Les océans ne sont pas que des lieux physiques, mais également des « objets » culturels en évolution. Comment leur découverte et exploitation fait partie de notre histoire et de notre représentation du monde ? Avec Céline Ferlita (CNRS), Denis Lacroix (CNRS), Emmanuelle Vagnon (CNRS).
À l’occasion de la Fête de la science, l’Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France (ISC-PIF) organisait le 5 octobre 2024 une journée dédiée aux grands enjeux de la biodiversité et du climat à travers le prisme de la science des systèmes complexes. Le programme complet : https://iscpif.fr/journee-cbsc/ L'ISC-PIF : https://iscpif.fr/
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Bonjour et bienvenue à celles et ceux qui sont dans la salle
mais aussi qui viennent d'arriver en ligne.
On va passer une heure ensemble pour parler d'Océan.
Cette heure sera divisée en deux temps.
D'abord, il y aura une table ronde avec nos trois invités que je vous présenterai.
Ensuite, il y aura un échange avec vous.
Si vous avez des questions, n'hésitez pas à les garder pour les poser à la fin.
Pour commencer, on va se présenter.
Je propose d'aller dans l'ordre.
Donc, peut-être, Céline, tu peux commencer.
Je suis Céline Ferdita. Je suis réalisatrice au CNRS,
dans une unité d'appui à la recherche située à Villejuif et qui s'appelle Ardis.
Bonjour, je suis Emmanuelle Vagnon.
Je suis chargée de recherche au CNRS dans un laboratoire d'histoire médiévale,
le laboratoire de médiévistique occidentale de Paris, ou LAMOP,
qui est rattaché à l'université Paris 1,
et donc spécialiste de cartographie médiévale.
Bonjour, je m'appelle Denis Lacroix.
Donc, j'ai travaillé pendant longtemps à l'IFREMER,
où je me suis spécialisé, les 15 dernières années,
en prospective en matière de sciences marines.
Mais alors, qu'est-ce que l'IFREMER et qu'est-ce que la prospective ?
Alors, l'IFREMER, c'est l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer.
Donc, c'est une structure dédiée exclusivement à la recherche scientifique sur la mer.
C'est un institut spécialisé, puisqu'il opère notamment une flotte scénographique
à des fins de valorisation des ressources de la mer.
C'est pas seulement un institut de recherche, je dirais, de type CNRS,
mais il a aussi une mission finalisée.
Alors, la prospective, c'est une capacité de se projeter sur le long terme
pour identifier des enjeux, des questions,
voire des décisions stratégiques à prendre,
et de manière à éclairer la décision et l'action.
Merci. Et donc, pour ma part, je m'appelle Estelle Carciofi.
Je suis chargée de médiation scientifique CNRS au CIRED,
le Centre international de recherche sur l'environnement et le développement.
Alors, pour commencer notre table ronde,
le thème découle tout naturellement du documentaire que nous venons de regarder.
Donc, il a été réalisé par Céline Ferlita,
qui va nous en dire plus dans un instant.
Et donc, que dire ? Quand a-t-il été tourné ?
De quoi parle-t-il pour ceux qui nous ont rejoints en route ?
Et quel est le lien avec Emmanuel Vagnon ?
Alors, c'est un documentaire qui est l'adaptation, d'abord, d'un livre
écrit par Emmanuel Vagnon, Éric Vallée, puis beaucoup d'autres scientifiques.
Il s'appelle La fabrique de l'océan indien.
Donc, ce film a démarré, je crois, en 2017.
Voilà, avec cet ouvrage.
Et du coup, comment adapter ce film en documentaire ?
Je l'ai conçu vraiment comme un voyage à travers le temps, l'espace,
à travers ces cartes, pour découvrir, redécouvrir cet océan indien
qui est assez méconnu, finalement.
Et c'était vraiment à travers ces cartes-là qu'on peut le voir,
comment il s'est construit, comment il s'est fabriqué, en fait.
Et puis, c'est vraiment un documentaire fait en collaboration avec les chercheurs.
Donc, il y a quasiment presque tous les chercheurs qui ont participé au livre
qui ont aussi participé au documentaire.
Merci. Aujourd'hui, on va parler de l'océan indien, mais pas seulement.
Et pour commencer, peut-être que c'est important de définir ce qu'est un océan
ou peut-être, devrait-on dire, Denis, ce qu'est l'océan.
Oui, parce que je pense que pour des raisons de simplification
et de fixation dans l'espace, on a tendance à dire les océans.
Parce qu'on identifie bien l'Atlantique, le Pacifique, l'Indien,
l'Arctique et l'océan de l'Antarctique, qui a eu récemment une identification spécifique.
En réalité, pour les scientifiques, ça n'a pas beaucoup de sens. Pourquoi ?
Parce que c'est un continuum.
C'est comme si on disait qu'il y a l'atmosphère européenne,
l'atmosphère africaine, l'atmosphère américaine.
Ça n'a pas beaucoup de sens puisque c'est un fluide.
Il y a deux fluides seulement sur Terre, l'air et l'eau.
Et la mer, elle circule ad vitam aeternam, si je puis dire.
Donc, comme c'est un immense cycle de circulation pour les océanographes,
qui soient d'ailleurs des physiciens, des chimistes ou des biologistes,
c'est un continuum.
Et d'ailleurs, il y a un immense courant qui s'appelle la circulation thermohaline
qui se développe sur l'ensemble du globe et fait que les eaux superficielles chaudes
s'enfoncent quand elles sont refroidies au niveau des pôles
et entretiennent un immense courant sur l'ensemble des océans.
Donc, on devrait effectivement dire l'océan.
Pour des raisons pratiques, souvent, on simplifie.
En plus, je note au passage, c'est assez difficile de faire une frontière
à partir de quel moment est-ce qu'on passe d'un océan à un autre,
alors qu'en réalité, il y a des courants énormes dans les deux sens,
en surface et puis en profondeur.
Donc, vous voyez, c'est une notion un petit peu artificielle, mais très pratique.
Merci.
Donc, l'intitulé du documentaire, je rappelle, ça s'appelle
la fabrique de l'océan indien.
Et c'est un terme qui peut paraître étonnant, le terme de fabrique.
Alors, on pourrait croire que l'océan, c'est un peu une donnée.
On constate qu'il y a un océan, après, on va l'étudier et autre.
Mais là, donc, vous employez ce terme de fabrique dans le titre.
On a vu dans le documentaire pourquoi, mais tout le monde n'était pas présent.
Et serait-il possible d'expliquer de nouveau ce terme
et peut-être plus précisément encore ?
En effet, effectivement, le documentaire prend le point de vue des historiens
sur cet espace.
Et pour répondre aux scientifiques, en effet, il n'y a qu'un seul océan.
Et pendant longtemps, d'ailleurs, depuis l'Antiquité, on a conçu un océan
qui environnait les terres ou deux océans qui se croisaient
et qui créaient justement ces flux et ces reflux qui étaient déjà observés.
Et ce que le documentaire veut montrer, c'est que la conception d'un océan indien
est une construction, une construction historique qui vient des rapports
des humains avec cet espace.
Et depuis la plus haute Antiquité, cet océan a été considéré
comme un espace cohérent, avec sa cohérence, en fonction des rivages
qui le bordaient, donc les rivages africains, les rivages indiens,
les rivages du Sud-Est asiatique.
Et que finalement, ça a pris énormément de temps, des siècles,
pour le désigner par un nom, un nom qui est accepté partout,
c'est-à-dire océan indien.
Mais on a vu qu'il a pu s'appeler Mère Érythrée, Mère Rouge,
Mère des Anges, c'est-à-dire des Africains de l'Est.
Il a pu s'appeler Mère du Sind, Mère de Chine, dans les sources arabes.
Et donc, ce documentaire veut montrer que c'est une fabrique,
c'est une invention, au sens où c'est une invention humaine
de désigner cet espace sous un nom qui le distingue des autres océans.
