Marie-France : "J’ai fais mon choix entre être un garçon ou une fille" l Interview l ONPP
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Invité dans l'émission "On ne peut pas plaire à tout le monde" en janvier 2006, Marie-France se confiait sur sa vie.
"On ne peut pas plaire à tout le monde", également connue son l'acronyme "ONPP", est une émission de talk-show, diffusée de 2000 à 2006, présentée et animée par Marc-Olivier Fogiel.
#talkshow #clash #interview
Est-ce que vous connaissiez, vous, Joystar, Marie-France, déjà ?
Est-ce que moi, je connaissais Marie-France ? Non, pas du tout.
Enfin, j'ai découvert, là, sur l'écran, tout à l'heure.
Vous, Lady Bestie ?
Pareil, pareil, je dirais. Je ne la connaissais pas, mais je suis en santé de la connaître.
Elle a une histoire incroyable.
Racontez-la nous, Francis Perrin, puisque vous avez...
Et puis après, vous allez nous raconter...
Moi, ça a été ma partenaire dans un film, il y a...
Il y a quelques années.
Donc, voilà, et c'était...
C'était formidable, parce que Gérard Mordillat nous a mis en présence.
Je crois que j'étais...
Absolument, c'était formidable.
Enfin, apparemment...
J'ai en particulier le souvenir d'une scène avec un baiser enflammé.
C'est enflammé, c'est vrai.
Alors, pour Joystar et pour les autres, Lady Bestie, ceux qui ne connaissent pas votre parcours,
on va reprendre le parcours au tout départ.
Vous êtes née homme.
Alors, attendez.
Quoi ?
Marc-Olivier Faugillade.
Oui.
Ça fait deux jours que j'entends sur France 3 que je suis née homme.
C'est vrai.
Alors, au début, ça m'a pouffé de rire.
Ça m'a fait pouffer de rire.
Mais écoutez, d'abord, on ne naît pas homme.
On naît garçon, on naît fille.
On ne naît pas homme, on ne naît pas femme.
On devient homme, on devient femme.
Moi, je suis née...
Je dis des conneries, oui, encore.
J'étais un bébé.
Je suis désolé, ça, c'est la répétition.
C'est vrai.
Vous êtes née garçon, alors.
Non, j'étais un bébé avec...
Bon, un petit quelque chose en plus.
Voilà.
En Algérie.
Et puis, évidemment, bon, ben, oui, c'est ça.
Et mon enfance et mon adolescence, c'était très, très dur à vivre.
Mais dès que j'ai compris la différence entre les garçons et les filles,
j'ai fait mon choix et je me suis tenue à ça.
Et toute ma vie, j'ai décidé d'être marifos, d'être une fille.
J'étais une fille toute ma vie.
Moi, dès que j'ai...
Dès ma majorité, déjà, à 14-15 ans, je m'habille en fille en cachette
le dimanche après-midi.
Et puis, arrivé 18 ans, ma majorité, j'ai quitté mes parents.
Et puis, dès le lendemain, j'étais une jeune fille.
Ça a été plus simple ici, en France, qu'en Algérie, chez vous.
Ça a été plus simple.
Quand vous êtes arrivé ici, c'est quoi, le dessin ?
Moi aussi, j'ai une féminité enfouie.
Je vous montrerai où il est, le dessinateur, s'il vous plaît.
C'était vous qui dessinez.
Ah, d'accord, c'est moi.
C'est pas très ressemblant, mais moi, quand il me dessine, c'est pas ressemblant.
Si j'étais venu pour rigoler, ça commence bien.
C'était plus simple en France que chez vous, en Algérie.
Marco, s'il vous plaît, vous prenez conscience
que quand vous dites des choses pareilles...
C'est ce que j'ai lu.
Que je suis née homme, vous avez lu ça où ?
Non, non, que c'était plus simple chez vous.
C'était plus simple en France, en arrivant en France.
Tu peux pas dire des conneries.
Parce que moi, quand je viens et que tu fais des interviews,
c'est toujours pareil, t'as lu un truc, alors...
Elle l'a raconté elle-même dans son livre.
