Leçon inaugurale de Jon Elster prononcée le 1er juin 2006. Jon Elster fut professeur du Collège de France sur la chaire Rationalité et sciences sociales.
Le même mot latin, ratio, est à la racine de deux traditions intellectuelles à la fois très différentes et liées entre elles. Pour les moralistes, la raison a toujours été opposée aux passions et, chez les modernes, aux intérêts. Pour les économistes modernes, au contraire, le choix rationnel va souvent de pair avec l’intérêt, au point que la poursuite rationnelle de l’intérêt est devenue une hypothèse de base. L’opposé du rationnel est, bien entendu l’irrationnel, qui comprend non seulement les passions mais aussi divers biais cognitifs. Lire la suite : https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/lecon-inaugurale/raison-et-raisons/raison-et-raisons
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monsieur l'administrateur mes chers
collègues mes chers amis mesdames et
messieurs dans les approches analytiques
des comportements humains le mê mot
latin ratio est à la racine de deux
traditions intellectuelles à la fois
très différentes et liées entre ell
d'une part il y a celle qui oppose la
raison aux passions et plus récemment
aux intérêts le traité de sec de la
colère par exemple est organisé autour
de l'opposition raison passion tandis
que le moraliste français du 17e siècle
y ajoute
l'intérêt l'idée de la raison est
intimement liée à celle du bien
commun d'autre part il y a l'idée plus
récente encore du choix rationnel qui
s'oppose aux diverses formes de la de
l'irrationalité l'acteur rationnel est
celui ou celle qui agit pour des raisons
suffisantes ces raisons ce sont les
croyances et les désirs à la lumière
desquelles l'action apparaît comme
appropriée dans un sens sur lequel il me
faudra revenir longuement
l'idée de rationalité est souvent mais à
Tor liée à celle du bien privé ou de
l'intérêt au sens des moralistes qui
poursuit le bien commun peut et même
doit le faire de manière
rationnelle agir conformément à la
raison au singulier et agir pour de
bonnes raisons au pluriel sont deux
choses différentes en ce que la raison
est objective tandis que les raisons
sont
subjectifes du point de vue externe on
peut évaluer une politique comme étant
ou non conforme à la raison du point de
vue interne on peut évaluer une action
comme étant rationnelle ou non il
découle de cette différence que seul la
rationalité est capable de servir à des
fins explicatives ce n'est que dans la
mesure où l'agent facienne les demandes
de la raison que celles-ci sont
susceptibles d'engendrer et
éventuellement d'expliquer des
comportements
précis tout en étant différente les deux
normes ont un obstacle commun à savoir
les passions ils ont aussi une
composante commune qui est l'idée d'agir
selon des croyances bien
fondées finalement ils ont en commun
d'être l'objet d'une certaine
diffférence de la part de l'argent
l'origine et la nature de la différence
de la ne sont pas les mêmes mais dans
les deux cas il sagit s'agit de déférer
à une source de normativité l'opération
de ces mécanismes de diffférence est
complexe qu'il suffiss pour l'instant de
dire que leur effet est parfois de
subvertir l'objet de la
différence on objectera peut-être que
comparer un principe qui relève de la
philosophie politique normative avec un
autre qui relève de l'explication du
comportement individuel est une
entreprise
boîuse une réponse modeste mais
suffisante à cette objection serait de
dire qui égard aux confusions courantes
à ce sujet à ce sujet la clarification
conceptuelle vaut la peine d'être
poursuivi pour
elle-même de manière plus ambitieuse je
répondrai que la clarification prend
aussi sa place dans un débat politique
est-il vrai est-il cohérent de dire que
le bien commun ne saurait se réaliser
qu'à travers la poursuite des biens
particuliers est-il vrai que plus les
acteurs sont rationnels mieux les
demandes de la raison sont satisfaites
où faut-il voir à l'inverse la
rationalité des individus comme une
entrave à la raison qu'on réfléchisse
par exemple sur le paradoxe du vote qui
résulte du fait que l'acteur rationnel
n'a aucune raison de beauté en effet la
chance d'avoir une influence sur le
résultat est nettement moindre que le le
risque de mourir dans son accident de
circulation en se rendant aux
urnes tandis que que la théorie du choix
rationnel a fait l'objet d'élaboration
très précise et développée il n'en va
pas de même pour l'idée de la raison la
conception que je vais proposer ne
repose pas sur une définition canonique
puisqu'il n en a pas
elle représente une thè personnelle mais
je je l'espère pas trop idosyncraique
des textes
classiques commençons par une remarque
de la Bruère ne songeer qu'à soi et au
présent source d'erreur dans la
politique pour corriger cette erreur il
faut considérer et les autres et
l'avenir de manière plus précise aux
perspective partiale que constitue
l'égoïsme et la myopie il faut
substituer une attitude
impartial l'idée que la raison requiert
un traitement impartial des individus
correspond à des principes bien connus
pour résoudre les questions de justice
distributive lamitz nous propose la
maxime suivante mettez-vous à la place
de tous dans les théories récentes cela
revient à dire que le choix d'une
organisation juste de la société doit se
faire derrière un voile d'ignorance idée
qui peut interpréteré de plusieurs
façons pour
l'uttilitarisme chacun doit compter pour
un aucun pour plus d'un pour John rolls
on doit choisir la forme de société qui
favorise les moins avantagés quel qu'ils
soit une autre idée impartiale est celle
des droits universels incarné dans les
deux déclarations de
1776 et de
1789 on a moins insisté sur l'idée tout
aussi importante que la raison requiert
un traitement impartial des instants
temporels en elle-même aucune date ne
