Dans cette émission, on aime les parcours qui donnent de l’espoir. Émilie fait partie de ces femmes qui nous rappellent que rien n’est impossible : elle n’a pas laissé son handicap dicter sa vie et elle s’est battue pour devenir la maman de Cléo, qui a 1 an aujourd’hui.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Ce qu'on veut dans cette émission, ce sont des parcours qui donnent de l'espoir.
Quand on se retrouve en réunion avec l'équipe, on se dit qu'on veut des histoires
qui nous donnent vraiment la pêche et la lumière au bout du tunnel.
Emily, vous faites partie de ces femmes qui nous rappellent que rien n'est impossible.
Bonjour et merci d'être avec nous.
Vous n'allez pas laisser votre handicap vous dicter votre vie.
Vous vous êtes totalement battue pour avoir Cléo qui a un an aujourd'hui.
Merci de témoigner sur ce plateau.
Est-ce que vous avez toujours été habitée par l'envie d'être maman ?
Oui, c'est juste que chaque chose arrive en son temps.
J'ai profité avant 30 ans de faire du sport et de faire ce que j'avais à faire dans ma vie.
Et puis elle arrive à l'aube des 30 ans.
Ce n'est pas forcément l'horloge biologique, mais j'avais envie d'être maman.
A l'époque, vous aviez un petit copain.
Vous habitez à Mayotte.
C'est ça.
Il lui était d'accord ?
Oui, on en avait discuté.
C'est lui qui m'avait dit qu'on allait y aller.
J'avais arrêté la pilule et on avait commencé les essais bébés.
Au bout d'un an d'essais, vous vous mettez en pause dans ce projet bébé.
Vous commencez à avoir des problèmes de santé.
Quels étaient les symptômes ?
J'ai eu un début de paralysie au niveau de la jambe, des maux de tête.
Des maux de tête très violents ?
Très violents, au point qu'ils ont pensé à un AVC.
Mais finalement, ce n'était pas ça.
Après, ça a été compliqué sur le plan médical, où mon état s'est dégraté.
J'ai dû revenir en métropole, où j'ai perdu l'usage de la marche et de l'alimentation.
Ce qui a été terrible, parce que tout à l'heure, j'ai dit que votre parcours avait été très compliqué,
mais c'est au-delà, il n'y a pas de mots pour décrire ça.
Il faut déjà dire que vous vivez une errance diagnostique.
Oui.
C'est au point qu'on vous dit que c'est dans votre tête.
Vous avez une jambe paralysée, mais c'est dans votre tête.
C'est ça.
Les examens étant négatifs sur les imageries, j'ai malheureusement eu de nombreux bilans psychiatriques neufs
pour certains qui étaient persuadés que c'était somatique et que pas du tout.
7 mois après votre retour en métropole, vous prenez la décision de ne pas retourner à Mayotte,
à cause de votre santé.
A ce moment-là, vous en êtes où avec votre conjoint sur ce projet bébé ?
Nous, on s'est séparés dès que je suis arrivée en métropole.
Il avait oublié de me le dire quand on s'était séparés.
Ça a été très violent.
Il avait quelqu'un d'autre dans sa vie ?
Ça a été très violent sur tout.
Moi, j'ai tout perdu.
Du coup, j'ai dû tout reconstruire.
J'ai dû quitter l'île, j'avais un corps différent et ma vie qui change.
C'est-à-dire que non seulement vous n'êtes pas dans vos capacités habituelles,
vous sentez que vous êtes malade, vous apprenez que vous êtes trompée,
et là, vous êtes seule et en plus, vous n'êtes plus à Mayotte.
C'est comme si on avait tout effacé de ce que vous aviez construit avant.
Finalement, les médecins vont vous diagnostiquer une maladie neuromusculaire,
ça s'appelle une neuromyopathie.
Forcément, c'est une très mauvaise nouvelle, mais en même temps,
j'imagine qu'il y a une part de vous qui dit que ce n'était pas dans ma tête.
C'est sûr que quand je suis suivie et que je dois discuter avec des médecins inconnus,
au moins il y a un diagnostic de posé et ça permet d'être prise au sérieux
quand je dois rencontrer, avoir des rendez-vous médicaux.
Et surtout d'avoir la bonne prise en charge.
Donc là, vous êtes en fauteuil roulant, avec des soins quotidiens, bien entendu.
