[Visite privée] Exposition "Expérience Raphaël" au Palais des Beaux-Arts de Lille
S
Scribe Accroupi
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28 Vues de vidéo·29 déc. 2024
Bienvenue au Palais des Beaux-Arts de Lille,
où je vous invite à découvrir l'exposition
Expérience Raphael, ouverte au public jusqu'au 17 février 2025.
Dans cette exposition, les visiteurs vont découvrir
essentiellement 37 dessins de Raphael, absolument incroyables,
mais également des peintures qui sont prêtées par des musées français ou internationaux,
et puis des dispositifs numériques qui permettent de mieux comprendre
le processus de création de Raphael.
Le Palais des Beaux-Arts de Lille est l'un des plus grands
Palais des Beaux-Arts en France et en Europe.
L'un des fleurons est la collection léguée par Jean-Baptiste Vicar,
dont font partie ses 37 dessins de Raphael.
Jean-Baptiste Vicar était un artiste, mais il a suivi David à Rome.
Il s'est ensuite installé en Italie, il a constitué des collections,
mais il est resté toujours fidèle à sa ville d'origine, Lille,
et il a légué 1300 dessins, plus une tête en cire,
plus un extraordinaire bas-relief de Donatello.
La scénographie a été conçue par l'agence Nathalie Crinière.
Elle retrace un parcours dans une ville italienne,
et c'est un voyage en Italie.
À travers toutes ces villes, les dessins de Raphael sont montrés de manière recto verso.
On peut voir les aspects cachés jusque-là de ces fabuleux dessins.
La première section de l'exposition est consacrée à Pérouse,
la première ville dans laquelle va travailler Raphael,
et nous commençons justement avec la première œuvre
dont on a l'attestation de sa commande en 1500.
Raphael est à l'époque très jeune, il a 17 ans,
et il va réaliser un retable pour une chapelle consacrée à Saint-Augustin.
Il va utiliser la figure de Saint-Nicolas,
un martyr qui venait d'être canonisé et qui est invoqué en cas de peste.
Justement, Città di Castello est une ville qui était menacée par la peste.
Il s'inscrit dans ce contexte en 1500.
Ce retable est vraiment un chef-d'œuvre,
mais il a été détruit par la suite à cause d'un tremblement de terre.
Aujourd'hui, le dessin du Palais des Beaux-Arts a l'une des seules traces
qui permettent de savoir à quoi ressemblait cette magnifique œuvre.
On voit un dessin d'ensemble,
on voit également au revers un détail plus précis sur le visage de Saint-Nicolas,
et on voit bien que c'était une représentation du Saint terrassant le dragon.
Nous avons dans l'exposition reconstitué ce qu'aurait été cette œuvre dans cette chapelle,
Città di Castello, dont il ne reste aujourd'hui plus que trois peintures,
deux anges et Dieu le Père.
Un ange est prêté par le musée du Louvre au sein du parcours de l'exposition.
Sur ce dessin qui est au revers du premier, qui montre la composition,
on voit vraiment une étude de visage.
C'est très touchant parce que quand Raphaël fait ce dessin, il n'a que 17 ans,
il y a aussi la jeunesse du modèle du portrait qu'il dessine,
donc c'est vrai qu'il y a presque un jeu de miroir.
C'est aussi pour ça qu'on a choisi de le mettre sur l'affiche de l'exposition.
On voit ce côté très doux, cette grâce qui est vraiment propre au style de Raphaël.
Et on voit également ce que c'est qu'un dessin,
c'est un lieu aussi de travail où on retourne le papier.
On voit que Raphaël a aussi fait une étude de drapé,
il a intégré des oiseaux.
Le dessin, c'est surtout un lieu de travail, de préparation pour une composition future.
Nous continuons le parcours avec « Toujours à Pérouse » en 1502.
Cette fois-ci, Raphaël a une commande qui lui est lancée par Alessandra d'Egliogli,
qui est une femme qui souhaite un couronnement de la Vierge.
Et donc l'œuvre à laquelle Raphaël va travailler se compose en deux parties.
