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Présentateurs : Olivier Berruyer, Carla Costantini Production : Carla Costantini Montage : Xavier de Capèle
00:00 - Introduction 01:51 - La perte de contrôle de notre économie 12:31 - Un monde en guerre 24:51 - Le naufrage du débat public 33:09 - Comment garder espoir ? 42:22 - Grosse annonce d'Élucid
Cette vidéo va être très différente de celle que vous regardez habituellement sur la chaîne.
On fête les 3 ans des Lucides et pour l'occasion, on avait prévu de faire une vidéo assez classique
pour répondre à vos questions et vous faire de grosses annonces.
Mais en lisant vos mails, on s'est rendu compte de quelque chose.
En fait, vos questions étaient très différentes des fois précédentes.
Ce qui nous a interpellés, c'est le sentiment d'inquiétude très vif qu'elle véhiculait.
Mais une inquiétude très légitime, qui montre que la plupart d'entre vous
ont le sentiment que le pays est totalement en train de décrocher
et que nos dirigeants ont complètement perdu le contrôle.
Du coup, vous nous avez demandé notre vision sur les problèmes économiques
ou géopolitiques concrets qui nous menacent
pour endiguer le sentiment d'impuissance politique qui nous paralyse.
Alors, on s'est dit qu'on allait carrément faire une chronique entière
pour résumer en 45 minutes les choses indispensables à savoir
pour comprendre l'état dans lequel notre monde et la France sont plongés.
Ça ne va pas forcément être très réjouissant,
mais vous allez voir qu'on a quand même quelques raisons de garder espoir.
Pour vous présenter ce grand bilan,
on va se baser sur le travail colossal qui a été abattu sur notre site
ces 3 dernières années grâce à vous.
On est allé miner des données rarement exposées.
On a créé plus d'un millier de graphiques originaux.
On a lu et résumé des centaines de livres.
On a rencontré des chercheurs courageux.
Et avec tout ça, on va pouvoir répondre à vos questions
qu'on a regroupées en 5 parties.
La vulnérabilité de notre système économique
que plus personne ne semble contrôler ni comprendre.
Les bouleversements mondiaux causés par les crises géopolitiques actuelles.
L'état affligeant du débat public et de la politique.
Comment trouver la force de lutter et de ne pas tomber dans le désespoir
quand tout nous réduit à l'impuissance.
Et enfin, on vous parlera des lucides.
Et surtout de la grosse annonce qu'on vous prépare depuis un an.
Donc restez bien jusqu'à la fin, ça va en intéresser plus d'un.
La gestion de l'économie en France est pour moi un pur scandale.
Le néolibéralisme réalise depuis plus de 40 ans
un véritable détournement de l'état
pour le mettre au service d'intérêts particuliers, multinationals, comme grosses fortunes.
Et même s'il y a déjà eu des crises graves,
le monstre économique que nos gouvernants sont en train de construire
pour satisfaire leur névrose mondialiste
risque d'avoir des conséquences qu'on a du mal à imaginer.
Je m'explique.
On a actuellement une croissance, estimée pour 2024, à environ plus 1% du PIB.
Alors vous allez me dire, comment c'est possible,
alors que notre industrie décline depuis 20 ans
et que notre balance commerciale est complètement à la ramasse
avec encore plus de 100 milliards d'euros de déficit ?
Eh bien, c'est très simple.
Le gouvernement a créé un déficit public de plus de 6% du PIB en 2024.
Pour bien comprendre, ça veut dire qu'à chaque fois que l'État a reçu 100 euros d'impôt,
il a dépensé 150 euros.
Et ces 50 euros qui sont dépensés à crédit,
c'est autant de PIB en plus et donc de croissance fictive.
Car en réalité, le déficit public alimente la croissance.
Alors, on va voir que créer du déficit n'est pas sans conséquences.
Mais on a déjà eu l'anomalie.
S'il y a 6% du PIB en déficit, en bonus,
il aurait dû y avoir une explosion de la croissance de ce même PIB.
Mais ce que ça montre, c'est justement que ces emprunts, cette dette,
viennent masquer le vrai visage de notre santé économique qui va mal.
Sans ces interventions publiques massives,
on devrait en réalité être largement dans le négatif,
c'est-à-dire en récession ou en décroissance.
Et là, on commence à comprendre pourquoi notre système est accro à la dette.
Elle permet, dans une vision court-termiste très dangereuse,
de dissimuler l'essoufflement économique à l'œuvre
en raison des politiques néolibérales des dernières décennies.
Mais tous ces emprunts pour financer les déficits,
est-ce qu'ils servent au moins à créer une relance saine
qui va soutenir pour longtemps l'économie réelle ?
Eh bien non, au contraire.
En gros, c'est une fuite en avant qu'on vit depuis 2008.
C'est-à-dire qu'on court, on crée de la dette pour rembourser de la dette
et on rôle la dette comme ça.
Alors rôler, c'est-à-dire que j'emprunte 100,
on ne rembourse rien pendant la vie de la dette,
on paye juste ce qu'on appelle les coupons, donc les intérêts,
et à la fin, ils doivent rembourser le nominal,
c'est-à-dire les 100 qu'ils ont empruntés.
Mais à la fin, ils ne remboursent pas,
ils retournent sur le marché, ils empruntent pour rembourser ces 100.
Qui aide justement à ce que ce monde merveilleux existe ?
C'est la BCE par son rachat de dette,
c'est ce qu'on voit ici en pointillé en bleu.
Une dette qui est relée à l'infini,
ce n'est pas une dette, c'est un don.
Et sans création de valeur.
Parce que quand on emprunte,
est-ce qu'on a fait des grands travaux en France ?
Est-ce que l'hôpital va mieux ?
Est-ce que l'école va mieux ?
Est-ce qu'on a créé des nouvelles lignes TGV ?
Pas du tout.
L'argent ne part ni dans les services publics,
comme vous l'avez bien rendu compte,
ni dans le soutien de notre production industrielle.
Il part dans les grandes entreprises
pour alimenter au final de plantureuses distributions de dividendes,
alors que ce sont les premières à délocaliser
et à cacher leurs profits dans des paradis fiscaux.
Il part dans des plans de soutien
et des subventions gouvernementales
qui servent à compenser les sabotages énergétiques,
fiscaux et commerciaux.
Je crois déjà qu'il faut revenir sur
la politique qu'on appelle la politique de l'offre
qui consiste à arroser d'exonération
de cotisations sociales et fiscales
les grandes entreprises du pays.
Ces grandes entreprises,
chaque année, font un record
de distribution de dividendes.