serait commandée un privilège prenons
d'abord un exemple absurde préférez
toujours les biens qui arrivent un jeudi
à ceux qui arrivent à mercredi
uniquement à cause d'une préférence pour
ce jour de la semaine comme nous allons
le voir cela n'est pas contraire au
principe du choix rationnel mais c'est
sûrement contraire à la raison
la préférence brute pour les jeudis est
une raison mais la raison demande aussi
la raison de cette raison et évidemment
il n en a pas prenons un exemple moins
absurde préférez recevoir 100 €
aujourd'hui à 200 € dans un an cette
préférence n'est pas forcément contraire
à la raison si mon espérance de vie est
de moins d'un an ou si j'ai besoin des
100 € pour survivre pour survivre elle
est parfaitement bien fondée
si pourtant elle résulte seulement de ce
que notre faculté télescopique est
déficiente comme le disent les
économistes et est contraire à la raison
d'un point de vue objectif une personne
qui tient compte des conséquences
lointaines des actions présente a plus
de chance de mener une vie longue et
heureuse que celle qui ne regarde que
les effets immédiats mais on verra que
ce fait n'a aucune pertinence du point
de vue subjectif
on peut considérer dans cette
perspective l'idée de l'intérêt bien
entendu encore une fois devant l'absence
de définition explicite chez les auteurs
classiques il faut essayer une synthèse
de leurs idées il me semble que
l'intérêt bien entendu comporte au moins
deux
composantes d'une part il tient compte
des conséquences lointaines de l'action
en langage technique il correspond à un
taux d'escomte du futur élevé d'autre
part il repose sur des croyances bien
fondées dans un sens que je vais
expliquer ainsi caractérisé l'intérêt
bien entendu est un amalgame d'éléments
objectifs et subjectif une conception
entièrement objective substituerit aux
croyances bien fondées des croyances
vraies or il est impossible de faire
dépendre les décision décisions
politiques de la possession de la vérité
tout au plus peut-on demander qu'elle
soit fondée sur des croyances
rationnelles c'est-à-dire qui résulte
d'un traitement non biaisé d'une
quantité optimale d'information pour
résumer une idée complexe qui sera
développée dans un moment qu'il suffit
de dire ici que puisque l'optimum
d'information dépend du taux d'escomte
du futur les contraintes objectives qui
pèse sur ce taux introduisent aussi un
élément objectif dans cet optimum
dans cette reconstruction l'idée de la
raison comporte trois éléments
l'impartialité entre les personnes
l'impartialité temporelle et les
croyances rationnelles ou bien fondées
il faudrait sans doute y ajouter la
bienveillance pour exclure la malignité
impartiale on rencontre parfois le la
suggestion que le premier élément
l'impartialité entre les personnes est
redondant puisqu'il découle du second
l'impartialité
temporelle depuis la correspondance de
Descartes avec la princesse ellisabeth
jusqu'à la théorie des jeux itérés il a
souvent été observé que l'égoïsme
prévoyant est capable de mimer
l'altruisme les conditions dans
lesquelles on peut compter sur
l'opération de cette main invisible sont
pourtant relativement
restrictives la théorie du choix
rationnel est d'abord normative puis
explicative
elle annonce d'abord comment les agents
doivent agir pour réaliser leur fin et
propose ensuite d'expliquer leurs
actions par l'hypothèse que les agents
se comportent effectivement de cette
manière les désirs et les croyances sont
les raisons de l'action un acteur
rationnel choisit l'action qui réalise
son désir aussi bien que possible étant
donné ses croyances et la totalité de
ses autres désirs ce sont des raisons
suffisantes qui déterminent de manière
unique ce qui lui faut faire je
reviendrai sur la possibilité de non
inicité mais pour l'instant je me tiens
au cas
idéal les désirs comprennent à la fois
les préférences qu'on pourrait appeler
substantielles comme le fait de préférer
les pommes aux oranges et les
préférences formelles comme l'attitude
envers le risque et envers le futur on
peut préférer la certitude de 100 € à
une loterie qui promet ou bien 90 ou
bien 120 avec une chance sur de on peut
aussi préférer 100 € aujourd'hui à 110
demain dans des conditions précises et
assez raisonnables on peut représenter
ses préférences par une fonction
d'utilité qui assigne à chaque option
une valeur numérique cela permet alors
de dire que l'agent R
maximise son
utilité cette expression n'a pas
l'implication d'égoïsme qu'on lui prête
parfois n'importe quel désir cohérent
qu'il soit égoïste altruiste ou méchant
est compatible avec les demandes de la
rationalité ne sont exclus que les
désirs incohérents tels par exemple le
souhait que tout le monde gagne plus que
la moyenne ou le désir d'être présente à
ses propres funérailles pourrait
entendre son raison son horison funèbre
à l'instar de Tom Sawyer et de Huck Finn
c'est cette dernière contradiction le
désir d'être à la fois en soi et pour
soi qui selon Sart définit l'existence
humaine si ce désir peut sans doute
engendrer des actions celle-ci ne
tombent pas dans le domaine du
rationnel un désir peut aussi exhiber
une incohérence pragmatique dans le sens
où les moyens de réaliser l'état désir
on entrave la
réalisation comme l'écrit paulen seul
une expression qui ne cherche pas à
faire effet en produit un mais avant
veine il avait déjà
prou chaque musicien écrit-il des lires
de joie quand chante selon sa patrie
perdue la trahit parfois par un mot de
la gloire mais alors en cherchant la
gloire il la fuit et ce n'est qu'en la
dédaignant qu'il la trouve
on pourrait analyser de la même façon
les tentatives infructueuses pour
surmonter par le seul effort de la
volonté l'insomnie l'impuissance
sexuelle ou le bégayement cela n'exclut
pas qu'on puisse réaliser les états
désiré de manière indirecte com témoigne
