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Tout au long de notre vie, nous cherchons des moyens de garder notre cerveau bien éveillé et productif sans effort.
Aujourd'hui, le Dr Sanjay Gupta présente ce livre avec les conseils des meilleurs scientifiques du monde entier dont les recherches de pointe peuvent vous aider à améliorer et protéger les fonctions cérébrales. Il présente même un programme novateur de 12 semaines que chacun peut appliquer pour optimiser ses fonctions cérébrales dès maintenant. Qu'il s'agisse de régime alimentaire, de sport, de suppléments ou d'attitude, le Dr Gupta montre ce qui fonctionne et, surtout, pourquoi. Le programme de 12 semaines présenté dans ce livre audio vous permettra de : -prendre de meilleures décisions et améliorer votre qualité de vie ; -devenir plus résilient et plus optimiste ; -enrichir votre cerveau, quel que soit votre âge ; -créer des habitudes saines ; -prévenir les maladies du cerveau liées au vieillissement ; -freiner le déclin mnémonique et cognitif. Et beaucoup plus encore !
Avec les conseils d'experts en neurosciences, vous apprendrez comment maintenir votre cerveau en bonne santé grâce à l'alimentation, à l'exercice, au sommeil et à la socialisation. Vous découvrirez également comment les attitudes positives et les bonnes habitudes peuvent avoir un impact significatif sur votre santé mentale. Ce livre audio est indispensable pour tous ceux qui souhaitent améliorer leur qualité de vie. Votre santé est entre vos mains. Et il n'est jamais tard pour commencer à prendre soin de vous !
Gardez votre cerveau jeune et sain, quel que soit votre âge !
Contenu: 00:00:00 Première partie. Le cerveau. Chapitre 1. Ce qui fait de vous qui vous êtes Chapitre 2. Le déclin cognitif redéfini Chapitre 3. Douze mythes destructeurs et les cinq piliers de la santé cérébrale Deuxième partie. Pleins feux sur le cerveau ! Chapitre 4. Le miracle du mouvement Chapitre 5. Le pouvoir d’un but précis dans la vie, de l’apprentissage et de la découverte Chapitre 6. Le besoin de sommeil et de détente Chapitre 7. Nourrir sa réflexion Chapitre 8. La socialisation : un moyen de protection Chapitre 9. Assimiler les connaissances acquises. Douze semaines pour aiguiser son esprit Troisième partie. Le diagnostic. Chapitre 10. Diagnostiquer et traiter un cerveau malade Chapitre 11. Le bien-être financier et émotionnel, ainsi qu’un mot aux aides-soignants Conclusion. Un avenir reluisant Remerciements Au sujet de l’auteur
Première partie
Le cerveau
Chapitre 1
Ce qui fait de vous qui vous êtes
Découvrez votre boîte noire interne.
Durant les secondes que vous mettrez à écouter la présente phrase,
votre cerveau aura envoyé à votre corps un nombre miraculeux de signaux électriques pour vous garder en vie.
Respirez, bougez, ressentir, clignez des yeux et pensez.
Certaines des informations filant dans vos milliards de neurones voyagent plus vite qu'une voiture de course.
Le cerveau humain est un organe remarquable, une merveille évolutionnaire.
Il héberge sans doute plus de connexions qu'il n'existe d'étoiles dans la galaxie connue.
Les scientifiques ont dit que le cerveau constitue la chose la plus complexe jamais découverte.
L'un des découvreurs de l'ADN est allé jusqu'à l'appeler la dernière et la plus grande borne biologique.
À cela, il a ajouté, le cerveau défie l'entendement.
Notre cerveau sculpte notre identité et notre perception du monde qui nous entoure.
Il crée nos expériences quotidiennes, de celles qui nous procurent de la joie, de l'émerveillement,
et une connexion avec nos semblables, à celles complexes,
qui nous obligent à compter sur notre cerveau pour prendre de bonnes décisions, bien planifiées et nous préparer pour l'avenir.
Il nous raconte même des histoires durant notre sommeil, sous forme de rêve.
Et il sait s'adapter à notre environnement, nous donner l'heure et nous créer des souvenirs.
Il s'agit fort probablement du réservoir de notre conscience, bien que nous n'en soyons pas entièrement certains.
Je reviendrai sur le sujet plus tard.
Les neuroscientifiques ont du pain sur la planche du fait que le cerveau continue de nous mystifier
comme s'il s'agissait d'une planète située à des années-lumières.
C'est sans doute le plus énigmatique kilogramme et demi de vie.
Les chercheurs ont même découvert récemment une nouvelle sorte de neurone, le neurone synorodon, et ignorent encore à quoi il sert.
Il semble n'exister que dans le cerveau humain et pas chez les rongeurs,
ce qui pourrait expliquer pourquoi tant d'études du cerveau des souris ne se transposent pas chez les humains.
Notre cerveau peut s'avérer extraordinairement égoïste ainsi qu'exigeant,
même s'il ne compte que pour environ 2,5% de notre poids corporel,
le cerveau utilise 20% de tout le sang et l'oxygène que produit notre corps.
Sans cerveau, il ne peut y avoir de vie.
Le moment est venu pour vous de découvrir votre boîte noire interne.
Imaginez le cerveau, cette masse lustrée où siège l'être,
ce parlement de cellules grises souris,
cette fabrique de rêves,
ce petit tyran dans une boule osseuse,
ce caucus de neurones qui décide de tout,
ce dôme du plaisir volatile,
cette penderie froissée de soie comprimée dans un crâne comme trop de vêtements dans un sac de sport.
Diana Kerman, tirée de l'alchimie de la pensée, merveilles et mystères du cerveau.
C'est en 1992 que j'ai vu pour la première fois un cerveau humain vivant,
une expérience marquante qui a changé ma vie.
J'ai eu du mal, et j'en ai encore, à croire qu'une si grande partie de notre être,
de celui que nous deviendrons et de notre interprétation du monde,
réside dans ce ballot de cellules au tissage complexe.
Lorsque je décris une procédure neurochirurgicale,
la plupart des gens essaient de visualiser ce à quoi ressemble le cerveau humain,
et en général ils se trompent légèrement.
Pour commencer, son extérieur ne ressemble pas à une masse grise terne et sans originalité,
même si on la désigne comme de la matière grise.
Il est plutôt rosé, aux taches d'un jaune pâle,
et parcouru de gros vaisseaux sanguins internes et externes.