Chaque année, ça augmente.
En fait, on a un État qui se comporte
comme un rambouin des bois à l'envers.
Il prend la plupart des gens et il donne aux plus privilégiés.
Il faudrait évidemment faire l'inverse.
Il faut prendre beaucoup plus d'impôts
aux plus privilégiés.
Voilà ce qui serait un véritable État social
et redistributif.
En fait, d'une manière générale,
il faudrait qu'on lutte
beaucoup plus activement
contre la fraude fiscale.
La France n'a même pas de méthode
d'évaluation de la fraude fiscale.
Ce serait un tiers du budget des recettes.
Ça vaut peut-être le coup
qu'on mette son nez là-dedans
et qu'on essaye de récupérer de l'argent.
Rien n'est fait.
Alors, en résumé,
on devrait être en récession.
Mais à la place,
on a une France qui vit d'une croissance minable,
sous perfusion,
avec une dette qui gonfle chaque année,
aggravée par le poids des intérêts.
D'ailleurs,
est-ce que vous savez
qu'on a déjà payé une somme totale d'intérêts
pratiquement égale à la dette
qu'il faut encore rembourser ?
Ça veut dire qu'on va devoir payer deux fois.
Et puis,
c'est sans compter
sur les difficultés croissantes
de nos économies vacillantes,
prises au piège
dans ce grand théâtre
de libre-échange européen
où les dés sont pipés.
On en a encore eu
un bel exemple dernièrement.
Alors que la France a mis son veto,
la Commission européenne s'apprête tranquillou
à signer un accord de libre-échange
avec l'Amérique latine,
le fameux Mercosur,
qui va être terrible pour notre agriculture,
mais très bénéfique
pour l'industrie automobile allemande.
Et on est vraiment
les idiots du village européen, nous.
Non mais on est complètement
à côté de la plaque en Europe.
On persiste à faire du libre-échange
alors que la plupart
des grandes puissances économiques,
à commencer par les États-Unis et la Chine,
ont largement recours au protectionnisme
pour défendre leurs intérêts.
Et il n'y a pas que ça au niveau de l'Europe.
Regardez la règle des 3%
de limite de déficit
que les États se sont engagés
à respecter dans les traités européens.
Ils s'en moquaient perdument.
Les contraintes européennes,
on ne les applique que
quand ça précarise
les travailleurs les plus pauvres.
Pour le reste,
c'est à la carte.
Et pendant que les propagandistes
de plateau fanfaronnent
sur les vestiges
d'une France autrefois puissante,
notre niveau de déficit public
est aujourd'hui
un des pires d'Europe
entre la Slovaquie
et la Roumanie.
Les conséquences sont claires.
Tous les indicateurs
que l'on suit
de pressure illucide
sont au rouge.
La confiance des entreprises
est en chute libre,
ce qu'annoncent en général
les crises économiques.
Les faillites d'entreprises
se multiplient.
Et l'immobilier
est gravement touché
depuis deux ans.
Et au niveau social,
il y a toujours
plus de 6 millions de personnes
en recherche d'emploi,
dont 2 millions au chômage
depuis plus d'un an
qui subissent
les difficultés
d'une perte d'emploi
qui s'éternise.
Le chiffre officiel
mis en avant dans les médias,
c'est 7,5%
de taux de chômage.
Mais en réalité,
c'est bien 20%
de la population active
qui est inscrite
à France Travail,
c'est-à-dire
un salarié sur cinq.
Et tout ça,
c'est systématiquement éludé
dans le débat public,
sagement caché
derrière
une pseudo-croissance
titubante.
C'est hyper limitatif
et c'est ce chiffre
qui va circuler partout
Pour arriver alors
à 20,8%,
alors là,
il faut carrément
comprendre
que le phénomène
du halo du chômage
aujourd'hui,
il est très très présent
et c'est ça
qui est vraiment
la représentation exacte
du paysage du travail
dans un pays
comme la France.
Le sous-emploi aigu
de travailler
une heure par semaine
par exemple,
ça existe surtout
depuis que la crise
du Covid a éclaté.
On a des intermittents
du monde du travail,
des gens qui rentrent
dans le monde du travail
qui en sortent.
Beaucoup d'entrepreneurs
aussi précaires.
Donc le nombre
de situations sociales
qui sont exclues
par ce 7,5%,
ça veut tout simplement
dire que ce 7,5%
ne reflète rien.
L'urgence
serait évidemment
de relancer
notre production industrielle
pour limiter
notre dépendance
à des États
de plus en plus autoritaires
qui n'ont aucun scrupule
à piller l'Europe.
Mais en plus
de l'absence claire
de volonté politique,
la grave crise énergétique
des trois dernières années
rend les coûts exorbitants
et les sanctions européennes
inutiles et absurdes
que l'Europe a adoptées,
soit 10 ans
pour aider l'Ukraine,
ont considérablement
aggravé la situation.
Pour faire accepter
cette situation,
la désinformation économique
a atteint des niveaux
presque caricaturaux.
Les politiciens de droite
se plaignent
de l'assistanat de la dette
et encouragent
les politiques d'austérité
alors qu'ils sont
les premiers
à endetter le pays.
Le but est évidemment
de gaver les entreprises
de subventions,
en partie pour compenser
les effets néfastes
de l'euro
et en partie
pour subventionner
l'emploi à crédit
pour redourer l'image
du gouvernement
ou pour engraisser
les actionnaires.
Le nombre de stupidités
qui ont pu être dit
sur l'euro,
on pourrait en écrire
l'équivalent
d'une encyclopédie.
L'euro bloque
les parités de change
entre les pays.
Or,
ces pays ont
des structures économiques
différentes.
On va dire
oui,
mais ces structures
économiques
peuvent aussi être
différentes
à l'intérieur d'un pays.
Oui, c'est vrai.
Mais qu'est-ce
qui se passe ?
Il y a des transferts
de revenus importants
du budget
vers les régions
en crise.
Ça veut dire
qu'il faudrait
que l'on ait
des transferts
de l'ordre
de 5 à 10 fois
supérieurs
aux transferts actuels
au sein de l'Union européenne.
Ça,
aucun pays n'en veut.
Et donc,
faire fonctionner
une monnaie unique
quand on n'a pas
de transferts,
c'est une catastrophe
annoncée.
On ne fait fonctionner
l'euro
qu'à travers
des pyramides de Ponzi.
Je suis
convaincu
que l'euro
n'a pas
d'avenir.
Le pire
c'est quand on s'intéresse
à ceux qui préconisent
de détruire notre modèle social
par des plans drastiques
de coupes
dans les dépenses publiques.
