Covid-19 : le monde est-il prêt à affronter une nouvelle pandémie ?
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TV5MONDE Info
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7 Vues de vidéo·11 janv. 2025
Il y a cinq ans, le Covid-19 faisait son apparition en Chine.
La pandémie a fait des millions de morts à l'échelle planétaire.
Elle a aussi déstabilisé et dévasté l'économie mondiale.
Alors, cinq ans après, le monde est-il prêt à affronter la prochaine pandémie ?
Eh bien, pas vraiment, si l'on en croit le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé,
déclaration faite avant-hier à Genève.
Nous sommes toujours vulnérables.
Et à la question que beaucoup de gens me posent, à savoir si nous sommes prêts pour la prochaine pandémie,
je réponds oui et non, parce que nous avons fait un certain travail de préparation,
comme je l'ai souligné.
Mais en même temps, sans une loi internationale contraignante comme l'accord sur les pandémies,
il sera très difficile de faire des progrès vraiment significatifs
en termes de préparation à la prochaine pandémie.
Voilà, et pour en parler, nous sommes ce soir avec deux invités.
Patrice Debré, professeur d'immunologie à Sorbonne Université.
Bonsoir et merci beaucoup d'être avec nous.
Vous êtes membre titulaire de l'Académie de médecine et vous êtes aussi l'auteur du livre
« Les messages de l'ARN » paru chez Odile Jacob.
Et nous avons aussi le plaisir d'accueillir Jean-François Corty.
Bonsoir et bienvenue à vous.
Vous êtes médecin et vous présidez l'ONG Médecins du Monde.
Alors, peut-être une première réaction aux propos qu'on vient d'entendre
au propos du directeur général de l'Organisation mondiale de la santé.
Comment est-ce que vous les comprenez ?
Ça veut dire que finalement, on n'a peut-être pas tiré toutes les leçons de la pandémie de Covid-19.
Oui, et en particulier si nous regardons finalement les méthodes de prévention.
Regardez, aujourd'hui, nous avons deux pandémies.
Nous avons le Covid qui continue et nous avons aussi une épidémie de grippe.
Alors, si nous regardons les personnes vaccinées,
elles sont rentrées quand même par le vaccin et par toute autre méthode de prévention.
Les Français sont vaccinés contre le Covid en majorité aux alentours de 70%
et seulement contre la grippe aux alentours de 40%.
Et encore, cela dépend de certaines classes sociales et classes d'âge.
Par conséquent, nous n'avons pas tout appris encore des bienfaits de la vaccination.
Et de la même manière, sur les autres méthodes de prévention,
le port des masques, le lavage des mains, la manière de se comporter
lorsqu'il y a en face de nous un individu qui tousse et qui ne suit pas ses consignes,
tout ceci nous montre qu'en réalité, il y a encore des leçons à prendre.
Votre organisation Médecins du Monde est en première ligne.
Il y a quand même, j'imagine, des leçons, certaines leçons qui ont été tirées de la pandémie de Covid-19.
Qu'est-ce qui a été amélioré depuis cinq ans dans la gestion des pandémies ?
Je vais répondre à votre question, mais sur la première que vous avez évoquée,
ce qui est important et qui va dans le sens de l'analyse du patron de l'OMS,
c'est qu'au-delà des éléments cliniques et comportementaux que mon collègue vient de rappeler,
on a vu que la crise du Covid nécessitait une réponse à l'échelle internationale
avec une approche multilatérale parce que dès lors qu'il y avait un foyer
sur un endroit de la planète, ce foyer pouvait concerner ensuite l'ensemble de la planète
et de la population compte tenu de la nature du virus, de sa propagation et de ses effets.
Donc ce que dit le patron de l'OMS, c'est qu'encore aujourd'hui, comme à l'époque, il y a cinq ans,
les instances de gouvernance internationale qui nécessiteraient un travail collectif de tous les pays,
notamment en termes de partage de connaissances sur la thérapeutique, sur les vaccins,
le partage de tout ce qui relève des outils de prévention, masques et autres, les huracaniques,
bref, toute une politique de coordination nécessaire à l'échelle internationale,
au travers notamment d'accords, ne sont pas encore finalisées et ça, c'est problématique
parce que ça risque, s'il y a une nouvelle épidémie, de renvoyer aux mêmes erreurs qu'on a observées,
que ce soit au travers des difficultés d'approvisionnement en outils de prévention,
soit masques et gel hydroalcoolique, par exemple, où on a vu une stratégie de captation de certains États,
que ce soit en matière d'échanges de savoirs autour notamment des vaccins et de la thérapeutique,
étant entendu que, notamment sur les vaccins à ARN, il y a eu une appropriation, on va dire,
par le Nord aux dépens des pays du Sud et ça, c'est un sujet sur lequel il faut encore avancer.