Il comporte de profondes crevasses, connues sous le nom de sillons ou sulcis,
et des pics montagneux nommés gyrus.
De profondes fissures séparent le cerveau en divers lobes de manière étonnamment uniforme.
Au cours d'une opération, le cerveau pulse doucement et a l'air tout à fait vivant.
Sa consistance n'est pas tant caoutchouteuse que spongieuse, plus comme de la gélatine.
Je me suis toujours étonné de la fragilité du cerveau malgré ses incroyables fonctions et sa polyvalence.
À la vue du cerveau, on désire vraiment le protéger et en prendre soin.
Pour moi, le cerveau a toujours été un peu mystique.
Pesant à peine plus d'un kilo et demi, il renferme le système de circuit dont on a besoin pour faire à peu près tout.
Réfléchissez-y un instant.
Plus léger que la plupart des ordinateurs portables,
il peut néanmoins accomplir bien plus qu'aucun ordinateur ne le peut et ne le pourra jamais.
En fait, la métaphore courante qui compare le cerveau à un ordinateur fait défaut à moins égard.
Il se peut que l'on parle de la vitesse de traitement du cerveau, de sa capacité de stockage,
de son système de circuit ainsi que de ses encodages et cliquetages.
Il n'en reste pas moins que le cerveau ne possède pas de capacité mnémonique fixe qui attend d'être remplie,
pas plus qu'il ne calcule à la manière d'un ordinateur.
Même la façon dont chacun voit et conçoit le monde constitue une interprétation active
et un résultat de ce à quoi l'on accorde son attention et que l'on anticipe,
et non une réception passive de données.
Il est vrai que nos yeux voient le monde à l'envers.
Le cerveau prend ensuite les données saisies et les convertit en une image cohérente.
De plus, le fond de l'œil, la rétine, fournit au cerveau des images en deux dimensions provenant de chaque œil,
que le cerveau convertit ensuite en de belles images texturées en trois dimensions
qui nous donnent une perception de profondeur.
Et nous avons tous des angles morts dans notre vision,
que notre cerveau comble continuellement par des données que nous ignorons sans doute que nous recueillons constamment.
Peu importe à quel point l'intelligence artificielle pourrait devenir sophistiquée,
il y aura toujours des choses que le cerveau humain est capable de faire dont tout ordinateur est incapable.
Contrairement à d'autres mammifères, la taille de notre cerveau relativement au reste de notre corps est étonnamment grande.
Considérez le cerveau d'un éléphant. Il fait 1,550ème du poids total de l'animal.
Notre cerveau, quant à lui, fait environ 1,4ème de notre poids corporel.
Toutefois, la caractéristique qui nous distingue le plus de toutes les autres espèces
est notre formidable capacité à penser d'une manière qui transcende de loin notre simple survie.
On présume que les poissons, les amphibiens, les reptiles et les oiseaux, par exemple, ne pensent pas beaucoup,
du moins pas de la manière dont on conçoit la pensée.
Tous les animaux veillent néanmoins chaque jour à manger, à dormir, à se reproduire et à survivre.
Selon des automatismes instinctuels régit par ce que l'on appelle le cerveau reptilien.
Nous possédons notre propre cerveau reptilien primitif qui accomplit les mêmes fonctions pour nous
et qui régit en fait une grande partie de nos comportements, peut-être plus que nous n'aimerions l'admettre.
Ce sont la complexité et la grande taille de notre cortex cérébral
qui nous permettent d'accomplir des tâches plus sophistiquées que les chats et les chiens, entre autres.
Nous sommes en mesure d'utiliser le langage, d'acquérir des compétences complexes,
de créer des outils et de vivre en société grâce à cette couche du cerveau semblable à de l'écorce.
Cortex signifie écorce en latin et, dans le cas qui nous intéresse,
il s'agit de la couche externe du cerveau, pleine d'ondulations, de crêtes et de vallées.
Étant donné que le cerveau se replie sur lui-même à maintes reprises,
l'étendue de sa surface est beaucoup plus grande qu'on pourrait le supposer,
en moyenne près de 1 mètre carré, bien que son calcul exact puisse varier.
Sa superficie pourrait se comparer à une ou deux pages d'un journal de taille standard.
Les chiffres que l'on cite souvent pour mesurer la superficie moyenne d'un cortex humain varient de 0,14 mètre carré à 0,19 mètre carré.
Et le siège de la conscience est sans doute profondément enfoui dans ces crevasses.
C'est grisant.
Le cerveau humain contient plus ou moins 100 milliards de cellules cérébrales, ou neurones, et des milliards de fibres nerveuses,
bien que personne n'en connaisse avec certitude le nombre exact car il nous est impossible pour l'heure de le calculer avec précision.
Ces neurones sont reliés par des billions de connexions appelées synapses.
C'est par le truchement de ces connexions que nous pouvons faire tout ce qui suit,
appréhender des concepts abstraits, ressentir la colère ou la faim, évoquer des souvenirs,
rationaliser, prendre des décisions, user de créativité, nous exprimer, nous remémorer le passé,
planifier l'avenir, entretenir des convictions morales, communiquer nos intentions,
considérer des histoires complexes, porter des jugements, décoder des signaux sociaux nuancés,
coordonner des pas de danse, distinguer le haut du bas, résoudre des problèmes complexes,
dire un mensonge ou une blague, marcher sur la pointe des pieds, remarquer une odeur dans l'air,
respirer, ressentir la peur ou le danger, adopter un comportement passif-agressif,
apprendre à construire des astronefs, bien dormir la nuit et rêver, exprimer et éprouver de vives émotions comme l'amour,
analyser des informations et des stimuli d'une manière exceptionnellement sophistiquée, et ainsi de suite.
Par ailleurs, nous sommes capables d'accomplir bon nombre de ces choses en même temps.
Il se peut que vous écoutiez mon livre en buvant une boisson, en digérant un repas,
en déterminant quand cette année vous désencombrerez votre garage,
et en réfléchissant à vos projets du week-end, aux questions qui vous trottent dans la tête parmi tant d'autres choses.
Chaque région du cerveau sert un but particulier et bien déterminé,
et ces parties se lient entre elles en vue d'un fonctionnement coordonné.
Or, la deuxième moitié de la phrase ci-dessus est essentielle à notre nouvelle compréhension du cerveau.