Comme ici,
Laurent Wauquiez,
qui parle de la situation
catastrophique
des finances publiques
pour proposer
50 milliards d'euros
d'économies.
Eh bien,
ce sont les mêmes
qui se goinfrent
en dilapidant nos impôts
pour vivre comme des pachas
en claquant 123 000 euros
dans des restaurants
comme Wauquiez
ou 126 000 euros
de chauffeurs
chaque année pour coper
qui a juste décidé
de ne pas loger
dans la ville
dont il est maire.
Pour bien vous rendre compte,
on est arrivé
à un équivalent
de 100 000 euros
de dettes
par ménage français
et l'État doit emprunter
tous les ans
20% du PIB
sur les marchés financiers.
Et si les taux remontent,
toute cette machine artificielle
ne pourra plus fonctionner.
La France sera
en cessation de paiement
et connaîtra un sort
encore plus tragique
que celui de la Grèce.
Et justement,
les taux commencent à remonter,
ce qui inquiète
beaucoup les financiers.
Par exemple,
les taux auxquels emprunte
la France sont désormais
supérieurs à ceux de la Grèce.
Et pendant ce temps,
le pouvoir d'achat
stagne,
rongé par l'inflation.
Un français sur trois
ne mange pas à sa faim.
La lutte
contre les inégalités
au cœur du modèle social français
a été balayée
par Emmanuel Macron
qui a fait exploser
les revenus des ultra-riches
qui ont connu
une croissance annuelle
de leur revenu
de 3 à 16%.
Le record
est détenu
par les 500
Français les plus riches
qui ont doublé
leurs revenus
en 20 ans
avec plus de
4,5 millions d'euros
en moyenne
chaque mois.
Dans le même esprit,
les sociétés du CAC 40
ont versé leur record
de dividendes
aux actionnaires en 2023
avec près de
100 milliards d'euros
distribués.
La politique
monétaire
dans les
grandes banques centrales
n'a pas abouti
à une augmentation
du PIB
mais ça a abouti
à une augmentation
des valorisations
financières.
77%
de la hausse
je dirais
de la richesse nette
du monde
depuis 20 ans
a été dans
des valorisations financières.
Donc vous avez
un système
qui fait que
les
deux tiers
de l'activité
humaine
sont concentrés
sur l'augmentation
des valeurs financières
qui ne bénéficient
en fait
qu'à 10%
de la population.
Voilà de manière
très très résumée
notre triste
situation économique.
Je pense que ça répond
à la plupart des questions
qui nous ont été posées
mais si vous voulez
aller plus loin,
venez sur notre site.
Dans la rubrique
« Analyse graphique »,
vous trouverez de quoi
compléter chaque problématique
soulevée dans cette vidéo.
Quand on voit
à quel point la guerre
en Ukraine a eu
des répercussions économiques
dévastatrices
dans le monde entier,
il y a de quoi
s'inquiéter
face au déni immense
qu'on entretient
au sujet
de l'incroyable vulnérabilité
de notre système.
Les Atlantistes
ont voulu la mondialisation
et la domination
du marché global
en croyant imposer
la fin de l'histoire
et l'hégémonie
incontestable de l'Occident.
Ils ont en fait
construit un château de cartes
qui ne pourra sans doute
pas résister
au renversement actuel
des rapports
de forces mondiaux.
Et justement,
ce renversement
est en train de se dérouler
sous nos yeux impuissants.
Bon,
sauf à être très naïf,
personne ne dira
que les guerres
ont un jour cessé.
Les 80 dernières années
ont été marquées
par tout un tas
de guerres mortifères
qu'on a tendance
hélas à oublier.
La Corée,
le Vietnam,
l'ex-Yougoslavie,
l'Afghanistan,
l'Irak,
la Libye,
la Syrie,
etc.
Alors,
c'était des conflits
le plus souvent asymétriques
avec l'implication
des États-Unis
qui étaient tout puissants
depuis la fin
de la Seconde Guerre mondiale.
Dès les années 50,
les Américains ont réussi
à prendre l'avantage
en imposant tout un tas
de conditions,
notamment économiques,
je pense au plan Marshall,
pour maintenir
leur influence
jusqu'à gagner le combat
contre le bloc de l'Est.
Donc l'Amérique,
de ne pas être
un pays surdogé,
devient un pays déficit.
Elle maximise son déficit.
Donc son déficit
commence à se dérouler
comme un énorme
vacuum de nettoyage
qui va
s'échapper
de l'Europe
et du Japon.
Les exportations
de l'Allemagne,
de la France,
de la Grèce,
on ne peut pas faire ça
parce qu'on va
être bankrupt.
Mais ils avaient
le dollar,
la monnaie mondiale,
les capitalistes
non-américains
qui ont financé
les déficits
de l'État américain
et bien sûr
des partenaires
qui nous ont permis
de ne pas acheter
des grandes banques,
des grandes technologies,
des grandes industries.
C'est ce qu'on appelle
la financialisation.
Alors eux,
ils utilisent
des outils militaires.
Ils utilisent
d'abord
tous les systèmes
d'écoute
de renseignements
qu'ils ont bâtis
à l'occasion
du 11 septembre 2001.
Donc ils écoutent
les entreprises
concurrentes.
Deuxièmement,
ils ont,
c'est quand même
ce qu'on appelle
les outils
du droit extraterritorial.
C'est-à-dire que
les Américains
utilisent un droit
qui est un droit impérialiste
qui consiste
à se déclarer
compétent
pour des affaires
qui ne les concernent nullement.
Ils s'auto-instituent
les gendarmes du monde
en portant atteinte
à des intérêts
de souveraineté.
Donc ce sont des ingérences.
Quand une entreprise
est achetée
par une entreprise
française,
elle est achetée
par une entreprise américaine.
L'administration américaine
dispose du pouvoir
unilatéral
de demander
toute information
sur l'entreprise
contrôlée
majoritairement
par une entreprise américaine
parce qu'elle est
dans le champ
de l'exploration.
Donc toutes les informations,
les brevets,
les technologies,
les gens,
sans aucune motivation
et sans autorisation judiciaire.
Donc c'est des perquisitions illégales.
C'est comme ça
que le monde est passé
de la multipolarité
à la bipolarité
et ensuite
à l'unipolarité,
c'est-à-dire
la concentration
de la puissance mondiale
dans les mains
d'un seul pays.
Alors cette unipolarité,
ça nous a été favorable un temps
parce que l'Europe
et la France
se sont docilement rangées
du côté des Américains
et peu importe
l'immoralité
ou la stupidité
de leurs actions.
