Dès son arrivée à Rabat, la capitale politique, le globe-trotter est saisi par une ville où la vie semble paisible et douce. ✋Les plus belles destinations, c’est ici 👉 https://bit.ly/2Vlfz9o 👈 Abonnez vous ! 🙏 Intéressé par le sujet ? Ce livre pourrait vous plaire 👉https://amzn.to/4deu5EE
Après Fès, l'incontournable, direction le sud pour rejoindre Marrakech. Puis, Philippe s'approche du Sahara mythique, là où la route s'achève. La rencontre d'un chamelier qui lui ouvre les portes du désert lui donne accès aux sensations les plus fortes que le Maroc puisse offrir.
Un film écrit par William Japhet et Philippe Gougler Réalisé par William Japhet Présenté par Philippe Gougler Produit par Jean-Baptiste Jouy - Step by Step productions Droits réservés Step by Step productions
Au Maroc, dans certains endroits, il n'y a que le désert et le train.
Ici, il y a des voies qui vous amènent nulle part.
Ici, les locomotives font aussi boîte de nuit.
Et certains trains ont un petit air de famille.
C'est blindé.
Donc pour rentrer au cœur du royaume du Maroc, le train c'est pas mal.
Le Maroc. Je vais aller prendre le train dans la capitale, à Rabat.
Une cité plutôt solennelle, imposante, royale.
Je découvre une ville de bord de mer, où la vie semble plutôt douce, paisible.
Rabat est la capitale politique et administrative du pays, mais pas la capitale économique.
Ca c'est Casablanca, située à une centaine de kilomètres.
Rabat, c'est aussi l'une des plus anciennes gares du pays.
Construite en 1923, l'architecture a été préservée.
L'intérieur est moderne, pimpant, nickel.
Bonjour.
Et ici, ce qui fait que les trains ne sont vraiment pas comme les autres,
c'est justement qu'ils sont exactement comme les autres.
Ce qui est marrant, c'est qu'on n'est pas dépaysé.
C'est exactement un wagon corail.
On reconnaît les couleurs, on reconnaît les sièges.
Je peux même vous dire que c'est un wagon corail qui a circulé en France.
Ca veut dire quelque chose, ça.
La différence, c'est qu'ici, la porte peut rester ouverte, pour ventiler.
En fait, ces wagons sont tout simplement des wagons d'occasion,
rachetés aux français par l'ONCF, l'office national des chemins de fer marocains.
Salut !
Ca va bien ?
Il y a du monde, là.
Il n'y a pas une place.
C'est blindé.
Me voilà parti sur la ligne à Rabat-Fez.
Deux heures et demie de voyage, juste le temps d'aller faire un peu connaissance.
Je peux m'asseoir là ?
Bonjour. J'aime beaucoup votre tenue.
Est-ce que ça a une signification, ce chapeau blanc et cette tenue blanche ?
Je m'habille comme cela par respect pour ma religion.
Je ne porte pas de vêtements collants.
Comme ça, je peux aller prier confortablement et de manière très respectueuse.
C'est un habit traditionnel pour les musulmans pratiquants.
Ca impose le respect.
C'est-à-dire que le fait de mettre cette tenue fait que les gens vous respectent plus, c'est comme ça ?
Oui. Habillés comme ça, les gens me respectent.
Et du coup, je leur rends ce respect en retour.
Tu sais, le respect, la sagesse, ça se partage.
C'est un échange les uns avec les autres.
Merci beaucoup.
A la grâce de Dieu.
Bonjour.
Il y a eu au Maroc, il n'y a pas très longtemps,
deux adolescents qui se sont embrassés.
La photo a été publiée sur Facebook.
Ils ont été arrêtés à cause de ça, etc.
Et puis relâchés. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Ils ont été inconscients, ces jeunes.
Moi, je suis tout le temps l'actualité sur Internet avec ma tablette.
Je l'ai toujours avec moi.
Et quand j'ai vu ça,
j'ai suivi toute l'affaire de ces jeunes de la ville de Nador.
Les jeunes n'ont rien d'autre à faire que ce genre de choses.
Je sais qu'il y a des gens qui sont pour, d'autres qui sont contre.
Moi, personnellement, je suis vraiment contre.
Et je n'aimerais pas que mes enfants fassent ce genre de choses.
Et pourquoi est-ce que pour vous, il ne faut pas que deux jeunes s'embrassent dans la rue ?
Allah dit qu'il faut préserver son intimité pour être heureux.
C'est Dieu qui dit ça.
Il faut le respecter.
Ces choses-là, ça n'existait pas avant chez nous.
C'est l'influence de l'Occident qui a poussé ces jeunes à le faire.