Après, dans le documentaire, on reprend l'idée que la fabrique,
c'est le terme que Mercator utilise pour désigner son atlas.
La fabrique du monde, c'est l'idée d'une grande mécanique du monde
que les cartes pourraient mettre en évidence.
Donc la fabrique du monde, c'est à la fois l'invention de noms
pour les parties du monde, mais aussi c'est la mise en évidence
d'un grand mécanisme du monde.
Et d'ailleurs, je me suis toujours demandée pourquoi rouge
pour désigner l'océan indien.
Plusieurs cartes distinguent la mer rouge par sa couleur,
et précisent qu'il ne s'agit pas de la couleur de l'eau,
parce que l'eau de la mer rouge n'est pas rouge,
mais que ce sont les rivages de la mer rouge qui, depuis l'Antiquité,
étaient considérés comme étant d'une couleur rougeâtre.
Par extension, la mer rouge désigne tout l'océan indien,
mais là, c'est par référence à la chaleur, puisque,
selon les conceptions antiques reprises au Moyen-Âge occidental,
l'océan indien fait partie de cette zone torride très chaude
qu'on distingue sur les cartes par la couleur rouge
qui montre plutôt la chaleur de ces régions.
Alors, maintenant qu'on a reprécisé à la fois ce qu'est un océan
et pourquoi on parle de fabrique d'un océan,
on va explorer ensemble comment l'imaginaire et la connaissance,
car l'intitulé de la table ronde est Imaginaire-Océan,
mais la connaissance évidemment s'entremêle à l'imaginaire.
Comment imaginaire et connaissance construisent un océan ?
En parlant de l'océan indien, mais là encore,
en allant bien au-delà peut-être que c'est vrai pour tous les autres,
on va le découvrir, est-ce qu'ils se fabriquent tous de la même façon ?
Mais avant ça, Emmanuel Vagnon, pouvez-vous nous dire
comment l'océan indien a-t-il été fabriqué ?
Alors, comment l'océan indien est fabriqué ?
Oui, on a vu que depuis l'Antiquité, cet espace est fréquenté
par toutes sortes de peuples.
C'est un lieu de transfert culturel entre les différents peuples.
L'histoire de la cartographie nous apprend que finalement
c'est une fabrication du point de vue des cartes européennes
qui lui donnent son nom.
Donc, fabrication de l'océan indien,
ça veut dire conception d'un espace distingué des autres
dans une cartographie qui, peu à peu,
prend les conventions de la cartographie européenne
à partir du XVIe siècle.
Mais c'est une histoire sur le temps long
qui s'enrichit du contact entre les peuples.
Donc quand on parle de fabrication,
on parle de fabrication à travers la cartographie uniquement,
à travers la façon de représenter l'espace.
C'est essentiellement le thème de cette histoire de la cartographie,
mais la fabrication, c'est aussi la rencontre entre les peuples,
c'est-à-dire le commerce et la guerre aussi,
qui sont des modes de rencontre entre les peuples
qui forment un espace commun.
Est-ce que cette fabrication est spécifique à l'océan indien
ou est-ce que ça s'applique à d'autres,
voire à tous les océans de la planète ?
Certainement, ça s'applique à tous les autres océans de la planète.
Ce n'est pas seulement l'océan indien.
L'océan Atlantique, même, par exemple, l'océan Atlantique Sud,
s'est appelé Mer du Sud pendant très longtemps sur les cartes.
L'océan Arctique-Antarctique, on vient de l'entendre,
c'est une dénomination extrêmement récente.
Et tout cela repose sur des conventions,
des conventions qui sont partagées par un certain nombre de peuples
et qui sont ensuite appliquées dans des instances mondiales actuelles
pour désigner ces espaces-là.
Mais, encore une fois, c'est une construction humaine et historique.
Et quand vous dites « par un certain nombre de peuples »,
est-ce qu'aujourd'hui encore, il y a des personnes
qui n'appellent pas l'océan indien « océan indien », selon vous ?
Selon moi, certainement.
C'est-à-dire que les populations littorales de ces espaces
les désignent par leur propre région.
C'est-à-dire qu'on peut continuer à distinguer des espaces dans l'océan indien
qui sont, par exemple, la mer arabe,
ou des termes qui sont encore plus locaux, des golfes,
qui sont désignés par le nom de la ville la plus proche,
par le village de pêcheurs le plus proche,
et qui correspondent vraiment à une,
non pas une dénomination qui serait vraiment vue de très loin,
mais vraiment une pratique de cet espace maritime par ses usagers.
Donc, en effet, l'océan indien est aussi une constellation
de tout petits espaces de pêche et de fréquentation
qui sont totalement locaux.
Et quelle a été la part de l'imaginaire dans la cartographie ?
Quelle a été la part d'imaginaires et de connaissances ?
Donc, dans l'Antiquité, par exemple,
est-ce que l'un a pris plus de place sur l'autre ?
On se doute un peu de la réponse, mais à partir de quand ?
Encore une fois, ce qu'on a voulu montrer,
c'est que l'océan indien était connu
avant que les Européens y mettent un pied ou une voile de navire.
Puisque l'histoire de la cartographie est souvent écrite
du point de vue des Européens, et donc est vraiment euro-centrée,
on a l'impression que ce sont les grandes découvertes du XVIe siècle
qui ont donné lieu à la construction de cet espace-là.
En réalité, évidemment, à commencer par les Arabes ou les Chinois,
l'océan indien, c'était un espace extrêmement fréquenté
depuis l'Antiquité et le Moyen Âge.
Alors, l'imaginaire de l'océan indien,
c'est un imaginaire qui est du point de vue
de ceux qui sont les plus éloignés de cet océan,
c'est-à-dire l'Europe occidentale.
Et pourtant, cet imaginaire, il vient aussi du fin fond de l'Antiquité.
Comme le rappelle Pierre Schneider au début du documentaire,
c'est Alexandre le Grand, avec son expédition
au IVe siècle avant Jésus-Christ,
qui va jusqu'à l'Indus, qui ramène une série de légendes
qui sont rapportées ensuite par ses généraux
et par les compagnons d'Alexandre.
Et cet imaginaire de l'océan indien,
il vient finalement beaucoup de la tradition grecque
qui ramène des images fabuleuses de ces espaces.
Ça, c'est pour l'Occident.
Et on a aussi l'imaginaire du monde arabe, des mille et une nuits,
qui ramène aussi des récits de navigation,
Sinbad le marin, avec toutes sortes de créatures.
Alors, il y a un imaginaire commun de tous les océans
et de même de la mer Méditerranée,
qui est transposé dans ces espaces-là.
Et puis, il y a des créatures spécifiques
ou des légendes spécifiques à cet espace.
Donc, quand on parle de découverte ou de nouveau monde,
par exemple, c'est toujours se placer du point de vue européano-centré.
Et donc, toujours un peu des colons, de ceux qui ont...
Oui, c'est un imaginaire de conquête, clairement,
qui date de la Renaissance.
Déjà, c'est un terme aussi qui est très euro-centré, la Renaissance.
Donc, en effet, imaginaire de l'océan indien,
c'est un terme qui s'applique essentiellement
à l'imaginaire de l'Europe occidentale sur cet espace lointain.
Et en géographie, est-ce que vous faites très...
Enfin, histoire aussi de la géographie, cartographie, etc.
Est-ce que vous faites attention ?
Est-ce qu'il y a une évolution de l'emploi de ces termes,
nouveau monde, découverte et autres ?
Est-ce qu'il y a une critique du vocabulaire
qui a été employé pendant très longtemps ?
Est-ce que ça change ou est-ce que c'est en train
d'évoluer dans une certaine direction ?
