F-O Giesbert : "Si la France était une famille, elle serait interdit bancaire" l Interview l ONPP
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Invité dans l'émission "On ne peut pas plaire à tout le monde" en janvier 2006, Franz-Olivier Giesbert se confiait sur la situation de la France.
"On ne peut pas plaire à tout le monde", également connue son l'acronyme "ONPP", est une émission de talk-show, diffusée de 2000 à 2006, présentée et animée par Marc-Olivier Fogiel.
#talkshow #clash #interview
Et pour débattre de cette enquête édifiante,
Franz-Félix Gisberg, le téléspectateur de France me reconnaît bien.
Bonsoir, Franz.
Bonjour.
C'est votre hebdomadaire qui publie cette enquête assez incroyable.
Les petits abus qui finissent par ruiner la France.
En face de vous, Pierre Cosse.
Bonsoir, monsieur.
Bonsoir.
On vous connaît moins bien.
Vous êtes le président de MG France,
le syndicat des médecins généralistes.
Vous êtes médecin dans la Drôme depuis 25 ans.
Vous avez vécu tous les plans de réforme de santé
de ces 20 dernières années.
Et vous n'êtes pas du tout d'accord avec l'enquête.
On va prendre les points un par un
parce que c'est assez, quand même, incroyable.
Pour vous, déjà, il y a plein d'autres choses dans votre enquête,
mais c'est les dépenses de santé un peu inconsidérées.
C'est une énorme gabegie pour vous, François-Olivier Gisberg.
Il y a des tas de choses.
Vous savez, je crois que si la France était une famille,
c'est interdit bancaire.
Et si la France était une entreprise,
ça serait sous contrôle judiciaire.
Parce que...
Non, non, mais attendez.
Il y a vraiment un énorme problème de gestion.
Mais la faute à la santé, pour commencer,
on a un médecin qui est là, un autre.
Vous savez ce que c'est l'endettement de la France.
Aujourd'hui, c'est 1100 milliards.
Je crois que pas loin de 1800-1900 milliards.
Près de 2000 milliards.
Oui, mais la faute à qui, aux médecins ?
La faute à qui, aux médecins ?
A cause des pouvoirs publics.
Mais attendez, ce ne sont évidemment pas les médecins.
C'est les malades, alors.
Vous ne croyez pas ce qu'il vient de dire ?
Les arrêts maladies, mais dis donc, il en parle.
Évidemment.
Les arrêts maladies, vous savez que c'est 7,2 %.
Si vous rapportez le nombre d'arrêts maladies en jour,
aux heures travaillées, aux temps de travail,
vous arrivez à 7,2 % en France.
2,2 % seulement aux Etats-Unis.
3,3 % en Belgique.
3,7 % en Bretagne.
Donc vous voulez dire qu'en France,
dès qu'on a mal de tête ou une petite fatigue,
ce sont les deux premières causes d'arrêts maladies
de plus de 15 jours.
Vous confirmez, docteur ?
Moi, j'ai été ulcéré par cette enquête.
Je l'ai trouvée complètement odieuse.
Non pas qu'il n'y ait pas des problèmes de gestion
et d'amélioration de tous les éléments,
de tous les postes qui sont cités.
Mais sur l'arrêt maladie, dis donc.
Ça concerne tout le monde.
Les grands malades, d'abord.
Moi, ça m'a choqué, je le dis d'emblée.
Faire des infections longue durée,
des gens qui sont à 100 %,
des grands malades que nous connaissons tous les jours,
des rentiers de la maladie, c'est scandaleux.
Il y a 700 000, c'est vrai,
entrés dans l'infection longue durée tous les ans.
Il y en a 500 000 qui en ressortent tous les ans.
Pas les mêmes.
Mais ils ne ressortent pas vivants.
Et donc, sur les grands malades...
Oui, mais il peut y avoir des abus.
Non, je veux dire, on ne peut pas dire qu'il y a des abus.
Nous, ce qu'on traite dans le point,
ce sont les abus.
