Sylvie Bretones, déléguée générale de la Fondation Notre-Dame

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Samedi 7 et dimanche 8 décembre, la réouverture de Notre-Dame de Paris a été suivie par d’innombrables personnes. Une réouverture rendue possible grâce à la générosité de beaucoup de donateurs et mécènes. Retour sur le financement de cette restauration avec la déléguée générale de la Fondation Notre-Dame, l’un des quatre organismes habilités à collecter des dons pour reconstruire la cathédrale.
La réouverture de Notre-Dame de Paris, qui a eu lieu samedi dernier, a été suivie par d'innombrables personnes en France, mais aussi à l'étranger.
Une réouverture rendue possible aussi rapidement grâce à la générosité de beaucoup de donateurs et de mécènes.
Retour ce matin sur le financement de la restauration de Notre-Dame et ce que ça dit de l'attachement à cet édifice religieux avec Sylvie Breton.
Bonjour Sylvie.
Bonjour Maxence.
Merci d'être avec nous ce matin sur KTO Radio.
Vous êtes déléguée générale de la Fondation Notre-Dame Fondation, qui est l'un des quatre organismes qui étaient habilités à récolter les fonds pour la restauration de Notre-Dame.
Alors on peut débuter d'ailleurs en remerciant ceux qui ont contribué à cette réouverture.
Tout à fait et que ce soit samedi ou dimanche à l'occasion des célébrations de réouverture.
Nous avons eu des pensées immenses pour les 340 000 donateurs qui ont permis cette restauration en un temps record.
Cinq ans pour ces 850 millions de travaux, c'est absolument incroyable.
Et donc nous avons réussi ce pari avec une pensée bien sûr plus particulière pour les 62 000 donateurs de la Fondation Notre-Dame.
Et vous voyez, c'est vraiment un mouvement qui a emmené, entraîné tous les Français.
340 000 donateurs, ça veut dire en fait un Français sur 200, un foyer sur 100.
Et puis, par exemple, nous avons eu des dons de la Fondation Carrefour qui nous a transmis plusieurs dizaines de milliers d'euros pour des arrondies de caisses.
Donc ça a touché beaucoup plus de gens que ce que l'on croit.
Puisque là, ça touche encore des dizaines de milliers de personnes qui ne sont comptées qu'une fois chez nous.
Vous voyez, il y a eu vraiment cet enthousiasme, ce soutien. Notre-Dame représente vraiment, on l'a vu, plus que...
Comment dire ? C'est vraiment un lieu extraordinaire pour tous les Français et le monde entier.
On l'a bien vu à l'occasion de la mobilisation au moment de l'incendie.
Et qui sont ceux qui ont soutenu Notre-Dame ? Si je vous écoute, j'ai l'impression que c'est tout le monde, tous les profils.
Tous les profils. Notre-Dame est effectivement un lieu qui transforme tous les lieux, qui transforme toutes les différences.
Que ces différences soient des différences culturelles, culturelles, sociologiques, géographiques.
Nous avons reçu des dons de plus de 104 pays du monde entier.
Nous avons également reçu des dons de différentes communautés religieuses, des communautés chrétiennes, bien sûr, du monde entier.
Des catholiques, des protestants, des orthodoxes, mais aussi des communautés juives, des communautés musulmanes, des bouddhistes, des gens athées
qui nous ont aussi écrit qu'ils ne croyaient pas, mais que Notre-Dame, c'était une part d'eux-mêmes.
Parfois, ils ne savaient pas expliquer pourquoi, mais ce monument sacré représentait quelque chose pour eux.
Et avec ces dons, je crois, beaucoup de lettres et beaucoup de messages également.
Tout à fait. Des milliers de messages que l'équipe de la Fondation Notre-Dame a eu à traiter en un temps record.
Et tout le monde s'est arrêté au moment de l'incendie à la Fondation.
Tout le monde a arrêté son activité quotidienne pour traiter ces milliers de courriers, de chèques, de virements bancaires.
Que ce soit toute l'équipe salariée de la Fondation, nous étions à l'époque une quinzaine de salariés ou de bénévoles
qui nous accompagnent au quotidien pour pouvoir répondre et faire face à cet afflux.
