Procès de l’assassinat de Samuel Paty, un verdict à la hauteur ? 77% des Français sont favorab
23 déc. 2024
Mon Messier Faoui, je voulais profiter de votre présence pour revenir sur le verdict de l'affaire Samuel Paty hier soir.
Il a été rendu en temps et en heure, ce qui est assez rare pour un verdict d'une cour d'assises spéciale.
Nous sommes toujours avec Rachel Khan et Raphaël Stainville.
Je voudrais qu'on réécoute les mots de l'avocat du prédicateur islamiste
Il faut savoir que la partie civile était plutôt satisfaite du verdict rendu hier.
En revanche, écoutez les mots de l'avocat du prédicateur islamiste.
Monsieur Seyfrioui aujourd'hui est un prisonnier politique.
C'est un prisonnier politique, alors qu'il n'est absolument pas en lien avec le terroriste.
Il s'agit d'une décision politique à l'endroit de Monsieur Seyfrioui.
Mais aussi pourquoi il s'agit d'une décision politique.
Parce qu'avec l'extension de cette qualification d'association de malfaiteurs terroristes,
aujourd'hui, n'importe quel militant, n'importe quel militant, groupe de militants,
pourrait se voir attribuer et appliquer cette qualification d'association de malfaiteurs terroristes.
N'importe quel militant ?
Mais, Mohamed Seyfrioui, dites quelque chose.
Non, c'est à vomir.
Non, mais Rachel Khan.
Non, c'est à vomir, véritablement.
Cette décision de justice est très importante, pardon Mohamed,
mais cette décision est fondamentale parce qu'elle reconnaît la méthode,
la stratégie, la calomnie, la disqualification, les mensonges
qui permettent de mettre une cible dans le dos d'une personne
et qu'ensuite, quelqu'un d'autre puisse passer à l'acte.
Elle reconnaît, notamment, le fait que ce mot, islamophobie,
ait participé au pire, à cet attentat.
Et, effectivement, certains se disent militants,
alors qu'en réalité, ce n'est pas du militantisme.
Ce ne sont pas des valeurs pour faire progresser nos humanités.
C'est simplement cibler des personnes.
Et dans ce qui a été rendu hier, on peut saluer que la mémoire de ce professeur
de l'école de la République ait été honorée
et que la liberté d'enseigner a été honorée.
Juste, vous avez raison de le souligner, cher Rachel Kahn,
mais juste sur les mots de l'avocat.
Alors vous allez me dire, c'est son avocat, c'est normal.
Pardon, prisonnier politique, de quoi parle-t-on ?
Ce n'est pas normal, mais généralement, ces tristes cires
prennent des avocats qui sont à leur image, généralement.
Pour avoir suivi un certain nombre de procès terroristes,
et notamment devant la Cour Spéciale,
autant il y a des avocats, des prévenus,
qui sont à la fois d'un point de vue éthique, déontologique,
irréprochables, et qui font leur boulot.
Non mais là, franchement...
Ce profil d'avocat, d'un profil d'avocat militant,
proche des courants islamistes,
et c'est des gens qui, de toute façon,
ont, à travers chaque déclaration, un objectif.
C'est participer à la fragmentation continuelle de la société.
C'est entretenir la conflictualité.
Au lieu de faire preuve de décence, de faire profil bas,
il y a quand même en face un mort,
il y a quand même en face une famille
qui ne verra plus jamais Samuel Paty.
Il y a quand même en face des traumatismes.
Et cet homme, que je ne peux même pas qualifier d'avocat,
vomit des choses qui sont totalement,
évidemment, à vomir,
et qui dit des inepties.
Des inepties.
Parce que d'abord, il n'y a pas de prisonnier politique en France.
Deuxièmement, l'individu en question,
il faut rappeler qu'il avait créé un collectif
qui s'appelle le collectif Cheikh Yassin.
Cheikh Yassin, c'est le fondateur du Hamas,
qui est une organisation terroriste.
Donc c'est dire que dès le départ,
il s'était inscrit dans une logique.
Mais en plus, ce qu'avait dit tout à l'heure,
très justement, Rachel Kahn,
c'est que cet individu,
c'est frais, oui, j'en ai fait, c'est frais.
Moi je m'appelle Sifawi, attention, pas confondre.
Tant qu'on est aux antipodes l'un de l'autre,
il avait fait, il avait placé une cible sur mon dos,
comme il avait fait avec d'autres,
notamment Hassan Chalgoumi,
l'imam Hassan Chalgoumi, qu'il avait harcelé.
Il avait mis une cible sur votre dos ?
Bien sûr, parce que si vous voulez,
quand vous faites croire à des gens
qui sont totalement déstructurés,
que nous serions des acteurs de haine,
que nous serions des gens, comme ils disent,
ce terme que je n'utilise jamais,
parce que c'est un mot qui est utilisé par l'islamiste
pour mettre des cibles sur le dos des gens,
entre guillemets, islamophobes,
quand vous dites, vous armez,
d'une certaine façon, la main du terroriste.
Et là, dans cette affaire,
on a vécu exactement ce contre quoi on prévenait,
on était quelques-uns à prévenir,
pendant plusieurs années.
En vérité, sur deux mots...
Mohamed a pris le temps de parler.
Oui, mais c'est ça, Raphaël Stainville !
Deux mots.
L'action terroriste, c'est deux logiques.
Une diabolisation de la cible
et un discours auto-victimaire.
Dans cette affaire, c'est ça.
Raphaël Stainville, allez-y.
C'était très précisément ce que j'allais dire, au moins bien.
