ĂCOSSE đŽó §ó ąó łó Łó Žó ż : PlongĂ©e au CĆur d'un ĂcosystĂšme d'Exception - Documentaire Animalier - AMP

14 Vues de vidéo·25 sept. 2024
Ce film est un voyage naturaliste exceptionnel au cĆur des plus beaux paysages Ă©cossais dans lâintimitĂ© dâune vie sauvage foisonnante.
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Ăpris du pays depuis 25 ans, le photographe naturaliste Laurent Cocherel nous emmĂšne dans ses lieux secrets pour assister, au fil des saisons, au fabuleux spectacle de la nature : Ă lâaffĂ»t des loutres et des tĂ©tra-lyres ; au cĆur des colonies dâoiseaux de mer ; en plongĂ©e avec les phoques, les requins et les dauphins ; Ă lâapproche des cerfs, des aigles et des balbuzardsâŠ
Pas moins de 4 années de tournage auront été nécessaires pour capter des scÚnes de vie animaliÚres rarement vues.
Titre : " Ecosse, La QuĂȘte Du Sauvage. Le fabuleux spectacle de la nature"
Auteur: Laurent COCHEREL
Production : LOCHAN ALBA
@ Ampersand 2024
LĂ haut, tout lĂ -haut, il est un pays acculĂ© dans les montagnes et assailli par lâocĂ©an.
Ecosse ! Ce nom claque et
résonne comme le bruit de la vague qui frappe violemment les parois rocheuses
comme le rugissement du cerf dans les landes infinies
comme la parade amoureuse du coq de bruyÚre comme le piqué des fous de Bassan
Depuis 25 ans, je parcoure ses vastes étendues pour photographier sa faune et ses paysages.
LĂ -bas, les lochs sont providence et la mer nourriciĂšre
LĂ -bas, les loutres se roulent dans les algues et les cerfs traversent la mer
Mille fois jâai contemplĂ© ces paysages, mille fois jâai assistĂ© Ă cet opĂ©ra des lumiĂšres
toujours mouvantes, chaque fois plus émouvantes. Entre deux averses, cette lumiÚre divine finit
toujours par faire irruption et illuminer comme nulle part ailleurs la nudité froide du paysage.
Il faut du temps pour aimer lâEcosse comme il faut une vie pour sâen dĂ©sunir.
LĂ -bas je redeviens libre et sauvage.
Ăcosse, la quĂȘte du sauvage Un film de Laurent Cocherel
La voilĂ , la dĂ©esse des ondes⊠celle quâon imagine se mouvoir au crĂ©puscule
sans jamais la voir. Et pourtant, ici, elle sâactive en plein jour, pour profiter dâune
manne providentielle : poissons de roche et crustacés fraßchement servis à chaque marée.
MĂȘme si la loutre adopte une activitĂ© diurne, la voir nâest pas pour autant une mince affaire.
Son pelage entiĂšrement brun se fond parfaitement dans les tapis dâalgues. Et surtout,
elle nâaime pas lâhomme⊠DotĂ©e dâun odorat et dâune ouĂŻe redoutables, la loutre est
rĂ©putĂ©e pour ĂȘtre lâun des mammifĂšres les plus difficiles Ă observer et Ă Ă©tudier.
La belle est si farouche et discrĂšte quâil faut dâabord mener une vĂ©ritable enquĂȘte
Ă la recherche du moindre indice. Ce mammifĂšre semi-aquatique a ses
habitudes et utilise souvent les mĂȘmes passages. Tout au long de son activitĂ©,
la loutre marque de nombreux endroits de son urine et de ses crottes, les épreintes.
Depuis une dizaine dâannĂ©es, elle est devenue mon animal fĂ©tiche et je consacre des semaines
pour rentrer dans son intimité. La loutre est un véritable emblÚme
naturel en Ecosse. Il suffit de lâĂ©voquer avec les Ă©cossais pour
comprendre combien elle tient une place particuliĂšre dans leur cĆur.
Sur lâĂźle de Mull, je parcoure rĂ©guliĂšrement plusieurs territoires occupĂ©s par les loutres.
Pour dĂ©jouer sa mĂ©fiance, cet animal mâa appris Ă patienter, observer, interprĂ©ter.
Il faut Ă chaque fois relever le challenge : voilĂ ce qui me plaĂźt par-dessus tout !