Et puis, nous avons eu également des courriers très réguliers à chaque anniversaire de l'incendie
et également pour la réouverture des personnes qui se réjouissaient vraiment de voir le travail accompli.
Quelle a été la particularité de cette levée de fonds pour Notre-Dame ?
C'est une levée de fonds qui est venue de façon tout à fait spontanée et complètement inattendue.
De la même façon que nous nous souvenons tous des chaînes de prières qui ont eu lieu le soir du 15 avril.
C'était complètement inattendu. Nous, au niveau de la Fondation, nous avions déjà commencé à collecter pour Notre-Dame.
Et c'est d'ailleurs comme ça que les statues des apôtres ont pu être sauvées.
Elles avaient été liportées quelques jours avant l'incendie pour partir en restauration
grâce à une collecte que nous avions initiée avec Friends of et en partenariat avec l'État.
Et donc, nous avons dû complètement revoir, je dirais, la façon dont nous gérions ce fonds
puisque c'est devenu un des principaux fonds de la Fondation Notre-Dame sur ces dernières années.
Nous avons eu 358 millions qui ont transité par ce fonds.
Donc, ça nous a aussi amené à tout simplement revoir, ne serait-ce que la base de gestion des dons
pour qu'elles puissent permettre de gérer ces volumes.
Et puis, derrière, nous avons aussi mis en place une collecte pour les aménagements intérieurs
car ils n'étaient pas financés par la souscription nationale.
Ils sont à la charge de l'affectateur, c'est-à-dire le diocèse de Paris.
Et donc, nous avons aussi, à partir de 2021, lancé une nouvelle collecte pour le mobilier liturgique,
les assises, la lumière, le son, tout ce qui permet à la cathédrale d'être opérationnelle aujourd'hui.
Et c'était d'ailleurs une gageure, après cet élan immense de générosité,
d'expliquer aux donateurs qu'il y avait encore des besoins au niveau de la cathédrale.
C'est aujourd'hui également un pari réussi pour ces aménagements intérieurs.
On va rentrer d'ailleurs un peu dans le détail de cette récolte.
Vous parliez des aménagements intérieurs et liturgiques.
Combien il a fallu d'euros pour justement remettre en état l'intérieur de la cathédrale,
pour qu'on puisse continuer à officier ?
Alors nous, ce que je peux vous dire, c'est que la Fondation Notre-Dame a collecté pour 7 millions d'euros
pour contribuer au financement de ces aménagements intérieurs,
uniquement sur la partie culturelle et patrimoniale.
Nous n'avons pas financé, par exemple, la part amantique, c'est-à-dire les vêtements liturgiques,
qui relèvent vraiment du cultuel.
Et sur l'ensemble des dons récoltés, vous pouvez nous rappeler combien d'argent a été récolté ?
Nous avons collecté 358 millions d'euros.
Sur les 850 au total.
Tout à fait. Ce qui fait de nous le premier financeur de cette restauration.
Nous avons eu la chance d'avoir de grands mécènes auprès de nous,
que ce soit la famille Pinot, la famille Arnaud, la famille Decaux, la famille Bouygues,
donc AXA également qui fait partie de nos grands mécènes.
Et puis ces 62 000 donateurs, personnes physiques, entreprises ou collectivités locales.
Et je peux vous dire que chaque don comptait vraiment.
Dans les lettres dont nous parlions tout à l'heure, des personnes nous disaient
« j'apporte ma modeste contribution », d'ailleurs souvent revenait le mot « j'apporte ma pierre à l'édifice ».
Et nous avons pu d'ailleurs instaurer une relation très fructueuse
dans la durée avec l'ensemble de nos donateurs, que ce soit les mécènes,
mais aussi chaque donateur, personne physique, en mettant en place une lettre d'actualité semestrielle
qui est devenue mensuelle tout récemment à l'occasion de la réouverture.
Nous avons aussi des fondations privées, puisque la Fondation Notre-Dame est une fondation abritante
qui abrite une quarantaine de fondations privées,
qui ont permis cette restauration en finançant soit pour la restauration, soit pour les aménagements intérieurs.
Donc vous voyez, c'est vraiment l'effort et l'élan de différentes typologies de donateurs
qui ont permis le financement de cette restauration en un temps record.
