Un remerciement tout particulier au Secours Catholique, le CIMI et toutes les personnes rencontrées sur place pour leur bienveillance, leur accueil et leurs échanges.
A bientôt pour de nouveaux reportages. ❤️
Il y a parfois des approximations à propos de ce qui se passe en ce moment en Amazonie.
La forêt amazonienne disparaît peu à peu.
Il se pourrait que les ONG déclenchent les incendies.
C'est un incident.
Éclatant.
Apocalyptique.
Incendie en Amazonie.
Ici au Brésil.
Une catastrophe.
Amazon.
En Amazonie.
C'est une crise humaine qui se développe.
Ces images, vous les avez vues et revues.
Sous les yeux du monde entier, l'Amazonie est ravagée par les flammes.
Cette forêt qui engroupe 10% de la biodiversité mondiale et plus de 34 millions d'habitants
appelle au secours.
On est alors en plein été, en pleine saison sèche au Brésil et plus de 31 000 incendies
sont enregistrés sur le mois d'août 2019.
Un désastre écologique et humain.
En parallèle, la déforestation s'est étendue et l'agrobusiness fait sa loi.
Cette année, plus de 9 000 km² de forêt ont été rasés au Brésil.
Pour vous donner une idée, c'est à peu près 87 fois la taille de Paris.
Mais alors, face à un tel constat, comment réagir ?
Et surtout, que faire à des milliers de kilomètres de là ?
En novembre au Brésil, la saison sèche laisse sa place à la saison des pluies.
C'est à ce moment-là que l'Amazonie peut reprendre son souffle.
C'est aussi l'heure de tirer le bilan et pour nous, l'occasion parfaite pour se rendre sur place
et rencontrer les populations touchées par ce désastre.
Fin 2019, avec Benjamin, on part pour le Brésil.
Après 12 heures de voyage, on arrive ici à Imperatriz, une ville de 250 000 habitants,
juste à côté de l'état de Tocantins.
C'est dans cette région qu'on va passer plusieurs jours.
Quand on pense à la forêt amazonienne, on pense à ça, une forêt hyper dense et feuillue.
Mais l'Amazonie, c'est aussi ces territoires, comme celui où l'on se trouve,
en bordure de forêt avec moins de végétation.
C'est ici que la déforestation fait les ravages.
À Imperatriz, on est accueillis par Gustavo et Philo.
Ils vont nous suivre pendant tout le voyage.
Enfin non, c'est plutôt nous qui allons les suivre.
Philo, c'est notre guide, mais c'est aussi notre chauffeur de l'extrême.
Il connaît l'Amazonie comme sa poche,
parce que bon, faut quand même un sacré sens de l'orientation
pour se repérer en plein milieu de la forêt.
Philo fait partie du CIMI, une des organisations qui aident et représentent les peuples de l'Amazonie.
Il connaît donc très bien les personnes qui vivent ici,
et ça va énormément nous aider sur place.
Gustavo, c'est le traducteur.
En plus de nous aider à communiquer,
il nous aide à comprendre la situation sur place.
Avec lui, on parle de l'impact des multinationales sur l'environnement,
de ce qui a changé depuis l'arrivée de Bolsonaro,
de la lutte des peuples indigènes contre la déforestation.
Ah oui, et parfois aussi de foot, mais ça on l'a coupé au montage.
La déforestation, c'est pour parler de ça qu'on est là.
Sur une petite feuille, on nous redonne notre programme de la semaine.
On l'a longuement préparé avant notre départ,
avec le CIMI, mais aussi avec l'aide du secours catholique depuis Paris,
qui nous a mis en relation avec l'organisation.
On va donc rencontrer 3 peuples, 3 villages,
qui vivent au quotidien les conséquences de la déforestation.
Le premier, c'est les Apinagés.
Très touchés par les incendies criminels,
ils luttent aussi contre les grandes multinationales qui rasent la forêt.
On va les suivre lors d'une manifestation dans la ville d'Imperatrice.
Le second peuple qu'on doit rencontrer, c'est les Krao-Kanela.
Récemment, leur village a failli être détruit par les flammes.
Ils ont réussi à sauver leur maison de justesse,
mais leur culture y sont passées.
Ils vont nous emmener sur les lieux,
là où les incendies ont tout ravagé.