Non, mais attendez, dans mon livre,
elle était une fois sortie chez De Noël.
Je raconte justement tout.
Je n'ai pas, à un seul moment donné, dit que j'étais née homme.
À vous entendre parler, on dirait que j'étais Sylvester Stallone.
Non, jeune garçon, jeune bébé, peu importe.
Qu'est-ce que vous racontez ?
Moi, j'ai une question.
Pourquoi le choix de Marie-France ?
Vous êtes née en Algérie, pourquoi pas Moufida ?
Oui, c'est vrai.
C'est exotique, pourquoi pas ?
Parce que j'ai beaucoup d'amour pour ma maman qui s'appelle Marie.
Et puis, j'habitais en Algérie et France
pour le pays que j'adore, que j'adorais déjà.
Quel est votre vrai prénom, Marie-France ?
Voilà pourquoi je m'appelle Marie-France.
Quel est votre vrai prénom ?
C'est mon vrai prénom.
Sur mon état civil, c'est Marie-France.
Née de sexe féminin.
D'accord.
Et donc, en France, quand vous arrivez
et que vous devenez un papillon de la nuit,
vous écrivez partout, que vous vous déchaînez.
Vous avez connu les nuits des années 70,
celles où il y avait tout, quoi.
Oui, je me suis...
Où il n'y avait aucun tabou, de rien.
J'ai explosé, j'ai débarqué à Saint-Germain-des-Prés.
J'avais, disons, 18 ans.
Et puis, j'ai tout de suite été happée
par le flanc, les 2 magots.
Et puis, quelques temps après, on m'a présentée Régine.
J'ai passé mes nuits chez Régine.
Ensuite, mes nuits chez Castel.
Parce que Régine, ça devenait ringard.
Et voilà.
Et après, c'était l'open one.
Et après, voilà, je me suis amusée toute,
pendant 2 décennies, à sortir toutes les nuits.
Mais j'ai travaillé tout de suite.
Vous racontez les excès absolument fous
des nuits parisiennes des années 70,
là où c'était la liberté de tout.
Oui, c'est vrai, mais c'est pas nouveau,
tout le monde le sait.
Il y a des tas de jeunes qui ne se connaissent pas
les années 70.
Personnellement, je me réveillais à 17h,
je prenais mon petit déjeuner,
je me préparais devant ma glace
et je sortais jusqu'à 7h du matin.
C'était un style de vie, l'acide, l'héroïne,
l'esprit de la fête.
La fête, la fête, la fête, la fête à mort.
La fête, la fête à mort.
Aujourd'hui, vous vous ennuyez dans la vie de tous les jours ?
Pas du tout, pas du tout.
Mais la fête à mort, j'ai quand même tout de suite,
je suis tout de suite devenue artiste,
puisque j'ai travaillé avec un grand homme de théâtre
qui s'appelle Jean-Marie Rivière.
J'ai débuté avec lui.
Et ensuite, j'ai fait ma route,
j'ai travaillé au cinéma avec Arabal,
avec André Téchinet,
j'ai tourné au théâtre,
j'ai travaillé avec Marguerite Duras,
j'ai fait beaucoup de choses,
j'ai enregistré des disques.
Vous dites qu'il y a eu un choc électrique
entre Mick Jagger et moi,
il venait à peine de rencontrer Bianca,
Aristote Onassis m'a courtisé,
il ne me plaisait pas du tout.
Quant à Jimi Hendrix, je crains de l'avoir vexée,
il avait demandé qu'on me présente à lui,
j'ai refusé.
En plus, vous étiez un peu compliqué.
Oui, mais est-ce que c'est de l'intimidité ?
C'est vrai que j'étais très intimidée devant Hendrix,
parce que je l'adorais,
j'étais complètement fan de lui,
je l'avais vu à l'Olympia une semaine avant
et je tremblais en le voyant.
Quand j'ai appris qu'il voulait me connaître,
j'ai dit non, il ne parle pas français,
non, je n'y vais pas.
Je regrette beaucoup,
parce qu'il paraît que c'était un très bon coup en plus.
