Alain Duhamel : "Jacques Chirac a un problème avec les mots" l Interview l ONPP
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Invité dans l'émission "On ne peut pas plaire à tout le monde" en janvier 2006, Alain Duhamel se confiait sur sa vie.
"On ne peut pas plaire à tout le monde", également connue son l'acronyme "ONPP", est une émission de talk-show, diffusée de 2000 à 2006, présentée et animée par Marc-Olivier Fogiel.
#talkshow #clash #interview
Les données aux pauvres, on accueille quand même Alain Diamel, les prétendants de 2007.
Alain Diamel, bonsoir.
Merci d'être là avec un livre pour vous balancer une fois n'est pas coutume.
On va tout de suite évacuer le sujet qui fâche, c'est Golen Royale.
Le bouddhiste.
Pardon ?
Pas le bouddhiste.
C'est Golen Royale.
Elle n'est pas dans votre livre.
Non.
Et pourquoi ? Elle, elle est mécontente.
Oui, oui, elle est mécontente.
Elle balance un peu sur vous, mais vous ne l'avez pas vu venir, mais c'est Golen Royale.
Pour vous, elle n'est pas présidentiable.
Pas du tout ça.
D'ailleurs, dans le livre, je le dis au passage, pas longuement, mais je le dis au passage, pourquoi elle n'y est pas.
L'objectif du livre, c'est d'essayer d'évaluer les chances, les qualités et les défauts de ceux dont, à tort ou à raison, je pense qu'ils ont une chance d'être jusqu'au bout candidats.
Elle, pour vous, n'est pas du tout...
Et je ne crois pas qu'elle sera la candidate ou le candidat du Parti Socialiste.
Mais je peux me tromper.
Mais je ne crois pas.
Elle, elle dit que vous êtes limite machiste.
Oui.
Elle dit, j'observe Alain Duhamel avec ses critiques, ce qui est amusant, c'est ce qu'ils prononçaient les mêmes à l'égard de François Mitterrand, 1935, quand il soutenait Giscard en 81.
Absolument.
Vous remarquerez que c'est un peu contradictoire ce qu'elle dit.
À la fois, il dit ça parce qu'il est machiste et en même temps, il disait la même chose de Mitterrand.
Donc vous n'y croyez pas à Ségolène Royale.
Je ne disais pas du tout la même chose de Mitterrand, soit dit en passant.
Donc vous n'y croyez pas du tout à Ségolène Royale, pour commencer.
Je pense que Ségolène Royale est une femme qui a des qualités politiques, qui est une femme qui a de l'intuition politique, qui est une femme qui a le sens du moment, ce qui est assez rare en politique.
C'est déjà pas mal.
Qui est une spécialiste de la communication politique avec ce que ça implique d'artifice.
Bon, cela dit, je pense que quand il s'agit de choisir le Président de la République ou la Présidente de la République, il faut le faire en fonction de son expérience, de ses compétences présumées en tout cas, et des convictions qu'on lui connaît.
Et moi, ce qui me frappe chez Ségolène Royale, c'est qu'elle parle très bien de la vie quotidienne, qui n'est pas quelque chose de négligeable.
Qu'elle parle très bien des mœurs, qui n'est pas non plus quelque chose de sans intérêt, mais que, alors qu'elle est quand même parlementaire depuis 18 ans et qu'elle a été 4 fois ministre,
elle n'a jamais pris de position sur les sujets qui relèvent du Président ou de la Présidente de la République.
C'est le contraire, par exemple, de Michèle Bachelet, qui, elle, a été ministre de la Défense, ministre de la Santé.
Vous voulez dire qu'elle a été scrédibilisée là-bas au Chili ?
Je pense qu'elle n'y a pas été de façon totalement désintéressée par le plus grand des hasards. Il me semble qu'elle n'avait pas prévu d'y aller avant.
Alors, vous parlez de Jacques Chirac. On va les prendre les uns derrière les autres et puis vous pourrez réagir.