Et vous, là, je veux que vous écoutez en hauteur. Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?
Ouais, le bisou !
C'est vrai, ça, les jeunes.
On parle de l'affaire de Nador, là, vous savez, le bisou.
Non, non, bien sûr, je n'aime pas ce genre de choses.
Tu le ferais ? Tu le ferais, ce bisou, toi ?
Non, non, non, je ne le ferais pas, non.
Pourquoi ?
Parce que ce n'est pas bien, ça ne se fait pas, on ne peut pas faire ça.
OK.
Tout à l'heure, je demandais à des passagers ce qu'ils pensaient de l'affaire du bisou dans la rue avec les deux adolescents.
C'est vraiment le top de l'hypocrisie sociale.
Parce qu'il y a des gens qui s'embrassent un peu partout.
Les gens, ils boivent partout.
Sauf qu'il faut rester, on va dire, politiquement correct.
C'est-à-dire, si deux adolescents... Déjà, c'est des adolescents.
Donc, on ne peut pas emprisonner des adolescents pour un bisou.
En plus, ils ne les ont pas chopés à la rue.
C'est juste une photo sur Facebook.
Donc, moi, je trouve ça d'une absurdité totale.
Mais après, on reste un pays musulman.
Donc, il faut respecter la loi, c'est vrai.
Mais en même temps, il ne faut pas être hypocrite.
Si tu as envie de porter un voile, tu portes.
Si tu as envie de porter une mini-jupe, tu la portes aussi.
On ne va pas te dire pourquoi tu la portes.
Mais après, tu es libre de faire ce que tu veux.
Sans problème.
Après, avec les citoyens, tu peux te faire draguer facilement.
Si tu portes un voile, tu ne vas pas te faire draguer.
Si tu portes une mini-jupe et que tu traverses Casas,
c'est sûr que tu ne vas pas te faire draguer.
On peut se faire draguer. En revanche, pas de bisous dans la rue.
C'est un peu absurde. Je vous l'ai dit, c'est absurde.
Il n'y a pas eu une loi contre le fait de draguer des filles à la rue.
C'est vraiment un sport national, ici.
C'est un pays de fou. Voilà.
Merci beaucoup.
Bon voyage.
Merci. A vous aussi.
J'arrive à Fès.
Ça faisait très longtemps que j'avais envie d'explorer cette ville.
Pour moi, c'est la cité mystérieuse, la mémoire du Maroc.
Un labyrinthe de ruelles dont la configuration n'a quasiment pas changé depuis le Moyen-Âge.
Fès, ce n'est pas juste une ville dans laquelle on passe.
C'est une ville dans laquelle on s'enfonce, on s'immerge.
Ici, le plaisir, c'est de se perdre.
Les ruelles sont tellement étroites qu'on ne sait jamais si on rentre dans une cave ou dans une rue.
Fès, c'est aussi le festival des odeurs.
Les odeurs d'épices, pour le côté agréable.
Et pour le côté, disons, plus costaud, il y a le quartier des tanneurs.
Bonjour.
C'est la peau de quoi, ça ?
C'est de la vache.
Et pourquoi il y a du sel ?
Le sel, ça sert à la conserver pour qu'elle ne s'abîme pas.
Et puis, ça atténue un peu l'odeur.
C'est marrant parce qu'on est encore à mi-chemin entre l'état de viande et l'état de cuir.
Ça sent, hein ?
Et donc, c'est vous qui allez les tanner ?
Oui, juste après.
C'est incroyable, ici.
L'odeur, c'est spécial.
Il est bien bleu, votre bain.
Ah, ça ? Oui.
C'est un bain de chauve-vivre.
Ça permet d'enlever la graisse et de décoller les poils sur les peaux.
Regarde.
Comme ça, on ne garde que le cuir.
Vous êtes debout dans de la chauve-vivre ?
Oui, de la chauve-vivre, oui.
Mais c'est dangereux, ça, d'être debout dans de la chauve-vivre.
La chauve-vivre, elle peut rentrer par le dessus, là.
Ça peut couler.
Si la chauve-vivre rentre, je sors vite pour aller brincer avec de l'eau.
Ça me brûlera un peu, mais c'est tout.
Par contre, si tu restes là-dedans,
ça peut carrément te bouffer complètement un bras ou une jambe.
Et ça fait combien d'années que vous êtes dans votre baignoire bleue ?
24 ans.
24 ans, la même baignoire ?
Oui.
Et je succède à mon père,
qui a travaillé pendant plus de 50 ans dans cette baignoire.
Il a 80 ans, aujourd'hui.
Et son père, à lui, travaillait là, déjà.
Je trouve ça courageux.
Ah, ben, ça y est.