l'existence de somnefer et du
viag toujours dans la ligée de Sart on
peut citer aussi les injonctions
paradoxales telles que soit spontané
dans un registre religieux les
théologies enseignent souvent qu'une
action entreprise à seule fin de gagner
le paradis ne saurait y donneré accès on
pourrait ajouter que les tentatives de
certains collaborateurs français pour se
racheté en 1944 par des actes de
résistance accomplis uniquement à cette
fin n'auraiit pas dû comm le fir parfois
conduire à un nonlieu
les désirs risquent aussi d'être
incohérents dans son troisème sens si
leur structure interne subverti leur
réalisation pour illustrer cette idée
prenons l'exemple du choix
intertemporel Dee manière générale on
peut représenter la valeur présente d'un
bien futur comme une fonction du temps
qui sépare le présent de ce futur dans
la conception classique on stipulit un
escomte
exponentiel de l'avenir ce qui implique
que les courves correspondant à deux
bien futurs distincts l'un petit et
immédiat l'autre plus grand et plus
éloigné ne se croise
jamais selon les recherches plus
récentes il semble pourtant que cet
escondte pren typiquement une forme
hyperbolique à mesure que l'agent
s'avance dans le temps il va arriver un
moment où le bien éloigné qui lui
semblait d'abord le plus désirable cesse
de l'être conduisant à faire le choix du
bien moindre mais plus proche je
reviendrai longuement sur cette idée en
trois conférences sur la faiblesse de
volonté dans les semaines qui
viennent les croyances qui entre dans ce
calcul sont ou bien relatives au faits
particuliers ou bien en relation causal
d'une part l'agent ne peut choisir
qu'entre les options qu'il croit avoir à
sa disposition l'existence objective
d'une option supérieure à celle dont il
est conscient ne serait influer sur son
action d'autre part l'agent choisit
entre les options dont il est conscient
en fonction des conséquences possibles
qui leur attribut et des probabilités
cont celle-ci selon lui de se
produire ainsi l'utilité de option est
déduite de l'utilité des conséquences
pondérée par leur probabilité et réduite
à une valeur présente par le taux
d'escompte de
l'agent pour que l'action soit
rationnelle il faut que les croyances
sur lesquelles elles se fondent soient
elles-même bien fondées cette demande à
son tour se scinde en deux d'une part il
faut que les croyances soient non
biaisées par rapport à l'information que
possède la
même s'il peut se tromper il ne faut pas
qu'il le fasse de manière systématique
comme les billets sont innombrables il
serait souhaitable de pouvoir proposer
une définition positive mais personne
n'y est arrivé c'est qu'il entre souvent
dans la formation des croyances un
élément irréductible de jugement ou
d'appréciation subjective de
l'importance de relative des divers
éléments d'information souvent très
étérogèn entre eux dont dispose
l'agent les billets sont ou bien chauds
c'est-à-dire produit par le système
motivationnel de l'agent ou bien froid
plus semblabl aux illusions d'optique
les premiers qu'on peut appeler croyan
motivé et qui sont indiqués par la
flèche barrée dans le diagramme sont
connus depuis toujours ils sont résumés
en de nombreux dictons comme par exemple
chacun croit aisément ce qu'il craint et
ce qu'il
désire a tendance à croire ce que l'on
craint montre que les croyances motivées
n'assument pas forcément leur forme de
prendre ses désirs pour la réalité qu'on
contraste par exemple ces deux maris
jaloux que sont monsieur de renal et
Otello le premier croyant ce qui désir
et le second ce qu'il
craint les billets froids ont également
une longue histoire voici par exemple
comment Montaine explique les erreurs de
raisonnement qui amènent les gens à
croire dans l'exactitude des
divinations ainsi répondit répondit
Diagoras à celui qui en lui montrant au
temple force vux et tableau de ceux qui
avaient échappé le naufrage lui dit et
bien vous qui pensez que le dieux
mettent à non chaloir les choses
humaines que dites-vous de tant d'homme
sauvé par le grâce il se fait ainsi
répondit-il ceux-là ne sont pas peints
qui sont demeurés noyés en bien plus
grand
nombre la psych ologie moderne identifie
un grand nombre d'erreurs semblables qui
pour des raisons évidentes se prêtent
mieux à l'expérimentation que ne le font
les erreurs
chaudes pour un acteur rationnel
l'information dont il se sert pour
former ses croyances est une variable
plutôt qu'une donnée avant de décider
comment il va agir il lui faut prendre
une décision préalable concernant la
quantité de ressources à investir dans
le re cherche de fait
pertinents le général ou le médecin ne
doit attaquer ou opérer qu'après un
examen du terrain ou de
patient cependant il ne faut pas qu'il
SARD trop sous peine d'être surpris par
l'attaque ou la fuite de l'ennemi ou
bien par la mort du
patient il existe donc en principe un
investissement optimal qui dépend des
préférences de l'agent ainsi que de ses
croyances en ce qui concerne les coûts
et les profits attendus
dans l'achat d'une voiture par exemple
un agent rationnel qui attache peu
d'importance à l'avenir lointain ne va
pas faire un grand effort pour comparer
la durabilité des divers modèles il ne
va pas non plus consulter son médecin
pour en savoir plus sur les risques que
peut entraîner sa consommation de fois
gras d'alcool ou de
cigarettes pour faire ressortir la
nature radicalement subjective de la
notion de rationalité que je viens
d'exposer prenons un exemple
hypothétique supposons une personne qui
souffre et c'est bien le mot d'un taux
d'escompte très bas c'est-à-dire qu'elle
attache peu d'importance aux
conséquences lointaines de son action à
la suite de son imprévoyance ses
finances et sa santé s'effondrent voilà
qu'on lui propose un remède à son
problème une pilule qui lui fera
attacher plus d'importance au futur la
prendra-t-elle pour une personne
