La comédienne Roukiata Ouedraogo, l’humoriste Ulrich Takam et l’animateur linguiste Julien Barret sont les invités de Claudy Siar dans Couleurs tropicales. Roukiata Ouedraogo conte avec dérision et auto-dérision son parcours, riche en péripéties, qui la mène de son école primaire en Afrique aux scènes parisiennes. L’humoriste Ulrich Takam présente son nouveau spectacle « Entre deux mondes », qu’il jouera vendredi 4 octobre au Nouvel Act, à Bruxelles, et samedi 12 octobre à l’Européen, à Paris. Julien Barret, animateur linguiste, présente « Ya les ways ! », un projet audiovisuel et pédagogique de mise en valeur du camfranglais entre le Cameroun et l’Île-de-France. Julien Barret et Benjamin Lebrave sont à l’origine de ce projet. Ils sont allés à la rencontre d’artistes qui portent l’art oratoire du camfranglais. Une émission en direct de la Gaîté Lyrique à Paris, à l’occasion du 19e Sommet de la francophonie. #humour#francophonie#claudysiar 🔔 Abonnez-vous à notre chaîne : https://rfi.my/YTfr 🔴 Suivez RFI en DIRECT vidéo ici : https://rfi.my/YTliveFR 🌍 L’actualité du monde et de l’Afrique en direct : https://www.rfi.fr/fr/ Rejoignez-nous sur Facebook : https://rfi.my/FBfr Suivez-nous sur X (Twitter) : https://rfi.my/Xfr Découvrez l’actu en images sur Instagram : https://rfi.my/IGfr Recevez les dernières infos sur Telegram : https://rfi.my/TGfr
Tropical colors.
You go up, you go up. You go down, you go down.
You fly in the air.
In the evening, it's tropical colors.
Say the reasons we have to revolt.
Conscious generation.
It's the green light.
You started by arousing my curiosity.
Tropical colors.
But now you're capturing my attention.
Tropical colors with Claudicia.
And Mathieu Salabert, Annabelle Jogamondi, Richard Riffono.
Léo Bernard is also here.
Yes, he's here. He's hidden. I didn't see him.
Welcome, the many-family Tropical Colors
to leave their studio
here, Les Moulineaux.
I was going to say Parisian.
The Parisian suburbs.
We left our RFI studio
for one of the highlights
of the live show in France, in Paris.
To be precise, here again.
We are at the Gaieté Lyrique.
Here is the Festival de la Francophonie
whose 2nd of October marks the first evening.
It's an evening
dedicated to the humor
to which you are invited here
and in Tropical Colors as well.
We'll talk about it in a moment.
French-speaking talents
from all corners of Francophonie.
A whole world opens up in front of you.
Tropical Colors of the world.
And then, Friday.
Note now.
Friday, we'll be back here
at the Gaiété Lyrique
for the live broadcast
on RFI
of the concert of Mr. Fali Ipoupa.
We'll be there to set the mood.
And just after the concert,
we'll meet Fali and other guests.
Maugrine will be there as well.
We'll debrief, we'll talk,
we'll have a good time together.
So, rendez-vous from 8.10pm
to 9.00pm on RFI Universal.
9.00pm, midnight.
Hey, you, the guest.
Ok, ok, ok.
Claudie is going to ask you some questions.
Ok, ok, ok.
And you are going to give her the right answers.
Nous sommes heureux de la recevoir
car cela fait si longtemps
que nous souhaitions l'accueillir,
l'honorer pour tant de talent,
la célébrer également.
Et avant qu'elle ne demande la route,
applaudissons, s'il vous plaît.
Recevons Rukyata Woodruff.
Bonne arrivée, Rukyata.
Merci beaucoup.
Restons dans les expressions africaines, justement.
Bonne arrivée, je demande la route.
Et c'est vrai qu'on demande la route
avant de quitter les convies,
avant de quitter nos hôtes.
Est-ce que certains Français ont été déroutés ?
Alors, mon spectacle va s'appeler
Je demande la route.
Plutôt des Africains.
Ah bon ?
Exactement.
Parce qu'il y a un,
je me souviens au tout début,
quand j'ai annoncé le titre,
il y a un Burkinebé qui m'a dit
fais attention parce que demander la route,
c'est comme si je demandais pour partir
de l'autre côté, quoi.
On ne va pas dire le non,
j'aime pas dire ce mot-là.
Et je lui ai dit non, non, non,
figure-toi que c'est une expression de politesse
pour demander en fait à son hôte
l'autorisation et avoir les bénédictions
surtout de son hôte.
Et effectivement, Claudiciel,
il le sait très bien,
c'est trois fois !
Parce que si tu demandes la première fois
et que la personne te dit oui,
c'est que la personne n'avait plus envie
que tu sois là.
Exactement.
Donc poliment, on accepte jusqu'à trois fois
ta demande et après on te donne la route
afin que les bénédictions nous accompagnent.
Donc voilà, c'était vraiment ça.
Ce spectacle-là, tu le portes depuis 2018
et peut-être même un peu avant.
On va en parler parce qu'il y a une première mouture
de Je demande la route.
Est-ce que tu en as assez de le porter ?
Est-ce que tu as envie de t'en débarrasser ?
De t'en délester ?
Alors que nous, on a encore envie que tu nous l'offres.
On ne s'en lasse pas.
Alors effectivement, la question se pose
ces derniers temps parce qu'avec mon producteur,
on a encore des demandes.
Mais ça fait six ans qu'on joue le spectacle
et moi, j'ai envie de passer à autre chose.
Donc on est sur un nouveau spectacle
qui va sortir d'ici 2025.
Et ça va exister sous une autre forme.
Je demande la route.
Je veux faire exister sous une autre forme.
Il y aura des expressions africaines quand même ?
Des petites choses ?
Pour le prochain, là ?
Oui !
Mon frère !
C'est ça, tu parles doucement, doucement comme ça, là !
Nous allons justement évoquer le français relâché,
l'enrichissement du français et de l'anglais
grâce à l'Afrique de tous les talents
et les diasporas qui vont avec,
le Cameroun même pour être précis.
Si tu ne parles pas camfranglais,
nous avons un spécialiste à la maison,
un linguiste, Julien Barret.
Bonsoir.
J'ai même envie de te dire bienvenue chez toi
dans Couleurs Tropicales,
parce que nous, on aime bien justement le camfranglais,
même si on a besoin de toi pour nous guider
parce qu'on ne sait pas tout.
Avec Benjamin Le Brave,
tu as initié ce projet,
Y'a les Wé.
Y'a les Wé en camfranglais, c'est Apprendre les Barrets,
mais ce projet, il est parti du 91 de l'Eson.
Je ne suis pas expert du camfranglais,
mais on va pouvoir parler
de différentes variantes du français un peu partout.
Exactement.
Alors, non mais parce que,
pourquoi je voudrais que tu nous,
parce que la traduction,
donc tu l'as dit un petit peu,
c'est lorsqu'on dit Y'a les Wé,
ça veut dire que...