Quand j'étais au lycée, on croyait que le cerveau était segmenté à dessins,
une partie réservée à la pensée abstraite, à colorier à l'intérieur des lignes,
et une autre destinée à l'acquisition du langage.
Si vous avez suivi un cours de biologie au lycée, il se peut que vous ayez entendu parler de Phineas Gate,
l'un des survivants les plus célèbres d'une grave blessure au cerveau.
Vous ignorez peut-être toutefois à quel point son fâcheux accident a éclairé pour les scientifiques
les rouages du cerveau à une époque bien antérieure à la découverte de techniques avancées visant à mesurer,
à tester et à examiner les fonctions cérébrales.
En 1848, à 25 ans, Gage travaillait à la construction d'un chemin de fer à Cavendish au Vermont.
Un jour, qu'il bourrait un trou de poudre explosive à l'aide d'une grosse barre de fer mesurant un mètre de long
et trois centimètres de diamètre, et pesant six kilos, la poudre a explosé.
La barre a alors été propulsée vers le haut, a transpercé la joue gauche de Gage,
puis sa tête, le cerveau, avant de ressortir par le dessus du crâne.
Il a perdu la vue de son œil gauche, mais il n'est pas mort.
Et il se peut qu'il n'ait pas même perdu connaissance ni ressenti de grandes douleurs,
car il a dit au médecin qu'il a examiné en premier « Docteur, il y a du travail pour vous ».
La personnalité de Gage n'est cependant pas sortie indemne de l'impact.
Selon certains récits, de gentilhommes modèles, il est devenu méchant, violent et peu fiable.
Le curieux cas de Phineas Gage a été le premier à démontrer le lien qui existe
entre le trauma de certaines régions du cerveau et le changement de personnalité.
On ne l'avait jamais constaté aussi clairement auparavant.
N'oubliez pas que, dans les années 1800, les phrénologistes croyaient encore
que les bosses sur le crâne d'une personne ont révélé la personnalité.
A 36 ans, 12 ans après son accident, Phineas Gage est mort d'une série de crises d'épilepsie.
On parle de lui dans la documentation médicale depuis lors, faisant de cet homme
l'un des patients les plus célèbres des neurosciences.
Phineas nous a appris autre chose qui s'avère particulièrement importante pour mon livre.
Certains récits de sa vie rapportent un retour à une disposition plus affable vers la fin de son existence,
ce qui indique que le cerveau a la capacité de guérir et de se réhabiliter,
même après avoir subi un grave trauma.
Ce processus de rétablissement de réseau et de connexion dans des régions du cerveau endommagées
constitue la neuroplasticité, un important concept que nous explorerons plus tard.
Le cerveau est beaucoup moins statique que nous l'avons cru par le passé.
Il vit, croit, apprend et change, et cela tout au long de notre vie.
Or, ce dynamisme apporte de l'espoir à quiconque cherche à garder ses facultés mentales intactes.
Bien que la documentation portant sur l'accident de Gage nous ait donné un aperçu de la complexité du cerveau
et de son lien avec le comportement,
il nous a fallu encore un siècle pour en venir à comprendre que le cerveau ne doit pas son pouvoir extraordinaire
simplement à ses compartiments anatomiques individuels.
Ce sont le système de circuit et la communication entre ces sections
qui déterminent nos réactions et nos comportements complexes.
Beaucoup de régions du cerveau se développent à différents rythmes et à différents stades de notre vie.
Pour cette raison, un adulte résout des problèmes différemment et plus vite qu'un enfant.
Il se peut qu'une personne plus âgée ait une mauvaise motricité
rendant difficile sa marche et sa coordination dans l'obscurité,
tout comme un adolescent pourrait être une vedette sportive à la vision parfaite.
En pensant au cerveau, nous pensons probablement pour la plupart à l'élément inhérent à qui nous sommes.
Nous songeons à l'esprit, la partie qui inclut notre conscience et que reflète notre voix intérieure,
ou, au dire de certains, ce monologue intérieur que nous écoutons toute la journée.
Il vous mène à la baguette toute la journée, soulève des questions tant importantes qu'absurdes,
vous malmène parfois sur le plan émotionnel et fait de votre vie une suite de décisions.
Et j'ai toujours trouvé énigmatique le fait que chaque instant de jalousie,
d'insécurité et de peur que nous avons vécu résident dans les cavernes de notre cerveau.
Par ailleurs, ce dernier a la capacité d'intégrer des données et de créer espoir, joie et plaisir.
L'esprit est ce qui m'a amené en premier lieu à étudier le cerveau.
Il est d'ailleurs étrange que nous ne sachions toutefois pas encore précisément
où la conscience réside dans le cerveau, ou si même elle y réside en entier.
J'attache une importance capitale à ce point.
Cette conscience de soi et de son environnement, sur laquelle tout le reste est fondé,
demeure insaisissable.
Bien entendu, je peux vous dire où se trouvent dans notre cerveau
les réseaux régissant la vue, la solution d'équations mathématiques,
l'acquisition d'une langue, la marche, le laçage de chaussures et la planification de vacances.
Cependant, je ne saurais vous dire d'où provient votre conscience de soi.
Elle résulte probablement de la confluence de facteurs à l'œuvre partout dans le cerveau.
La résultante de la métacognition, d'activités impliquant de multiples régions du cerveau interreliées.
Pour atteindre le cerveau, il faut se prêter à un voyage hautement orchestré et méticuleusement planifié.
On doit d'abord couper la peau.
C'est d'ailleurs elle qui renferme les fibres nociceptives que l'on doit anesthésier afin d'opérer le cerveau.
Le crâne et le cerveau en soi, cet organe qui énerve tout le corps,
ne possèdent pas de récepteurs sensoriels.
Ceci explique que l'on puisse opérer le cerveau d'un patient éveillé et que Phineas Gage n'ait probablement pas beaucoup souffert.
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La dure mère, mère difficile, la couche qui recouvre le cerveau, possède également peu de récepteurs sensoriels.
Mais le cerveau en soi n'en possède aucun.
C'est tellement méta, comme disent les enfants.
Dès que j'entre, littéralement, dans la tête de quelqu'un,
je prends généralement un instant pour réfléchir au fait qu'il est maintenant possible de manipuler le cerveau beaucoup trop facilement.
Après avoir pénétré dans le château, le crâne, on a le champ libre.
Le cerveau flotte dans un fluide clair et inodore.
Il n'oppose presque aucune résistance quand on le dissèque, le tâte, le fouille et le coupe.