Je vais perdre mes poils.
Non, t'inquiète.
C'est de la chauve-vivre.
Si c'était de la chauve-vivre, comme dans la baignoire,
tu sentirais déjà la douleur.
Ici, la chauve-vivre, c'est pas dangereux pour nous.
Ça permet juste d'enlever les derniers poils qui restent.
Et alors, là, une fois que vous avez mis les pots,
elles trempent pendant combien de temps ?
En général, on les laisse entre 10 et 15 jours.
Et alors, elles datent de quand, cette tannerie-là ?
Elles étaient déjà là il y a 600 ans.
600 ans ?
Ouais, c'est vieux, hein ?
Mais les lieux n'ont pas trop changé.
Et on a amélioré plein de choses, avec des machines, par exemple.
Ça évolue doucement.
Qu'est-ce qu'il fait, le gars, là ?
Il est carrément à jambes nues, dedans.
C'est normal ?
Il est dans la crotte de pigeon.
Il est dans les crottes de pigeon ?
Très bien, je vais te montrer.
La vache !
Ça, c'est de la crotte de pigeon, hein ?
Oui, oui.
Et pourquoi vous mettez la peau dans la crotte ?
La crotte de pigeon,
ça sert surtout pour assouplir la peau,
grâce à l'ammoniaque.
Ça rend le cuir plus fin, tu vois ?
Et c'est quand même incroyable.
Et comment est-ce qu'on a découvert
que la crotte de pigeon amincissait le cuir ?
Parce qu'il faut quand même y penser.
C'était les juifs qui avaient trouvé ça
il y a très longtemps.
Et depuis, on continue.
Tiens, viens voir, je vais te montrer.
Moi, quand j'étais petit,
ma maman me disait qu'il fallait pas toucher
les crottes de pigeon,
donc du coup, là, ça me fait un peu peur.
Ça sent le pigeon ?
Non, c'est pas toxique.
Ah si, un peu ?
Un petit peu.
Ils sentent plus rien.
Ils ne sentent plus rien.
Ils sont environ 800 tanneurs à Fès.
Ici, on est payés à la tâche.
Oh là là, mais c'est immense, en fait.
Et qu'est-ce que c'est, ici ?
La couleur.
La couleur ?
Oui, c'est ici qu'on met les produits pour la teinture.
Et après, on sort les peaux qu'on fera sécher.
Ah oui, vous faites le mélangeur.
C'est vous qui mélangez ?
Oui, je mélange de la teinture en poudre
et des écorces d'arbres dans l'eau.
Tout est naturel, ici.
Juste des pigments rouges et de l'écorce.
Quelle est la couleur que vous préférez travailler ?
Moi, j'aime bien ce rouge.
Il y en a plein d'autres, jusqu'à 500 tannes différentes.
Les rouges vont rester ici.
Par contre, les marrons vont bientôt partir au séchage sur la colline.
Disons, c'est dur pour les ânes, là.
Oui, ce n'est pas facile pour les ânes.
Mais ils sont courageux.
Et pour nous aussi, c'est dur.
On en bave.
Allez, viens !
Et c'est parti.
Il y a des tombes, là. On est dans un cimetière ?
En fait, il n'y a pas d'endroit spécial pour étendre nos peaux.
Du coup, on vient ici.
Parce qu'il y a de la place et ce n'est pas trop loin de la ville.
Et puis, les morts, je suis sûr que ça ne les dérange pas.
On finira bien par les rejoindre, un jour, de toute façon.
C'est mouillé.
Alors, en revanche,
la bonne nouvelle à cette étape, c'est que
ça sent juste mauvais, mais pas extrêmement mauvais.
Non, non, pas comme ça.
Regarde.
Il faut bien l'étaler, sinon ça l'abîme et elle ne séchera pas bien.
Tiens. Tu vois ?
Il faut bien faire attention au point.
Moi, il y a quand même un truc qui ne m'est pas de chez vous, c'est que
vous avez un métier, enfin, vu de mes yeux, ça paraît super dur.
Vous gardez le sourire et tout, vous avez la pêche, mais comment vous faites ?
Moi, je rigole toujours.
C'est un principe chez moi.
Que je sois avec un étranger ou un Marocain.
J'ai toujours besoin d'être de bonne humeur.
Et grâce à Dieu, je n'ai pas besoin de grand-chose.
Allah me donne le reste.
Et qu'est-ce que vous avez, là, sur votre bras ?
Ah, ça ?
Je me suis brûlé avec de la chauve-vivre, en bas, à la tannerie.
Mais le patron m'a dit que ce n'était pas grave.
C'était la vie.
C'est la philosophie.
C'est comme ça.