C'est assez équivoque.
Le camfranglais n'est pas encore parfaitement fixé,
donc parfois il signifie plusieurs choses.
Wé, on voit bien que ça vient de l'anglais,
Wé, le chemin,
mais ça peut être plus métaphorique,
ça peut être la façon.
Et Y'a les Wé, c'est Y'a, c'est comprend,
c'est comprend nos façons, la manière, la langue
et tout ça, c'est parti d'un atelier en Essonne
où c'est ce département là,
où les nouveaux mots de l'Île-de-France
et de la langue française arrivent aussi
avec une expression.
C'était les élèves qui ont dit,
on a fait un lexique du 91,
ils ont dit, on va appeler ça Apprends les Bailles.
Ouais, Apprends les Bailles.
Apprends les Bailles.
Alors justement, de quelle baille est né Y'a les Wé ?
Est-ce que tu veux que je te dise d'où vient le mot baille ?
Oui.
Le mot baille,
c'est un des mots les plus emblématiques
de la langue française telle qu'elle est parlée
notamment ici en métropole, à Paris.
Et y'a trois origines qui se rencontrent
de manière assez mystérieuse.
En fait, on dit pas les beaux,
on dit les bailles et on se dit comment ça se fait.
Et ça vient certainement de Grigny.
Dans les années 90,
y'avait des mecs qui écoutaient du rap,
qui étaient fans de films de gangsters américains,
les trucs Menace to Society et tout.
Ils se sont mis à tout suffixer en baille.
Ils ont entendu les drive-by shootings,
ils ont dit, on va tout faire en baille.
Des mecs de Grigny, dans les années 90.
Un mot micro-fort dans le 91.
T'as vu là, je suis...
D'où tu viens.
Exactement.
Plus un créole haïtien bagaille abrégé en baille.
Exactement.
Qui serait bagage, qui serait truc-chose.
Et ça retrouve de manière incidente et totalement surprenante
un ancien usage du français
qui est dans le dictionnaire de l'académie au 18e siècle.
Ce n'est pas de mon baille, pour ça ne me concerne pas.
Et oui, c'est vrai.
Tu as du créole haïtien, de l'argot de Grigny et de l'ancien français.
Mais oui, alors même si je suis afro-caribéen de la Guadeloupe,
mais en Martinique aussi, on dit bagaille.
Bon, ça n'a rien à voir avec le bac.
Tu as évoqué le Camer.
Le Cameroun, donc.
Alors, comparé à vous deux, à Rukiata et à Julien,
notre troisième invité fait figure d'habitué,
puisque c'est la deuxième fois qu'il vient dans Couleurs Tropicales.
Ben oui, quand même.
Il est du Cameroun, donc.
Il joue son spectacle ici et là.
Et il est très applaudi.
Et puis, au moment où Julien Barret et Benjamin Le Brave
sont entre deux mondes,
lui nous dit qu'il est entre trois mondes, pardon,
parce que Camer, France et Angleterre, donc Camer franglais.
Lui est entre deux mondes.
Le nom de son one-man show, Ulrich Takam.
T'as tout dit.
Ulrich.
C'est terminé, voilà.
Tu seras donc, pour ne pas me tromper,
tu seras ce vendredi 4 octobre au Nouvel Acte.
C'est à 20h.
Et puis le samedi 12 octobre à l'Européen à 19h30.
Ce sont deux lieux parisiens.
Tout va bien pour ton spectacle, pour ton one-man show ?
Il te donne toute satisfaction ?
Oui, ça va.
Sinon, on aurait arrêté depuis l'année dernière.
Donc ça va, jusqu'ici, tout se passe bien.
Depuis trois ans déjà,
on essaie de ne pas se cantonner à jouer seulement en Afrique,
mais à venir jouer aussi ici,
parce qu'on a un public,
on a une diaspora,
au-delà de la diaspora,
on a un public francophone qui est plus large,
et on va chercher le public, on va le chercher.
Parce que tu as le visa, c'est tout ?
Voilà.
C'est important.
Long séjour.
Visa, ça suffit pas.
Long séjour.
Alors, qui ?
Lucien Zarté.
C'est vrai, c'est vrai.
C'est important.
Je dois donner mon CV.
Tu vas faire des jaloux, tu vas faire des jaloux.
Alors, question rituelle,
qui a eu vent de qui, ici, parmi vous trois ?
Est-ce que vous vous connaissez ?
Vous connaissiez ?
Je faisais des critiques de spectacles,
et je n'avais pas vu ce spectacle,
mais tu l'as joué au Lucerner, au début,
où il avait reçu le dossier de presse à l'époque.
Et j'ai vu le spectacle juste avant.
Enfin, j'ai vu un extrait,
parce qu'il y avait un plateau francophone,
et pas uniquement francophone, là, ce soir.
Oui, on va en parler.
Elle a parlé de la classe, notamment.
L'école, oui.
Oui, elle le dira.
Et puis ?
Et Ulrich, son co-auteur,
qui est une des figures qui nous a aidés
à y voir plus clair dans le camp franglais,
Richard, qui est aussi un journaliste de RFI au Cameroun.
Oui, Richard, il faut donner son nom, quand même.
Richard B. Unanena.
Parce que nous aussi, on a un Richard, sinon, si c'est ça.
Je vais faire un très léger doute sur le M et le N.
Non, il s'appelle Richard B. Unanena.
On écrit ensemble, et c'est aussi mon metteur en scène.
Et il est aussi journaliste,
et correspondant de RFI au Cameroun.
Il fait tout, le mec.
D'accord.
Je ne sais pas pourquoi il fait tout, mais il fait tout.
En ce qui concerne Rukiata et Ulrich,
faites semblant de ne pas vous connaître tous les deux.
On n'a pas besoin de faire semblant, je ne la connais pas.
Jamais entendu parler.
C'est la première fois.
Je ne savais pas que tu existais.
Bimoule.
De quoi tu parles ?
Ça veut dire quoi exactement ?
Je ne sais pas, mais c'est à toi de nous le dire.
C'est malien, c'est chinois.
Je suis allée jouer à Yaoundé et à Douala l'année dernière, au mois d'octobre.
On a fait une tournée dans les instituts français.
Et il est venu voir mon spectacle.
Moi, je le suivais déjà sur les réseaux sociaux,
et j'adore son humour.
Et à chaque fois, il dit une phrase, Bimoule.
Et je ne comprends pas ce que ça veut dire.
Et ça fait éclater le monde.
Et donc, la première chose que j'ai faite quand je l'ai vue,
je lui ai dit, ça veut dire quoi, Bimoule ?
Et il ne m'a pas donné la réponse.
Je pense que c'est le moment.
Tu n'as pas donné la réponse ?
Non, je pense que c'est le moment.
J'attendais un moment solennel.
Il est important que je te le dise maintenant.
Bimoule veut dire exactement Bimoule.
Il était important que tu le saches.
C'était nécessaire pour moi.
Tu vois ma vie, Julien ?
