Poser cette question : la France peut-elle se passer de l'Afrique ? induit le corollaire : l'Afrique peut-elle se passer de la France ? A cette deuxième interrogation, il semblerait que l'affirmative soit en train de se produire au regard d'une Afrique de plus en plus mondialisée par ses échanges économiques diversifiés, sa défense sous-traitée à des régimes autoritaires, une diplomatie axée autour de la souveraineté d'États-nations et une volonté politique d'assumer son destin en solo .Parmi les derniers évènements en date, il y a le Sénégal prenant ses distances avec l'allié traditionnel et ce souffle décolonial attisé par des puissances cupides et autoritaires. Quant à la France ? Son attachement à l'Afrique ne cesse de subir des déconvenues : même si quelques bases militaires demeurent, l'essentiel de notre armée a quitté ce continent africain suite à des coups d'État et à l'amplification d'un sentiment antifrançais. Notre influence diplomatique s'est réduite, concurrencée qu'elle est par le reste du monde, et notamment par un glissement géostratégique de l'Afrique vers ce Sud global impulsé par la Chine et la Russie. Demeure toutefois une francophonie axée sur la présence de la langue française et un attrait pour notre culture, notamment au sein de la diaspora africaine et des binationaux. Reste la coopération économique franco-africaine: un peu plus de 5% du commerce extérieur de la France, environ 70 milliards d'euros, importations et exportations inclues, soit le quart en volume du marché chinois et l'équivalent de l'Allemagne. On peut ajouter les incertitudes qui pèsent sur le Franc CFA. Bref, des connivences demeurent mais l'Afrique a moins besoin de la France et réciproquement.
Émile Malet reçoit :
- Antoine Glaser, journaliste et essayiste, - Calixte Beyala , écrivaine franco-camerounaise, grand prix du roman de l'Académie française, - Etienne Giros, président de CIAN et de l'EBCAM, - Rachid Temal, sénateur PS, - Kerfalla Yansané, ancien ministre, ancien ambassadeur, Guinée.
Présenté par Emile MALET L'actualité dévoile chaque jour un monde qui s'agite, se déchire, s'attire, se confronte... Loin de l'enchevêtrement de ces images en continu, Emile Malet invite à regarder l'actualité autrement... avec le concours d´esprits éclectiques, sans ornières idéologiques pour mieux appréhender ces idées qui gouvernent le monde.
Générique
Bienvenue dans Ces idées qui gouvernent le monde.
La France peut-elle se passer de l'Afrique ?
Poser cette question, la France peut-elle se passer de l'Afrique,
implique le corollaire : l'Afrique peut-elle se passer de la France ?
A cette deuxième interrogation, il semblerait que l'affirmative
soit en train de se produire au regard d'une Afrique
de plus en plus mondialisée
par ses échanges économiques diversifiés,
sa défense sous-traitée bien souvent à des régimes autoritaires,
une diplomatie axée autour de la souveraineté d'Etat-nation
et une volonté politique d'assumer son destin en solo ?
Parmi les derniers événements en date,
il y a le Sénégal prenant ses distances
avec l'allié traditionnel et ce souffle décolonial
attisé par des puissances cupides et autoritaires.
Quant à la France, son attachement à l'Afrique
ne cesse de subir des déconvenues.
Même si quelques bases militaires demeurent,
l'essentiel de notre armée a quitté ce continent africain
suite à des coups d'Etat et à l'amplification
d'un sentiment anti-français.
Notre influence diplomatique s'est réduite,
concurrencée qu'elle est par le reste du monde
et notamment par un glissement géostratégique de l'Afrique
vers ce sud global impulsé par la Chine et la Russie,
demeure toutefois une francophonie axée
sur la présence de la langue française
et un attrait pour notre culture,
notamment au sein de la diaspora africaine
et des binationaux.
Reste la coopération économique franco-africaine.
un peu plus de 5 % du commerce extérieur de la France,
environ 70 milliards d'euros, importations et exportations inclus,
soit, le quart en volume du marché chinois
et l'équivalent de l'Allemagne.
On peut ajouter les incertitudes qui pèsent sur le franc CFA.
Bref, des connivences demeurent, des intérêts aussi,
mais l'Afrique a moins besoin de la France et réciproquement.
Alors, nous allons évoquer ce tableau contrasté
avec mes invités que je vous présente.
Alors, Antoine Glaser,
journaliste et essayiste,
qui est souvent avec nous dans ces émissions.
Calixthe Beyala, vous êtes écrivaine,
Franco-Camerounaise,
je rappelle pour ceux qui ne le savent pas,
vous êtes grand prix
du roman de l'Académie française.
Etienne Giros,
vous êtes président
du CIAN et de l'EBCAM, vous nous direz ce que ça signifie,
ces initiales.
Rachid Temal, vous êtes sénateur, Parti socialiste.
Kerfalla Yansané,
vous êtes ancien ministre
et ancien ambassadeur pour la Guinée
et là nous vous avons en visioconférence depuis Dakar.
Merci et donc,
avant de vous poser cette première question,
vous allez avec moi visionner cet extrait,
cette archive de l'Assemblée nationale
avec Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l'économie
et des finances.
-La réforme de la coopération
que le gouvernement vient de mettre en place
consacre la plus grande partie de son aide
à ce que nous appelons dorénavant la zone de solidarité prioritaire
avec Charles Josselin, dont l'Afrique subsaharienne.
Et donc je crois qu'il est inexact
de dire que la France et l'Union européenne
sont aujourd'hui absentes en Afrique.
Juste quelques chiffres pour fixer les idées.
44 % de l'aide bilatérale française va vers l'Afrique subsaharienne.
C'est en pourcentage du PIB
seize fois ce que font les Américains.
Seize fois.
Cinq fois ce que font les Japonais.
Et en montant, me direz-vous, la France reste,
vers l'Afrique subsaharienne,
le premier contributeur.
S'il ne fallait qu'une illustration
pour montrer l'importance de notre effort, ayez à l'esprit,
monsieur le député, que ce que la France consacre
à l'Afrique subsaharienne,
par le biais de l'Union européenne,
c'est-à-dire le budget communautaire
ou le Fonds européen de développement, est à soi seul
supérieur à la totalité de l'aide américaine.
Au-delà de cela, vous savez que,
conformément à la Convention de l'OME,
près de 96 %,
presque la totalité des produits qui sont exportés par ces pays
entrent en franchise
de droits de douane dans l'Union européenne.
-Alors, nous venons d'écouter Dominique Strauss-Kahn,
vous nous direz ce que vous en pensez
si on en est au même niveau de coopération,
d'autant plus qu'entre 2000 et 2020,
la France a vu ses parts de marché en Afrique
réduites de moitié.
L'Afrique s'est mondialisée au détriment de la France.
Comment l'expliquer ?
Et en termes de coût-avantage, à qui profite et à qui pâtit
cette économie fortement concurrentielle ?
Antoine Glaser.
-En fait, on a l'impression que, finalement, la France n'a pas vu
l'Afrique se mondialiser.
C'est vrai, quand on entend Dominique Strauss-Kahn,
on a l'impression que c'était un autre siècle.
Il y a eu vraiment une période, ce qu'on appelle post-coloniale,
des indépendants jusqu'à la chute du mur de Berlin en 89-90.
Où il n'y avait pas de compétition,
puisque les propres partenaires de la France,
au nom de la lutte contre l'Union soviétique,
lui laissaient des marchés captifs.
Vous avez un système intégré, politique, militaire, financier,
pour faire court, parce que maintenant
tout le monde connaît le terme la France-Afrique.
C'était un système intégré. C'est l'histoire qui parlait.
