Sondes, rovers, et même hélicoptères... Pour explorer l'univers, les scientifiques repoussent sans cesse les limites ! Avec la mission Dragonfly, on va voir que les drones sont peut-être l'avenir de l'exploration. De quoi sont-ils capables, et à quoi serviront-ils ? Avec Gabriel Pont et Caroline Freissinet, du CNES.
0:00 : Introduction 1:08 : Pourquoi utiliser des drones ? 3:25 : Le mot mystère : "Ingenuity" 8:46 : Dragonfly à la conquête de Titan ! 17:43 : L'héritage de Christian Huygens 23:43 : La sonde Dragonfly en action 34:04 : À quoi ressemblera l'exploration spatiale du futur ? 39:10 : Le parcours des invités 48:58 : La reco des invités
Salut les sorciers, soyez les bienvenus dans ce nouveau numéro de Science en Question.
Salut Marine, salut Lorraine, salut Jean.
Rappelez-vous, en 2021, la NASA a réussi l'exploit de faire voler un drone sur Mars.
Une véritable prouesse.
Grâce à ce nouveau type d'engin volant, les scientifiques repoussent les limites de l'exploration spatiale.
Alors qu'apportent ces drones ? De quoi sont-ils capables ?
Et à quoi ressemblera l'avenir du spatial ?
Dans cette émission, vous découvrirez que la NASA prépare une nouvelle mission très ambitieuse.
Avec le soutien des scientifiques français, elle prévoit l'envoi d'un drone,
mais bien plus loin et bien plus gros que ce premier drone de la NASA.
Avec nos invités, nous embarquerons à bord de cette mission inédite vers une des lunes de Saturne.
Ils nous raconteront leur rôle dans cette aventure et les défis auxquels ils sont confrontés.
Ce voyage vers le système saturnien sera aussi l'occasion de brosser le portrait de Christian Huygens,
un savant du XVIIe siècle sans qui les missions spatiales actuelles ne seraient peut-être pas possibles.
Eh bien c'est parti, partons à la découverte du futur de l'exploration spatiale.
Pour nous accompagner tout au long de cette émission, nous avons le plaisir de recevoir Gabriel Pont.
Bonjour et bienvenue.
Bonjour.
Alors, vous êtes chef de projet CNES des contributions françaises à la mission Dragonfly.
On va en parler plus en détail un peu plus tard dans l'émission.
Mais d'abord, dans un premier temps, je voudrais comprendre
qu'est-ce qui motive aujourd'hui l'utilisation des drones ?
Alors, dans l'exploration planétaire, les drones, il faut voir ça comme un élément complémentaire aux rovers
qui sont un peu plus connus et qui ont été un peu plus développés par le passé.
Ce n'est pas un remplacement.
Ce n'est pas du tout un remplacement, notamment parce qu'il y a pas mal de limitations.
Il y a assez peu de planètes sur lesquelles on peut faire voler un drone et encore moins de lunes.
Il y a une seule lune sur laquelle on peut faire voler un drone, c'est Titan, on va en parler plus tard.
Et puis sur les missions planétaires, on a quelques exemples sur Mars.
Donc ça veut dire qu'on peut imaginer des missions à venir avec à la fois des rovers, des drones,
plein de choses complémentaires pour aller encore plus loin finalement ?
Oui, on a même un exemple récent de complémentarité entre un drone et un rover sur la mission Mars M20
avec le rover Perseverance et le drone Ingenuity.
On va y revenir. Comment le CNES participe au développement de ces nouvelles technologies ?
Alors, sur les drones, les missions dont on va parler aujourd'hui sont des missions américaines principalement.
Nous, on apporte des instruments scientifiques qui viennent sur ces rovers ou sur ces drones.
En termes de développement de drones, on a quelques applications en cours de développement,
notamment un démonstrateur de drones stratosphériques.
C'est quoi le but de ce démonstrateur ?
Le principe, c'est d'avoir un drone qui va accompagner un ballon ou un dirigeable.
Un ballon rempli de quoi ? D'hélium ?
D'hélium, par exemple, un ballon stratosphérique qui vole à des altitudes aux alentours de 20 km
et qui va accompagner ce ballon pour faire des mesures complémentaires un peu plus haut en altitude
ou un peu plus bas par rapport au ballon.
Pourquoi je vous parle de ça, c'est qu'à ces altitudes-là, on est dans des pressions similaires à la pression martienne.
Derrière, il y a éventuellement des implications sur des futurs drones martiens, mais on n'en est pas là.
C'est encore en phase de test pour l'instant.
Quand on parle de drones spatiaux, il y a un nom qui nous vient en tête.
Ce nom, c'est Ingenuity. On en a beaucoup entendu parler dans les médias en 2021.
Mais est-ce qu'il a marqué les esprits ? Voyons ça, c'est notre mot mystère.
Alors franchement, aucune idée. C'est la première fois que j'entends ce mot.
Alors non, je n'en ai pas entendu parler.
Pas trop, mais je dirais Ingenuity, il y a le mot ingénieur, ingénierie.
C'est peut-être quelque chose d'ingénieux, non ?
C'est rigolo, c'est un joli drone.
C'est celui du Mars ?
On dirait un peu un drone versé en futur.
C'est une sonde qui vient de se poser sur la surface de Mars, si ce n'est pas un fake.
Ah oui, non, c'est un drone, c'est un drone, pardon.
C'est un drone à côté d'un rover.
Je ne sais pas, j'imagine un module d'exploration qui est censé se poser quelque part.
Comment on dit le planète Mars ?
Ça, c'est un truc NASA ou European Space Agency ?
Pour celles et ceux qui hésitent encore, je vous propose qu'on montre la réponse en image.
Ingenuity, c'est ce petit engin volant, on le voit au centre de l'image, qui décolle.
Est-ce que vous pouvez nous le présenter, s'il vous plaît, Gabriel ?
Ingenuity, c'est le premier drone extraterrestre
qui a volé dans le cadre de la mission Mars 2020 de la NASA.
C'est un démonstrateur.
C'est-à-dire que la NASA a placé ce drone sur cette mission-là
pour démontrer la capacité de pouvoir faire voler un drone sur une autre planète que la Terre.
Ça veut dire qu'il n'avait aucun objectif, à part de démontrer bien sûr que c'était possible,
mais objectif d'aller, par exemple, faire des prélèvements dans l'atmosphère ou quoi que ce soit ?
Pas du tout. C'était vraiment un démonstrateur technologique
à tel point qu'il n'était pas sélectionné sur la mission Mars 2020
lorsque les sept instruments principaux du rover Perseverance ont été sélectionnés.
Il a été développé en parallèle du rover Perseverance
et il a été décidé de l'embarquer seulement en 2018 pour une mission de 2020.
C'est un petit drone, il faut imaginer ce que c'est.
Ça fait quelle taille, à peu près ?
Ça fait de l'âge qui rentre dans un cube de 20 cm de diamètre.
C'est plutôt compact ?
C'est compact. Par contre, comme sur Mars, la pression est faible,
il faut des grandes hélices. C'est des hélices d'un mètre vingt de diamètre à peu près.
C'est deux roteurs coaxiaux qui tournent en contrarotation.