Tu vois la vie que je mène ?
Alors, tu es arrivée vraiment à la dernière seconde,
là, dans notre studio, ici, à la gaieté lyrique.
Parce que tu étais sur scène.
Alors, comment as-tu vécu ce moment face au public ?
Déjà, soulagée.
Parce que j'étais la première à passer.
Je ne sais pas si tu te souviens.
Lorsque Rukiata Ouedraogo ouvre,
je veux dire, c'est une ouverture en fanfare.
Ce n'était pas facile d'ouvrir cette cérémonie
où il y a vraiment des palettes de talents qui étaient là.
Mais c'était super. Je suis très contente.
Je suis très contente de mon passage.
Et puis le public a applaudi.
Donc, ça fait chaud au cœur.
Alors, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas
le spectacle,
vieux spectacle de Rukiata Ouedraogo,
ou qui auraient envie de le voir
parce qu'il y aura encore quelques dates,
il y aura encore quelques dates,
écoutez.
Qui est comé quoi ?
Comédienne ?
Rukiata, vous êtes pleine de bonne volonté.
Vous irez très loin dans la vie.
On n'est pas ici.
Tu crois qu'on a bien fait de la laisser partir ?
Mais regarde bien,
elle est si jeune.
Pour les ancêtres,
la première gorgée est toujours
réservée aux ancêtres.
Ah, maman.
Enfin. En quel bonheur
de t'entendre, maman.
Qui fait le plus d'humanité en Afrique ?
C'est nous, les immigrés.
Nous faisons de l'humanité familiale.
Le balayeur Marien qui balaie tous les jours
dans le métro, il en vend beaucoup plus
d'argent en Afrique que Angelina Jolie
et tous les réfugiés.
Ce que j'ai aimé, c'est que certains passages étaient très engagés.
Donc, ça fait plaisir d'être là
et d'écouter quelqu'un qui nous fait rire
et qui nous fait réfléchir en même temps.
Bon, je vais pas me plaindre. Moi, je suis arrivée à l'avion.
Il y en a qui arrivent à la malle.
C'était génial. Elle est géniale.
C'était top. Super.
Dans ma classe, on était 180, minimum.
Oh, mon petit. Qu'avez-vous fait de beau aujourd'hui à l'école ?
On a fait la taille !
Une comédienne noire en France ici
avec un accent coupé-coupé
comme le tien.
Ma chérie, elle va galérer.
Rukatia Wendraogo
dans Couleur Tropicale ici
à la météo lyrique.
Est-ce facile ? Alors, on a entendu les réactions
des uns et des autres,
des unes et des autres. Est-il facile de quitter
un spectacle qui offre tant de bonheur aux autres ?
Justement.
C'est vrai que c'est pas facile. C'est pour ça, d'ailleurs,
que j'ai envie de prolonger, mais sous une autre forme, en fait, ce spectacle-là.
Ah, ben voilà. Voilà, il y a une partie du spectacle
qui va être transformée en quelque chose d'autre
que j'ai pas envie d'annoncer ici,
mais pour pouvoir revenir dans ton émission
pour l'annoncer.
Avec grand plaisir.
Je voudrais te remercier pour ce moment
de musique. Il y en a dans le spectacle,
mais dans la bande-annonce,
on a entendu cette chanson,
une des chansons cultes d'Orlus Mabellé.
Et merci pour lui
parce qu'il est dans nos cœurs à jamais.
Il nous a quittés il y a quelques années,
mais voilà, Orlus Mabellé, il est là.
Alors, merci pour ça.
Messieurs, avez-vous vu le spectacle ?
En partie.
C'est-à-dire ?
Non, en fait, je ne l'avais pas vu.
J'étais au courant
de l'existence du spectacle.
Pendant 20 ans, j'ai fait des critiques de spectacle
et c'est au moment où j'ai un peu arrêté d'en faire
que j'ai reçu
l'annonce de ce spectacle.
Effectivement, qui est déjà remarquable
par l'expression
qui n'est pas reçue de la même manière
en Afrique et en France.
Je demande la route.
Et d'ailleurs, moi, je me demandais d'où venait cette expression.
Et à mon avis, les Français
l'ont reçue comme quelque chose
d'un peu incongru ou nouveau.
Et peut-être,
je ne sais pas s'ils ont même pensé
que ça existait comme expression.
Julien, il est en train de faire mon métier.
Non, effectivement,
il y a des personnes qui étaient surpris.
Mais comme dans le spectacle, j'explique
c'est quoi je demande la route.
J'explique à la fin de mon spectacle,
au milieu de mon spectacle.
Et il y a des Français qui sont allés
au Burkina ou en Côte d'Ivoire
ou au Manille ou au Sénégal.
Et toutes ces expressions-là sont d'Afrique de l'Ouest.
Donc du coup, il y a quand même des gens
qui connaissaient l'expression.
C'est assez connu quand même.
Ulrich, et toi, tu as vu le spectacle justement lorsque...
Oui, oui, lorsqu'elle m'a dit bimoulet.
Je me souviens comme si c'était
encore hier.
C'était un grand moment.
J'avais vu
l'affiche, je suis tombé sur l'affiche
de la tournée. C'est vrai que moi-même au Cameroun,
je bouge beaucoup. Et j'ai regardé
les dates, j'ai dit de toutes les façons,
si je ne le vois pas à Yaoundé, il faudra que je le voie
à Douala. C'est tombé bien.
Je l'ai vu finalement à Yaoundé
qui est ma ville de résidence.
C'était un soir, c'était magnifique.
Je n'avais pas de programme
ce soir-là. Donc vraiment, il n'y avait
pas d'engagement.
Tu étais libre dans ta tête.
Je suis allé m'asseoir en salle
et j'ai passé un moment magnifique.
Moi, ce que j'ai retenu de base,
c'est qu'il y a énormément
d'éléments de théâtralité.
C'était un beau voyage
parce que pour nous autres qui
venons un peu, qui sont un peu les enfants du théâtre,
retrouver ça dans un spectacle d'humour,
c'est toujours très plaisant.
Mon voyage était beaucoup plus théâtral
qu'humoristique, si on va dire ça comme ça.
Et c'était...
Il y avait le petit côté drame,
le petit côté drame du spectacle
qui est pour...
Parce qu'en fait, un humoriste,
il est déjà drôle. C'est quoi la plus-value?
C'est ça. Donc en fait,
vous êtes censé...
Tu es humoriste, tu es drôle.
Maintenant, si à côté de ça,
tu déclenches des émotions,
c'était magnifique. Et c'est ça qui m'a marqué
dans ce spectacle.
Merci, je prends tes mots
et c'est des mots qui me touchent énormément
parce qu'effectivement, moi dans mon travail,
je ne monte pas
sur scène pour chercher le rire.
Le rire pour moi, c'est après.
Je cherche à faire passer des messages
parce que je me dis qu'on a l'opportunité
de s'exprimer devant un public.