Sur Jacques Chirac, vous n'allez pas avec le dos de la cuillère. Vous dites, par exemple,
« Il ne serait naturellement pas raisonnable que Jacques Chirac brigue l'an prochain un troisième mandat.
Agé de près de 75 ans, il pourrait difficilement prétendre incarner l'avenir de la France.
Depuis l'accident vasculaire cérébral qui l'a contraint à une hospitalisation d'une semaine à l'hôpital du Val-de-Grâce en septembre 2005,
son âge l'a brutalement rattrapé. »
Donc, le même argument que Jospin. Il est vieilli, il est usé, etc. Ça n'a pas porté chance à Yannel Jospin, avec qui vous avez fait un livre.
La différence, c'est que moi, je ne suis pas candidat. Donc, ça ne me pose aucun problème.
Mais ça a été mal ressenti par les Français.
Je dis les choses comme je les sens. Je pense que ça serait du gâchis pour tout le monde, pour lui aussi, d'ailleurs.
Mais pas qu'en raison de son âge, en raison de son bilan.
Vous dites même qu'il n'a pratiquement pas de sujet sur lequel il n'ait pas changé d'avis en politique économique et sociale.
Il a tout proposé, tout récusé, tout employé, tout rejeté.
Il varie comme ses prédécesseurs, mais sur un ton si péremptoire que cela se remarque dix fois plus.
Vous l'aimez, lui, apparemment.
Oui, enfin, il a en même temps des convictions sur des sujets auxquels je tiens et pour lesquels je le respecte,
par le rapport à la xénophobie, au racisme, en simplifiant la République.
Là-dessus, il est assez constant. Sur le reste, il est totalement variable et inconstant, oui.
Vous écrivez même. On n'imagine pas rédigeant ses mémoires.
Il n'aime pas écrire, ni entrant dans le club des hommes d'État à la retraite qui se transforme en conférencier.
Les discours, ce n'était pas son point fort.
Ça ne l'est toujours pas.
Pardon ?
Ça ne l'est toujours pas.
Il est habillé pour l'hiver.
C'est assez curieux parce que je le connais bien. C'est un homme qui est très intelligent,
mais qui a visiblement un problème avec les mots, et les mots écrits et les mots oraux.
On a l'impression que dès qu'il doit s'exprimer sur un sujet dont il est quand même le premier responsable théoriquement en France,
on a l'impression qu'il bloque, et donc qu'il fait un espèce d'énorme effort sur lui-même.
Bonjour, je suis Jacques Chirac.
Vous avez remarqué d'ailleurs que quand il parle devant un prompteur, il ne se contente pas de parler, il mime ce qu'il dit.
Il lève les sourcils, il baisse les sourcils, il élargit la bouche, il bouge à gauche, il bouge à droite, plutôt à droite d'ailleurs.
Alors, des points communs entre Dominique de Villepin et Laurent Fabius.
Vous les trouvez tous les deux assez prétentieux.
Vous écrivez sur Fabius, il peut se montrer glacial et cinglant, il toise François Hollande de haut,
ne s'est jamais résolu à placer Lionel Jospin sur le même pied que lui,
ne parvient pas à considérer que Dominique Strauss-Kahn court dans la même catégorie que lui.
Et Sire de Villepin, vous écrivez, il regarde de haut Jean-Louis Debré, qui l'utilise sans le considérer,
il n'a cessé de voir en Michel-Hélio Marie une simple subordonnée, il se montre hautain avec Jean-Louis Borloo,
Oui, c'est absolument vrai. Enfin, en tout cas, c'est ce que j'ai observé.
Laurent Fabius...
Vous ne trouvez aucune qualité ?
Si, je le dis, les qualités qu'ils ont aussi.
Laurent Fabius, par exemple, c'est évident qu'il a une envergure personnelle, c'est évident.
C'est évident qu'il a une expérience personnelle, c'est évident qu'il a des convictions,
ce ne sont pas les miennes, mais il a des convictions.