Enfin, le dernier peuple que l'on va rencontrer,
ce sont les Povo-Krao.
Contrairement aux deux autres,
eux n'ont même pas de terre pour eux.
Leurs logements sont encore plus précaires,
et à cause des géants de l'agroalimentaire,
ils doivent survivre entre la sécheresse des fleuves
et les inondations pleines de pesticides.
Au total, je vais donc passer 6 jours en Amazonie,
6 jours aux côtés de ces femmes et de ces hommes,
6 jours d'immersion totale pour comprendre et vous expliquer
ce qui se passe réellement dans cette immense étendue verte
qui menace de s'étouffer.
J'ai vu plein de jeunes qui voulaient comprendre
ce qui se passe ici,
et essayer de voir comment ils pouvaient aider
en France.
C'est pour ça qu'on est ici,
pour montrer ce qui se passe,
voir comment on peut peut-être aider,
et donc essayer de partager tout ça
pour comprendre ce qui se passe.
Si je commence par prendre la parole là, maintenant,
c'est pour leur expliquer notre démarche,
parce que c'est pas si simple de gagner leur confiance.
Dans moins de 24 heures, le village participera
à une énorme manifestation contre la déforestation.
C'est pour ça qu'on est là,
et ils vont me montrer ce qui ne va pas ici.
Autour du village, ces paysages sont de plus en plus fréquents.
Ici, on nous explique que ce sont des entreprises
qui mettent le feu illégalement pour détruire la forêt.
On appelle ça les quémadas.
Tout ça pour ça.
Où placer des animaux, comme des vaches, qu'on voit ici.
En fait, tout ce lieu-là
ressemblait à la forêt qu'on voit à gauche.
Et c'était complètement retiré,
soit par la déforestation, soit brûlé.
Dans tous les cas, ça a été retiré
pour permettre d'avoir cet élevage qu'on voit aujourd'hui.
C'est intéressant de voir que c'est un processus
qui continue chaque jour,
et c'est quelque chose qui est en constante évolution
et qui continue à se faire encore aujourd'hui.
D'après Greenpeace, 65% des terres déboisées en Amazonie
sont occupées par des pâturages.
En une décennie, les exportations de viande du Brésil vers l'étranger
se sont multipliées par 10,
et le pays est devenu l'un des leaders mondiaux dans le bœuf.
La forêt est donc brûlée et rasée
pour cultiver la terre pendant quelques années,
jusqu'à ce que les sols ne soient plus fertiles.
Après ça, le territoire est ensuite laissé pour les animaux,
et la forêt, de son côté, mettra des décennies à s'en remettre.
L'autre problème, c'est ça,
des rangées infinies, interminables d'eucalyptus,
un arbre planté par les grandes entreprises
pour produire du papier ou du bois.
Les forêts vierges sont rasées pour être remplacées par des forêts d'eucalyptus,
mais dans ces forêts, les animaux y meurent,
les plantes n'y vivent pas,
juste des eucalyptus.
On appelle ça la monoculture,
c'est quand une seule espèce de plante est cultivée au même endroit,
ça demande beaucoup d'espace,
et au Brésil, cet espace grandit et ronge l'Amazonie.
C'est contre ça que se battent les Apinagés,
la première chose qu'ils ont voulu nous montrer,
c'est leur plantation.
Leur but, c'est de faire l'inverse de la monoculture,
cultiver toutes sortes de plantes au même endroit,
on appelle ça la polyculture.
C'est une façon respectueuse de cultiver,
en opposition aux multinationales de la région,
qui détruisent la forêt et sa biodiversité.
D'ailleurs, les grandes entreprises ne s'arrêtent pas à la forêt,
mais convoitent aussi la ressource la plus précieuse des Apinagés,
cette eucalyptus.
La pression est telle que les Apinagés cachent cette source entre les arbres
de façon à ce qu'elle ne soit pas repérée.
On ne fait pas de foot finalement, mais on danse.
On est à moins de 12 heures de l'hiver,
on quitte alors le village avec ses habitants
pour en rejoindre un autre, plus proche du lieu
où aura lieu la manifestation demain.
D'autres peuples de la région sont là,
ça fait beaucoup de monde.
Pancard, drapeau, slogan,
tout le monde participe pour prévoir la journée de demain,
et le CIMI qui nous accompagne,
fait partie des organisateurs,
alors on nous explique comment ça va se passer.
