais aujourd'hui, force est de constater
qu'il y a beaucoup d'argent. 500 milliards de dollars disponibles, prĂȘts Ă ĂȘtre dĂ©ployĂ©s dans
les fonds de dette privĂ©e essentiellement aux Ătats-Unis, mais aussi lâEurope, pas beaucoup
en Asie. C'est de l'argent à investir, qui a déjà été apporté par les investisseurs et que les fonds
doivent dĂ©ployer. Le problĂšme c'est celui du prix et du risque que lâon prend, finalement.
Absolument. Je vais essayer de synthétiser tout ce que vous nous avez dit. Grosso modo, Vincent,
vous ne souscrivez pas à l'optimisme assez débridé du marché. Ce qui est intéressant,
c'est de comprendre pourquoi. Vous nous avez dit, finalement, du cÎté du consommateur américain, on
a des signes d'inquiĂ©tude. On a du plein emploi, on a tout de mĂȘme une croissance qui semble lĂ ,
mais le consommateur est inquiet. Les indicateurs de confiance ne sont pas terribles dans un cadre
qui devrait ĂȘtre normalement trĂšs allĂšgre. Ăa câest le premier point. Vous dites aussi,
attention, parce que la dette U.S., la dette américaine, va poser un problÚme
de par les charges d'intĂ©rĂȘt qu'elle fait peser finalement sur l'Ătat fĂ©dĂ©ral, et ça,
ça veut dire qu'à un moment donné, le financement, la politique budgétaire trÚs expansionniste va
appartenir au passé. Donc, ça, ça va arriver le plus vite qu'on ne le pense, d'aprÚs vous. Vous
dites aussi, ça c'est une information que vous nous avez apportée, que la perception du risque
par les investisseurs internationaux de la dette amĂ©ricaine, et ça c'est votre ressenti, sâaccroĂźt,
notamment les investisseurs asiatiques. Donc ils ne roulent plus leurs dettes, c'est-Ă -dire
qu'ils ne réinvestissent plus les montants qui ont été remboursés. Donc ça c'est à prendre en
considération parce que c'est ce qu'on appelle du smart money, généralement les investisseurs
se posent des questions, que les marchés ne se posent pas forcément dans sa globalité.
Ce que vous dites aussi, c'est que certes, on a des actions qui montent, mais la hausse est hyper
concentrĂ©e. Et ça, c'est un peu un problĂšme. Donc tout le monde se rue sur les mĂȘmes. Et on a donc
une dichotomie assez importante entre toutes ces valeurs qui attirent tous les capitaux,
et puis le reste de la cote, oĂč vous pensez qu'il y a tout de mĂȘme des affaires Ă faire, si on se
donne du temps. Vous dites quâil y a des valeurs qui proposent des rendements intĂ©ressants, avec
finalement un comportement quasi d'obligation. Donc il faut peut-ĂȘtre regarder tout ça,
et puis il y a des segments qui sont délaissés, les petites et moyennes valeurs. Donc pour ceux
qui veulent prendre date, et se donner du temps, il y a sans doute des opportunités. Vous dites que
bon, il y a tout de mĂȘme beaucoup de liquiditĂ©s dans le marchĂ©, ça c'est indĂ©niable. NĂ©anmoins,
vous restez droit dans vos bottes et vous pensez quâil ne faut pas dĂ©roger Ă la prudence. Ce que
vous dites aussi, c'est qu'il y a des positions Ă prendre sur l'obligataire. Et plutĂŽt sur
l'obligataire asiatique, finalement, c'est ce que j'entends. Et vous dites également qu'il y
a des opportunités du cÎté des actions dans le sud-est asiatique, et vous avez mentionné
l'Inde et la Corée. Absolument Bon, c'est à peu prÚs correctement résumé ? Absolument. Merci
beaucoup. Vincent, merci beaucoup. Merci Ă vous de nous avoir suivis. Abonnez-vous, commentez,
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