Laurent Fabius, vous dites dans le livre en même moment, un peu plus loin,
vous dites que ses convictions, c'est surtout lui, et puis il s'adapte aux circonstances quand même.
Donc des convictions qui s'adaptent au moment quand même.
Ce qui me permet de ne pas les partager, comme je vous le disais.
Mais ce sont des convictions assez variables.
Variables selon les moments, absolument.
Vous dites qu'il fait passer d'abord...
Non, mais c'est très simple, c'est très simple.
Vous parlez du non-référendum, par exemple.
Non, mais par exemple, le Laurent Fabius, Premier ministre, pendant deux ans,
avait des convictions et menait une politique très différente de celle qu'il présente depuis un an.
Vous voulez dire qu'aujourd'hui, il est quoi, opportuniste ?
Je dis qu'aujourd'hui, il a très envie d'être élu président de la République,
qu'il pense que c'est son tour...
Ça, c'est le langage du Hamel ?
Non, non, que c'est son tour, que c'est son tour.
Et qu'il ne peut y arriver que s'il incarne le rassemblement de la gauche,
donc il se gauchit.
Voilà.
Vous dites dans le livre qu'il faut aimer l'odeur du sang pour être un bon président de la République.
Je dis que la bagarre...
Je dis qu'en ce qui concerne Laurent Fabius, il y a des très mauvais procès qui lui ont été faits.
Je le défends vigoureusement là-dessus.
Mais je dis qu'en ce qui concerne la bataille politique,
la France, probablement parce que c'est un vieux pays déchiré depuis toujours,
probablement parce que l'État y a tenu trop d'importance
et que le pouvoir a été trop sacralisé,
la France est un pays où les campagnes sont assez saignantes.
Bien plus violentes.
Élise, ça vous étonne ?
J'imagine que vous avez lu Alain Duhamel, Les traitants d'en 2007.
On avait l'image plus ronde d'Alain Duhamel.
Franchement, je suis toujours sincère, je n'ai pas eu le temps de lire son livre encore.
Mais ça va venir.
Mais ça va venir, évidemment.
Moi, je me réjouis toujours quand on peut avoir une liberté vis-à-vis des politiques
qu'on gagne petit à petit, chaque jour.
C'est vraiment quelque chose de quotidien et qu'il faut qu'on gagne.
Quand je vois nos confrères anglo-saxons et quand ils nous voient,
ils sont toujours stupéfaits, justement.
Moi, je ne dis pas du tout connivence,
parce que je ne pense vraiment pas qu'il y ait du tout de connivence
entre certains journalistes politiques,
certains présentateurs de JT et les hommes politiques,
la plupart d'entre eux.
Mais les anglo-saxons ont un mode de questionnement
vraiment beaucoup plus incisif.
Jérémy Paxman, évidemment.
Parce que là, vous êtes en train de dire qu'Alain Duhamel,
quand il pose des questions, est beaucoup plus rond.
Je me suis retrouvée aussi dans l'interview du 14 juillet,
j'en parlais avec Guy.
Ce sont des exercices qui sont très difficiles.
Et bien sûr qu'on essaie de repousser les murailles,
et tous, vraiment, franchement.
Simplement, c'est très compliqué, parce que les institutions françaises
font que le pouvoir est partagé souvent.
C'est vraiment compliqué.
À l'écrit, vous pouvez vous lâcher, Alain Duhamel.
Non, je ne suis pas d'accord.
Quand je parle le matin à RTL, je parle sans notes,
je dis ce que je pense.
Alors, je n'ai pas forcément raison.
Mais oui, franchement, je ne me retiens pas.
D'ailleurs, vous le savez bien.
Et je ne suis pas tout à fait d'accord sur la comparaison,
bien qu'elle soit tout à fait classique,
avec nos confrères anglo-saxons.
Sur l'exercice de l'interview.
Et je ne suis pas tout à fait d'accord non plus
en ce qui concerne certains des présentateurs.
Je crois qu'en France, il y a certains des présentateurs
qui, dans le passé, ce serait facile,
dans l'histoire, ont été quand même assez connivants.