Oui, je pense que ça fait déjà plusieurs dizaines d'années
qu'il y a un regard qui essaye d'être critique
sur ces termes de très euro-centré,
qui essaye de décoloniser le regard,
qui essaye de laisser sa place à une histoire,
comme dit Romain Bertrand, à parts égales,
qui laisse la parole justement à d'autres peuples.
Et c'était une des ambitions du documentaire
et bien sûr avant du livre et de cette recherche universitaire
de justement faire parler aussi des cartographies
d'autres régions et d'autres peuples
que les Européens précisément.
Et est-ce qu'on pourrait imaginer qu'un jour
peut-être l'Amérique ne s'appellerait plus l'Amérique
pour être plus fidèle aux personnes
qui étaient là avant les Européens
ou c'est complètement illusoire ?
Alors ce n'est plus du tout de mon ressort,
puisque en tant qu'historienne du Moyen-Âge occidental,
l'Amérique n'existe pas pour moi bien sûr,
mais bien sûr les études,
les spécialistes de l'Amérique pré-colombienne
seraient tout à fait d'accord pour changer le discours
et je pense qu'ils ont déjà commencé à le faire d'ailleurs,
pour changer un discours qui serait vraiment
du point de vue des colons à partir du XVIe siècle.
Alors revenons à votre spécialité et à l'océan Indien.
Céline, vous me disiez que l'océan Indien,
pour vous, il a tout de même quelque chose de spécial,
de particulier.
Alors oui, déjà quand Emmanuel est venu avec ce livre,
moi c'est vrai que c'était un peu aussi d'abord une découverte,
je me suis dit mais c'est vrai, l'océan Indien.
Moi j'étais effectivement découverte de l'Amérique,
l'océan Atlantique, de grandes expéditions,
je me suis dit mais oui, l'océan Indien,
je ne me suis jamais posé la question,
c'est vraiment un océan que j'ai redécouvert,
aussi à travers ces cartes-là.
Et ces cartes, moi ce qui m'a énormément attirée,
c'est que ces espaces imaginaires côtoient des choses très réelles,
très vraies en fait.
Il y a cette coexistence dans ces cartes
et c'est pour ça qu'il y a des petites séquences comme ça
où on a voulu un petit peu zoomer sur ces créatures,
sur les conceptions.
C'était très intéressant de voir cohabiter l'imaginaire
et en même temps des données très vraies, très réalistes.
Et ça, on n'avait pas du tout cette vision de la cartographie,
je n'avais pas du tout cette vision de la cartographie comme cela.
Bon, j'avais plutôt la vision plutôt pratique,
comme on connaît.
Et ça, ça a été une vraie surprise pour moi,
qui ne connaissait pas du tout,
de voir que l'imaginaire avait toute sa place dans les cartes.
Et ça, vraiment, ça m'a été beaucoup étonnée
et c'est ce qu'on a voulu rendre dans le documentaire.
Et une chose aussi que j'ai aimée dans ce que vous m'avez dit,
c'est que pour vous, vous avez essayé de mettre à la place
des personnes qui, à l'époque, ne voyageaient pas beaucoup
et qui découvraient ces cartes.
Et vous avez essayé de rendre un peu de cette beauté,
de cet émerveillement dans le documentaire.
Ben oui, effectivement, les cartes n'étaient pas accessibles à tous.
Donc, il y avait plusieurs récits, ces cartes.
On a vu des cartes d'apparat qui ont vraiment un sens.
Mais du coup, effectivement, les gens qui ne voyageaient pas
pouvaient les voir.
Il y avait plusieurs niveaux de lecture, en fait, je pense,
sur ces cartes.
Et c'est ça que, dans le documentaire,
on a aussi voulu montrer avec toutes ces animations.
Justement, on a voulu expliquer comment reprendre un petit peu,
au départ, cette première lecture.
On dit, mais qu'est-ce que c'est, cet espace ?
Je ne le reconnais pas.
Et grâce à l'animation, on a pu décoder cet espace,
le montrer, le rendre plus visible aux spectateurs, déjà.
Et puis, probablement, ce que vous voyez,
les personnes à l'époque.
Et à un moment du documentaire, donc, il est expliqué
que les cartes vont vers plus de précision.
Il y a les petits dessins, les illustrations qui disparaissent.
Et on va aussi vers une précision mathématique, une sobriété.
La question que je me pose, c'est est-ce que la connaissance
a progressivement, voire complètement, chassé l'imaginaire ?
Comme la précision des cartes a donc chassé les sirènes
et les autres dessins qui figuraient.
Qu'en est-il aujourd'hui ?
Tout cela appartient-il au passé ?
Et donc, ma question, pour Denis Lacroix,
reste-t-il de l'imaginaire, aujourd'hui,
dans notre connaissance des océans ?
Ou bien la connaissance a-t-elle pris toute la place ?
Heureusement que non.
Je voudrais réinsister sur quelque chose de tout à fait capital.
Qui est-ce qui a mis en marche, finalement,
les hommes un peu partout dans le monde
à aller voir ce qu'il y a au-delà de la mer ?
Et on sait maintenant que c'est extrêmement ancien,
puisqu'on a la preuve que des grandes îles
ont été colonisées par l'homme,
alors qu'on ne voyait pas la Terre de l'endroit où on était.
Par exemple, l'Indonésie a été découverte environ 50 000 ans.
Alors que pour aller en Indonésie, de la péninsule malaise,
il faut plusieurs jours de navigation.
Et on ne voit pas, de l'horizon, comment y aller.
Évidemment, ce n'est pas une navigation par hasard.
Sinon, on n'aurait pas pu coloniser,
enfin, coloniser au sens humain du terme,
c'est-à-dire développer tout un écosystème humain.
Donc, ça veut dire qu'il y a 50 000 ans,
des personnes s'étaient organisées
pour déplacer plusieurs couples,
sinon c'est super incestueux,
des animaux de toutes sortes, etc.
Donc, vous imaginez, il y a 50 000 ans,
alors qu'on estime que les villes un peu complexes,
les plus anciennes du monde,
c'est 11 000 ans à peu près.
Donc, ça veut dire une technologie navale,
une curiosité, un désir.
Et là, derrière, il n'y a aucune motivation scientifique
ou d'intérêt direct.
Donc, ça veut dire que, je voulais venir à ça,
l'imaginaire, c'est un moteur extrêmement puissant
de la découverte humaine.
La curiosité, elle fait partie de la nature humaine.
Alors, est-ce que le fait d'en savoir plus long
épuise l'imaginaire ?
Non.
Quand vous regardez dans tous les domaines de la science,
que ce soit quand on regarde des physiciens
traquer pendant des décennies le boson de Higgs,
surnommé la particule de Dieu,
je ne l'invente pas ça,
c'est quand même une manière de nommer une particule.
On l'avait théoriquement,
on n'arrive pas à la détecter.
Donc, l'imaginaire ne s'arrête jamais.
Et même aujourd'hui, on continue à traquer d'autres particules,
on sait voir de quoi est faite la matière, etc.
Y compris dans l'infiniment grand.
Donc, les télescopes...
Grâce à ces outils, d'ailleurs,
il faut remarquer que ces outils scientifiques,
en fait, enflamment nos imaginaires.
Que ce soit dans l'infiniment petit.
Au début, c'est un simple microscope.
On découvre qu'il y a des animalcules
qui bougent sous les lunettes.
C'est bizarre quand même.
Donc, est-ce qu'il y a un monde qu'on ne verrait pas,
qui existerait quand même ?
Donc là, ça enflamme une imagination qui est sans fin.
Et en descendant avec des systèmes pour observer,
aujourd'hui, on est capable de repérer
des couches d'atomes.
On se demande encore comment est-ce qu'on peut,
après, continuer à avoir des pinceaux
de visibilité assez minces
pour rentrer dans la structure même de la matière.
Donc, vous voyez, là, il n'y a pas de limite.