rationnelle
la réponse dore doit être
négative toutes les actions qui seraient
induites par la pellule sont déjà dans
son répertoire si elle ne les choisit
pas c'est qu'elle ne désire pas les
accomplir elle ne désire donc pas faire
le choix qui les lui ferait
faire la prémisse de cette affirmation
est ce qu'on pourrait appeler le
principe de non
indirection j'appelle indirection une
opération indirecte qui permet de
parvenir un certain résultat par deux
actions successives dont la première ne
sert qu'à rendre possible la seconde par
exemple pour trouver mes clés je d'abord
je dois d'abord mettre mes lunettes dans
ce cas je n'aurai aucune objection à
trouver mes clés sans mettre mes
lunettes seulement je ne peux pas dans
le cas de la pilule la situation est
l'inverse je pourrais commencer dès
maintenant à suigner mes finances et ma
santé seulement je ne le veux pas le
principe de non indirection affirme
qu'un agent rationnel refuse de faire en
deux pas ce qu'il ne voudrait pas faire
en un seul ce qui n'exclut pas les
opérations indirectes pour la fin qu'il
ne peut pas atteindre par une seule
action ce principe ne régit pas
uniquement les actions rationnelles
considérons un autre exemple
hypothétique ayant perdu la tête je me
suis engagé dans une liaison
adultère mon épouse n'en sait rien et
supposons n'en sera jamais rien j'ai
pourtant un sentiment de culpabilité
très fort qui me pousse à rompre la
liaison supposons maintenant qu'un ami
m'offre une pilule qui éliminerait ce
sentiment me permettant de continuer la
liaison en toute bonne conscience le
principe de non indirection implique que
je dois refuser la pilule puisque je me
senerai aussi coupable en l'acceptant
qu'en continuant la
liaison mon ami pense autrement il
estime que je seraiis plus content une
fois que j'aurais pris la pellule
moi-même une fois que j'aurais pris la
pellule je seraiis heureux de l'avoir
prise mais cela n'affecte en rien le
fait que de mon point de vue exenteux le
refus
s'impose le principe de non indirection
donc exprime une idée de cohérence plus
large qui comprend l'émnel aussi bien
que le
rationnel cela dit les violations du
principe sont à assez fréquente comme
chez des employés allemands ou
norvégiens qui sont trop fiers pour
accepter des subventions publiques à
leur salaire mais qui tolère que l'on
fasse payer l'électricité à un tarif
réduit à leur entreprise dans le seul
but de maintenir
l'emploi on peut aussi exprimer la
subjectivité du rationnel en disant que
l'œil ne peut pas voir au-delà de son
horizon dans l'exemple des lunettes par
exemple aux clés perdues substituant des
lunettes perdues on ne peut pas mettre
ces lunettes pour les
trouver autre métaphore l'argent
rationnel est pris dans le piège de ses
désirs et de ses croyances on vient de
voir dans quel sens cela peut être vrai
pour l'attitude envers le futur pour
montrer que l'idée s'applique également
en croyance on peut définir une croyance
piège par le fait que les cûts anticipés
de sa vérification sont tellement élevés
qu'un agent rationnel doit y renoncer en
Pologne jusqu'à une date récente
beaucoup de gens qui combattaient leur
alcolisme se faisait implanter le
médicament dysulphyam sous la peau
tandis que le dysulfuram pris par voie
orale n'a pour effet que de causer une
nausée violente si l'on boit de l'alcool
la forme sous-cutanée était censé causer
la mort en fait la substance implantée
n'a aucun effet or tant que les gens
gens croyaient qu'il en produit un il
était rationnel de leur part de ne pas
chercher à vérifier si c'était le
cas la théorie de l'action rationnelle
prend comme une donnée fixe les désirs
et les préférences de
l'agent dans le diagramme aucune flèche
n'aboutit au
désir dans la tradition yumienne les
désirs sont les causes premières de
l'action on ne choisit pas ces désirs il
existe bien sûr des contreexemples à
cette proposition on peut se soumettre à
une psychothérapie pour réduire la force
de certains désirs si l'on se trouve
incapable d'y résister or ce cas de
figure présuppose que l'agent est
irrationnel puisque victime de faiblesse
de volonté en choisissant l'action qui
réalise son désir il ne tient pas compte
de la totalité de ses désirs pour un
acteur rationnel le problème de choisir
ses désirs ne se pose pas désirer avoir
un certain désir c'est déjà l'avoir
vouloir être m par les conséquences
lointaines de l'action c'est déjà
posséder cette motivation la question
est pourtant plus compliquée comme on le
verra dans les conférences sur la
faiblesse de
volonté la théorie de l'action
rationnelle comporte des lacunes au sens
où elle parfois incapable de déterminer
une action unique qui découlerait des
désirs et des croyances de
l'engent du point de vue de la
sociologie de la science c'est peut-être
la promesse d'unicité qui explique en
grande partie le succès foudroyant de
cette
théorie certes c'est un fait
mathématique élémentaire qu'une fonction
dite bien conformée défini sur un
ensemble bien conformé atteint ce
maximum pour une valeur unique de la
variable
indépendante la détermination du choix
du consommateur comme le point de
tangente entre la ligne représentant la
contrainte budgétaire et une courbe
d'indifférence offre une illustration
classique comme les équations
nutoniennes le modèle de l'agent
rationnel semble donc incarner l'idéal
scientifique de la prédiction
unique pourtant on sait depuis longtemps
qu'en physique le problème de N corore
n'offre dans le cas général aucune
solution
analytique de manière vaguement
semblable il il s'agit uniquement d'une
comparaison pédagogique il y a des
situations où l'interaction de N agents
n'offre pas de solution optimale ou
équilibre unique il n'est pas dans mes
propos aujourd'hui d'entrer dans cet
aspect de la théorie des jeux je préfère
insister sur une autre source de non