Et nous, on vient d'un pays où on a
quelques difficultés, donc venir avoir
cette opportunité et parler
de la pluie ou du beau temps, je ne trouve pas ça nécessaire.
Donc j'essaie de faire passer
des messages et je suis très heureuse
d'entendre ça, qu'il y a
le côté drame, le côté
profondeur en tout cas.
Effectivement, c'est ce que je voulais
avec ce spectacle et je trouve que c'est le spectacle qui me ressemble
le plus en fait. Moi-même, j'ai du mal
à lâcher ce spectacle.
T'es dramatique, c'est ça ?
On doit te voir pleurer, c'est ça ?
Non, pas du tout. Quand j'ai fait
les cours Florent,
beaucoup de gens me disaient que j'étais drôle
mais un de mes professeurs, Georges Beko,
que je salue parce que c'est lui qui m'a pensé.
Tu danses pas avec lui ?
Exactement, Georges Beko qui est extraordinaire.
C'est lui qui m'a dit, écoute Ulquiata, tu es fait pour jouer du drame.
Et il veut absolument me mettre en scène
avec une
pièce là
pas Eurydice mais
Bérénice.
À chaque fois, il m'appelle, il me dit alors t'es prête ?
Il faut du temps, il faut qu'on fasse ça.
Parce qu'il me voit jouer ça et il me dit
tu es fait pour jouer du drame.
J'ai hâte de te voir.
En tout cas, en attendant,
Ulquiata Ouedraogo
à la radio, donc comédienne.
Merci d'avoir rappelé son talent de comédienne.
C'est sa théâtralité.
Animatrice aussi.
J'annonce que
tu seras bientôt sur RFI.
On va t'entendre sur RFI
dans un podcast.
Mais dis donc, vous êtes bien renseigné
monsieur, on peut rien vous cacher.
Tu vois, France Média Monde, la RFI,
France 24, tu vois,
il y a la patronne, juste en dessous là.
Il y a le DG, juste
en dessous là. Il y a les directeurs.
Moi, je suis en bas, en bas.
Donc je suis au courant
tout redescend.
Effectivement, oui.
Mais ça va être un truc génial.
Oui, mais je suis vraiment heureuse pour cette nouvelle aventure.
C'est quelque chose qui est venu comme ça.
Parce que quand j'ai cessé de faire mes chroniques sur
France Inter,
je recevais beaucoup de messages.
Et c'est là que je me suis rendu compte que mes chroniques
touchaient autant de monde.
J'étais vraiment surprise parce que les gens m'envoyaient des messages.
On ne t'entend plus, on aimerait t'entendre.
Et un jour, il y a une fille
de...
Elle avait 8 ans, je crois. Elle venait de fêter son anniversaire.
Et elle m'a envoyé un message
vocal sur Facebook.
En me disant, Rukiata...
Et elle a ressorti un de mes
sketches, une de mes chroniques
que j'avais faites sur mon enfant
qui... Bon, bref, je ne vais pas tout dire ici.
Mais voilà. Et elle m'a ressorti ça
en me disant, oh, ça nous manque. Quand est-ce qu'on va
t'entendre encore ? Et là, je me suis
dit, mais en fait, une gamine de 8 ans
qui t'envoie un message vocal
sur les réseaux sociaux pour te dire ça, il faut que
tu fasses quelque chose. Et c'est là que je suis allée taper
à la porte des RFI qui m'a gentiment
ouvert les bras et j'ai proposé
ce podcast. Et voilà, ça a été validé
et je suis très contente. Je rentre en studio bientôt
et ça va sortir bientôt !
Tu as évoqué
France Inter,
les chroniques, et
nous sommes en ce premier jour du
Festival de la Francophonie, ici
à la Gaîté Lyrique. Et on va faire
un petit retour en arrière. Tu parlais
de la francophonie sur France Inter.
On écoute.
Mais je connais rien, moi, à la francophonie.
Mais voilà, dans le studio de France Inter,
entre l'immense Bernard
Pivot et le grand linguiste Bernard
Ciclicchini, à chercher quelque chose
d'intelligent à dire.
Je me sentais à l'aise entre les deux, Bernard,
comme la rédaction d'une écolière africaine
coincée entre les œuvres complètes
de Proust et le dictionnaire de l'Académie
française.
À chaque question, je répondais,
euh, tout à fait.
Je suis tout à fait d'accord
avec ce que Bernard vient de dire.
Je répétais
ce que disaient les Bernard.
Heureusement, j'avais
préparé une version tropicalisée
du Petit Chaperon Rouge.
J'ai assaisonné au mouchi, tu sais,
le langage ivoirien, et j'ai fait
ma petite maligne
à l'antenne avec ça.
Il était une fois, une petite
frechnie, la plus jolie gos
du village. Sa daronne en était
enjoyée et sa mère grand
encore plus.
C'est cette vieille mousseau que lui fit
faire un petit boubou et un foulard rouge.
Bon, vous voyez un peu le truc, quoi.
Wallahi, je ne savais pas si j'étais en train
de faire un truc drôle ou si je m'étais.
J'étais en train de m'offrir une humiliation nationale.
Mais en tout cas, ce qui est sûr,
c'est que quelques jours plus tard,
Charlie Naki, on avait parlé de ma prestation,
m'a appelé et m'a proposé de faire
ma première carte blanche dans son émission.
Oui, c'est donc à la francophonie,
entre autres, que je suis ici aujourd'hui.
Et ça me fait vraiment quelque chose
d'irrépenser six ans après.
Ça se fait, non?
Et je profite de l'occasion pour rappeler
qu'en 2022,
il y avait 321 millions
de francophones dans le monde.
Et c'est grâce à qui?
Grâce à nous, les Africains!
Vas-y donc, ça fait de l'émotion
parce qu'effectivement, oui,
c'est grâce à cette chronique-là qu'on m'a recrutée
sur France Inter.
Nous, en tout cas, ça a été un bon moment
parce qu'on entendait aussi
que tu portais toute ton africanité.
Et ça, c'est intéressant.
Et puis, de rappeler,
effectivement, s'il existe la francophonie,
c'est parce que les locuteurs francophones
sont hors de France
et que le plus grand pays
francophone au monde,
c'est... Quiz!
C'est l'Afrique!
C'est pas mal!
La panafricaine que tu aimes
s'est exprimée.
C'est la RDC quand même.
C'est important de le rappeler.
Avant de quitter
totalement ce souvenir de France Inter,
as-tu des nouvelles de Charline Vanhoenacker?
Pas récent,
mais quelques nouvelles, oui.
Des autres membres de l'équipe,
et puis on s'envoie des messages de temps en temps.
D'accord.
Je crois que j'ai soulevé un truc, là.
Les autres membres de l'équipe.
Non, non, mais...
Je trouve un peu regrettable
comment l'émission s'est arrêtée, en fait.
C'est juste ça. C'est vraiment dommage
parce que c'était vraiment une très belle émission.
On était vraiment...
C'était une joyeuse bande.
De la pertinence, tout ça.
C'est vraiment dommage.