C'est une sorte d'asymptote.
Mais dans l'autre sens aussi,
le télescope permet petit à petit
d'observer les cratères de la Lune,
découvrir Saturne, les anneaux, etc.
Et puis maintenant, aujourd'hui,
on est à la recherche de l'origine du Big Bang
parce qu'on va de plus en plus loin.
Donc, la science fournit
des outils et des connaissances
qui sont sans fin
parce qu'on n'aura jamais l'explication totale
de tout ce qui nous entoure
pour deux raisons.
D'abord, pour des raisons
presque ontologiques.
Il n'est pas possible à un système
de se décrire totalement lui-même.
Il ne peut être décrit que par l'extérieur.
Donc, nous, on est à l'intérieur
d'un système, le système univers.
On ne peut pas le décrire totalement puisqu'on est dedans.
C'est comme si une fourmi disait
« Je vais découvrir, décrire ma fourmilière. »
Mais non, elle ne peut pas.
Parce que quand elle est à un endroit, elle ne peut pas voir de l'autre côté.
Il n'y a que quelqu'un d'extérieur qui peut décrire la fourmilière.
Vous voyez ce que je veux dire ?
Donc ça, c'est quelque chose de très important.
Et puis deuxièmement, c'est qu'il n'y a pas
de limite à l'imaginaire.
La science, elle,
elle ne travaille que dans le déductif.
Pour avoir des intuitions géniales, tant que vous n'avez pas
à démontrer, elles ne sont pas
prouvées. Elles ne sont pas justes.
Elles ne sont pas vraies.
Alors que l'imaginaire n'a pas de frein.
On dit que
la science, c'est
la technologie au service du rêve.
J'ai rêvé
que j'irais dans la Lune. Ça, c'est un rêve très ancien.
Bon, il a fallu attendre quelques millénaires
avant qu'on y arrive. À partir du moment où on a formulé
cette idée-là. Vous voyez,
il n'y a pas
de limite à l'imaginaire. Et il n'y a pas de
limite à la capacité d'aller
explorer toujours au-delà.
Et pourquoi il y en aura
toujours, tant que la science
n'épuise pas l'imaginaire.
Et donc,
très bien, elles coexistent. Mais est-ce
qu'on connaît
très bien aujourd'hui l'océan ?
Est-ce qu'on peut dire que vraiment,
entre guillemets, on en a fait le tour sur le plan
scientifique ? On en a
fait le tour peut-être de manière
géographique. Les cartes,
effectivement, montrent bien ça.
Au moment où on commence à boucler,
et on la termine dans le film, c'est une très belle image
d'un atlas géographique
qui va faire autorité. Et effectivement,
aujourd'hui, on désoccidentalise un peu
la science pour dire que c'est une vision particulière
des choses. Moi, j'aurais aimé avoir ce que
donneraient les Chinois qui dominaient
l'océan Indien de
1403 à
1430, si mes souvenirs sont bons.
Donc, c'est-à-dire 60 ans avant la découverte de
l'Amérique. S'ils avaient développé
un système de cartes, le système de cartographie
serait chinois.
Donc, c'est impressionnant
de voir, ça s'est tenu à peu de choses.
Bon, bref.
Et donc,
est-ce qu'on connaît bien
l'océan ? Non. On peut dire que c'est vraiment le sixième
continent. Parce que, d'abord, c'est
quelque chose de difficile d'accès.
Faut oublier qu'on n'a plus de lumière à partir de
200 mètres. Encore 200 mètres, c'est les derniers photons.
Après, c'est le nord absolu.
Et puis, c'est très profond.
Des kilomètres d'épaisseur. Trois kilomètres et demi d'épaisseur.
Donc, descendre au fond
où c'est un milieu extrêmement hostile
ou extrêmement difficile, c'est difficile de l'explorer.
Donc, on peut dire aujourd'hui, on connaît,
on a cartographié de manière précise,
c'est-à-dire comme une carte terrestre, à peu près 5 à
10 %, ça dépend des endroits,
du fond.
Alors oui, c'est pas grand-chose quand même. On connaît bien
mieux, c'est classique de dire ça,
mais c'est vrai, on connaît bien mieux la surface
de la Lune que le fond des océans.
Et il me semble que même si on
le connaissait parfaitement,
on n'en aurait pas fait le tour dans le sens où c'est
toujours mouvant, il y a des
volcans qui poussent, la montée
des eaux qui change les
contours. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ces
deux sujets, par exemple, montée des eaux
et volcans ?
Alors oui, volcans, j'en aurais parlé de toute manière parce que
bon, en fait,
la Terre, c'est un système dynamique.
Il y a des continents
qui flottent sur le magma qui,
lui, est semi-visqueux et bouge.
Bon, puis il y a des moteurs
thermiques à l'intérieur de la Terre, ça chauffe,
donc tout ce qui chauffe gonfle et tout ça,
ça veut sortir à la
lumière. Donc il y a
les grandes dorsales océaniques qui sont
des lieux où se renouvellent
sans arrêt le plancher océanique qui
pousse les continents
les uns sur les autres, ça crée des
enfoncements, des endroits de subduction
où il y a une plaque
qui passe sous une autre, etc. Tout ça, ça bouge,
ça produit des tremblements de terre, et puis
ça fait des fissures, dans les fissures passent
des volcans, etc. Tout ça, ça bouge.
Ça bouge assez lentement, puis quelquefois, ça s'accélère.
Par exemple,
au large de la Réunion,
bon exemple,
a poussé
la plus grande
extrusion de matière
magmatique du monde.
Il est apparu un volcan
qui n'existait pas sur les cartes avant,
un volcan
de 800 mètres de haut
dont les fortes pentes inquiètent
beaucoup de monde, parce que si elles se décrochent, ça va déclencher
des tsunamis, et en face,
il y a Mayotte, et un peu plus loin,
pas mal d'îles qui peuvent être concernées.
Donc là, on a
vraiment la naissance d'un
volcan sous nos yeux,
et ça, ça date d'il y a 5 ans.
Donc vous voyez, il se passe des choses sous l'océan,
plein de choses, et on n'est pas
forcément là pour les observer.
C'est-à-dire qu'en fait, ça bouge
beaucoup. Pourquoi ? Parce qu'au fond
de l'océan, on est proche de la
zone du magma
en fusion, qui lui,
cherche un chemin à se frayer,
il y a des gaz qui sont émis,
etc. Et ça, ça a joué un rôle
considérable dans la formation de l'atmosphère de la Terre.
Et combien
de mètres faisait ce
volcan qui a poussé d'un coup près de
Réunion ? Alors, il fait 800 mètres de haut.
Et c'est l'équivalent de quoi, à peu près ?
800 mètres de haut,
alors à Paris, c'est difficile de trouver,
sinon je vous aurais dit, c'est une fois et demie le Pic Saint-Loup
à Montpellier, mais ça ne dira pas grand-chose à l'assistance.
800 mètres,
vous voyez, c'est quand même,
c'est une montagne
significative. Le danger, d'ailleurs, n'est pas tellement la hauteur,
parce qu'il faut imaginer que la mer,
c'est une pellicule de 3,5 km d'épaisseur
sur un diamètre
de 6400 km.
Si la Terre était comme
un pamplemousse, si on posait un pamplemousse ici,
sur la table, quelle serait la quantité
d'eau que représenterait l'océan ?
Eh bien, une goutte
d'eau. Ça y est,
c'est l'océan. Voilà l'océan
sur mon pamplemousse.
Vous voyez, ce n'est pas grand-chose.
Et en même temps, c'est grâce à cette goutte d'eau que
nous pouvons vivre. Parce que des planètes
sans eau, eh bien,
on doute beaucoup qu'il puisse y avoir la vie.
Vous voyez, c'est très important
de s'imaginer que cette
pellicule, en fait, c'est notre pellicule vitale.