On finit par s'habituer, grâce à Dieu.
Ça fait partie des risques du métier.
Mais ce métier, je l'aime.
Vous savez quoi ?
Vous m'épatez.
Je vous trouve courageux.
Courageux.
Bon, il y a encore du boulot, là.
Ouais, au boulot.
J'étais venu à Fès pour sa magie, son histoire.
En partant, je n'ai plus que les tanneurs dans la tête.
Je me dis, en retrouvant cette gare moderne impeccable,
que le Maroc est décidément un pays avec des contrastes incroyables.
Où le plus moderne se mêle sans cesse au plus traditionnel.
Où l'on peut basculer d'un monde à l'autre en quelques secondes.
Je sens encore la vieille peau tannée.
J'espère que je ne vais pas incommoder tout le train.
Ça va ? Je ne sens pas trop fort ?
Un peu. Je connais cette odeur.
Ça sent quoi ?
Le cuir.
Ça sent le cuir.
C'est connu comme odeur à Fès, ça.
Les tanneurs, est-ce que c'est des gens particulièrement respectés à Fès ?
Ils sont très respectés.
Grâce à eux, c'est toute une ville qui vit du cuir.
Il y a plein de métiers qui en dépendent.
C'est très important pour nous qu'ils soient là.
Direction le sud, vers la ville où tous les voyageurs rêvent de passer un jour.
Une cité millénaire.
C'est la ville qui a donné son nom au Maroc.
Maroc n'est qu'une déformation progressive de la prononciation de Marrakech.
Je me dirige vers le cœur de Marrakech.
La place Djema Elfna.
Un lieu dont l'animation, la vie, a été classée chef d'œuvre du patrimoine immatériel mondial de l'humanité par l'UNESCO.
J'aime beaucoup cette place parce qu'il y a une atmosphère absolument unique.
Déjà, c'est bien de venir comme ça quand la nuit tombe.
Il y a une espèce de douceur.
Il n'y a pas de bruit, juste des milliers de personnes qui sont venues là juste pour le plaisir d'être là.
Il y a des odeurs, des petites choses un peu étranges qui se mijotent, qui se grillent de ci, de là.
Puis surtout, cette place, c'est un son.
C'est une musique d'écouter.
Cette place est un spectacle permanent qui dure depuis des siècles.
D'ailleurs, ça avait commencé assez fort puisqu'il y a mille ans environ, c'était le lieu des exécutions publiques.
D'où le nom qui signifie la place de l'assemblée des morts.
C'est des escargots dans de l'eau.
Avec des épices, escargots avec des épices.
C'est bien pour la santé.
Oui, c'est très bon.
C'est aphrodisiaque.
Ça chauffe.
C'est aphrodisiaque et problématique.
C'est bien grand marocain.
Faut peut-être pas que j'en prenne trop alors.
C'est la première fois ?
Oui.
Tu vas venir demain.
Tu vas te sentir très bon.
Ah ouais ?
C'est-à-dire que moi j'ai plus l'habitude de les manger avec de l'ail.
De l'ail, du persil et du beurre.
Ça c'est différent.
C'est à la manière marocaine.
Vous êtes pas fâchés si je mange pas tout aujourd'hui ?
La première fois, tu peux essayer.
La première fois, ils mangent un, deux, trois.
La deuxième fois, ils mangent un bol.
La troisième fois, ils mangent deux bols.
Comme ça.
D'habitude.
J'en ai mangé trois.
Merci chef.
Au revoir.
À demain.
Pour le deuxième bol.
Bonjour.
C'est monté ?
Bonjour.
Côté chemin de fer, Marrakech, c'est le terminus.
Pour aller encore plus au sud,
pour aller humer un peu l'air des montagnes desséchées de l'anti-atlas,
je dois renoncer un instant au train et grimper dans un taxi collectif.
Mon but ?
Arriver au petit matin dans la région de Taliwin,
au moment où les couleurs sont les plus belles.
Qu'est-ce que vous cueillez là, à six heures du matin, en plein désert ?
Qu'est-ce que c'est que ces fleurs ?
C'est la fleur de safran.
Il faut les cueillir avant que le soleil soit trop haut.
Sinon, elles s'ouvrent et c'est trop dur à cueillir.
Qu'est-ce qui est précieux dans ces fleurs ? Vous pouvez me montrer ?
Dans la fleur du safran, on ne récupère que ça.
C'est ça qui vaut de l'or ?
L'or rouge du Maroc.
Ça, c'est le safran qu'on va utiliser dans nos plats ?
Oui, dans la cuisine.
Il faut combien de fleurs pour faire un kilo de safran ? C'est énorme.
Pour un kilo de safran, il faut 100 kilos de fleurs.
