Catherine Renard, coordinatrice de la formation "Derniers secours" à la SFAP

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2 nov. 2024
Les Français sont nombreux à être formé aux gestes de premiers secours. Ce qui n’est pas le cas pour les gestes de "derniers secours"... Une campagne nationale de formation portée par la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP) a été lancée en 2023 pour nous réapprendre à accompagner un proche vers la mort.
Nous sommes nombreux à avoir suivi une formation au geste de premier secours, prendre le pouls,
mettre en PLS, appeler le 15, aider un proche à éviter la mort, se laver à t'soi, ce
qui n'est pas forcément le cas dans l'autre sens, accompagner un proche vers la mort.
Pourtant, une formation au geste des derniers secours existe.
Une campagne nationale portée par la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs
a été lancée cette année.
Notre invitée ce matin pilote le projet Alasfab, Catherine Renard, bonjour.
Bonjour à vous, bonjour à tous.
Merci d'être avec nous ce samedi matin sur KTHO Radio.
Alors, vous pilotez le projet, les gestes du dernier secours, en quoi ça consiste ?
Ça consiste en des choses tout à fait de bon sens et de contact et de connaissance.
Je pense qu'on a tous ça au fond de nous-mêmes, c'est prendre soin, le prendre soin, être
attentif, être attentionné aux personnes qui sont en fin de vie.
C'est quelque chose qu'on a depuis pas mal d'années délégué à l'hôpital, à la médecine.
Et il est temps que les citoyens, nous tous, se réapproprions ces attentions pour soutenir,
pour accompagner nos proches, nos voisins, nos collègues, nos amis, à ce temps de la
fin de vie que nous allons tous côtoyer un jour ou l'autre.
Il n'y a pas une personne à qui vous pouvez en parler sans que tout de suite on nous raconte
une histoire familiale de fin de vie ou amicale et avec plus ou moins de bons moments ou de
mauvais moments.
C'est souvent les mauvais moments qui nous restent en tête et qui nous font regretter
plein de choses.
Donc cette formation que l'ASFAP a lancée s'adresse absolument à tout le monde ?
Exactement.
Tous les citoyens, monsieur et madame tout le monde, parce que tout le monde est appelé
un jour ou l'autre à devoir accompagner un proche.
Quelle a été l'intuition de l'ASFAP en lançant cette grande campagne nationale ? Pourquoi
l'a-t-elle faite ?
En fait, au départ, c'est moi qui ai découvert cette formation en Suisse, avec une association
suisse de soins palliatifs et je me suis inscrite lors du premier confinement, c'était en
Zoom.
Et quand j'ai découvert cette formation, moi qui suis dans les soins palliatifs en
tant que bénévole depuis 24 ans, je me suis dit mais c'est une évidence, les gens sont
perdus, sont désespérés, quand on leur parle de soins palliatifs, ça leur fait tellement
peur et ils ne savent pas vraiment, parce qu'ils ne savent pas vraiment en quoi ça
consiste.
Donc je n'ai eu qu'une idée en tête, c'est de ramener cette formation gratuite pour les
citoyens, c'est le pendant des premiers secours mais pour la fin de vie.
Donc je n'ai eu qu'une idée, c'est la ramener en France et comme j'étais encore à l'époque
au bureau de l'ASFAP en tant que vice-présidente, l'ASFAP a été tout de suite partante au
niveau du bureau, ensuite au niveau du CA évidemment pour le valider et depuis deux
ans, l'ASFAP déploie ces formations derniers secours qui rencontrent de plus en plus de
succès et vraiment les retours sont tellement remerciants, tellement soulageants, les gens
se disent je me sens apaisé après avoir suivi ces formations parce qu'ils ont tous en tête
une situation où ils pensent qu'ils n'ont pas fait bien les choses, où ils n'ont pas
eu de réponse à leurs questions et c'est vraiment, il était temps que la France s'y
mette puisqu'il y a déjà 23 pays au monde qui déploient cette formation.
