À quel moment partir à la maternité ? C’est la grande question que toutes les futures mamans se posent à l’approche du terme. Entre le risque d’être renvoyée chez soi pour un faux travail et le risque d’un accouchement inopiné, le cœur des femmes souvent balance… Tiphanie est la maman de Ulysse, 5 ans et de Mathias, 20 mois. Son deuxième fils est né à la maison, 1h30 seulement après que la maternité lui ait conseillé de rentrer chez elle…
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Alors, il y a une grande question qu'on se pose à partir du moment où le test de grossesse est positif, c'est
« Mais à quel moment est-ce que je pars à la maternité ? »
C'est vrai qu'en neuf mois, on est obsédé par ça en se disant « Ah là là, et si je pars pas à temps ? »
« Qu'est-ce qui va se passer ? »
Alors, c'est vrai que souvent, on arrive trop tôt, on est renvoyé chez soi parce que c'est un faux travail.
Et puis parfois, il y a des accouchements inopinés.
Et c'est le cas de Tiffany. Bonjour !
Vous êtes la maman d'Ulysse qui a cinq ans et de Mathias qui a vingt mois.
Et c'est donc Mathias qui a fait des siennes et qui est né à la maison une heure trente seulement après que la maternité vous a dit
« Non, non, rentrez chez vous, c'est un faux travail, ne vous inquiétez pas. »
Alors, vous allez nous raconter tout ça. Est-ce que vous pouvez nous parler déjà de votre grossesse, votre deuxième grossesse ?
Comment est-ce qu'elle s'est passée cette grossesse ?
Alors, contrairement à la première grossesse qui était une grossesse au CMV avec des risques de…
Cytomégalovirus.
C'est ça, avec des risques de séquelles pour le bébé, pas mal d'examens, donc assez coûteuse sur le plan psychique et assez anxiogène.
Cette grossesse-là, elle était sans particularité.
Et voilà, je suis psychomotricienne, j'ai un métier assez physique, je travaille avec des enfants qui sont pour la plupart bien malades.
Et j'ai quand même pu exercer jusqu'au bout ce métier-là avec trois heures de transport par jour.
Donc, sur le plan physique, on va dire une grossesse plutôt agréable.
Mais par contre, sur le plan psychique, un peu plus compliqué.
J'avais une vie personnelle extrêmement chahutée.
J'ai appris le cancer de ma maman sur la toute fin de ma grossesse.
Et puis, mon mari a eu des gros soucis aussi de son côté, compliqués à gérer.
Donc, on a été très bien entourés d'un point de vue même psychothérapeutique pour anticiper un peu l'accouchement, qui fragilise en général les contextes pas évidents.
Et j'ai eu une très bonne préparation à l'accouchement qui, je pense, m'a pas mal servi.
Voilà, donc en fait, chambouler, mais pour contrecarrer tous ces chamboulements, l'envie d'avoir un accouchement bien préparé et de profiter justement de ce moment-là pour peut-être lâcher prise et oublier tout ça.
Qu'est-ce que vous avez d'ailleurs imaginé pour la naissance de Mathia ? C'était quoi votre rêve d'accouchement ?
Alors, j'avais un peu projeté un accouchement un peu différent de celui du lit, ce qui était compliqué, pour lequel je m'étais sentie un peu brutalisée pendant mon séjour à la maternité,
avec des soignants qui rentraient dans la chambre sans s'annoncer, sans se nommer, sans annoncer leur fonction.
Et j'avais simplement envie d'avoir un séjour un peu bien traitant quand même, et de la douceur, et de l'intimité. J'en ai eu, mais pas de la même façon.
J'avais pensé un projet de naissance, alors je voulais accoucher en musique, je voulais être accompagnée dans des postures physiologiques,
et surtout je voulais la péri-durale, qui pour moi était l'invention du siècle. Mais tout ne s'est pas passé exactement comme j'avais imaginé.
Le jour du terme arrive, on est le 20 février 2023, aucun signe de travail. Vous avez quand même rendez-vous à la maternité, puisque c'est le jour du terme ?
Exactement.
Qu'est-ce qu'on vous dit quand vous arrivez ?
J'arrive à la maternité, on me fait faire un monitoring, une échographie, et la personne regarde aussi la dilatation de mon col.
Rien n'est signalé, le travail n'avait absolument pas démarré, j'avais pas de contraction depuis le matin, et donc on me renvoie à mon domicile.
Mais sur le trajet du retour, les premières contractions de travail arrivent. Je ne sais pas si une sage-femme avait décollé les membranes ou pas,
ou si le simple geste a pu suffire à déclencher le travail, mais les premières contractions de travail sont arrivées au retour de ce trajet-là, dans la voiture.
Donc qu'est-ce que vous faites ? Vous vous dites, là je vais accoucher, donc vous essayez de faire garder Ulysse ?
Alors oui, c'est ça, on rentre à la maison, je patiente un petit peu pour être vraiment sûre, parce que pour Ulysse, j'avais eu un faux travail de 48 heures,
donc je voulais être vraiment sûre, donc vers 22h, 22h30, l'intensité des contractions me disait que j'étais sûre.
Donc on appelle la vie visitaire pour être relayée, pour aller à la maternité une nouvelle fois.
Et alors qu'est-ce qu'on vous dit quand vous retournez à la maternité ?