Si l'on appuyait trop fortement sur une région, le patient risquerait de perdre l'usage de l'un de ses membres.
Sur une autre région, il risquerait de souffrir d'étourdissements débilitants.
Une simple petite incision pourrait priver le patient de son odorat.
Et une plus grande pourrait le rendre aveugle ou pire encore.
Je me suis souvent demandé pourquoi le cerveau ne se défendait pas mieux.
Étant bien au fait de la vulnérabilité du cerveau exposée lors d'une chirurgie,
je me sens comme le membre d'une équipe tactique d'intervention quand j'en opère un,
ou peut-être suis-je plus comme un cambrioleur chevronné bien entraîné.
Je cherche à entrer dans le cerveau, à en retirer ce qu'il me faut,
disons une tumeur, un abcès ou un anévrisme,
et à en ressortir au plus vite sans me faire détecter.
Je tiens à déranger le cerveau le moins possible.
Peut-être parce qu'il est enchâssé dans une structure osseuse solide,
on traite souvent le cerveau comme une boîte noire,
que l'on ne considère que selon les données qui y entrent et qui y en sortent,
sans pleinement en comprendre les rouages.
Impénétrable et indéchiffrable.
Cela explique sans doute que le corps médical n'est pas trouvé de meilleur dicton à son sujet
que « ce qui est bon pour le cœur, l'est aussi pour le cerveau ».
En réalité, cette maxime doit sa popularité au fait que le cœur et le cerveau sont munis de vaisseaux sanguins.
Bien entendu, le cerveau est infiniment plus complexe.
Qui plus est, le cœur est une pompe raffinée, assurément une merveille d'ingénierie.
Mais il n'en demeure pas moins une pompe que l'on peut aujourd'hui reproduire en laboratoire.
Or, il n'existe aucune véritable métaphore pour décrire le cerveau.
Si le vôtre meurt après avoir subi une horrible blessure à la tête, vous ne pourrez pas le remplacer.
Il s'agit du centre de commandement non seulement de notre corps, mais aussi de notre existence.
On a beau l'avoir bien représenté, examiné et médicamenté, on ne sait toujours pas avec certitude
ni ce qui le fait fonctionner, ni ce qui en ralentit le fonctionnement.
Cela ajoute assurément à notre frustration lorsqu'il s'agit de comprendre et de traiter
le déclin neurodégénératif et des processus pathogéniques complexes,
ainsi que des troubles affectant le cerveau, de l'autisme à la maladie d'Alzheimer.
Voici la doublure argentée, c'est-à-dire la bonne nouvelle.
Il se peut que nous ne connaissions jamais toutes les mystérieuses perplexités du cerveau humain
et que nous n'en venions jamais à le contrôler comme mes parents pouvaient contrôler une automobile.
Et c'est bien ainsi.
Il est possible que nous ne soyons pas censés savoir où réside la conscience,
ni comment naissent nos perceptions et nos perspectives personnelles sur le plan neurologique.
Il est vrai que nous ne pouvons pas toucher notre cerveau comme nous pouvons nous toucher la peau ou le nez.
Mais nous le savons à sa place, comme l'air que nous respirons et le vent que nous sentons sur notre visage.
Nous savons aussi qu'il abrite une autre merveille que nous ne pouvons voir, toucher ou sentir,
mais que nous associons immédiatement au cerveau, la mémoire, le processus de remémoration.
Mais il est loin de se résumer à cela, comme vous êtes sur le point de le découvrir.
Voilà d'ailleurs ce qui nous rend humains de manière unique.
Et il s'agit du premier pilier d'un cerveau agile, vif et résilient.
Des faits relatifs au cerveau.
Le cerveau humain typique compte pour 2 à 2,5% du poids total du corps,
mais utilise au total 20% de son énergie et de son oxygène.
Votre cerveau se compose d'environ 73% d'eau, comme votre cœur,
et cela explique qu'une simple déshydratation de l'ordre de 2% puisse affecter votre attention,
votre mémoire et d'autres facultés cognitives, si bien que plusieurs gorgées d'eau suffisent à y remédier.
Votre cerveau pèse 1,5 kg.
60% de son poids sec se compose de graisse, ce qui en fait l'organe le plus gras du corps.
Les cellules du cerveau ne sont pas toutes semblables.
Il existe plusieurs types de neurones, dont chacun exerce une fonction importante.
Le cerveau est le dernier organe à arriver à maturité.
Comme tous parents pourraient en témoigner, le cerveau de l'enfant et de l'adolescent n'est pas pleinement formé.
Ceux-ci adoptent donc des comportements risqués et pourraient gérer plus lentement leurs émotions que les adultes.
Le cerveau humain atteint sa pleine maturité vers 25 ans.
Dans le cerveau, l'information peut voyager plus vite que certaines voitures de course, allant jusqu'à 400 km heure.
Le cerveau génère assez d'électricité pour alimenter une diode électroluminescente.
D'elle, de faible consommation.
On croit que le cerveau moyen génère des dizaines de milliers de pensées par jour.
Chaque minute, de 750 ml à 1 litre de sang circulent dans le cerveau.
Ce qui suffirait à remplir à tout le moins une bouteille de vin.
Toutes les minutes.
Le cerveau peut traiter une image visuelle en moins de temps qu'il n'en faut pour cligner des yeux.
Il est prouvé que l'hippocampe, la région du cerveau que l'on considère comme le centre de la mémoire,
est considérablement plus gros chez les gens dont l'emploi sollicite beaucoup les facultés cognitives comparées au commun des mortels.
Les chauffeurs de taxi de Londres, par exemple, se soumettent à un entraînement mental en parcourant les 25 000 rues de la ville.
Par contre, il se peut que leur centre de la mémoire rapetisse actuellement en raison de leur usage du GPS.
Le cerveau commence à ralentir à l'âge étonnamment jeune de 24 ans, tout juste avant d'atteindre sa maturité maximale.
Mais ses différentes facultés cognitives atteignent des sommets à des âges différents.
Peu importe votre âge, il est fort possible que vous vous amélioriez encore dans certains domaines.
Un cas extrême de cette vérité, l'enrichissement du vocabulaire, qui peut atteindre son apogée aussi tard qu'au début de nos 70 ans.
L'essence de la mémoire, de la pensée et des facultés mentales.
Comme l'a dit Esquille, un dramaturge grec de l'Antiquité, la mémoire est la mère de toute sagesse.