Au moins 100 kilos de fleurs.
Et là, le safran, je peux le goûter déjà ?
Oui.
Vas-y, essaie.
J'y vais tout d'un coup ?
Oui, tout d'un coup.
C'est tout petit. Tu vas me dire si tu aimes.
C'est bon.
Je n'avais jamais mangé du safran pur, mais c'est très délicat, très subtil, fin.
Un tout petit peu amer.
C'est parce qu'il est encore plein d'eau.
Normalement, on ne le mange pas comme ça.
On attend qu'il soit sec.
Allez, viens. On doit continuer.
Et qui sont toutes les femmes qui cueillent aujourd'hui ?
Elles ne sont pas toutes cultivatrices de safran ?
Non, elles sont toutes cueilleuses, comme moi.
On vient toutes des villages autour.
Il faut être nombreuses pour faire le travail.
Est-ce que c'est vrai ?
Tais-toi. Tais-toi et aide-moi.
Tu pousses et tu tires.
Tu dois laisser le bulbe dans la terre, surtout.
Comme ça, c'est bien ?
Oui, c'est bien. Comme ça.
Celle-là aussi.
Cuelle-ci aussi.
Celle-là.
Je l'ai arrachée, celle-là.
Tu vois ce travail ?
Eh bien, même s'il est difficile, pendant les 15 jours de la récolte, on le fait toutes avec beaucoup de satisfaction.
Parce qu'on sait combien le safran est précieux.
Et on est un peu comme des abeilles.
Moi, je me vois comme une petite abeille qui va de fleur en fleur pour récolter l'or rouge.
Vous êtes l'abeille la plus sympa que j'ai rencontrée.
Tout le safran qui est produit ici, il est traité de cette façon-là, à la main, dans toute la région ?
Oui.
C'est incroyable, on ne pense pas à ça quand on utilise du safran à la maison, derrière il y a tout ce boulot.
Eh oui, c'est comme ça.
De la plantation à la récolte, et ensuite les mondages, tout est fait à la main.
Il faut faire fleur par fleur.
C'est beaucoup de temps.
C'est beaucoup de patience aussi.
Est-ce que vous pensez que les gens qui utilisent du safran ailleurs dans le monde, en Europe et ailleurs,
ils ont conscience de tout ce travail qu'il y a derrière ?
Non, je ne pense pas qu'ils se rendent compte de tout ce travail.
Et même ici, beaucoup de Marocains n'en ont aucune idée.
Il n'y a que ceux qui le font qui savent que pour avoir un produit de qualité, il faut passer par tout ce travail manuel.
Je vous jure que c'est très très long.
C'est surtout que c'est un produit extrêmement fragile, alors il faut être très minutieux.
Moi ça m'énerverait, au bout d'un moment je serais comme ça.
Comment vous faites poursuivre, pour rester calme ?
C'est parce que c'est ta première fois.
Si tu le faisais tout seul, ça t'énerverait assez vite, c'est sûr.
Ce que le safran a de bien, c'est qu'il réunit les gens.
On ne le fait jamais seul.
C'est toujours quelque chose qui se fait en groupe, parce que ça va plus vite et tu vois plus rapidement le résultat.
Écoutez, je n'utiliserai plus jamais le safran de la même façon chez moi, je penserai à vous.
J'ai l'impression d'être dans un autre Maroc.
Un sentiment qui me pousse à aller vers des zones encore plus reculées.
Je m'approche du Sahara, avec cette sensation d'être à la fois seul au monde,
et comme entouré d'une présence, comme protégé par le désert.
Alors ça, c'est vraiment tout ce que j'aime.
Une petite voie ferrée, toute seule, dans le silence du désert.
Ça, c'est beau, ça.
Alors en fait, qu'est-ce qu'elle fait là, cette voie ferrée ?
La réponse, elle est juste en face, là.
Elle est là pour la mine.
Les Français avaient construit cette voie dans les années 40,
pour transporter ce minerai de manganèse jusque vers les ports.
Aujourd'hui, la mine de manganèse ne fonctionne plus.
C'est un monde abandonné.
Mais la voie ferrée, elle, est restée en vie.
La mine a été transformée en un site de chargement de baritines,
un minerai utilisé notamment dans le nucléaire et l'industrie pétrolière.
La baritine est déposée ici par des camions,
et de longs trains de fret viennent régulièrement faire le plein de minerais.
Bonjour.
Ça y est, c'est chargé ?
Fini ?
Vous partez loin, là ? À combien de kilomètres vous allez ?
Jusqu'à Oujda. Par 305 kilomètres.
305 kilomètres dans le désert.
Je peux venir avec vous ?