Vous devez reconstruire votre vie en métropole, vous l'avez très bien dit,
c'est-à-dire que vous arrivez en plus en fauteuil roulant à tout devoir refaire.
Où est-ce que vous êtes allée chercher la force d'affronter tout ça ?
J'ai beaucoup subi, mais en même temps, il y a eu des bas.
Il y a eu des bas où ça a été difficile, où il a fallu que je me batte.
En fait, j'ai toujours eu une rage de vivre qui fait que pour moi,
c'était hors de question que tout s'arrête.
Et ça m'a permis de me relever, notamment l'année du Covid,
où mon corps a pu se reposer puisqu'on était confiné.
J'ai dit stop, c'est le regard de la société qui me rendait handicapée aussi,
alors que je ne me sentais pas forcément handicapée, mais ça m'avait atteint.
J'ai dit stop, j'ai quitté mon fauteuil électrique pour être en fauteuil manuel
et je suis partie deux mois en road trip avec ma tante.
Pourquoi vous avez quitté votre fauteuil électrique ?
L'image que ça renvoie à la société, ça veut dire une personne très malade
et très handicapée, alors qu'en fait, pas forcément.
J'ai préféré être en fauteuil manuel, puis ça me permet aussi de l'emmener dans ma voiture
et m'autoriser les choses après.
Ça permet d'être beaucoup plus autonome et d'avoir ma voiture.
Donc à un moment, vous avez dit finalement, je veux reprendre.
C'était aussi symboliquement une façon de reprendre le contrôle de votre vie.
Est-ce que votre envie d'être maman, elle est toujours aussi présente
malgré le handicap à ce moment-là ?
Quand je vais mieux dans ma santé, oui, j'ai envie,
mais je n'ai pas forcément de personne sérieuse.
C'était déjà posé la question qu'il y avait possibilité,
il n'y avait pas encore la loi en France, mais possibilité de faire un enfant toute seule.
Ça vous avait traversé l'esprit quand même.
En 2022, en revanche, vous êtes en couple, vous retrouvez quelqu'un.
Vous tombez enceinte, qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?
Moi, je veux le garder.
C'était viscéral, c'était une évidence.
C'était le hasard parce que j'avais quand même des petites complications.
J'étais proche de la quarantaine à ce moment-là,
donc moins de chances de tomber enceinte.
Et puis la personne avec qui j'étais a refusé en bloc
et a fait beaucoup de choses pour que j'aille jusqu'à l'IVG.
Cependant, je n'avais pas envie de créer une histoire avec mon enfant
que je connaissais le père, qui n'était pas un père.
L'histoire pour mon bébé n'était pas quelque chose de sain
pour sa construction future.
Vous vous disiez de toute façon,
je préfère le faire avec quelqu'un que je ne connais pas dans l'absolu
plutôt que de le faire avec quelqu'un qui l'abandonne,
qui ne la reconnaît pas et qui ne désire pas cet enfant.
Après cet IVG, est-ce que vous perdez tout espoir d'avoir un jour un enfant ?
Ça a été très violent quand même.
Ça a été très dur et je me raccrochais au fait
que j'avais déjà entamé les démarches PMA pour avoir un enfant.
C'était mon objectif.
Je continuais à avoir ma vie à côté pour essayer de...
Vous aviez déjà démarré les démarches PMA
avant de tomber enceinte de votre petit copain de l'époque ?
Non, c'est là où ça a été une révélation.
J'avais réussi à me dire que ce n'était pas grave si je n'avais pas d'enfant.
En fait, c'était viscéral.
C'est l'histoire de ma vie.
À l'âge à lequel je suis arrivée, c'est l'histoire de ma vie, ma fille.
Quelque part, est-ce que cet IVG vous a pas donné,
a pas encore plus creusé l'envie d'être maman ?
Ça a été quelque chose de...
Qu'on le veuille ou qu'on le veuille pas de faire un IVG,
je pense que c'est quelque chose de très douloureux pour une femme.
Moi, en tout cas, c'est grâce à ça qu'aujourd'hui ma fille est là
et que ça m'a boostée, qu'il était temps,
parce que j'allais avoir 40 ans,
et qu'il était temps que j'aie ma fille
et que je fasse les choses pour qu'elle soit là.
Le fait que vous soyez en fauteuil roulant,
ça n'a pas été un frein dans votre tête ?
Vous dire que vous êtes en situation de handicap ?
Pour moi, non.
Mais mon entourage, oui.
Moi, c'était une évidence.