C'est toutefois aussi la mère de tout ce qui nous concerne.
L'odeur des plats de votre grand-mère, le son de la voix de votre enfant, l'image du visage de votre défunt père, les plaisirs de vacances que vous avez prises il y a 20 ans.
Voilà les souvenirs qui forment nos expériences continuelles de la vie et qui nous procurent un sentiment d'identité.
Les souvenirs nous donnent le sentiment d'être vivant, compétent et important.
Ils nous aident également à nous sentir à l'aise avec certaines personnes et, dans certains contextes, à connecter le passé au présent et à établir notre perspective d'avenir.
Même les mauvais souvenirs peuvent s'avérer utiles, en ce sens qu'ils nous aident à éviter certaines situations et à prendre des décisions plus éclairées.
La mémoire est la fonction cognitive la plus couramment reconnue, une fonction cérébrale supérieure.
calculer le pourboire au restaurant, évaluer les bienfaits ou les effets néfastes de la nourriture que l'on consomme et admirer les œuvres de différents artistes.
La mémoire est la pierre angulaire de tout apprentissage. C'est en elle que l'on emmagasine les connaissances acquises et qu'on les traite.
Notre mémoire doit déterminer les informations qu'il vaut la peine de retenir et le rapport qu'elles entretiennent avec les connaissances que nous avons stockées.
Ce que nous emmagasinons dans notre mémoire nous aide à gérer de nouvelles situations.
Bon nombre d'entre nous confondent cependant la mémoire avec la mémorisation.
Ils la considèrent comme un entrepôt où nous gardons nos connaissances lorsque nous ne les utilisons pas, mais cette comparaison est fausse, puisque la mémoire n'est pas statique comme un bâtiment.
Nos souvenirs changent constamment à mesure que nous accumulons de nouvelles informations que nous interprétons.
De nouvelles informations et expériences peuvent modifier les souvenirs que vous gardez du passé.
Considérez cette réalité d'un point de vue évolutionniste.
La capacité de nous remémorer tous les détails d'un événement particulier n'améliore pas nécessairement nos chances de survie.
Notre mémoire vise plus à nous aider à bâtir et à entretenir un récit cohérent de notre vie, conforme à la personne que nous sommes, mais qui change au fil des nouvelles expériences.
Ce dynamisme explique d'ailleurs en partie pourquoi nos souvenirs ne constituent pas un rappel exact et objectif du passé.
Même les gens qui n'ont aucun problème de mémoire peuvent les déformer et les modifier facilement.
Voilà bien des années, j'ai élaboré une histoire au sujet de Bugs Bunny et de Disney World.
Certaines de ces publicités montraient Bugs Bunny et les gens qui les voyaient étaient souvent convaincus de l'y avoir réellement rencontré et même de lui avoir serré la main.
Il décrivait parfois une carotte qu'il avait à la bouche, ses oreilles pendantes et des choses qu'il avait peut-être dites comme « Quoi de neuf, Doc ? ».
L'ennui, c'est que Bugs Bunny est un personnage de la Warner Bros. et que l'on ne verrait donc jamais dans un parc thématique de Walt Disney.
Loftus a ainsi démontré combien il est facile d'implanter et de manipuler des souvenirs.
Considérons maintenant ce qui se produit lorsque vous lisez un article de magazine, de journal ou en ligne.
Tandis que vous assimilez les nouvelles informations, vous utilisez celles que vous avez déjà stockées en mémoire.
Ces nouvelles informations évoquent aussi certaines croyances, valeurs et idées bien ancrées qui vous sont propres et qui vous aident à interpréter les informations lues,
à leur donner un sens, à les intégrer à votre conception du monde, puis à déterminer si vous les retiendrez,
tout en manipulant les informations antérieurement stockées ou les reléguer aux oubliettes.
Ainsi, pendant que vous lisez l'article, votre mémoire se transforme, tant en y ajoutant de nouvelles informations qu'en leur trouvant une nouvelle place.
Du coup, vous vous dotez d'une façon différente de lier les nouvelles informations aux anciennes, celles-ci se trouvant désormais légèrement modifiées.
C'est compliqué, et ce n'est probablement pas du tout la conception que vous aviez de votre mémoire.
Il est néanmoins important de savoir que la mémoire constitue fondamentalement un processus d'apprentissage,
le résultat d'une interprétation et d'une analyse constante de nouvelles informations.
Et chaque fois que vous utilisez votre mémoire, vous la modifiez.
Voilà un fait important.
Quand on parle d'améliorer ou de conserver la mémoire, on doit d'abord comprendre ce qu'elle est et ce qu'elle représente pour chacun.
On tend à se soucier de sa capacité de se rappeler des noms ou l'endroit où l'on a mis ses clés,
mais on devrait aussi se préoccuper de la mémoire qui sert à bien jouer son rôle en tant que professionnel, parent, frère ou sœur, ami, innovateur, mentor et tutti quanti.
Que l'on parle du genre de mémoire nécessaire pour garder ses processus cognitifs intacts toute sa vie et pour éviter la démence,
ou de celle dont on a besoin pour exceller dans l'atteinte de ses objectifs quotidiens et le respect de ses responsabilités, on parle de la même chose, de la même mémoire.
Or, je décris la mémoire de manière aussi détaillée parce que mieux vous la comprendrez, plus vous serez motivés à l'améliorer.
Il n'y a pas si longtemps encore, les neuroscientifiques comparaient la mémoire à un classeur enfermant des dossiers mnémoniques individuels.
Nous savons toutefois aujourd'hui que nous ne pouvons décrire la mémoire en des termes aussi concrets. Elle est beaucoup plus complexe et dynamique que cela.
Nous savons aussi que la mémoire n'est pas vraiment générée ou confinée dans une région particulière du cerveau.
Il s'agit d'une collaboration active à l'échelle cérébrale, qui implique presque toutes les parties de celui-ci lorsqu'il fonctionne à plein régime.
Il est donc raisonnable que les nouvelles recherches permettent d'espérer qu'on puisse accorder nos souvenirs.
Comme la mémoire fait appel à un vaste réseau de distribution et coordonne ses interactions selon des vibrations à fréquence lente appelées ondes théta, pour une relaxation profonde,
les neuroscientifiques découvrent des moyens de stimuler les régions clés du cerveau par des courants électriques non invasifs visant à synchroniser physiquement les circuits neuronaux,
un peu comme un chef d'orchestre accorde la section des vents.