C'était une période historique. Et à la chute
du mur de Berlin en 89-90,
tout le monde sous Mitterrand regardait finalement
que la Réunification de l'Allemagne
et a considéré
que la France était toujours
chez elle en Afrique. Sauf qu'au fur et à mesure,
même l'armée française,
récemment, même encore, s'est trouvée hors sol
dans le Sahel parce que vous n'aviez pas
ce tissu de coopérant, de relation, de présence française.
Encore une fois, pour moi, c'est un anachronisme historique.
Ca veut dire
qu'on est resté trop longtemps et on ne s'est pas intéressé
à l'Afrique. On a exporté vers l'Afrique
notre constitution, non seulement notre langue,
mais nos constitutions, notre façon d'être,...
Toutes nos économies, en Afrique,
qui étaient vraiment sur des marchés captifs,
et à un certain moment donné,
on s'est trouvé complètement en défaçage,
au lieu de s'intéresser à l'Afrique réelle,
à l'Afrique des Africains,
sur le plan historique, sur les plans...
Et parce que,
encore une fois, moi,
je ne sais pas, des jugements de valeur.
C'était des périodes historiques données.
On n'a pas vu les changements historiques.
Je me souviens, même quand les Chinois commençaient à arriver
en Afrique, on disait : "De toute façon, les Chinois,
les Africains détesteront les Chinois."
Des bêtises.
En fait, c'était vraiment une période historique.
On s'est endormi en Afrique. L'Afrique s'est mondialisée
et c'était tout à fait normal.
C'est une situation normale.
-On va avoir un point de vue africain.
Kerfalla Yansané, qu'est-ce que vous en pensez ?
Ecoutez, je pense que, d'abord je vous remercie
pour l'invitation
et pour cette émission très importante.
Je pense qu'effectivement le monde change
et change très très vite.
Le constat que personnellement j'ai fait,
c'est que les présidents successifs de la France après De Gaulle
ont réfléchi, ont agi un peu en zigzag.
Pompidou a essayé de mettre fin à la France-Afrique,
mais il n'a pas réussi.
Giscard, qui n'était pas gaulliste,
s'est trouvé prisonnier du système
et il a continué malheureusement avec les scandales qu'on connaît.
Mitterrand est venu aggraver les choses,
bien qu'il y ait eu entre-temps le discours de La Baule.
Mais malheureusement, le règne de Mitterrand
a été émaillé également de scandales
depuis le Rwanda jusqu'à d'autres.
Avec le népotisme, avec son fils qui était en charge de l'Afrique,
Chirac a voulu reprendre les choses là où de Gaulle avait laissé,
en faisant revenir...
Mauvaise connexion
Il y avait la guerre entre ceux qu'on appelait
les modernes et les anciens.
Je pense que tout ça...
Ce n'est pas très clair.
Sarkozy est venu avec sa fougue en disant
que la France-Afrique c'est fini,
mais malheureusement elle a continué.
Hollande, qui ne connaissait pas l'Afrique,
a été pris de court par les événements du Mali.
Il s'est conduit en chef de guerre, il a fait ce qu'il a pu.
Et Macron, qui est beaucoup plus jeune,
qui n'a pas de mémoire coloniale, est venu en disant : "Cette fois-ci",
trop gourmand, quand il a commencé,
il a voulu d'abord s'adresser directement, comme on dit,
aux populations, aux jeunes.
Et on a vu les discussions qui ont mal tourné.
Dans les événements qui sont passés au Maroc
avec le tremblement de terre,
il a essayé également d'aller par-dessus la tête du roi
pour s'adresser aux populations du Maroc,
et là également, je pense... Donc, pour me résumer,
il y a eu toute une série de maladresses au niveau des chefs,
des présidents successifs français,
si bien que l'image est un peu brouillée en Afrique,
où, heureusement ou malheureusement,
il y a un changement de génération.
Vous avez dû apprendre le décès de M. McTambo,
qui était...
Le directeur général de l'UNESCO a été un des... disons,
un des piliers du quartier latin.
Il a étudié à la Sorbonne.
Et nous autres, je peux dire
que nous sommes les espèces en voie de disparition.
Nous sommes les derniers représentants
de cette Afrique
qui a connu le quartier latin et qui avait des liens personnels
avec le personnel universitaire et politique français.
Donc aujourd'hui, je pense que le champ africain
est pratiquement inconnu d'une bonne partie des leaders.
-On va rentrer dans le détail, M. Yansané.
Alors, Etienne Giros,
quand vous entendez ça, vous acquiescez
ou vous dites : "Ah non,
c'est toujours vif", etc. ?
-J'acquiesce et je corrige.
J'acquiesce parce que, ce qu'a expliqué Antoine Glaser,
c'est vrai qu'il y a eu un grand virage
dans les années 90, la chute du mur de Berlin,
mais aussi le début des politiques de stabilisation
qui ont beaucoup changé l'économie
et la structure des Etats africains
dans la décennie 90.
Et donc après une période de relations relativement exclusives,
avec les anciens colonisateurs,
au plan économique, au moins, j'entends,
et même politique, l'Afrique s'est ouverte,
ça a été dit, une nouvelle génération est arrivée,
Internet est arrivé,
et l'Afrique est entrée totalement dans la mondialisation économique.
Et le résultat, c'est que des nouveaux acteurs sont arrivés,
nommément la Chine, l'Inde, la Turquie,
qui n'étaient pas là avant, et même la Russie, ensuite.
Et donc, il faut voir que la présence française,
au moins sur le plan économique, mais aussi sur le plan économique
et diplomatique, se trouve comme un village
qui a vu l'habitude d'avoir
un boulanger et un seul. Et un beau jour,
la population du village augmente
et un deuxième boulanger s'installe.
Du jour au lendemain, la part de marché
de ce boulanger initial va baisser. C'est ce qui nous arrive.
Donc, je pense qu'il faut arrêter
de dire que la France, notamment pour les entreprises françaises,
est en train de perdre pied et qu'au contraire,
simplement, on a affaire à une nouvelle concurrence
qui est très bien. Si les Chinois n'avaient pas été là,
je pense qu'il y aurait eu un tiers de croissance africaine en moins
entre 2000 et 2020.
Alors après, il faut corriger. Je dis que je corrigerai.
Je corrige juste une chose.
c'est que la présence économique,
et donc la présence des entreprises,
outre à la part de l'aide publique, est encore très présente
en Afrique.
Je ne vais pas vous assommer de chiffres,
mais quand même un ou deux.
-Parce qu'on va rentrer
dans le détail.
Nous avons doublé les exportations.
française, en Afrique, entre 2000 et 2020.
Mais comme le marché s'est beaucoup agrandi,
nous avons divisé notre part de marché par deux.
Donc on a augmenté notre exportation dans un marché
qui a été multiplié largement beaucoup plus que notre part à nous.
Et la deuxième chose à dire, et je tiens à le dire tout de suite
parce que ça éclairera notre débat,
la particularité de la présence des entreprises françaises
en Afrique, c'est qu'elles s'installent sur place,
avec des filiales, des succursales, ce que ne font pas tous les autres.
Vous avez parlé tout à l'heure de l'EBCAM dans ma fonction,
c'est les entreprises européennes
qui sont investies en Afrique. Donc j'ai une place,
une plateforme de comparaison avec nos amis européens.
Et je peux vous dire, je le vois
que nous, les Français, on s'installe sur place.
Donc, ce n'est pas les exportations qu'il faut regarder.
C'est le stock des investissements,
qu'on appelle les investissements directs à l'étranger. J'y reviendrai.
Donc, il ne faut pas se tromper dans l'analyse.
-On va y revenir. Mais alors, là, on a un point de vue économique.
Je vais vous demander un point de vue culturel
et un point de vue politique.