Je me fais confiance et à un bout d'un moment,
on sait les choses, on sent les choses.
J'avais aucun doute sur le fait que j'allais gérer,
même seule, même en étant en situation de handicap.
C'était pas du tout utopique, c'était réaliste.
Et oui, je pense qu'aujourd'hui, ça se passe bien.
Vous allez nous en parler,
parce que là, franchement, c'est quand même une histoire de fou,
ce qui vous est arrivé, et puis surtout,
c'est le moment où quand même, là,
on va parler un petit peu de choses positives.
À la quatrième insémination,
avec du sperme de donneur anonyme,
vous tombez enceinte.
À ce moment-là, vous avez 38 ans, c'est ça ?
Oui.
Comment ça se passe, votre grossesse ?
C'est fantastique.
Parce qu'au début, j'y crois pas,
et puis on a un peu de doute,
mais ce que j'aurais eu, même si j'étais en couple, même valide,
on se dit, est-ce que je fais pas une bêtise ?
Parce qu'on sait que ça va nous changer la vie.
Mais je me suis rappelée que c'était exactement ce que je voulais,
que les hormones, la fatigue me faisaient tout chambouler,
et que c'était exactement ce que je voulais.
Et après, j'ai eu de la chance,
c'est que ma grossesse s'est merveilleusement bien passée.
J'ai été bien suivie par des spécialistes sur Paris.
Et entourée quand même par des amis, la famille ?
Oui, voilà.
C'était un peu dur pour ma maman au départ,
parce que je pense que c'était le handicap et le schéma familial.
Mais aujourd'hui, elle est fan de ma fille,
et mes amis m'ont toujours soutenue,
et mon frère est content aussi d'être tonton.
Vous avez entendu les infos d'Oussème,
vous avez bien compris que votre mère préfère votre fille à vous, maintenant.
Voilà, c'est ça.
C'est dur, mais il faut s'y faire, c'est comme ça.
En plus, vous avez fait la coupe du monde des scrims fauteuils à 4 mois de grossesse.
C'est ça.
Et vous ne m'en parlez pas.
C'est vrai.
Vous faites comme si c'était normal.
Et ça, c'est quand même fou.
Oui.
En fait, j'attendais l'avis des spécialistes,
est-ce que je peux le faire ou pas ?
Et en fait, je crois que personne ne...
Vous n'avez pas de réponse ?
Non, ils m'ont dit, non, allez-y, parce que ce n'est pas de la boxe.
Même si, bon, il peut y avoir des...
Et en fait, du coup, j'ai dit, boum, banco, allez, on y va.
Au moins, c'est l'occasion d'en faire une.
Après, même si je reprends là les scrims et que j'ai des projets sportifs,
je me dis, au moins, je le ferai.
Puis ce qui était rigolo, c'est de me dire que ma fille a fait une petite coupe du monde in utero.
C'est génial.
Et c'est grâce, finalement, entre guillemets, à votre handicap que vous êtes mise à les scrims ?
Oui.
Alors ça, vous n'en faisiez pas ?
Non, j'étais sportive, mais je ne faisais pas des scrims fauteuils.
Et c'est venu à moi.
C'est ce sport qui est venu à moi au centre de rééducation.
Et en fait, j'ai beaucoup aimé.
Je suis gauchère, j'ai dû passer de la main droite à cause du handicap.
Enfin, vous faites la coupe du monde, quoi.
Oui, voilà.
Non, non, mais vous avez le droit de vous la péter.
On est en direct sur France 2, là.
Je veux dire, franchement, s'il y en a une qui a le droit, c'est nous.
Est-ce que vous aviez un protocole spécifique pour votre accouchement dû à votre handicap ?
Oui.
Alors, du coup, je devais être déclenchée pour qu'ils maîtrisent tout l'arrivée.
Parce que moi, je suis en région parisienne, je ne suis pas sur Paris.
Mais j'ai accouché sur Paris, donc le temps de pouvoir venir.
Et finalement, ça a été beaucoup plus tôt, parce que lors d'un monitoring de contrôle,
ils se sont aperçus que ma fille avait arrêté de grandir, qu'elle avait des ralentissements cardiaques
et vraiment une souffrance fétale.
Donc, ils m'ont gardée pour la faire sortir.
D'accord.
Donc, vous avez accouché à ?
Après, c'était considéré comme 37 semaines.
Alors, racontez-moi la première fois que vous voyez votre fille.