Il y a assez peu de science à bord, il y a uniquement des caméras de navigation et d'observation.
Encore une fois, c'est uniquement un démonstrateur qui était prévu pour faire cinq vols à l'origine.
Il en a fait combien finalement ?
Il en a fait 72.
Ça a été un succès ?
C'est un gros succès à tel point que sur la deuxième partie de sa mission,
les navigateurs au sol s'en servaient pour définir un peu mieux le chemin que devait suivre Perseverance.
Il était piloté comment ?
C'est un vol autonome.
Il faut voir que les télécommunications pour aller ou pour venir sur Mars mettent entre 5 et 20 minutes.
Ce n'est pas possible de piloter un drone comme ça avec un joystick ou une télécommande.
Ce sont des plans de vol qui sont établis à l'avance,
qui sont montés vers Mars pendant la nuit par exemple.
À une heure donnée, le drone va faire son vol.
Il se débrouille tout seul. On le voyait en vol survoler la surface de Mars.
Exactement.
C'est la première fois qu'on fait voler un objet comme ça sur une autre planète ?
Un objet plus lourd que l'air, oui.
Mais il y a eu dans les années 80, deux ballons gonflés à hélium qui ont volé sur Vénus
dans le cadre des missions Vega de la Russie.
Donc on a une image du ballon.
Rien à voir, ça reste un objet volant mais ce n'est pas motorisé.
Ce n'est pas motorisé, ça vole simplement parce que c'est plus léger que l'atmosphère dans laquelle il est placé.
Ces ballons ont permis dans les années 80 de faire environ 48 heures de mesures atmosphériques dans l'atmosphère de Vénus.
Vous êtes intervenu sur la mission Mars 2020 ?
Personnellement ? Oui, je suis intervenu.
J'étais en charge des équipes opérationnelles qui s'occupent des instruments français qui sont embarqués sur le rover Perseverance.
Quand je dis les instruments, il y en a un, c'est SuperCam, qui est un laser qui permet d'analyser les roches à distance,
la composition des roches à distance.
J'étais en charge de gérer les équipes opérationnelles françaises qui menaient les opérations.
En parallèle, vous avez pu suivre les premiers vols d'Ingenuity et assister au premier décollage ?
Tout à fait, parce qu'en fait, sur les réunions opérationnelles avec les Américains, on parlait de tous les instruments, y compris d'Ingenuity.
Et vous, la première fois que vous avez vu ça, ça vous a fait quoi ?
C'est un événement.
C'est un exploit.
Oui, c'est un exploit.
Et le JPL nous avait tellement dit que c'était un démonstrateur, que si ça ne marchait pas, ce n'était pas grave.
Vous avez préparé à l'échec.
Il nous avait préparé à l'échec, mais il a fait 72 vols pour 5 vols prévus.
On commençait à le dire dans l'émission, le successeur d'Ingenuity est en cours de préparation.
Pour en discuter, nous allons recevoir une nouvelle invitée.
Elle collabore à la conception d'un des instruments embarqués sur ce futur drone.
Place à l'esprit d'équipe.
Bonjour Caroline Frestinet.
Bonjour.
Bienvenue sur le plateau de Science en Question.
Vous êtes chercheuse CNRS en astrochimie au laboratoire LATMOS et vous êtes responsable scientifique de la contribution française à la mission Dragonfly.
C'est comme ça que vous vous êtes rencontrés tous les deux ?
Tout à fait.
On se connaissait de nom avant, mais on a commencé à travailler ensemble sur cette mission Dragonfly.
J'ai hâte d'en savoir plus, mais pour ça, je vous laisse dans les mains de Lorraine.
On va donc parler de la mission Dragonfly.
On va reprendre les bases.
Ce drone est à destination de Titan, qui est une lune de Saturne.
Est-ce que vous pouvez nous faire un peu le portrait robot de cette grosse lune ?
Il y a beaucoup de choses à dire sur Titan.
Énormément de choses à dire, parce que c'est un des décors les plus intéressants pour les chimistes dans le système solaire.
La taille déjà par rapport à la Terre ?
En tout cas par rapport à la lune, parce qu'on est sur des lunes.
C'est plus gros que notre lune.
On est à plus de 5000 km de diamètre pour Titan.
C'est combien de fois par rapport à la lune ?
La lune, c'est 3000 et quelques.
On est à une fois et demie la lune.
Quelque chose comme ça.
C'est un corps qui, puisqu'il est gros, il est différencié.
Il est bien rond, etc.
Il a une caractéristique exceptionnelle dans le système solaire, c'est qu'il a une atmosphère qui est très dense, qui est très épaisse.
C'est rarissime, comparé à Mars par exemple.
C'est rarissime.
L'atmosphère de Mars, c'est à peu près un centième de l'atmosphère de la Terre.
L'atmosphère de Titan, c'est quatre fois la densité de l'atmosphère terrestre.
Donc on peut dire qu'on a trois corps dans le système solaire qui ont une atmosphère dense.
On a la Terre, on a Vénus et on a Titan.
Assez exceptionnel dans le système solaire.
Une autre caractéristique qui est exceptionnelle également de Titan, c'est qu'il possède des liquides en surface.
Sa surface est froide.
On est loin du Soleil.
Sa surface est à moins 180 degrés Celsius.
C'est plutôt froid.
L'eau en surface est gelée.
On a des hydrocarbures liquides en surface de Titan.
Il y a des lacs de pétrole.
Des lacs de pétrole, des lacs de méthane et d'éthane liquides.
Des lacs qui sont très grands.
Le plus grand s'appelle Kraken Mare.
Il fait plus de 1100 kilomètres.
On les voit, ils sont au pôle nord de Titan.
Kraken Mare fait 1100 kilomètres de longueur, dans sa longueur la plus étendue.
Les estimations montrent qu'il pourrait faire jusqu'à 300 mètres de profondeur.
On est sur du gros lac.
On a déjà pas mal d'informations sur Titan.
On a pas mal d'informations.
La sonde Cassini-Huygens a été lancée au début des années 2000.
Elle est arrivée sur Titan fin 2004.
Cassini a orbité autour de Saturne.
Elle a fait de nombreux survols de Titan, 127 exactement.
Elle a analysé beaucoup de Titan.
C'est grâce à Cassini qu'on a toutes les informations qu'on a aujourd'hui sur Titan.
Elle a ouvert encore plus de questions puisque ça a montré un monde fabuleux.
Cassini-Huygens, c'était une mission collaborative entre la NASA et l'ESA, l'agence spatiale européenne.
La petite sonde Huygens s'est détachée de Cassini début 2005, en janvier 2005, pour atterrir sur Titan.
C'est elle qui a pris ces jolies photos lors de sa descente dans l'atmosphère.
Avec Dragonfly, qu'est-ce qu'on va aller cibler ? C'est quoi notre objectif scientifique ?
On va atterrir proche d'un cratère qui s'appelle Selk, qui fait 80 km de diamètre.
Et le cratère Selk, il est intéressant parce que c'est un gros cratère d'impact.
Cratère d'impact, donc une météorite qui s'est écrasée et qui a formé ce cratère.
Et elle a apporté beaucoup d'énergie.
Et qui dit apport d'énergie sur une croûte de glace, dit fonte de la glace, dit eau liquide.