Liberté d'expression.
À géométrie variable, parfois.
Julien, est-il facile,
justement, puisqu'on parle de francophone,
on parle d'africanité, dans une France
qui est en proie à bien
des replis identitaires, est-il facile
d'avoir les bons partenaires
pour... A-t-il été facile d'avoir les bons partenaires
pour Yalewé, justement?
Yalewé,
c'est deux Blancs qui vont en Afrique.
De loin, ça peut faire tintin
au Congo, mais je vais expliquer en quoi
ce sera différent.
Mon meilleur
pote habite au Ghana, il est franco-américain.
Je l'ai rencontré...
On n'a jamais travaillé ensemble, mais on a un intérêt
commun pour la langue. Il s'appelle Benjamin Le Brave.
Il habite au Ghana, il a monté un label
qui s'appelle Aquabat Music depuis 15 ans.
Il ne vit pas du tout comme un expat.
Il vit comme un mec d'une
classe moyenne, je ne sais pas, à Accra.
Je suis venu voir,
mais je ne suis pas un spécialiste de l'Afrique. Moi, je suis
linguiste, et ce qui m'intéresse, c'est
là où j'ai grandi, à Pantin ou à Bagnolet,
où j'habite dans le 93, c'est de voir les
différentes manières dont parlent
les gens, à la fois dans le style
et les registres de langues et les mots.
Et comme je
faisais allusion tout à l'heure, j'avais fait
un atelier assez long, parce qu'il y avait
des profs d'une classe professionnelle
à Risorangis, avec des jeunes
qui viennent de ces cités un peu
difficiles, notamment Grenie, c'est une des villes
les plus pauvres de France.
Grenie, Corbeil, etc.
Elles ne comprenaient pas, la prof,
ce que disaient les jeunes.
Par exemple, les jeunes, ils disent, Madame, vous datez.
Elle dit, comment ça, je date, je ne suis pas vieille.
Non, non, ça fait longtemps qu'on ne vous a pas vu, Madame.
Elle dit, ah, c'est bien, ça, c'est
bave. Comment ça, je bave ? Non, c'est
bien, c'est bave, c'est bien. Et donc,
je me suis rendu compte qu'il y avait des mots qui venaient
du Nushi, auquel
Rokyata a fait référence, qui est
la langue, la créolisation, la nouvelle
langue qui existe en Côte d'Ivoire
et du Camfre-Anglais, qui est un remix de français,
d'anglais, de langue nationale. Donc, nous,
on est venus et on voulait
venir au Cameroun.
Et ce n'est pas nous qui allons porter ce projet.
Nous, on a l'idée de se dire,
OK, il y a, dans le 91, dans le
93, en Ile-de-France, en France,
des mots dont le français
contemporain, ce n'est pas uniquement
des mots qui viennent de l'arabe, de l'américain,
du gitan, des
anciens mots d'anciens français. Il y a aussi
des mots qui viennent de l'Afrique de l'Ouest. Et les
acteurs et les actrices qui vont
l'idée originale qu'on a eue, c'est de dire
c'est des gens qui portent l'oratoire, c'est des artistes.
Les artistes, c'est les musiciens.
Donc, c'est Valérie Endongo,
Valérie Endongo Comedy Club,
avec Norma,
et plusieurs personnes,
Sylvanie, Destin de Peuze.
Il y a Copo aussi. Il y a Copo qui nous a porté.
Copo qui est celui qui a
popularisé le Camfre-Anglais avec sa chanson
« Si tu vois ma go, dis-lui
que je go. » Puis ensuite, il y a des
linguistes comme Laurent Cipolo, il y a des journalistes
comme Chet Abilé. Et on a
tenté d'aller voir les personnes les plus
compétentes, les plus précises et
les plus artistes pour porter
ce message.
Ulrich, toi, dans ton
spectacle, est-ce que tu te sers aussi
justement de tout ça ? De ce Camfre-Anglais ?
Certains diraient
de mots argotiques venus
des faubourgs, des quartiers
populaires de Yaoundé ou de Douala ?
Presque tout le temps, parce que
c'est parfois plus chaleureux.
Il y a des moments où c'est
vraiment chaleureux et il y a des moments
où il y a des termes que
tu utiliserais
en français basique
que ça n'aurait pas la même pertinence.
Surtout, au Cameroun,
je le fais plus souvent. Après,
quand tu sors, tu dois diminuer la dose
ou du moins dans l'écriture.
Quand tu places un mot, tu dois
pouvoir l'expliquer après pour que celui
qui n'a pas compris, qu'il entre dans
le code de la communication et pour que ta vanne
puisse passer. Mais c'est très
plaisant. Est-ce que ça veut dire aussi
qu'Oulrich, avec son spectacle Entre
deux mondes, est-ce que parfois tu as le sentiment
d'avoir le cul entre deux chaises ?
Oui, un peu.
Ce n'est pas évident.
Et c'est trouver un juste milieu
qui est un gros challenge quotidien.
Trouver un équilibre parfait.
J'ai même envie de dire, je ne sais pas
ce que parfait fait dans la phrase, parce que
l'équilibre parfait, tu ne le trouveras pratiquement
jamais. Donc, tous les jours, au quotidien,
tu dois chercher
comment placer les choses
et c'est peut-être ça qui fait la beauté du truc.
C'est peut-être ça qui fait que
c'est challengeant, c'est plaisant
et c'est une belle aventure, si on va dire
ça comme ça. L'équilibre parfait, c'est
peut-être celui qui fait mouche
auprès du public.
Oui, parce qu'après,
c'est lui le patron.
Le public, c'est le patron.
S'il décide que
ça ne marche pas, ça ne marche pas.
Tu as beau estimer
au fond de toi que non,
c'était censé marcher. Quand je faisais
ça, c'était pour que ça marche.
Je te sens bien envers,
mon cher Ulrich Takam.
Je sens que tu...
Alors, on va te demander, s'il te plaît,
de nous faire un extrait de ce spectacle-là en direct.
Oui!
Oui! Oui!
Alors, je me lève,
je me couche, je m'assois.
Ce spectacle, je le jouerai de vous.
Alors, OK,
je vais commencer.
Alors, OK, c'est parti.
Normalement, je ne devais pas être ici.
Je ne sais pas si tu es au courant.
Normalement, je ne devais pas être ici parce que je devais
prester à... Je devais jouer à Demain's Catch
à un enterrement, mais on m'a appelé pour me dire que finalement,
la personne n'est plus morte.
Ça m'a beaucoup dérangé.
Mais ce n'est pas plus mal parce que
après, ça me permet d'être ici avec vous
et d'être à Paris aussi.
Mais c'est vrai que ces derniers temps,
je suis beaucoup entre l'Afrique et l'Europe.
Et c'est ce qui déplait
considérablement à mon père à chaque fois que je rentre.
Parce qu'à chaque fois que je l'appelle,
je lui dis, papa, je suis en train de rentrer.
Pour aller où?
Tu viens en Europe et tu rentres encore?
