Un jour dans la vie d'une Loutre đŠŠđČ - Documentaire animalier - AMP

Animaux du monde
55 abonnés
133 Vues de vidéo·29 déc. 2024
Souple, profilée, vive⊠élégante : voici une diva au corps
parfait. Tout chez la loutre, indique un animal bien adapté aux déplacements dans
lâeau : corps long et fuselĂ©, tĂȘte fine, au front plat et aux oreilles
minuscules, fourrure imperméable, pattes courtes et palmées, et puis cette queue
large et puissante, qui lui sert Ă la fois de propulseur et de gouvernail.
Forte de ses atouts physiques, la loutre est capable de véritables
prouesses aquatiques. DerriĂšre cette Ă©tonnante sirĂšne qui glisse dans lâeau
des riviÚres et des cÎtes maritimes, ce cache un prédateur redoutable vivant
dans le plus grand secret.
Voici une riviĂšre en France oĂč vit une fratrie de loutres.
Joignant lâutile Ă lâagrĂ©able le frĂšre et la sĆur testent leur force en jouant et
apprennent ainsi Ă connaĂźtre leurs limites.
Agées de six mois ces jeunes loutres ont encore tout à apprendre et
ne seront pas émancipées avant douze mois quand elles sauront capturer toutes les
proies nécessaires à leur survie. Excellentes nageuses en comparaison des rongeurs aquatiques
qui frĂ©quentent les mĂȘmes riviĂšres, elles ont lâavantage dâavoir les quatre pattes palmĂ©es.
Avec un tel équipement, se faufiler entres les pierres et les herbiers
est un jeu dâenfant pour ces jeunes athlĂštes. Dâautant que
leurs oreilles et leurs narines se ferment instantanĂ©ment lorsquâelles sont en plongĂ©e.
TrĂšs vite elles savent que les poissons les plus vifs comme les truites sont
plus difficiles Ă attraper et quâil vaut mieux commencer par fouiller les
herbes dans lâespoir dây trouver une Ă©crevisse Ă croquer.
Tout a commencĂ© par de vives Ă©treintes aquatiques. Dâordinaire
mĂąles et femelles vivent sĂ©parĂ©ment toute lâannĂ©e. Mais ce jour lĂ aprĂšs de
longues poursuites, les parents de nos deux jeunes loutres se sont
accouplĂ©s en totale immersion. Les loutres sâaccoupleraient ainsi dans lâeau pour que la
femelle moins lourde que le mĂąle , puisse mieux supporter son poids.
Soixante jours plus tard, cachĂ©e dans un terrier quâelle a
aménagé dans la berge, la mÚre a donné naissance à trois boules de poils gris souris.
Les petits sont nés il y a quelques heures, aveugles et sans dent.
Ils mesurent une quinzaine de centimĂštres et pĂšsent un peu plus de cent
grammes. Tout de suite aprÚs la mise bas, la mÚre les a rassemblés contre elle de maniÚre a
ce quâils trouvent spontanĂ©ment les mamelles. Les loutrons vont tĂ©ter trĂšs rĂ©guliĂšrement,
pendant 3 Ă 4 mois, blottis sous le ventre de leur mĂšre profitant
ainsi de sa chaleur. La femelle trÚs attentionnée, élÚve seule sa progéniture,
elle lĂšche lâarriĂšre train de ses petits pour stimuler leur transit.
Un exercice vital quâelle effectuera plusieurs fois par jour. La mĂšre gardera
ses petits deux mois a lâabri dans ce terrier avant leurs premiers pas Ă
lâextĂ©rieur. Elle ne sâĂ©loignera
quâune fois par jour pour sâalimenter. Et elle absorbera deux fois plus de nourriture
que dâordinaire pour produire le lait indispensable Ă ses loutrons.
La mĂšre connaĂźt la riviĂšre oĂč elle vit, elle sait oĂč se cachent les
truites. Tous ses organes sensitifs sont en éveil. Le nez, les oreilles, les
yeux, sont alignĂ©s sur la partie supĂ©rieure de sa tĂȘte. Cela lui permet de
rester presque entiĂšrement immergĂ©e, tout en Ă©tant Ă lâaffĂ»t de ce qui se passe Ă la surface.