Non, mais c'est ça,
je pense que les mots de cet avocat
concourent d'abord à laisser entendre
que la justice serait islamophobe
et à faire de cette personne
qui a été condamnée à juste titre,
finalement, une victime d'un système.
Alors que c'est bien l'inverse,
on a une victime Samuel Paty,
des parents, une sœur,
des élèves encore traumatisés
par ce qui est arrivé il y a quelques années,
et la justice est passée,
et c'est tant mieux.
Sachez qu'il y a quelques jours,
les réquisitions étaient beaucoup plus légères.
La famille était dévastée.
Le jugement a été plus sévère
que le réquisitoire du parquet,
et c'est tant mieux,
parce qu'il faut pouvoir mettre un stop
à ces campagnes de haine
qui concourent à aboutir
à ce genre d'assassinat terroriste horrible.
Malheureusement, ça ne suffira pas.
Malheureusement, vous avez raison,
mais bien sûr,
il faut absolument que la justice
passe de façon implacable.
Il faudrait que la société civile
se mette en marche pour que,
encore une fois, ces propos,
ces campagnes de diabolisation,
ces campagnes de harcèlement
qui visent un certain nombre d'acteurs
du débat public,
ou d'enseignants,
ou d'anonymes,
puissent cesser, surtout sur les réseaux sociaux,
parce que nous savons aujourd'hui
que cela peut tuer.
Nous le savions déjà avant l'affaire Samuel Paty,
on le sait encore davantage aujourd'hui.
Ce sont des fatwas.
Bien sûr que ce sont des fatwas.
On ne peut pas, raisonnablement,
et je terminerai par ça,
laisser cette lourde responsabilité
exclusivement sur le dos de la justice,
qui effectivement, là, dans cet aspect,
a fait son travail.
Il y a des responsabilités collectives.
Les pouvoirs politiques sont responsables.
Le monde universitaire et intellectuel est responsable.
Une partie des médias
est responsable.
La France Insoumise
est responsable aujourd'hui,
pour nommer clairement, parce que
vous avez, encore une fois, une banalisation
du crime, une banalisation
de la menace, une banalisation
de la criminalisation
de la parole de certains
qui osent uniquement jouir
d'un droit fondamental
dans ce pays, la liberté de conscience,
la liberté de critiquer, y compris
ce qui est sacré pour certains, en l'occurrence,
les idéologies, tout en, évidemment,
ce qui est préservé, c'est
l'intégrité des gens dans
leur identité singulière,
c'est leur dignité qui est préservée.
Jamais le droit français
et jamais la philosophie de la République
n'a protégé les idéologies
religieuses, parce que ça reste
des idéologies. On peut critiquer
le christianisme, le judaïsme, l'islam.
Ce que le droit protège, ce sont les musulmans,
dans leur croyance, les juifs,
dans leur identité et leur croyance,
et les chrétiens, dans leur identité
et dans leur croyance. Donc, si vous voulez,
une fois qu'on a compris ça,
que le droit protège les personnes
et non pas les idéologies, je peux
dire, y compris des choses excessives
contre une religion.
Rien ne doit m'exposer
au meurtre, et personne n'a le droit
d'appeler d'une manière ou d'une autre
à ce qu'on puisse tuer un tel ou un tel.
Vous avez raison, et c'est
très fort de le rappeler, Mohamed Tifaoui,
très très fort de le rappeler. Rachel Kahn ?
Oui, ça me fait penser parce que j'ai eu la chance
de pouvoir échanger avec Salman Rushdie
il n'y a pas très longtemps, justement,
et qui, justement,
on a échangé sur ces méthodes
à la fois de la victimisation,
mais plus que ça, de la victimocratie
d'un côté, comment on tire
un pouvoir, finalement, de blessures
qu'on a construites, de blessures
ancestrales, avec une
culpabilisation de l'autre côté.
Et effectivement,
je vous rejoins sur la question de la responsabilité,
elle est juridique, et là je suis
heureuse que la justice soit passée, mais elle est
absolument collective, les institutions,
les leaders politiques, oui, mais l'ensemble
des citoyens, lorsque l'on voit passer un message
sur les réseaux sociaux, il faut savoir
qu'il faut réagir. Vous avez raison, il faut réagir.
Elle a raison, Rachel Kahn, il faut réagir.
Et le signaler. Je vais vous donner juste
pour terminer ce sondage
CSA pour Europe 1, le JDD
et CNEWS, 77% des Français sont
favorables à la tolérance, zéro,
dès la première atteinte à la laïcité à l'école.
62% des Français
pensent que la justice française n'est pas
impartiale. Ça c'est un autre sujet, on aura l'occasion
d'en parler. Je peux ajouter un mot ?
Vous avez deux secondes. Il faut lutter
contre une nouvelle idéologie qui s'appelle
le pas de vaguisme. Ah mais ça !
Oui, pas de vaguisme, c'est joliment dit.
Merci beaucoup Mohamed Sifawi,
merci à Raphaël Stainville.
C'est quoi la une du JDD demain ?
Vous savez ou pas encore ? La une est
en train d'être faite, en revanche à la une
on aura Bruno Retailleau
qui revient
notamment sur sa présence ou non
dans le prochain gouvernement. Ah vous avez Bruno Retailleau en interview.
C'est pas mal, c'est pas mal
amis auditeurs d'Europe 1.
Achetez le JDD demain. Et
Rachel Khan, samedi ?
Et oui, vous avez vu que je suis restée plus longtemps
ce soir. J'adore quand vous restez plus longtemps
Rachel Khan, n'hésitez jamais.
Merci beaucoup en tout cas à vous tous.
