Depuis le 21 septembre 2024 et après plus de 20 ans de fermeture, le trésor de la cathédrale Notre-Dame de Chartres est de nouveau visible. Près de 150 objets sont présentés dans la chapelle haute, la salle capitulaire et les deux tourelles de l’édifice daté du XIVe siècle. Ce trésor s'est constitué autour de la relique du voile de la Vierge, lequel a fait l'objet de l’un des plus grands pèlerinages de l’Occident médiéval.
Pour découvrir ces objets rares, vous êtes accompagnés par Fabienne Audebrand, conservateur des antiquités et objets d’art d’Eure-et-Loir et Irène Jourd’heuil, conservateur en chef du patrimoine, conservateur des monuments historiques à la DRAC Centre-Val de Loire, Christine Diacon, directrice régionale des affaires culturelles de Centre-Val-de-Loire, et le vicaire Jean-Eude Coulomb.
Cathédrale de Chartres Cloître Notre-Dame 28000 Chartres
J'ai l'honneur de diriger un service du ministère de la Culture
qui est placé sur le territoire de la région Centre-Val-de-Loire.
Ce service est regroupé sous le vocable de Direction régionale des affaires culturelles.
Il comporte différentes spécialités, dont celle de suivi des opérations sur les monuments historiques.
Et c'est mon service de la conservation régionale des monuments historiques
qui est en charge notamment de tout ce qui concerne les recherches et les travaux
qui portent sur les monuments historiques, en particulier sur la cathédrale de Chartres.
Depuis 2008, nous avons entamé les travaux de nettoyage en fait
et de redécouverte des décors intérieurs peints de la cathédrale, décors 12e, 13e.
Ce travail de nettoyage n'est pas absolument terminé, il est encore en cours.
Mais c'est pour cela qu'en 20 ans, la cathédrale a totalement changé d'aspect.
Les visiteurs qui avaient l'habitude de découvrir un lieu qui était très très sombre,
obscurci par les fumées et la suie, découvrent maintenant un lieu qui est propice à la spiritualité
et qui est baigné de lumière grâce à ce décor ocre à faux joints blancs.
Alors nous avons aussi procédé au nettoyage et à la restauration
de cette clôture tout à fait extraordinaire que l'on appelle le Tour de Chœur.
C'est une espèce de conservatoire tout à fait merveilleux
de la sculpture de la fin de l'époque gothique et du début de la Renaissance
qui a retrouvé son caractère totalement immaculé grâce aux travaux de restauration qu'il a connus.
L'actualité notamment, c'est la réouverture du trésor.
Nous avons pu complètement restaurer le lieu, la chapelle,
reconfigurer le mode de présentation au public des objets de grande valeur qu'il contient.
Cela nous permet de remplir notre troisième mission de mise en valeur et d'éducation, si j'ose dire, des publics
en présentant, en expliquant, en donnant à comprendre et à voir d'une manière à la fois un peu intellectuelle
mais surtout un peu sensible la richesse que nous ont néguée nos prédécesseurs.
Donc le trésor va être parfaitement cette occasion.
Nous sommes à présent dans le trésor qui est ouvert dans la chapelle St-Pierre.
C'est une chapelle qui a été érigée au début du XIVe siècle à l'est du chevet de la cathédrale.
Une chapelle qui a été construite au-dessus d'une salle capitulaire
dans laquelle se réunissait le chapitre, les chanoines de la cathédrale de Chartres.
Une chapelle qui a été dédiée à Saint-Pierre, un saint qui était particulièrement vénéré dans le diocèse de Chartres
et dont les reliques avaient été reconnues en 1310.
Cette chapelle est construite à partir des années 1320
et l'escalier qui la relie à la cathédrale a été béni en 1358.
Il a été rendu possible par la construction d'une quatrième travée
qui a été dotée par Henric de Chatelus, un évêque de Chartres qui appréciait particulièrement la cathédrale
et qui a légué 12 000 florins pour constituer un collège de douze chanoines
pour faire vivre liturgiquement cette chapelle Saint-Pierre
et la doter à la fois en ouvrages précieux et également en ornements.
Cette chapelle est encore dotée de ses vitraux du XIVe siècle pour une grande partie
en particulier la verrière d'axe qui est consacrée au jugement dernier
et dont les lancettes accueillent les figures de saints évêques et de saintes dont la cathédrale possédait des reliques.