La police n'est pas au courant,
il y a seulement quelques médias qui sont au courant,
et ça se passait demain matin.
Ici, vous le voyez, ça respire la bonne ambiance.
On discute pas mal avec les personnes présentes,
on parle des coutumes de chacun, de leurs problématiques,
et surtout leurs revendications,
en finir avec l'agrobusiness et la déforestation.
La manifestation qu'on va suivre aujourd'hui
est surprise et non déclarée,
personne n'est au courant.
La première étape consiste à cibler la plus grosse
entreprise d'agrobusiness de la région,
Susano.
Vous vous souvenez les Eucalyptus ?
Eh bien c'est cette entreprise qui rase la forêt
pour les planter.
Chaque année, ils produisent plus de 1,2 million de tonnes
de papiers et 10,8 million de tonnes de pâtes à papier.
Pour les peuples indigènes, ça ne fait aucun doute,
cette société est responsable de la déforestation ici.
Il y a beaucoup de biodiversité,
beaucoup de nourriture pour les gens qui vivent là-bas,
mais aussi de l'espace pour les animaux,
les plantes qui vivent là-bas,
et c'est une chose complètement différente
d'une monoculture où il n'y a qu'une seule plante.
Et pour soutenir cette plante,
il faut travailler avec les impôts,
il faut mettre des chemins là-dedans,
il faut irriguer,
et aussi l'Eucalyptus va très profondément dans la terre
et prend beaucoup d'eau,
donc les gens qui vivent autour de ces plantations
ont des difficultés,
parce que leurs ressources d'eau s'éteignent,
il ne pleut pas autant.
Donc maintenant, on va directement à la deuxième étape ?
La deuxième étape, oui.
À l'église ?
À l'église, ok.
La seconde étape, c'est ici à Imperatrice.
Le but, montrer à la population et aux médias
qu'ils sont dans le besoin et qu'il est l'heure d'agir.
La plupart des populations indigènes qui sont ici
n'ont jamais manifesté.
La troisième et dernière étape de la manifestation
va se dérouler ici, sur ce pont.
On attend que tout le monde arrive pour s'approcher.
Là, on est en train de monter au centre du pont,
c'est la dernière action, la dernière manifestation
qui est organisée.
Une fois au centre, ils vont dérouler une banderole
qui va alerter sur la situation et toujours,
pour dénoncer l'agrobusiness
et promouvoir au contraire l'agroécologie.
Il y a un poste de police de l'autre côté du pont,
donc on va essayer de la jouer un peu discrète pour l'instant.
Et il y a un photographe juste là.
C'est ici, sur ce pont, que se termine la manifestation.
Bon, point positif, aucun policier n'est finalement venu.
Par contre, ce qui est toujours présent,
c'est l'indifférence de l'entreprise Sousanneau
au centre des critiques aujourd'hui.
Et ce qu'il faut savoir, c'est que si Sousanneau
et les autres militaires,
Jair Bolsonaro.
Arrivé à la tête du Brésil en 2019,
le président est climato-sceptique, nationaliste
et surtout très hostile envers les peuples indigènes d'Amazonie.
Depuis son élection, Bolsonaro ne cesse de clamer
que les peuples indigènes brésiliens occupent trop d'espace.
Selon lui, ces peuples freinent le développement économique du pays
en occupant des zones fortes en ressources.
Alors Bolsonaro laisse carte blanche aux géants de l'agro-business
qui s'approprient et rongent peu à peu
les terres des populations indigènes.
Les conséquences de ce laxisme,
l'exploitation illégale de l'eau,
la déforestation et donc les incendies.
Sur la route pour le deuxième village,
on découvre une autre cause de la déforestation.
En plus des bovins et de l'eucalyptus,
il y a donc les cultures de soja.
Les conséquences, elles sont nombreuses,
mais ça, on va le découvrir plus tard.
On arrive tard, mais le chef du village
est là pour nous accueillir.
Certains membres du village sont encore debout,
ils attendaient pour nous saluer.
On se présente, on discute un peu
et on part tous se coucher.
On est ici dans le village des Kraukanela,
où vivent à peu près 130 personnes.
Ici, les animaux vivent en liberté,
en harmonie avec les habitants.
Chaque famille possède sa maison.
Nous, c'est ici qu'on dort.
