Comment protéger les animaux sauvages dans un monde dans lequel le couvert forestier ne cesse de diminuer ? C’est l’un des principaux enjeux de la COP16, la conférence mondiale pour la biodiversité, qui s’ouvre ce lundi à Cali, en Colombie. En Afrique de l’Ouest, certaines espèces emblématiques comme l’éléphant sont même en voie d’extinction ! Depuis deux ans, Hallal Bilal préside la Roots Wild Foundation, basée en Côte d’Ivoire. Il est l'invité de Christophe Boisbouvier. #cotedivoire#environnement#cop16 🔔 Abonnez-vous à notre chaîne : https://rfi.my/YTfr 🔴 Suivez RFI en DIRECT vidéo ici : https://rfi.my/YTliveFR 🌍 L’actualité du monde et de l’Afrique en direct : https://www.rfi.fr/fr/ Rejoignez-nous sur Facebook : https://rfi.my/FBfr Suivez-nous sur X (Twitter) : https://rfi.my/Xfr Découvrez l’actu en images sur Instagram : https://rfi.my/IGfr Recevez les dernières infos sur Telegram : https://rfi.my/TGfr
Alal Bilal, bonjour.
Oui, bonjour.
Qu'est-ce que vous attendez de cette COP16 pour la biodiversité ?
Que des mesures concrètes soient prises en faveur de la biodiversité.
Que des mesures concrètes, mais surtout obligatoires, soient prises envers les différents gouvernements
pour les obliger à s'investir beaucoup plus dans la protection de la biodiversité.
Et des animaux sauvages ?
Bien sûr.
Il y a deux ans, la précédente COP à Montréal s'est fixée comme objectif
de protéger 30% de la surface de la Terre d'ici 2030.
Est-ce que c'est réalisable à vos yeux ?
Pour ma part, c'est réalisable si chacun y met du sien réellement.
Bien évidemment, les gouvernements à eux seuls ne peuvent pas tout faire.
Donc il faut que les populations également s'investissent beaucoup plus.
Les membres de la société civile également.
Parce que de nos jours, on rencontre plutôt des problèmes avec les populations.
Donc il faut effectuer un gros travail de sensibilisation.
Ce qui est en train d'être fait, je pense que oui, c'est réalisable.
Depuis deux ans, beaucoup de scientifiques et d'écologistes insistent pour que ce chiffre de 30%
s'applique pays par pays.
Est-ce que vous pensez qu'on peut demander à chaque nation de s'engager à protéger 30% de son territoire ?
Je ne pense pas qu'on peut demander.
Je pense qu'il faut demander à chaque nation de protéger au minimum 30% de son territoire.
Parce que là, les chiffres sont assez catastrophiques.
Donc c'est une obligation.
Quels sont à vos yeux les pays africains où la situation est le plus catastrophique ?
Écoutez, je vais déjà parler de moi-même en propre pays.
La Côte d'Ivoire a vu près de 80% de son couvert forestier et faunique disparaître.
D'ailleurs, le gouvernement, les membres de la société civile mettent vraiment la main à la pâte
et les choses sont en train de changer.
Donc oui, déjà la Côte d'Ivoire et puis toute la zone ouest africaine.
À cause de quoi ? À cause de l'urbanisation ou à cause du développement de l'agriculture ?
Donc l'urbanisation bien évidemment joue un rôle.
Le chômage joue un rôle, un rôle très important.
L'agriculture bien évidemment aussi.
La culture du cacao, la culture du palmier, la culture de l'évéa.
Toutes les cultures sont un facteur de déforestation.
Les autorités ivoiriennes espèrent passer de 3 millions à 6 millions et demi d'hectares de forêt d'ici 2030.
Est-ce que vous pensez cet objectif possible ?
Oui, je pense que c'est possible parce que le gouvernement mène énormément d'actions
en faveur du reboisement sur toute l'étendue du territoire national.
Le ministère des eaux et forêts a créé la journée nationale de l'arbre,
donc plusieurs événements et les entreprises nationales sont en train de s'impliquer dans cette politique.
Les membres de la société civile, le gouvernement mènent énormément d'actions et d'appuis en faveur du reboisement.
Le ministère des eaux et forêts a ouvert un peu les concessions des forêts classées au privé.
Les forêts classées de catégorie 3 sont éligibles au régime de la concession avec des privés,
donc pour aider l'État à restaurer ces forêts.
Donc pour ma part, oui, on va y arriver.
En Côte d'Ivoire, l'animal emblématique, c'est l'éléphant.
Les footballeurs ivoiriens sont bien placés pour le savoir,
mais est-ce que ce pachyderme n'est pas en voie d'extinction ?
Je peux vous garantir que nous avons vu la quantité de spécimens d'éléphants chuter énormément chez nous en Côte d'Ivoire.