Ce genre de recherche et la thérapie qui pourraient en résulter en sont à leur début.
Mais on croit qu'un jour on pourra régler une mémoire septuagénaire de telle sorte qu'elle fonctionne comme celle d'une personne plus jeune de quelques décennies.
Si je vous demandais ce que vous avez mangé au repas d'hier soir, il se pourrait qu'une image vous vienne à l'esprit.
Peut-être était-ce un poulet au Marsala ou un bol de Chili ?
Ce souvenir ne s'est pas logé dans une venelle neurale à attendre que vous le récupériez.
L'image mentale de votre repas résulte d'une chorégraphie de processus incroyablement complexe à l'échelle de tout le cerveau qui implique de multiples réseaux neuronaux.
La construction d'un souvenir consiste à rassembler différents clichés ou impressions mnémoniques à partir d'un maillage de cellules se trouvant partout dans le cerveau.
Autrement dit, votre mémoire ne forme pas un seul système.
Elle se compose d'un réseau de systèmes dont chacun joue un rôle unique dans l'encodage, le stockage et la récupération.
Si votre cerveau traite l'information normalement, tous ces systèmes fonctionnent ensemble de manière synchronisée dans le but de produire une pensée cohérente.
Ainsi, chaque souvenir résulte d'une construction complexe.
Pensez à votre animal de compagnie préféré.
Disons que c'est un chien nommé Bosco.
Lorsque votre cerveau l'imagine, il ne se contente pas d'évoquer un souvenir de Bosco sous un seul angle.
Il évoque son nom, son apparence, son comportement et le son de ses aboiements.
Vos sentiments à son égard sont aussi inclus.
Chaque partie du souvenir de Bosco provient d'une région différente du cerveau, si bien que nombre de ces régions reconstruisent activement l'image globale que vous vous faites votre chien.
Les scientifiques qui étudient le cerveau commencent à peine à comprendre l'ordonnancement de ces régions en un tout cohérent.
Vous pouvez voir les choses ainsi.
Lorsque vous vous rappelez un souvenir, vous assemblez plus ou moins un immense puzzle en commençant par quelques petits morceaux.
À mesure que les morceaux s'imbriquent et déterminent une image, ils commencent à raconter une histoire, à véhiculer un tableau ou à partager des connaissances.
Le puzzle prend de l'ampleur et dévoile de plus en plus sa signification.
En mettant le dernier morceau en place, vous aurez recueilli toute l'information nécessaire pour compléter un souvenir.
Cette analogie démontre que votre mémoire fonctionne correctement à condition que les bons morceaux soient présents et assemblés de manière appropriée,
ce qui revient à intégrer des renseignements provenant des diverses régions du cerveau dans un tout qui a du sens.
S'il manque des morceaux ou si les morceaux ne sont pas tous réunis de manière appropriée, le souvenir ne se formera pas à la perfection.
Il s'y trouvera des vides et des trous et un résultat flou en découlera.
La musique constitue un bon exemple.
Pour chanter une chanson, vous devez d'abord récupérer les paroles et être capable de les prononcer.
Cela fait appel généralement à l'hémisphère gauche du cerveau, plus précisément le lobe temporal.
Chanter ces paroles exige plus que leur énonciation.
Vous devez recourir au lobe pariétal et temporal droit qui régissent la mémoire non-verbale comme votre tonalité.
Pour synchroniser et intégrer des données, toutes ces informations doivent voyager entre les hémisphères droit et gauche du cerveau.
Si vous souhaitez ajouter du rythme à la musique, celui-ci proviendra généralement de l'arrière du cerveau, à savoir le cervelet.
Vous comprenez l'idée ?
Observer le cerveau d'une personne en train de chanter au moyen d'une imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, IRMF,
c'est comme observer un spectacle de lumière par une nuit claire.
Et pourtant, on connaît des gens à un stade avancé de la démence qui parviennent encore sans problème à chanter des chansons de leur enfance.
Collectivement, des régions disparates de leur cerveau ont encore la capacité de se coordonner et de travailler ensemble,
même si certaines régions distinctes du système mnémonique commencent à flancher.
Le même processus élaboré s'engage lorsque vous faites ce qui, autrement, semblerait une seule et même action, comme conduire une voiture.
Votre souvenir de la façon de conduire un véhicule provient d'un ensemble de cellules cérébrales.
Votre souvenir de la façon de parcourir les rues jusqu'à destination fait intervenir un autre ensemble de neurones.
Votre souvenir du code de la route et des panneaux routiers est issu d'une autre famille de cellules cérébrales.
De même, les pensées et sentiments que vous inspirent votre expérience de conduite, y compris les accidents évités de justesse, découlent d'un autre groupe de cellules.
Vous n'êtes pas conscients de tous ces jeux mentaux individuels ni de ces décharges neuronales cognitives,
mais il n'en reste pas moins que les neurones travaillent ensemble, avec une magnifique harmonie, à synthétiser l'ensemble de votre expérience.
En fait, nous ne connaissons même pas la véritable différence entre notre mode de remémoration et notre mode de pensée.
Néanmoins, nous les savons étroitement liés.
C'est d'ailleurs pourquoi, afin d'améliorer véritablement sa mémoire, les techniques et astuces mnémoniques ne suffisent pas,
en dépit de leur utilité pour affirmer certaines composantes de celles-ci.
Au fond, pour accroître et préserver sa mémoire sur le plan cognitif, on doit exercer toutes les fonctions de son cerveau.
Les scientifiques n'ont toujours pas décodé la physiologie précise qui sous-tend la manière dont le cerveau pense, organise les souvenirs et retient l'information,
mais ils ont offert assez de connaissances pratiques pour énoncer quelques faits fiables au sujet de ce grand exploit.
Il est utile de considérer la construction d'un souvenir selon trois phases, l'encodage, le stockage et la récupération.
La création d'un souvenir, encodage
La création d'un souvenir s'amorce par l'encodage, qui commence par votre perception d'une expérience par l'entremise de vos sens.
Pensez au souvenir que vous gardez de votre rencontre initiale avec l'être dont vous êtes tombé amoureux ou amoureuse, que vous avez peut-être même épousé.
A cette première rencontre, vos yeux, vos oreilles et votre nez ont remarqué les traits physiques, la voix et la senteur particulière de cette personne.
Peut-être l'avez-vous touché.