Sous lâeau ses yeux sâadaptent automatiquement, et elle peut voir
aussi bien quâavec des lunettes de plongĂ©e. Ses longues moustaches sensibles, les vibrisses,
au bout de son museau, viennent en renfort et lui permettent de détecter
les obstacles et les poissons et dâaffiner ainsi son attaque.
La loutre était présente autrefois un peu partout en Europe. Elle a
dĂ©sormais dĂ©sertĂ© certains cours dâeau, trop dĂ©rangĂ©s par lâhomme ou par la
pollution. Pourtant elle a une Ă©tonnante capacitĂ© dâadaptation Ă des
environnements différents. Certaines loutres,
vivant habituellement en riviÚre, ont aussi colonisé le milieu marin.
Elles se sont adaptĂ©es Ă la vie sur le littoral, comme au nord de lâEcosse, sur les Ăźles Shetland.
Ce paradis pour les oiseaux marins, qui viennent par milliers
sây reproduire, est lâun des derniers refuges pour les loutres en Europe de
lâouest. Sur ces cĂŽtes sauvages, la loutre survit grĂące aux richesses de la mer .
Elle y mĂšne une existence paisible, loin des hommes.
La mer à cet endroit déborde de vie et les fonds marins offrent une abondance de proies.
Ces rivages, épargnés par le gel grùce au climat océanique,
sont un havre de paix oĂč les populations de loutres se sont particuliĂšrement dĂ©veloppĂ©es.
Les loutres connaissent tous les recoins de cet océan poissonneux.
Le territoire de chacune dâentre elles est formĂ© de plusieurs kilomĂštres de
cĂŽtes, autant dâendroits oĂč elle peut exercer ses talents de pĂȘcheur.
Habituellement la loutre ne chasse et ne pĂȘche que pour elle, mais
cette fois elle suscite la jalousie des corneilles mantelées. Aux cÎtés de la
pĂȘcheuse elles savent quâelles pourront tĂŽt ou tard rĂ©cupĂ©rer quelques
morceaux. La loutre consomme prĂšs dâun kilo de poissons par jour, soit 5 Ă 10% de son poids.
En mer, la liste du menu est variée : La blennie, la motelle , la
gonelle et le chabot composent lâessentiel de ses repas. Elle est capable de
capturer une vingtaine dâespĂšces de poissons, surtout ceux vivants sur le fond.
Elle saisit parfois des congres dâun mĂštre dont elle ne mange que les meilleurs morceaux.
En pique assiette, les corneilles, lui picotent le dos de leur
bec, et harcĂšlent la loutre pour quâelle quitte sa proie.
Sa zone de pĂȘche est vaste et la grande chasseuse nâa aucun mal Ă
sâalimenter dans ce secteur. Elle dĂ©laisse volontiers son repas. Quelques plongĂ©es dâune
vingtaine de secondes lui permettront à nouveau de dénicher une proie.
En France le printemps tarde Ă sâinstaller. Tenus secrĂštement dans
la catiche qui leur sert dâabri, les loutrons ĂągĂ©s de six semaines sont
encore sous la protection de leur mĂšre. Les petits ont grandi, mais lâun dâentre
eux est mort. Trop faible, il sâest mal alimentĂ© et a dĂ©pĂ©ri. Les deux autres
sont en pleine forme et leur pelage sâest Ă©paissi. Ils renouvelleront ainsi leur
fourrure jusquâĂ cinq fois. Les loutrons voient enfin la chambre qui les
entoure, leurs yeux se sont ouverts, lâun aprĂšs lâautre, Ă quelques jours
dâintervalle. En attendant dâĂȘtre suffisamment grands pour se dĂ©brouiller seuls Ă lâextĂ©rieur ,
ils ne feront que manger et dormir bien Ă lâĂ©cart des prĂ©dateurs
dans la catiche. BientĂŽt leur mĂšre apportera de la nourriture consistante, et
les habituera Ă leur future alimentation Ă base de poisson..
En France le printemps tarde Ă sâinstaller.
La maman loutre se montre toujours trÚs attentionnée, réguliÚrement
elle apporte des herbes pour renflouer la litiĂšre. Lorsquâelle partira pĂȘcher,
elle utilisera ces mĂȘmes matĂ©riaux pour recouvrir ses petits. Pour le moment ils sont ĂągĂ©s de trois
semaines, et encore trÚs démunis. Leur mÚre garde un contact serré avec eux,
elle est leur seule protectrice. Avec délicatesse elle les réchauffe pendant de longues heures et
les nourrit 4 Ă 5 fois par jour dâun lait huit fois plus riche quâun lait de vache.