Et donc potentiellement des réactions de formation peut-être de molécules de la vie ?
Voilà, on ne va pas aller jusque là non plus.
On peut garder l'optimisme, mais il ne faut pas induire en erreur en parlant de vie non plus.
Mais c'est vrai que le mélange entre les molécules organiques qui sont dans l'atmosphère,
qui sont sédimentées en surface et l'eau liquide d'un cratère,
fait que ces molécules ont pu se complexifier encore plus jusqu'à former des briques du vivant.
Et donc la vie aurait pu éventuellement se baser sur ces briques pour se développer.
On verra dans la suite de l'émission un peu plus précisément les prélèvements que Dragonfly pourra faire sur la surface.
Mais c'est bien ça l'objectif, c'est d'aller voir si Titan a pu héberger,
a pu avoir des conditions propices pour héberger la vie.
Exactement, et donc c'est ce qu'on appelle l'habitabilité, les conditions propices pour abriter la vie.
L'habitabilité, c'est un ensemble de conditions avec des critères physico-chimiques
qui sont de ce qu'on connaît, nécessaires pour que la vie puisse se développer.
Et la présence de molécules organiques complexes font partie de ces critères d'habitabilité.
Donc ça peut nous apprendre des choses aussi sur la formation de la vie sur Terre et la formation de la Terre.
Exactement, surtout sur la formation de la vie sur Terre,
quand on parle de recherche chimique moléculaire, de voir la complexité qu'a pu atteindre la formation de ces molécules.
Mais après, avec Dragonfly, on aura également d'autres objectifs scientifiques
qui vont nous aider à comprendre un petit peu mieux la formation de la Terre avec les différents instruments.
Gabriel, vous nous avez déjà un peu parlé de l'intérêt des drones dans la recherche spatiale.
Sur Titan, pourquoi c'est particulièrement intéressant d'avoir un drone ?
Sur Titan, en théorie, c'est très facile de voler parce que la pression est plus élevée que sur Terre
et la gravité, c'est à peu près le septième de la gravité terrestre.
Donc sur Titan, on ne pèse pas lourd, pour faire simple,
et puis on a beaucoup de densité dans l'atmosphère pour voler.
On ne vole pas, en fait, sur Titan, on plane. C'est presque un planeur qu'il aurait fallu faire.
On peut envisager un planeur, mais là, en l'occurrence, si on compare par rapport à un Genuity,
Dragonfly, c'est quand même...
Un beau bébé.
En gros, c'est une Twingo volante.
En termes de masse et de dimension, les dimensions, c'est presque 4 mètres de long, 1,70 mètre de haut.
Dragonfly, on appelle ça un quadcopter.
C'est un drone avec quatre hélices aux quatre coins d'un rectangle.
Il y a deux hélices par rotor.
Vous voyez très bien sur l'image ici.
Notamment pour des questions de redondance, le drone accepte qu'une des hélices tombe en panne.
Il pourra toujours voler.
C'est une sécurité.
Donc c'est des moteurs indépendants.
Il y a huit moteurs indépendants qui pilotent les hélices.
Ce qu'il faut voir, c'est que les tailles des hélices ici sont comparables à celles d'un Genuity qui fait moins de 2 kg.
C'est à 1 mètre de diamètre, à peu près, les hélices.
On a quatre petites Ingenuity pour soulever une Twingo.
On voit les différences de capacité de vol sur des hélicoptères entre Titan et Mars.
On reviendra plus en détail sur la comparaison précise entre les deux dans la suite de l'émission.
Ce drone va faire du chemin.
Comparé à un rover, on va beaucoup plus loin avec un drone.
Quelle distance vous espérez parcourir avec ce drone ?
En volant, on est beaucoup moins sujet aux aléas du sol.
C'est plus facile de parcourir des plus grandes distances.
L'idée, c'est que chaque vol soit une dizaine de kilomètres pour aller explorer différents sites
qui vont être espacés entre la zone d'atterrissage des dunes de la mer de sable de Shangri-La
puis aller jusqu'au cratère en destination finale.
On va avoir de nombreux kilomètres à parcourir et on va explorer différents sites entre temps.
Ces différents sites seront séparés d'une dizaine de kilomètres entre chaque vol.
On ferait combien de sites ?
On ferait une quarantaine de sites dans la mission nominale.
Plusieurs centaines de kilomètres parcourus au total.
Exactement, plusieurs centaines de kilomètres.
C'est exceptionnel pour une exploration planétaire.
Mais on ne va pas voir les lacs dont vous nous avez parlé plus tôt, qui sont sur les pôles.
Qui sont sur les pôles et qui sont en plus dans l'hiver.
Dans l'hiver polaire, ils ne vont pas être éclairés.
Puisqu'on a une communication directe avec la Terre, il faut qu'on soit en vue dans notre Terre.
Donc il ne faut pas être dans les zones non éclairées pour pouvoir communiquer avec.
Et on peut comparer les distances dont vous parle Caroline
au légèrement plus de 30 kilomètres en 12 ans fait par Curiosity sur Mars.
Donc on est dans une toute autre échelle.
Mais encore une fois, sur Titan, c'est facile entre guillemets.
Le départ est prévu pour 2028, c'est ça ?
Juin 2028.
Arrivée sur Titan, fin 2034.
Ok.
Ce voyage vers Titan est l'occasion pour nous de brosser le portrait de Christian Wiggins,
un savant sans qui la mission Dragonfly n'aurait peut-être pas vu le jour.
C'est le coup d'œil de Marine.
Christian Wiggins, ou Huygens si vous voulez frimer en le disant à la néerlandaise,
c'est l'un des plus grands savants du XVIIe siècle.
Et c'est lui qui a découvert Titan.
Il était à la fois physicien, mathématicien et astronome.
Et il excellait dans les trois domaines.
Je ne vais pas vous faire la liste de toutes ses contributions, ce serait trop long.
Mais il est notamment connu pour sa théorie sur la nature de la lumière,
le calcul de la force centrifuge.
Et c'est aussi lui qui a eu l'idée de mettre des pendules dans les horloges
pour les rendre plus précises.
Grâce à lui, les horloges de l'époque qui se décalaient d'une heure chaque jour
ont été remplacées par des horloges avec seulement quelques secondes de retard par jour.
Et alors, quand est-ce qu'il a découvert Titan ?
Il a découvert Titan en 1655, à seulement 26 ans.
Alors, je ne sais pas ce que vous faisiez à 26 ans,
mais Wiggins, lui, il avait déjà découvert un satellite
avec une lunette astronomique qu'il avait lui-même fabriquée.
Ah oui, parce qu'en plus, il n'avait pas les outils qu'on a aujourd'hui.
Aujourd'hui, on est en train de construire l'Extremely Large Telescope au Chili
avec un miroir de 39 mètres de diamètre.
Wiggins, sa lunette faisait quelques centimètres de diamètre.
Et c'est lui-même qui a poli la lentille qui lui servait d'objectif
parce qu'il trouvait que les meilleurs fabricants de lentilles de l'époque
n'étaient tout simplement pas au niveau.
Et donc, avec cette lunette, il remarque une tâche brillante à côté de Saturne.
