Il y a 20 ans, Sandrine tombe enceinte, un cadeau du ciel après plusieurs années d’infertilité inexpliquée. La grossesse se passe bien et elle accouche le 11 septembre 2004 d’une magnifique petite fille. Petite fille en qui elle a toujours cru, malgré sa trisomie 21 et malgré les remarques et les préjugés entendus dès sa naissance.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Bonjour Mayanne et bonjour Sandrine. Merci d'être sur le canapé de la maison des maternelles.
Alors, vous Sandrine, le moins qu'on puisse dire c'est que vous avez toujours cru en votre fille.
Vous avez évidemment eu votre lot de commentaires, de préjugés liés à la trisomie et tout.
Mais vous l'avez toujours regardée pour ce qu'elle était, c'est-à-dire une jeune fille belle et formidable.
Et donc vous l'avez accompagnée au mieux.
Ça va donner beaucoup d'espoir aux parents qui nous regardent et qui ont un enfant qui est atteint de trisomie 21.
Je voudrais que vous nous racontiez un peu comment ça s'est passé au début.
Il y a 20 ans, pas 20 ans, vous tombez enceinte.
C'est un cadeau du ciel parce que ça faisait très très longtemps que vous essayez.
Vous aviez une infertilité inexpliquée.
La grossesse se passe bien.
Vous accouchez le 11 septembre 2004 d'une sublime petite fille qui a bien grandi.
Comment ça se passe la rencontre avec Mayanne alors ?
Moi, Mayanne, je l'ai tout de suite aimée.
Vraiment très très bien.
Ils m'ont mise dans les bras et on a tout de suite eu un contact.
Après, c'est vrai que je trouvais qu'elle tirait beaucoup la langue.
Donc j'ai demandé à la gynécologue qui m'a dit « bon, la pédiatre va venir ».
Il n'y avait pas d'échographie à l'époque ? Ça n'avait pas été vu ?
Non, mais comme ça faisait longtemps que j'essayais d'être enceinte,
j'ai eu deux gynécologues parce que j'étais en grossesse précieuse.
J'ai eu les deux papiers pour faire la prise de sang.
Je me rappelle avoir dit à ma gynécologue « je prendrai ce qu'il y a ».
Vous n'avez pas voulu tester ?
Non, je n'ai pas testé en fait.
Vous étiez heureuse quoi qu'il se passe du bébé que vous aviez ?
Est-ce que vous les alertez autour de vous quand vous voyez qu'elle tire beaucoup la langue ?
Oui, j'ai demandé. J'ai dit « ouais, elle tire la langue ».
Elle m'a dit « la pédiatre va venir ».
Après, elle ne la tirait plus, donc je me suis dit « bon, c'est bon ».
Après, ils m'ont remise dans ma chambre.
Une pédiatre est arrivée.
Elle l'a prise, elle l'a déshabillée.
Elle m'a dit « votre fille est trisomique, elle ne marchera pas avant 7 ans ».
Vraiment que du négatif.
On aurait dit un légume.
Pour moi, c'était un légume.
Elle vous a annoncé comme ça tout debout ?
Oui, mais après, ils m'ont changé de pédiatre parce que ça s'était mal passé.
Comment vous avez réagi quand on vous a dit ça ?
C'est un choc.
Je venais de faire une césarienne quelques heures avant.
Vous étiez fatiguée ?
Un peu choquée, un peu sonnée.
Après, le lendemain, elle a fait le bain.
Elle a ouvert ses yeux qui étaient très noirs.
Toujours maintenant.
Elle regardait de partout.
Vraiment de partout.
Je me suis dit « ce n'est pas quelqu'un qui est un légume ».
Elle était curieuse.
Elle entendait les sons.
Elle tournait sa tête.
J'ai dit « là, ça va être magnifique ».
Je pense que ça ne va pas être…
Vous aviez raison.
Votre conjoint, le papa, qu'est-ce qu'il disait de tout ça ?
Au début, il n'y a pas cru.
Ensuite, après, on a fait une force.
On s'est mis à deux.
On a aidé au mieux qu'on pouvait.
Vous vous êtes dit « de toute façon, quoi qu'il se passe, pour nous, ce n'est même pas un sujet ».
Non.
Vous l'avez mise dans une école classique.
Ça aussi, ce n'était pas un sujet ?
Non.
En fait, elle avait quand même des compétences.
Après, la trisomie, chacun a son niveau dans la trisomie,
comme toutes les maladies génétiques.
C'est vrai que ça a été dur de la mettre en école.
Les écoles n'acceptaient pas au départ,
surtout il y a 17 ans, puisqu'elle avait 3 ans.
C'est vrai qu'elle n'allait pas beaucoup à l'école.
J'ai dû arrêter de travailler.
Parce qu'on ne peut pas.
Elle allait en CSAT 4-5 fois par semaine.
Elle avait pas mal de rendez-vous.
Il y avait un gros suivi.
Elle avait un gros suivi à la naissance,
à partir de 3 ans.
Je me suis dit qu'il fallait arrêter.
Je l'ai aidée.
J'ai voulu la faire avancer.
Comment s'est passée l'école ?
Très bien.
J'ai eu beaucoup de chance sur beaucoup de choses.
Je suis tombée sur une très bonne école.
Ils ont toujours cru en elle.