Calixthe Beyala, j'ai entendu
là, avec M. Yansané, dire :
"L'esprit Saint-Germain-des-Prés n'est plus là,
la mondialisation
a gommé ça."
Ca veut dire, à votre avis, que l'attrait culturel
pour la France n'est plus le même ?
-Ca serait difficile
à dire oui ou non.
C'est vraiment beaucoup plus complexe que ça.
Pourquoi ?
Parce que tout simplement, dans les analyses,
on exclut les relations humaines.
Les relations humaines, je parle des relations amicales,
des relations personnelles, amoureuses,
les mariages,...
Il y a énormément de consanguinité entre la France
et l'Afrique francophone, notamment.
Donc, ces brisures-là sont peut-être très fantasmées
par le politique, où c'est réel d'ailleurs,
et par l'économique.
Je veux dire, si on se tient à ces paramètres,
On va se tromper.
Personne ne veut quitter la France
et la France ne va pas quitter l'Afrique.
Il faut arrêter de croire que cela se passera
parce que la part du marché à tel endroit a baissé,
car les politiques ne s'entendent pas.
Je vais vous dire quelque chose.
Ce qui se passe en réalité, pour moi qui ne suis
ni une politique, mais,
une femme de terrain, c'est une rancoeur.
Une rancoeur que les jeunes Africains ont à l'égard de la France.
C'est-à-dire qu'elle avait installé dans les années 60,
des hommes qui ont fait énormément de mal à ce continent.
Et la jeunesse africaine a estimé,
ça je vous le dis honnêtement,
que la France aurait dû les aider à se débarrasser
de ces tyrans.
qui était peut-être nécessaire
à une époque, mais qui ne l'est plus.
Vous allez remarquer que les pays où la France
a le plus de difficultés, ce sont les pays
où la jeunesse s'est débarrassée de ses tyrans tout seul.
Là, vous prenez par exemple le Gabon,
la France n'a pas particulièrement des problèmes au Gabon
où quelqu'un est arrivé, etc.
Mais au Mali où les gens ont dû se battre,
ou au Burkina Faso. Là, vous avez des sérieux problèmes
parce qu'ils estiment que la France,
qui n'est pas monsieur tout le monde,
qui sont les responsables, les politiques, n'ont pas aidé
la jeunesse africaine.
-Oui, mais, juste une précision.
Vous dites qu'humainement, ça demeure.
C'est-à-dire, vous nous aimez
et nous vous aimons.
-Mais vous ne pouvez rien faire.
ce diagnostic sentimental.
Mais,
est-ce qu'en termes d'influence, par exemple,
vous qui êtes une romancière,
vous pensez que l'Afrique
considère toujours que la France est le pays
de la grande littérature, etc.
Si vous voulez, cet attachement culturel,
ou même cet attachement culturel, s'est délité ?
-Non, ça ne s'est pas délité, ça dépend des classes sociales,
il ne faut pas non plus voir tout en sombre, non, ce n'est pas vrai.
Je veux dire qu'il y a encore des gens qui aiment beaucoup
la culture française, mais c'est que...
-Mais la mondialisation est passée par là.
-Pas tant que ça dans les pays francophones.
Je veux dire que ce qu'on pourrait, par exemple, reprocher
à la France, c'est de ne pas tenir à ses comptes
des cultures africaines, par exemple.
C'est tout. Mais je veux dire
que personne ne va dire : "Moi, à partir de maintenant,
j'aime le chinois,
je m'en vais juste apprendre le chinois, etc."
Non ! Les choses se font
beaucoup plus vers l'Occident,
auquel la France appartient, que vers la Chine ou la Russie.
Je ne vois pas beaucoup de demandes d'étudiants africains
voulant aller s'installer en Russie.
-Très bien.
Alors, Rachid Temal, sur la coopération politique,
est-ce que vous avez le sentiment
que politiquement,
Les deux pays,
et réciproquement,
s'intéressent moins,
disons, le pays de la France d'un côté, peut-être l'Europe aussi,
et de l'autre côté, l'Afrique,
il y a moins
d'intérêt politique
dans la collaboration, dans la coopération ?
-Déjà, si on parle de relations, il faut regarder les deux côtés.
En sachant qu'on dit France et Afrique,
avec toute la diversité du continent africain.
Donc, on va déjà au moins rester à l'Afrique francophone.
Mais ça en dit beaucoup aussi sur comment la France
se voit elle-même.
Parce que la réalité, c'est qu'aujourd'hui,
une France, depuis des années, recroquevillée sur elle-même,
qui s'interroge sur son identité, etc.,
c'est moins d'ouverture vers l'Afrique.
Aujourd'hui, c'est toujours
ce regard critique. Aujourd'hui, un Africain,
c'est bien souvent un immigrant clandestin putatif.
C'est aussi ça qu'il y a aussi comme regard, je pense
qu'il faut aussi changer cela.
Et puis la France, moi je partage
ce qui a été dit, que la France n'a pas compris que l'Afrique,
sa jeunesse, ses Etats,
rentrent dans la mondialisation.
Et c'est vrai, quand vous êtes un jeune en Algérie,
au Burkina Faso ou autre, est-ce qu'après les indépendances
et différents régimes, vous vivez mieux ou moins bien ?
Les gens s'interrogent. Ils se disent :
"On peut essayer d'autres choses aussi."
Donc ça, c'est ce côté-là.
Et sur le continent africain,
moi, j'entends, mais attention de ne pas tomber
de la France-Afrique à plus de France en Afrique.
Il y a plein de sujets. Tout le monde aime tout le monde,
bien sûr, mais d'un point de vue avant, jusque-là, la France,
quand elle s'exprimait dans les instances internationales,
il y avait globalement une cinquantaine d'Etats
derrière elle. Aujourd'hui,
ce n'est plus le cas. Donc, ça pose la question
de la puissance française également. Du côté africain, la vérité, c'est
qu'ils sont rentrés dans une logique de marchandisation.
Mais c'est vrai que moi, je le reste
personnellement, après, chacun fait ce qu'il veut,
mais quand vous parlez avec la Chine,
la question des droits de l'homme,
des droits, etc., n'existe pas. Ce sont des chèques.
Quand vous êtes avec les Russes, la question de la sécurité,
on le voit en Centrafrique. On le voit au Mali.
Je veux dire, on voit d'autres choses.
Donc, dans les deux côtés, il y a, je pense, un besoin de se repenser.
Je termine.
-Et sur la coopération aussi, même économique,
on a fait le mois de programmation,
la réalité, aujourd'hui, on n'est pas à la hauteur
des ambitions que nous devons avoir de part et d'autre.
Je pense que la question, c'est que soit on continue à faire
que le lien historique lié à la colonisation
et de la décolonisation
continue à se déliter, même s'il y a les entreprises, etc.,
soit des deux côtés,
il y a à s'interroger sur ce qu'on peut faire ensemble
ou pas ensemble. C'est une révolution copernicienne
des deux côtés.
-Rachid Temal, est-ce que vous pensez
qu'on peut parler globalement de relations politiques
entre la France et l'Afrique, où il faut rentrer ?
Ca n'est pas pareil avec l'Algérie et le Maroc ?
Ca n'est pas pareil avec le Gabon
ou la Côte d'Ivoire ? Ca n'est pas pareil
avec l'Afrique du Sud ou le Kenya ?
Il y a des approches. L'histoire n'est pas la même,
le type de relation n'est pas le même.
Aujourd'hui, si vous prenez par exemple le Maghreb,
dans le paysage politique français,
la seule question quand on regarde le Maghreb,
je parle de la France en général, c'est l'immigration clandestine
et donc, il faut les renvoyer,
l'islamisation, basta.