Lentement semaine aprĂšs semaine les petits vont prendre des forces et gagner en autonomie.
Un matin paisible et pourtant un cri signe la fin dâune dispute.
Deux adultes se chamaillent les limites de leur territoire. Sur les Ăźles
Shetland les loutres sont nombreuses et se croisent souvent. Cet animal plutĂŽt
solitaire supporte assez mal la présence de ses congénÚres.
Bien que la loutre puisse voyager sur de longues distances, elle demeure
souvent sur un domaine bien défini. Sur ce territoire elle se nourrit, se repose
et se reproduit. La mer,ici, déborde de vie, la richesse sous marine est telle q
uâil nây a aucune concurrence alimentaire, peut-ĂȘtre une des raisons pour
lesquelles, en milieu maritime la loutre se montre un peu plus tolérante
vis-Ă -vis de ses voisines. Plusieurs individus cohabitent dans une mĂȘme zone,
se cĂŽtoient, vaquent Ă leurs occupations sans guĂšre se soucier du voisinage.
Les pĂ©riodes dâactivitĂ© des loutres dĂ©pendent des milieux oĂč elles
vivent. Aux Shetland, lâespĂšce sâactive de jour. La loutre adapte ici son
mode de vie Ă celui de ses proies qui restent inactives le jour et donc plus
facile Ă capturer.
La prédation du crabe,
devient un jeu dâenfant Ă marĂ©e basse et durant les flux et reflux de la mer.
Le régime alimentaire de la loutre est trÚs varié, allant des poissons aux
oursins, en passant par lâĂ©toile de mer , le poulpe et divers mollusques.
Les parties de
pĂȘche se dĂ©roulent Ă quelques dizaines de mĂštres de la cĂŽte.
Un peu partout la loutre dépose des épreintes, des sortes de
crottes odorantes. Ces bornes olfactives misent en évidence sur des promontoires,
vont ainsi délimiter son territoire. Elles vont agir comme des messages ayant différentes
significations. Les loutres de passage seront renseignées par ces panneaux de signalisation, sur
les limites Ă ne pas franchir, sur lâĂ©tat sexuel de son propriĂ©taire, sur son dâidentitĂ©âŠ.Les
loutres se donnent toujours beaucoup de mal pour déposer ces petits tas en des
points stratĂ©giques et sâassurer que leur odeur est identifiable sur lâensemble du
domaine. Ces dĂ©pĂŽts sont trĂšs frĂ©quents et sâeffectuent en maintes occasions : juste
aprĂšs les repas sur les lieux mĂȘmes de consommation, aprĂšs le rĂ©veil,
ou de façon systĂ©matique lors du parcours de lâanimal sur le rivage .
Maintenant que la propriétaire des lieux à mis en garde le
voisinage, elle va pouvoir sâadonner passionnĂ©ment Ă son activitĂ© favorite : « le
ressui ». Un toilettage approfondi, qui lui permet en se frottant sur la
végétation de se libérer en partie des cristaux de sel. Les loutres de riviÚre qui
sâaventurent en mer, doivent dâailleurs se rincer chaque jour dans lâeau douce.
Le sel incrustĂ© dans leur fourrure rĂ©duirait lâimpermĂ©abilitĂ© de leur manteau
et lâeau glacĂ©e atteindrait leur peau. Toutes les loutres qui vivent ici
doivent disposer sur leur territoire dâun lac ou dâune riviĂšre pour laver leur
pelage et pour se fournir en eau potable.
En France, les deux jeunes loutres ont quasiment leur taille adulte
.Leur caractĂšre sâaffirme de jour en jour. Le temps a passĂ©, leur mĂšre est morteâŠ
Certainement victime dâune collision sur une route, a proximitĂ© de la riviĂšre.
La chasse et les piÚges, désormais interdits, ne sont plus là pour
Ă©liminer les loutres. Mais dâautres dangers guettent, notamment les vĂ©hicules
vrombissants, les berges bordées de grillage,
la pollution et les métaux lourds. Les deux loutres devenues orphelines
devront déjouer toutes ces menaces pour survivre sur le territoire des hommes.