Mon instinct ne mâa pas trompĂ©, une mĂšre et son jeune profitent de la marĂ©e basse pour pĂȘcher.
Une partie de cache-cache sâinstalle entre le
photographe et lâanimal : sâapprocher sans ĂȘtre repĂ©rĂ©, et surtout sans ĂȘtre senti.
Câest prĂ©cisĂ©ment ces moments que je recherche le plus, rentrer dans lâintimitĂ© dâune espĂšce sans
la déranger, se faire totalement oublier et retrouver une part de sauvage en soi.
Bon ben voilĂ fin de la partie ! Il est Ă peine 8h. Je lâai vu ce matin Ă 6h donc voilĂ jâai pu
les suivre tranquillement pendant 2h : cette femelle avec un petit relativement grand mais
je crois justement que la femelle a fini par me flairer. Je les ai vu se mettre sur
le ventre et renifler assez fort et depuis malheureusement je les ai perdu. Je vais
quitter le secteur tranquillement. Dans tous les cas, trĂšs trĂšs joli coin, trĂšs joli coin.
Je quitte lâĂźle, ses loutres et ses dauphins pour quelques semaines car, en ce dĂ©but de printemps,
je ne veux pas manquer lâun des Ă©vĂ©nements naturels les plus forts de lâannĂ©e.
Au centre de lâEcosse, lochs, forĂȘts et tourbiĂšres
constituent lâhabitat privilĂ©giĂ© du petit coq de bruyĂšre.
Cette fois, un affĂ»t sâavĂšre nĂ©cessaire pour assister aux ballets Ă©tranges du tĂ©tras-lyre.
Je tente de trouver le sommeil malgrĂ© le tonitruant concert livrĂ© Ă lâextĂ©rieur.
Juste avant lâaurore, cet oiseau au plumage de suie se livre Ă
lâun des rituels les plus spectaculaires, entre danses lyriques et transes vaudoues.
Avec le lever du jour, je peux enfin les distinguer
et mesurer lâĂ©bullition qui rĂšgne dans ce chaudron de testostĂ©rone.
Sur le mĂȘme emplacement de lande depuis la nuit des temps,
lâaffrontement entre mĂąles est dâabord vocal.
Mais rapidement, le tour de force devient physique : mus par une énergie explosive,
les mĂąles sâaffrontent dans un combat aussi expĂ©ditif que violent.
Les joutes sâenchaĂźnent sous lâĆil attentif dâune femelle qui observe leurs affrontements.
Elle prend son temps, et nâest pas encore prĂȘte
à faire son choix⊠quitte à fuir sous la pression des prétendants.
Entre 8 et 9h du matin, comme sâils suivaient une rĂšgle tacite Ă jamais gravĂ©e dans leur
code de conduite, les diablotins de la lande sâenvolent tous ensemble.
LâaffĂ»t mâa permis dâĂȘtre au plus prĂšs de ces oiseaux aux parades Ă©nigmatiques.
JâespĂšre que jâaurai autant de chance avec les autres habitants de la forĂȘt de CalĂ©donie.
Le parc national des Cairngorms englobe hautes montagnes, lochs de toutes tailles,
pinĂšdes sĂ©culaires, tourbiĂšres tapissĂ©es de linaigrettes et de drosĂ©rasâŠ
Omniprésente et souvent chargée de particules de tourbe,
lâeau brune rappelle tantĂŽt la biĂšre noire et amĂšre, tantĂŽt le whisky ambrĂ©.
Les riviĂšres Spey et Dee qui sâĂ©coulent jusquâĂ la mer du Nord sont convoitĂ©es
par les pĂȘcheurs de saumons, et par un autre pĂȘcheur hors pairâŠ
PrĂšs la riviĂšre Feshie, les balbuzards pĂȘcheurs ont construit leur imposant nid Ă la cime dâun
ancien pin. Revenus dâAfrique, ces grands rapaces sâoccuperont de leur nichĂ©e pendant
cinq mois. Cette année, la tache est simplifiée car un seul jeune a survécu.
La vallĂ©e rĂ©sonne des cris lancĂ©s par le couple, le mĂąle vient dâattraper
une truite et en informe sa partenaire. Câest lâheure du repas pour elle aussiâŠ
Les Cairngorms concentrent les plus beaux massifs de forĂȘts de pins dâEcosse.
Jâaime me laisser absorber par son atmosphĂšre apaisante qui contraste
avec lâĂ©ternelle mouvance du bord de mer.