Justement, on découvre là ce que veulent dire les derniers secours, on pourrait penser
que c'est une formation innovante mais en fait pas du tout, est-ce que la France en
est en retard sur ça ?
Un petit peu parce qu'on a la chance d'avoir un pays, même si elle est malmenée, le système
de santé, on voit qu'il y a quand même de plus en plus de problèmes mais malgré tout
on a une chance inouïe d'avoir un système de santé gratuit qui nous offre plein de
possibilités.
Donc on a beaucoup délégué à tout ce monde là mais dans la fin de vie, dans la mort,
la mort elle est citoyenne aussi, elle nous touche malgré ce que certains veulent dire,
ma mort, mon choix, ma décision, ça concerne aussi tous vos proches, vos amis, vos voisins,
votre mort elle ne va pas juste être vous, vous tout seul, non, il faut vous épauler,
il faut vous accompagner, il faut vous aider, il faut vous entraider, donc c'est très important
que les citoyens se remettent à accompagner dans leur quartier, dans leur village, dans
leur club de belote, de foot, et voilà, c'est une évidence, c'est une évidence qui revient
au devant de la scène pour nous faire réaliser que tout un chacun peut faire beaucoup de
choses.
Vous savez que dans des situations de fin de vie, de maladie, 5% sont portés par le
monde médical, ce qui est hyper important évidemment, mais 95% sont portés par les
proches.
Donc il est temps que les proches se sentent un peu aussi soulagés, rassurés, qu'on leur
montre qu'ils ont plein de capacités pour accompagner les personnes en fin de vie.
Justement Catherine Renard, quel geste apparaît essentiel, mais que les proches ne pratiquent
pas ou ont du mal à faire ?
Déjà la grande question c'est oser se parler, se parler, se parler, comme dit un grand professeur
suisse de soins palliatifs, oser aborder le sujet de la fin de vie avec son proche, est-ce
qu'elle veut être enterrée, est-ce qu'elle veut passer par le crématorium ?
C'est des choses quand même assez essentielles, mais il y a plein de petits gestes, des petits
touches et massages, écouter de la musique ensemble, faire éventuellement une petite
sortie dans le jardin, même sur un fauteuil, un petit peu de mobilisation tant que c'est
encore possible.
Et tout ça évidemment avec l'accord de la personne qu'on accompagne, on n'impose
pas ces choses-là, mais on peut proposer plein de choses, on apprend aussi aux participants
les fameux soins de bouche, on parle du sujet de l'alimentation, de l'hydratation qui
sont un grand grand sujet pour les familles, on ne lui donne plus à boire ni à manger,
ce qui veut dire que oui la personne va vers sa mort, c'est une évidence, mais on refuse
d'en être témoin, et donc c'est très très dur pour les familles, donc on leur
explique que la personne ne peut plus manger, qu'elle ne peut plus boire, mais par contre
qu'elle garde toujours cette impression de bouche pâteuse, sèche, et qu'avec un
petit bâtonnet, une petite éponge au bout, qu'on peut tremper évidemment à l'hôpital,
c'est dans du bicarbonate de sodium, mais vous à la maison ça peut être, je dis toujours
dans les sessions que j'anime, si papy il adorait son pastis 51 à l'apéro tous les
vendredis, vous pouvez délicatement tremper votre petit bâtonnet dans du pastis avec
de l'eau, vous tapotez pour qu'il n'y ait pas trop d'eau, évidemment, éviter absolument
les fausses routes, mais un petit soin de bouche au pastis 51, au thé, au café, au
jus d'orange, privilégier les petites choses, plaisir, et après ça vous fait des souvenirs
merveilleux pour la suite, parce qu'une fin de vie mal accompagnée, ça vous met des
regrets dans le cœur, dans la tête, pour la suite, et c'est très très dur.
Ça fait quelques années que la formation a été lancée, quels premiers enseignements
vous pouvez relever de toutes ces formations et des retours que vous avez ?