Alors justement, j'allais y venir, vous parlez d'approche internationale,
il y a un fait qui a quand même été très frappant au moment de cette pandémie de Covid-19,
c'est finalement les inégalités dans l'agestion de la crise entre les pays du Nord et les pays du Sud
et en particulier concernant cette question de l'accès aux vaccins,
ces inégalités, est-ce qu'elles ont pu être réduites depuis cinq ans ?
À vrai dire, là aussi, je vais vous répondre oui et non.
Il y a certainement des choses qui ont été faites et en particulier un certain nombre de,
on va dire, d'avancées, de transferts technologiques qui ont été faits vers le Sud global,
mais il reste beaucoup à faire et c'est certainement une des préoccupations les plus importantes que nous avons à faire.
Gardons cette idée d'égalité.
La question la plus directe, c'est finalement, est-ce que les pays africains, en cas de nouvelle pandémie,
vont rester peut-être en marge des soins comme ils ont pu l'être pour certains au moment de la pandémie de Covid-19 ?
D'abord, là, on se place dans un conditionnel, mais si on regarde aujourd'hui,
c'est évident, et ça fait partie des luttes que nous avons,
aussi bien au niveau de l'Académie de médecine, des différentes institutions françaises,
qu'à l'échelle internationale, pour faciliter ce transfert technologique vers le Sud global.
En tout cas, cette notion de préparation qui doit exister et notamment l'accès,
l'accès aux vaccins, bien sûr, en même temps qu'il faut expliquer,
il faut continuer à expliquer et faire comprendre à la fois ce qu'est un virus,
comment et pourquoi servent les mesures de prévention dont nous parlons, un vaccin notamment,
et introduire toutes ces notions modernes que nous avons apprises à la suite de la lutte contre le Covid-19
et qui font maintenant partie des panoplies les plus importantes de lutte contre ces futures pandémies.
Le Covid-19, on en parle quand même beaucoup moins aujourd'hui, même s'il est toujours présent.
On attend, mais par exemple, le Covid a atteint, on le sait, ce sont les chiffres de l'OMS,
plus de 777 millions de personnes. Il a tué plus de 7 millions de personnes dans le monde.
C'est ce que dit l'OMS et l'OMS dit probablement beaucoup plus en réalité.
Aujourd'hui, très concrètement, le Covid-19 continue de tuer dans le monde.
Oui, absolument. En France, ça reste encore une pathologie qui tue,
notamment les personnes avec des pathologies, des comorbidités, des personnes fragiles,
aussi des personnes précaires. On a vu, en revanche, plusieurs territoires,
notamment du Nord, avec des populations vieillissantes, qui étaient plus exposées
à des mortalités que ce qui a pu se passer sur, notamment, le continent africain,
parce que vous faisiez référence. Il y a sur le continent africain, finalement,
assez peu de mortalités, même si on a des doutes sur les chiffres qui sont sortis,
avec une forte résilience et des territoires comme l'Afrique du Sud ou l'Afrique du Nord
qui ont été plus touchés que d'autres pays.
Donc, ce qui est important à garder en tête, c'est que pendant cette épidémie,
il y a eu des inégalités, y compris au sein même des pays du Nord.
En France, par exemple, les personnes âgées ont été particulièrement exposées,
des populations précaires aussi, qui cumulaient différents déterminants de précarité,
que ce soit des maladies, mais aussi des précarités sociales.
Et certains pays, ensuite, notamment du Sud global que vous avez évoqué,
ont eu des difficultés à pouvoir s'approvisionner en vaccins,
et notamment en vaccins à ARN, essentiellement, qui ont été captés par les pays du Nord.
Et on a vu, dans ces conditions, une diplomatie du vaccin qui s'est développée,
avec des pays comme la Chine et comme la Russie, qui ont su profiter de cette fenêtre,
géopolitique, pour renforcer des partenariats avec certains pays du Sud global.
Et donc, on a vu des pays comme le Maroc, mais aussi d'Afrique centrale ou du Sud,
bénéficier d'un plus grand accès à des vaccins issus de la Russie et de la Chine.
Et donc, dans ces conditions, augmenter leurs échanges et l'influence qu'ont ces pays sur le continent africain.