Il y a d'autres sujets. On voit sur le Sahel,
c'est des questions aussi d'ordre économique
et puis aussi d'ordre diplomatique et de coopération.
Mais la France avait tenté pendant de nombreuses années
les trois D, défense, diplomatie et développement.
Le modèle ne fonctionne plus.
Donc je crois que là aussi, il faut qu'on se réinvente.
Mais je pense qu'on ne peut pas se dire :
"Tout le continent africain, voilà notre rapport".
-Oui, monsieur le ministre, vous voulez intervenir ?
-Oui, je voudrais, avec votre permission,
compléter un peu
la présentation de Mme Beyala sur le plan culturel.
Je pense qu'aujourd'hui, les étudiants africains
ont beaucoup de mal à venir en France.
Beaucoup de mal à venir en France, à s'inscrire
et à faire des études correctement.
Parce qu'il y a cet amalgame, il y a ce discours politique
qui voit un tout africain émigré
avec malheureusement la stigmatisation
avec la criminalité.
Donc je pense qu'il faut peut-être que sur le plan humain,
les politiques essaient de donner un autre discours,
un autre narratif dans les relations
entre la France et l'Afrique.
N'oublions pas la dette de sang
des pays africains vis-à-vis de la France.
Et n'oublions pas les Trente Glorieuses
qui ont attiré de nombreux maghrébins,
de nombreux africains dans les usines françaises
et qui, humainement, sont restés.
Et il y a un appel d'air après eux.
-Monsieur le ministre,
on entend aussi beaucoup d'Africains
critiquer la France sur un plan identitaire.
Il y a quand même aussi un sentiment anti-français
qu'on entend.
Et est-ce que vous croyez qu'on va rester éternellement
sur cette question coloniale ?
Aucun pays ne veut vivre avec une dette coloniale.
-Je pense qu'il faut essayer de solder le passé
de manière lucide.
-Mais jusqu'à quand on va le solder ?
-Ecoutez, c'est une question de leadership.
Comme je vous ai dit, les présidents successifs français
ont hésité à aborder la question.
Macron, récemment a commissionné
des historiens pour parler des relations avec l'Algérie.
-Vous avez bien vu
que ça n'a pas marché ?
-Oui, on a vu le problème de la restitution
des biens culturels africains,
ça a commencé, mais il y a quelque chose qui patine.
Donc je pense que quelque part, il y a des blocages.
Il faut vraiment des grands dirigeants
de part et d'autre pour que nous puissions tirer un trait
et puis avancer.
Mais il faut que les discours politiques également
soient cohérents.
voulait intervenir.
par exemple, la France a du mal avec son discours.
Moi, je ne dis pas qu'il ne faut pas continuer des années durant,
mais vous n'avez pas encore un grand discours
d'un grand président sur ce qu'était la colonisation,
pour acter cela. Premier point.
Deuxième point,
sur l'image de la France, je viens de remettre un rapport
en tant que rapporteur sur les ingérences étrangères, etc.,
donc en France, dans le monde, etc.,
la réalité, c'est qu'il n'y a pas de narratif français en Afrique.
Qu'est-ce qu'on raconte ?
Face à ça, vous avez des narratifs russes, chinois,
qui s'appuient sur des réalités,
plus ou moins vraies, chacun aura son appréciation,
mais qui construisent des choses, un discours.
Le problème, c'est qu'on n'a plus de narratif.
C'est quoi la France ?
Rachid Temal, sans polémique.
Est-ce que vous ne pensez pas que la question
des relations franco-algériennes,
est devenu un narratif de politique intérieure
pour l'Algérie ?
-Et la France.
Vous avez aujourd'hui des forces politiques en France
qui réclament la rupture des accords post-coloniales.
C'est aussi un objet de politique française.
-Vous parlez du regroupement familial au niveau de l'immigration ?
-De tout. Parce qu'encore une fois, je vais vous donner...
Le problème sur la guerre d'Algérie,
c'est que personne ne peut dire les choses
très tranquillement. La gauche a fait
les lois spéciales qui ont ouvert la porte à la torture.
La droite est arrivée après le 13 mai 1958,
dans des conditions que chacun sait, pour garder l'Algérie française.
Comme aucun des deux n'a été "clean" dans cette affaire-là,
tout le monde se tait.
Et donc, c'est un grand absent
de la politique française. Moi, je suis désolé,
je n'ai toujours pas entendu
un grand discours d'un président, même si Emmanuel Macron
a fait beaucoup sur
ce qu'était notre présidence pendant le 132 ans en Algérie,
ce que ça a causé, et maintenant, comment on solde les choses.
Si on attend toujours la partie algérienne,
je vous rappelle que la colonisation, c'est d'abord
une question française. Et en France, cette question-là
n'a pas été traitée à sa juste dimension.
Voilà, commençons par dire : "Voilà ce que c'était la France
en Algérie, et voilà où nous en sommes", etc.
Il faut se solder nous-mêmes avant de demander aux autres de solder.
-Vous voulez intervenir, Mme Beyala ?
-Oui, je pense que quand on est dans ce genre de débat,
on ne peut pas prendre des particularismes.
Sinon, je parlerais par exemple de la guerre au Cameroun.
Je pense qu'il faut travailler pour s'en sortir
sur des colonnes vertébrales...
Une colonne vertébrale commune.
C'est vrai que l'Algérie et le Cameroun
sont les deux seuls pays francophones
à avoir fait une guerre de libération.
C'est tellement particulier
qu'on ne peut pas, sinon on biaise le sujet.
La question est,
justement, moi je ne suis pas d'accord avec vous sur un point.
Il n'y a pas un seul chef d'Etat
qui a pu tenir un discours cohérent sur l'Afrique.
Un seul chef d'Etat français.
Il y a eu une politique d'évitement.
Même quand Macron...
-Même quand Macron a fait semblant
de réunir des gamins,
c'était de l'évitement. Il ne voulait pas affronter
les problèmes.
Il a refusé de rencontrer les politiques.
Il a refusé de rencontrer les grands intellectuels africains.
Vous ne résoudrez pas ce problème sans un dialogue réciproque.
-Ce n'est pas tout à fait exact. On a même donné
le prix Goncourt
à un écrivain.
Dans ce cas, j'ai reçu aussi le prix de l'Académie française.
On ne résout pas ça
avec un prix.
On résout ce problème dans le dialogue collectif,
dans un dialogue
entre la France et ces pays individuellement,
colonisés et plus globalement.
Donc, il faut que la France. accepte de regarder son histoire
telle qu'elle a été. C'est une histoire douloureuse
de part et d'autre, mais en même temps,
il y a des parties belles
et j'ai commencé par aborder ces parties
qui ne seront pas défaites.
On va se battre, on va s'engueuler, on va s'enfermer,
mais nous avons énormément de consanguinité
et ça, ne l'oubliez jamais dans les débats.
C'est-à-dire, personne ne partira nulle part.
-Antoine Glaser,
on ne va pas rester que là-dessus,
mais pour purger ce sujet-là.
Pourquoi
la France se retrouve avec un traitement particulier
de cette réminiscence éternelle
de son histoire coloniale ?
Ce n'est pas le cas d'autres pays européens
qui ont également
eu des expériences coloniales.
-J'ai deux réponses.
La première, je pense que maintenant, on va passer,
le sujet c'est la France en Afrique,
mais on va passer finalement de l'Afrique en France.
On voit même, on commence à déraper sur l'Afrique en France.
Le sujet n'est plus la France en Afrique.
L'Afrique s'est mondialisée.
Si on ne s'intéresse pas à l'Afrique des Africains,
on n'existera plus.
Si on ne s'intéresse pas à leur géographie,
leur histoire, etc., on n'existera plus.
