En Australie, une loi interdisant l’usage des réseaux sociaux aux personnes de moins de 16 ans a été adoptée. Comment expliquer une loi aussi sévère ? Comment les autorités australiennes comptent-elles l’appliquer ? D'autre pays pourraient-ils s’inspirer de cette nouvelle mesure ? Avec Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences Po, entrepreneur, spécialiste des médias sociaux. #australie#réseauxsociaux#canberra 🔔 Abonnez-vous à notre chaîne : https://rfi.my/YTfr 🔴 Suivez RFI en DIRECT vidéo ici : https://rfi.my/YTliveFR 🌍 L’actualité du monde et de l’Afrique en direct : https://www.rfi.fr/fr/ Rejoignez-nous sur Facebook : https://rfi.my/FBfr Suivez-nous sur X (Twitter) : https://rfi.my/Xfr Découvrez l’actu en images sur Instagram : https://rfi.my/IGfr Recevez les dernières infos sur Telegram : https://rfi.my/TGfr
Bonjour Nathalie, comment vous allez ?
Je vais très bien.
En Australie, une loi interdisant le usage des réseaux sociaux aux personnes de moins de 16 ans vient d'être adoptée.
Comment expliquer une loi aussi sévère ? Comment les autorités australiennes comptent-elles l'appliquer ?
Bonjour.
Merci d'être avec nous. Vous êtes aussi enseignant à Sciences Po, entrepreneur.
Alors c'est vrai que l'Australie apparaît avec le vote de cette loi comme l'un des pays les plus sévères en ce qui concerne la régulation de l'usage des réseaux sociaux.
Que dit d'abord exactement cette loi et pourquoi ce choix des autorités australiennes ?
L'Australie, qui a toujours été à l'avant-garde des lois de censure sur Internet et ce depuis plus de 10 ans, a tout simplement décrété qu'en dessous de 16 ans, vous n'auriez plus le droit d'accéder aux réseaux sociaux.
Par contre, elle s'est bien gardée de préciser comment, d'un point de vue technique, tout cela allait fonctionner.
Et à vrai dire, personne ne sait réellement comment cela peut fonctionner.
Il y a deux voies possibles.
Une première voie qui est relativement fantaisiste.
On a vu dans les bureaux de tabac en France naître des technologies qui, à partir d'une photo de votre visage, estiment votre âge.
Mais tout cela est très approximatif.
C'est très aléatoire.
Il y a une version beaucoup plus efficace qu'a pris la Chine bien avant le monde occidental, qui consiste à identifier toute personne se connectant à Internet.
Et là, effectivement, en Chine, on ne peut pas accéder aux réseaux sociaux avant un certain âge.
On ne peut pas faire, si on est mineur, plus d'une heure de jeux vidéo par jour.
Il y a tout un tas de restrictions qui s'appliquent aussi bien aux mineurs qu'à la population adulte.
Et c'est la voie sauvée.
On ne peut pas non plus mentir sur sa date de naissance, comme l'ont fait des centaines de milliers d'utilisateurs de Facebook au début de sa mise en ligne.
Est-ce que tous les réseaux sociaux sont concernés ?
J'avais cru comprendre qu'il y avait une tolérance pour WhatsApp et pour YouTube.
Est-ce qu'on pourrait continuer à communiquer par message avec ses proches et à écouter de la musique ou regarder des clips ?
WhatsApp et YouTube font exception pour une simple raison.
C'est que le système éducatif australien est beaucoup plus avancé que le nôtre.
Et que ces outils-là sont devenus totalement indispensables pour l'éducation nationale australienne.
Ce qui n'est pas du tout le cas chez nous.
Du coup, il paraît invraisemblable d'interdire aux jeunes d'accéder à YouTube.
Parce que concrètement, c'est là qu'ils apprennent.
C'est là que les enseignants les envoient pour approfondir leurs cours.
Et quant à WhatsApp, c'est devenu un outil absolument indispensable.
C'est un outil de travail.
En revanche, Facebook, Instagram, X, TikTok, ça sera non pour les moins de 16 ans en Australie.
Vous disiez que l'Australie était pionnière.
Et c'est vrai que cette loi a le soutien des Australiens, selon un dernier sondage.
77% de la population est en faveur de cette interdiction, nous rapportait notre correspondant.
Même si on ne voit pas exactement comment la faire respecter.
Ali, vous aviez une autre question rapidement pour Fabrice Eppelbouin.
Est-ce que d'autres pays pourraient s'inspirer de cette nouvelle loi ?
Fabrice Eppelbouin, comment voyez-vous cette initiative australienne ?
Est-ce que c'est le début d'une série d'interdictions ou ça va rester isolé ?
Quelle est la dynamique en ce moment ?
La dynamique actuelle, c'est une scission entre d'un côté les Etats-Unis
qui de nouveau deviennent l'échantillon de la liberté d'expression et du premier amendement
et qui ont visiblement l'intention de l'imposer à leur colonie, à commencer par l'Europe.
L'Australie n'étant pas du tout une colonie, l'Australie est un allié au sein des Five Eyes,
donc il n'a pas du tout le même statut.
Et puis tout un tas de pays occidentaux qui, eux, vont plutôt vers plus de censure,
plus de contrôle de la liberté d'expression et un encadrement beaucoup plus étroit des citoyens.
C'est vraiment le gros enjeu vis-à-vis de la liberté d'expression
et techniquement vis-à-vis des réseaux sociaux qui divise le monde occidental à l'heure actuelle.