C'est une chapelle qui a fait l'objet pendant sept années de travaux conséquents
à partir de 2017 sous la maîtrise d'œuvre de l'architecte en chef des monuments historiques
des travaux qui ont consisté tout d'abord à restaurer les extérieurs
ce qu'on appelle le clos couvert, la couverture, la charpente, les vitraux
qui ont fait l'objet d'une protection par une verrière de doublage
pour les préserver de la pollution et des attaques mécaniques à l'extérieur.
Une restauration qui s'est prolongée ensuite à l'intérieur
avec un travail très conséquent de restauration des parements
qui étaient très largement recouverts de ciment.
Ce ciment a été purgé pour assainir la pierre et la chapelle
et l'ensemble a fait l'objet ensuite d'une application de badigeons
pour retrouver la luminosité de l'espace
et ce décor de badigeons a été accompagné sur les voûtes d'un petit motif d'étoile
qui est le motif que nous avons retenu avec le graphiste pour accompagner la visite du trésor.
Cette restauration s'est ensuite prolongée par un important travail
sous la maîtrise d'œuvres de l'architecte scénographe BGC Studio, Giovanna Comana
qui a conçu le mobilier muséographique ainsi que les vitrines.
Ce sont des vitrines qui sont conçues dans des matériaux assez sobres
mais qui ont pour vocation de mettre d'abord à l'honneur les œuvres qu'elles accueillent.
Ce sont également des vitrines qui répondent aux exigences qu'avait la DRAC
en termes de sûreté des œuvres mais également en termes de conservation préventive.
La majorité de ces vitrines sont notamment dotées d'un système de régulation de l'humidité relative
qui permet une meilleure conservation notamment des objets en métal précieux
qui peuvent se corroder en présence d'une trop forte humidité.
À la cathédrale de Chartres, il faut attendre le XVIe siècle
pour avoir une localisation précise de ces espaces
où étaient stockés chasse, reliquaires, objets divers.
À partir du XVIe siècle, on sait que les espaces du Tour de Chœur
accueillaient des reliquaires et des objets précieux.
Au XVIIe siècle, deux reines de France ont financé deux grandes armoires,
Anne d'Autriche et Marie de Médicis,
qui ont pris place dans le chœur liturgique de part et d'autre
pour accueillir de nouveaux dons, de nouveaux objets.
Plus tardivement, au XVIIIe siècle, une grande armoire a pris place
derrière le groupe sculpté de l'Assomption de la Vierge
où étaient rangés la plupart des objets
et où se trouvent encore actuellement des objets offrés.
D'autre part, tous ces objets sont à la fois des objets à usage liturgique
et des objets composites.
C'est-à-dire que, par exemple, une chasse peut à la fois
resseler à l'intérieur des textiles et être elle-même un reliquaire
avec des entailles, des objets.
Donc c'est des objets précieux, mais des objets au départ de vénération.
Donc des objets qui ont été donnés.
Et plus on donne, plus on reçoit.
En tout cas, plus on espère recevoir.
Ces objets ont été, à la Révolution, très chahutés.
Certains ont été pillés de leurs pièces en argent, en orfèvrerie et autres,
donc fondus.
Il ne faut pas négliger le fait que ces objets, parfois,
étaient des réserves monétaires.
Donc bien avant la Révolution, les chanoines pouvaient les utiliser
comme monnaie, tout simplement, pour les faire fondre,
les textiles également.
Mais la Révolution a été vraiment brutale pour le trésor de Chartres.
Donc on a conservé, grâce aux inventaires,
qui, à partir de 1322, établissent la liste de ces objets.
Et donc on a une liste assez restreinte des objets du trésor
avant la Révolution.
Ensuite, le trésor, c'est aussi des objets qu'on reconstitue.
Donc après la Révolution, il a fallu quand même
regarnir les sacristies, à la fois en objet d'usage d'orfèvreries
« usuelles », entre guillemets, de tous les jours pour l'office,
et puis des ornements liturgiques, qui parfois ont été donnés,
financés par des personnages importants
ou des personnages qui donnaient des textiles
pour qu'on retaille des ornements liturgiques.
Donc ça, c'est la reconstitution à partir du XIXe siècle
et des commandes aussi qui sont faites
pour regarnir et permettre le culte se poursuivre.