Par contre, il y a un vrai sujet qui est l'Afrique en France.
C'est bien pour ça qu'Emmanuel Macron, maintenant,
quand vous allez à la cellule africaine de l'Elysée,
la numéro deux, c'est une femme
d'origine africaine et qui s'intéresse aux diasporas.
Son promotionnaire qui était avec lui à l'ENA,
Aurélien Lechevalier,
qui était le directeur général de la mondialisation
du Quai d'Orsay, il vient d'être nommé directeur de cabinet
du nouveau ministre des Affaires étrangères.
Et lui, c'est lui qui a créé ce conseil
présidentiel africain, qui a été ambassadeur en Afrique du Sud.
Il a des gens qui s'intéressent aux diasporas.
On voit qu'on est en train,
sans avoir rien soldé,
on est en train de faire l'Afrique en France.
Et Emmanuel Macron, où est-ce qu'il ira
au prochain sommet Afrique-France ?
Il ira au Kenya.
Parce que lui, il a tiré l'ardoise magique
sur toute cette période post-coloniale
dont il ne veut pas entendre parler.
Il se dit : "Moi j'ai
les problèmes avec l'Algérie et le Cameroun,
je les solde en donnant ça à des historiens,
de rapports des historiens comme il a fait
à un certain moment donné pour le Rwanda,
l'Algérie avec Benjamin Stora,
le Cameroun avec une historienne Karine Ramondy,
et puis, je passe à autre chose.
Et donc, je considère que l'Afrique,
je vais faire mon sommet au Kenya, alors qu'effectivement,
il avait plutôt invité les sociétés civiles africaines
en se nommant complètement les chefs d'Etat.
Ca veut dire que la diplomatie d'influence de la France,
ce n'est pas rien.
Quand vous voyez le nombre...
de chefs d'Etat qui ont été formés. Vous aviez 30 chefs d'Etat africains
dans le monde qui avaient été formés en France.
Vous en aviez environ soixante aux Etats-Unis, etc.
Au niveau de cette diplomatie d'influence,
si vous empêchez les Africains
de venir en France, bien sûr, vous allez avoir du ressentiment.
C'est ça, le problème.
C'est qu'on dit : "L'Afrique", et on ferme totalement.
On se bunkérise.
C'est ça, le fond du problème. Au lieu de...
On se bunkérise et on ne s'intéresse pas
à l'Afrique des Africains.
C'est ça, les deux problèmes.
on va laisser ce volet-là et nous allons
passer au volet économique.
Dans de nombreux domaines,
infrastructures, transports,
produits manufacturés,
la France n'est plus un vecteur
du développement en Afrique,
comment vous expliquez que le marché français
a perdu de son attractivité ?
-Le marché africain pour la France, vous voulez dire ?
-Le marché africain pour la France et le marché français pour l'Afrique.
Les deux volets
en termes de double attractivité.
-Il faut entrer un peu dans le détail.
Parce que les analyses globales peuvent conduire à des erreurs.
J'ai expliqué tout à l'heure que les entreprises françaises
étaient toujours très présentes et s'intéressaient à l'Afrique,
au plan économique.
On va laisser de côté, on pourra y revenir après,
l'aide publique au développement, qui a augmenté ces dernières années.
Elle est aujourd'hui à 0,52 ou 0,53 %, je crois.
-Elle va baisser
de 1,3 milliards avec le budget...
En tout cas, au jour où je parle, elle a augmenté.
C'est du financement. L'aide va devenir
du financement.
quand, elle ne peut plus emprunter, ça ne marche pas.
-En ce qui concerne les entreprises, aussi là, quelques chiffres
sans vous assommer,
5 000 entreprises installées en Afrique,
cent milliards d'euros de chiffre d'affaires,
c'est plus que les activités et le commerce avec la Chine
ou quelques pays européens.
Des montants d'investissement sur place,
75 milliards d'euros, le deuxième pays après l'Angleterre
investit en Afrique.
La Chine est cinquième.
Donc on peut nous ressasser du matin au soir.
-Vous dites que la Chine est cinquième en investissement ?
-En stock d'investissement sur place.
Ce sont les IDE, les investissements directs à l'étranger.
-En Afrique.
Nous, on est en seconde position.
Avant l'Allemagne.
-Oui, bien sûr.
Le premier, c'est la Grande-Bretagne.
Ensuite, vous avez les Etats-Unis en troisième
et la Chine est cinquième.
Donc, ça prouve que nous sommes toujours présents.
Et enfin,
700 000 employés, j'ai oublié de le dire,
sur place, 10 000 sites.
Les trois premiers pays, en termes de business,
pour les entreprises françaises en Afrique,
ce ne sont pas des entreprises francophones.
Je voudrais aussi tuer
l'idée de dire que la France, c'est l'Afrique
francophone des entreprises françaises.
Le premier, c'est l'Afrique du Sud, le deuxième, l'Egypte,
le troisième, le Nigeria. Ils changent
parfois de place.
-En termes de volume d'activité. Le business des entreprises
françaises. Trois pays anglophones,
qui ne parlent pas français.
Donc, nous sommes encore présents.
-Avec le pétrole,
il faut quand même le dire, parce que le poids du total
est important quand même.
qui est le premier.
-Ni en Egypte.
-En Nigeria, oui, mais pas en Egypte.
Et...
Alors après, je voudrais apporter
une autre précision, c'est que les entreprises françaises,
elles ont perdu pied, ça c'est vrai,
depuis 30 ans,
dans certains secteurs. Mais elles sont
très fortes dans l'autre. Je vais vous citer des secteurs
où la France, au fond, effectivement, a de facto quitté l'Afrique.
Les mines, il y a 50 ans, très fort.
-Alors que le BRGM...
était... -Je sais, mais là, il n'y en a plus.
Deuxième exemple qui va frapper tout le monde,
et que tout le monde voit avec ses yeux, c'est l'automobile.
Peugeot, Renault, etc., inondaient le marché africain
il y a 50 ans. Il n'y en a plus.
En dehors celle de l'ambassadeur de France,
je plaisante. Mais autrement, c'est des voitures asiatiques.
Mais pourquoi ?
Pas parce que la France s'est désintéressée de l'Afrique.
Parce que la France a perdu en compétitivité.
Et l'Afrique n'est que
le signe apparent
de la baisse de compétitivité de nos exportations.
Les Peugeot on n'a pas décidé d'arrêter de les vendre.
C'est simplement qu'elles sont trop chères
et elles ne correspondent pas
aux besoins de la population africaine.
Les Asiatiques ont su le faire.
Il en est un petit peu pareil maintenant aussi
dans le domaine financier, où les banques françaises
se sont avec le temps retirées
et les dernières sont en train de réfléchir à leur retrait.
La dernière, c'est la Société Générale,
c'est la seule qui reste. Elle est en train partiellement de partir.
Mais les Anglais aussi
sont en train de partir. Et donc le système bancaire africain
s'africanise, puisque c'est en général des banques...
-Monsieur Giros,
est-ce que vous pouvez donner quelques renseignements chiffrés
en matière de...
de banque commerciale
entre l'Afrique,
tout le continent et la France,
on est déficitaire, on est bénéficiaire si on prend...
-C'est les filiales et on est bénéficiaire.
Elles gagnent toutes de l'argent, mais elles sont petites.
-Globalement, on est bénéficiaire.
-Oui, mais je vais vous expliquer.
Vos auditeurs doivent comprendre une chose.
-Et aussi, je voudrais que vous apportiez aussi un élément,
on a parlé de relations commerciales
entre les continents, mais je voudrais aussi
que vous disiez ce qu'il en est en termes d'investissement,
puisque avec l'AFD,
l'Agence Française de Développement,
nous avons une banque d'investissement.