Les orphelines sont sevrĂ©es depuis lâĂąge de quatre mois, leur mĂšre
a eu le temps de les initier Ă la pĂȘche. DĂ©sormais elles apprennent seules,
jour aprĂšs jour, mais sont encore loin de maĂźtriser cet art. Elles savent
repérer les pierres susceptibles de cacher un poisson, mais il leur reste cependant
beaucoup de techniques à acquérir pour se débrouiller seules dans la nature.
Les loutres continuent toutefois Ă sâentraĂźner sur le domaine de leur mĂšre, et
restent en contact par de petits cris. Au fur et Ă mesure quâelles gagnent
en indĂ©pendance, dâĂ©tranges rencontres Ă©veillent leur curiositĂ©. Cet oiseau cascadeur
va devenir une silhouette familiĂšre.
Le cincle plongeur rivalise dâadresse dans les rapides. Il
sâagrippe sous lâeau grĂące Ă ses longs ongles ; Son plumage, dont la densitĂ© des plumes est
largement supérieure à celle de tous les autres oiseaux est huilé réguliÚrement pour en faire
une vĂ©ritable combinaison de plongĂ©e. Les jeunes loutres nâont rien Ă envier Ă
cette boule de plumes. Leur fourrure est particuliÚrement bien étudiée
pour évoluer en milieu aquatique. Avec sa tenue de cascadeur, le cincle
peut retourner les pierres et capturer des larves aquatiques sans difficulté.
Les loutres sont Ă©quipĂ©es dâun pelage trĂšs performant, composĂ© de
deux couches. Une premiÚre en poils épais et gras forme un manteau
impermĂ©able. Une deuxiĂšme, la bourre, retient lâair et lâisole du froid.
Aidées de leurs queues puissantes qui leur servent de propulseur et de leurs pattes
palmĂ©es, les jeunes apprentis peuvent se glisser sous lâeau et dĂ©fier le courant .
Au cours de leur premiÚre année de vie, en attrapant toutes sortes de proies,
les loutres vont découvrir leurs capacités physiques et apprendre à connaßtre
leurs limites. Chaque jour reprĂ©sente une difficultĂ©, comme lâĂ©preuve du
courant. La nature sera sans merci. Le taux de mortalité est trÚs
important : en moyenne seul un loutron sur quatre atteint lâĂąge adulte.
En attendant dâĂȘtres des pĂȘcheurs aguerris, le frĂšre et la sĆur
sont insĂ©parables. Leurs quĂȘtes de nourriture se font sous lâeau mais aussi sur la terre ferme.
Leur rĂ©gime essentiellement piscivore ne les empĂȘche pas de sâalimenter sur les berges oĂč
ils savent débusquer à moindre effort des petits mammifÚres, des invertébrés ou des insectes.
A cet Ăąge elles ne semblent guĂšre soucieuses de chercher leur
nourriture, et la partie de jeu lâemporte souvent sur la partie de pĂȘche.
Contrairement Ă la chouette hulotte, qui voit et entend
particuliĂšrement bien dans lâobscuritĂ©, la loutre ne dispose pas dâune adaptation spĂ©cifique Ă la
vie nocturne. Sa prĂ©fĂ©rence pour la nuit est certainement dĂ»e au fait quâelle a Ă©tĂ©
pourchassĂ©e par lâhomme pendant des gĂ©nĂ©rations. Ainsi devenue trĂšs mĂ©fiante Ă son Ă©gard,
elle sâest transformĂ©e en chasseuse nocturne. Pour les deux jeunes orphelines, la nuit
est une nouvelle occasion de jouer. Les poursuites,
les franchissements dâobstacles et les roulades sont autant dâexercices nĂ©cessaires pour former
leur musculature et affiner leur adresse dans lâĂ©lĂ©ment liquide.
Aux Shetland, cette famille Ă la chance dâĂȘtre encore unie. AgĂ©s
de huit mois environ, les deux loutrons sont toujours escortés par leur mÚre.
Câest en lâaccompagnant constamment que les jeunes Ă©lĂšves observent ses
techniques de chasse. Dans les premiers temps,
ils surveillaient les Ă©volutions de leur mĂšre sous lâeau en plongeant simplement
leur tĂȘte sous la surface. Mais aujourdâhui enrichis de leurs six mois dâexpĂ©rience,
ils sont capables de pĂȘcher par eux-mĂȘmes. Alors ils prennent leur libertĂ© progressivement et
sâĂ©cartent dĂ©sormais dâelle pour pĂȘcher dans leur coin. Les jeunes qui sâaventurent seuls signalent
de temps à autre leur présence par de petits cris. Ces contacts réguliers, permettent à leur mÚre
de les localiser lorsquâils sont Ă©garĂ©s en mer, ou dissimulĂ©s dans les rochers.