Tu rentres comme quel autre membre de ta famille
était rentré?
Je lui dis, papa, écoute,
il faut que je rentre.
Parce que c'est un peu difficile.
Quand je suis hors du Cameroun, c'est compliqué.
Et je peux me permettre de ça parce qu'aujourd'hui,
avec la carrière d'artiste,
je peux monter, descendre, je peux avoir un visa,
même si la plupart du temps, ils me mettent dessus.
Coups, séjours, tu vois.
C'est comme ça. Tu peux au moins monter.
Et pour en arriver là, ça n'a pas été facile.
Pour devenir humoriste même,
c'était compliqué. Je me rappelle quand j'ai dit
à ma petite amie, j'ai envie de devenir humoriste.
Elle m'a dit, wow, c'est cool.
De toutes les façons, notre relation a trop duré.
Donc, je ne vois pas où est le problème.
Je lui ai dit, écoute, mon bébé, toi même, tu sais,
j'ai toujours été comique. Ridicule ou comique ?
Bon, ça va, il n'y a pas de soucis.
Je n'ai pas honte de ce que j'ai envie de faire.
Pas comme toi, même, tu vois, honte dans ta vie.
À ton âge, ton matériel est tout dehors sur le soleil.
Tu penses que c'est le mou qui va faire quoi ?
Mais bon, voilà, on a challengé, on a challengé.
On en est arrivé là.
Et ce 4 octobre,
on se lâchera davantage.
Oublie ta gamme.
Non, mais l'histoire,
ça arrive souvent aux hommes. Je ne sais pas si ça arrive
aux femmes. Je te regarde au kata.
Mais c'est vrai que lorsque
tu es artiste, tu veux vraiment être artiste.
Tu es sûre, tu veux vraiment
que l'on se quitte. Mais c'est vrai,
ça arrive. Alors moi, je n'ai pas eu ça.
Moi, j'ai plutôt eu le soutien
de ma famille, honnêtement.
C'est un de mes frères qui était un peu...
Il m'a dit, est-ce que tu deviens artiste ?
Est-ce que tu pourras continuer à nous envoyer de l'argent
tous les mois ?
Parce qu'avant, j'avais un boulot,
j'avais un petit salaire,
mais qui tombait tous les mois. Et voilà,
il y avait la garantie.
Et donc lui, il m'a dit, si tu deviens
comédienne, c'est pas sûr que ça va marcher.
Peux-tu dire aujourd'hui,
maintenant, j'ai un gros salaire qui tombe tous les mois ?
J'aimerais bien le dire.
Sa famille l'écoute.
Je ne gagne rien du tout.
Non, mais en fait, il y a un journaliste
un jour, c'est Awaga, j'ai fini de jouer.
Il est venu devant moi et il m'a dit
waouh, ça se voit que c'est toi
qui portes la culotte dans ton couple.
Parce que tout simplement, j'incarnais
sur scène. Et les gens pensent que
oui, voilà, on joue ce qu'on est
sur scène. Effectivement, on est une partie
de ce qu'on incarne sur scène.
Mais on interprète des gens, c'est des personnages
qu'on joue. Et c'est vrai que la réflexion
est venue d'un journaliste Burkinabe
qui m'a dit ça. Et je lui ai dit,
non, mais pas du tout. Moi, sur scène,
je suis petit modèle.
A l'époque, on m'appelait petit modèle.
Donc voilà, c'était le spectacle.
J'ai incarné
une palette de 12 personnages,
je crois. Donc je faisais les oncles, les tantes
et je faisais vraiment les mamans à Château Rouge
les coiffeuses, tu sais,
qui ont un fort caractère.
Et lui, il pensait que j'étais vraiment comme ça dans la vraie vie.
Et je lui ai dit, bah non,
c'est pas moi qui porte la culotte.
C'est pas elle qui porte la culotte, mais hors antenne,
lorsqu'elle arrive, je peux vous dire que
on entend qu'elle, on le voit qu'elle.
Mon cher Julien Barré,
je vois, tu entres les deux,
tu prends du plaisir,
tu vois, tu as le flot
des deux qui t'arrive.
En stéréo.
Ce 2 octobre, justement,
ici, à la Gaîté Lyrique,
pour l'ouverture du Festival de la Francophonie,
tu as animé,
déjà, quelques ateliers
autour de Yalloway.
Alors, comment est-ce que ça se passe ?
Tout cela est-il reçu ?
Comment est-ce que c'est vécu ?
Ça se passe bien. Yalloway, c'est une chaîne
Instagram et tout ça, c'est des vidéos.
Avec les humoristes,
les rappeurs,
les intellectuels dont on a parlé.
Et ça se décline en ateliers. Les ateliers, on les fait ici.
Et les ateliers, c'était là,
j'avais une classe ce matin,
c'est des tout petits gars,
des enfants de 8-9 ans
d'une école primaire.
C'était l'école primaire Voltaire à Paris,
et je leur dis, c'est quoi
vos expressions à vous ?
Je peux vous en donner quelques-unes.
On fait le dictionnaire,
c'est de la lexicologie.
J'ai 25 mots, alors il y a des variantes
de quoi couber ?
Quoi couber, c'était un truc qui circulait
en France, c'est une sorte de piège,
j'articule pas,
toi tu dis quoi, et je fais quoi couber ?
On pense que ça vient notamment
de Côte d'Ivoire et du Nouchi,
et ils ont une variante, c'est impaillant.
Déjà ils disent ça tout le temps,
ils disent des lol,
quoi que flop,
mdr,
chè, il y a des choses de l'arabe,
il y a des choses qui viennent
comme miskine, chè,
il y a des mots qui viennent
de l'américain, comme clash,
il y a du verlan,
zikmu,
zarbi,
ça c'est notre génération, le verlan.
C'est marrant de voir qu'il y avait plein
de termes de notre génération,
avec des enfants de 8-9 ans
de Paris,
et en fait ce qui était incroyable,
c'est des ateliers qu'on commence à développer,
c'est des ateliers de lexique,
donc on saisit, pour les linguistes,
un peu de bureau, ça c'est du truc
de terrain, c'est de l'étude de terrain, on saisit
vraiment à l'instant T, les expressions qui circulent.
Et on est surpris de voir
que par exemple, les enfants de 8-9 ans,
quand je leur ai demandé de définir la francophonie,
c'est une des premières choses que je leur ai demandé,
ils ont été tellement plus
concis et
percutants que des gens, des adultes,
ils ont dit, c'est une langue,
la langue française dans le monde,
avec toutes ses variantes.
En 3 secondes, les enfants
de 8-9 ans,
ils avaient répondu à la question.
Voilà ce que j'ai fait ce matin, et on refait ça, mais pour le grand public,
dimanche pour le dernier jour,
à 16h30
et à 17h45, donc venez nous voir,
c'est ouvert, c'est gratuit,
vous allez nous dire quelles sont vos expressions,
et moi je vais vous faire le travail
du dictionnaire, du petit Larousse, du petit Robert,
quelle est la classe grammaticale,
qu'est-ce que ça signifie,
d'où ça vient, quelle est l'étymologie,
et on va faire tout ça ensemble,
et à la fin, les gens y repartent, avec leur petit lexique
chez eux, de leurs expressions,
qui sont aussi valables que d'autres
qui ne sont pas encore dans le dictionnaire.
