Le 15 décembre le pape sera à Ajaccio pour participer à un colloque sur la religiosité populaire, un thème qui lui est cher. En outre, la Corse a eu un lien privilégié avec le Saint-Siège depuis les origines. Les confréries en particulier sont un lieu clef de la présence de l'Eglise dans tous les milieux. Des gens ordinaires animent les chants, les funérailles, la semaine sainte, etc. C'est un signe parmi d'autres d'une foi qui passe par le corps, par le chair, par les gestes, par le chant. Un signe d'incarnation. Jésus lui-même a eu des initiatives analogues proches des gens simples, par exemple sa bénédiction des bébés ou la conception du Notre Père. La dévotion populaire peut être une belle échelle vers l'évangile et vers le ciel : réjouissons-nous-en ! Une chronique avec le père Marc Rastoin.
Quelques jours après la réouverture solennelle de Notre-Dame, le pape François sera à Jaxio,
en Corse. Alors pourquoi ? Car beaucoup se posent la question.
Tout d'abord parce qu'il y a un colloque sur la religiosité populaire en Méditerranée.
C'est une question qui l'intéresse depuis longtemps. Il avait été à une réunion
à Naples il y a quelques années. Il en a parlé aussi à Marseille avec des délégués
de toute la Méditerranée. C'est une question qu'il considère être fondamentale pour
cet espace méditerranéen. Ensuite, la Corse a des liens très particuliers
avec le Saint-Siège. Ce n'est sans doute pas assez connu. La Corse a longtemps dépendu
directement du Saint-Siège. Il y avait une gare de Corse par exemple. Les relations entre
la Corse et le Vatican ont toujours été très étroites. Il est assez curieux d'ailleurs
que dans ce cadre-là, aucun pape n'y avait encore jamais été.
Enfin, ce sujet de la religiosité populaire travaille profondément le pape.
De quoi s'agit-il ? Il s'agit de ces gestes, de ces rites qui sont parfois liés à des
villages, à des lieux, à des dévotions et qui aident le peuple croyant à s'approcher
de Dieu. Il y a en Corse notamment une réalité très
importante, les confraternités, les confréries. Elles réunissent plus de 2000 hommes. Ils
peuvent être boulangers, pompiers. Ils animent les funérailles, ils chantent les grands
messes, ils participent à la semaine sainte. Ils sont présents dans la vie des paroisses.
C'est une fantastique occasion pour des gens ordinaires d'être vraiment associés
à la vie de l'Église. C'est pourquoi d'ailleurs, à cette rencontre, il y aura des gens du
sud de l'Espagne, de la Sardaigne, de la Sicile où ces réalités sont importantes.
Cela nous donne des idées. D'ailleurs à noter, soit dit en passant, qu'il y a maintenant
une confrérie de femmes depuis 2012. Tout ceci nous montre que la foi passe par
le corps, passe par la chair, passe par des gestes, passe par des chants. Elle s'incarne.
Nous sommes une religion de l'incarnation. C'est très important de voir combien cette
religiosité peut mener à l'Évangile. D'ailleurs, Jésus lui-même dans l'Évangile
montre qu'il était sensible à cette piété populaire.
Je prends deux exemples simples. D'abord le fait, tout à fait original et unique à
l'époque, qu'il bénissait les bébés que les mamans présentaient. C'est vraiment
une dévotion naturelle, un geste de piété. Demander à l'homme de Dieu de bénir les
bébés. Les disciples sont très choqués, voire scandalisés, mais Jésus les écarte
et dit non, c'est ainsi que je veux faire. Par ailleurs, Jésus participait au culte
synagogal ordinaire, aux prières longues de la synagogue. Mais il invente pour ses
disciples une prière courte, facile, le Notre Père, qu'il leur transmet en dehors du
culte public principal. On voit son attention à proposer des formes
d'enracinement de la foi qui soient très incarnées, très concrètes, accessibles
à tous. Ces gestes de piété populaire, qui rappellent l'incarnation de notre foi,
notre humanité, notre patte humaine partout dans le monde, peuvent être une fantastique
échelle pour nous mener à l'Évangile et pour nous mener à Dieu.
Donc, soyons reconnaissants et unissons-nous à la joie des corses qui accueillent pour
la première fois le pape chez eux. Et bonne préparation à Noël !