Enfin, il y a des dons qui sont faits régulièrement
et il y a aussi des acquisitions de l'État.
Et d'autre part, l'État aujourd'hui achète des objets
pour reconstituer, pour recomposer
ou pour améliorer la présentation, la connaissance et l'histoire.
Dans la présentation actuelle, nous avons aussi souhaité élargir le propos.
On est allé jusqu'au XXe siècle avec des créations de Gucci
qui, à partir de 1991, réaménagent le cœur liturgique de la cathédrale
et donc créent des objets en lien avec, évidemment, cet aménagement.
Là, on a une sélection de deux objets
qui sont les armes de Mgr Aubertin qui a été évêque de Chartres
et puis une colombe eucharistique
qui est aussi un objet assez fréquemment fabriqué par Gucci.
Donc des objets qui sont en lien, évidemment, avec la Vierge,
des objets qui ont été donnés pour vénérer la Vierge.
C'est pour ça que le parcours du trésor commence par cette Vierge
qui a été restaurée à l'occasion de la création du nouveau trésor
et elle est associée à un petit chanoine
puisque les chanoines font partie de la vie liturgique et catholique depuis le début
et ils sont eux-mêmes utilisateurs de ces objets.
Ils participent aux dons, ils sont mécènes, ils participent au culte.
C'est pour ça que nous avons aussi le dépôt exceptionnel
d'un autel par le Musée du Louvre,
le seul, en fait, retable conservé de la cathédrale.
Tout le reste a été détruit à la Révolution.
Miraculeusement, ce retable a été conservé,
choisi par le Noir pour son Musée des monuments français
et aujourd'hui restauré après une exposition importante
sur la sculpture religieuse au Musée national de la Renaissance.
On a pu le présenter, le restaurer
et donc, aujourd'hui, le mettre à disposition du public
et montrer qu'à partir de 1540-1550,
cette œuvre a pris place dans la cathédrale.
On a deux marchés qui permettent de fixer cette reconstruction de cet autel
qui était dans le transept Nord,
celui de l'autel des 11 000 Vierges
qui a été, en fait, créé par Saint Louis.
Le visiteur sera peut-être surpris par cette première vitrine
qui est un dépôt exceptionnel des bénédictines de Limon,
deux chasses reliquaires et un bras reliquaire
qui ont été déposées exceptionnellement par ces religieuses
du fait de nos liens très forts avec la cathédrale de Chartres,
non pas qu'ils proviennent de la cathédrale de Chartres,
mais du fait que la représentation d'une de la chasse,
la grande chasse, reprend et diffuse, en fait,
l'image de la grande statuaire des portails du transept de la cathédrale.
Ici, vous avez la représentation en pied de Saint Jean-Baptiste,
de l'autre côté, vous avez le Christ jeune
et tout autour, des apôtres.
Ces pièces ont un parcours assez compliqué
puisqu'en fait, elles ont été sauvées à Révolution,
provenaient de l'abbaye Sainte-Advite de Poissy-les-Châteaudins,
donc aux portes de Châteaudins,
une abbaye féminine, bénédictine,
dont il ne reste que des bâtiments relativement modernes.
Donc, elles sont parties,
elles ont caché ce reliquaire,
d'abord à proximité,
puis après, elles sont allées dans un priory à Verneuil-sur-Ave.
Et à Verneuil-sur-Ave,
un des premiers à avoir connaissance de ces chasses,
c'était le chanoine Poré,
qui a pu publier un article sur ces chasses,
mais après, elles sont de nouveau tombées dans l'oubli.
Grâce à des conservateurs de Normandie,
notamment Élisabeth Lécroix,
ces chasses ont été regardées de nouveau
et analysées pour une très grande exposition
sur les trésors des abbayes normandes en 1978.
Et à partir de là, des chercheurs ont pu connaître
la localisation de ces chasses
et puis commencer à les étudier.
Et récemment, Emmanuel Rian
a fait une grande partie de sa thèse sur ces chasses.
Aujourd'hui, on a eu la chance
de pouvoir les avoir en dépôt
et surtout de les restaurer, de les nettoyer.
Vous les voyez sous leur meilleur jour,
entre guillemets.