L'enseignement c'est parlons-en, parlons-en, échangeons, là j'ai fait une session il
y a quelques semaines dans un Ehpad, et on était 18 participants, enfin il y avait 18
participants, dont beaucoup de familles qui ont un proche dans cet Ehpad, et j'ai parlé
avec la psy par la suite, les gens sont tellement remerciants, premièrement ça a mis du lien
entre eux, ça a mis du lien entre les familles, ça a mis du lien entre eux et la psy de l'Ehpad,
elle a entendu aussi tous les remerciements parce que les Ehpads sont tellement malmenées
depuis quelque temps avec tout ce qui s'est passé, et on ne le nie pas qu'il y a des
choses aberrantes dans tout le système, mais il y a aussi des belles choses, et là les
familles même entre elles se recôtoient parce qu'elles ont vécu ça ensemble, et
ça a changé, c'est pas une baguette magique mais ça amène quand même du bon, et c'est
hyper important.
Catherine Renard, jusqu'au milieu du XXème siècle, les veillés funés faisaient partie
des moments de la vie collective, les proches, les gens d'un village se retrouvaient chez
la personne décédée, aujourd'hui cette pratique elle a disparu et notre rapport à
la mort aussi ?
Complètement.
Moi j'ai un bon souvenir, j'ai perdu mon papa d'un accident quand il avait 46 ans,
et quel beau souvenir j'ai dans la tête d'avoir ramené son corps, il était à l'hôpital
suite à l'accident, d'avoir pu ramener son corps à la maison et pendant trois jours
on a fait des litres de café, de thé, de jus, et les voisins, les amis, la famille
a pu venir, j'avais 17 ans à l'époque, mais c'est vrai que ça a diminué, mais malgré
tout dans les sessions derniers secours, on dit bien, et c'est légal, aux familles
que même si votre proche décède à l'hôpital, vous pouvez demander à ce que le corps soit
ramené chez lui ou chez vous, voilà, c'est tout à fait légal, et ça les gens l'apprennent,
pensent que si la personne meurt à l'hôpital on doit automatiquement aller à la chambre
funéraire de l'hôpital ou chez les ponts de funèbres, donc il y a des choses comme
ça que les gens découvrent et se réapproprient.
Un dernier point, Catherine Renard, sans doute que certains auditeurs et auditrices qui nous
écoutent découvrent l'existence de cette formation, comment faire pour s'inscrire ?
Alors c'est très simple, vous allez sur internet, notre ami internet, vous tapez www.dernier-du-six-secours.fr
vous tombez sur le site de Dernier Secours France et vous avez tout le calendrier, vous
inscrivez, je m'inscris, ça ne vous oblige pas à vous inscrire, mais avec je m'inscris
vous voyez tout le calendrier des 20-25 formations à venir d'ici fin janvier 2025 pour l'instant,
et vous choisissez la ville la plus proche de chez vous, vous pouvez vous inscrire, j'en
profite pour dire que je vais en annuler une prochainement à Agen le 15 novembre,
et il y en a beaucoup à Paris mais beaucoup aussi dans d'autres endroits, il y a encore
des zones blanches comme on dit maintenant avec les téléphones, donc on essaie de trouver
des formateurs un petit peu partout, et je spécifie que tous les formateurs interviennent
bénévolement, qu'ils soient médecins, infirmières, bénévoles, psychologues, c'est sur du temps
bénévole et c'est bien de le souligner parce qu'actuellement, voilà, c'est tellement
difficile de dégager du temps et de faire ça bénévolement, donc j'en profite par
votre antenne pour les remercier, les féliciter, tous ces formateurs dernier secours qui donnent
de leur temps pour ce beau projet.
Et merci à vous Catherine Renard d'avoir accepté l'invitation de Kateo ce matin,
je rappelle que vous êtes la coordinatrice de la formation dernier secours portée par
la Société Française d'Accompagnement et de Soins Palliatifs, l'ASFAP.
Bon week-end de La Toussaint à vous.
Merci, bon week-end à tous.