inicité de l'action rationnelle à savoir
la iition
d'information supposez que vous vous
soyez parti cueillir des fraises
sauvages aussi rare et difficile à
trouver qu'elles sont délicieuses vous
êtes en vacances dans une région que
vous connaissez mal et en peu d'idée
préconçu sur la distribution de ces
sites secrets et magiques qui donne son
titre au film de Bergman smult stellet
mal traduit comme le fraise
sauvage vous cherchez un peu au hasard
dans les prês sachant qu'ils vont tous
offrir au moins quelques fraises
dispersées et que certains pourraient
vous permettre de remplir votre Corbeil
en une heure la question qui se pose est
la suivante quand faut-il vous arrêter
de chercher et commencer tant bien que
mal à
cuueillir comme vous ne disposez que
d'une seule journée vous savez qu'il
vous faudra au moins vous arrêter de
chercher avant que la nuit ne tombe
cependant vous savez que commencez l'AC
cuueillette en le premier prê sur lequel
lequel vous tombez n'est pas en général
la stratégie optimale sauf bien sûr s'il
se révèle être un des sites magique
éventualité que représente la boucle
dans le
diagramme entre ce maximum et ce minimum
d'investissement il existe sans doute un
optimum objectif mais comment le
déterminer souvent le général et le
médecin dont j'ai parlé tout à l'heure
sont dans la même situation
entre le minimum et le maximum de temps
qu'il doivent consacrer à la collecte
d'information il y a une zone
d'indétermination qui peut-être plus ou
moins large selon le cas mais qui est
souvent
considérable même si un bon jugement
permet de former une croyance
rationnelle à partir d'une quantité
d'information donnée il est parfois
impuissant à déterminer la quantité
optimale la théorie de l'action
rationnelle peut donc échouer faut
engendrer des prescriptions et des
prédictions uniques
peut aussi échouer si si les agents ne
conformment pas leur comportement aux
prédictions que celles-ci soi unique ou
pas autrement dit s'ils sont
irrationnels il y a de multiples sources
d'irrationalité chaude ou froide pour
mes propos aujourd'hui je voudrais
surtout mentionner le rôle des émotions
qui sont capables d'agir sur chacun des
quatre pôles de l'action
la faiblesse de volonté agir contre la
totalité de ses désirs sous l'influence
de l'un d'entre eux est souvent dû à ce
que le désir dominant surgit d'une
émotion forte comme le dit la Mdé dvid
au moment elle va tuer ses enfants pour
se venger de leur père qui a trompé et
délaissé je vois le bien et l'approuve
et c'est au pire que je
m'abandonne par un autre mécanisme les
émotions opèrent une inversion ou un
renversement temporaire des préférences
ou des désirs une illustration simple
est la dessertion face au danger on peut
avoir formé une intention ferme de tenir
bon devant l'attaque ennemie
l'abandonner sous le choc de la terreur
et regretter amarement l'abandon dans
l'armée le regret conduit parfois au
retour des déserteurs ainsi dans la
guerre de Sécession aux États-Unis 10 %
des 200000 hommes qui avaiit déserté
l'armée de l'Union sont retourné
volontairement de même que les émotions
naissent des croyances et les influences
en retour d'une part nous dit standandal
il suffit d'un très petit degré
d'espérance pour causer la naissance de
l'amour d'autre part continue-t-il du
moment qu'il aime l'homme le plus sage
ne voit plus aucun objet tel qu'il est
il n'attribue plus rien au hasard il
perd le sentiment de la probabilité une
chose imaginée est une chose existante
pour l'effet sur son
bonheur finalement l'urgence des
émotions indu une préférence pour
l'action immédiate sur l'action différée
je distingue l'urgence de l'impatience
qui elle induit une préférence pour une
récompense immédiate sur une récompense
des vrais dans cette acception du terme
l'urgence produit un court circuit dans
l'acquisition de l'information c'estec
Louit Fabius pour savoir attendre
temporiser toute chose dont l'homme
irrité est
incapable de manière plus générale
dit-il la raison accorde à chaque partie
le lieu le temps convenable
elle-même elle s'impose des délais pour
avoir toute l'attitude dans la
discussion de la
vérité la colère fait tout en
courant cela dit il y a évidemment des
situations dangereuses où l'action
immédiate s'impose et où c'est l'attente
qui serait
désastreuse la difficulté de bien
distinguer les sursauts justifiés des
réactions de panique à la suite du 11
septembre 2001 les réactions des
gouvernements occidentaux ont-elles été
appropriées ou excessives ont-elles
atténué le danger ou l'ont-elles
augmenté la question n'est pas seulement
de savoir si la délibération fut
suffisante mais aussi si elle fut
biaisée au sens où l'on croit trop
facilement ce que l'on
craint je voudrais maintenant élargir
l'analyse en distinguant entre désir et
motivation tandis que les désirs portent
directement sur l'action à entreprendre
les motivations sont les attitudes plus
fondamental qui engendre le les désirs
ainsi le désir de punir celui qui vous à
offensé peut-être engendré soit par un
calcul intéressé soit par une émotion
soit par un par un principe impartial de
justice
rétributive comme je le dis dit au début
et comme le suggère cet exemple je
suivrai les moraliste en distinguant
trois motivations principales la raison
les passions et
l'intérêt j'ai déjà essayé d'expliquer
en quoi consiste la raison je vais la
comprendre maintenant en tant que
motivation intériorisée par l'agent dans
un sens quelque point indirect comme
nous allons le voir je conçoit la
passion dans un sens dans un sens large
qui comprend non seulement les émotions
mais aussi la folie l'ivresse et les
appétits des toxicoman l'intérêt
finalement est compris dans le sens de
l'avantage personnel que ce soit pour
les biens matériels le pouvoir le
prestige ou la gloire
dans toute société il existe une
hiérarchie normative des motivations on