Toutes ces sensations séparées se sont transmises à l'hippocampe, la région du cerveau qui intègre des perceptions ou impressions en une seule expérience.
Dans ce cas-ci, l'expérience de l'individu.
Bien que des régions de tout le cerveau contribuent à la mémoire, l'hippocampe en constitue le siège.
Des études attestent qu'à mesure que l'hippocampe rétrécit, la mémoire diminue.
Des études démontrent aussi qu'un plus haut rapport tour de taille-tour de hanche, l'embonpoint, correspond à un hippocampe plus petit.
Je reviendrai sur le sujet plus tard.
Avec l'aide du cortex frontal, l'hippocampe prend la relève pour analyser ces diverses données sensorielles et évaluer si elles valent la peine qu'on s'en souvienne.
Il importe de vous rappeler comment la mémoire et l'apprentissage s'opèrent sur le plan biochimique, ce qui vous aidera à appréhender pourquoi les stratégies que je vous propose fonctionneront pour vous.
Toute l'analyse et la filtration de vos perceptions utilisent le langage des messagers électriques et chimiques de votre cerveau.
Comme vous le savez déjà, les cellules nerveuses se connectent à d'autres cellules au moyen d'une jonction appelée synapse.
Ici, des impulsions électriques transmettant des messages franchissent de minuscules espaces ou fentes synaptiques entre les cellules,
ce qui déclenche la libération de messagers chimiques portant bien leur nom de neurotransmetteurs.
En voici des exemples.
La dopamine, la noradrénaline et l'adrénaline.
Lorsque ces impulsions électriques traversent ces fentes entre les cellules, elles s'attachent à des cellules avoisinantes.
Le cerveau renferme en général des billions de synapses.
Les segments des cellules cérébrales qui reçoivent ces impulsions électriques portent le nom de dendrites,
ce qui signifie littéralement « semblables à un arbre » parce que ces arborisations sont de courtes extensions branchues d'une cellule nerveuse qui tendent vers les cellules cérébrales à proximité.
Les attaches entre les cellules cérébrales sont d'une nature incroyablement dynamique.
Autrement dit, elles ne sont pas fixes comme un câble attaché. Elles changent et croissent ou rétrécissent continuellement.
En travaillant ensemble au sein d'un réseau, les cellules cérébrales s'organisent en groupes spécialisés visant à servir à divers genres de traitements de l'information.
Lorsqu'une cellule cérébrale envoie des signaux à une autre, la synapse entre les deux se fortifie.
Plus souvent un signal particulier se transmet de l'une à l'autre, plus la connexion se renforce.
Voilà pourquoi c'est en forgeant qu'on devient forgeron.
Chaque fois que vous faites une nouvelle expérience, votre cerveau se réorganise légèrement afin de l'accommoder.
Les nouvelles expériences et les nouveaux apprentissages amènent de nouvelles dendrites à se former,
alors que les comportements et les apprentissages répétés amènent les arborisations existantes à s'enraciner davantage.
Bien entendu, les deux ont leur importance.
La création de nouvelles dendrites, même faibles, s'appelle la plasticité.
Or, cette plasticité pourra aider votre cerveau à se réorganiser s'il est endommagé.
Elle constitue également l'élément fondamental de la résilience, essentiel à la construction d'un meilleur cerveau.
Ainsi, tandis que vous découvrez le monde et que vous apprenez de nouvelles choses, vos synapses et vos dendrites se modifient.
Elles génèrent plus de connexions, alors que d'autres s'affaiblissent.
Votre cerveau s'organise et se réorganise sans cesse en réponse à vos expériences, à votre éducation,
aux difficultés que vous affrontez et aux souvenirs que vous vous créez.
Ces changements neuronaux se renforcent avec l'usage.
À mesure que vous acquérez de nouvelles informations et que vous mettez en pratique de nouvelles compétences,
votre cerveau bâtit des circuits complexes de connaissances et de mémoire,
aussi dit-on en neurosciences que les neurones qui se câblent ensemble font feu ensemble.
Si, par exemple, vous jouez encore et toujours la sonate au clair de lune de Beethoven,
la mise à feu répétée de certaines cellules cérébrales dans un certain ordre
facilitera la reproduction de cette mise à feu par la suite.
Vous deviendrez ainsi plus à même de jouer ce morceau sans effort.
Répétez-le souvent et longtemps et vous en viendrez à le jouer à la perfection de mémoire.
Toutefois, si vous cessez de le jouer pendant plusieurs semaines et que vous essayez de rejouer ce morceau,
vous ne serez peut-être plus capable de le jouer aussi bien qu'avant.
Votre cerveau aura déjà commencé à oublier ce que vous avez déjà su si bien faire.
Les dendrites, qui étaient tellement bien déterminés, commencent très rapidement à dépérir un peu.
Heureusement, il ne vous sera pas difficile de lire la partition
et de rebâtir ses connexions neurales même des années plus tard.
Toute cette création de mémoire renferme cependant une mise en garde.
Vous devez prêter attention pour encoder un souvenir.
Devez-vous relire ce que je viens d'affirmer ?
En termes simples, vous devez être conscient de ce que vous expérimentez.
Puisqu'il vous est impossible de prêter attention à tout ce qui se présente à vous,
vous triez automatiquement les stimuli potentiels.
En réalité, seuls les meilleurs stimuli se rendent à votre conscience.
Si votre cerveau se rappelait chaque chose qu'il remarque,
son système mnémonique serait surchargé au point d'entraver un fonctionnement minimal.
Les scientifiques ne savent toutefois pas avec certitude si les stimuli sont sélectionnés
après que le cerveau en évalue l'importance ou au stade des entrées sensorielles.
Il est possible que l'attention que vous prêtez aux données entrantes
constitue le facteur déterminant dans la quantité de données dont vous vous souviendrez.
Je dois vous faire remarquer que l'oubli comporte une grande valeur.
Comme je l'ai mentionné, si vous vous souveniez de tout ce qui entre dans votre cerveau,
ce dernier ne fonctionnerait pas correctement
et votre pensée créatrice et votre imagination s'en trouveraient diminuées.
Votre quotidien deviendrait pénible.
Bien entendu, vous pourriez vous rappeler de longues listes et citer des poèmes d'amour et légiac,
mais il vous serait difficile de saisir des concepts abstraits et même de reconnaître des visages.
Il existe un groupe de neurones chargés d'aider le cerveau à oublier.