Oui, allez.
Et vous travaillez toujours sur ce train ?
33 ans !
Vous avez déjà transporté combien de tonnes de minerai ?
Dans toute ma vie, j'ai transporté 80 000 tonnes par an.
Le train fait le lien entre Guarfa, dans le Sahara, et le nord du pays.
C'est chouette. C'est beau.
Oui, c'est beau. Et encore, tu vas voir plus loin.
C'est marrant, avec ce train, on a l'impression de partir à l'aventure dans le désert.
C'est waouh comme train, quand même.
Moi, j'ai tellement l'habitude, ça ne me fait plus rien.
Mais je comprends ce que tu dis.
L'impression de partir à l'aventure au milieu du désert.
Moi, je me dis que oui, c'est incroyable.
Et alors, c'est comment un train qui circule dans le désert ?
C'est quoi les dangers qui nous menacent ?
Principalement la pluie ou le sable.
Des tempêtes de sable.
Les éléments peuvent changer très très vite.
Là, pour l'instant, tout est beau.
Le ciel est bleu, tout est parfait.
Mais ça change très vite, tu vas voir.
D'ici 30, 40 kilomètres, quand on sera vraiment dans le désert,
on peut avoir des pluies torrentielles ou des tempêtes de sable absolument terribles.
Celui-là, dans le genre pas comme les autres, il est quand même haut sur la liste.
Alors ça, vous voyez, c'est la ligne, l'embranchement,
qui part vers l'Algérie,
qui a été construite à l'époque aussi par les Français
pour relier l'Algérie à l'Atlantique via le Maroc.
Et vous voyez, c'est tout ensablé parce qu'en ce moment, ça ne sert pas
en raison des relations un peu difficiles
entre le Maroc et l'Algérie.
Il n'y a plus de train qui circule en ce moment.
Regardez, il y a plein de cailloux, ça ne sert pas.
C'est vraiment très très beau.
Vous voyez encore, parce que quand on est toujours dans le même lieu,
souvent on ne se rend plus compte de ce qui nous entoure.
Même si le trajet est toujours le même, c'est à chaque fois différent.
Les paysages varient sans cesse.
Le désert, ce n'est jamais pareil.
Et même après tout ce temps, je ne m'en lasse pas.
Ça reste un voyage toujours nouveau.
C'est très calme, très reposant.
Et c'est magnifique.
Et c'est rare d'entendre dire ça dans une loco de train super bruyante.
Mais c'est la vérité.
C'est un trajet qui est toujours agréable.
Et puis l'équipe, c'est toujours la même.
On est très soudés.
Accroche-toi, attention.
Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi on s'arrête ?
C'est le sable. Il y a du sable qui nous bloque.
Du sable sur la voie ?
Oui, il y a du sable sur la voie.
On ne peut pas lancer le train et essayer de passer de force ?
Non, non. Ça, ce serait le meilleur moyen pour dérailler.
Et puis, il y a une équipe qui est là spécialement pour ça.
Ça dépend.
Là, ça va prendre une heure ou deux.
Mais parfois, c'est beaucoup plus compliqué.
Et on peut mettre jusqu'à deux ou trois jours.
Deux ou trois jours ?
Et donc, vous, votre boulot, c'est intervenir quand il y a du sable ?
Oui.
Et vous êtes dans le train en permanence rien que pour ça ?
Oui, c'est notre boulot.
Dans tous les trains qui traversent le désert,
il y a une équipe qui est là pour désensabler.
Il faut faire attention à quoi quand on enlève le sable ?
Il faut faire attention surtout aux scorpions,
et puis aux serpents, il peut y en avoir.
Et quel est l'endroit où c'est le plus compliqué d'intervenir ?
134.
Kilomètre 134, il est mauvais, celui-là.
Oui, il est toujours ensablé.
Des fois, ça peut prendre toute la nuit pour déblayer.
Vous déblayez pendant toute la nuit ?
Oui.
Et dans ce cas-là, vous dormez où ?
Derrière la loco, on a un wagon spécialement aménagé pour ça.
Mais alors comment vous faites pour votre vie de famille ?
Vous devez vous faire enguirlander à la maison quand vous rentrez à pas d'heure.
Non, non, ils savent.
Le train pour Oujda, ils savent que l'on peut mettre 3 heures ou 3 jours.
Ils ont l'habitude.
Tu vois, ici, on vit tous ensemble.
On est tous comme une famille.
Ça fait longtemps qu'on se connaît tous.
Que ce soit les mécanos, l'équipe du sable, l'aiguilleur et les autres.
On est tous copains.
On s'entend tous très bien.
On passe tellement de temps ensemble.
On est tous très soudés.