est loué d'avoir accompli une action
donnée avec telle ou telle motivation
indépendamment de la louange ou du blâme
attachée à l'action elle-même en Grèce
antique le patriotisme vouloir défendre
la cité était au sommet de la hiérarchie
venait ensuite la vengeance passionné
pour un affront personnel puis l'intérêt
le désir sexuel et l'ivresse en bas de
l'échelle il avait l'envie et l'ubrce ou
l'outrance dans d'autres société la
vengeance vient avant le avant le
patriotisme dans d'autres encore est
situé plus bas que l'intérêt sur
l'échelle des valeurs selon tokville les
Américains de son temps inversai l'ordre
de la raison et de l'intérêt dans la
hiérarchie les études récentes suggèrent
que cette attitude persiste sous
diverses formes dans les sociétés
occidentales la question se complique du
fait que la source de désapprobation des
motivations impartiales ou altruistes
est souvent le soupçon que le prétendu
désintéressement ne serait en fait
qu'une pause pour détourner ce soupçon
même une personne angélique comme la
grand-mère cheprou attribuait toujours à
ce qu'elle faisait des mobiles
égoïstes même si la raison domine
l'intérêt dans hiérarchie celui-ci prime
l'affectation ostentatoire de raison
pour C
Montaigne à mesure qu'un bon effet est
plus éclatant je rabat de sa bonté le
soupçon en quoientre qu'il soit produit
plus pour être éclatant que pour être
bon étalé il est à demi
vendu on va voir que Montaigne aurait pu
être plus radicale encore
prenons comme établi l'existence d'une
hiérarchie des motivations quelle
qu'elle soit et essayons d'en déterminer
les
effets pour s'attirer les louanges ou
éviter les blâes il est dans l'intérêt
d'un agent rationnel de faire faire
apparaître sa motivation comme étant
placé un rang plus élevé dans la
hiérarchie que celui qui l'occupe en
fait il peut avoir un intrérêt dans
l'apparence de la raison et même dans
l'apparence de l'émotion comme dans les
sociétés ou chercher une épouse riche
est un mobile
inavoable mais en même temps que cette
motivation de second ordre il garde
pourtant son désir qui s'inspire de sa
motivation de premier ordre d'où un
conflit
potentiel dans l'hypocrisie il s'agit de
tromper autrui sur ces vraies
motivations à la suite d'un épisode
infortuné d'archaus Aristote conseill au
tyran de faire passer leurs actes dictés
par l'ubriss envers la jeunesse comme
étant motivé par le désir érotique
puisque c'était une motivation plus
élevé dans la hiérarchie dans le débat
public toute proposition intérêt doit
être présentée comme étant dans
l'intérêt public l'intérêt des grands
partis politiques pour un système
électoral majoritaire est défendu le
plus souvent au nom de l'efficacité et
celui des petits pour un système prof
pour un système proportionnel au nom de
la
démocratie quand il y a une hiérarchie
intérieure à la raison l'utilité sociale
étant par exemple subordonné au droit de
propriété les propositions motivées par
cell-là peuvent être défendues au nom de
ceci ce fit le cas pour la confiscation
des biens du clerger en octobre
1789 mais l'hommage que le vice rentre à
la vertu peut aussi prendre la forme de
la mauvaise fois ou du péri de soi-même
selon Jean Domas toute la différence
qu'a le cœur pour l'esprit et que s'il
n'agit pas par raison il fait au moins
croire qu'il agit par raison l'estime de
soi peut-être mobile aussi important que
l'estime des autres en fait l'acte même
de renoncer au public extérieur est
souvent applaudi par le public intérieur
et peut-être accompli pour ses
applaudissements plutôt que pour
luimême comme le dit la roche foco
l'orgueil se dédommage toujours et ne
perd rien lors même qu'il renonce à la
vanité une donation charitable même
faite en secret peut être compensée par
le renforcement d'amour propre qu'elle
produit c'est en cela que le soupçon de
Montaigne est insuffisamment
radical souvent on s'efforce pourtant de
justifier par la raison les actions
intéressées plutôt que de les lui
sacrifier même si mon intérêt me dit de
ne rien donner au Bones œuvres je tiens
à garder l'image de momême de moi-même
comme celle d'une personne qui n'est pas
M uniquement par son intérêt je peux
satisfaire deux exigences en adoptant un
principe de charité qui soit approprié
aux circonstances si d'autres donnent
beaucoup je m'abstiens en me disant
qu'une contribution de ma part
produirait peu de bien additionnel si
d'autres donent peu je m'abstiens
également en me disant que l'équité
demande seulement que je sois généreux
si les autres le sont aussi dans les
deux cas j'aurai le beurre et l'argent
du beurre de manière semblable comme le
dit la Roch focau le refus des louanges
est un désir d'être loué deux
fois les passion également cherchent
souvent la couverture de la raison comme
le dit senec la raison veut décéder ce
qui est juste
la colère veut que paraisse juste ce
qu'elle a décédé en
1945 les Français comme le belges les
Norvégiens les Danois les Hongrois ou
les Hollandais était déchiré entre deux
mobiles le désir passionné de vengeance
et le désir de respecter les principes
du droit et notamment le principe de la
non rétroactivité des lois dans beaucoup
de cas en fait les actes qu'on voulait
punir n'étaient pas prohibés par loi en
en vigueur au moment où ils avaient été
commis les Hongrois les Danois et les
Hollandais ont ouvertement choisi la
rétroactivité en France en Belgique et
en Norvège on a présenté des des lois
rétroactives comme ne l'étend pas en
France on a dit que puisque les actes
qualifiés d'indignité nationale étai
d'ordre politique plutôt que criminel il
n'avait pas de violation du principe nul
crime sans loi
mais ce n'était qu'un jeu de mot puisque
la dégradation nationale dont furent
punis ces actes était une violation
flagrante du principe tout aussi
important de nulle peine sans
loi une passion peut aussi chercher la