Et ça, c'est quelque chose que l'on paye encore aujourd'hui dans la défiance qui existe
entre le Sud global et le Nord, et sur lequel il va falloir avancer.
— Patrice Debré, les futures générations connaîtront nécessairement aussi de nouvelles pandémies,
peut-être de nouveaux confinements. C'est un phénomène inévitable.
Les pandémies sont cycliques dans l'histoire de l'humanité.
— Les pandémies font partie de l'histoire de l'humanité, comme vous le savez.
Et en particulier, elles semblent être apparues déjà au niveau de la préhistoire,
au moment où les animaux ont rencontré les hommes au cours de leur domestication.
C'est comme ça que le bœuf nous a apporté la tuberculose et la bariole,
que le mouton nous a apporté l'anthrax, que le poulet nous a apporté la grippe.
Et en fait, par la suite, nous avons vu des pandémies se répéter.
Souvenez-vous des pestes. C'est comme ça que nous avons appris à les connaître petit à petit.
Souvenez-vous aussi des travaux de Louis Pasteur pour la démonstration
que ces maladies infectieuses étaient bien liées à des agents microbiens.
Nous allons, on pourrait presque le prédire, connaître,
et les générations futures certainement aussi, de nouvelles pandémies.
C'est pourquoi, vous avez commencé ainsi, il faut aussi préparer.
— Et ça, c'est possible ? On peut anticiper justement ces pandémies ?
— On peut anticiper l'idée qu'il y aura certainement,
enfin, très probablement de nouvelles pandémies qui vont apparaître.
Mais savoir lesquelles, où, et dans quelles conditions, c'est souvent difficile.
Et pourtant, ces conditions, on les connaît, puisque certaines d'entre elles,
qui sont liées à l'environnement, qui risquent d'être liées aux modifications climatiques,
qui sont liées à la poussée, on va dire, démographique,
aux déforestation, aux problèmes de transport, et principalement des migrations humaines,
nous savons qu'elles existent déjà.
Et par conséquent, qu'il y a des sources sur lesquelles nous pouvons réfléchir,
nous pouvons essayer de lutter, des sources possibles de contamination,
en tout cas de transmission de virus.
— C'est-à-dire que, moins on déforeste, par exemple,
plus on réduit le risque de contamination et d'apparition ?
— Oui, vous avez à ce moment-là des bouleversements dans la biodiversité,
en particulier des vecteurs, qui sont ces animaux,
qui transmettent à partir des réservoirs vers l'homme de possibles pathogènes.
Nous savons que c'est une des sources possibles de contamination
et de transmission des pathologies infectieuses.
— Alors je voudrais qu'on parle à présent de la France,
puisque dans l'Hexagone, on observe aujourd'hui
une hausse significative des cas de grippe.
L'afflux de patients dans les hôpitaux est très important.
Le dispositif plan blanc a été déclenché dans 87 établissements.
Écoutons à ce sujet le ministre français de la Santé.
— Le chiffre est autour d'une centaine de plans blancs qui est activés,
ce qui est important, mais qui, par rapport à 3 000 établissements de soins,
à peu près 700 qui accueillent des urgences,
c'est une centaine d'établissements.
C'est toujours 100 de trop, mais c'est une façon aussi de pouvoir s'organiser,
de prendre en charge tous les patients et de ne pas oublier
qu'il y a l'épidémie de grippe,
mais il y a aussi toutes les autres pathologies qui demeurent.
Il va malheureusement continuer à avoir des infarctus, des AVC,
des choses comme ça.
Donc c'est bien de pouvoir s'organiser au mieux.
C'est l'objectif de ces plans blancs.
— Voilà. Pour les propos du ministre français de la Santé,
Jean-François Corti, vous nous disiez tout à l'heure
que le Covid continuait à tuer.
Est-ce que la grippe est plus dangereuse aujourd'hui que le Covid-19 ?
— Je crois qu'elle tue autant.
Je n'ai pas les chiffres précis en tête,
mais elle est très présente, vous l'avez rappelé aujourd'hui.
Chaque année, elle revient à la même période,
à la différence du Covid qui peut revenir toute l'année
et qui tue encore plusieurs milliers de personnes.
Ce qui est intéressant, ce qui vient d'être dit,
c'est qu'on voit que notre système de santé,
qui reste performant, est perturbé par ces maladies
qui reviennent régulièrement.
Et d'ailleurs, le Covid a révélé...