Cette tâche, il l'observe régulièrement pendant plusieurs mois
et il en conclut que c'est une lune, un satellite naturel
qui fait le tour de Saturne en 16 jours et 4 heures, d'après ses estimations.
Alors aujourd'hui, on sait que la période de révolution de Titan
est plutôt de 15 jours, 22 heures et 41 minutes.
Mais bon, on l'excusera.
Il avait des outils du XVIIe siècle
et c'était compliqué de mesurer le temps précisément à l'époque.
Après tout, il n'a inventé l'horloge à pendule que deux ans plus tard.
Petite anecdote, l'objectif de la lunette utilisée par Wiggins
pour observer Titan existe toujours.
Il est conservé dans un musée aux Pays-Bas.
Et sur le bord de la lentille, Wiggins a gravé un vers en latin
qu'on peut traduire par « les étoiles se sont rapprochées de nos yeux ».
Voilà, ça c'était pour la petite touche de poésie.
Mais ce n'est pas la seule chose qu'il a découverte en observant Saturne.
Évidemment, ce n'était pas suffisant d'avoir découvert un satellite.
Wiggins a aussi découvert les anneaux de Saturne.
Alors, ils avaient déjà été observés avant par Galilée en 1610
mais à l'époque, Galilée n'avait pas compris qu'il s'agissait d'anneaux.
Il avait juste noté la présence de deux appendices
de part et d'autre de Saturne qui ressemblaient un peu à des oreilles.
Et c'est Wiggins qui, en étudiant les observations des autres astronomes
et en observant lui-même Saturne, en a déduit que la planète
était entourée par un disque qui n'était pas attaché à elle.
Alors, on pourrait parler encore longtemps des apports scientifiques de Wiggins
mais on s'éloignerait du sujet de l'émission.
Je finirais juste par dire qu'à la fin de sa vie, il a écrit un livre,
le Cosmothéoros, dans lequel il imagine à quoi pourraient ressembler
les habitants des autres planètes.
Comme quoi, derrière sa lunette, il rêvait déjà d'explorer d'autres mondes.
Super, merci Marine.
Gabriel, Caroline, vous connaissiez toutes les contributions
de Christian Wiggins à la science ?
Non, pas du tout en ce qui me concerne.
Pour la découverte de Titan, oui.
C'est d'ailleurs en hommage à Christian Wiggins
qu'on a nommé la sonde de descente Wiggins,
de la sonde Cassini-Wiggins.
Mais les autres contributions sur les horloges, pas du tout.
Et d'ailleurs, cette sonde, qu'est-ce qu'elle nous a appris sur Saturne ?
Elle nous a beaucoup appris.
En fait, ce qu'il faut voir, c'est que Titan,
puisqu'elle a une atmosphère très dense, en lumière visible,
on ne voit pas sa surface.
Donc là, on a la découverte par Wiggins.
Et après, il a fallu attendre quand même très longtemps
pour avoir d'autres informations sur...
Vous voulez dire qu'il fait nuit, nuit noire sur Titan ?
Il ne fait pas nuit noire.
La lumière reçue sur Titan par rapport à la lumière sur Terre
en haute atmosphère de Titan, c'est à peu près un centième
de la lumière qui arrive sur Terre.
Et depuis la haute atmosphère jusqu'à la surface,
c'est un dixième de ce qui arrive en haute atmosphère.
Donc on a un millième de la lumière solaire qu'on reçoit sur Terre
qui arrive sur Titan.
Ça correspond quand même à un clair de lune sur Terre.
Et en clair de lune, si vous faites des randonnées,
vous savez qu'on peut faire des randos sans frontal au clair de lune.
Donc on y voit quand même suffisamment bien
pour pouvoir s'orienter et puis voir les différentes informations.
Oui, parce qu'on a vu des photos un peu plus tôt
de la sonde Cassini-Williams,
on voit quand même la surface de Titan.
On voit la surface de Titan.
Les photos sont un petit peu poussées en termes de luminosité.
Mais on voit quand même bien la surface.
Il a fallu attendre, si on revient sur l'image
où on voit les différentes séquences sur l'arrivée sur Titan,
il a fallu attendre quand même une altitude assez basse.
On voit tout en haut, on était trop haut
pour voir à travers l'atmosphère.
Et on était tellement haut pour voir à travers l'atmosphère
que les premières observations qui avaient été faites,
c'est Hubble, un télescope en orbite autour de la Terre
qui avait observé Titan.
Et c'est ça que vous alliez dire, il faut attendre
Cassini-Williams pour pouvoir avoir plus d'informations.
Oui, parce que Hubble avait vu que c'était un corps
qui avait l'air d'avoir beaucoup d'intérêt,
mais on ne voyait pas la surface.
Ensuite, les sondes Voyager
qui avaient été lancées à la fin des années 70.
Voyager 1 a survolé Titan.
Son trajectoire a été déviée pour aller survoler Titan.
Il n'avait que des caméras en lumière visible
et on pensait voir la surface de Titan.
Et ça a été la grande surprise de voir un satellite
très brumeux, on ne voyait pas la surface,
on voyait une boule brumeuse,
tellement brumeuse d'ailleurs qu'on a considéré
que c'était le plus gros satellite du système solaire.
Parce que son atmosphère et sa couche de brume
étaient plus grandes que le satellite Ganymède.
Et donc, il a fallu attendre Cassini-Williams en 2004
pour pouvoir voir la surface avec la lumière infrarouge,
donc plus invisible cette fois.
Très bien, on va voir après dans la suite de l'émission
comment Dragonfly arrive à se repérer
un peu dans cette soupe.
Merci Marine pour ce petit rappel historique.
À présent, on va s'intéresser aux capacités
et aux performances du drone.
Car au-delà de la mission scientifique ambitieuse,
Dragonfly est avant tout un incroyable défi technique.
Alors, comment réussir l'exploit de faire voler
un drone sur une autre planète ?
Comment vont se dérouler les vols ?
Et quelles sont les innovations embarquées
à bord de ce drone ?
Nos deux invités vont nous aider à répondre
à toutes ces questions. Place aux sciences en action.
Alors Gabriel, on l'a dit, l'arrivée de Dragonfly
est prévue pour 2034 sur Titan.
On a une vidéo qui montre son premier atterrissage.
Est-ce que vous pouvez nous raconter
comment ça va se dérouler ?
Alors c'est un atterrissage qui au début
ressemble un peu aux atterrissages martiens
que vous avez vus avec la mission Mars 2020 par exemple.
Donc le drone est protégé par un bouclier
lors de l'entrée dans les premières couches
de l'atmosphère, freiné par une série de parachutes.
Une fois que le freinage sera suffisant,
le bouclier va se séparer comme vous venez de le voir.
Et puis à une certaine altitude,
le drone va être lâché, hélices arrêtées,
et il va lui-même allumer ses hélices
pour aller se poser à un endroit
qu'il définira comme étant optimal.
Donc là c'est une phase qui est autonome
puisque c'est encore pire que sur Mars.
Là les télécommunications peuvent mettre
jusqu'à une heure et demie pour aller ou venir
de Titan vers la Terre ou vice versa.
Et donc le premier atterrissage sera réellement autonome
avec des repérages d'altitude,
des repérages via les caméras,
des repérages visuels.