Au fur et Ă mesure de leur croissance, elle se permet de les
éloigner de plus en plus de leur lieu de naissance. Ainsi ils vont pendant leurs
longs mois dâapprentissage, explorer lâensemble du territoire maternel.
LâĂ©mancipation peut sâeffectuer dĂšs lâĂąge de huit mois, mais se situe plutĂŽt vers
neuf ou dix mois. Dans quelque temps, les loutrons devenus grands devront quitter le
noyau familial et vagabonder Ă leur tour Ă la recherche de leur propre domaine vital.
Parfois câest la mĂšre qui les dĂ©laisse volontairement pour pĂȘcher seule
quelques heures.
Les jeunes sont alors livrĂ©s Ă eux-mĂȘmes, elle ne les retrouvera que bien plus tard dans leur
terrier, qui constituera alors un point de ralliement.
En France les deux jeunes loutres sont toujours inséparables.
Ensemble elles explorent les cours dâeau Ă la recherche du moindre mollusque cachĂ©
sous les cailloux. Elles sâadaptent facilement : Elles apprendront bientĂŽt quâau fil des mois
elles devront changer leurs menus, en fonction du niveau des eaux et de la disponibilité des proies.
Elles devront ajuster leurs repas Ă la richesse de la faune aquatique de chaque saison .
Avec lâĂąge, elles deviennent de plus en plus farouches et
apprécient de chasser dans la quiétude de la nuit. Elles peuvent capturer des
scarabĂ©es, des lombrics ou bien des escargots et des limacesâŠun
régime alimentaire maigre pour un grand prédateur, mais un complément nécessaire.
Cette nuit les anguilles sont de sortie. Les jeunes loutres
maĂźtrisent maintenant toutes les astuces de la pĂȘche. Pour attraper leurs poissons,
elles utilisent deux techniques, selon que lâeau est profonde ou non. Dans les lacs et Ă©tangs,
elles surprennent leurs victimes en nageant par dessous et en profitant dâun angle
mort dans la vision des poissons. Mais la pratique la plus utilisée,
consiste Ă poursuivre leur proie et de la bloquer dans un recoin de la berge. Leurs vibrisses jouent
un rÎle essentiel, elles localisent précisément la position des poissons,
en dĂ©tectant les changements de pression dans lâeau provoquĂ©s par le dĂ©placement des proies.
Les loutres peuvent donc repérer et pister les anguilles la nuit ou dans les eaux troubles.
La loutre passe plus de la moitiĂ© de son temps au gĂźte, oĂč elle
dort principalement. En dehors du repos et de lâactivitĂ© de pĂȘche, elle
sâemploie Ă entretenir son pelage. Un exercice indispensable. A la diffĂ©rence des
phoques et des baleines, la loutre nâa pas dâĂ©paisse couche de graisse, si
câĂ©tait le cas elle ne pourrait pas gambader sur les rochers. Sa fourrure, lâune des
plus denses et des plus robustes de tous les mammifĂšres, est sa seule arme
pour lutter contre le froid. Elle isole la nageuse de lâĂ©lĂ©ment liquide en
stockant lâair dans ses multicouches de poils. Un tel manteau est rendu
imperméable et entretenu par les sécrétions graisseuses des glandes de sa peau, que la
loutre répand par des soins constants. Le toilettage est à ce point primordial
que les loutres cĂŽtiĂšres qui frĂ©quentent lâocĂ©an, lui consacrent deux fois
plus de temps que les loutres vivant en riviĂšre. Elles se rendent ainsi
rĂ©guliĂšrement aux mĂȘmes endroit pour se toiletter et se frotter longuement.
Lâessentiel du temps, la loutre est hors de lâeau. Elle nâa pas
vraiment dâendroit favori. Elle peut parcourir jusquâĂ dix kilomĂštres par
jour. Parfois elle se frotte et revendique ses droits en se roulant sur les
algues, parfois elle se couche en attendant les bonnes heures pour pĂȘcher.