C'est génial !
Je voudrais qu'on écoute Benjamin Lebrun.
Tout le monde en Afrique francophone
sait que les Camerounais ont leur propre façon de parler,
mais c'est encore
d'une certaine façon méconnu au-delà des frontières,
ou en tout cas au-delà de la diaspora.
Et même au sein de la diaspora,
même en Afrique, même au Cameroun,
c'est une langue qui peut gagner à être mieux connue.
C'est-à-dire qu'il y a des intellectuels,
des linguistes qui se sont penchés
sur la question,
et il y a toute une
composante de notre travail
qui est une sorte de vulgarisation de ce travail,
c'est de faire comprendre d'où vient la langue,
comment elle évolue, quel rôle elle joue,
et un autre côté plus fun,
qui est une illustration juste de la langue,
des sketches, des expressions
que les locuteurs mettent en avant,
et donc c'est un plaisir de partager à ce projet
et de permettre à la langue
d'être diffusée mieux comprise
et mieux appréciée.
Et puis on adore lorsque le petit Larousse
intègre justement
de nouveaux mots qui viennent d'Afrique,
enjaillé, lago, et tout ça.
On trouve ça génial,
et n'en déplaise à ceux qui...
Bon, j'arrête.
J'arrête, j'arrête.
Pour les amis, être dans la sauce,
on pense que c'est l'expression du Camfranglais.
Mais exactement.
Il y a aussi au Burkina Faso
un français relâché,
même si la Côte d'Ivoire inspire beaucoup le Faso,
parce que beaucoup d'ivoiriens
sont originaires du Faso.
Non, je suis en train d'ouvrir un truc, je vais avoir des problèmes.
C'est vrai, mais c'est vrai.
Oui, c'est vrai.
On est beaucoup inspirés par la Côte d'Ivoire, exactement.
Et on a quasiment
le même lexique.
Et d'ailleurs, entre la Côte d'Ivoire
et le Cameroun, parfois,
on ne sait pas si Go vient de...
Mais oui, mais c'est vrai.
Effectivement, pardon, excuse-moi.
Dans mon deuxième spectacle,
au début, j'ai eu la même réflexion que toi,
parce que j'utilisais aussi quelques mots
comme la Go, la vieille,
les choses comme ça. Et au début,
je ne savais pas trop comment le public français allait
se comporter, allait prendre la chose.
Donc, du coup, j'ai fait un petit lexique
que je donnais quand on achetait des billets.
Donc, les gens étaient contents parce qu'ils repartaient aussi
avec le lexique.
C'est exactement ce qu'a fait Valérie Ndongo en 2009.
Mais en fait, au bout d'une année, je me suis rendu compte
que ça ne servait à rien, donc j'ai arrêté.
En fait, les gens comprenaient.
Ils comprenaient.
J'aurais voulu parler de Yénenga
justement parce que pour toi, je sais que ton histoire
c'est quelque chose d'important.
L'histoire du peuple auquel tu appartiens,
la langue et tout cela.
Et puis l'épopée, parce que c'est surtout ça.
Yénenga, c'est l'épopée.
En 2013,
tu montes ton deuxième spectacle.
Parce que Yénenga, c'était ton premier spectacle.
Ton deuxième spectacle.
Ce deuxième spectacle-là, tu viens d'en parler.
C'est Ouaga Pressé.
C'était en 2013.
2014, coup d'État
au Burkina.
2013-2014, j'ai envie de dire que
Ouaga Pressé,
tu vois ce que je veux dire ?
Et puis,
en 2014, tu proposes également
ta première version
de Je demande la route.
Exactement.
Mais après, tu as fui aussi.
Tu es en France,
tu as fui.
Comment ça, j'ai fui ?
Tu as fui le pays.
Moi, je suis venue ici.
Je suis arrivée en France en 2000,
dans les années 2000.
Non, mais j'y retourne tout le temps au pays.
Pourquoi j'ai fui ?
Voilà, c'est ce que je voulais t'entendre dire.
J'y étais là, il n'y a pas longtemps, au mois de juin.
J'ai fait ma résidence d'écriture là-bas.
C'est là-bas que je m'inspire.
C'est important.
A chaque fois que je commence,
même un livre en fait,
je le commence ici ou peu importe,
si je suis ailleurs, en tournée ou je ne sais pas où,
il faut que je retourne chez moi, au Burkina,
pour terminer ou pour m'inspirer,
pour avoir quelque chose.
C'est toujours important de revenir à la base.
On a besoin de nos racines.
Tu pensais que Rukiata,
non, ce moment, non, non.
Je suis connectée au pays.
Tous les jours, j'ai ma mère au téléphone,
7 fois par jour.
Ne t'énerve pas, je ne veux pas de scandale
dans cette émission, s'il te plaît.
D'ailleurs, justement...
Il t'a provoqué un petit peu quand même.
Non, mais c'est ça.
Dans le genre scandaleux,
la première fois que Ulrich est venu
dans Couleurs Tropicales,
c'était chaud, très chaud.
C'était le 21 juin 2023.
Écoutez.
Quels sont ceux qui t'ont inspiré
dans l'humour ?
Dans l'humour ? Déjà, j'écoute tout le monde.
J'étais très, très...
Les deux qui m'ont...
C'est l'écriture.
L'écriture de Dieudonné.
Tu ne penses pas que j'ai suffisamment
de problèmes comme ça ?
Il écrit bien !
Le gars vient dans mon émission
pour dire Dieudonné.
Non, mais tu es fou !
Monika, vous me faites monter pour elle,
s'il vous plaît.
C'est un militaire, il va obéir.
Oh là là !
Coupe !
Tu as même demandé à Mathieu d'envoyer
du Dieudonné dans mon émission.
Tu veux mon licenciement ?
Non, je veux ta place,
mais pas ton licenciement.
Pour Dieudonné.
Effectivement, son écriture,
et je peux comprendre,
on sort de l'aspect polémique
et politique.
On est sur quelqu'un qui est un surdoué.
Oui, il est surdoué.
Quand tu l'écoutes, tu as très vite envie
de te poser la question,
comment est-ce qu'il fait pour écrire autant bien ?
J'ai été sublimé par le jeu
de Gad Elmaleh.
Je le trouve très agité sur scène.
Mais attends !
Tu veux qu'on ait des problèmes ?
Depuis, j'ai été licencié.
Non, pas de RFI.
Avant toute chose,
l'IA, c'est vraiment parfait.
L'intelligence artificielle ?
Oui, l'intelligence artificielle.
On aurait vraiment dit ma voix.
Attendez,
parce que ce n'est pas fini.