Le principal, c'était ça,
c'est qu'ils croient en elle.
Elle a été jusqu'en SEM 2.
Elle a fait 4 ans de maternelle.
Elle a fait un maintien en moyenne section.
Elle a été jusqu'en SEM 2.
J'ai eu beaucoup de problèmes avec la MDPH.
C'est vrai ?
Oui.
C'est plus la MDPH que l'école ?
Au contraire.
Je les remercie.
La MDPH m'a bloquée pour le CP.
Pourquoi ?
Ils disent qu'un trisomique ne va pas en CP.
La MDPH, pour nos téléspectateurs,
c'est la maison des personnes handicapées.
C'est ça.
Ils donnent leur avis.
Ils m'ont rebloquée en fin de CE1
parce qu'ils ne voulaient pas la mettre en cycle 3.
Là, aucun trisomique ne va en cycle 3 pour eux.
Il y a des idées reçues.
Ça a certainement évolué depuis.
Oui.
À l'époque, on mettait les gens dans des cases.
Un trisomique ne va pas plus loin.
Elle a appris à lire.
Elle a lu en décembre de son NCP.
Elle commençait à lire.
Tu as des souvenirs de l'école ?
J'aimais bien l'école.
Surtout les maths.
Tu es une matheuse ?
Pas moi.
Tu n'as pas eu de problème ?
Au collège,
une fille m'appelait langue tendante
parce que j'avais du mal à rentrer ma langue.
Ça t'a fait du mal ?
Un petit peu.
C'est normal.
Après, je n'ai jamais eu de problème.
Tout le monde a toujours été sympa avec toi.
Tu avais des copains.
Comment gérez-vous le regard des autres sur Mayanne ?
Quand on apprend qu'une jeune fille
l'appelle langue tendante,
on a envie d'en faire du couscous.
Oui.
C'est ça le plus dur dans la trisomie.
C'est un handicap visible.
Quand elle était petite,
une femme m'a dit
si elle faisait partie de la famille des trisomiques.
Je lui ai répondu non.
C'est vrai que c'est les regards
qui sont un peu durs.
Et les clichés qui sont liés.
C'est surtout d'agir différemment
avec quelqu'un qui a un handicap
plutôt que quelqu'un qui n'en a pas.
Toi, Mayanne, on est où de tes études ?
J'ai fini mes études.
Tu as été jusqu'où ?
J'ai eu deux CAP.
Deux CAP ?
J'ai eu un en vannerie.
Un couture développement de décor aussi.
Tu es une artiste.
Super forte avec tes mains.
J'ai entendu en préparant cette émission
que tu voulais faire une formation en maquillage.
Oui, c'est vrai.
Tu veux être maquilleuse de télévision ?
Pas spécialement.
Tu ne veux pas être ma maquilleuse ?
C'est pour moi.
Sinon je t'aurais pris comme maquilleuse.
On a toujours besoin.
Tu es aussi passionnée de danse.
Qu'est-ce qui te plaît dans la danse ?
J'aime bien la danse.
Je m'évade.
J'aime beaucoup.
Tu es super forte aussi.
Oui.
Tu as vraiment le côté artistique dans le sang.
C'est incroyable.
Entre le cinéma,
ton métier de comédienne,
tes CAP et la danse,
on sent que c'est ce qui t'anime.
Mayanne est touche à tout.
Elle cuisine aussi.
Elle aime bien cuisiner aussi.
Comment vous l'accompagnez ?
Je ne lui donne aucune limite.
Elle fait ce qu'elle veut.
Par contre, si un jour il y a quelque chose
que je sais qu'elle ne pourrait pas faire,
je lui dis.
Une fois, je me rappelle qu'il m'avait dit
qu'il voulait passer le bac.
On ne sait jamais.
Après, je connais ses limites.
Tu sais avec ta maman jusqu'où tu peux aller.
C'est formidable.
Comment tu t'es retrouvée sur un plateau de cinéma ?
Raconte-moi comment ça s'est passé.
Est-ce que tu as fait un casting ?
C'est toi qui voulais faire du cinéma ?
C'est Stéphanie Pilonca.
J'ai l'impression que Mayanne est beaucoup plus à l'aise
devant une caméra de cinéma que devant une caméra de télé.
Ma mère m'avait raconté Instagram.
Elle avait 40 abonnés.
Après, on a été contactés par Stéphanie Pilonca.
Stéphanie Pilonca, tu peux nous expliquer qui c'est ?
Stéphanie Pilonca, c'est la réalisatrice.
Elle voulait me prendre
pour un film
qu'elle faisait.
Mais ça ne s'est pas fait.
Du coup, elle m'a prise pour autre chose.
Pour y participer.
C'est pour J'irai au bout de mes rêves.
C'est elle qui t'a donné ta chance.
C'est quelqu'un de très important pour toi.
Vous avez imaginé qu'elle deviendrait comédienne ?
Pas du tout. Elle était introvertie complète.
Ah c'est vrai ?
Timide et tout.
Je lui ai dit à Stéphanie Pilonca
que je voulais lui demander.
Je ne la vois pas dans le cinéma.
Elle me dit
qu'elle est artiste.
Je lui ai demandé.
C'est vrai qu'elle m'a dit tout de suite
que je voulais faire du cinéma.