Alors j'arrive, on me pose un monitoring, qui était très long, ça a duré au moins une heure, je contractais toutes les 7 minutes,
j'étais très très très douloureuse, mais la sage-femme finit par me dire que je ne suis pas dilatée, je crois que je suis dilatée 1 ou 2,
et que le travail n'a toujours pas commencé, donc moi je trouvais ça un peu étonnant par rapport à mes propres ressentis.
Par rapport à l'intensité de la douleur ?
Par rapport à ça exactement, les contractions très rapprochées, et donc je pense qu'elle a été sensible à mon désespoir,
elle m'a proposé d'aller marcher 1h30 dans le couloir, donc à minuit et demi, je suis allée marcher 1h30 dans le couloir,
et c'était un moment assez particulier parce qu'une maman venait d'apprendre qu'elle venait de faire une fausse couche,
on était dans le couloir des urgences, et en fait cette maman pleurait un enfant mort, et moi je ne voulais pas me plaindre d'un enfant vivant,
et je suis allée m'isoler au fond du couloir de manière à ne pas être devant sa vue, et de faire le moins de bruit possible,
parce que j'étais plus soucieuse de ce qu'elle pouvait traverser, et donc je n'ai pas fait de bruit, c'était au fond d'un petit couloir.
Dans votre coin ?
Dans mon coin, oui.
Et puis après, c'est 1h30 de marche ?
1h30 de marche.
Elle vous ausculte, et rien n'a bougé ?
Elle me propose des médicaments, un peu fort, parce que la douleur était vraiment à la limite du supportable,
et on fait le trajet en sens inverse, on rentre chez nous, on est remerciés, elle nous propose de repasser dans la journée,
le lendemain matin si besoin, et là le trajet en voiture un peu difficile, je me suis dit, les agents de la voirie,
on construit des dodanes dans la nuit, ce n'est pas possible, il y en avait deux fois plus que d'habitude.
C'était terrible.
Et puis on arrive au pied de la maison, et je dis à mon mari, laisse-moi dans la voiture, je veux rester dans la voiture, je ne peux pas bouger,
je ne peux rien faire, j'ai trop mal, j'étais extrêmement concentrée sur ma douleur.
Donc il m'a un peu raisonné, j'ai fini, j'ai consenti à monter, et lui s'est couché pour prendre des forces pour le lendemain matin,
parce qu'il adhérait quand même beaucoup au discours des soignants, il s'imaginait que c'était aussi un faux travail.
Et donc moi je le suis, mais je n'ai pas dormi.
Alors à quel moment vous comprenez que votre accouchement est imminent en fait ?
Alors je pense que je l'ai toujours su, j'ai toujours compris, mais je pense que je me suis un peu clivée à ce moment-là.
C'est au moment de la rupture de la poche des os.
J'ai vraiment été très douloureuse pendant une heure et demie en essayant de trouver des postures un peu anxiologiques.
Vous êtes quand même couché, vous étiez dans votre lit ?
J'étais dans mon lit, Emmanuel ronflait à côté, très tranquillement, il dormait du sommeil du juste, c'est ça.
Et là j'ai ma poche des os qui a en fait explosé.
Moi j'imaginais que c'était une rupture très douce, très délicate, avec un petit flux d'eau continue en fait.
C'est vraiment une détonation à l'intérieur du corps, très impressionnant, et j'étais dans le noir.
Ce qui rendait l'expérience encore un peu plus effrayante, mais j'ai compris.
Vous avez réveillé votre conjoint à ce moment-là ?
J'ai réveillé mon conjoint qui a eu le réflexe très mignon de me trouver des petits mots rassurants,
en mode un peu sophrologie, qui n'a pas du tout compris que j'étais en train de coucher.
Je lui ai dit, je sens qu'il arrive, maintenant ma chérie respire, tu te souviens de la respiration ?
Et puis je lui ai fait toucher le lit qui était souillé, et là, panique à bord, il a allumé la lumière,
le lit taché de sang, et moi je me mets debout et je sens la tête de Mathias entre mes mains.
Donc s'il avait pu remonter le bébé dans mon ventre, je pense qu'il l'aurait fait.
Respire, respire, réabsorbe-le.
Réabsorbe-le.
Donc j'ai eu le réflexe de lui demander d'appeler les pompiers.
Lui, dans la panique, ne connaissait plus le numéro des pompiers,
donc les pompiers qu'il a eu au téléphone n'avaient jamais fait d'accouchement,
ne savaient pas dans quel département on habitait, donc il a su vraiment qu'il serait vraiment tout seul.
Les profs de maths, ils auraient pu calculer l'inclinaison du degré d'altètre de mon fils,
ils auraient dû faire une autre équation.
Exactement, c'est ça.
Mais bon, il a fallu qu'il s'improvise un peu, sache-femme.
Là, il a eu six minutes pour réaliser.
Il était passé de l'autre côté du champ opératoire pour Ulysse,
et je pense qu'il s'est raccroché à ces images qu'il avait gardées en tête.
Je me suis allongée sur le lit sans réfléchir, en mode automatique.
Il m'a dit « vas-y, on va y arriver, tu pousses ».
Et ce mot « pousse », c'est un tout petit mot de quelques lettres,
mais qui pour moi a résonné comme un très grand mot d'amour, parce qu'on a vraiment fait équipe.