Est-ce qu'on investit suffisamment
ou ça a baissé à ce niveau-là ?
-Je vais vous répondre.
D'abord, il faut comprendre une chose,
c'est que les entreprises sont très investies sur place
et évidemment, elles regardent la taille du marché
par rapport aux risques qu'elles ressentent.
Et même si, on parlait des banques tout à l'heure, même si
toutes les banques françaises en Afrique
gagnaient de l'argent, le chiffre d'affaires
et la part de leur activité étaient faibles,
entre un et 2 %.
Et si les entreprises ressentent,
à tort à mon avis, une impression de risque élevée
en Afrique, elles comparent la vision du risque qu'elles ont
à la taille du marché.
Et si la vision du risque est plus élevée
que la taille du marché, elles se retirent.
Ca, c'est le premier élément de réponse.
Deuxièmement, pour l'aide publique au développement et l'AFD,
le chiffre selon les années, mais je parle un peu
sous votre contrôle, Monsieur le sénateur,
est entre quatre et sept milliards
selon les années. Je rappelle que l'AFD
n'investit pas, ou très peu. L'AFD, c'est une banque,
et elle finance, à des conditions préférentielles,
le développement en Afrique.
Et nous sommes le deuxième, ou le troisième,
ou quelquefois le premier selon les cas, et selon les pays,
apporteurs d'aide.
Voilà comment ça se passe.
-Alors, Rachid Temal, je vous laisserai
donner votre point de vue là-dessus,
mais je voudrais que vous l'élargissiez
à cette question.
Est-ce que finalement, la coopération franco-africaine,
il vaudrait peut-être mieux l'élargir à une coopération
euro-africaine ?
-Déjà qu'on a du mal, ils n'ont pas le même rapport que nous,
tous les Européens.
C'est comme pour la stratégie indopacifique,
on n'y est pas les autres.
Non, mais sur l'AFD, moi j'ai été rapporteur
de la loi de programmation. On va se le dire,
d'abord on appelle ça une agence, c'est une banque.
Donc, on donne des contraintes.
Qu'est-ce qu'elle doit faire, la banque ?
Elle doit gagner de l'argent. Donc qu'est-ce qui se passe ?
Les encours, c'est globalement
douze à quatorze milliards.
Mais dedans, il y a 30 % d'aide, 60 % de prêts.
Et donc comment ça se passe ? L'AFD doit poser sur le marché.
Donc c'est pas juste sur le continent africain,
ça peut être la Chine,
ça peut être la Turquie. C'est ça le vrai sujet
que nous avons. Alors nous, nous avons essayé de dire :
"la loi disait qu'il y avait 19 pays prioritaires".
Tous, l'Afrique subsaharienne, plus Haïti.
Et puis le président seul, le président Macron,
a décidé de changer, et maintenant c'est des principes, etc.
Moi j'ai plaidé, mais on n'a pas été entendu, pour dire
qu'il faut séparer les choses.
Il faut qu'il y ait une agence qui fasse du don,
et donc là c'est comment concrètement on développe
un certain nombre de choses, et comment on fait du prêt,
parce qu'il y a des Etats qui peuvent,
mais je rappelle que comme beaucoup d'Etats aujourd'hui,
ce sont des contraintes financières,
elles ne peuvent plus emprunter. Donc, vous avez des Etats africains
aujourd'hui qui ont besoin, ou pourraient avoir besoin de l'AFD,
mais comme leur critère d'empreinte fait que c'est impossible...
ça ne marche pas.
est-ce que c'est vrai qu'il y a des dons faits par la France
à l'Algérie ?
Est-ce que c'est fait qu'à des pays
africains pauvres ?
Mais est-ce que cette aide au développement est faite
également vis-à-vis de pays africains qui sont développés,
qui ont une économie solide comme l'Algérie ?
-Alors, à ma connaissance, moi, je ne suis pas spécialiste,
ni dans le conseil d'administration, à ma connaissance,
l'aide va aux 19 pays, dans lesquels il n'y a pas l'Algérie,
mais il faut demander à l'AFD. Par contre, ce qui est clair,
c'est que sur les prêts, je vous le redis, il y a l'Inde,
il y a la Turquie, il y a la Chine, etc.
C'est là où on marche. Et quand vous êtes dans ce milieu-là,
vous vous dites : "Donnez-moi les chiffres",
les montants conséquents d'emprunts pour ces pays-là
sont beaucoup plus importants que les 19 pays prioritaires.
Là aussi, nous-mêmes, il faut arrêter de se gargariser de mots.
Je pense qu'il faut dire : "Il y a le don, il y a le prêt.
Le prêt, c'est l'individu de business.
Le don, c'est comment on aide des gens."
Alors après, ce n'est pas l'économie,
parce que faisons la chose...
Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, on pourrait
plus participer à des projets structurants.
Parce que l'AFD, c'est quoi ?
C'est dire : "On va par exemple aider
sur les questions d'électricité,
les questions d'eau potable",
qui sont des éléments structurants qui permettent de construire ensuite
des projets de développement.
Et donc je pense que c'est là-dessus qu'on doit voir,
mais tant que ça restera une banque, vous serez...
Et un dernier point, je rappelle qu'il y a une aide qui existe
sur les transactions financières. Aujourd'hui, elle est limitée
à seulement 30 % qui va à l'aide.
Tout le reste va au budget de l'Etat français.
Là aussi, il y a peut-être des choses à revoir.
-On a lu et écrit il y a quelques mois
que la France perdait la main en Afrique,
que la politique africaine de la France
était moins bonne qu'elle ne le fut.
Je voudrais rappeler simplement que si aujourd'hui l'aide publique
au développement dans le monde entier vers les pays en développement
est en quelque sorte sauvée et au minimum assurée
par rapport aux années précédentes,
c'est parce que le président français,
parce que le gouvernement français au sein du G-7,
au sein de l'Union Européenne ont agi dans ce sens.
Donc je voudrais, en conclusion dire à M. le député
que sa question était tout à fait opportune
et que le développement de l'Afrique tient à la volonté de notre pays.
-Alors vous venez d'écouter
Jacques Godefrain, ancien ministre de la Coopération.
C'était il y a quelques années,
je pourrais dire quelques décennies.
Mais aujourd'hui, Antoine Glaser,
dans la question des migrations, les démographes
considèrent que l'Europe
est un encéphalogramme plat
au niveau de sa démographie,
de sa fécondité,
et les projections concernant l'Afrique
sont considérées
comme alarmantes dans de nombreux
milieux politiques, économiques
et européens.
Est-ce que la question
de l'immigration
plomberait en quelque sorte ce développement
entre la France et l'Afrique ?
Parce que c'est réel,
les projections.
-D'abord, tout ce qui est démographie, c'est alarmant,
mais pas pour les Africains.
Pour eux, ce sera au contraire la grande puissance démographique
de demain.
Donc déjà, il ne faut pas se tromper.
Mais on globalise.
Mais encore une fois, le débat,
on est au-delà même de ce débat.
Puisqu'il y a déjà l'Afrique en France.
Vous avez déjà
beaucoup de Français qui sont d'origine africaine
du fait de l'histoire. Vous n'allez pas refaire l'histoire.
Donc vous commencez à gérer déjà,
pas simplement à fermer
les frontières, à vous bunkeriser.
Vous commencez déjà à voir ce qui se passe.
On parlait tout à l'heure...
Ce qui est terrible, c'est qu'ici,
on parle de l'immigration, finalement,
de tout ce que les gens voient quand ils vont dans des restaurants.
Ils voient bien dans les cuisines, il y a uniquement des Africains
et souvent des clandestins.