La grande chasse est une chasse de forme traditionnelle
avec deux ponts en bâtière,
qui est une structure de bois
sur laquelle on a des plaques métalliques,
argent et argent doré,
d'où aujourd'hui la différence
et le côté bien brillant de la partie dorée
et puis des éléments en cuivre appliqués,
notamment pour les parties basses,
on a aussi une partie argentée.
Avec la représentation des apôtres,
d'un côté, comme je vous le disais,
Saint Jean-Baptiste, reconnaissable avec sa peau,
et puis de l'autre côté,
le Christ jeune, debout,
entouré de nouveau de quatre apôtres.
Dans la partie toiture,
les ponts sont recouverts, là encore,
de médaillons avec des anges
qui sont par deux dans des cercles.
Et Emmanuel Rian évoque l'art du vitrail
pour cette iconographie
et cette présentation assez rares
dans l'orfèvrerie contemporaine.
Et puis tout un décor tout autour,
des inscriptions identifiant les personnages.
Vraiment, c'est important pour nous
puisque c'est le reflet
d'une orfèvrerie chartraine
qui a totalement disparu.
Là aussi, la recherche actuelle
les situe dans les années 1220-1240.
De part et d'autre,
vous avez des grandes figures.
Nous avons la Vierge à l'enfant
et Saint David sur l'autre côté,
identifié avec son nom.
Là aussi, c'est un saint assez populaire
dans le diocèse de Chartres
et d'Orléans aujourd'hui.
Une petite chasse qui l'accompagne,
qui, elle, a une particularité
puisqu'elle a un décor de petits triangles
avec à l'intérieur des lettres
qui évoquent probablement
un don d'un personnage particulier
avec un vase aussi.
On s'est posé la question
si ce n'était pas un vase d'une sainte-femme
ou quelque chose comme ça,
mais là, il y a encore tout un travail à faire.
C'est le même système avec les bâtières.
La particularité de cette petite chasse,
c'est d'avoir quatre médaillons,
deux de part et d'autre.
Il y a des médaillons, en revanche,
qui sont des restaurations du XXe siècle,
des petits émeaux
qui sont absolument superbes.
La découverte de la restauration
et du nettoyage, c'est ce bras reliquaire.
Ce sont des objets assez fréquents
de trouver en forme
de la relique intérieure,
probablement un doigt de Saint-Avide.
Là, c'est une structure en bois,
une forme en bois,
sur laquelle sont plaquées des plaques d'argent.
Il y a aussi un réseau
tout autour en fil et grâne
et notamment des petits cabochons
qui sont en hiel
et des pierres qui ajoutent
à ce côté brillant de l'ensemble
du réseau entourant le bras reliquaire.
En partie basse,
il y a encore un petit ruban orfévré
qui a perdu ses petites pierres dures.
Et puis, un quatrième,
plus récent,
quatrième reliquaire qui est sur pied
et qui, pour l'instant, est une énigme
pour nous. Il ne fait pas partie des inventaires
de les châteaux d'Ain,
mais il est intéressant par la forme.
Mais aussi, il porte sur son pied
une inscription « Je Anne ».
C'est sans doute une Jeanne qui a donné cet objet.
Et puis, un écu
avec un certain nombre de chevrons
qui intriguent les passionnés
d'Hérald Dick. J'espère qu'on trouvera
dans les visiteurs quelqu'un pour nous expliciter
ses armoiries.
On a lancé une proposition
assez religieuse à Valmont
et elles ont accepté de nous les confier.
On les a restaurées
et on a fait une vitrine spécialement pour elles.
Autre objet médiéval
assez connu
dans le trésor de la cathédrale,
c'est le tabernacle dit de Saint-Aignan
qui lui est arrivé assez tard puisqu'en fait
il est entré à la cathédrale en 1806.
Il provenait probablement
de Saint-Aignan, voire de la cathédrale.
En tout cas, c'est un objet
assez remarquable qui probablement
a été un usage
de tabernacle. C'est une forme
bien particulière avec
un toit là aussi
en bâtière, une structure en bois
avec les volets qui se referment.
Récemment, nous avons fait des acquisitions
de plaques et notre collègue
Vincent Cochet à l'époque
a lancé une étude complète
sur le tabernacle. C'est-à-dire
que le C2RMF, le centre de recherche
des musées de France
a fait une étude complète de l'objet
en déposant toutes les plaques
et a pu les analyser.