Il y a en partie supérieure le Christ qui couronne la Vierge
et en partie inférieure plusieurs saints dont saint Thomas et saint André
qui lèvent les yeux vers cette scène.
Vraiment, il y a cette spiritualité, ce mouvement ascendant qui traverse toute la scène.
Le dessin, ici, représente saint André.
Donc on voit que le regard est porté vers la scène supérieure.
Et puis, ce qui est intéressant aussi, c'est qu'on voit le travail préparatoire à la peinture finale.
Puisqu'en fait, si vous regardez de très près, il faut s'approcher,
on voit des petits points.
C'est une technique qui permettait à l'artiste d'isoler la tête et le motif
qu'il allait ensuite utiliser dans la grande composition finale.
Donc c'est assez passionnant.
Et puis, les recherches effectivement réalisées avec le C2RMF
ont permis de voir en filigrane un aigle qu'on ne voit pas à l'œil nu,
mais que vous pouvez voir dans les images proposées en projection et dans le catalogue.
Alors ce dessin de Raphaël est un dessin extrêmement abouti.
C'est vraiment un dessin très précieux de la collection du Palais des Beaux-Arts.
Il représente la sainte famille, Jésus enfant, avec sa mère Marie,
les parents de Marie, Joachim et Anne, et Joseph, le mari de Marie,
qui tend à l'enfant Jésus une grenade.
Ici, le fruit, la grenade, représente l'église. C'est un symbole.
Donc on est vraiment dans une scène à la fois intime et évidemment spirituelle.
Et ce qui est passionnant, c'est de voir que Raphaël dessine ce dessin
et que ça va être réalisé ensuite en peinture par un autre peintre,
Domenico Alfani, dont nous avons pu obtenir le prêt
et qui est présenté ici en dialogue avec ce dessin.
D'ailleurs, on voit sur le dessin la mise au carreau
qui a permis ensuite à Alfani d'agrandir et de réaliser à grande échelle cette grande composition.
Et du coup, on voit vraiment aussi que le dessin avait vraiment cette valeur
de préparation à une œuvre plus grande.
Il faut savoir que la plupart des grandes peintures de Raphaël
sont faites avec toute une équipe, tout un atelier.
Donc ce qui est précieux, c'est que le dessin est vraiment de la main de Raphaël,
donc en prise directe avec son geste.
Et ensuite, la réalisation a été effectuée en collectif,
supervisée par Raphaël généralement, puisqu'il devait répondre à de très nombreuses commandes.
Et puis, c'était des peintures de grande envergure
ou carrément des fresques comme plus tard à la chambre de la signature.
Ce qui est intéressant aussi, c'est que dans ce dessin, à l'arrière,
il y a une note manuscrite de l'artiste
où il donne plusieurs préconisations à ses collaborateurs.
En fait, il demande à certains de lui envoyer un poème qu'il a intéressé sur une tempête.
Il demande à un autre de veiller à ce qu'il soit payé en or d'une commande qu'il a réalisée.
Donc, on rentre aussi dans le côté très concret de l'atelier,
le côté quotidien de l'artiste,
cette interaction aussi avec son atelier, ses collaborateurs.
Et puis, finalement, ce quotidien voisine avec le sublime,
les dimensions auxquelles Raphaël nous fait accéder à travers ses œuvres.
Nous sommes dans la salle toujours consacrée à la période florentine de Raphaël.
Quand Raphaël arrive à Florence, il va découvrir l'œuvre de Léonard de Vinci.
Et alors qu'il était jusque-là plutôt influencé par le Perugien,
l'œuvre de Léonard de Vinci va bien sûr beaucoup l'influencer.
Léonard de Vinci est beaucoup plus âgé que Raphaël.
Il est déjà très établi, très connu.
Et à cette époque, il vient de commencer une œuvre qui sera connue sous le nom de la Joconde.
Ce dessin montre que vraisemblablement,
Raphaël découvre la Joconde alors qu'elle est en cours d'élaboration.
Ce qui est intéressant, c'est de penser ces artistes de la Renaissance.