Les patrons des restaurants
sont bien contents de les avoir.
Donc, il faut bien voir ça.
Et on disait tout à l'heure, les forces, ce qu'on aimerait,
les forces vives de l'Afrique, etc.,
ils vont aux Etats-Unis !
Parce qu'on les empêche de venir dans nos universités.
On a bloqué.
Du coup, on va dire : "Oui, c'est l'immigration,
c'est les pauvres, les machins". Mais, on a un rapport
avec l'Afrique qui est totalement schizophrénique.
Ca veut dire qu'on a été dans ces pays
pendant un certain nombre
de périodes en considérant que...
On s'intéressait, il ne fallait pas simplement être francophone,
il fallait être francophile,
ça veut dire aimer la France,
aimer son histoire,
connaître l'histoire de France, tout connaître sur la France,
mais on ne s'intéressait pas aux Africains
tels qu'ils sont.
Par contre, aux Etats-Unis, vous avez les sciences africaines
dans tous les sens.
J'ai connu, c'était au Gabon, un docteur
qui s'intéressait à l'Iboga sur les arbres.
Il me dit : "Mais moi, j'ai demandé à ce que les pharmaciens français,
ils viennent chez moi. Seuls les Américains
viennent."
Donc, on voit bien que dans une période,
moi, je refuse de parler de l'immigration en général
de cette façon-là. Ca n'a pas de sens.
Ce qu'on va perdre,
c'est toute notre diplomatie d'influence dans le monde.
Pourquoi ? Car nos propres partenaires
européens, moi, je le vois bien,
ont leur propre politique
et ça se voit au niveau européen.
Ils ont leur propre stratégie.
Vous avez vu comment Thierry Breton s'est fait virer au niveau européen.
Tout ça est lié.
Ca veut dire que si vous avez une attitude,
si vous vous bunkérisez, si vous n'avez pas une attitude ouverte
sur le continent de demain, qu'on le veuille ou non,
on ne peut pas déplacer la géographie.
L'Afrique est là. Il faut faire avec
cette Afrique-là.
-Calixthe Beyala,
vous vivez en France
et au Cameroun.
Donc, vous connaissez les deux pays.
Est-ce que vous pensez
qu'il y aura une immigration
africaine accrue
du fait de la démographie africaine
qui est infiniment plus vive
que la démographie européenne ?
A votre avis ?
-Emile, est-ce que je peux vous dire quelque chose ?
-Oui.
que vous ne nous écoutez pas. Vraiment,
c'est un vrai malaise que j'ai.
C'est-à-dire que j'ai l'impression qu'en France,
on pense à notre place,
on nous dit ce que nous voulons, ce que nous devons être,
sans nous demander notre avis. Et ce sentiment est puissant.
C'est moi, je le ressens.
J'imagine, moi qui suis en France depuis des décennies,
j'imagine que l'Africain le ressentirait
qu'il n'est pas venu dix millions de fois plus.
Est-ce qu'à un moment,
on a posé la question aux Africains de savoir
s'ils veulent de cette économie ? Est-ce qu'ils veulent
de cette aide-là ? Est-ce qu'ils veulent
de ce type de développement-là ?
Personne ne nous interroge jamais
sur nos désirs.
C'est comme si on n'existait pas.
Et je pense que le grand mal ne vient ni de l'économie.
Ca vient de ce qu'on peut rappeler
le fait de ne pas voir l'autre,
de l'ignorer, peut-être même de le mépriser.
Je pense que le mal vient de là.
Et tant que l'élite française ne changerait pas sa vision de moi,
rien ne changera.
Vous pouvez me dire qu'on a mis tel à tel endroit.
Mais ce n'est pas tel à tel endroit
qui change la donne.
C'est la pensée de tel à tel endroit.
Cher ami.
Donc, je vais vous dire, les Africains n'ont pas à gérer
la crise démographique de l'Occident.
L'Occident a choisi...
-Oui, mais, on parle de la démographie
en Afrique.
les Africains aiment faire leurs enfants.
Ils estiment que c'est une richesse.
Chaque femme aime faire quatre, cinq, six enfants.
Et l'Afrique est tellement, excusez-moi, grande,
qu'il y a à peine 0,2 % des Africains qui partent.
L'immigration africaine
est d'abord interafricaine.
Et notre continent, et là je dis notre continent,
est si vaste qu'elle pourrait contenir
les deux milliards ou trois milliards d'êtres humains
sans problème.
Et la seule chose à faire, c'est le développement.
Permettez-nous de ne plus avoir nos dictateurs,
tous ces gens qui nous... mais pas forcément la France,
qui nous écrasent, qui sont sur place,
qui sont d'autres Africains.
Et ça là, on a l'impression que dès qu'il y a
un petit dictateur qui naît quelque part,
la France bondit pour aller saluer.
-Vous savez bien
qu'on faisait le reproche à la France
de se mêler de la politique intérieure
des Etats africains et maintenant elle ne s'en occupe plus.
-C'est faux. Elle s'en occupe toujours,
mais de manière désastreuse.
Je suis désolée, quand on donne
la parole à des tyrans ici,
pour les exposer pendant qu'ils tirent
sur leur peuple. Voilà les vrais problèmes.
C'est humain. Vous savez, l'économie,
c'est fait par les hommes.
Donc, ça, là, on va toujours régler.
Et la France n'ira nulle part.
M. Giros, vous vouliez intervenir là-dessus.
-On est complètement dans la schizophrénie
dans notre relation avec l'Afrique. On nous demande
de conserver et de protéger l'autonomie et la souveraineté
des pays africains de ne pas intervenir.
Vous venez de le faire.
Mais d'un autre côté, il y a une demi-heure,
vous avez dit, vous avez soutenu des dictateurs
et il aurait fallu nous aider à les chasser.
Donc, c'est difficile aussi
pour nous de,
soit on intervient, soit on n'intervient pas.
Et dans quel sens ? Donc, je pense que le mieux,
c'est de ne pas intervenir au plan politique et laisser
les Africains maîtres de leur destin.
Deuxièmement, dans le récit entre la France et l'Afrique,
on a quand même en ce moment quelques handicaps à surmonter
chez nous, Français.
Le premier, c'est évidemment ce sujet qu'on a déjà évoqué.
Est-ce qu'on se tourne vers le passé
ou on se tourne vers l'avenir ? Je vois qu'au niveau européen,
vous l'avez dit, on ne se tourne pas vers le passé.
Les Anglais, qui ont un passé colonial aussi,
n'ont pas les mêmes débats que nous,
en France. Et ils viennent plutôt de chez nous, de notre côté,
les débats sur la colonisation, et ça complique le dialogue.
Deuxièmement, il y a l'histoire des visas,
on ne va pas y revenir, mais ça, les visas délivrés
aux Africains pour venir en France,
mais ça, beaucoup de gens au niveau du gouvernement le savent,
en tout cas, ça ne bouge pas, ça, c'est un problème.
Troisièmement, il y a le débat national en France
qui pèse
sur notre dialogue et la vision que nous pouvons avoir
entre nous de notre proximité.
Voilà, donc ça, tout ça, c'est des difficultés...
-Monsieur Giros, comme vous avez la parole,
je voudrais vous poser ce complément de question.
Par rapport à ce que vous venez de dire,
faudrait-il réorienter
la relation France-Afrique
de la sphère publique, c'est-à-dire diplomatie, militaire,
politique, vers la sphère privée, c'est-à-dire l'économie
et les entreprises ?
-Vous avez tout dit, je pourrais même répondre oui et m'arrêter là
mais je vais un peu expliquer pourquoi.
Aujourd'hui, la relation entre la France et l'Afrique,
elle est difficile pour les raisons que j'ai dites
et donc il faut l'orienter vers la sphère privée
où les entreprises qui portent cette sphère privée sont bien vues.