Chuchotement des feuillages, geignement des troncs,
elle semble vouloir communiquer ou nous envoûter.
Queue en panache, toujours en alerte, lâĂ©cureuil
roux est sans doute lâhabitant le plus dynamique de la forĂȘt !
Deux flammes rousses se livrent à un jeu de course-poursuite frénétique,
sans prĂȘter attention Ă ce qui les entoure.
Jâai juste le temps dâajuster mon tĂ©lĂ©objectif pour saisir le lutin des bois en plein vol.
Dans une vallée secrÚte, le maßtre des lieux a choisi un arbre robuste pour établir son aire.
Lâaigle royal niche dans des vieux pins au-dessus des glens oĂč il chasse
lagopĂšdes et liĂšvres variables. Les aiglons sont proches de
lâĂ©mancipation mais dĂ©pendent encore complĂštement des proies de leurs parents.
Leur journĂ©e est rythmĂ©e par leurs repas et les longues heures dâattente.
Pas de temps Ă perdre, lâadulte dĂ©pose une grouse et repart aussitĂŽt en chasse.
Lâaigle royal le sait, la forĂȘt est menacĂ©e. Depuis le nĂ©olithique, lâhomme a menĂ©
un long travail de dĂ©boisement. Il y a 10000 ans, les forĂȘts recouvraient
la moitiĂ© de lâEcosse. Aujourdâhui, elles ne subsistent plus que dans de petites parcelles.
Les grands propriétaires préfÚrent les espaces ouverts de la lande afin
de maintenir de bonnes populations de grouses et de cerfs, dont la chasse aux
trophées représente une manne financiÚre. La vieille lande est brûlée pour favoriser
les jeunes pousses de bruyĂšres, nourriture dâun oiseau trĂšs prisĂ©, le lagopĂšde dâEcosse.
Parée de son plumage de camouflage, la célÚbre grouse demeure trÚs farouche et
nâentreprend de sortir de la vĂ©gĂ©tation que pendant la pĂ©riode nuptiale.
Au printemps, les mĂąles nâhĂ©sitent pas Ă sâexhiber sur des promontoires pour
scander leurs caquÚtements et séduire une femelle.
La compĂ©tition est rude et le combat sâavĂšre parfois
nécessaire pour départager les prétendants.
En lâabsence de forĂȘt, les cerfs se sont adaptĂ©s aux vastes paysages dĂ©nudĂ©s. Dans
les vallées profondes, les hardes se rassemblent en bord de riviÚre,
lĂ oĂč la vĂ©gĂ©tation fournit les sels minĂ©raux nĂ©cessaires Ă la croissance de leurs bois.
Dans ces troupeaux de mĂąles, les tensions sont rapidement palpables.
Privés de leurs bois, les cerfs se livrent à des combats de boxe en
se dressant sur leurs pattes arriÚre et établissent ainsi une hiérarchie
en sâaffrontant Ă coups de sabots. Un test grandeur nature avant les
affrontements fĂ©roces quâils se livreront Ă lâautomne, pendant la pĂ©riode du brame.
La fin de journée approche, il est temps pour les hardes
de regagner le refuge sécurisant des montagnes.
Au lointain de la lande,
lâocĂ©an se fait toujours entendre. LâEcosse est un pays de rocaille cernĂ© par
les montagnes, un pays dâeau rongĂ© par la mer. AprĂšs toutes ces annĂ©es Ă arpenter ses cĂŽtes
lacĂ©rĂ©es et ses landes marĂ©cageuses, je ne me lasse pas du talent dâartiste de la nature,
un spectacle sans cesse renouvelĂ© oĂč toutes les rencontres sont possibles.
Balayé par le vent, le mauvais temps ici ne dure jamais longtemps et laisse place
à ces lumiÚres féeriques qui irradient le paysage.
Câest un rĂ©gal pour le photographe que je suis car rien nâest figĂ© ; dans une
mĂȘme journĂ©e les sentiments basculent, tout comme la lumiĂšre, du dĂ©sespoir Ă lâexaltation.
Depuis quelque temps, une intuition mâobsĂšde. Je connais un Ăźlot inhabitĂ© aux fonds translucides,
un vrai paradis pour les phoques et les loutres. LâidĂ©e me hante de me rendre sur cet Ăźle, y vivre
au rythme des marĂ©es et partager le quotidien de cet animal qui nourrit tous mes rĂȘves.