Voilà pourquoi d'ailleurs le gouvernement a pris des mesures importantes.
Donc il y a un projet de loi qui a été voté il y a quelques mois par l'Assemblée nationale
concernant la création de deux sanctuaires d'éléphants.
Un sanctuaire dans la zone sud, un sanctuaire dans la zone nord.
Est-ce qu'on a des chiffres sur la diminution de la population des éléphants en Côte d'Ivoire ?
Écoutez, pour ma part, oui, je pense qu'actuellement nous avons une population comprise entre 200 et 500 éléphants maximum.
Il y en avait combien il y a 20 ans ?
Oh, il y en avait plus de 1000.
Donc si on est à 200 éléphants, on peut dire que l'espèce est en voie d'extinction ?
Entre 200 et 500 éléphants, je dirais oui.
C'est que l'éléphant est pratiquement en voie d'extinction en Côte d'Ivoire.
C'est pour ça que, justement, il est primordial et vital de mener des actions en faveur de la reproduction, de leur protection.
La déforestation, malheureusement, est un gros facteur de la disparition des éléphants.
Les éléphants se font des transhumances à travers les couloirs de forêt.
Voilà pourquoi nous avons des éléphants qui se retrouvent dans des villages en divagation,
parce qu'ils sont complètement désorientés puisqu'il n'y a plus de forêt.
Donc c'est catastrophique.
Et ces éléphants qui divaguent, ils sont tués par les villageois ?
Non, alors tout de suite, dès que le ministère des eaux et forêts a une information,
tout de suite on dépêche une équipe pour protéger cet éléphant, pour sensibiliser la population.
Bon, les populations sont plutôt émerveillées de voir l'éléphant,
mais c'est de l'inconscience ou de l'ignorance.
Donc ils vont s'approcher de l'animal, donc ça peut être risqué, l'éléphant peut être paniqué.
Mais sinon non, non, non, les populations ne tuent pas l'animal.
Et d'ailleurs nous avons soutenu le ministère des eaux et forêts
afin de déplacer deux éléphants il n'y a pas très longtemps, pour les mettre en sécurité.
Est-ce qu'il reste du braconnage ?
Oui, il reste du braconnage.
Pour l'ivoire ?
Pour l'ivoire, pour la peau, pour la viande, pour tout.
Vous savez, n'oubliez pas qu'en Afrique, nous avons quand même la culture de la consommation de la viande de brousse.
Tout simplement.
La semaine dernière, la Roots Wide Foundation que vous présidez a signé une convention de partenariat
avec la fondation Sundele Conan, qui lutte depuis plus de 20 ans contre la déforestation en Côte d'Ivoire.
Pourquoi avez-vous décidé d'unir vos forces ?
Adrienne Sundele, comme nous l'appelons affectueusement notre maman,
est une personne ressource en Côte d'Ivoire.
Elle a passé toute sa vie à reboiser et bien évidemment c'est ensemble que nous sommes plus forts.
Donc la défense des animaux sauvages passe par le reboisement ?
Ah bien sûr, sans habitat, il n'y a pas d'animaux.
Et vous ne craignez pas que derrière les discours officiels, la déforestation continue et un certain nombre d'espèces disparaissent ?
On ne laissera pas faire parce que nous sommes des personnes assez engagées, assez passionnées.
Donc nous avons dédié notre vie à la protection de la nature, donc on ne laissera pas faire.
Oui mais si les gens sont d'accord avec cette évolution, vous ne pourrez rien faire ?
Alors en toute sincérité, nous menons énormément de campagnes de sensibilisation.
Aujourd'hui, dans chacun de nos communiqués, c'est pour ça que nous appelons l'esprit de conservation
qui anime chaque Ivoirienne et chaque Ivoirien à être actionné,
parce que c'est notre héritage et les populations comprennent.
Parce que ne serait-ce que depuis 2023, depuis l'année passée, nous avons récupéré énormément d'animaux.
Jusqu'aujourd'hui, nous récupérons tous les jours des animaux à notre refuge.
Donc c'est un refuge de transition où nous récupérons tous les animaux,
donc de la lutte anti-braconnage, du trafic d'espèces ou de mise à disposition par la population,
en vue de les préparer, de les soigner, en vue de leur future réintroduction dans la nature,
dans des zones surtout sécurisées.
Donc moi, je peux vous garantir qu'une grande partie de la population aujourd'hui
est très engagée dans la protection de la faune ivoirienne.
Et on continue de mener nos actions de sensibilisation, même dans les écoles.
Pas plus loin qu'hier, le vice-président de la Fondation a eu un entretien d'ailleurs avec Adrienne Soundélé
et avec une dame du ministère de l'Éducation nationale,
afin de pouvoir inclure cette matière-là dans le programme scolaire.
Alal Bilal, merci.