Moi qui fréquente,
connais l'Afrique et y travaille et y vit
depuis 40 ans, je le vois bien.
Le sentiment
anti-français évoqué tout à l'heure,
pour moi, il n'existe pas.
Il n'y a pas de sentiment anti-français.
Il y a un sentiment antipolitique française, qui n'est
pas du tout la même chose.
Ce qui veut dire
qu'il y a une envie de France chez les Africains,
et comme chez nous, il devrait y avoir une envie d'Afrique
plus forte. Et pour le manifester,
il faut passer par les entreprises. Les entreprises
françaises en Afrique, elles travaillent bien.
Elles sont respectueuses,
elles sont citoyennes et elles font de la RSE correctement,
beaucoup plus que d'autres nouveaux acteurs.
Il y a toujours des mauvais canards,
mais en gros ça va. Et donc on est un bon vecteur
pour se rapprocher.
Monsieur le ministre, que pensez-vous de cette question,
de cette problématique
d'orienter vers la sphère privée ?
Et pardonnez-moi, on a très peu de temps.
-Peut-être juste un petit mot sur l'immigration.
Je pense qu'il faut que le narratif change,
parce que les gens immigrent pour des raisons
qui, malheureusement sont communes à nous tous,
et à la France, à l'Europe et aux Africains.
Je suis à Dakar, je me promène sur les plages,
je vois des bateaux, des pirogues qui sont là, vides,
parce que les jeunes n'ont plus de poissons.
Ils n'ont pas de poissons parce qu'il y a des accords de pêche
entre l'Europe et le Sénégal qui autorisent
les chalutiers européens à venir pêcher.
Le poisson finit par disparaître.
Donc il y a cet aspect.
N'oublions pas également l'histoire du Sahel
avec tout ce qui s'est passé avec la Libye.
où la chute...
-Il nous reste peu de temps, M. Yansané.
Sur la réorientation vers la sphère privée,
vous êtes favorable à cette idée-là ?
-Ecoutez, je constate ici la liste que j'ai.
J'ai toutes les grandes entreprises françaises qui sont en Afrique,
depuis Air France jusqu'à Alstom,
jusqu'à la RATP, jusqu'à Danone.
Donc, je pense que la France peut compter
sur ses avantages comparatifs, à savoir,
la connaissance du terrain, la connaissance des hommes,
à condition d'avoir un comportement,
une analyse qui soit plus lucide
que ce qui se passait avant, on pensait qu'on avait
le monopole, qu'on pouvait se permettre tout.
Donc je pense que les relations du secteur privé français
et africain, à mon avis, est un modèle plus performant
que les relations qu'on a avec la Chine ou la Russie.
-Merci beaucoup, Rachid Temal sur ce point.
-Je pense qu'il faut les deux,
il faut marcher sur les deux jambes.
Il faut un secteur privé très important,
mais aussi il faut un secteur public.
On l'a dit pour des questions de stratégie, de diplomatie,
de défense, de recherche, d'université.
On voit bien que c'est l'un avec l'autre.
Peut-être que le problème qu'on a eu, c'est qu'aujourd'hui,
il y a un problème d'organisation, de coordination.
Et il faut les deux jambes.
-Antoine Glaser, on arrive
un peu à la fin de cette émission.
Non, mais on arrive à la fin de cette émission.
Juste un pronostic.
Est-ce qu'on pourra
retrouver un âge d'or franco-africain ?
-Le jour où on apprendra de l'Afrique.
Le jour où on apprendra de l'Afrique.
On a été assimilationnistes.
Il faut un peu apprendre de l'Afrique.
-Donc, d'après vous, c'est...
Et vous,
Calixthe Beyala,
un âge d'or à nouveau après...
-Je suis sous la même position qu'Antoine.
Mais par contre, j'aimerais quand même vous dire, monsieur,
que quand on vous demande ce que j'ai demandé,
c'est parce que c'est vous qui avez mis ces hommes
qui sont encore là en place.
On ne vous... Il a demandé qu'on ne s'occupe plus de rien
en Afrique, la politique. Il faut enlever ces hommes
que la France a mis en place.
Ils sont là.
Depuis que je suis née, je les connais.
Ils tiennent les rênes du pouvoir et ils nous étouffent.
-En quoi c'est notre responsabilité d'enlever ces hommes ?
-Car c'est la France qui a positionné ces hommes, il y a fort longtemps,
vous l'avez peut-être oublié, mais c'est la réalité
et Antoine ne va pas...
-Oui, mais enfin, il y a des élections.
-Non, c'est truqué, cher ami.
Les élections sont truquées.
Il y a des armées qui tirent sur les peuples.
Donc, on ne peut pas s'en sortir sans que,
pour ces cas-là, en particulier, on ait de l'aide.
Et c'est la France qui a mis ces hommes en place
et personne ne me démentirait.
-Bien, c'est votre avis,
M. Yansané ? La France...
-Quand je regarde le paysage africain,
je constate qu'il y a trois grands groupes.
Il y a d'un côté les pays du Sahel qui ont pris la tournure
que l'on connaît.
Au milieu, il y a le Sénégal, qui pour moi est
une sorte de modèle de transition
de ce que pourraient être les relations
entre la France et l'Afrique.
Et de l'autre côté, il y a tout le marais
des autres pays qui sont encore dans la France-Afrique.
Donc je pense que la France devrait pouvoir,
parce qu'elle a encore des leviers,
aider ces pays à évoluer pacifiquement
pour ne pas aller dans l'autre extrême,
dans le cas du Sahel.
-Merci. Si vous voulez, on va s'en tenir là.
Il me reste à vous présenter
une brève bibliographie. Alors Antoine Glaser,
vous avez publié il y a quelque temps déjà :
"Arrogant comme un Français en Afrique".
Vous restez sur ce diagnostic ?
-Oui, tant qu'on n'aura pas appris de l'Afrique, absolument.
-Mais on apprend, on apprend.
-J'espère.
les cahiers du CIAN,
donc de la coopération. Vous vous intéressez globalement
à toute l'Afrique ?
-Les 54 pays.
-Est-ce qu'il y a quelque chose
que vous voulez signaler comme publication,
Rachid Temal,
sur l'Afrique ?
-En tout cas, juste au moins qu'on lance le concours,
je l'ai dit, de la colonisation et de la guerre d'Algérie.
Je crois que c'est important dans beaucoup d'écoles françaises
et de recteurs. Et c'est aussi ça, ce regard croisé
d'une belle histoire française.
-Calixthe Beyala, vous préparez
un roman.
-Vous pouvez nous en dire un mot ?
-Ecoutez, j'ai découvert
la Nouvelle-Afrique depuis que je me suis installée
il y a quatre ans et tous les rapports
entre les hommes et les femmes, contrairement à ce qui est dit ici,
qui ne sont pas ce qui est dit ici,
c'est-à-dire les femmes aujourd'hui en Afrique prennent leur autonomie,
ne veulent pas forcément se marier,
sont très indépendantes
et cette nouvelle vision de la femme africaine,
nous ne l'avons pas encore et je travaille dessus.
-Ecoutez, merci de travailler sur ce sujet
qui nous touchera quand vous publierez
votre nouveau roman.
Ecoutez, il me reste
à vous remercier, Madame, Messieurs,
d'avoir éclairé
cette conversation
sur les relations
France-Afrique.
On a vu qu'il y avait à la fois des points de convergence,
des dissensions, mais c'est un sujet important,
il ne pourrait pas en être autrement.
Je voudrais remercier l'équipe de LCP
qui permet la réalisation de cette émission
et je vous dis à bientôt.
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