On a quand même au même moment, au même endroit,
trois grands génies qui sont Michel-Ange, Léonard de Vinci et Raphaël.
Bien sûr, ils se regardent, ils s'observent,
ils étudient chacun les œuvres des uns des autres.
Il y a des interconnexions, finalement aussi des influences
qui vont déteindre les uns sur les autres.
Cette magnifique jeune femme dont on ne connaît pas de peinture de Raphaël
montre que clairement, il y a une inspiration
qui est liée à cette femme représentée par Léonard de Vinci.
On voit aussi toute la délicatesse de son visage,
ce sourire, ce regard et cette patte propre à Raphaël.
On voit bien l'influence de Léonard de Vinci à travers la posture.
Ce passage à Florence va beaucoup influencer Raphaël
qui va explorer d'autres voies,
notamment dans le modelé du visage.
Léonard de Vinci a inventé ce qu'on appelle le sfumato,
c'est une technique très particulière.
Raphaël va aussi beaucoup, dans ses peintures,
travailler ce velouté, cette atmosphère si particulière
qui va donner ce côté très vibrant à ses portraits,
à la fois très sensuel et en même temps très lumineux,
quelque chose d'assez exceptionnel.
Raphaël est très célèbre pour ses nombreuses Madones.
Là, on a vraiment l'un des fleurons des collections
qui est une étude pour la Madone d'Albes.
Au recto et au verso, on voit plusieurs modifications.
Ici, la Madone tient de sa main gauche un livre.
Au verso, on voit une autre représentation
avec l'enfant Jésus et le petit Jean-Baptiste.
Ce qui est intéressant aussi, c'est que sur cette sanguine,
on voit tout ce mouvement, tout un souffle
qui traverse cette magnifique représentation.
Et puis, pour la petite histoire,
l'artiste prenait comme modèle non pas des jeunes femmes,
mais des jeunes hommes dans son atelier
qu'on appelait les garzoni dans les ateliers.
Traditionnellement, c'était les jeunes hommes qui étaient là,
qui prenaient la pose et qui le transformaient ensuite en vierge,
qui sont le point de départ des études de Raphaël.
Dans la dernière partie de l'exposition,
nous sommes à Rome, où Raphaël est appelé par le pape Jules II
pour décorer le Vatican.
C'est au même moment que Michel-Ange, d'ailleurs,
décore la chapelle Sistine.
Raphaël, lui, doit décorer les appartements du pape
et en particulier ce qu'on appelle la chambre de la signature,
qui était avant un tribunal,
mais que le pape veut transformer en bibliothèque.
L'iconographie de cette salle est demandée et posée par le pape.
Ça représente le vrai, le beau, le bien,
toute forme de vertu.
Raphaël va commencer avec une représentation de l'école d'Athènes.
Plusieurs dessins sont rattachés à cette préparation
parce que c'est vraiment un projet très ambitieux.
Ce dessin représente peut-être Aristote à gauche,
qui tiendrait dans sa main l'ouvrage l'éthique,
et puis peut-être Apollon, ce jeune homme
qui est représenté sous les traits d'une sculpture dans la fresque finale.
Cet ensemble très ambitieux est évoqué aussi dans l'exposition
avec une reconstitution à échelle 1,5.
C'est plus petit qu'au Vatican,
mais ça permet vraiment de s'immerger dans ces compositions
qui couvrent quatre murs et qui sont vraiment envisagées
comme un ensemble avec des jeux de regards et de compositions.
C'est vraiment un chef-d'œuvre incroyable.
Dans l'exposition, le travail fait par les commissaires
permet de resituer le dessin par rapport à la composition finale
dans laquelle il s'inscrit.
C'est vraiment une expérience à faire
au sein de cette exposition consacrée à Raphaël.
L'exposition dure jusqu'au 17 février,
mais je vous invite à venir dès le 5 février
à une journée d'études sur Raphaël
où des grands spécialistes viendront du monde entier
pour échanger, pour parler des dernières recherches
consacrées à ce génie de la Renaissance.