Une famille nous a invités à dormir chez elle.
La journée, les enfants abandonnent leurs jouets
pour rejoindre les salles qui font office d'école
et les adultes, eux, partent travailler
dans les champs un peu plus loin.
Lui, c'est le chef du village
qui nous a accueillis hier.
Il s'appelle Wagner et il a 34 ans.
La première chose qu'il nous dit,
c'est que son peuple est menacé par la déforestation
et toutes les entreprises qui l'entourent.
Pour se protéger et protéger son territoire,
il essaie de faire perdurer la culture indigène
dans les traditions.
Nous avons lutté 15 jours
contre le feu,
avec l'Ibama,
avec l'aide du CIMI,
du COIAB, du Prefog,
la préfecture,
mais nous n'avons pas réussi.
Grâce à Dieu, on n'a pas brûlé les maisons,
mais on a presque brûlé ici.
C'est très proche de la ville.
En 2019, l'Institut National
de Recherche Spatiale a répertorié
89 000 incendies
dans la forêt amazonienne.
C'est 20 000 de plus par rapport à 2018
et on n'a pas encore tous les chiffres,
mais les incendies de 2020 risquent de battre à nouveau
tous les records.
Cette forêt avant, juste ici,
c'était vraiment une forêt très dense avant,
une forêt vierge qui n'avait jamais été endommagée
et puis l'incendie a tout détruit.
Aujourd'hui, ça ressemble à ça.
Parfois, on voit les arbres
et on pense qu'ils sont vivants,
mais ce n'est pas le cas.
Ils sont sans rien à l'intérieur.
L'année prochaine, quand l'arbre reviendra,
ça va brûler plus vite que l'année précédente.
Comme ça a affecté la raison de la forêt,
l'incendie va entrer sur le sol aussi.
Regarde, il est en train de monter.
C'est un problème.
Il est mort.
Quand il pleut, il va tomber.
C'est ça. C'est la destruction
que l'incendie a fait pour nous ici
et pour beaucoup de gens,
ça n'a pas de valeur.
Pour nous, c'est valable,
parce qu'ici,
c'est un endroit comme Dieu l'a fait.
La forêt, on veut la conserver
parce que les animaux...
Pour nous-mêmes,
dans le futur,
on va pouvoir construire une maison.
On a beaucoup de enfants.
Ces enfants vont grandir.
On lutte pour voir
si on peut
les conserver.
Mais on ne peut pas le faire seul.
Là, on va voir les plantations
du monsieur qui nous accueille cette nuit.
Il a ses propres plantations.
On voit des terres qui ont été brûlées.
On est à à peine une centaine de mètres
du village.
Toutes ces terres ont été brûlées il y a quelques semaines.
Entre les branches mortes
et la terre mélangée à la cendre,
certaines plantes comme du manioc
recommencent à pousser.
Après chaque incendie, la nature
tente de reprendre ses droits,
mais il n'y a pas de quoi se réjouir.
Le sol reste mort et la saison est foutue.
Il y a quelques plantations qui ont survécu,
mais même celles-ci ne sont pas
comestibles et ne sont pas mangeables aujourd'hui.
En France, on a beaucoup entendu parler
des incendies en disant
que l'Amazonie brûle, etc.
Je trouve marquant de le voir de façon
très concrète. Là, c'est un cas parmi
des dizaines de milliers d'autres qui se retrouvent
impactés, qui perdent leur récolte,
qui perdent aussi l'écosystème
autour.
C'est triste de voir
ce champ
complètement détruit.
Lui, comme toutes les autres personnes qu'on rencontre ici,
cultive des plantes pour nourrir leur famille
toute l'année. Mais ces champs, ils sont si petits
face à l'immensité des cultures
des grandes entreprises à quelques kilomètres
de là.
Mais les incendies ne sont pas le seul
problème que rencontrent les Krauken
là.
beaucoup d'insectes,
Ici, avant, c'était une rivière.
Certaines entreprises ici
se sont accaparées l'eau
et ont pris l'eau pour leur propre business.
Ce qui fait qu'il n'y en a quasiment plus ici.
Et ce qui est un danger aussi,
même plus qu'un danger, c'est qu'ils détruisent
l'écosystème sur place parce que
les espèces de poissons se voient menacées,
voire disparaissent. Et voilà, aujourd'hui
ça ressemble à ça.