Ils sont les plus actifs la nuit, durant le sommeil,
lorsque le cerveau se réorganise et se prépare à recevoir les informations entrantes du lendemain.
Les scientifiques ont découvert ces neurones de l'oubli en 2019,
une découverte qui nous aide à mieux comprendre l'importance du sommeil et les mérites de l'oubli.
D'où ce merveilleux paradoxe.
Pour se souvenir, il faut oublier dans une certaine mesure.
On sait que la mémoire fonctionne à deux niveaux différents.
La mémoire à court terme et celle à long terme.
Toutefois, avant même qu'une expérience puisse faire partie de votre mémoire à court terme,
qui inclut ce sur quoi vous vous concentrez à l'instant même,
ce qui retient votre attention,
elle doit franchir un stade sensoriel qui dure une fraction de seconde.
Au cours de l'étape initiale,
votre perception d'une expérience se loge dans votre cerveau
tandis que vous enregistrez une information entrante,
ce que vous voyez, ressentez et entendez.
La mémoire sensorielle permet à cette perception de rester après que la stimulation a pris fin,
bien que momentanément.
Puis, la sensation passe à la mémoire à court terme.
La plupart d'entre nous ne peuvent retenir à tout moment
qu'environ 7 informations dans leur mémoire à court terme,
comme la liste de 7 produits d'épicerie
ou un numéro de téléphone à 7 ou 8 chiffres.
Il se peut que vous parveniez à accroître légèrement cette capacité
au moyen de diverses astuces ou techniques mnémoniques.
Par exemple, un nombre à 10 chiffres,
tel 6-2-2-4-7-5-1-2-8-8,
est sans doute trop long pour le mémoriser au premier essai.
Mais si vous le divisez en segments ordonnés,
comme dans un numéro de téléphone comportant des traits d'union
62-24-75-12-88,
vous aurez plus de facilité à le stocker dans votre mémoire à court terme
et à vous le rappeler.
Votre numéro de sécurité d'assurance sociale est lié par des traits,
donc plus facile à mémoriser.
Répéter pour vous-même le numéro vous y aidera également.
Pour assimiler des informations de manière à les retenir
et vous en souvenir,
vous devez les transmettre de votre mémoire à court terme
à celle à long terme.
Votre mémoire à court terme est étroitement liée à votre hippocampe
et l'autre aux fonctions de la couche externe de votre cerveau,
à savoir le cortex.
La mémoire à long terme renferme toutes les informations
que vous connaissez bien et dont vous vous souvenez.
De plusieurs façons, elle fait partie intégrante de votre personne.
Elle vous permet de vous rappeler les événements survenus la semaine dernière,
l'an passé ou durant l'enfance.
Une fois l'information intégrée dans votre mémoire à long terme,
vous y avez longtemps accès.
Contrairement aux mémoires sensorielles et à court terme,
d'une durée limitée, qui s'estompe rapidement,
celle à long terme nous permet de nous rappeler les fonctions nécessaires
au stockage d'une quantité illimitée d'informations
pendant une durée indéfinie.
Certains facteurs peuvent toutefois interrompre le processus de transfert
d'un souvenir de la mémoire à court terme à celle à long terme.
L'alcool, par exemple, met du sable dans l'engrenage.
Chez la personne ivre, l'encodage dans la mémoire à long terme
se fait rarement très bien, sinon pas du tout.
Voilà d'ailleurs pourquoi, des jours plus tard,
elle risque d'avoir du mal à se rappeler quelque chose
qui était très précis plus tôt, lorsque le souvenir
se trouvait encore dans sa mémoire à court terme.
Dans ces cas-là, elle ne pourra pas récupérer le souvenir
dans sa mémoire à long terme, du fait qu'il ne s'y est jamais trouvé
en premier lieu. La privation de sommeil peut aussi perturber
le transfert des souvenirs de la mémoire à court terme
à celles à long terme. Durant votre sommeil,
votre corps les consolide et les y déplace,
vous assurant ainsi de pouvoir garder vos souvenirs
presque toute votre vie.
Bien entendu, rien de tout cela ne peut fonctionner
sans récupération. Lorsque vous vous remémorez
un souvenir, vous allez d'abord chercher l'information
dans votre inconscient pour ensuite la déposer
dans votre conscient. La plupart des gens disent avoir
soit une bonne, soit une mauvaise mémoire.
Mais en vérité, chacun parvient à bien se souvenir
de certains genres de choses et assez mal d'autres.
Si vous n'arrivez pas à vous souvenir de certaines choses,
comme le nom des gens, et que vous ne souffrez pas d'une maladie
physique ou de démence, cela n'indique généralement
pas un mauvais fonctionnement de tout votre système mnémonique.
Il pourrait s'agir d'un manque d'attention au moment
où l'on vous a présenté une personne et où vous avez entendu
son nom pour la première fois. Ce pourrait être attribuable
aussi à un mauvais système de récupération. Dans ces cas-là,
il arrive souvent que les gens aient l'impression d'avoir
le nom au bout de la langue. Or, il est parfois facile
de se corriger en affûtant ses aptitudes mnémoniques
par rapport à cette faiblesse, à cet encodage
ou à cette récupération en particulier.
Un grand nombre de gens à la mémoire phénoménale ont cru
avoir une mauvaise mémoire jusqu'à ce qu'ils prennent le temps
d'appliquer des techniques axées sur des composantes
très spécifiques de la mémoire. Chez certaines personnes,
par contre, les problèmes de mémoire tendent à s'aggraver
avec l'âge. La promptitude et l'exactitude de notre mémoire
commencent naturellement à décliner dans la vingtaine,
surtout notre mémoire de travail, qui retient
temporairement les informations dans notre esprit
de manière à nous permettre de traverser la journée
et de prendre de bonnes décisions. Comme je le répète
tout au long de ce livre, les problèmes de mémoire ne sont
cependant pas inévitables en vieillissant.
Nous pouvons faire certaines choses pour conserver, améliorer
et aiguiser notre capacité à nous rappeler, à retenir
et à récupérer ces informations jusqu'à la fin de nos jours.
Passons maintenant à une partie de la terminologie
qui vous sera nécessaire pour la suite.
Comment se définit le déclin cognitif ? Est-il réversible ?
Que considère-t-on comme normal ou anormal ?
Chers auditeurs, nous espérons que vous avez aimé ce livre.
Vous pouvez écouter la version intégrale du livre
en suivant le lien dans la description.
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