couverture d'une passion plus élevée
dans la hiérarchie comme le note plus
tard les hommes présentent souvent
l'émotion inavoable de l'envie sous le
déguisement de la colère ou de la haine
l'antisémitisme par exemple tire souvent
son origine d'une envie transmuée en
indignuation satisfaite d'elle-même dans
un autre registre l'iconoclasme des
hugeno était souvent comme l'écrit Louis
ro motivé par un esprit de haine de
vengeance plutôt que par leour l'amour
de
Dieu tout en ayant un champ d'opération
très vaste ces mécanismes sont aussi
soumis à des contraintes
importantes certes leur application est
facile
par le fait que les agents ont deux
degrés de liberté dans l'harmonisation
de leur motivation et de leur désir
premièrement il existe un grand nombre
de conceptions de l'impartialité les
unes faisant apper le droit individuel
les autres la notion d'équité ou encore
au choix derrière le voile d'ignorance
pour un même cas les implications pour
l'action peut-être peuvent être très
diverses comme on vient de le voir pour
le cas de la charité
deuxièmement toute décision politique un
peu importante est imbriquée dans les
questions de causalité social sur
lesquelles on peut défendre avec une
certaine plausibilité des positions très
diverses qu'il s'agisse des effets du
salaire minimal de l'assistance chômage
ou du taux d'imposition on voit des
professeurs d'économie défendre des
idées entièrement
opposées ainsi faudrait-il qu'un agent
soit très inepte ou très malchanceux
s'il n'était pas capable de trouver une
combinaison de principes normatifs et
d'enchaînement causaux lui permettant de
présenter sa passion ou son intérêt
particulier sous un jour
impartial pourtant ces mécanismes sont
sujets à deux contrainte qui en rendent
l'application moins
aisée d'abord il a une contrainte de
cohérence une fois que l'agent a adopté
un certain principe normatif ou une
certaine théorie causale il ne peut pas
les abandonner quand bien même il ne il
ne lui permett plus de satisfaire ses
désirs ayant adopté un principe d'équité
pour justifier mes contributions peu
généreuses je suis obligé de le
conserver si les autres commencent à
donner beaucoup sous peine de me faire
apparaître à moi-même comme n'étant muie
que par mon intérêt apparence que je
voulais précisément éviter il est plus
facile d'entrer dans un état par
mauvaise foi qu'il ne l' d'en sortir par
le même mécanisme
ensuite il a ce qu'on peut appeler une
contrainte
d'imperfection d à ce qu'il ne faut pas
que la coïncidence entre la motivation
professée et le désir soit trop créante
afin de cacher ses vraies motivations à
l'un ou à l'autre public extérieur ou
intérieur il faut souvent dans une
certaine mesure aller contre ses désirs
supposons que je vais faire que je veux
faire croire qu'une proposition de
mariage est animé par l'amour plutôt que
par la pas du gain pour soutenir cette
illusion il ne faut pas que je porte mon
choix sur une personne dont la seule
qualité est une grande fortune même
quand c'est uniquement celle-ci qui
dicte ma préférence pourtant demand un
public extérieur ou intérieur qui porte
l'herméneutique du soupçon très loin la
seule façon de convaincre est parfois de
renoncer à ses désirs Pascal note que
notre propre intérêt est encore un
merveilleux instrument pour nous crever
les yeux agréablement il n'est pas
permis au plus équitable homme du monde
d'être juge en sa cause j'en sais qui
pour ne pas tomber dans cet amour propre
ont été les plus injustes du monde à
contrebiis parfois se une attitude
contraire à l'intterêit est capable de
produire l'apparence du
désintessements cette déférence envers
la raison
pour reprendre le mot de Jean Domas a sa
contrepartie dans une certaine
différence vis-à-vis de la
rationalité la rationalité est une norme
pour des raisons qui relèvent de la
logique plutôt que d'une d'une
hiérarchie social de valeurs si l'on
veut réaliser un désir on ne peut pas ne
pas vouloir également le faire avec le
minimum de coût et en évitant les
dépenses inutiles tout contreexemple
possible reviendrait a spécifieré le
désir initial d'une manière plus
riche c'est pour cela que la rationalité
à la différence de l'impartialité est
une valeur transhistorique et
transculturelle les tentatives
nombreuses de déduire celle-ci de
celle-là sont voués à
l'échec la norme de la rationalité est
au cœur de l'anthropologie philosophique
tandis que la norme de l'impartialité
relève de l'anthropologie empirique il
existe des sociétés ou la négligence ou
la violation des valeurs impartiales ne
déclenche pas de sanction
social cela ne veut pas dire que ces
sociétés ne connaissent pas les
comportements altruistes ou
désintéressés mais seulement comme le
dit tokeville à propos des Américains de
son temps qu'ils ont présenté comme le
fruit de l'intérêt bien
entendu la capacité de l'égoïsme
prévoyant de mimer l'altruisme permet
aussi à l'altruisme de se donner une
apparence
égoïste rappelons que la norme de
l'impartialité en tant que norme sociale
porte sur la motivation de l'action
plutôt que sur l'action elle-même cela
dit la norme est aussi susceptible
susceptible de modifier l'action comme
il découle immédiatement des contraintes
de cohérence et d'imperfection du point
de vie sociale l'effet de ces
contraintes est souvent bénin on peut
parler non seulement de la force
civilisatrice de l'hypocrisie mais même
de la force civilisatrice de la mauvaise
foi la norme de l'impartialité est
pourtant aussi susceptible d'un usage
stratégique dont l'effet est plus
ambigu même dans les contextes où les
motivations intéressés sont permises
comme dans les négociations salariales
les partis font parfois appel au
principe d'équité ou
d'égalité puisque renoncer à un principe
constitue une conession plus grande que
renoncer à un intérêt et commande donc
une contreconession plus grande il est