Et aujourd'hui, on
commence à en prendre conscience.
Depuis 2015 seulement, on estime que
l'océan fait partie
des objectifs du développement durable.
Donc si on veut durer,
il faut l'océan.
Et pour revenir aussi sur la montée des eaux,
est-ce que cette pellicule d'eau
est en train de monter ?
Eh oui. Il y a
trois causes à la montée du niveau de la mer. La première,
elle est toute simple. Elle est liée à ce qui a été dit ce matin.
C'est-à-dire que tout ce qui chauffe,
gonfle. D'accord ?
Et on le connaît très bien pour le métal, par exemple,
qui se détend beaucoup en fonction
de la chaleur. Mais comme toute matière,
quand ça chauffe, ça gonfle.
Donc un tiers de la montée du niveau de la mer
aujourd'hui, qui est à peu près de 4 mm par an,
c'est en moyenne mondiale, évidemment,
parce que la surface de la mer, c'est très irrégulier
et ça ressemble plutôt à une balle de golf.
Donc un tiers vient
de cette chauffe,
un tiers vient de la fonte des glaciers
terrestres et un tiers vient de la fonte
des glaciers des pôles.
Voilà. Donc le résultat final
fait que c'est un phénomène
qui est pratiquement irréversible à l'échelle du siècle
et qui est en accélération.
Voilà. Donc ça, il faut l'avoir
en tête. Donc l'océan
bouge. Il y a également des normes
de transfert de chaleur.
Il va y avoir des impacts aussi sur les grands courants
océaniques. On citait tout à l'heure le Gulf Stream.
Il y en a beaucoup d'autres dans le monde
qui jouent un rôle tout à fait
essentiel dans la régulation du climat.
C'est d'ailleurs le régulateur
numéro un, me semble-t-il, pour le climat?
Oui, puisque
non seulement il absorbe, c'était dit ce matin,
mais c'est très juste. Il faudra se rappeler
heureusement que la mer est là parce qu'elle absorbe
90 % de la chaleur
en excès. Sinon, il ferait beaucoup, beaucoup
plus chaud déjà sur Terre. Donc,
c'est d'une certaine manière un climatiseur
géant. Et puis, c'est également le radiateur
puisque ça nous transporte de
la chaleur en excès des tropiques vers les latitudes
dites tempérées. Mais elles sont
tempérées par quoi? Par la mer.
Donc, on sait très bien que les climats tempérés
sont proches des océans et les climats continentaux
sont beaucoup plus contrastés avec
des étés plus chauds et des hiviers
plus froids. Et donc, on a
vu le passé avec l'histoire, la cartographie.
On a vu le présent. Aujourd'hui,
on vit ce qu'il en est. Et donc là, vous disiez
que
c'est un régulateur numéro un. On sait
qu'il y a une urgence environnementale
actuellement. Donc, parlons de
demain. Que faudrait-il
faire pour mieux connaître,
mieux traiter
l'océan?
Qu'en pensez-vous? Vous qui êtes
prospectiviste, est-ce que c'est un manque de
connaissance qui fait qu'il est aussi mal
traité?
Oui, je pense que pendant longtemps,
on a pensé que l'océan était quelque chose
d'immuable et que ses ressources
étaient sans limite.
Au XVIe siècle, on pensait que les poissons
naissaient naturellement au fond de la mer
et que c'était sans limite. Et puis, on s'est
aperçus au fil des
siècles d'exploitation, notamment la pêche.
C'est un révélateur intéressant. C'est que
si on retire trop
les ressources de la mer, elles peuvent s'épuiser.
Donc ça, c'était
une observation tout à fait
importante à noter.
Cette fonction de limite.
Pour ce qui concerne
l'ensemble de la Terre
et de l'importance
de la mer dans les siècles à venir,
ça, c'est quelque chose
qui est assez récent.
Parce que cette vision d'un océan
qui change, qui évolue
et qui risque de perturber
même les grands équilibres
bio-géochimiques de la Terre, c'est une idée
qui est assez récente en fait.
L'inscription
comme au DD14, objectif
de développement durable numéro 14,
c'est-à-dire s'occuper du cycle de l'eau, c'est tout à fait
récent. Alors qu'en réalité,
les climatologues,
les biologistes, les gens
qui travaillent sur le milieu marin savent très bien que c'était
un milieu absolument essentiel.
Et pas seulement pour les zones côtières,
même pour la régulation du climat
sur le long terme. Donc cette
conscience-là, autant elle est très
ancienne pour la partie météo,
pour personne dans le monde,
ça aurait du sens de faire des météos
d'un institut de la météo
qui soit uniquement concentré sur un pays.
Il faut que les pays communiquent entre eux.
C'est une organisation qui ne peut être que mondiale.
Ça paraît évident pour l'atmosphère
et la prévision météo.
Pourquoi ? Parce que vous avez besoin des informations
du voisin pour savoir, surtout quand on a
un vent d'ouest dominant ici,
avoir des informations sur ce qui va se passer demain.
Mais ça n'était pas du tout le cas pour la mer,
considérée comme quelque chose de statique
et d'immuable. Les deux choses
sont fausses. Ce n'est ni statique
ni immuable. Donc il faut réviser
ça et l'envisager comme un
milieu dynamique. En plus, maintenant,
on a compris que c'est un élément
essentiel du cycle de l'eau.
Cette énorme machine,
71% de la surface de la terre,
c'est la mer. Dès qu'il chauffe,
qu'est-ce qui se passe ? L'évaporation
envoie une quantité colossale
d'eau dans
l'atmosphère qui, par la
circulation, envoie des précipitations
et de la neige un peu partout dans le monde.
Et c'est grâce à ça que, finalement,
ce cycle de l'eau, ensuite, est reçu
par la terre. Une partie percole
en profondeur, une partie ruisselle est récupérée
par les hommes, etc. Se charge de
plein de choses, notamment de plein de particules polluantes
et puis il retourne dans la mer, et ainsi de suite.
Donc ce cycle, il est là depuis
à peu près 3 milliards d'années
et
on ne se rend pas compte à quel point
les activités humaines l'ont
perturbé, alors qu'il a eu une remarquable stabilité
pendant des millions d'années.
Eh bien, nous sommes en train de le perturber sérieusement
et il faut voir comment est-ce qu'on peut
conserver la résilience de la vie sur terre
en
conservant ce
cycle vital le plus
le moins perturbé possible.
Mais donc, doit-on changer
notre imaginaire sur l'océan, notre façon
de le regarder, notre grille de lecture
quelque part, pour changer
notre façon de le traiter ?
Le traiter peut-être avec plus de respect, moins le polluer ?
Est-ce que tout vient quand même d'une façon de le considérer
comme pure ressource à exploiter
actuellement, juste
un endroit qui nous permet de voyager d'un point A
à un point B, ou d'aller en vacances
nous baigner ? Est-ce qu'il faut vraiment
changer notre regard sur l'océan, notre imaginaire
pour le traiter
autrement ? Oui, là vous
dites, c'est le point crucial
que vous avez évoqué là. Il faut passer
d'un océan utilitaire à un océan
bien commun de l'humanité.
Mais c'est difficile
parce que regardez même à l'échelle
de l'Hermite Aranée.
Chaque pays essaye de maximiser ses ressources
sur son plateau continental.
Mais même dans
les océans, c'est la même chose.
On a une vision terrestre
de la mer
alors qu'en fait, non seulement c'est
non pas une surface, mais un espace
et en plus, il se déplace.
Donc vous voyez, on fait
un double contresens.
Et on ne s'en rend pas compte. On croit que c'est aussi
quelque chose dans lequel on peut se
servir, comme une espèce de tranche de gâteau.
Alors qu'en réalité,
il faudrait le voir comme un bien
absolument commun à l'humanité. Même
des pays qui sont complètement interdéters, ils dépendent
des pluies qui viendront elles-mêmes de l'évaporation
comme je l'expliquais, de la mer.