Et à travers tous ces dons, Sylvie Breton, qu'est-ce que cela dit du lien de l'attachement avec Notre-Dame de Paris ?
Nous avons fait un sondage en juin dernier auprès de l'ensemble de nos donateurs,
justement pour leur poser cette question et mieux comprendre le ressort de leurs dons.
Les réponses étaient vraiment très riches d'enseignements,
certains et d'ailleurs beaucoup même, je devrais dire, puisque les deux tiers,
ils voyaient bien sûr le lieu de culte de Notre-Dame.
Et aujourd'hui d'ailleurs, quand on dit Notre-Dame, tout le monde pense à Notre-Dame de Paris.
D'autres, ils voyaient bien sûr une grande page de l'histoire de France
et aussi ce monument emblème de l'art gothique.
Et nos donateurs nous disaient qu'ils souhaitaient tout autant participer à une messe ou à un concert ou à une visite.
C'était extrêmement balancé à chaque fois. Ils avaient le droit à plusieurs réponses.
Mais ils avaient tous en tout cas très envie de venir visiter Notre-Dame dès que possible.
Et d'ailleurs, parmi les quelques dizaines de places que nous avions pour ces cérémonies de réouverture,
nous avons souhaité pouvoir faire participer des donateurs anonymes.
Et 20% des places que nous avions, nous avons décidé de les allouer à ces donateurs inconnus
en faisant un tirage au sort parmi nos donateurs qui avaient fait des dons modestes après l'incendie.
Et de la même façon, mercredi prochain, il y aura également une messe en honneur des donateurs.
Et nous avons gardé également ce ratio de 20% de donateurs qui ont été tirés au sort avec huissier, je précise,
pour justement pouvoir participer à ces réjouissances de réouverture où nous avons vraiment senti beaucoup d'émotion.
Nous avons senti le bâtiment revivre en fait.
Et revivre à travers hier tout spécifiquement la célébration de Mgr Ulrich et la consécration de l'hôtel.
Et je crois que cela va être le cas pendant toute la durée de l'Octave qui suit cette semaine.
Et si on parle de la réouverture aujourd'hui, le chantier je crois n'est pas terminé.
On voit encore d'ailleurs des échafaudages sur Notre-Dame.
Tout à fait. En fait, l'élan de générosité a permis de collecter plus que besoin
pour pouvoir réaliser les deux premières phases qui ont été celles de la conservation du bâtiment
et puis celles de la restauration qui s'est achevée la semaine dernière.
Et il reste aujourd'hui 140 millions d'euros pour réaliser la phase 3
qui consolidera le chevet et ses arcs boutants qui étaient déjà bien abîmés avant l'incendie.
Et ceci se fera uniquement avec les dons des très grands mécènes,
l'intégralité des dons des personnes particuliers, collectivités locales et entreprises
ayant été apportées pour les deux premières phases.
Est-ce qu'il y a encore des besoins particuliers ?
Oui, nous avons continué à collecter au niveau de la Fondation Notre-Dame,
par exemple pour financer les extérieurs du présbytère et de la sacristie
qui ne sont pas financés aujourd'hui.
Donc, vous voyez, il y a encore des besoins pour le bâtiment,
mais aussi pour les aménagements intérieurs.
Et l'équipe de la cathédrale et le recteur en particulier vont nous transmettre de nouveaux projets
pour 2025, donc la collecte continue, que ce soit pour Notre-Dame,
mais aussi finalement pour l'ensemble des autres causes que la Fondation Notre-Dame soutient,
des causes dans le domaine du patrimoine, du patrimoine religieux,
mais aussi de la culture et de la précarité, du handicap et de l'éducation.
Et je donne le site de la Fondation Notre-Dame, don.fondationnotredame.fr,
si les auditeurs veulent faire un don.
Merci Sylvie Breton d'avoir accepté notre invitation sur KTO Radio ce matin,
après un week-end chargé.
Je rappelle que vous êtes déléguée générale de la Fondation Notre-Dame
et l'octave de la réouverture de Notre-Dame de Paris ne fait que commencer
à suivre dès 10h30 ce matin la messe de l'Immaculée Conception
en ce lundi 9 décembre à suivre en direct de la cathédrale.
Merci encore une fois Sylvie Breton, bonne journée.
Avec joie, merci Maxence.