Le drone va essayer d'aller se poser
à un endroit qui sera le moins risqué possible.
Mais alors pendant quelques secondes,
il va être en plein air en fait ?
Il va tomber, il va tomber,
en chute libre, il va allumer ses hélices
et puis il va vivre sa vie.
Et le site d'atterrissage, c'est quoi alors ?
C'est quelle zone précisément ?
C'est la zone qui est très proche de l'équateur,
qui est une mer de sable qui s'appelle Shangri-La.
Ce sont des dunes de sable
qui sont séparées par des zones plus plates
qu'on appelle des interdunes
qui peuvent faire jusqu'à trois kilomètres de largeur
et des dizaines voire centaines de kilomètres de longueur.
Donc ces zones sont plus plates
et on s'attend à ce qu'il y ait moins d'obstacles
pour le premier atterrissage autonome.
Alors Dragonfly, c'est plus qu'un drone,
c'est aussi un laboratoire volant.
On a une image, une vidéo qui montre un peu
ce qui va se passer une fois que le drone n'est plus en vol
mais qu'il est au sol.
Donc il va réaliser des prélèvements.
Qu'est-ce qu'il va faire concrètement ?
Qu'est-ce qu'il prend ? Des échantillons ?
Concrètement, il va creuser quelques centimètres dans le sol
et il va amener ses échantillons
grâce à un système pneumatique,
donc un petit peu comme un aspirateur
qui va prendre les échantillons,
qui va recracher le surplus à l'extérieur.
Et donc au milieu d'un aspirateur,
on a le sac d'aspirateur qui capte la poussière.
Et bien là, notre sac d'aspirateur,
c'est notre instrument DRAMS
qui va capter la poussière de Titan
et qui va l'analyser.
La première couche, vous avez dit, c'est du sable
donc ça ne va pas être très difficile à creuser.
Il fait quand même moins 180 degrés
donc tout est un peu compacté.
Donc on n'est pas sûr de la composition.
Également, on va pouvoir avoir des échantillons
qui vont être presque 100% de matière organique,
d'autres qui vont avoir plus d'eau, plus d'ammoniaque
et des mélanges de différents matériaux.
Donc c'est un peu une grande surprise
parce qu'on peut s'attendre un petit peu à tout
sur ces échantillons.
Dans votre laboratoire, le LATMOS,
vous développez le chromatographe
qui va analyser un peu ces échantillons.
Quelles contraintes vous avez ?
J'imagine qu'il faut quelque chose qui soit compact, petit
pour pouvoir rentrer, léger aussi pour un drone.
Oui, c'est énorme les contraintes du spatial.
Ce sont des contraintes déjà
qui doivent résister à un lancement par une fusée
qui cause des vibrations monstrueuses.
Donc on a des contraintes de solidité.
Après, on a des contraintes de puissance
parce qu'on va être alimenté par une pile
elle-même alimentée de l'énergie nucléaire.
Et donc, on est très limité en énergie.
On va être limité en masse
puisqu'on ne doit pas être trop lourd pour pouvoir voler.
Chaque instrument a ses limites de masse.
On est limité en taille
et on est limité en matériaux qu'on va utiliser.
On est limité en produits chimiques.
Vous avez beaucoup de limitations.
Je pourrais faire toute l'émission
sur les limitations qu'on a
pour pouvoir travailler en spatial.
Mais du coup, un chromatographe,
ce n'est pas la première fois qu'on en développe un.
Ça veut dire qu'il faut réinventer complètement
l'appareil en quelque sorte.
Il faut l'adapter à ce type d'engin, à Dragonfly.
Exactement.
On en a développé qui sont en activité sur Mars.
Mais Mars n'a pas la même atmosphère,
la même température, etc.
Finalement, on se base quand même
sur un héritage des travaux passés
pour d'autres planètes.
Mais on ne peut pas considérer un héritage total
en reproduisant un chromatographe martien
pour le mettre sur Titan.
Pour le design de l'appareil,
est-ce qu'on s'inspire de ce qui a été fait
avec Ingenuity ?
Est-ce que ça nous a apporté des informations
sur la manière de concevoir Dragonfly ?
Je pense que le retour d'expérience
d'Ingenuity pour Dragonfly
en termes de vol, etc.
est relativement limité.
On a quand même montré qu'on arrivait
à faire voler un objet sur une autre planète.
C'est déjà pas mal.
Après, il faut se méfier de l'héritage dans le spatial.
Ça ne marche jamais.
Chaque fois qu'on se dit qu'on va prendre un objet
qui a fonctionné sur Mars
et par héritage qu'on va prendre le même
et qu'on va le mettre sur Titan,
on se plaint à chaque fois.
Il vaut mieux repartir des phases préliminaires
d'études, de développement.
On parle d'expérience.
On joue au jeu des sept erreurs
avec cette image.
Déjà, vous l'avez dit,
Dragonfly est beaucoup plus imposant.
C'est quoi ?
En termes de dimension,
vous avez dit une voiture.
C'est quasiment 4 mètres de long, 4 mètres d'envergure,
des rotors d'un mètre de diamètre,
une Twingo volante,
comme j'ai dit tout à l'heure.
Comparé à un Genuity
qui est
moins de 2 kg, 1,8 kg.
Dans le fuselage,
le cube que vous voyez sous le rotor
rentre dans un cube
de 20 cm de côté, à peu près.
On est dans des échelles
complètement différentes.
Là, vous avez une série d'instruments
sur Dragonfly impressionnante.
Sur un Genuity, vous avez uniquement des caméras.
Par contre,
je ne vois pas de panneau solaire
sur Dragonfly. Comment il va être
alimenté pour tenir
plus de 3 ans sur la planète ?
Il est alimenté
par le petit cylindre que vous voyez
en queue de drone
qui est un réacteur isotopique
avec du plutonium
à l'intérieur.
C'est une mini centrale nucléaire
qui fournit l'énergie
et le chauffage.
C'est le même type
de réacteur qui est utilisé
sur les rovers Curiosity et Perseverance
sur Mars. C'est une filière
américaine qualifiée
qui a fait ses preuves
jusqu'à aujourd'hui.
Comment vont se dérouler les phases de vol ?
J'ai bien compris,
il y avait un temps entre
ce qu'on peut envoyer comme information
depuis la Terre vers Titan.
Il va devoir se débrouiller par lui-même ?
Oui.
Là, c'est un peu
comme sur Mars, mais encore pire.
On peut encore moins piloter ça au joystick.
Comme je vous ai expliqué
tout à l'heure, le premier atterrissage
va se passer de façon relativement autonome.
De façon autonome, tout court.
Il est bardé de capteurs
pour pouvoir se débrouiller et analyser
tous les paramètres de vol.
Il analyse les images,
la hauteur avec un lidar
par rapport au sol, il a des centrales inertielles,
etc.
Il n'a pas le GPS comme les drones.
D'où les centrales inertielles, c'est ça qui lui permet
de se repérer, de faire des mesures.
Après, sur les vols suivants,
ils vont être
définis autant que possible
par les équipes opérationnelles au sol
et par les scientifiques également.
Par analyse d'images, etc.