Donc s'il y a vraiment un bien commun
de l'humanité, c'est la mer.
Mais changer de mentalité,
c'est difficile.
Et l'Occident a une part de responsabilité
dans cette affaire. Parce que ça a été bien montré
lors de la fabrique de l'océan Indien, je le préserve,
passionnant, c'est que finalement,
on part
vers les Indes, on trouve une voie
parce que les épices, ça vaut
le poids de l'or, au sens strict.
Un kilo d'épices
égale un kilo d'or.
Moi je dis ça à mes étudiants, quand on dira la prochaine fois
à table à midi, quand on dira passe-moi le sel,
eh bien vous pouvez lui dire passe-moi l'or.
Non, passe-moi le poivre, par exemple,
c'est passe-moi l'or.
Alors moi j'aimerais bien saupoudrer mon riz
avec de l'or.
Donc vous voyez, c'était une vision utilitaire,
intéressée. Et puis très rapidement,
au début c'était simplement l'exploration,
et puis après c'était trouver la voie
des Indes, parce qu'il fallait
contourner la Méditerranée orientale
bloquée par les Ottomans depuis
la conquête de Constantinople en 1453.
Donc finalement il faut accélérer
la technologie pour arriver
à rebrancher les sources
des épices,
la route des épices d'ailleurs.
Donc ça c'est tout à fait fondamental.
Et puis après, évidemment, comme c'est
de la richesse, on commence à se battre.
Donc les Portugais, puis après
les Hollandais, puis les Anglais,
on se pique les comptoirs les uns des autres,
les Français arrivent derrière, etc.
Donc très vite, on est dans le conflit à nouveau.
Donc qu'est-ce qui a fait venir
cette vision des choses ? L'Occident.
Bon, je ne dis pas qu'ils ne se battaient pas
avant, entre différents royaumes,
mais quand même. Et puis après,
les cartes ont figé ça, etc.
Donc cette vision très occidentale
de classer
par la science, ça c'est un énorme avantage
parce que ça permet d'objectiver les choses
et d'ailleurs de découvrir des choses
tout à fait passionnantes
et qui rendent à nouveau
à la responsabilité humaine
des conséquences de ces activités.
Et ça, la science, elle n'a pas
de drapeau dessus, heureusement.
Par contre, la manière avec laquelle
on vote les systèmes de gestion
par exemple de la haute mer,
eh bien, là, il y a beaucoup de drapeaux.
Et donc, c'est compliqué.
Alors, heureusement,
à certains moments,
l'humanité a eu des sursauts de lucidité.
Par exemple, l'Antarctique est protégée par un traité.
Le traité de Madrid
qui vaut jusqu'en 2049.
Mais déjà,
la Russie a demandé à ce qu'on lève
le traité pour pouvoir aller exploiter
sa tranche de gâteau parce qu'il y a du
pétrole et du gaz
dessous.
Vous vous rendez compte ?
On a envie de se dire,
si on continue de cette manière-là,
on est absolument certain d'aller vers
une période difficile.
Donc, vous voyez, transformer cette vision
de la mer utilitaire,
servi par un hubris très fort.
L'hubris, c'est la démesure chez les Grecs.
C'est passer du cosmos,
l'équilibre, au chaos climatique.
Donc, comment éviter
cet hubris ? Eh bien, par
d'abord une prise de conscience,
après par une mise en commun
de toutes les bonnes volontés
politiques. En disant,
on peut avoir des différents à terre,
mais de grâce, essayez de garder
la mer en dehors de ça.
Comme on a essayé de le faire au niveau du spatial.
Vous avez vu, c'est fragile.
Et la Lune, même chose.
C'est fragile.
Donc, il faut être très vigilant là-dessus.
Mais je pense que le meilleur
moteur, c'est de dire, un,
ça reste un objet de fascination
et de gratification
pour l'humain.
Pas seulement le bien-être au moment où
on peut aller passer des vacances,
mais également au point de vue de l'imaginaire.
Mais également au point de vue même de notre survie
de long terme. Et ça, c'est complètement différent.
Et je me demande d'ailleurs
si pour ce point, changer l'imaginaire,
la connaissance, notre grille de lecture
de l'océan, est-ce que Céline Ferlita,
vous pensez qu'à son échelle,
le documentaire scientifique
peut apprendre des choses
tout en émerveillant et changer
ce point de vue utilitariste
qu'on peut avoir sur l'océan.
Tout à fait.
Tout d'abord,
en tant que réalisateur
au Sénat, je ne suis pas la seule.
On a un peu cette liberté de pouvoir donner la parole
aux chercheurs, déjà.
Mais du coup, on peut aussi associer,
on a un peu cette liberté-là,
toute une créativité derrière
pour pouvoir transmettre
effectivement ces nouvelles visions,
ce propos. Donc pour nous,
le documentaire, c'est vrai, c'est un espace de liberté
de création et aussi de science.
Et du coup, effectivement,
cette production
de documentaire, elle a son utilité.
Et ces événements comme celui-là
où on peut effectivement projeter
et parler, c'est des moments
essentiels pour pouvoir
montrer autre chose à notre regard.
D'ailleurs, dans le
documentaire, on apprend
aussi ce qui n'est pas forcément évident.
Quand on arrive à l'école, notre premier
rapport avec l'océan Indien, ça va être le
planisphère ou je ne sais quoi, on a l'impression que la science
a dit que là, c'est l'océan Indien. Alors qu'en fait,
vous expliquiez très bien, c'est des conventions,
c'est le fruit d'une histoire de rapports
de domination. Donc voilà, les regards
changent, les choses sont imposées, mais peuvent
évoluer. Enfin, sont imposées, elles s'imposent
par le temps.
Alors, je ne sais pas si avant
de passer à la partie
des questions, s'il y a des questions,
d'ailleurs, vous, vous auriez quelque chose
à ajouter
en amont ?
Oui, vraiment,
en réponse aux deux
dernières interventions, oui,
l'histoire de la cartographie, c'est une histoire d'appropriation
de ces espaces par les sociétés
humaines et ce qu'il
faudrait changer pour rétablir
un imaginaire positif sur
l'océan, c'est d'en faire des sanctuaires, c'est-à-dire
de rétablir une idée
ou un imaginaire de l'équilibre
entre, pas seulement la nature d'un
côté et l'humain de l'autre côté, mais
l'humain en symbiose avec la nature.
Et donc, cet imaginaire-là,
on a pu aussi le trouver dans le passé.
Là, les historiens ont aussi un rôle à jouer
de transmission, c'est de dire que
oui, cette idée des éléments,
de l'équilibre des éléments sous le regard
d'une divinité ou pas, ou sous le
regard de la science, eh bien,
c'est un imaginaire qu'on devrait
non seulement restaurer, mais promouvoir,
c'est-à-dire un image d'équilibre et pas seulement
d'appropriation de ces espaces.
D'ailleurs, ce que vous dites, ça me fait
penser au
Mauna Kea, un volcan,
une montagne, pardon,
à Hawaï où des télescopes ont été
construits, et
il y a eu la population
qui s'est...
qui a voulu contrer ce projet parce qu'elle a
dit que c'est un espace sacré, et les scientifiques
ont dit, non, mais il n'y a rien là-haut,
donc c'est pas comme s'il y avait une cathédrale ou je sais pas quoi,
et les Hawaïens ont répondu, mais
précisément, c'est sacré, donc
il n'y a rien. Donc ça me fait penser à ça,
pour sanctuariser l'océan, ne pas y mettre
je ne sais quoi.
C'est ça, et je veux dire, justement, l'imaginaire des créatures marines
magnifiques, c'est le reflet
d'une réalité aussi, c'est-à-dire que ces créatures,
on n'a pas cessé de les découvrir, on en découvre
encore justement dans les abysses,
ce merveilleux existe, vraiment.