Et si je parvenais enfin Ă photographier la loutre sous lâeau ?
Le seul moyen dâen savoir plus est de mây rendre en kayak.
Me voilĂ sur le site, câest marĂ©e basse. Câest un gros coefficient
de marĂ©e du coup ça change complĂštement la topographie des lieux. Je vois des tĂȘtes de
phoques un peu partout. Quelques-uns sont déjà sur le reposoir. Je vais
essayer de mâen approcher dâautant plus que les fonds sont magnifiques,
un bleu trÚs clair donc ça peut laisser espérer faire de belles images sous-marines. Par contre,
pour la loutre je pense que câest un peu tĂŽt. Les algues sont trop dĂ©couvertes pour le coup,
il va falloir attendre un peu, en marĂ©e montante peut ĂȘtre lorsque les algues seront flottantes.
Bon la journĂ©e sâachĂšve maintenant. En rentrant dans lâeau avec mon caisson
Ă©tanche pour photographier les phoques. Jâai vu des bulles dâair rentrer dans le caisson et donc
mon appareil photo a pris lâeau de mer. Impossible de le redĂ©marrer donc le landmark 5.2 17-40mm sont
morts. Je suis dĂ©goutĂ©e. A cĂŽtĂ© de ça, jâai le boudin du kayak qui est crevĂ©. Il faut que je
le regonfle rĂ©guliĂšrement ça va ĂȘtre la galĂšre pour rentrer. Et puis voilĂ , en revenant dans
cette petite baie, jâai croisĂ© la loutre. Elle arrivait et moi je pagayais doucement. On sâest
retrouvĂ©s face Ă face. Elle est restĂ©e en surface mais elle mâa repĂ©rĂ©. Elle a plongĂ©
donc autant dire que .câest mort aussi pour la loutre je pense, parce que je vais pas la revoir
Je repars bredouille mais au fond de moi, je suis ravi,
je sais que la loutre occupe lâendroit et que je pourrai bivouaquer sur lâĂźle.
Câest promis, jây reviendrai, dĂšs que mon matĂ©riel photo sera Ă nouveau opĂ©rationnel.
Soumises aux vents violents, les falaises subissent les affronts de la mer.
Un combat perdu dâavance par ces bouts de terre devant la rage des flots.
Sur les façades vertigineuses, des dizaines de milliers dâoiseaux se cĂŽtoient,
se chamaillent et tournoient autour des falaises lacérées par les assauts des vagues.
Le moindre escarpement est occupĂ© par une foule de locataires, fidĂšles dâune annĂ©e sur lâautre
Ă leur partenaire et Ă leur falaise. Chaque printemps, prĂšs de 6 millions
dâoiseaux de mer se rassemblent pour mener Ă bien une courte pĂ©riode de reproduction.
SerrĂ©s en rang dâoignons, les guillemots de TroĂŻl ne possĂšdent que quelques centimĂštres
carrés de roche pour territoire, réduit à la surface des palmes.
Cette promiscuitĂ© ne les empĂȘche pas de se livrer Ă des actes de tendresse,
qui renforcent les liens du couple.
La vie grouille et bouillonne sur les falaises,
oĂč lâurgence dâassurer une nouvelle gĂ©nĂ©ration est palpable.
Perdue en mer, lâĂźle de Bass-Rock est un sanctuaire pour le plus
grand oiseau de mer de lâAtlantique Nord.
On pourrait croire Ă lâactivitĂ© dâune ruche dâabeilles : 10 fous
de Bassan blanchissent le dĂŽme rocheux dâavril Ă septembre, la plus grande colonie au monde.
Les fous profitent des turbulences pour repérer
la moindre corniche et établir leur nid sur un maigre espace.
Contrairement aux apparences, les fous sont peu sociables et sâavĂšrent trĂšs agressifs envers
leurs congĂ©nĂšres dont les nids se situent Ă la limite de la portĂ©e dâun coup de bec.
Bec contre bec, le couple renforce ses liens tout au long de la reproduction.
LâarrivĂ©e dâun chalutier Ă proximitĂ© de la colonie est une aubaine. Cette fois,
nul besoin de parcourir de longues distances, les fous peuvent resquiller quelques poissons échappés
des filets, au terme dâun plongeon qui atteint parfois les 100 km/h Ă la surface de lâeau.