Depuis des années, les peuples indigènes
se battent pour faire reconnaître leur terre,
mais au Brésil, la tâche est compliquée.
Au total, les Kraukenela réclament au gouvernement brésilien
31.000 hectares de terre,
mais pour l'instant, seuls 7.000 hectares
de leur terre sont reconnus comme leur appartenance.
Après ces discussions, on rentre se poser
quelques instants. Philo sort un ordinateur
avec des images du village vu du ciel.
Wagner, le chef, est avec nous.
Pour la première fois, on va prendre
de la hauteur sur ces incendies.
Actuellement, c'est juste ici.
Ce qu'on voit, c'est que le feu est venu jusque là.
Vraiment à quelques mètres.
Il s'est arrêté juste avant le village.
On est vraiment à quelques dizaines de mètres du village.
Comment se sent-il quand il voit ces images ?
Ce petit bout de terre,
c'est tout ce qu'il leur reste.
Ravagé par les incendies,
par les grandes exploitations
et par le gouvernement.
Depuis son élection, Bolsonaro bafoue
les droits des indigènes pourtant inscrits
dans la constitution brésilienne.
Il a baissé le budget du FUNAI,
un organisme qui aide à la protection
et à la démarcation des territoires indigènes.
Du coup, ils n'ont plus les moyens de surveiller
leurs territoires contre les infractions
des grandes exploitations.
Ces exploitations se permettent de voler l'eau du fleuve,
de déclencher des incendies incontrôlables
sans se préoccuper de ceux qui vivent
ici, en Amazonie.
Autre exemple très marquant de cette politique,
en 2020, le gouvernement brésilien a lancé
plus de 100 propositions de loi
et l'objectif, il est clair,
autoriser sur les territoires indigènes
l'exploitation minière, agroalimentaire,
forestière et hydraulique.
C'est ce que l'on va voir dans le dernier village.
Là, on arrive chez les Povo Crao,
le troisième et dernier peuple de notre parcours en Amazonie.
Alors, pour vous situer,
on se trouve un peu plus au sud de l'état de Tocantins.
Il y a environ 50 familles
qui vivent ici. Au total, ça fait
un peu plus de 500 personnes.
En fait, très peu de temps nous a suffi
pour voir l'extrême gravité
de la situation. Là où l'on se trouve,
c'est un camp provisoire, une réserve,
où ils se sont installés en attendant, alors que
l'état ne leur reconnaît absolument
aucune terre. Ils sont là depuis
maintenant 11 ans, ils n'ont le droit
ni de planter, ni de construire une seule
réelle maison. Du coup, ils vivent
dans des habitations faites de bois et
de matériaux de récupération.
Il y a trois ans, les habitants vivaient sans électricité
et encore aujourd'hui, l'accès
reste très limité.
Mais le gros problème ici, qui s'accentue avec
les années, c'est l'eau.
Une eau insalubre, trouble
et dangereuse, on nous raconte qu'un enfant
de 11 ans est mort en buvant cette eau.
Alors, ils ont construit un deuxième puits,
plus loin dans la forêt.
Eux disent que c'est mieux,
quand on regarde l'eau, ça reste
l'eau pleine de fer
et pleine d'éléments qui sont mauvais pour la santé.
Mais selon eux, c'est un peu mieux que
le puits qui est là-bas.
Le sable ici, il est censé filtrer l'eau.
Cette eau, ils l'utilisent pour faire à manger,
pour faire la vaisselle ou pour se laver,
mais ils doivent aussi la boire, ils n'ont pas le choix.
C'est quand même assez fou
de se dire que dans ce village-là,
ils doivent payer l'électricité,
ils doivent payer tout un tas de choses,
mais ils sont sur un territoire, sur un terrain
où ils n'ont pas le droit de planter,
ils n'ont pas le droit de s'installer en théorie durablement,
donc ils n'ont même pas de l'eau potable,
donc ils ont plein de devoirs à faire
et derrière, ils ont très peu de droits en réalité.
Et c'est assez marquant et assez choquant
de le voir ici.
Il est en forme là, il filme tout.
Ce qu'on apprend, c'est qu'il y a une expression
qui se dit...
How do you say it?