Donc, il faut encore promouvoir
la fragilité de ces espaces,
montrer qu'il faut les laisser tranquilles surtout,
pas trop aller les voir, justement.
Donc, voilà, c'est encore quelque chose
à développer.
Tout à fait. Alors maintenant, vous avez la parole.
Est-ce qu'il y a des questions que vous souhaiteriez
poser ? N'hésitez pas.
Oui ? Alors, une question devant.
Ça va peut-être sembler stupide
comme question, mais
je vous avais dit qu'il fallait
sanctuariser, entre guillemets, l'océan,
mais en même temps,
je me demandais comment, avec
3,5 km de profondeur,
on pouvait mettre des câbles en dessous,
de dire ça, que l'océan,
il y avait des câbles en dessous
pour que l'électricité passe,
ou ce genre de choses.
Je vous avais dit que ça pouvait être stupide comme question,
mais du coup, je me demandais
est-ce que déjà,
comment c'est possible
puisqu'on ne connaît pas assez bien
les océans, et en même temps,
est-ce que ce n'est pas déjà un pas
en plus sur la désanctuarisation
des océans ?
Oui. Alors, si je comprends bien votre question,
c'est comment est-ce qu'on peut faire de l'océan
un bien commun s'il y a déjà
beaucoup de choses qui équipent le fond et
les côtes ? Alors, il faut savoir une notion
très importante, c'est que le droit international,
la convention dite de Montego Bay,
dit que
la mer qui appartient
aux États, elle fait 200 000
nautiques au-delà de la ligne de côte.
200 000 nautiques, ça fait
370 km. Au large,
c'est considéré comme un
espace de souveraineté
nationale. Pas strict, mais enfin bon,
je ne vais pas entendre les détails. Alors, si vous
faites le bord de tous les pays, etc.,
il reste quand même
plus des deux tiers qui sont
complètement libres. Ce qu'on appelle
la haute mer. Alors, la haute mer,
bon, il y a le problème de la surface,
alors il y a un principe fondamental,
c'est la liberté de circulation en haute mer,
d'accord ? Et puis,
il y a la colonne d'eau, à qui appartiennent les
ressources qui sont dans la colonne d'eau, principalement des poissons,
et le fond.
À qui appartient le fond ?
C'est une question compliquée parce que tant
qu'il n'y avait rien à exploiter, on s'en fichait un peu.
Maintenant qu'il y a des choses très intéressantes
éventuellement à gratouiller dans le fond,
des nodules polymétalliques,
des sulfures, des encroutements
cobaltifères, etc., tout un tas de
minéraux qui nous intéressent de plus en plus, puisqu'il y en a
de moins en moins à terre, et qui vont servir
surtout pour les technologies
qui nous intéressent, notamment les énergies marines renouvelables,
les énergies renouvelables,
en général, les batteries, votre
portable, etc. Bref,
donc il faut des règles
parce qu'avant il n'y en avait pas, et donc
il faut arriver à établir ces règles-là.
Les câbles transocéaniques, il y en a un paquet,
d'ailleurs il faut savoir que la plupart des informations ne transitent
pas par des satellites,
sinon elles seraient saturées, mais 95%
de l'information qui circule dans le monde
passe par des câbles sous-marins.
D'accord ? Donc ça je pense que c'est quelque chose
qui est pas su, donc c'est pour ça qu'on
essaie souvent, ça devient des enjeux stratégiques
parce que si vous coupez les câbles sous-marins,
vous pouvez désorganiser complètement un pays
voire un continent. Alors il y en a beaucoup,
puis il y a des phénomènes de renondance, alors passons.
Donc les câbles, peut-être il reste tellement de monde que tout le monde
est d'accord pour les faire passer au fond des océans.
Ok. Mais alors le reste,
comment est-ce qu'on gère tout ça ?
Justement, c'est un énorme enjeu de gouvernance,
discutons autour des pays,
de valorisation des ressources, etc.
Avec une revendication qui est assez intéressante,
c'est les pays qui n'ont pas accès à la mer.
Bon, la terre, elle appartient à tout le monde,
et surtout la mer, puisque c'est des zones
qui ne sont pas appropriées.
Des pays complètement enclavés
pourraient dire, moi je voudrais avoir une part des richesses.
Pas seulement des pays
qui par hasard, par hasard de l'histoire,
ont eu accès à la mer.
Sinon, ça va être,
on va pas mettre des couloirs pour accéder
à la mer, à tous les pays du monde, pour leur donner un motif
d'avoir des ressources.
Vous voyez, il y a bien une absurdité qui arrive là.
Donc, il y a tout un travail
au niveau diplomatique
qui se fait actuellement,
pour voir comment répartir
des richesses
qui seraient trouvées dans les mers,
pour que tous les pays du monde
en bénéficient d'une manière ou d'une autre.
Alors, évidemment, c'est passablement compliqué.
Mais, bon, il y a des armées de diplomates
là-dessus, et je vous invite
à suivre de près ce qui aura,
ce qui va se passer l'année prochaine,
en juin, à Nice, puisque la France
et le Costa Rica co-organisent
la conférence des Nations Unies
sur l'océan, l'UNOC.
Et donc, il va être débattu,
ce genre de choses, avec des traités,
notamment sur la conservation de la biodiversité
en haute mer.
Le traité dit BBNG,
vous allez en entendre parler,
de manière à savoir comment est-ce qu'on gère
la conservation de la biodiversité en haute mer.
Par exemple, est-ce qu'on a le droit d'aller pêcher
des millions de tonnes de krill ?
Le krill, c'est ces petites
crevettes de haute mer
qui jouent un rôle fondamental dans les équilibres
biologiques,
qui sont consommées principalement par des grands cétacés
comme les baleines, etc.
Il faut rappeler que les baleines, c'est le plus grand carnivore du monde quand même,
puisqu'ils mangent des matières vivantes.
Et puis, ou alors le mésoplankton,
qu'on peut trouver, il a aussi des millions de tonnes.
Donc, problème de sécurité alimentaire,
on peut dire qu'on peut aller pêcher ça,
mais quelles vont être les conséquences derrière, etc.
Vous voyez, il y a un besoin de connaissance,
de modéliser ce qui va se passer
si on continue à exploiter l'océan
et de nouvelles ressources.
Vous voyez, c'était dit ce matin aussi,
modéliser quand on ne connaît que 10% des espèces
et qu'on ne connaît que 10%
du fond des océans, c'est quand même
très, très
exagéré.
C'est très dangereux.
Dire qu'on fait un jumeau numérique de l'océan,
il ne faut pas exagérer. L'image est jolie,
mais ce n'est pas sérieux.
Si on devait modéliser
une forêt à partir de 10% de sa connaissance,
je ne sais pas à quoi elle ressemblerait à la forêt.
Je ne suis pas sûr que...
Si elle était faite par un comité, comme disait Churchill,
un chameau, c'est un
cheval dessiné par un comité.
Il vaut mieux aller sur place
pour voir de quoi il s'agit.
Emmanuel, Céline,
vous voulez rebondir ou on passe à une autre question ?
J'ai peu de choses
à dire sur les câbles sous-marins,
dans la cartographie ancienne.
Par contre,
je peux rebondir sur le débat
sur les droits de la mer.
C'est un débat très important au XVIIe siècle
entre Grotius et Seldon.
Deux
juristes,
anglais et hollandais,
se sont disputés pour savoir
si la mer était libre de navigation.
On ne parlait pas encore de la surface,
mais des droits des pays
à naviguer librement dans les eaux
océaniques, au-delà
des petits bassins comme
la mer Adriatique,
dominée par Venise
et d'autres puissances.
Ce droit des mers
est ancien. Il y a même
du droit maritime encore plus ancien
au Moyen-Âge sur le droit
à exploiter les épaves.