Et si vous voulez, là,
il y a quelque chose qui peut me permettre de répondre.
Parce que l'infection longue durée,
ça donne droit à 100 % de la sévécurité sociale.
Oui, bien sûr.
Et puis, c'est une très bonne mesure en soi.
Ceux qu'il faut éviter sont les abus.
Mais ils sont de combien, les abus ?
Ils sont de combien, les abus ?
C'est une très bonne chose aussi.
Ils sont de combien, les abus ?
Ça, c'est difficile à déterminer.
Donc, ceux que vous appelez les rentiers,
ce sont ceux qui abusent.
Bien sûr.
Ce qu'il faut bien voir,
c'est que cette enquête de Jacques Marseille,
qui est professeur d'économie,
professeur à la Sorbonne,
qui est quelqu'un d'extrêmement sérieux,
elle est basée quand même sur des documents
qu'on n'aime pas trop voir.
Et peut-être que ces documents vous gênent.
Mais enfin, ce sont quand même des rapports,
rapport de la Cour des comptes,
rapport de l'Inspection Générale de la Santé.
C'est dans le journal.
Comment vous expliquez, par exemple,
qu'il y a davantage d'arrêts maladie en Haute-Corse
ou dans les Bouches-du-Rhône
que dans la région parisienne ?
Ça fait mal, ça.
Oui, ça fait mal.
C'est énorme, la disproportion.
C'est le nombre de cas
où le nombre d'animités journalières est de jour chômés.
Parce que moi, ce que je regarde,
c'est que 30 % de la population,
quand elle se retrouve en arrêt de maladie,
de courte durée,
c'est 4 % des animités journalières.
Et que 4 à 5 % de la population en arrêt de maladie
représentent 45 % des animités journalières
parce qu'ils sont en arrêt pour plus d'une année.
Alors évidemment...
Ce que dénonce le journal,
c'est les petits abus
qui sont tenus parmi les grands abus.
Je veux mettre le doigt là-dessus.
Expliquez-moi là-dessus.
Comment vous expliquez ?
C'est une question concrète
qui est dénoncée dans le journal.
Comment vous expliquez
qu'on est plus malade en Haute-Corse
et dans la région PACA
qu'à Paris ?
J'ai pas tous les chiffres.
Je vous dirai quelque chose.
Les IG,
c'est les IG,
les animités journalières,
des gens salariés
relevant de l'assurance maladie.
Par exemple,
toute la fonction publique et territoriale
n'a pas d'animités journalières.
Donc par exemple,
si vous considériez,
vous pourriez avoir l'idée
qu'en Corse,
c'est les fonctionnaires
et ils fichent rien,
ils ne sont pas dans les statistiques.
Je prends un autre exemple.
En France,
c'est dans le journal,
90% des consultations médicales
se terminent par une ordonnance
contre 20% aux Pays-Bas.
C'est quoi la différence ?
C'est vrai ça.
En France,
vous avez une médecine,
une médecine générale.
J'ai rien à faire.
Qu'est-ce qui se passe ?
Allez-y, allez-y.
En France et aux Pays-Bas,
l'organisation des soins
est complètement différente.
En France,
vous avez une médecine générale
de première ligne
qui assume les soins.
Aux Pays-Bas,
il n'y a pas de médecine spécialisée.
Il y a quand même quelque chose
qui ne va pas.
Regardez par exemple,
on va prendre ce chiffre.
Comment se fait-il
qu'en France,
on dépense
2 à 4 fois plus
qu'en Grande-Bretagne
ou qu'en Allemagne
pour les antidouleurs,
les antidépresseurs,
les tranquillisants ?
Il y a un problème quelque part.
Je ne suis pas en train de dire
que c'est la faute aux médecins.
Ce serait stupide.
C'est un beau métier,
le métier de médecin.
Mais simplement,
il y a ce problème.
Ce sont des statistiques
officielles.
Jean-François,
vous dites que c'est
la faute aux médecins ?
Non, non.