A francesa, qui veut dire en gros
sortir comme des français
et en gros, c'est une expression qui veut dire un peu
des gens qui partent, sortent dire au revoir,
donc de façon un peu malpolie,
ça se dit...
It's very popular in Brazil.
But it's a curiosity,
it's like very interesting.
Et antiguo.
How do you say my name is in portuguese?
Mi nome es Hugo.
Je m'appelle Hugo.
Je m'appelle Arizona.
Un,
deux,
trois,
quatre,
cinq.
Elle est professeure ici, elle va nous montrer l'école
dans laquelle elle donne des cours ici.
My house?
Your house?
Da nossa lingua materna.
Esse é português.
Fala o nome em português,
aí depois tu fala na lingua.
Comme les enfants n'ont pas tous le même âge,
le professeur fait des cours de plusieurs niveaux
en même temps, dans la même salle de classe.
Ici, ils n'ont pas d'imprimante,
chaque fiche d'exercice est rédigée à la main.
C'est le cas par exemple des tatouages.
C'est mon tatouage, c'est validé.
Et ça reste à priori peut-être deux semaines,
après ça dépend si tu frottes,
si tu laves pas.
L'heure est venue de se réunir, vous l'avez compris,
le problème principal ici c'est l'eau,
d'abord ce problème d'eau potable,
enfin surtout cette absence d'eau potable justement.
L'autre gros problème, ce sont les grands groupes
d'agroalimentaires qui détruisent les forêts
et vident les cours d'eau pour arroser leur champ de soja.
On l'a déjà vu chez les Kraukenela,
le problème se répète ici.
Ok, une explication s'impose.
Le soja qui est produit ici,
il est donc exporté, amené en France par exemple,
et une fois en France,
il est principalement utilisé
pour nourrir les animaux.
Ces animaux ensuite, nous les mangeons
ou alors nous consommons ce qu'ils produisent
comme du lait, du fromage,
le cuir, la laine, etc.
Concrètement, vous l'aurez compris,
si on n'est pas vigilant,
notre consommation participe directement
à la déforestation au Brésil.
Pour pomper l'eau et assécher le fleuve,
les grandes entreprises utilisent des canaux
creusés pour relier les fleuves au champ.
En gros, c'est un cours d'eau artificiel.
La conséquence, c'est ça.
La sécheresse, la rivière,
sans eau, sans poissons,
sans végétation, plus rien que du sable,
de l'eau jusqu'aux genoux.
Ils nous racontent qu'avant,
ils pouvaient pêcher ici beaucoup.
Aujourd'hui, ils ne peuvent plus le faire
parce qu'il n'y a plus de poissons
et quasiment plus d'eau,
donc c'est beaucoup plus dur de pêcher.
En fait, ils creusent de plus en plus profond
pour être sûrs que l'eau descend bien
et va bien de ce côté-là,
sachant que derrière, il y a d'autres canaux
et donc il y a d'autres pompes derrière
qui vont acheminer l'eau vers d'autres
plus petits canaux dans les champs de soja.
Les grandes entreprises ne se sont pas arrêtées là.
Pour remplir encore plus les canaux,
elles ont fait construire un barrage.
Pour expliquer le problème majeur
de ce barrage dans la région,
on a fait un petit dessin.
Ici, on a deux rivières.
La première rivière, c'est la rivière Fomosso
et la deuxième rivière, c'est la rivière Javaé.
Ici, on a un barrage qui a été construit,
c'est le barrage en question juste ici.
Et ici, on a un canal
qui a été construit par une entreprise d'agrobusiness
qui vise... Ce canal, il vise à quoi ?
Ce canal, il vise tout simplement
à irriguer les plantations de soja
qui sont juste ici.
Le barrage, il sert à quoi ? L'eau vient d'ici,
elle est bloquée par le barrage,
donc plutôt que de continuer son chemin,
elle va aller dans le canal et irriguer de cette façon
les plantations de soja.
Pour l'entreprise d'agrobusiness, c'est une bonne chose,
mais pour le village qui est juste ici,
ce n'est pas du tout une bonne chose.
Pourquoi ? Parce que quand le barrage est fermé,
l'eau va s'accumuler et va se déverser dans le village.
Résultat, le village est inondé
d'une eau pleine de pesticides.
Entre les habitations, on peut voir
des pontons un peu partout, l'eau peut monter
jusque là, mais certaines maisons
sont malgré tout inondées.