Non seulement a été un révélateur d'accélération de précarité,
mais aussi a mis en tension tous les systèmes de santé,
y compris ceux des pays les plus riches.
Il a fallu trier les malades.
Il a fallu faire des choix quasi de médecine de guerre,
parce qu'à un moment donné, il fallait réserver des ressources
pour pouvoir soigner les personnes
qui avaient le meilleur pronostic potentiel.
Là, sur la grippe, on n'en est pas encore là,
mais le fait qu'il y ait un pan blanc signifie
qu'il y a une tension assez forte sur notre système de santé,
qu'il faut malgré tout aussi assurer la prise en charge
des autres pathologies.
Voilà, et donc ça renvoie à une question plus globale
de peut-être réfléchir à davantage de moyens
pour nos services publics.
Une question qui revient régulièrement,
mais qui est accentuée en période de crise
comme celle qu'on vit aujourd'hui.
On sait aujourd'hui que certaines pharmacies françaises
manquent de vaccins contre la grippe.
Comment est-ce que vous, vous l'expliquez ?
Je n'ai pas d'explication particulière.
Et vous, par exemple, concernant le médecin du monde,
quand vous faites des campagnes de prévention,
compte tenu des moyens dont vous disposez,
est-ce que vous choisissez de mettre l'accent
plutôt sur la lutte contre le Covid-19
plutôt que sur la grippe ?
Comment est-ce que ça se passe en interne ?
Aujourd'hui, en France, on n'est pas dans une situation
de devoir faire un tri des patients
en fonction de leur pathologie,
de l'accessibilité aux médicaments.
Le système de santé, on va dire, de droit commun,
il fonctionne relativement bien.
Nous, le rôle du médecin du monde,
c'est de permettre aux personnes
qui sont éloignées des dispositifs de soins
de faire les premiers soins
et de les rebasculer vers le droit commun.
Donc aujourd'hui, on n'a pas de difficulté
à référer les malades sur des phases aiguës.
La difficulté qu'on a, c'est de continuer à défendre
l'aide médicale d'État, par exemple,
des dispositifs pour les personnes
dans des situations administratives précaires,
qui est en permanence attaquée
par différents acteurs politiques
qui considèrent qu'il faut dissocier
les bons des mauvais malades.
Or, ces périodes épidémiques le rappellent,
tout le monde doit être vacciné,
qu'on soit avec ou sans papier,
et c'est dans l'intérêt général.
Alors, je voudrais vous faire écouter
des derniers propos,
ceux du directeur exécutif du programme
des urgences sanitaires de l'OMS, Mike Ryan,
qui a alerté cette semaine
sur la réapparition de vieilles maladies.
On l'écoute.
Si vous regardez autour de vous,
nous voyons réapparaître les maladies
transmises par les rongeurs,
les maladies à transmission vectorielle
et bien d'autres encore.
Le choléra est une honte.
C'est une maladie du 19e siècle.
Nous avons des épidémies de diphtérie
dans tout le Sahel.
Nous devrions avoir honte collectivement
de laisser réapparaître des maladies
que nous avions maîtrisées.
Et c'est parce que nous n'investissons
pas assez dans la santé,
que nous ne consacrons pas assez d'argent,
que nous ne franchissons pas
les barrières de l'environnement
et des animaux.
Et je ne dis pas cela de manière négative.
Je dis que c'est un appel à l'action.
Voilà, et un dernier mot pour conclure.
Il nous reste une dizaine de secondes,
Patrice Debré, pour nos téléspectateurs.
Comment concrètement est-ce qu'on se protège
des contaminations et ces divers virus
et épidémies ?
Je crois que nous avons appris
beaucoup par le Covid.
Mais si vous m'avez,
si je peux dire, invité aujourd'hui,
c'est aussi pour dire
que la recherche est importante.
Se protéger par toutes les mesures
que nous avons déjà citées
au début de cette émission.
Et je voudrais faire ce plaidoyer
vers la recherche.
Nous avons appris
ce qu'étaient ces nouveaux vaccins,
ces vaccins du futur,
à travers l'ARN
que j'ai donc décrit et écrit dans mon livre.
Et par conséquent,
j'aurais ici envie de vous faire ce plaidoyer.
Derrière toutes les mesures
que nous avons aujourd'hui,
il faut subvenir à toutes ces problématiques
à travers la recherche.
Voilà, et on rappelle l'importance
des gestes barrières.
Merci beaucoup à tous les deux.
Patrice Debré et Jean-François Corty.