AprĂšs plusieurs mois dâattente, jâai enfin rĂ©cupĂ©rĂ© mon caisson Ă©tanche
qui a effectué un aller-retour aux Etats-Unis pour une révision complÚte.
Il me tarde de lâutiliser dans les eaux translucides dâun archipel mĂ©connu,
digne des plus beaux lagons.
Dans les Ăźles de lâOuest de lâEcosse, lâensoleillement garantit une explosion
planctonique Ă la base de toute la chaĂźne alimentaire marine.
Brassée par le vent et les courants, la mer des Hébrides est particuliÚrement riche en vie marine.
Dans ces eaux poissonneuses,
les phoques forment des colonies Ă lâĂ©cart de toute perturbation humaine.
Mon intrusion dans leur paradis sous-marin provoque autant de méfiance que de curiosité.
Petit Ă petit, certains se risquent Ă venir Ă ma rencontre,
jusquâĂ cet instant oĂč un mĂąle dominant viendra sans complexe quĂ©mander son portrait !
Loin de toute frĂ©quentation, lâĂźle inhabitĂ©e de Lunga est un paradis pour les oiseaux de mer.
Débarquer sur ce petit joyau est un privilÚge car, au plus prÚs des oiseaux, je peux contempler et
photographier le peuple des falaises qui livre son intimité pendant la période de reproduction.
La vedette des lieux a des allures de clown des mers.
Les macareux moines nâĂ©chappent pas aux rĂšgles dâune colonie,
toute interaction est codifiĂ©e par des rituels de reconnaissance et dâapaisement.
En fin de journĂ©e, les macareux sont de retour Ă la colonie et subissent lâassaut des moustiques.
Contraints de nicher Ă terre pour quelques semaines seulement, ils pourront,
une fois nâest pas coutume, contempler cet ocĂ©an oĂč ils sĂ©journent 9 mois par an.
AprĂšs des jours dâattente,
je prends enfin la mer avec une équipe de biologistes pilotée par Shane Wasik.
Nous partons Ă la recherche dâun gargantua, le deuxiĂšme plus grand requin au monde.
Aussi impressionnant quâinoffensif, ce gĂ©ant de 10 mĂštres et de 5 tonnes
ne se nourrit que de plancton quâil engloutit gueule bĂ©ante.
Au terme dâune longue migration de plusieurs milliers de kilomĂštres,
le requin pĂšlerin apparaĂźt dans les eaux de surface pour emmagasiner un maximum de nourriture.
Durant lâĂ©tĂ©, seules quelques journĂ©es rĂ©unissent
toutes les conditions pour envisager une mise Ă lâeau avec ces colosses.
Face à ces ombres irréelles émergeant du bouillon planctonique,
la rencontre est tout simplement magique !
AprĂšs ces moments forts sous lâeau, jâai encore plein dâimages dans la tĂȘte mais
il en y a une qui reste imprimĂ©e comme un rĂȘve presque inaccessible : cette
loutre qui a la facultĂ© dâapparaĂźtre et de disparaĂźtre partout et nulle
part Ă la fois. Pourrais-je un jour la suivre sous la surface de lâeau ?
Avec lâarrivĂ©e de lâautomne, il me sera difficile de me remettre Ă lâeau
mais je sais que dâautres Ă©vĂ©nements naturels se prĂ©parent dans les Ăźles dâIslay et de Jura.
Quelle que soit sa taille, chaque Ăźle est Ă chaque fois la promesse du renouveau,
un voyage dans le voyage, une parenthĂšse qui suspend le temps.
Sur Islay, je retrouve cette atmosphĂšre si particuliĂšre,
oĂč aux parfums iodĂ©s des prĂ©-salĂ©s se mĂȘlent un fumet enivrant,
celui des distilleries mondialement connues pour leurs whiskies aux arÎmes tourbés.
LâĂźle cache bien dâautres trĂ©sors. Les vastes baies fertilisĂ©es par
les marĂ©es fournissent une table dâhĂŽte prĂ©cieuse pour de nombreux migrateurs, une
aubaine pour les oiseaux aquatiques et le petit peuple des vasiĂšres.
Parmi les trotteurs des grĂšves,
le bĂ©casseau variable est lâun des plus menus, de la taille dâun Ă©tourneau.
