Environnement : se mobiliser pour le biodiversitéoo
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19 nov. 2024
La biodiversité est en danger d'effondrement. Quelles sont les solutions à apporter d'urgence ? Entretien avec l'auteur du livre « Biodiversité, Fake or not » Philippe Grandcolas, écologue et directeur de recherche au CNRS.
Partout sur la planète, la biodiversité est en danger d'effondrement.
Pour en parler, nous recevons Philippe Grancola, écologue et directeur de recherche au CNRS,
auteur de « Biodiversité » dans la collection « Fake or Not » chez Tana Éditions.
Bonjour, merci de nous avoir rejoints.
Dans votre livre, vous faites un état des lieux avec des chiffres alarmants.
Chaque jour, on perd 700 000 milliards d'insectes.
En Europe, 30 % des oiseaux ont disparu en 20 ans.
Les espèces s'éteignent de plus en plus rapidement.
Quelles en sont les causes principales ?
Ces causes ont été synthétisées par le GIEC de la biodiversité, l'IPBES,
qui a signalé que quand on détruit des habitats, des forêts, des zones humides,
on perd les espèces qui se trouvent au milieu de ces habitats.
Quand on surexploite des populations, comme avec la surpêche,
un tiers des stocks de poissons sont en surpêche au niveau mondial.
Évidemment, ces espèces-là sont aussi en voie de disparition.
Enfin, le changement climatique n'a pas que des effets négatifs sur les humains,
mais également sur le reste de la biodiversité.
Par exemple, quand des forêts brûlent.
Et puis, les pollutions, avec notamment tous les intrants agricoles
et les pesticides au premier plan.
Ce sont des milliers de molécules de synthèse aujourd'hui
qui sont mille fois plus toxiques que leurs devancières
et qui posent de graves problèmes à l'ensemble des vivants,
notamment les oiseaux que vous évoquiez,
mais également les insectes dont on dépend pour la pollinisation.
Et puis enfin, le transport d'espèces.
Depuis 50 ans, on y transporte augmenté de 1000%,
et on a des milliers d'espèces exotiques,
y compris certaines qui sont d'ailleurs vectrices de maladies humaines,
d'agents infectieux, qui sont répandues à travers la planète.
Donc voilà, 5 grandes causes de déclin des espèces,
souvent qui travaillent de concert.
Beaucoup d'activités humaines.
Oui.
Alors, comment faire pour éviter que ce phénomène s'accélère ?
Comment protéger la biodiversité ?
Est-ce qu'il existe des solutions ?
Alors bien sûr, effectivement, on sait tous que
quand on protège certaines zones,
par exemple des zones protégées, des parcs nationaux,
les populations à l'intérieur de ces zones se réconstituent un petit peu,
même jusqu'au point de déborder sur les aires adjacentes,
et qui peuvent profiter, aux activités humaines d'ailleurs,
dans les zones adjacentes, comme par exemple la pêche artisanale
à côté des aires marines protégées.
Mais également, il faut restaurer ce qui est restaurable.
Le but, ce n'est pas d'avoir des petits sanctuaires
et puis une nature dévastée autour, bien sûr.
Donc il faut à tout prix restaurer,
ce qui veut dire limiter les pressions humaines également sur ces zones,
restaurer, ça veut dire rajouter un petit peu de diversité d'habitats,
par exemple ne pas supprimer toutes les haies
dans des zones agricoles industrielles,
limiter la quantité de pesticides qui est épandue,
donc favoriser une agriculture un peu plus agroécologique.
Tout ceci nous profite immédiatement,
y compris en conjonction avec l'atténuation climatique,
avec le fait de bénéficier d'un climat moins déréglé.
Et quelles sont les conséquences de la destruction de la biodiversité ?
Alors on peut en citer plusieurs, par exemple le cycle d'eau.
Aujourd'hui, on a plus d'un quart de l'humanité
qui est dans une situation de stress par rapport à l'eau.
On le sait, quand on supprime la végétation,
on perd 60% de l'eau de pluie.