Est-ce que toi, aujourd'hui,
tu te considères comme un ambassadeur
du théâtre camerounais ?
Ni du théâtre camerounais,
ni de l'humour camerounais.
Nous sommes nombreux.
Si c'est que je dois me considérer
comme un ambassadeur,
alors nous sommes nombreux.
Il y a énormément de personnes.
Tous ceux qui portent l'art camerounais
pour aller à l'extérieur,
ils sont tous des ambassadeurs.
Maintenant, je me considère pas
comme un ambassadeur
parce qu'il y a encore énormément
de choses à faire.
Je crache pas sur ce qui a été
accompli jusqu'ici,
mais le travail reste encore grand.
On a quelque chose de magnifique
qu'est le français.
On est en perpétuelle évolution.
La culture doit continuer à évoluer.
On doit amener ça
le plus loin possible encore.
Je ne t'ai pas laissé finir
ce 21 juin 2023.
Tu parlais du français et de la francophonie.
Profitons de cet instant
pour ce premier jour du festival
de la francophonie.
Tu as quelques secondes ?
Je ne t'ai pas laissé finir.
C'est le 21 juin.
D'accord, c'est bon.
Dans les situations cocasses,
je voudrais juste qu'on écoute
un extrait du moustique de Rukyata.
Parce que j'adore ce skimé.
On adore ce sketch.
Les moustiques.
Vous savez, chez nous,
en Afrique, les moustiques, c'est un fléau.
Mais à Niamey, c'est une vraie mafia.
C'est pas comme les moustiques
des autres pays africains.
Les moustiques viennent te chanter
une berceuse ou une chorale
pour te faire dormir avant de venir te piquer.
Les moustiques à Niamey,
mais ils sont organisés
en armée d'élite, les salauds.
Mais dès qu'ils te repèrent,
ils ne te lâchent plus.
Escadrille en formation de combat.
Rukyata, bravo.
On pourrait écouter ce sketch.
Tu le connais, ça, Julien ?
Vraiment, le truc du moustique,
c'est parce que c'est vrai.
C'est vrai.
L'anophène est vicieuse.
Je l'ai vécu à Niamey.
C'était horrible, les moustiques à Niamey.
Ils sont énormes.
Ils te cognent, les moustiques.
As-tu déjà joué aux Antilles ?
Tu vois pas comment les moustiques sont méchants,
les Antilles ?
J'ai pas eu beaucoup de moustiques, là-bas.
Mais je te jure, à Niamey, c'était énorme.
A Niamey, c'est un autre truc.
On est d'accord.
Ils te manquent de respect.
Oui.
Tu peux pas discuter avec eux
parce qu'ils monopolisent la conversation.
Tu sais quoi ?
Moi, ils ont failli importer ma perique.
Ils sont venus sur moi comme ça.
Il y avait un niage de moustiques.
Tu as raison.
A Niamey ? Oui, c'est vrai.
Elle a raison.
Désolé pour ceux qui nous écoutent au Niger.
J'embrasse les gens qui nous écoutent du Niger.
Est-ce que tu sais qu'il y a encore des Nigeriens
qui me sentent toujours la vanne à chaque fois ?
Personne ne t'en veut.
Non, c'est plutôt sympathique.
Certains en veulent aussi à l'oriche
à cause de ça.
En fait, j'ai acheté un chien,
le Rottweiler, pour qu'il soit
mon animal qui va m'aider,
qui va assurer la protection de mon domicile.
Parce que les gens, là,
ils m'ont avarciné.
Non, non, non.
Et quand je dis que les bandits m'ont cambriolé,
c'est pas comme si j'avais subi.
No.
C'est le lendemain matin.
Quand je sors
de pas au salon pour prendre ma machine
parce que je voulais envoyer un mail,
je regarde ma machine, je ne vois pas.
C'est là que je suis en train de chercher la machine
et je constate que la télé n'est plus là.
La télé n'est plus accrochée au mur.
Mon premier réflexe, c'est d'appeler Norbert
qui m'avait vendu la télé il y a 20 mois.
Allô Norbert, dis-moi,
le mois passé,
quand je suis venu dans ta boutique
acheter la télé,
je suis rentré à Berth.
Parce que personne
ne s'attend
à ce que...
C'est que la vanne, elle est trop vieille.
Ce qu'on ne s'attend pas du tout, c'est que tu dis ça.
Je suis désolé.
Le 4 octobre,
donc, au Nouvel Acre, à Paris.
Et puis le 12 octobre,
à l'Européen,
toujours dans la capitale française.
Oui, tu voulais ajouter.
C'est la vérité.
Parce qu'en Afrique,
on a des gens qui gardent la voiture.
Après, ils viennent,
ils cherchent la voiture,
et ils partent ailleurs regarder
si la voiture s'est déplacée toute seule.
En fait, on a déjà volé.
Alors, il nous reste très peu de temps.
Julien Barret,
Yalloway, va voyager aussi un petit peu.
On a parlé de 91, 93 aussi.
Oui, bien sûr.
Et beaucoup d'ateliers qui vont se faire
à la fac de Ville-Tanneuse,
dans les lycées à Bobigny,
ça a lieu.
Une restitution avec Jacky Ido,
un slammer avec qui on partage la scène tous les deux.
Ça, c'est Canal 93, le 13 novembre.
On va essayer de faire un spectacle de cabaret
autour du Camp Franglais,
en mélangeant sous forme cabaret
toutes les formes de l'oratoire,
c'est-à-dire du stand-up,
du compte, du rap,
de la parole.
Et ensuite, l'idée, c'est de partir en Côte d'Ivoire
pour explorer le Nouchi
et de continuer toutes les variantes
de la parole du français
un peu partout.
À un moment donné, j'ai cru que tu allais partir.
Après ça, t'as dit cabaret,
c'est parti.
Attention !
C'est le moment de jouer.
On vous a demandé de choisir des chansons.
Et notre jeu sera basé sur...
C'est très simple.
Lorsque je vous donne...
Pardon, si je dis Ulrich,
tu ne donnes pas la réponse.
On va essayer de trouver la chanson que tu as choisie.
Et il n'y a que Rukiata et Julien qui jouent.
Attention, voici donc le choix de Ulrich.
Donnez-moi le nom de la chanteuse.
Ils ne m'ont pas trouvé.
Elle s'appelle Sandrine Nanga.
Elle est en featuring avec
C'est bon Ulrich.
T'as planté tout le monde.
Voici le choix
de Rukiata Ouedraogo.
Il n'y a donc Ulrich et Julien qui jouent.
Elle n'est pas seule aussi là.
La voix.
Oui !
Et pour terminer, le choix de Julien.
Il n'y a donc que Rukiata et Ulrich.
Les hommes ont gagné.
Rukiata Ouedraogo, merci infiniment d'avoir été avec nous.
Viens nous parler de ton prochain spectacle.
Merci Julien Barré.
Et puis Ulrich le 4 octobre
et le 12 octobre à Paris.
Merci infiniment d'avoir été avec nous.
Super.
On se retrouve demain.