Notre-Dame, un chantier pharaonique
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2 Vues de vidéo·7 déc. 2024
Notre-Dame de Paris rouvre ses portes ce samedi. Co-coordinatrice du chantier, Aline Magnien revient sur les travaux titanesques entrepris.
Le 15 avril 2019, un incendie ravageait Notre-Dame de Paris après 5 ans de travaux titanesques et la participation de 2000 artisans, elle rouvre ses portes ce samedi.
Aline Magna, ancienne directrice du laboratoire de recherche des monuments historiques, chargée par le ministère de la culture, de suivre le chantier scientifique de la cathédrale, est avec nous sur ce plateau.
Bonjour, merci de nous avoir rejoints. L'inauguration de Notre-Dame a lieu aujourd'hui, un événement historique suivi dans le monde entier.
Si on va regarder une image de Notre-Dame aujourd'hui, restaurée, c'est impressionnant. Pour vous, que représente sa réouverture ? Une renaissance, un exploit ?
Une renaissance, oui, après non seulement de longs travaux et un incendie qui l'avait, pas détruite, loin de là, mais évidemment sérieusement abîmée.
Et puis, la satisfaction du travail accompli et effectivement une restauration, mais aussi quand même, Notre-Dame avait besoin d'une grosse restauration.
Son état avant les travaux et avant l'incendie n'était pas des meilleurs. Donc là, ça a été l'occasion vraiment de lui redonner une seconde jeunesse.
Les couleurs sont différentes, ça vous plaît ?
C'est beaucoup plus clair. Je crois qu'on avait pris l'habitude d'un édifice assez sombre, noirci par la fumée des voitures, par la respiration des fidèles et des visiteurs, par l'encens, etc.
Donc, l'intérieur de la cathédrale était assez sombre. Là, on a une grande clarté.
L'incendie avait suscité, on l'a vu dans notre reportage, une émotion internationale. Comment expliquer cet attachement à ce monument parisien ? Qu'est-ce qu'il symbolise ?
L'émotion, je pense qu'elle est née aussi de... Alors en France, personnellement, je l'attribue quand même aussi à une longue succession entre 2015 et 2019,
d'attentats divers, d'épisodes douloureux pour la France, pour les Parisiens. Et donc, lors de l'incendie, la crainte que ça ne recommence, en quelque sorte.
À l'échelon international, je crois que vous avez parlé dans le sujet précédent des Américains, je crois que Notre-Dame, effectivement, a une longue histoire dans la nation française.
Et depuis 2 siècles, depuis Napoléon et son sacre, puis avec la République, est devenue la cathédrale de la nation. Et les guerres mondiales, qui impliquaient des partenaires lointains, ont renforcé cette présence.
Vous avez suivi le chantier de restauration et vous avez aussi participé au chantier scientifique comme coordonnatrice pour le ministère de la Culture. Un chantier scientifique inédit.
En quoi consistait votre travail ? Quelle était votre mission ?
Alors, on a été chargés par le ministère et par le CNRS à quatre de coordonner les très nombreuses propositions de recherche qui ont émané immédiatement des spécialistes de Notre-Dame,
des spécialistes de l'architecture gothique, des spécialistes des matériaux. Et donc, notre travail a été de coordonner, de regrouper les forces et de faire travailler ensemble,
d'aider à faire travailler ensemble des gens qui avaient des cultures très différentes du point de vue scientifique, des gens des laboratoires du ministère, du CNRS, de l'université,
qui avaient, là encore, des historiens et des scientifiques. Et on voit les images de la reconstitution par Dassault Systèmes de Notre-Dame et on voit bien, effectivement, une partie de ce qui a été utile et utilisé pour ce chantier scientifique.
Et quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été confrontés et pour quelles raisons ?
Alors les difficultés, elles se sont relativement aplanies, mais c'est vrai qu'il y avait des difficultés liées à l'organisation du chantier, qui avaient besoin d'avancer très vite.
Les scientifiques n'ont pas tout à fait le même rythme que des travaux de restauration menés parfois tambour-battant. Et donc, il a fallu, avec l'aide de l'établissement public, coordonner et aider les chercheurs à trouver leur place.
Il a fallu aussi aider les gens à travailler, des gens qui ne se connaissaient pas, qui travaillaient sur des sujets proches, mais qui n'avaient jamais travaillé véritablement ensemble, à se parler.
L'aspect très pluridisciplinaire du chantier, qui est une de ses grandes richesses et un de ses grands intérêts, c'est aussi en même temps une complexité.
Un jumeau de Notre-Dame a été créé une cathédrale numérique. Comment vous a-t-elle aidé ? Elle constitue un outil exceptionnel, tant pour les architectes chargés de la restauration que pour les scientifiques.
Alors cette cathédrale numérique, elle a été, et je dois dire qu'elle a été très utile au moment du confinement, où l'accès au chantier n'était plus possible, ou pendant la Covid, où les chercheurs étaient eux-mêmes confinés chez eux.
Et le fait d'avoir cette cathédrale numérique a été aussi l'occasion de mettre dans ces fichiers, de verser et de travailler à distance et de manière numérique.
Donc ça a été un outil de travail. C'était un outil de travail pour les architectes parce que ça a permis de visualiser un certain nombre de choses.
Et c'est un outil, on l'a vu avec ce que vous avez montré de Dassault Systèmes, aussi pour visualiser et replacer, par exemple, pour le bois, sur les extras d'eau, sur le dessus de voûte.
Les bois qui étaient tombés ont été relevés, numérisés, replacés, et ça permet de reconstituer la charpente d'une certaine manière grâce au numérique.
Une dernière question rapidement. Qu'est-ce que la science a révélé de Notre-Dame de Paris ? Il y a eu des découvertes, vous m'avez dit, sur le chantier scientifique.
Alors il y a eu des découvertes, bon, les découvertes les plus prestigieuses ou les plus flagrantes, c'est l'archéologie qui les a faites, mais c'est vrai que la connaissance accrue de Notre-Dame,
pour le métal, par exemple, on savait que les cathédrales du XIIIe siècle avaient utilisé le métal, là on a la conviction désormais que le XIIe aussi a utilisé le métal.
On a découvert des traces de polychromie qui avaient disparu au fil des siècles et qui permettent de comprendre quelles étaient les couleurs utilisées à Notre-Dame.
Il y a eu beaucoup de découvertes qui ne vont pas forcément révolutionner complètement le savoir mais qui permettent d'avancer.
Merci beaucoup Aline Magnin pour cet entretien, merci d'être venue sur le plateau de TV5Mondes.
Merci de m'avoir invitée.