Sauf qu'aujourd'hui,
l'unipolarité du monde
est en déclin.
Les États-Unis
voient leur puissance
se délabrer à tous les niveaux.
Ils patauchent dans leurs guerres.
Ils sont empêtrés
dans leurs crises politiques.
Leurs inégalités se creusent.
La mortalité remonte
et pour couronner de tout,
ils sont gouvernés
par des nihilistes
qui sont prêts
à faire couler l'Occident
avec eux.
Donc les gens vont vous dire
le PIB américain par tête
c'est supérieur à tout.
Je dis bon bah oui
avec ce PIB supérieur
et 18,8%
de dépenses médicales
on obtient une hausse
de la mortalité.
Comment vous rendez
ça compatible ?
Donc la première chose
c'est que ces données
démographiques
doivent nous habituer
à regarder l'Amérique
différemment.
Ça donne un pays
en pleine régression
mais un pays
en pleine régression
qui n'a pas renoncé
à son contrôle géopolitique
mondial
qui peut être
où l'espérance de vie
des moins éduqués
baisse.
Ces indicateurs
nous donnent
l'image
d'une société
en décomposition.
La guerre en Ukraine
sur laquelle j'enquête
depuis 2014
c'est un déclencheur
et un symbole
de cet effondrement occidental.
Nos dirigeants
n'ont rien fait
pour empêcher la catastrophe.
Ils ont joué avec le feu
en enterrant des siècles
de traditions diplomatiques.
On a vu Von der Leyen
transformer l'Europe
en caisse de résonance
de l'OTAN
et mettre en place
des sanctions
qui n'ont servi à rien
à part tripler
nos facteurs d'électricité
et engraisser
le gaz de chiffre
immonde des Américains.
Ça c'est un truc
qui m'a beaucoup frappé.
C'est la conversion
de gens
dans le paysage
audiovisuel et politique
qui étaient classés
comme européistes
frénétiques
se convertir
tout d'un coup
à un atlantisme
vraiment délicieux.
C'est-à-dire
passer de l'Union Européenne
à l'OTAN
comme lieu de fixation
de leur fidélité.
C'est ce qu'on sentait tous.
C'est que le projet européen
était devenu vide.
Ce qu'on a réalisé
c'est qu'il n'était pas vide.
Simplement on a vu
c'est ce qu'avait montré
le référendum de 2005.
Depuis on a eu
une série d'événements
cataclysmiques.
Plus personne n'y croit.
Et dans ce contexte
je pense que
la gestion de l'Europe
est devenue
pour les élites
qui l'ont fabriquée
un véritable boulet conceptuel.
Comment sortir,
se débarrasser
de ce machin
qui ne fonctionne plus,
qui parlise tout ?
Je pense que
la guerre dans ce contexte
s'est échappée
à toute problématique européenne.
Ce qui est rendu plus fort
ce n'est pas du tout l'Europe,
c'est la soumission
de l'Europe aux Etats-Unis.
C'est un effet de vide
de l'idéologie européenne
qui a permis
à tous les européistes,
politiques, journalistiques, etc.
de se reconvertir
dans l'adoration de l'OTAN.
Les discours bellicistes
et pro-guerre
se sont répandus partout
à tel point
que ceux qui appelaient encore
à la désescalade
ont été censurés
ou insultés
pour leur position jugée
bruniquoise,
argument stupide
qui consiste à toujours
promouvoir la guerre
comme principale solution.
Alors aujourd'hui,
la Russie est toujours debout,
étrangement.
Son économie a
survécu
aux attaques de Bruno Le Baire
qui, du coup,
vient de s'exiler en Suisse.
Les sanctions économiques
et financières
sont même d'une efficacité
redoutable.
Nous allons donc provoquer
l'effondrement
de l'économie russe.
Elle affiche même
une insolente croissance
de plus de 3,6%
pour 2024,
le triple de la France.
Mais ce pays a tourné
définitivement le dos
à l'Europe
pour se rapprocher
de l'Asie et des BRICS
qui connaissent un essor économique
sans précédent
et ils auront même la chance
d'avoir accès
à l'énergie russe bon marché.
Après,
pendant quelques années,
on vous expliquera
que vous n'êtes pas compétitif
et qu'il faut abandonner
des acquis sociaux,
vous saurez d'où ça vient.
Les BRICS sont même
en train de préparer
une sortie du dollar,
la monnaie de référence
pour la concurrencée.
Et,
chose incroyable,
il y a quelques jours,
Trump a réagi à ça
en menaçant de guerre commerciale
tout pays qui chercherait
à se passer du dollar.
On en entend très peu parler
et pourtant,
c'est extrêmement inquiétant
pour la Suisse.
Et ce n'est pas le seul souci
qui menace l'Occident.
Par exemple,
au niveau démographique,
on pèse de moins en moins
sur la planète.
L'Inde et la Chine
représentent à elles seules
36% de la population mondiale
et l'Afrique
n'est encore qu'au début
de cette transition démographique,
c'est presque 20%.
Et pour couronner le tout,
la dégradation écologique
risque d'avoir
de sérieuses répercussions
sur ce continent
en forçant des vagues
de migration,
ce qui ne va pas aider
à pacifier les conflits.
Si on ne fait rien,
le long du scénario
du business as usual,
à la fin du siècle,
on a la totalité
du bassin de l'Amazonie
qui est inhabitable
à cause de ces pics,
une grande partie
de l'Amérique centrale,
ce qui veut dire
des migrations colossales
du côté des Etats-Unis.
On a la côte sud-est
des Etats-Unis
qui n'est pas inhabitable
mais qui commence
à devenir extrêmement difficile
avec, disons,
un jour sur trois
en moyenne
de conditions létales
de température et d'humidité.
On a une partie
du golfe de Guinée
et puis surtout
une bonne partie de l'Inde
et la totalité
de l'Asie du sud-est.
On n'est pas sur la trajectoire
du tout-se-passe-bien
donc il est vraisemblable
qu'il y ait des catastrophes
d'ici là
et qu'en particulier
il y ait des migrations
de réfugiés climatiques
dans tous les sens
sur la totalité
et une bonne partie
de la planète.
Le plus triste,
c'est que le déclin
de la puissance occidentale
s'accompagne
d'une décadence morale
affligeante.
La guerre à Gaza
est un effondrement
total de notre
humanité commune.
Et ce n'est pas moi
qui le dis,
ce sont les mots
du secrétaire général
de l'ONU
qui, maintenant,
chose hallucinante,
est interdit d'entrer
en Israël.