Affamé, le grelot des toundras est un voyageur long-courrier : entre sa villégiature boréale
et ses quartiers dâhiver africains, les cĂŽtes Ă©cossaises reprĂ©sentent une Ă©tape salvatrice.
Une autre voyageuse au long cours choisit, quant Ă elle, dâĂ©tablir sur Islay sa rĂ©sidence hivernale.
Tout droit venues du Groenland, les bernaches nonnettes ont la fringale !
BientĂŽt elles seront 0 Ă brouter bruyamment dans les champs.
Ă la tombĂ©e de la nuit, les clans familiaux sâĂ©lancent en formation
serrée pour trouver refuge sur les vasiÚres.
Au petit matin, au moindre signe de nervositĂ©, ces milliers dâoiseaux dĂ©collent dâun seul
élan et ondulent comme une série de vagues. Leurs envolées donnent naissance à des tourbillons
scintillants et des valses trépidantes, sous un ciel imprégné de la magie des grandes migrations.
Ă quelques battements dâailes, les montagnes de lâĂźle de Jura
mâappellent pour un rendez-vous grandiose.
VĂ©ritable trait dâunion entre Islay et Jura, le traversier me dĂ©pose sur une autre planĂšte.
Une petite communautĂ© sâest ancrĂ©e dans cet univers infini de lande et de tourbe,
une nature oĂč le pittoresque sâunit au sublime.
Dans cet univers spongieux et minéral, seuls les
moutons et les cerfs parviennent vraiment Ă se frayer un chemin.
En octobre, toute lâĂźle vibre au son des brames langoureux. Câest la pĂ©riode du rut,
tous les mĂąles engagent un bras de fer vocal.
Survoltés par un taux de testostérone mille fois supérieur à la normale,
les cerfs se livrent Ă leurs impressionnantes joutes vocales
qui résonnent à longueur de journée. Malgré une trÚs forte excitation,
les affrontements entre mĂąles finissent rarement en duel physique.
Je pars à la recherche des hardes qui se réfugient dans les tourbiÚres. Leurs
complaintes me guident sur leur trace jusquâaux derniĂšres lueurs du jour.
De ce théùtre des ombres émergent immuablement les
vocalisations hargneuses et Ă©raillĂ©es, dont lâĂ©cho retentira toute la nuit.
Sur Jura, les cerfs ont dĂ©veloppĂ© dâĂ©tonnantes mĆurs maritimes. Pour
pallier la faible valeur nutritive de leur alimentation dans la lande,
ils viennent se nourrir sur le littoral dâalgues riches en sels minĂ©raux.
Dans cet univers hostile, il existe un Ăźlot verdoyant qui fait le bonheur de toute une harde.
2 Au gré des marées,
le groupe nâhĂ©site pas Ă traverser le bras de mer pour satisfaire leur appĂ©tit.
Ces cerfs maritimes sont certainement les seuls en Europe à goûter aux vertus du bain de mer !
Je dois dĂ©jĂ quitter lâĂźle car je viens dâavoir une information prĂ©cieuse. Tout
au nord de lâEcosse, un autre Ă©vĂ©nement vient dâavoir lieu.
Lâautomne est la saison que jâaffectionne le plus car les Highlands revĂȘtent leurs
couleurs flamboyantes sous des faisceaux divins de lumiĂšres.
Lâinformation sâavĂšre exacte, un ami Ă©cossais mâa indiquĂ© ce lieu tenu secret.
Dans une crique isolĂ©e, les rochers sâaniment, de grosses masses sâagitent et se prĂ©lassent.
Aux prĂ©mices de lâhiver, les femelles viennent mettre bas leur unique blanchon.
Pendant 3 semaines, le nouveau-nĂ© conservera son pelage blanc jusquâĂ son sevrage.
Le retour à la colonie est un moment délicat, car les phoques ont chacun un petit à défendre.
Il faut dâabord esquiver lâagressivitĂ© des autres femelles, puis surveiller
la prĂ©sence des grands mĂąles qui cherchent Ă sâaccoupler.
Le parcours est jonchĂ© dâobstacles,
Ă tout moment la femelle peut subir lâagressivitĂ© des autres phoques.
Aussi malhabile Ă terre que virtuose sous lâeau, la mĂšre doit pĂ©niblement remonter la crique et
sâorienter selon les cris de son jeune. Dans les minutes qui suivent la mise bas,
la femelle et son petit créent un lien vital en apprenant à reconnaßtre leurs
odeurs et leurs vocalisations respectives. Elle lâallaitera jusquâĂ ce quâil atteigne
les 45 kg, en faisant elle-mĂȘme le sacrifice du quart de son poids.
