À Jérusalem-Est, deux gendarmes français qui accompagnaient la visite du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, ont été arrêtés par des policiers israéliens au site français d’Eléona. Que s’est-il passé exactement ? Quelles peuvent être les conséquences diplomatiques de cet incident ? Avec Sami Boukhelifa, correspondant permanent de RFI à Jérusalem. #israel#france 🔔 Abonnez-vous à notre chaîne : https://rfi.my/YTfr 🔴 Suivez RFI en DIRECT vidéo ici : https://rfi.my/YTliveFR 🌍 L’actualité du monde et de l’Afrique en direct : https://www.rfi.fr/fr/ Rejoignez-nous sur Facebook : https://rfi.my/FBfr Suivez-nous sur X (Twitter) : https://rfi.my/Xfr Découvrez l’actu en images sur Instagram : https://rfi.my/IGfr Recevez les dernières infos sur Telegram : https://rfi.my/TGfr
Soyez le bienvenu. Merci de nous appeler de Yaoundé.
Vous avez des questions sur l'incident diplomatique
qui a émaillé la visite du ministre français des affaires étrangères à Jérusalem.
C'était jeudi dernier.
Alors, que s'est-il passé exactement ?
Samy Boukhelifa, bonjour.
Bonjour à tous.
Correspondant permanent de RFI à Jérusalem,
vous étiez sur place, Samy.
Vous avez assisté et filmé l'interpellation des deux gendarmes français
par la police israélienne.
Oui, on était sur le Mont des Oliviers,
partie palestinienne de la ville sainte de Jérusalem,
donc annexée et occupée par l'État hébreu.
À cet endroit se déroule une visite officielle,
celle du ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barraud.
La police israélienne accompagne la délégation française.
Jusque-là, rien d'anormal.
Cela fait partie du protocole,
même si on est en territoire illégalement occupé.
On l'a dit, c'est la puissance occupante
qui garantit la sécurité des délégations étrangères.
Une particularité néanmoins,
la France dispose de domaines nationaux à Jérusalem.
C'est une curiosité historique qui remonte au XVIe siècle.
À l'époque, Jérusalem appartient à l'Empire ottoman
et le sultan reconnaît au Royaume de France
une mission de protection des chrétiens de Terre Sainte.
Cela va se poursuivre à travers les siècles et jusqu'à nos jours.
À travers les siècles, toutes les puissances
qui ont successivement contrôlé Jérusalem,
les Ottomans et plus récemment les Britanniques,
les Jordaniens et enfin les Israéliens,
ont respecté ce statut particulier de la France.
Rien n'est gravé dans le marbre,
mais il y a des usages diplomatiques qui sont en vigueur.
Les domaines nationaux français
ne sont pas à proprement parler des territoires français ultramarins,
mais des propriétés privées françaises
placées sous l'autorité du consul général de France à Jérusalem.
Pour y pénétrer, la police israélienne a donc besoin d'un mandat.
Il y a eu deux précédents avec les Israéliens
lors de visites de présidents français,
Jacques Chirac en 1996 et Emmanuel Macron en 2020.
Les forces de l'ordre israélienne
ont tenté de pénétrer dans un domaine national français,
mais ont finalement renoncé,
après un rappel à l'ordre ferme de Jacques Chirac à l'époque
et d'Emmanuel Macron.
C'était dans la vieille ville de Jérusalem, à l'église Sainte-Anne.
Et il y a donc trois autres domaines nationaux,
le monastère d'Abu Ghosh à l'ouest de Jérusalem,
le tombeau des rois, toujours à Jérusalem,
et enfin le domaine de l'Héléona, à Jérusalem aussi,
dont il est question aujourd'hui.
Le domaine de l'Héléona, appelé également le paternoster,
car c'est là où, selon la tradition chrétienne,
Jésus aurait enseigné notre Père.
Et trois policiers israéliens armés sont donc entrés illégalement
dans ce domaine de l'Héléona,
où flotte pourtant le drapeau tricolore.
Ils ont insisté pour protéger la délégation française
sur le point de visiter le lieu,
mais la véritable raison, c'est évidemment la volonté
de réaffirmer la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est,
partie de la ville où vivent majoritairement des Palestiniens
qui revendiquent Jérusalem-Est comme la capitale de leur futur État.
Rappelons au passage que la France ne reconnaît aucune souveraineté
ni israélienne ni palestinienne sur la ville,
à cause de son statut conflictuel.
Paris estime que c'est aux Israéliens et aux Palestiniens
de s'entendre sur le statut de Jérusalem.
Et donc, Samy, trois policiers israéliens
entrent illégalement dans le paternoster,
dans ces conditions où le ministre des Affaires étrangères
refuse d'y entrer, en signe de protestation,
et c'est à son départ que la situation dégénère.
Oui, les gendarmes français présents dans le domaine français
avaient demandé quelques minutes plus tôt aux policiers israéliens
de quitter la propriété privée française.
Une fois le ministre parti, les Israéliens ont procédé
à leur arrestation manu militare,
comme vous avez pu le voir sur les vidéos partagées par RFI.
Des vidéos visionnées des millions de fois.
Vous avez une dernière question, Jonathan ?
Quelles conséquences diplomatiques ces arrestations
peuvent avoir sur les relations franco-israéliennes ?
Paris vient de convoquer l'ambassade d'Israël en France.
C'est ce lundi que ça se passe.
Cet incident n'en restera pas là, nous avertit
une source diplomatique française.
Il faut aussi rappeler que toute cette situation
intervient au moment où les relations franco-israéliennes
ont rarement été aussi tendues.
Dans le contexte de la guerre à Gaza,
Paris a appelé, il y a quelques semaines,
à cesser les livraisons d'armes à l'État hébreu.
Cela a provoqué l'indignation du chef de l'État israélien,
Benjamin Netanyahou.