Ce massacre
commis par Israël
avec le soutien
des atlantistes
est en train
de diviser le monde.
1 milliard contre 7
et on n'est pas
dans le camp
des 7 milliards.
Et même s'il est difficile
de s'indigner de la situation
dans nos médias
qui sont ravagés
idéologiquement
en faveur d'Israël,
ça ne change rien au fait.
Ce conflit est en train
de choquer
une grande partie du monde.
Et la réaction de l'Occident,
noyée dans ses contradictions,
choque encore plus.
Pour tous ces pays-là,
le conflit Russie-Ukraine
est un conflit européen.
Et puis aussi,
en fait,
vous condamnez
l'acquisition de territoire
par la force
par la Russie.
Mais quand c'est Israël,
non seulement vous ne condamnez pas,
mais en fait,
vous soutenez même.
Vous condamnez
comme crime de guerre
les bombardements
de populations civiles
par la Russie en Ukraine.
Qui sont des crimes de guerre.
Il ne s'agit pas d'exonérer
Poutine et l'armée russe
de sa culpabilité.
Mais quand c'est Israël,
vous appelez timidement
une trêve humanitaire.
Pour prendre encore un exemple,
quand la Russie annexe
la Crimée en 2014,
c'est illégal
au niveau du droit international.
Mais disons que les gens
qui avaient été en Crimée
étaient d'accord avec ça.
Lorsqu'Israël annexe
Jérusalem-Est,
c'est tout aussi illégal.
Et le moins que l'on puisse dire,
c'est que la population
annexée n'est pas vraiment d'accord.
Avec cette décision,
avec cette action,
dans un cas,
on prend des sanctions
contre la Russie,
dans l'autre, on n'agit pas.
Donc c'est ce double discours
qui est de plus en plus insupportable.
Imaginez un peu,
la Cour pénale internationale
est finalement sortie
de sa léthargie
et s'attaque pour la première fois
à un dirigeant criminel
pro-occidental.
Que font les États-Unis ?
Ils menacent directement
de sanctionner la France
si elle respecte
le droit international.
Et qu'a fait Macron ?
Non seulement il s'est couché
en parlant d'une immunité
pourtant illégale,
mais en plus,
il a fait écrire
que la France
entend continuer
à travailler
en étroite collaboration
avec le Premier ministre
Netanyahou,
qui est donc sous
mandat d'arrêt international
pour crimes de guerre
et crimes contre l'humanité.
La complaisance
d'un certain nombre
de pays européens
vis-à-vis de la politique
coloniale israélienne
est bien connue,
est bien installée,
et elle n'est pas là
pour nous étonner.
La France,
qui avait une politique
équilibrée,
une volonté
de maintenir,
enfin,
comment dire,
de prêter une attention
réelle
aux revendications
des Palestiniens,
de les prendre au sérieux.
Mais depuis Sarkozy,
Hollande,
Macron,
tout cela
est depuis
l'assimilation
de la répétition
de ce mantra
l'antisémitisme
qui est la forme
déguisée,
présentable
de l'antisémitisme,
la critique d'Israël,
c'est une critique
hostile aux juifs,
c'est pas une critique politique,
etc.
Tout ce discours
de discrédit,
de disqualification
de la critique politique
d'Israël
et de sa politique
coloniale,
ça,
ça ne restera pas
sans conséquence
à mon avis.
Ce qui est certain,
c'est que deux poids
deux mesures de l'Occident
et l'impunité
de ces guerres
va finir par se retourner
contre nous
si on ne réagit pas
très vite.
On est donc
dans une situation critique,
notre pays est emporté
dans des évolutions mondiales
irrésistibles,
on est profondément
dépendant
d'un système économique
qui n'attend que
la prochaine crise
pour nous prouver sa fragilité
et pour couronner le tout,
on est cerné
par des nations
de plus en plus puissantes
qui n'en ont pas
grand chose à faire
de nos pseudos
valeurs républicaines
et libérales.
Ça semble donc être
le bon moment
pour réfléchir publiquement
et collectivement
à cette situation
et peut-être nous préparer
à ces grands changements
pour éviter de nous prendre
une énorme claque.
Mais c'est à peu près
tout l'inverse
qui est en train de se passer.
Même les médias
qui parlaient
de post-vérité
il y a encore quelques années
refusent de reconnaître
les faits les plus évidents
y compris d'ailleurs
ceux cités dans cette chronique.
Ils ont plutôt
resserré l'étau
sur leur idéologie
néolibérale
en chassant
des plateaux télé
et des espaces de pouvoir
tous ceux
qui se montreraient
un tant soit peu
critiques.
La censure,
elle existe,
elle prend plusieurs formes.
C'est peut-être
la censure métébrutale,
la réécriture d'un texte
mais ça peut être aussi
des censures
beaucoup plus subtiles.
C'est-à-dire
tu sais que si tu proposes
tel sujet
t'es mort.
Il y a des sujets
qui ne doivent même pas
être posés sur la table.
On voit très bien
comment ça se passe
dans ces rédactions-là.
C'est-à-dire qu'on vous ridiculise,
on vous marginalise,
on finit même par préférer
donner votre sujet
à un pigiste,
un collaborateur extérieur
qui est en précaire
pourra être complètement
malléable
plutôt qu'à vous
parce qu'avec vous
on sait que ça va être
de l'anego,
que le discours
ne sera pas dans l'axe,
qu'il y aura un problème,
machin, machin.
À Laurent Geoffrin,
dont j'ai vécu personnellement
les séances de réécriture
interminables,
c'est toujours pervers
les séances de réécriture.
Ça vous ramène
derrière le rideau de fer souvent.
Il y a des régressions démocratiques
en cours dans ce pays
dont les gens
n'ont même pas encore idée.
J'ai su par la bande
que Patrick Drahi
avait sermonné,
pour ne pas dire engueulé,
une personne de BFM
qui m'avait invité.
J'ai eu malgré tout
d'autres invitations
mais qui ont été
à chaque fois annulées.
Je suis un personnage
controversé,
en tout cas quand il s'agit
du conflit
israélo-palestinien sous-entendu.
Bernard-Henri Lévy
n'est pas controversé
ou Alain Finkielkraut.
Il y a tout de même
des voix qui se font entendre.
Mais enfin,
par rapport au vacarme
des thèses
des défenseurs d'Israël,
leurs voix ont peine
à se faire entendre.
Ça, il faut le reconnaître.
On en est arrivé à un stade
où même la nuance
est criminalisée.