Si il y a 80% des médecins
qui vous donnent
une ordonnance,
même si vous n'avez pas
avoir une ordonnance,
c'est la faute aux médecins
dans ce cas-là.
Non.
Le médecin,
il répond à une demande.
Le patient,
en France,
il n'aime pas repartir
sans rien.
Il a besoin,
vous savez très bien,
en France,
il veut se coucher
alors que dans d'autres pays,
Vous, peut-être,
Axel Kahn,
vous connaissez bien
la gabegie des ambulances.
Il est fréquent
de laisser repartir
un collègue à vous,
un chirurgien.
Il y a un chirurgien
de l'hôpital Georges-Pompidou
qui témoigne.
Il est fréquent
de laisser repartir
un patient en ambulance
sans que ce soit
médicalement justifié.
On voit parfois repartir
des patients mobiles,
leurs bagages transportés
sur la suivière.
Alors, je vous réponds.
Et pourquoi je dis
que cette enquête est honteuse ?
Allez-y.
C'est parce que dans le texte,
on dit que les médecins,
parce qu'ils sont payés,
font des fleurs
à leur clientèle.
Mais non.
C'est écrit comme ça
dans l'article.
C'est écrit comme ça.
Et l'exemple que vous donnez,
c'est justement
un médecin salarié
qui n'est pas intéressé.
Alors, je termine
sur un point.
Terminez là-dessus.
Un point là-dessus.
Ce que je ne peux pas accepter
et ce que nous ne pouvons
pas accepter,
et ce que je crois
que les gens n'acceptent pas,
c'est de dire
que c'est l'exagération
de la maladie
qui crée la dépense.
Donc, il faut arriver
avec un grand coup
de nettoyage.
Exactement,
de manière simple,
c'est ce qu'on a fait.
Il y a un million de chômeurs,
il y a un million d'immigrés.
Supprimez les immigrés,
vous n'aurez plus de chômage.
Supprimez les malades, monsieur.
Supprimez la maladie.
Vous voulez dire quoi ?
Par exemple,
quand chaque jour,
c'est écrit dans le journal,
350 hospitalisations
résultent d'effets pervers
de prescriptions non justifiées
ou incompatibles entre elles.
Alors déjà,
il y a quelque chose
qui n'est pas acceptable.
C'est que le médecin
ne fait que répondre
à la demande du client.
Je veux dire que
le rapport entre le médecin
et le malade
n'est pas un rapport
entre marchand
et client habituel.
La médecine
est tout de même
une marchandise
un peu particulière.
Il n'appelle pas patient.
Il appelle ça client,
pas patient.
Un tout petit peu
différent au dossier
de Jacques Marseille,
en l'occurrence,
c'est que,
tout de même,
dans le fond,
il y a une conception
qui est étroitement
économiste de la santé.
La santé pose
d'autres problèmes que cela.
Bien évidemment,
il faut faire la critique
de toutes ces dérives.
Mais il y a également
une critique à faire
qui est de la soumission
totale de la médecine
à une logique
uniquement marchande.
On ne le sentira pas
non plus comme ça.
Aux Etats-Unis,
par exemple.
Ça me passe à le sujet.
Écoutez,
il faut être un peu sérieux.
Par exemple,
regardez l'histoire
des taux de remboursement.
Vous savez très bien
que les taux de remboursement
en France,
ils sont faibles.
Ils sont beaucoup plus faibles
que dans d'autres pays.
Ils sont plus faibles
qu'en Allemagne
ou qu'en Grande-Bretagne.
Il faut arrêter de dire
qu'on a le meilleur
système de santé.
Écoutez,
moi, je fréquente aussi
les hôpitaux.
Ça m'est même arrivé
pas mal.
C'est merveilleux.
Il y a un journaliste
comme vous qui était,
Jean-Marc Sylvestre.
N'éconnez pas moi.
Moi, j'ai une expérience
merveilleuse aux hôpitaux.
Il dénonçait les hôpitaux
et quand il a connu de près,
il a dit pas du tout.