On a pu découvrir que beaucoup
de nos plaques n'étaient pas d'origine
mais qu'en revanche, l'analyse
des émeaux correspond à peu près
à la date que nous donnons
traditionnellement qui est une année
1230-1240.
On a pu aussi déterminer que c'était
du chêne, une âme en chêne.
Une dendrochronologie a été
faite, là aussi, en nettoyant
finement et comptant les cernes,
sans prélèvement bien sûr, et on a pu
déterminer que c'était à peu près dans les mêmes dates.
Donc, un objet qui malgré tout
structurellement est tout à fait
dans les dates de 1230-1240.
En revanche,
des plaques qui ont été déplacées,
copiées, ajoutées,
notamment ces deux grandes figures
en pied, on voit peut-être
assez difficilement, mais derrière,
vous avez des représentations des plaques
d'origine qui étaient des personnages assis,
une vierge assise notamment. Probablement
que l'orfev qui a vendu
a remonté, ou a essayé de revendre des plaques,
en tout cas reconstituer l'ensemble.
Récemment, sur les dix ans,
on a pu acheter trois plaques,
notamment celle qui est devant, décorative,
ornementale, et qui est
vraiment importante pour nous.
J'espère que dans les années futures,
des collègues pourront racheter
d'autres éléments.
Ça, c'est un travail de limoges,
assez fréquent malgré tout,
c'est du champ levé, et puis
des éléments pour la crête en cabochon
de cristal.
La partie évidemment qui manque, c'est le
crist, mais c'est un objet
qui est très fort pour la cathédrale,
puisqu'il sort chaque année pour le
Jeudi Saint. Sur les pentes, vous avez
un décor de grands médaillons avec
des anges, un travail beaucoup plus
simple sur
le laiton, beaucoup plus stylisé.
Et là encore, comme il manque des plaques,
probablement qu'il y en a dans les collections
privées et publiques.
Il y en a un notamment au musée Rollin
à Autun. C'est une occasion
aussi de réutiliser cet objet.
Quand on referme l'objet, vous avez les mains
de l'Esprit Saint et du Christ
avec le sang qui inonde
les apôtres qui sont dans les
petites niches en dessous.
C'est la vitrine
d'orfèvrerie ancien régime
avec les objets
à la fois du trésor historique
pour certains, et puis des
objets déposés, comme ce reliquaire
de la circoncision par une commune
pour mettre en sécurité les
objets, et puis des objets
qui appartiennent à l'association diocésaine
déposés, donnés par
des prêtres qui avaient
acheté ces objets de qualité.
Parmi les objets les plus anciens
et qui ont suivi à partir des inventaires,
il y a cet hôtel portatif
en pierre dure, avec
à chaque extrémité
des petites logettes pour des reliques,
et ensuite une frise
orfèvrée avec des feuilles
à la fois argent doré et
argent, avec un poinçon
identifié non sans mal
par Michel Bernet, spécialiste
d'orfèvrerie, qui court tout autour
et qui donne le nom d'une date
parisienne du XVIe siècle.
Probablement une pierre
qui a été enrichie par
cette monture et qui servait
d'hôtel portatif qu'on transportait
pour l'extérieur ou pour d'autres
lieux, et on retrouve de temps en temps
ces objets dans les grands musées.
Une croix de procession
qui elle aussi est utilisée régulièrement
par un cathédrale, qui a été
donnée par une collectionneuse
de Réloir, et donc
elle l'a donnée pour reconstituer
le trésor et la vie liturgique
au début du XIXe
siècle, et cet objet
probablement serait
espagnol. Là encore, grâce
à Michel Bernet, on a pu avoir quelques
éléments de comparaison.
Provenant quand même du trésor, proprement
dit, relativement documenté,
vous avez cette magnifique navette
en sang, avec un
nautile monté avec une monture
avec les deux châteaux
avant et arrière, et qui
probablement servait à mettre de
l'ensemble, c'est une pièce relativement
précieuse, avec un pied
découpé, avec des côtes
qui sont en fait des dauphins,
tout un décor de rinceau, et surtout
le personnage qui a donné cet objet,
qui pourrait être un objet civil,
on trouvait ça sur les tables au XVIe siècle
assez fréquemment, a fait
poser non seulement ses armoiries
tenues par les deux petits anges, et puis
son nom en dessous. C'est un personnage
assez important, une famille importante du
lieu XVI et de Réloir, la famille
d'Illier, là c'est Mille d'Illier,
qui a été doyen de la cathédrale,
évêque de Luçon, et qui a laissé
donc cet objet à la cathédrale,
et conçu à travers les inventaires.