Il va être décidé d'aller
dans telle ou telle direction.
Il y a plusieurs types de vols.
Il y a des vols de reconnaissance
où le drone va faire une reconnaissance,
va prendre plein d'images, va revenir se poser
à l'endroit
où il a décollé pour minimiser les risques.
Il va analyser toutes ces images
et définir un nouveau site d'atterrissage
en fonction de ce qu'on voit sur les images.
Ça veut dire qu'on va lui envoyer des informations.
Il ne part pas avec un plan de vol déjà préétabli.
C'est-à-dire qu'au fur et à mesure,
il y a une communication avec la Terre
et une intervention humaine.
Oui, l'humain sera dans la boucle
pour les décisions,
notamment sur les plans de vol.
Avec les délais dont je parlais tout à l'heure,
jusqu'à une heure et demie
de temps de communication
entre Titan et la Terre.
Caroline, à quelle fréquence il va voler ?
Si on rappelle que le jour de Titan,
c'est 16 jours terrestres,
il va voler tous les 2 à 3 jours Titan.
C'est-à-dire tous les mois
à mois et demi terrestres.
En sachant que
puisque c'est 16 jours la journée
de Titan,
on appelle ça un Titan-Sol.
Les Sols, ce sont les jours
des autres planètes.
Le Ti-Sol, c'est le Titan-Sol.
Étant donné que le Ti-Sol,
c'est 16 jours,
c'est-à-dire qu'on a 8 jours de nuit,
8 jours de jour,
et donc il va recharger
sa batterie pendant les 8 jours de nuit
et puis au petit matin,
il a 8 jours terrestres.
Une journée
Titan pour
pouvoir voler.
Une journée titanesque de jour
pour pouvoir voler.
La fréquence, ça dépendra
des opérations au sol puisque
le vol, c'est uniquement un moyen
de déplacement. Il n'y a pas d'analyse scientifique
en vol, très très peu.
Il y a quelques mesures par caméra
qui vont être faites, mais la science se déroule
au sol. Le vol, c'est uniquement
un moyen de déplacement pour aller de site en site
et faire les analyses scientifiques au sol.
C'est étonnant qu'on n'en profite pas pour avoir
des données dans l'atmosphère.
On ne pourrait pas activer
les instruments pendant le vol.
Tous les instruments sont faits pour être opérationnels
au sol. L'énergie consommée
par le vol est telle qu'on ne pourrait pas
faire fonctionner en même temps les instruments
qui demandent l'énergie. L'énergie est utilisée soit
pour faire fonctionner les instruments, soit pour voler.
On ne peut pas faire les deux en même temps.
Ça fera l'objet d'une prochaine mission. On y va étape par étape.
Ou à la fin de la mission,
quand on essaiera des nouvelles choses.
Quand ça aura trop bien marché et qu'on voudra aller encore plus loin.
Forcément, tout ce que vous nous racontez
laisse rêveur.
On s'est amusés à tester l'imagination
du public. On leur a demandé de penser
à quoi pourrait ressembler l'exploration
spatiale dans l'avenir. Écoutez-les.
Il y a des drones,
c'est déjà beaucoup. En plus,
si loin que ça. Des drones sous-marins
sur Titan,
ou des drones
avec des chenilles sur Pluton.
Ça va dépendre.
Je ne sais pas, les robots aspirateurs.
Oui, pour récupérer
des matériaux pour les analyser.
Je ne sais pas. Après, ça va dépendre
de l'utilité. C'est vrai qu'un robot cuisine là-bas,
il ne va servir à rien. J'imagine bien
des choses qui permettraient
de forer du sol.
Des choses qui permettraient
de récupérer des organismes
particuliers sur place.
On dit qu'il n'y a pas de vie,
mais peut-être qu'il y a des choses
qui ne pourraient pas être assimilées à la vie
comme nous l'entendons.
J'imagine qu'il y aurait aussi des drones
très costauds
pour Vénus,
vu la pression
et la chaleur.
Après, c'est vrai qu'avec la technologie et la science,
on n'a plus de limites. Il faut être optimiste
et révégant.
C'est là que des projets, au début,
nous paraissent un peu fascinants.
Finalement, ça devient réaliste.
Caroline, Gabriel, est-ce qu'il y a des idées
qui vous intéressent ?
Finalement,
c'est assez réaliste.
J'aime beaucoup
le commentaire du dernier intervenant
qui dit qu'avec les technologies actuelles,
on peut rêver à tout. Oui, c'est le cas.
On peut tout envisager.
On ne peut pas forcément tout fabriquer.
Il va y avoir du développement technologique
qui va se faire.
Mais qui aurait pu imaginer
il y a même
quelques dizaines d'années
qu'on allait envoyer un drone volant
de plusieurs centaines de kilos
et de quatre mètres d'envergure sur Titan ?
Donc oui, la technologie évolue très vite.
On peut tout envisager
et on travaille
pour pouvoir réaliser
ce qui paraît presque des rêves.
Il y a des choses qui existent déjà,
j'ai l'impression, dans ce qui a été dit.
On récupère déjà du matériel,
c'est des aspirateurs.
Et sur les forages,
à quelle profondeur on est capable d'aller ?
Comment on a pu forer jusqu'à présent ?
Il y a
pas mal de développement,
il y a pas mal d'idées.
Il y a des projets de forage
jusqu'à plusieurs mètres,
sur Mars, sur la Lune,
il y a des sociétés développées là-dedans.
Mais aujourd'hui,
on n'est que sur quelques centimètres pour l'instant ?
Aujourd'hui, oui.
C'est très difficile de forer sur une autre planète.
Déjà de forer sur Terre, c'est assez compliqué.
Forer sur une autre planète,
ça veut dire embarquer des forêts,
des technologies
qui sont assez difficiles à développer.
Pour l'instant, ce qu'on a pu forer sur les autres planètes,
c'est quelques centimètres de profondeur,
que ce soit Curiosity, Perseverance sur Mars,
Dragonfly sur Titan.
On voudrait essayer de forer plus profond
parce que plus on atteint
des profondeurs élevées,
c'est-à-dire 2 mètres par exemple,
plus on est protégé
de toutes les radiations de surface
et plus on a des chances de trouver des molécules
préservées,
voire des formes de vie si on veut rêver plus loin.
Pour l'anecdote des robots de cuisine,
il y en a en préparation pour les vols habités
de l'homme d'instance.
Ils sont tous dans le réel finalement.
Ils sont tous dans le réel, oui.
Je pensais que ça serait plus farfelu que ça.
Quelqu'un a parlé aussi d'un sous-marin
pour pouvoir explorer les lacs de Titan.
Ça a été envisagé, ça ?
Ça a été envisagé
dans des propositions de missions
qui n'ont jamais abouti.
Les missions, c'est toujours beaucoup de propositions
pour une qui va être sélectionnée au final.
Il y a des développements
qui sont faits. Le sous-marin,
ça a été une proposition de mission
pour aller explorer l'intérieur
des lacs de méthane.
Ils ont quand même fait une vidéo.
Ils sont forts, la NASA.
Ils n'ont pas les mêmes moyens de com' non plus.
Est-ce qu'à vous,
vous avez vu passer
des robots,
des avancées technologiques
où vous vous dites qu'il y a vraiment quelque chose d'intéressant ?