Il faut se positionner
droit dans la ligne indiquée,
condamné.
Tout ce qui en sort
sous peine d'être rendu
infréquentable.
Est-ce que vous condamnez ?
Quel est votre degré
de condamnation ?
La France condamne
de la manière la plus ferme.
Ceux qui n'ont pas
condamné clairement,
est-ce qu'ils sont
complices ?
Il n'y a pas de discutaillerie.
On condamne.
À force, ça devient même
de la bêtise.
Les élites
politico-médiatiques
ont tellement pris l'habitude
de penser par mots-clés
que quand un événement
requiert du recul
historique,
anthropologique
ou philosophique,
elles trouvent ça
beaucoup trop suspect.
Et comme le disait
un grand baron
de la République,
expliquer,
c'est déjà
un peu excuser.
Aucune excuse
ne doit être cherchée.
Aucune excuse.
Aucune excuse
sociale,
sociologique
et culturelle.
Au final,
le résultat est assez clair.
On est dans un régime
de partis uniques
puisque, selon eux,
tout ce qui n'est pas
Macron ou libéral,
autoritaire,
dans le même genre,
c'est de l'extrémisme radical.
En fait,
ça va se demander
si on ne va pas finir
par interdire
les partis d'opposition.
Les gens qui,
hélas,
occupent actuellement
le pouvoir,
ces gens-là
sont
ce que Nietzsche
appellerait
les derniers des hommes.
Les symptômes ultimes
d'une évolution
assez déplorable
de dégénérescence
intellectuelle et morale
où, au fond,
il n'y a rien d'autre
que l'utilité,
à quoi vous me servez,
le profit,
l'argent, donc,
et la puissance.
Il y a des moyens
et on va calculer
des moyens
mais on ne va jamais
penser les fins.
Peut-être parce qu'on a peur,
peut-être parce qu'on est
trop bête,
mais on va se réfugier
dans du technico-pratique.
C'est une forme
d'aménagement du néant
qui est vectorisé
par la puissance.
Il n'y a que ça.
Mais par chance,
Bolloré et ses copains
ont trouvé une solution.
Faire rentrer
l'extrême droite
dans l'arc républicain
en s'assurant,
bien sûr,
au préalable,
qu'elle ne soit
en aucun cas
une menace
pour les intérêts
des plus riches
et des marchés financiers.
Même toutes ces forces
épouvantables
d'extrême droite
qui se développent partout
ont parfaitement compris
que pour être acceptable,
ce n'est pas
de modérer
leurs discours racistes
ou leurs discours
à l'égard de minorités,
c'est de dire
qu'ils acceptent
le cadre économique
européen.
Et c'est ça
qui les a rendus fréquentables
et les a remis
dans l'arc républicain.
C'est pas autre chose.
M. Bardella
et Mme Le Pen
ont dit
« Ne rassurez-vous,
le Frexit,
ça ne concerne plus
la sortie de l'euro,
ça ne concerne plus
l'extrême droite,
qu'elle soit
dans sa version italienne,
qu'elle soit
dans sa version française.
Elle va s'accommoder
avec le grand patronat
à merveille. »
Et au final,
il y a une espèce
de dissonance folle
entre ce que les gens vivent,
le déclassement
qu'ils subissent,
les angoisses
qu'ils ressentent
et la manière
dont le pouvoir
et les médias
parlent du réel.
Allez écouter,
tout va pour le mieux.
Notre seul problème,
c'est la Russie,
les grèves SNCF
et les antisémites
de l'ONU.
Il y a une donnée
structurante déjà
qu'on commence
à bien connaître.
Mais 90%
des médias mainstream
sont détenus
par des milliardaires.
Quel intérêt
ont ces milliardaires
à détenir des médias
qui ne font pas de bénéfices ?
Si ce n'est,
évidemment,
d'organiser une propagande,
de contrôler au maximum
l'opinion publique.
Puis ensuite,
on a une classe sociale
dans les médias
qui est la classe moyenne supérieure,
qui est victime
d'un certain aveuglement idéologique,
qui défend ses intérêts,
qui bénéficie totalement
du statut court.
Je veux dire,
ils ont des positions sociales
très confortables
avec de la reconnaissance,
avec des salaires
très confortables.
Donc eux,
ils n'ont aucun intérêt
au changement.
Puis après,
il y a une troisième explication
qui tient tout simplement
et malheureusement
à leur incompétence.
Les journalistes ne lisent pas,
ne se renseignent pas.
Ils ont une inculture politique
qui est vraiment incroyable.
Ça donne des pratiques
qui consistent
à se comporter comme des moutons,
à suivre les dépêches AFP
et à relayer
la propagande gouvernementale.
Parce que tout simplement,
ils n'ont même pas les compétences
et donc l'esprit critique suffisant
pour pouvoir apprécier
si ce que dit le gouvernement
est vrai ou pas
et pour créer
une base de discussion.
Sauf que,
quand un système politique
entre dans des contradictions
aussi fortes,
la colère finit obligatoirement
par éclater un jour.
En voulant étouffer
les visions critiques,
en fait,
les grands médias,
leurs milliardaires
et la casse politique
qu'ils défendent
ont causé
des mouvements sociaux
de très grande ampleur.
Et quand c'est plus possible
de contenir les citoyens
par la peur
ou le mensonge,
il ne reste que la violence.
On garde le souvenir douloureux
du traitement des gilets jaunes en tête.
D'ailleurs,
la dérive autoritaire
du camp macroniste
marque un tel tournant
qu'il a même été dénoncé
par des organisations internationales
comme Amnesty.
C'est dire !
Et puis quoi ?
Macron est toujours là,
rien ne s'améliore,
on ne peut plus manifester
sans se mettre en danger
et quand on vote,
la volonté populaire
n'est même pas respectée.
Je rappelle
qu'on s'est quand même retrouvés
avec Michel Bernier
comme Premier ministre
alors qu'il incarnait
un parti totalement
tombé aux oubliettes.
Alors on peut bien se moquer
des Américains
et de leur cirque politique
ridicule.
Mais au final,
on n'est vraiment pas prêt
de pouvoir leur donner
des leçons de démocratie
Alors qu'est-ce qui nous reste
pour ne pas sombrer
dans le désespoir ?
Eh bien,
pas mal de choses en réalité.
Déjà,
il nous reste la connaissance.
Alors oui,
dit comme ça,
ça fait un peu idéaliste
et convenu,
mais une des raisons
qui fait qu'on n'arrive presque pas
à agir collectivement,
c'est que le capitalisme
emporte tout un tas
de conséquences
sociales,
psychologiques
qui nous poussent
à l'isolement,
aux obsessions identitaires
et à la concurrence.