L'eau va venir inonder
tout ici, elle va venir remplir les maisons.
Elle peut parfois venir jusqu'aux genoux,
donc ça monte très très haut, ce qui fait que souvent
les populations sont obligées de changer,
de se déplacer un peu plus loin, voire même
en urgence de devoir aller dans un gymnase
pour se réfugier le temps que cette saison passe.
Et que ce soit chez les povos krao que l'on s'apprête
à quitter ou chez les krao kanela
ou les apis nagés que nous avons rencontrés avant,
ce sont les mêmes problèmes qui se répètent.
Ils sont privés de terre
par le gouvernement brésilien,
piégés par l'irresponsabilité des entreprises
d'agrobusiness, asphyxiées
entre les incendies de la forêt et la sécheresse
de leurs cours d'eau. Et à quelques détails
près, c'est la situation dans laquelle vivent
des centaines de peuples indigènes
au Brésil, une situation ignorée
par les dirigeants politiques.
Il ne respecte pas mon peuple.
Il ne respecte pas la nature.
Je n'arrête pas de voir
Bolsonaro dire qu'il y a encore
beaucoup de terre, beaucoup d'endroits verts.
Il y a beaucoup de ça, beaucoup de ça.
Je ne sais pas où.
Là, notre président
dit qu'il n'y a pas eu ce feu.
L'Amazonie
est en bonne santé.
L'Amazonie est en bonne santé.
Là, il n'y a pas de feu.
Nous préservons
toute cette histoire,
mais elle était
dévastée par le feu.
Ce gouvernement, il les prive de leur
terre pour les laisser aux grandes entreprises,
ces mêmes entreprises qui vident
les cours d'eau pour arroser leurs champs,
ces mêmes entreprises qui encore
rasent la forêt pour y planter les eucalyptus
et du soja, ou alors pour brûler
et placer du bétail à la place.
Et nous, dans tout ça,
on assiste impuissants aux images
de cette déforestation, de ces incendies
qui reprennent chaque été.
Alors, on a demandé concrètement ce qu'on pouvait faire
depuis chez nous pour les aider.
Ce qu'on peut faire en Europe, c'est regarder
quel genre de viande on mange, parce que la plupart
de cette soie va dans la production
de viande et de lait
en Europe. Mais je pense
aussi que les pays en Europe,
les États-Unis en Europe,
les gouvernements peuvent penser
à l'échange et à comment
ils veulent mettre des règles
pour l'échange, parce que
Mais au-delà de notre consommation, on peut aussi
changer les choses tous ensemble.
D'abord, en faisant l'effort de comprendre la situation
là-bas, c'est ce qu'on a essayé de permettre
avec ce documentaire, et puis après
on peut s'engager, montrer qu'on est là pour
les défendre, ne pas les laisser
seuls, en bref, partager autour de nous
l'urgence de la situation
pour réveiller les consciences.
Euh, alguns peuvent dire
que, ah, mais
je ne vais pas faire la différence, je ne vais pas
ça n'a pas d'avantage, non.
Ce n'est pas comme ça qu'ils doivent penser.
Nous espérons de chacun d'entre vous
votre soutien,
votre participation, et ainsi
qu'ici, nous continuerons
ce qui a toujours été fait,
et que de l'extérieur, vous voyez
qu'un peuple existe, un peuple
organisé, et qui est ici
pour tomber
toutes les chaînes qui
viennent être levées contre
le peuple quilombola, dans l'état
de Tocantins, dans le Brésil,
et n'importe où de l'Amérique latine
ou du monde.
Au bout d'une semaine en Amazonie, on s'apprête
à quitter la région, et sur le bord de la route,
on aperçoit encore les champs recouverts
de cendres.
Ce qu'on nous a répété tout au long de nos rencontres,
c'est que les incendies sont loin d'être terminés
malgré la fin de l'été.
Ils sont juste plus rares, et ils reviendront
encore plus forts dans quelques mois.
Du coup, il y a un incendie juste là-bas,
donc on va se rapprocher pour aller voir
ce qu'il se passe. On ne sait pas encore
à quoi c'est dû.
C'est loin, n'est-ce pas ?
Je vais voir s'il y a une entrée ici.
Tout l'année, c'est comme ça.
Tout l'année, dans l'été,
il y a un feu, et c'est fini.