Et en ce qui concerne la façon d'interroger
des journalistes anglo-saxons,
j'étais assez souvent dans la salle de presse
de la Maison Blanche pour voir comment ils s'y prennent.
C'est à la fois beaucoup plus brutal
que ce que nous faisons,
mais c'est complètement monomaniaque.
C'est-à-dire qu'ils sont capables...
Ça n'avance pas vraiment.
Ça dure 20 minutes,
mais ils posent 15 fois la même question.
Et à la fin, on n'a toujours pas la réponse.
Je ne suis pas sûr qu'il faille...
Je pensais plus à la BBC,
qui, pour moi, reste un modèle.
Qui, vraiment, pour moi, reste un modèle.
Et je pense qu'à la fois dans l'investigation,
dans le rapport au politique,
dans l'interview, dans l'exercice de l'interview,
pas forcément du papier,
parce que je pense qu'effectivement,
en papier, il y a beaucoup de liberté.
Et je vous écoute régulièrement pour le savoir,
donc je suis tout à fait d'accord avec vous.
Mais dans le mode de l'interview,
franchement, quand vous voyez la BBC,
pour moi, ça reste un modèle.
Et il faut repousser les frontières.
Pour terminer, Alain Diamel,
Nicolas Sarkozy, pour vous,
c'est le bon candidat pour 2007.
Vous écrivez Nicolas Sarkozy.
C'est le bon candidat de la droite, oui.
Il demeure avant tout l'audacieux.
Avec lui, le volontarisme n'est pas seulement
de la rhétorique et le libéralisme
constitue moins une ardente obligation
qu'un cadre pragmatique.
Il a surpris.
Il a aussi abordé de façon originale
la question de l'immigration et de l'intégration.
Il y a d'autres passages
qui ne sont pas exactement dans ce sens-là.
Oui, mais c'est...
Mais j'ai tout à fait écrit ça.
Michel Piccoli, bon, France n'est pas aussi...
Attendez, attendez, attendez.
Allez-y.
C'est, à mes yeux...
Bon.
A mes yeux, quelquefois, il voit trouble.
Mais c'est, à mes yeux,
le candidat naturel de la droite.
Et alors, je...
Mais Karcher, tout ça, tu ne vas pas l'écrire ?
Je l'écris.
C'est même la fin du portrait.
Je vous le demande là.
Je sais bien que vous l'avez écrit.
Je l'écris pour dire que je trouve
que ce n'était vraiment pas...
Vous n'avez pas l'idée que ça part.
Bon, donc, alors...
Non, non, il ne faut pas me faire dire
le contraire de ce que j'écris.
Je vous pose la question.
Non, mais vous le savez très bien, en plus.
Ce en quoi il m'intéresse
par rapport à d'autres hommes de droite,
c'est que, quel que soit le sujet qu'il aborde...
Alors, ça ne veut pas dire
que quand il aborde un sujet,
il l'aborde toujours bien.
C'est autre chose.
Mais il a des propositions qui sont à lui.
Ce qui n'est pas le cas des autres,
en général, à droite.
Il travaille.
Il travaille et il a des idées à lui.
Et ce que j'espère,
c'est qu'il va inciter la gauche...
Et là, ce n'est pas du tout de la rhétorique,
ce que je dis, ou une habileté.
C'est vraiment ce que j'espère.
À réfléchir et avancer des idées, en fait.
Non, avancer même des contre-idées, s'il le faut.
À le contrer, à le coincer,
à se bagarrer contre lui.
Pour conclure, vous voulez réagir là-dessus,
vous qui avez été proche de François Mitterrand ?
Je ne l'attends qu'une chose,
c'est qu'on le contre.
Ah, vous attendez ça ?
Mais je pense que ça va se produire,
pendant cette année.
Ça devrait.
Je pense même que,
étant donné son espèce d'excitation personnelle,
politique,
de futur président de la République,
j'ai l'impression qu'il pète les poings.
Il pète les plombs.
On verra.
Allez, on verra.
C'est possible.