La sieste est un moment privilégié. Dans les habitats sauvages et
calmes, comme ici aux Shetland. La loutre peut se reposer nâimporte oĂč : dans
les crevasses au pied des falaises, dans des terriers de lapins élargis, sur
des pelouses rases du bord de mer, ou bien entre des rochers bien exposĂ©s Ă
lâair libre. Blotti Ă lâabri du vent, la paresseuse se rĂ©fugie pour dormir, en
toute tranquillité, une grande partie de la journée.
Des havres de paix comme celui-ci, elle en a plusieurs sur son
territoireâŠmais cette fois elle nâa peut-ĂȘtre pas choisi le plus calme. Un intrus
vient jouer le perturbateur. Le Fou de Bassan est un oiseau marin qui a la
fĂącheuse habitude de faire des plongeons bruyants.
La technique de sieste de la loutre est des plus simple : Trouver
un tapis dâalgues douillet , tourner en rond pour dĂ©terminer lâemplacement le
plus confortable, sâĂ©tirer et se coucher sans tarder.
Les phoques, rĂ©putĂ©s pour ĂȘtres des grands spĂ©cialistes du sommeil
profond, privilégient la technique de la bouée ou de la pierre. Ballottés par
la marée, ou écrasés comme des cailloux au soleil,
chacun Ă sa façon rĂ©cupĂšre des efforts physiques quâexige la vie en mer.
Au Shetland, un tiers seulement des plongées effectuées par la
loutre sont rĂ©compensĂ©es par la capture dâune proie. Ce gaspillage dâĂ©nergie
nĂ©cessite un repos compensateur. Lors des siestes lâanimal assimile les aliments quâelle a pĂȘchĂ©s
et retrouve sa température corporelle. En effet, malgré sa fourrure épaisse,
la loutre perd en moyenne deux degrĂ©s par heure passĂ©e dans lâocĂ©an. Un sĂ©jour trop long dans
une mer froide lâobligerait Ă brĂ»ler beaucoup de calories pour rĂ©tablir la chaleur de son corps.
Ce nâest pas lâheure du repos pour les orphelines. La dĂ©couverte
dâune coquille dâescargot est lâoccasion dâune partie de jeu, peut-ĂȘtre la
derniĂšre ensemble. BientĂŽt elles seront adultes et auront leur propre territoire.
Lâinstinct individualiste sera le plus fort et chacune dâentre elles prendra
son indépendance.
Maintenant les jeunes loutres connaissent toutes les surprises de
la riviĂšre, toutes les ruses de leurs proiesâŠelles savent que le chant des
grenouilles annonce un menu copieux. Dans lâeau ou bien sur les berges, les
grenouilles faciles Ă attraper sont des proies riches en calories.
En mars et en avril, lorsque les batraciens se rassemblent par
milliers pour se reproduire, ils peuvent représenter prÚs de la moitié de
lâalimentation des loutres. Comme tous les prĂ©dateurs,
elles sâattaquent prioritairement, selon la loi du
moindre effort, les proies les plus abondantes, les plus lentes, malades ou
affaiblies. Ainsi les loutres rĂ©gulent lâĂ©quilibre des cours dâeau
Ces jeunes loutres sont des symboles de nos riviĂšres sauvages.
MalgrĂ© leur statut dâespĂšce protĂ©gĂ©e, elles vont connaĂźtre un parcours difficile
et semĂ© dâembĂ»ches. Elles dĂ©couvriront ces territoires souvent interrompus par les activitĂ©s
humaines, ces routes prĂ©sentes un peu partout, quâelles devront traverser au risque de leur vie.
Au nord de lâEcosse, chaque marĂ©e apporte un nouvel arrivage de
poissons. Ce paradis pour les loutres est un espace fragile : une marée noire,
le dĂ©veloppement dâune industrie cĂŽtiĂšre, lâamĂ©nagement du rivage, le
réchauffement de la mer, peuvent à tout moment modifier cet équilibre
que lâhomme se doit de prĂ©server. Aujourdâhui, les lieux oĂč vivent les
loutres sont en nombre limitĂ©. Il reste quelques endroits en Europe oĂč la loutre
prospĂšre et vit paisiblement. La reconquĂȘte est en marche, lĂ oĂč
lâhomme prend garde aux milieux aquatiques, Ă la qualitĂ© des eaux et Ă lâenvironnement.