Lâhiver est maintenant bien installĂ©, chaque journĂ©e subit la vĂ©hĂ©mence des Ă©lĂ©ments.
Quand le vent interrompt sa furie,
les Highlands livrent leur plénitude immaculée de premier matin du monde.
Le petit peuple de la riviĂšre sâactive quelle que soit la tempĂ©rature.
Je ne pensais pas assister aux jeux dâune famille de loutres dans la neige. Jâai hĂąte de retrouver
celles qui occupent le littoral. En attendant le retour des beaux jours, je profite dâune accalmie
pour aller Ă la rencontre dâespĂšces adaptĂ©es au climat rude des montagnes des Cairngorms.
Pour passer inaperçu, le liÚvre variable troque son pelage brun estival pour une tenue adéquate.
Le lagopĂšde alpin opte lui aussi pour un plumage
de camouflage afin dâĂ©chapper Ă lâoeil perçant de lâaigle royal.
La perdrix des neiges doit quand mĂȘme se mouvoir pour trouver une maigre pitance, quelques bouts
de bruyĂšres dissimulĂ©s sous la neige. Et attendre sagement des temps meilleursâŠ
Le printemps est enfin de retour tout comme cette obsession qui me hante depuis des mois.
Mon intuition me pousse Ă revenir sur lâĂźle qui mâa tant subjuguĂ©e.
Je veux en avoir le coeur net et je suis prĂȘt Ă
y consacrer le temps nĂ©cessaire pour aller au bout de mon rĂȘve.
Ces lieux de passage forment des coulées bien marquées, plus que jamais je perçois sa présence.
Oh purĂ©e, je ne le crois pas. Alors lĂ câest rare de trouver lâendroit oĂč elle
vient se reposer oĂč elle met bas et oĂč elle Ă©lĂšve ses petits. Il y a plein de crottes
devant et il y a un beau trou. Alors lĂ câest un lieu sacrĂ© quâil faut surtout
pas dĂ©ranger, je vais pas mâattarder ici. Oh punaise, je pensais pas que câĂ©tait lĂ .
Les piĂšges vidĂ©o mâaideront Ă confirmer sa prĂ©sence et ses habitudes.
Jâen sais suffisamment, je ne peux plus attendre ! Une Ă©nergie folle mâenvahit, cette fois jâai tout
prĂ©vu, tout ce quâil faut pour pĂȘcher et bivouaquer. Cette Ăźle
sera ma demeure aussi longtemps quâil le faudra.
Les piĂšges ne mâavaient pas tout rĂ©vĂ©lĂ© car câest toute
une famille de loutres qui vit dans ces lieux.
Je dois saisir cette chance !
Ne rien lĂącher et guetter la moindre silhouette⊠jusquâĂ crĂ©er lâopportunitĂ© tant attendue.
Rien ! Je nâai rien vu sous lâeau ! Je dois lâadmettre, je nâai pas Ă©tĂ©
assez discret et elles mâont Ă©chappĂ©âŠ
Voir les loutres se gaver de poissons mâa aussi ouvert lâappĂ©tit.
Ces trĂȘves me font du bien mais je ne peux mâempĂȘcher de repenser Ă cet Ă©chec.
Je mâen veux car je nâaurai sans doute pas de seconde chance.
Je dois maintenant me faire oublier sur ce petit paradis avant dâespĂ©rer les revoir.
Ils sont apparus comme un mirageâŠ
je nâai pas rĂȘvĂ©, jâai bien entendu leurs souffles jaillir de cette mer Ă©tale.
Ils sont bien lĂ et mâinvitent Ă les suivre.
Une famille de grands dauphins semblent vouloir communiquer.
Ils se livrent sans crainte de lâhomme et suscitent le sentiment troublant que
nous sommes unis par le mĂȘme Ă©lan de vie, une part de sauvage en soi quâon ne peut ignorer.
Quel message ont-ils voulu me délivrer ? De ne jamais abandonner ?
Plus que jamais je reste déterminé, je ne veux pas partir sans une derniÚre chance.
Je lâai tant cherchĂ©e Je lâai tant rĂȘvĂ©e
Et ce jour-lĂ , câest elle qui viendra me voirâŠ