À force de ne plus reconnaître
la souffrance existentielle
et humaine,
on se coupe
de nous-mêmes aussi.
Vous voyez,
dans 15-20 ans,
quand cette dévastation
du monde,
on aura repléanté
suffisamment de graines
et on aura soulevé
suffisamment de terres
et de psychés,
c'est l'heure là
de cette science
un peu falsifiée
tombera
et puis on va se mettre
à faire des soins
autrement
qui accueillent
et qui font hospitalité
à la difficulté
d'être un être humain.
La chose
que nous partageons
le plus,
même avec les personnes
qui sont à l'opposé
de notre spectre politique,
c'est la souffrance
que ce système
fait peser sur nous.
Les structures collectives
ont perdu leur sens,
le travail est devenu
aliénant,
absurde,
la communication
et le langage
ont été dénaturés
au point que les gens
ne se comprennent
même plus.
La plupart des valeurs humanistes
ont été oubliées
au profit d'une ambition
individuelle
et égoïste
de se réaliser
peu importe le prix.
Une réalisation qui,
dans la plupart des cas,
n'est que le reflet
des ondes projetées
sur la caverne
par un marché
qui a besoin
de nous transformer
en consommateurs.
Maintenant,
il n'y a plus d'individus,
il n'y a plus de sujet,
il n'y a plus de déconsommateur.
On est soumis au marché
et soumis au marché,
c'est quand même
être soumis
à une instance
qui prend en charge
cet individu
pour lui distribuer
ce qu'elle veut lui distribuer
et pour ne pas
qu'il accède
au reste,
c'est-à-dire
à la pensée critique
qui, pour moi,
en tant que philosophe,
reste un idéal,
je dirais,
absolu.
Tous les individus
de tous les régimes précédents
ont été des soumis.
Soumis à Dieu,
soumis au polythéisme,
soumis à tel monothéisme,
soumis au roi,
soumis au nazisme,
soumis au stalinisme,
soumis à tout ce que vous voulez.
L'individu
n'a encore jamais existé
parce que,
pour qu'il existe,
il faudrait
que la démocratie
ait suffisamment avancé
pour qu'elle produise
des individus
qui pensent par eux-mêmes
et agissent par eux-mêmes
à côté
d'autres individus
qui pensent et agissent
par eux-mêmes.
Nous n'en sommes
encore pas là.
Le summum
de la réussite sociale
aujourd'hui
consiste à passer
du consommateur
au produit de consommation
lui-même.
Devenir
les rois et les reines
de la société du spectacle
ou faire fructifier
un capital
qui détruit le monde
et la planète,
c'est à peu près
tout ce qui nous est proposé
comme modèle de réussite.
Chacun
est un capital.
Ça veut dire
que
l'individu
se trouve
assigné
à une tâche
qu'il doit reconduire
indéfiniment
tout au long de sa vie
qui est celle
de faire fructifier
ce capital.
On ne peut jamais
se reposer
sur ses lauriers
comme on dit
et puis dire
j'ai atteint
l'objectif
que je m'étais assigné
donc je peux être satisfait
moi-même.
Non, pas du tout.
C'est aussi l'individu
qui est culpabilisé,
qui est rendu responsable
du fait qu'il n'a pas atteint
les objectifs
qu'on ne lui a pas imposés
mais qu'il sait imposer.
On peut se féliciter
d'avoir réalisé
une performance
mais en fait
on est poussé
par toute la logique
du système
à considérer
que cette performance-là
est insuffisante
et donc on est poussé
à aller encore plus loin.
Le système
de la performance-jouissance
c'est ça.
Donc c'est une illimitation
qui est en complète
contradiction
avec
le fonctionnement
subjectif
normal
de l'individu.
Le développement
du livre-échange
de la globalisation
en pratique
il a réussi.
Il a détruit
l'industrie.
Cette idéologie
du consommateur roi
qui dans une certaine mesure
est passée.
Elle a transformé
les peuples
d'Occident
en plèbes.
C'est-à-dire
comme une classe parasitaire.
Alors pour sortir
de cet engrenage
infernal
il nous faudrait
en réalité
deux choses.
Premièrement
un esprit critique.
L'esprit critique
ce n'est pas juste
un état d'esprit.
C'est avoir
avant tout
un ensemble
de connaissances
qui permettent
de construire
un modèle de pensée
qui puisse faire
concurrence
à la doxa ambiante.
Il faut lire,
regarder des vidéos,
écouter des podcasts,
assister à des conférences,
discuter avec des chercheurs
peu importe les moyens.
On doit réintégrer
dans notre univers
cognitif
des idées
nouvelles.
Parce que c'est ça
la force du discours européen.
Même si
il est
partiel,
faux,
contestable
il a la mérite
des choses simples.
Tu sais,
on est 67 millions,
les Chinois sont un milliard,
les Indiens sont un milliard.
Ce qui est bien,
si on se met tous ensemble
on sera plus forts.
Alors que
le discours critique
il est
difficile
à faire naître.
On est ensemble
ce n'est pas toujours bien
parce qu'on se fait
du dumping,
parce qu'il n'y a pas
de coopération,
etc.
Aujourd'hui,
pour moi,
si on veut
construire une critique
de l'Europe,
c'est une critique de l'Europe,
c'est un autre récit,
un autre imaginaire
qu'il faut fabriquer.
On ne gagnera pas la partie
avec une bataille technique.
Il faut des discours
aussi efficaces
que le discours
de l'adversaire.
Pour moi,
ce qui est important
c'est de travailler
sa méthode
et de travailler
contre soi-même.
Parce qu'en fait,
on a tendance
à s'installer
dans des discours.
On peut écouter
des milliers d'heures
de podcasts
qui rabâchent
à chaque fois la même chose
et c'est confortable,
ça fait plaisir en fait.
On est avec des gens
qui partagent
un système de valeurs
et un diagnostic
sur le monde
et on peut être
en redondance
jusqu'à la retraite,
il n'y a aucun problème.
Travailler le scepticisme,
à mon sens,
c'est essayer
de douter davantage
de nos associations.
Ce n'est pas intéressant
tout simplement
pour arrêter celui
qui a le dernier mot,
c'est intéressant
d'un point de vue philosophique.
Personnellement,
c'est-à-dire se dire
j'ai conscience
de mon incompétence
et de mon inculture fondamentale
parce que je ne peux pas faire ça
sur tous les sujets
et donc je fais attention.