L'histoire de l'accès
à la mer et des droits des pays
d'exploiter la mer,
c'est quelque chose de très ancien,
mais qui s'est développé de manière incroyable
à notre époque parce que
les espaces à conquérir
atteignent les profondeurs et
l'espace. On a aussi des débats
juridiques extraordinaires
pour savoir ce qu'on va faire des épaves de satellites
dans l'atmosphère, enfin au-dessus
de l'atmosphère.
On a des enjeux
politiques qui sont liés à
ces questions, dont on a
quelques prémisses dans les époques
qui m'intéressent, mais qui se sont
développées de manière vraiment cruciale à notre époque.
Y a-t-il une autre question ?
Merci.
C'est juste pour venir
sur ce que vous aviez dit
du point de vue
colonisateur. Qu'est-ce que
vous entendiez par un écosystème humain ?
Enfin, sa définition.
C'est juste un passage que vous avez...
C'est vous.
Un écosystème humain.
Un écosystème dans lequel
l'espèce humaine intervient.
Que ce soit marginale ou massive.
Ok, merci.
Une autre question, c'est que vous avez dit que
du coup, à travers le documentaire, on a vu que
l'océan est principalement défini par sa surface.
C'est l'huit taureaux, notamment.
Et on a aussi vu
qu'on ne connaît pas vraiment les profondeurs.
Est-ce qu'on peut se dire aussi que
l'imaginaire, c'est aussi des fonds marins,
des nouvelles espèces qu'on ne connaît pas encore ?
Pour revenir sur la question de l'exploitation,
on a souvent des
missions qui sont faites
dans les fonds marins pour
étudier ces espèces-là.
Et on pense déjà à comment les utiliser,
notamment en médecine ou autre.
Alors, un mot là-dessus, s'il vous plaît.
Effectivement,
quand on voit les films,
et à Ifremer,
j'ai eu la chance d'en voir pas mal, puisque c'est mon propre
institut. Quand on voit les films
qui sont faits à 4000 mètres,
6000 mètres de profondeur,
qu'on voit les geysers qui
sortent des entrailles de la Terre
avec ces colonies incroyables.
Moi, quand j'ai fait mes études,
c'était il y a longtemps,
c'était des millénaires précédents,
mais quand j'ai fait mes études, on me disait
qu'il n'y a pas de vie sans soleil.
Bon.
Parce qu'on ne pouvait pas concevoir qu'il y ait une autre
source d'énergie que la photosynthèse.
Bon.
Vous voyez, c'est pas...
Alors qu'en fait, c'est faux. Pourquoi ?
Parce qu'au fond des océans, où il n'y a pas
un photon qui arrive, pas une seule
particule d'énergie lumineuse,
il y a une vie foisonnante. Incroyable !
D'où ça vient ? On a découvert
la chimiosynthèse.
L'énergie qui peut être exploitée à partir
donc de
des gaz, des
composés chimiques qui sortaient
de ces fumeurs, des fumeurs actifs.
Et donc ça, c'est un émerveillement
mais sans fin, parce que
à chaque plongée, pratiquement, d'un sous-marin
d'Iframer, on trouve des espèces
nouvelles. C'est pour ça que c'est pas très compliqué
de dire... Vous savez, on en
connaît qu'un tout petit peu, puisqu'à tous les coups,
on trouve des espèces nouvelles. Et la
phénoménale plasticité
d'organisation
du vivant, c'est
prodigieux. C'est prodigieux. Donc, déjà,
ça, c'est une source d'émerveillement
dans les formes,
les procédés utilisés par la nature.
C'est prodigieux !
Donc, il y a eu
13 prix Nobel donnés en lien
avec des
découvertes liées à la mer.
Par exemple, les découvertes
sur les propriétés
des neurones
et des fibres nerveuses
ont été étudiées sur un
calmar. Parce qu'il a une propriété très particulière,
c'est qu'il a de très grosses cellules nerveuses.
Et donc, on a étudié ça sur
un calmar. Et donc,
on avait un modèle réduit, mais
très gros, finalement, pour étudier ça.
Donc, il a donné l'occasion à des
recherches tout à fait remarquables.
Il y a des procédés extraordinaires,
aussi, des systèmes de...
Par exemple, de protéines antigèles pour les
poissons qui vivent dans des eaux très froides.
Effectivement, on se disait, mais comment ça se fait que
les poissons qui vivent, ces dernières minutes,
les poissons qui vivent dans des eaux glacées,
comment est-ce qu'ils font pour que leurs protéines ne gèlent pas ?
Nous, on gèlerait. Eh bien,
ils ont des protéines spéciales antigèles. Vous imaginez
les applications de ce genre de choses ?
Donc, voilà. Et il y en a plein d'autres. Je pourrais
être intéressable sur le sujet.
Donc, c'est l'imaginaire,
on parlait de l'imaginaire scientifique
tout à l'heure,
l'imaginaire des sirènes. On peut toujours y croire.
De toute manière, ça ne mange pas de pain,
puis ça fondit de très beaux dessins animés.
L'imaginaire est sans fin.
Et la science n'arrête pas,
la science notamment au fond des océans,
mais également dans l'épaisseur de l'océan,
et même sur les modestes coraux qu'on peut trouver
partout, on n'arrête pas
de découvrir des choses tout aussi
étonnantes, tout aussi extraordinaires.
Le vivant n'a pas fini
de nous emboucher un coin.
Et d'être aussi, de nous donner des ailes
pour l'imaginaire.
Merci beaucoup.
On ne va pas pouvoir
prendre une autre
question, puisqu'on doit rendre
l'antenne dans deux minutes.
Mais il y a un point
qui me semblait tout de même important
d'ajouter. Emmanuel Vagnon,
il me semble que vous avez travaillé sur
un livre qui explore
plus avant des problématiques
qu'on a juste
effleurées
aujourd'hui. Est-ce que vous pouvez
nous en dire plus sur
cet ouvrage ?
Oui, alors
je voulais dire effectivement qu'avec
Céline Ferdita, ce documentaire, c'était un
moyen de transmettre
les recherches des
historiens sur ces questions d'histoire de la cartographie
et qu'il va bientôt sortir
une nouvelle manière
justement de vulgariser ses connaissances.
C'est une bande dessinée pédagogique
qui s'appelle Geographia,
l'Odyssée cartographique de Ptolémée
et qui a été
réalisée par Jean Leveugle
et moi-même, en collaboration
avec la Bibliothèque nationale de France et aux éditions
Futuropolis. Donc je voulais juste indiquer
qu'outre le documentaire,
on essayait aussi de diffuser la science par d'autres
supports qui sont
abordables à tout âge, puisqu'il s'agit d'une bande
dessinée humoristique, mais qui
traite de ces questions d'histoire de la cartographie de manière
très précise. C'est-à-dire que vous avez une transcription
de ces belles maps mondes que vous avez pu voir
et dont on ne voyait pas les détails. Là, vous avez
la transcription avec la traduction des toponymes
et c'est une manière d'entrer
dans le sujet de
ces cartes. Je voudrais aussi signaler
que la Bibliothèque nationale de France a mis en ligne
des petits cours documentaires
qui ont été réalisés aussi par Céline
sur les plus
beaux documents cartographiques
de la Bibliothèque nationale, les Portulans,
qui s'appellent Au cœur des cartes.
C'est une série qui a été
co-réalisée entre la BNF
et le CNRS. Il y a une partie des cartes
qui sont sur
le site de la chaîne
YouTube du CNRS et une autre
partie qui est sur la BNF.
La série s'appelle Au cœur des cartes
et elle est visionnable toujours en ligne
sur les sites de
CNRS et de la BNF.
Merci à toutes et à tous.
Je pense qu'on va rester dans le coin.
Si vous avez des questions, vous n'hésitez pas.
Merci.