C'est quoi le futur
que vous attendez ?
J'ai eu la chance de visiter le laboratoire de robotique
du Jet Propulsion Laboratory en Californie.
Vous êtes allé sur place ?
Oui, parce qu'on collabore
régulièrement avec eux.
Ils sont en train de développer
des robots qui grimpent, qui nagent,
qui rampent.
Il n'y a pas
de frein
à l'imagination des ingénieurs.
Vous avez
typiquement un robot type
vert ou serpent,
je ne sais pas trop comment le qualifier,
qui est capable de s'adapter à un grand
nombre de situations pour aller
faire de l'exploration dans des endroits.
Espérons bientôt voir un robot
serpent sur la Lune.
Intéressons-nous maintenant à votre parcours
car celles et ceux qui sont au lycée aujourd'hui
travailleront peut-être sur les données
collectées par Dragonfly.
C'est la séquence en coulisses.
C'est l'heure de notre petit challenge habituel.
Gabriel, Caroline, vous allez avoir
chacun 30 secondes pour nous présenter
votre parcours. Gabriel, on commence avec vous.
Dès que vous êtes prêts, on lance le chrono.
Est-ce que vous êtes prêts ?
Quand vous voulez.
Je viens des Hautes-Pyrénées.
Après des études d'ingénieur,
je suis rapidement rentré au CNES.
Je travaillais d'abord sur des mécanismes
embarqués sur différentes missions.
Et puis je me suis intéressé aux missions
de planétologie parce que je trouve ça très
sympa d'envoyer un objet sur une autre planète.
Et vous avez fait où vos études
d'ingénieur ? A Lyon, à l'INSA.
Il nous reste encore
7 secondes.
Achetez trop rapide.
Merci beaucoup Gabriel.
Alors Caroline,
on va passer à vous sans attendre.
Est-ce que vous êtes prête ?
Je vois qu'en plus, il y a le chrono qui défile à l'écran,
ça met la pression.
C'est parti.
Moi, je viens de Savoie
et Montagnard.
Du coup,
j'ai toujours été intéressée
par la biologie. J'ai fait des études
de biologie et au fur et à mesure de mes études
de biologie, je me suis intéressée aux vies primitives
sur Terre, apparition de la vie sur Terre
et évolution primitive de la vie
sur Terre. J'ai continué là-dedans
et je me suis rendu compte
a posteriori qu'on pouvait
extrapoler ces vies primitives
à la vie extraterrestre. C'est comme ça
que je suis maintenant chimiste, analytique,
planétologue. Parfait.
Merci beaucoup à tous les deux. Évidemment,
vous avez encore des choses à nous dire sur vos parcours.
Caroline, on vous présente souvent
comme exobiologiste, donc celle
qui étudie la vie et les conditions
de l'apparition de la vie dans l'univers. Mais vous,
vous préférez le terme astrochimiste, c'est ça ?
C'est ça. Même si je suis finalement
biologiste de formation, mon travail
d'aujourd'hui, c'est de faire de la chimie.
La biologie, c'est de la chimie complexe. On va rechercher
des traces de vie, on va rechercher
des fossiles moléculaires,
des traces restantes
d'une chimie
à la surface
des autres corps.
Vu que je fais de la chimie, je préfère
le terme d'astrochimie au terme d'exobiologie
puisque
on ne va pas forcément
avoir pour but ultime
de rechercher la vie. Ce qu'on veut comprendre,
c'est l'évolution chimique
avant que la vie apparaisse.
Je suis plus astrochimiste qu'exobiologiste.
Ce qui vous a donné envie d'étudier la vie
dans l'univers, c'est la série X-Files.
Qu'est-ce qui vous a plu dans cette série ?
Plusieurs choses.
Déjà, moi,
c'était ma série que j'attendais
de rentrer du lycée pour regarder
avec mon frère X-Files, avec Mulder
et Scully.
Tout le côté FBI,
on nous cache tout, la vie extraterrestre,
c'était vraiment tout le show
passionnant.
Mais surtout,
ça m'a fait découvrir
la vie extraterrestre. C'est un concept
auquel je ne réfléchissais pas
forcément avant et qui a permis
de me faire réfléchir à la vie extraterrestre.
Et après, en combinant mes études
en biologie, en biologie de l'évolution
avec
l'ambition X-Files
de vie extraterrestre, j'ai pu combiner
ces deux passions et en faire un métier.
Et quand on a préparé l'émission, vous m'avez appris
qu'il existait un effet Scully, du nom de
Dana Scully, l'un des personnages principaux.
C'est quoi l'effet Scully ?
L'effet Scully, en fait, c'est
une série télé qui a
plus de 20 ans maintenant.
Et donc, à l'époque,
les scientifiques
et les héros de séries télé
étaient tous des hommes.
Et Scully, ça a été une des premières
femmes héroïnes
dans une série télé
qui était, finalement, la cartésienne.
Si vous connaissez X-Files,
Mulder, c'était plus l'irrationnel
qui voulait absolument
croire aux extraterrestres et qui les voyait
un petit peu partout. Et Scully,
qui est médecin dans la série télé,
elle est cartésienne, rationnelle,
elle le calme, donc c'est vraiment
le duo idéal. Et donc, c'était
la femme qui était rationnelle,
cartésienne, sur un sujet qui est
quand même le plus paranormal
et le plus irrationnel possible
qui est la vie extraterrestre. Et donc,
elle a inspiré toute une génération de femmes
qui ont pu s'identifier
à cette héroïne pour ensuite
entamer des carrières scientifiques
et j'en fais partie.
Et aujourd'hui, c'est un peu vous Scully, c'est vous qui donnez l'exemple aux jeunes filles,
vous participez, vous intervenez auprès de classe.
Exactement.
Je fais partie de plusieurs
comités qui
promeuvent les femmes en science
et notamment, je suis ambassadrice
de CNRS
dans la science taille XXL
donc L-E-2-L-E-S
donc c'était dans le cadre
de cet événement. Donc là, j'étais avec
une autre astro, Nicole Wilmer,
qui participe
également
à ces ambassadrices
pour aller dans les classes, pour
juste montrer l'exemple et parler
de choses passionnantes devant des classes
d'élèves, autant garçons que
filles, qui vont
pouvoir juste
s'identifier. En fait, il n'y a même pas besoin
de préciser quoi que ce soit. Ils voient
des femmes qui font
des choses passionnantes, qui le présentent
avec
pas mal d'enthousiasme,
j'espère.
Et donc, ça peut
être inspirant
pour autant les garçons que les
filles.
Gabrielle, votre métier à vous, si je résume,
c'est de faire en sorte que les idées des chercheurs
deviennent réalité. Donc quand un chercheur
ou une chercheuse veut concevoir un instrument,
votre rôle à vous, c'est de voir si c'est possible et comment.
Ça vous arrive de refuser
des projets un peu trop farfelus ou
ambitieux ? Des projets
entiers, ça ne m'est jamais arrivé
réellement, mais
des idées sur
certains aspects du projet,
régulièrement. Mais c'est intéressant
aussi de travailler tout le temps
au contact de
ce monde scientifique. On apprend
beaucoup de choses. Parfois, ce que vous vous êtes dit
au premier abord, ça, ce n'est pas
possible. Et puis finalement, vous avez été surpris ?