Je vais essayer
de suspendre mon jugement
avant de pouvoir être
éventuellement en capacité
d'établir des faits.
Deuxièmement,
Les émotions
sont très utiles
pour prendre conscience
des injustices
qui nous entourent
et aussi
se transcender
pour le bien collectif.
Mais des décennies
de propagande
et de publicité
ont dénaturé
leurs fonctions premières.
Nos émotions
sont manipulées,
sursollicitées
en permanence.
Nos biais sont
à la merci des algorithmes
et des grands groupes
qui les contrôlent.
Il faut apprendre
à se méfier
de nos certitudes
et de nos ressentis
autant qu'on se méfie
de ceux des autres.
À terme,
penser contre soi,
c'est peut-être
la meilleure manière
d'avoir raison.
La tolérance,
ce n'est pas une question
de principes
ou de valeurs,
c'est une question
de raison
et d'ouverture d'esprit.
L'invasion
de l'espace social
par l'émotion
est l'une des caractéristiques
de l'époque.
La vie politique,
maintenant,
c'est le règne
de l'émotion.
Ça va avec
la personnalisation.
Vous savez,
des hommes et des femmes politiques
qui viennent à la télé
et qui vous racontent
leur enfance
dont on n'a absolument
rien affiche.
C'est aussi
un symptôme
de la dépolitisation,
d'une espèce
de refus de penser
qui, en fait,
nous entretient
un peu dans un état
d'indécision.
Quand vous êtes pris
par l'émotion,
vous n'êtes pas
en situation
de réfléchir.
Quand on vous montre
des bombardements,
quand on vous montre
des cadavres
et qu'on vous dit
que c'est
ce machin
qui a fait ça,
il faut tout de suite
déclencher une guerre.
Je pense
à certains
néophilosophes
guerriers
ce ne sont pas
les meilleures conditions
pour prendre
des décisions
raisonnées.
L'émotion,
ça fait partie
de la vie,
il en faut.
La colère
est une émotion
positive
si elle vous conduit
à descendre dans la rue
pour réclamer
qu'on lutte
contre la pauvreté
ou des choses comme ça.
Mais ça ne peut pas
être la totalité
de notre appréhension
du réel.
Donc,
si collectivement
on arrive
à se réapproprier
notre esprit critique
et nos émotions,
alors ce serait
beaucoup plus simple
pour les 99%
qui ont intérêt
de construire
un projet politique
désirable
qui puisse
balayer ce système
dysfonctionnel
et à bout de sauve.
Le nihilisme,
qu'est-ce que c'est ?
C'est déjà la négation
de toute valeur
sauf celle de l'argent.
Le nihilisme,
c'est ce que Nietzsche appelle
la production du désert.
Le désert croix,
c'est un résumé
absolument sidérant
de ce que peut être
la modernité
poussée jusqu'à son terme.
C'est-à-dire
la logique du profit,
de la jouissance
totalement décorrélée
de toute réflexion
sur le caractère
vivable et humain
de la vie.
C'est le monde
dans lequel on vit.
Cette dévastation-là,
elle est érigée en valeur
par, de fait,
les nihilistes
qui sont aux leviers
de commande
non seulement du pouvoir
ou du pseudo-pouvoir politique,
des gens qui n'ont plus
d'existence
que fantomatiques,
zombiesques
et voués
à la simple jouissance
matérielle
totalement décorrélée
de toute réflexion
sur la beauté
et sur le sens.
Comme vous avez pu l'apercevoir,
en trois ans,
on a eu le temps
de creuser beaucoup de sujets
sur cette chaîne
et sur notre site.
Alors, on reste
une petite équipe
et tout le monde
a travaillé d'arrache-pied
pour donner au journalisme
un peu de sens
et son rôle oublié,
c'est-à-dire faire le lien
entre le monde
parfois difficile d'accès
et conceptuel
de la recherche
et l'impératif
concret et urgent
d'informer.
Tout ça,
on peut le faire
que parce qu'on est indépendants,
que parce que vous vous abonnez
sur notre site.
Sans ça,
Elucide ne pourrait
tout simplement pas exister.
Et c'est là que j'ai enfin
le plaisir de vous annoncer
un projet
qui nous tenait à cœur.
Grâce à deux informaticiens
formidables,
on a mis en place
une application mobile
que vous pouvez télécharger
dès aujourd'hui gratuitement.
Et cette application
va vous permettre
deux choses.
Premièrement,
vous donner accès
très facilement
à tous nos formats,
y compris aux podcasts,
à des interviews
qui nous ont été très demandées,
que vous pourrez écouter
et télécharger directement
sur l'application.
Ça sortira tous les samedis
en même temps que les vidéos de la chaîne.
Et même chose
pour les podcasts
de notre bibliothèque
d'autodéfense intellectuelle.
Mais vous pourrez retrouver aussi
toutes les publications habituelles,
les analyses graphiques,
les synthèses d'ouvrages
et les entretiens,
les articles,
y compris tout ce cité
dans cette vidéo.
Deuxièmement,
ça va aussi nous permettre
d'être un peu plus indépendants
de YouTube
qui devient très agressif
au niveau des restrictions
et des sanctions.
D'ailleurs,
c'est pour ça que vous entendez
parfois des mots bipés
dans les vidéos.
C'est extrêmement pénible
et ça risque de s'aggraver
largement dans l'avenir
vu la manière
dont la liberté d'expression
est malmenée.
Google nous a carrément
mis à l'index sans raison.
On n'existe même pas
sur Google actualité.
Et donc,
pour contourner tout ça,
l'application nous fera
d'une grande aide.
Je vous conseille d'ailleurs
de prendre un abonnement
sur le site
et pas directement
sur l'application
pour avoir les tarifs
les plus bas.
Et puis,
ça fera toujours moins de sous
pour appeler Google.
Alors allez regarder,
on vous met toutes les informations
en description de la vidéo.
Mais c'est pas tout.
On est aussi en train
de préparer un format débat
à la Société Lucide
qui paraîtra dans le courant
de l'année 2025.
C'est coûteux à mettre en place.
Donc si c'est quelque chose
qui vous intéresse,
vous pouvez nous aider
avec un abonnement,
un don défiscalisé,
ou bien même
en offrant un abonnement.
C'est bientôt les fêtes,
alors profitez-en.
Encore merci
aux 300 000 personnes
qui suivent cette chaîne.
Merci de nous aider
à faire vivre
des espaces de résistance.
Merci pour votre curiosité.
Merci pour votre ouverture d'esprit
et pour vos merveilleuses questions
qui ont permis cette vidéo.
A samedi prochain.