Pas du tout.
Moi, je ne dénoncerai jamais
les hôpitaux
et je ne dénonce pas les médecins.
Simplement, il y a des abus.
Et dans votre attitude,
vous voyez,
moi, ce qui me gêne
et dans votre attitude aussi,
c'est l'aveuglement,
c'est l'autosatisfaction
à la Française.
Laissez-moi juste terminer.
Laissez-moi juste terminer
sur l'autosatisfaction
à la Française
puisque nous avons un système
qui est absolument
en train de rentrer dans le mur
et on refuse de regarder
les abus,
de voir les abus.
Qu'est-ce qu'on est en train
de laisser aux générations futures ?
À nos enfants,
à nos petits-enfants,
de l'endettement,
un système totalement,
enfin,
qui n'a pas été géré,
qui n'a pas été pensé.
Est-ce que je peux vous répondre ?
Là, c'est tout.
Vous êtes là en train de dire
qu'on a un bon système,
il ne faut pas le dire.
Il ne faut pas le dire.
Pour conclure,
Axel Kahn,
on ne va plus là-dessus.
Allez-y.
Et après, Jean-François
et on vous répond.
Premièrement,
naturellement,
les abus,
il faut absolument
les dénoncer.
C'est ce qu'on fait
Ça ne m'embête pas du tout.
Deuxièmement,
je dis que régler ces abus
uniquement dans une logique
marchande,
on a un exemple
qui est, par exemple,
la médecine aux États-Unis
qui vaut plus cher
que la médecine en France
encore.
Donc, il y a une solution
qui est trouvée.
On laisse le mot de la fin
à Jean-François
et on avance.
Désolé, on avance.
Jean-François Kahn,
s'il vous plaît,
pas tous en même temps
Jean-François Kahn
et on termine là-dessus,
s'il vous plaît.
Il touche du doigt
un certain nombre de choses
tout à fait juste
où il y a, en effet,
du gaspillage.
Mais là où je ne suis pas d'accord
avec Gilbert,
c'est quand il élargit
et qu'il dit...
Il ne faut pas en parler,
mais il faut mettre
un mouchoir dessus.
Mais si vous ne voulez pas
que je vous réponde...
Le journalisme,
ça consiste à dire
les choses qui dérangent.
Vous n'allez pas l'apprendre
à Jean-François Kahn.
Vous avez peur
que je vous réponde
avant même que je vous ai répondu.
Alors, ça prouve
que vous avez des problèmes
quand même.
J'ai peur de quoi, là ?
Allez-y, Jean-François,
on est très en retard.
Vous dénoncez les GAPJ.
Vous avez raison.
Mais comme par hasard,
la GAPJ des 40 milliards
d'euros
que l'État
donne aux sociétés privées
et les sociétés privées
délocalisent
et ils ne rentrent pas,
c'est beaucoup plus grave.
Les 2 millions de chômeurs,
c'est beaucoup plus grave.
Et j'arrête.
Mais bien sûr.
Mais ça, attendez.
Attendez.
Ça s'empoigne, là.
Ça s'empoigne.
On va finir là-dessus.
Et les 120 milliards...
de dollars
que les grandes entreprises font
comme bénéfices des gens
et j'en suis...
Et je m'en réjouis.
Mais qu'est-ce que...
Regardez la grande
confraternité des journalistes.
Attendez.
Regardez comment ils vont se mettre
de...
Regardez.
Les bonnes heures de grande réponse.
Je le dirai.
Il fera tout pour que je ne dise pas.
Je le dirai.
Allez-y. Terminez, s'il vous plaît.
On est en retard.
Les 150 milliards
qui sont les bénéfices
des grandes entreprises
et qu'elles n'investissent pas
pour créer des emplois
et qu'elles distribuent
à leurs actionnaires,
eh bien c'est un gap-G
beaucoup plus considérable
que ceux
que vous déconseillez
et qui sont justes.
Allez, merci beaucoup.
Merci.