Oui, parce que
les scientifiques
sont des gens très intelligents
qui ont souvent quelques coups d'avance.
Et alors, au premier abord, on se dit, ça, ce n'est pas
une idée terrible. Et puis, finalement,
on s'aperçoit, quelques jours
après ou quelques mois après, que finalement,
ça marche.
Et par contre, quand un projet se concrétise
et qu'un instrument se pose vraiment sur
une planète, ça doit être incroyable.
C'est ce qui vous est arrivé avec la mission
InSight, c'est ça ? Oui, j'étais responsable
de l'instrument principal
de la mission InSight, qui s'appelle
ESACE, puisqu'il n'est plus
fonctionnel aujourd'hui. Donc, c'est un
sismomètre qui a été... Donc là, vous voyez
l'atterrisseur InSight. Et puis,
nous, on a livré à la NASA un sismomètre
qui était déployé par un bras de l'atterrisseur
à la surface de Mars.
En plus, c'était une séquence
émotionnelle à plusieurs étapes, parce qu'il y a eu d'abord
l'entrée de l'atterrisseur
sur Mars, avec l'atterrissage sur Mars
et tous les risques que ça implique.
Et puis, on a eu
un deuxième atterrissage, le jour où
l'atterrisseur a déployé avec son bras
notre sismomètre sur le sol.
Et là, c'est quand même
le jour où ce sismomètre a été
déployé, a été allumé et où
ça a fonctionné. C'est quand même
quelque chose d'émouvant de poser un objet
sur notre planète. Vous avez eu de la chance, finalement,
vous avez vécu beaucoup de premières
un peu dans l'histoire spatiale.
Oui, j'ai été impliqué
sur cette mission
InSight. J'ai été impliqué
ensuite sur Mars M20.
Et puis, là, sur Dragonfly. Et puis, je suis un peu
impliqué aussi sur des missions lunaires
de sismologie, un peu la suite
de SACE. Dans votre métier,
vous êtes souvent amené à travailler avec les Américains.
C'est normal. Beaucoup de missions sont lancées par la NASA.
Ça se passe bien, la communication entre les équipes
de différents pays ? Vous arrivez
toujours à vous comprendre ? Oui, on arrive
bien à se comprendre.
Ce qui m'a le plus étonné,
je pense, quand j'ai commencé à travailler avec les Américains,
c'est les différences culturelles.
On a l'impression qu'on est quand même culturellement
identiques
ou proches. Et il y a
quand même pas mal d'écarts entre
la façon de travailler,
la façon de faire
les blagues qui tombent à plat.
Ce n'est pas le même humour.
Il faut apprendre et c'est intéressant.
Et donc, quand on
travaille dans le spatial, il ne suffit pas d'être bon en maths
et en physique, il faut aussi s'y connaître un peu en relation
internationale ? Oui, alors moi, j'interviens
aussi dans les écoles et les lycées
dans le cadre de l'espace c'est classe,
qui est quelque chose organisé par le CNES, où les ingénieurs
vont dans des classes
parler du spatial.
Je recommande souvent de ne pas
se focaliser que sur les maths et la physique,
les langues étrangères, l'histoire géo,
etc. C'est sympa, quand on collabore
avec des gens d'autres pays,
de connaître un peu leur histoire et de
savoir échanger avec eux.
Et quand vous participez comme ça dans les classes, quel retour vous avez de la part des élèves ?
Qu'est-ce que vous percevez ?
Alors, ça dépend de l'âge.
J'interviens
du primaire au lycée.
Moi, j'adore l'enthousiasme
du primaire CM1, CM2.
Il y a un enthousiasme débordant avec
des questions en rafale.
Et je suis assez surpris
de la pertinence des questions.
Des questions qui semblent
complètement naïves.
Par exemple, un jour, je parlais
de la mission InSight avec le sismomètre.
Je crois que c'était en CM1, CM2.
Un petit gamin me dit
que ce ne serait pas mieux de mettre plusieurs sismomètres
à la surface de Mars.
Vous l'avez embauché direct.
C'est une super idée. On aimerait
mettre tout un réseau de sismomètres
à la surface de Mars. Ce serait mieux qu'un seul.
On espère en tout cas
que vos parcours vous ont inspiré les plus jeunes
qui nous regardent. On termine notre voyage spatial
avec quelques recommandations culturelles.
C'est la reco des invités.
Gabriel, vous avez choisi de nous parler d'un livre.
Ce livre, c'est Le problème à trois corps
de, j'espère que je le prononce bien,
Liu Xixin.
Je ne suis pas sûr de
mieux le prononcer qu'au vrai.
C'est un bouquin de science-fiction
qui est sorti il y a quelques années,
que j'ai lu très récemment,
qui se passe à cheval
entre la Chine et des mondes
virtuels.
Je n'en dirai pas plus pour ne pas
spoiler.
Il se trouve qu'en fait
il y a une série qui vient de sortir
sur Netflix qui est inspirée de ce bouquin
que je n'ai pas vu encore, qui me tarde de voir.
Je trouvais que c'était pas mal.
Ça faisait un lien entre le spatial,
la science-fiction et l'actualité.
Super, merci pour cette recommandation.
Caroline, vous, on reste dans
la science-fiction, mais là c'est un film que vous avez
choisi de nous partager. C'est Bienvenue
à Gattaca. Voilà, Bienvenue à Gattaca.
En anglais, c'est Gattaca,
tout simplement le titre.
Le titre est formé par
les quatre lettres du code génétique,
donc A, T, G et C.
C'est pour ça qu'en anglais, il est mieux,
parce qu'il n'y a que Gattaca.
Avec Bienvenue, ça nous casse un peu
le code génétique.
C'est un film qui a
25 ans, mais qui est très
d'actualité sur les discriminations.
C'est de la discrimination
génétique. On est dans un monde d'eugénisme
où les enfants sont choisis
pour leur potentiel
génétique fort.
C'est assez
intéressant.
Ceux qui sont choisis...
N'en dévoilez pas trop, quand même.
Ceux qui sont choisis pour leur potentiel génétique,
ils appellent ça des valides,
et ceux qui sont conçus naturellement
sont des invalides. On est quand même
dans l'extrême de l'eugénisme.
On a un invalide qui a
le rêve de voyager dans l'espace.
Après, il veut aller sur
Titan.
On reste aussi sur le questionnement autour de la vie.
On reste sur le questionnement autour de la vie
et autour de la motivation
également, quand on n'a pas forcément
les capacités que la société requiert
à ce moment-là, sur
l'eugénisme. Il y a beaucoup de problèmes de société
qui sont très actuels pour un film
qui a 25 ans.
Merci beaucoup. Merci, Caroline. Merci, Gabriel, d'être
venu sur le plateau de science en question
pour nous montrer que, finalement,
faire voler un drone sur une autre planète, ce n'est pas de la science-fiction,
c'est bien réel. Merci à vous d'avoir suivi
cette émission de Science en Question. On vous dit à bientôt
pour d'autres découvertes scientifiques passionnantes.
Ciao, les sorciers !