Qui vous a dit ça ?
Si vous me permettez,
c'était surtout un très grand musicien,
ce qu'il laissera dans les mémoires plutôt.
Oui, bien évidemment.
Mais d'ailleurs, à la base, j'étais fan de lui,
je le suis toujours.
C'était votre agent qui s'appelait Isabelle Mendelsohn ?
C'était une amie new-yorkaise qui s'occupait.
Moi aussi, j'ai fait la fête à mort,
ça ne m'a pas fait pousser la poitrine.
Ça, je ne sais pas qui dessine, pas moi en tout cas.
C'était une amie ?
Parce qu'elle dit,
elle vous compare à Jackie Robinson,
le premier joueur de baseball noir
à avoir intégré une équipe professionnelle blanche
au début des années 70.
Elle dit que vous aviez été une forme de précurseur
et qu'au début, c'était compliqué.
Cette vie particulière, ce passé,
on va dire différent, ça vous va si je dis ça ?
Oui, c'est ça.
Mais c'est vrai que c'était difficile.
C'est vrai que moi, on m'a fermé les portes
des maisons de disques, des radios,
pendant des années, des années, des années.
Parce que ?
Parce que je n'étais pas une fille comme les autres.
On peut dire ça comme ça.
J'assume.
Et donc,
ça a été plus compliqué que pour les autres.
C'est aussi pour ça qu'aujourd'hui,
il y a plein de gens qui ne vous connaissent pas.
Il y a toute une génération des années 70 qui vous connaît.
Mais après, ça a été plus compliqué pour vous.
Vous êtes un peu passée à l'anonymat.
Non, j'ai continué à travailler.
J'ai toujours travaillé.
Oui, j'ai toujours chanté.
Je vous dis,
j'ai travaillé avec Marguerite Duras au théâtre.
J'ai retravaillé avec Jean-Marie
Rivière dans les années 80.
J'ai travaillé avec
Mordillat.
J'ai chanté.
J'ai fait un tout premier disque,
à l'époque, punk,
avec deux jeunes auteurs qui ont fait leur route.
Après, c'était Jacques Duval
et G. Alansky.
Ensuite, j'ai fait un album plutôt rock
avec les membres du groupe
Bijoux,
qui est devenu un disque culte.
Et donc, après,
j'ai encore retravaillé avec Alansky.
Tout va bien pour vous, quoi.
Mais oui, je suis heureuse.
Je suis une nature heureuse.
Mais quand j'entends des gens qui disent des trucs aussi énormes
que vous avez dit...
C'est ça qui vous...
On n'a pas besoin
de dire ça
avant le nom d'un artiste.
Est-ce que ça vous plairait si on disait de vous...
Quand, par exemple, vous dites
je n'appelle pas ça une opération, je trouve ça très laid.
Je préfère dire qu'à Londres, un jour,
un magicien va paraître sur mon corps
l'origine du monde, un sexe féminin aussi parfait
que dans la peinture de Courbet.
Je ne suis pas un monstre de chirurgie.
Vous racontez votre histoire un peu différemment.
Oui, c'est ça.
Moi, j'ai toujours été une fille dans ma tête
et puis une femme avec le temps qui passe.
Et la société a plus ou moins accepté ça.
Est-ce que vous trouvez qu'il y a une évolution
de la société de ce point de vue-là ?
Je pense quand même
qu'il y a une évolution, mais
en même temps, je pense que
personnellement, moi,
ce qui compte, c'est que je sois artiste,
que je sois sur scène et que je chante.
Rareté, l'album ?
Par exemple, un album que j'adore
avec des chansons de Frédéric Botton.
Ce n'est pas un rien.
Le grand Frédéric Botton s'est décidé
à m'écrire des chansons sur le thème des 5 sens.
Monsieur Frédéric Botton, c'est quand même,
il faut le dire, Barbara,
Gréco, Zizi Jean-Mère...
Et maintenant, Marie-France.
Régine.
Oui, Régine, bien sûr,
mais Joséphine Backer et tant d'autres.
Et maintenant, Marie-France.