Alors quand il ne pleut pas assez, pour des questions de dérèglement,
on va avoir encore moins d'eau.
Et puis quand, par contre, il pleut beaucoup trop,
comme c'est arrivé récemment dans plusieurs régions d'Europe
et notamment à Valence en Espagne,
on a 60% d'eau en plus qui n'est pas capturée par la végétation,
qui ruisselle et qui inonde.
Donc effectivement, voilà une conséquence.
Il y en a bien d'autres, le plafonnement de la production agricole.
Sans pollinisateurs, on perd beaucoup de production de plantes cultivées.
Et puis l'apparition de maladies infectieuses également,
à cause de notre promiscuité avec des animaux qui sont réservoirs de pathogènes.
Vous écrivez, notre bien-être dépend de notre proximité avec la nature,
qu'il faut se reconnecter à la biodiversité.
Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'aujourd'hui, la plupart des personnes vivent dans des milieux urbains.
Dans les pays du Nord, c'est arrivé depuis quelques décennies.
Mais également maintenant, ça se produit avec les mégapoles
qui se développent dans les pays du Sud.
Et finalement, on n'a plus cette familiarité avec la nature.
On a du mal à se représenter ce que c'est.
On ne comprend pas trop comment ça fonctionne.
Et puis on est stressé, quelque part, par un mode de vie qui n'est pas naturel,
qui n'est pas le mode de vie dans lequel nos ancêtres ont évolué.
Et donc, il faut à tout prix reprendre contact, se familiariser,
comprendre et puis aimer également, puisque quelque part,
au plan psychologique et au plan de la santé humaine,
c'est extrêmement important pour toutes sortes de raisons.
Pour la santé mentale.
Pour la santé mentale, bien sûr, et même pour la santé biologique tout court.
Éviter les particules fines, éviter les polluants,
les moments de surchauffe, faute de végétation.
C'est tout ce à quoi sont exposés les urbains.
Et se reconnecter, ça veut dire végétaliser des villes
et puis sortir un peu des villes autant qu'il est possible.
Et à notre échelle, que peut-on faire au quotidien ?
Vous proposez d'ailleurs dans votre livre un mode d'emploi pour soigner la biodiversité.
Oui, parce qu'effectivement, sans exonérer les dirigeants ou les entreprises
qui ont une responsabilité dans ce domaine, il faut aussi que chacun participe.
Et une manière de participer qui va être agréable,
c'est par exemple de manger en circuit court, local, de saison, des produits bio.
C'est tout à fait possible pour des coûts modiques.
C'est quelque chose de très agréable, ce n'est pas un renoncement.
Ça fait du bien à la santé et ça fait du bien à l'environnement.
De la même manière, si on a la chance de disposer d'un petit coin de jardin,
si on le gère sans pesticides, en diversifiant les habitats avec des plantes locales,
de la même manière, on va favoriser la biodiversité.
Et quelque part, on va lutter contre des espèces qui pourraient nous gêner.
Si on a plus de chauves-souris, on aura moins de moustiques à proximité de son domicile, par exemple.
Vous dites que la biodiversité, c'est avec nous et pour nous.
Est-ce que cela signifie que si l'on protège la biodiversité,
on se protège aussi, on protège notre futur, la génération d'après ?
Oui, tout à fait. La biodiversité, c'est un bien commun.
Et ce n'est pas un bien commun uniquement des personnes qui vivent aujourd'hui,
c'est un bien commun aussi pour nos enfants, nos petits-enfants.
On ne peut pas imaginer qu'ils vivent dans un monde dévasté
où la plupart des grands mammifères, des oiseaux ou des poissons auront disparu,
où les problèmes climatiques se développeront faute de régulation
grâce à la photosynthèse des arbres ou des algues.
Donc, on a absolument besoin de protéger ce bien commun et d'en être conscient.
Donc, il faut donc agir et cela est possible.
Merci Philippe Goncola pour cet entretien.
Je rappelle que vous êtes auteur de biodiversité dans la collection FEC,
hors note, chez TANA Éditions.