Je vous reconnais.
C'est le monsieur qui était à l'arrière du train.
Qui est-ce qui surveille la queue du train en ce moment ?
C'est Dieu.
C'est Dieu qui surveille le train.
Qu'est-ce qui, d'après vous, crée toute cette solidarité entre vous ?
Cette bonne ambiance ?
C'est le travail.
On passe plus de temps ici que dans nos familles.
Du coup, ça crée du lien.
Ça crée cette camaraderie qui nous unit.
On partage tellement de choses.
Que ce soit les repas ou ce voyage, cette aventure.
Non seulement il y a une super ambiance, mais les gâteaux sont à tomber par terre.
Qui fait les gâteaux ?
C'est qui le chef ?
C'est vous qui faites les gâteaux ?
Et c'est les meilleurs gâteaux du Maroc.
Ils sont extraordinaires.
J'ai adoré ces rencontres inattendues
avec ces anonymes qui roulent en ce moment quelque part
dans la nuit froide du désert.
Je laisse filer le train.
Le désert me retient.
Il y a plein de chameaux.
Il n'y a qu'une buse, c'est peut-être du dromadaire.
Ça peut être le berger.
Je ne sais pas si on dit berger pour chameau.
Ça n'attaque pas les chameaux ? Ce n'est pas dangereux ?
Non.
Non, rapproche, n'aie pas peur.
On se fait la bise ?
Sois le bienvenu.
Comment vas-tu, ça va bien ?
C'est vos chameaux ?
Oui, c'est tout mon troupeau, tous.
Ils sont tranquilles, ils mangent paisiblement.
Alors, est-ce que c'est des chameaux ou est-ce que c'est des dromadaires ?
Chameaux ou dromadaires, c'est la même espèce.
En arabe, il n'y a qu'un seul terme.
Qu'il y ait une bosse ou deux.
Moi, les miens, ils ont une seule bosse.
C'est super beau.
On peut approcher ? On peut aller loin ?
Tu veux voir un grand ou un petit ?
Je ne sais pas, le plus sympa.
Vous les attrapez par la queue ?
Oui, pour l'arrêter. Tu tires sur la queue et il comprend.
Ah bon ? La queue, c'est le frein à main du chameau ?
Oui, et pour qu'il ne s'éloigne pas, tu lui attaches une patte, il restera là.
Comme ça.
Tu vois ?
Il ne s'assoit pas si on ne lui attache pas la patte.
C'est surtout pour qu'elle reste là pendant la nuit.
Mais elle n'a pas des fourmis à la patte ?
Non, elle a l'habitude.
On fait toujours comme ça, ça ne lui fait pas mal.
Elle sait que quand elle est attachée, elle doit rester là.
Et le matin, détachée, elle peut à nouveau gambader.
C'est une super tête, j'adore.
Doucement.
C'est sur le genou, ça ne va pas être pratique.
Où est-ce que ça aime bien être papouillé ? Dessous le cou ? Sous les oreilles ?
Dans le cou, oui. Et près des oreilles. Elle adore ça.
Près de l'oreille, ça aime bien ?
Vous lui faites des bisous ?
Oui.
Les humains, elles ressentent tout.
Elles ressentent ce qu'on ressent ? Qu'est-ce que vous voulez dire ?
Oui, c'est très sensible le chameau. C'est très intelligent.
Si tu es tendre avec eux, ils le sentent.
Si tu viens pour les emmener boire, ils le devinent.
Si tu es en colère ou si tu viens pour les soigner, ils ressentent tes intentions.
Elles sont bonnes ou mauvaises.
Moi, j'essaie de lui faire un petit câlinou. Il va sentir que je suis bienveillant ou pas ?
Oui, comme ça. C'est un animal extrêmement doux.
Vas-y.
Non, elle n'a pas peur. Vas-y.
Pourquoi ? C'est rigolo.
C'est vrai qu'on a envie de leur faire des bisous.
Mais alors, vous avez combien de chameaux comme ça en tout ?
J'en ai une bonne cinquantaine. De temps en temps, on en vend un.
Ça nous permet de vivre un long moment.
Et on les traie aussi. On boit leur lait. C'est un super animal.
Mon père, j'ai ça avant moi. C'est lui qui m'a transmis le troupeau.
C'est vraiment une longue tradition.
Tu vois ? Ça, c'est un remède.
Oui, c'est un très bon soin pour nous.
Ça soigne toutes les égratignures. Essaye.
Vous êtes sûr ?
Ouais, ouais. Vas-y. Soigne tes mains.
Non, il n'y a aucun souci. C'est très bon. Mets les mains.
C'est chaud.
Alors ? Frotte tes mains.