dans l'intérêt des partis de se
présenter comme n'étant pas mis
uniquement par leur
intérêt si alors ce comportement se
généralise l'accord peut se révéler
impossible l'appel à la raison subvertit
la
raison de manière semblable mais par un
mécanisme différent l'appel à la
rationalité peut subvertir la
rationalité l'idéal de la décision
rationnelle est d'agir selon des raisons
suffisantes à la lumière desquelles se
dégage une action optimale unique il y a
pourtant des cas où la recherche de
l'action optimale n'en vaut pas la peine
et où l'acteur rationnel adopterait une
procédure différente comme de suivre la
tradition ou de décéder à pile ou face
on peut en effet définir
l'hyperraationalité comme la recherche
de l'action qui aurait été optimal si
l'on ignorait les coûts de cette
recherche
même ces coûts de la décision tombent
sous trois catégories il a d'abord le
coût direct qui dépend de
l'investissement dans l'acquisition
d'information si l' on va de magasin en
magasin pour acheter un produit donné le
moins cher possible il faut tenir compte
du prix du taxi ou du tickets de métro
il est ensuite le coût d'opportunité qui
est la valeur de la meilleure
utilisation alternative du temps
consacré à la collecte
d'information même si le prix du ticket
de métro est inférieur au gain brut
escompté par l'achat au prix le plus bas
la demiure du voyage aurait pu être
consacrée à des activités qui pour
l'agent ont plus de valeur que le gain
net enfin il y a le coût des
sous-produits du processus de
décision on peut observer la négligence
des deux premiers coups dans la conduite
des vacanciers dans le rouson ils sont
nombreux à aller en Espagne en voiture
acheter des cigarettes à bas prix comme
si l'essence et le temps ne leur
coûtaient rien pour ne rien dire des que
dans les restaurants d'autoroute où ils
attendent une demi-heure pour le repas
médiocre dont ils ont besoin après 3h
d'embouteillage au retour ils peuvent se
féliciter bien sûr d'avoir fait des
économies mais à un prix absurde
la négligence du trème type de coup
risque d'avoir des effets plus
importants comme dans le cas de
l'attribution du droit à la Gard des
enfants d'un couple à l'issue d'un
divorce dans la plupart des pays
occidentaux la loi dit qu'en cas de
conflit entre les parents l'attribution
doit suivre le meilleur intérêt de
l'enfant c'est-à-dire que la garde doit
revenir au parents le plus apte à
promouvoir le bien-être de
l'enfant or l'expérience démontre
abondamment que la détermination
juridico-psychologique de l'aptitude
relative des parents est un processus
très pénible et nuisible pour l'enfant
même dont il est supposé sauvegarder
l'intérêt l'intérêt de l'enfant serait
sans doute mieux respecté par la
traditionnelle présomption en faveur de
la mère ou même pourquoi pas par le
tirage au sur entre les deux
parents les sociétés occidentales
modernes sont imprégné
d'hyperrationalité c'est dans ce sens et
dans ce sens seulement qu'on peut parler
de la rationalité ou plutôt de son abus
comme d'un phénomène spécifiquement
occidental ou moderne on a parlé à ce
propos de l'effet yatrogénique de la
recherche des solutions
optimales dans une certaine mesure on
peut dire que qui veut le plus fait le
moins quels sont donc finalement les
fonctions de la raison et de la
rationalité dans les comportements
humains ce sont les fonctions
respectivement du précepteur du prince
et du conseiller du prince le précepteur
lui enseigne à promouvoir le bien public
à long terme le conseiller lui explique
comment agir pour réaliser le plus
efficacement ses fins quel qu'ell soit
il n'incomte pas au conseiller d'imposer
les demandes de la raison mais si le
précepteur a bien fait son travail
le Prince va les faire
sienne je voudrais pour conclure dire
quelques mots de mes liens à cette
institution il y a cinq professeurs au
Collège de France qui de manière directe
ou indirecte ont marqué mon
développement
intellectuel l'histoire remonte à 1966
quand en venant d'Oslo j'ai rencontré
Jean hippollyite pour lui demander
conseil s la petite thèse que j'écrivais
sur El il m'a reçu très gentiment et m'a
notamment suggéré de prendre contact
avec les pères réer et Fessard à
Chantilly ce que j'ai fait 2 ans plus
tard je pris un nouveau rendez-vous avec
Hippolyte pour lui demander de diriger
la teste sur Marx que je me proposais
d'entreprendre à mon arrivée à Paris
j'aiapis qu'il venait de mourir ce fit
alors le père Fessard qui me suggéra de
demander à Raymon Aaron s'il voulait
bien diriger mes travaux les 3 ans que
j'ai passé au semminire d'Aron rue de
Tournon m'ont ouvert les yeux sur les
sciences sociales ce fut un tournant
décisif je n'ai pourtantant abandonné
l'histoire de la pensée par
l'intermédiaire peut-être surprenant de
l'histoire de la biologie je me suis
passionné pour Lanitz et Martial guerou
a bien voulu publier dans sa collection
un livre que j'ai consacré à ce
philosophe puis il a eu une
collaboration comme vient de le
mentionner monsieur administrateur avec
Pierre Bourdieu dans les années 80 sur
notamment euh le rapport entre la
rationalité et les normes
sociales enfin je tiens à exprimer ma
très grande dette intellectuelle envers
Paul ven ici présent qui est avec Thomas
Schelling celui dont les travaux ont le
plus
influencé je je l'avais déjà écouté au
séminaire d'Aron avant la publication de
son grand livre le pain et le cirque qui
a montre qui a montré qu'une étude
historique fouillée non seulement peut
bénéficier de l'apport des sciences
sociales mais qu'elle est capable de le
fconder en retour dans mon enseignement
et ma recherche j'espère pouvoir
continuer dans cette tradition non
certes avec les rédutions de veine mais
avec le même va et vien entre les
démarches généralisatrices et les études
empiriques je vous remercie de votre
attention
[Applaudissements]