C'est marrant. C'est légèrement huileux.
C'est bien. Ça fait du bien.
Tu sens ?
Ça nettoie, mais je ne pense pas que ça désodorise.
Non, effectivement. Mais c'est vraiment très efficace.
C'est un produit naturel. Ça désinfecte les petites plaies et gersures sur les mains.
C'est un cicatrisant et ça hydrate ta peau.
Regarde comme elles sont douces.
Et alors, pour s'essuyer ?
Sur elle, ici.
C'est pratique, un chameau. Ça sert un peu à tout.
Allez, on va la laisser aller manger.
Allez, ma belle.
File.
Viens, on va plus loin.
Ces animaux sont en fait un véritable trésor.
Un chameau peut être vendu entre 2000 et 5000 euros.
À d'autres chameuliers, à des caravaniers pour le transport de marchandises, pour la viande ou la reproduction.
Vous faites un peu le chameau, là.
Et ça veut dire quoi, ça ?
Ça veut dire qu'on les emmène boire.
Et tu vois, ils comprennent et se mettent en route.
Ouais, tu l'as presque.
Il faut leur répéter tout le temps, pour qu'ils restent à portée de voie.
Sinon, ils iraient trop loin.
On arrive où, là ?
C'est un abreuvoir.
Il y a quand même des puits dans le désert.
Et d'où elle vient, toute cette eau ?
L'eau vient de la montagne.
Et on a creusé un puits.
Comme ça, on a un point d'eau.
Et alors, est-ce que c'est vrai qu'ils stockent l'eau dans leur bosse pour pouvoir marcher pendant très longtemps dans le désert ?
Non.
C'est des bêtises, ça.
En fait, c'est de la graisse dans leur bosse.
Pourquoi tu voudrais qu'ils aient de l'eau dans leur bosse ?
Alors, à quoi elle sert, cette bosse, alors ?
Cette graisse, c'est leur réserve d'énergie stockée sur le dos.
Donc, un chameau qui prend un peu de poids, il prend de la bosse.
C'est pas mal, en fait.
Alors, ça va ? Pas trop fatigué par la chaleur ?
Non, ça va.
Bon, je t'ai vite habitué, alors.
Tu devrais venir t'installer ici.
Tu prends une tente, un troupeau, tu fonds une famille et tu deviens éleveur, comme moi.
Qu'est-ce qu'il a de mieux en France que je n'ai pas ici ?
Alors, ça te tente ?
En plus, on serait voisins, ce serait bien.
Attends, je vais te protéger, pour le soleil.
Ah, ça va faire du bien.
Je n'osais pas le demander, en fait.
Avec ça sur la tête, ça commence à venir.
Je ferai de toi un chamelier avant ce soir.
Bien ?
Tu es parfait.
Ici, on est dans un endroit isolé, loin de tout.
Et c'est très reposant.
Rien pour parasiter ton esprit.
Il n'y a aucun bruit.
Juste celui du vent.
C'est ce qui t'apporte la sérénité.
Ici, je suis en paix.
C'est vrai que vous vous sentez serein, ici ?
Serein, oui.
Je n'ai besoin de rien d'autre.
Tout ça me suffit.
Le ciel au-dessus de la tête, l'air pur, le désert.
On est heureux grâce à Dieu.
Tu n'as pas envie ?
C'est bien, non ?
Allez, on fait un échange.
Échanger ?
Là, c'est vrai que je trouve ça très calme.
C'est vrai, très apaisant.
Mais on ne s'ennuie pas un peu, quand même, dans le désert, au bout de ce temps ?
Non, tu ne t'ennuies jamais, ici.
Il y a toujours un truc à faire.
Occuper des bêtes, ça prend du temps.
Tu vas les chercher, tu les soignes, tu les traies.
Ce n'est jamais pareil, ça change tout le temps.
C'est comme au cinéma.
Oui, c'est un cinéma permanent.
Ils regardent autour de toi, ici, partout.
Bon alors, tu restes ?
Bien sûr que présenter comme ça, ça donne envie.
Bien.
C'est bien que tu sois là.
J'espère que tu reviendras.
Je ne pensais pas que le Maroc m'emmènerait aussi loin.
Ce pays est tout proche.
L'histoire, la langue, le tout à trois heures d'avion.
Je pensais ne pas être vraiment étonné.
Eh bien, c'est le contraire.
Ce qui est surprenant, ici, c'est ce mélange inhabituel.
L'imbrication troublante entre le familier et le lointain.
Le connu et l'exotique.
L'attachement à la tradition, très fort, et la modernité, qui se glisse partout.
Le Maroc vous emporte sans cesse d'un monde à l'autre.
C'est une terre de sensations, forte.