Le même Mille d'Illier a fait aussi
refaire, en fait, le reliquaire
de cette communauté,
de cette abbaye proche
de Chartres-Coulon, avec ce
petit ivoire, Xe-XIe siècle
du Christ, avec son
décor de filigrane tout autour,
il a refait faire ce
reliquaire de la circoncision,
en plaçant l'objet à l'intérieur
de ce
coffret qui se referme,
et dessus vous avez l'annonciation
et ses armoiries.
Le fait de financer parfois
un reliquaire est aussi un don
très généreux à la cathédrale.
Et puis, un objet là encore
un peu célèbre dans Chartres,
c'est ce calice et cette
patenne, qui sont dits
un don d'Henri III.
C'est une production assez
fréquente, et puis c'est
un objet qui est plutôt
de basse qualité, entre guillemets, si c'était
un don du roi, donc on est plutôt
en train de disqualifier cet objet
actuellement, et de revenir à
un objet qui faisait partie du trésor,
mais qui n'a pas forcément été donné par le roi.
Et puis de très beaux calices
parisiens, notamment celui-ci
estampillé par le poinçon
des Loires,
donc une grande famille d'orfèvres.
Et puis, parmi les objets qu'on a
voulu absolument intégrer,
il y a notamment ce ciboire,
qui là aussi pourrait être un drageoir
civil, qui a servi
en tout cas de ciboire pour
une communauté religieuse de nos gens de retrou,
qui a déposé cet objet
au trésor de la cathédrale.
Enfin, dans cette vitrine, on a
présenté une crosse en
bois, d'habitude en
métal précieux, là c'est celle
de Mgr Bonnet,
l'évêque qui a, au moment de la révolution,
choisi ce
matériau. On a aussi
une crosse qui, elle, provient
d'une communauté religieuse qui en fait
a accueilli la dépouille
de l'évêque Henri de Grès.
Et puis enfin, un objet
qu'on ne trouve pas très fréquemment
en fait, qui a un style liturgique,
et là aussi qui est utilisé chaque
année à la cathédrale, en fait c'est pour
faire une croix, griffer
le cierge pascal
et mettre la date de l'année
d'utilisation.
Voilà pour les principaux objets
du trésor Ancien Régime.
La richesse d'un
trésor, elle tient d'abord
à la sainteté de ses reliques.
La cathédrale de Chartres a accueilli
de très nombreuses reliques tout au long du
Moyen Âge, parmi lesquelles
des reliques véritablement insignes,
en particulier le chef de
Sainte Anne ou encore
le voile de la Vierge, cette étoffe
que la Vierge aurait portée le jour
de l'Annonciation et lors de la Nativité.
Cette relique est
aujourd'hui présentée dans la cathédrale
et bien que ce soit autour de cette
relique que le trésor se soit
enrichi au fil des siècles,
nous avons souhaité la rendre
présente par des objets qui
y sont associés.
Dans cette vitrine, on
présente en particulier le voile
dit de la princesse Irène.
C'est un textile en
taffeta de soie d'un luxe
remarquable, extrêmement rare,
sans doute confectionné autour des
9ème, 10ème siècles en
Orient. C'est une
bande de tissu qui est ornée de
broderies, en particulier des motifs d'oiseaux
et aux extrémités
des bordures avec des fils de
couleurs et des franges et des motifs
de lion. Un textile vraiment très rare
qui enveloppait
la relique du voile de la Vierge
durant tout l'Ancien Régime lorsque cette
relique était conservée
dans une très grande chasse
reliquaire qu'on appelle la Sainte Chasse.
C'est une chasse
qui a été créée à partir du 9ème siècle.
La relique ayant été
donnée à la cathédrale par Charles le Chauve
en 876, très vite
on place cette relique dans un
reliquaire en or, lui-même placé
dans une grande chasse à âme
de bois, de cèdre. Cette
grande chasse a disparu
à la Révolution. Elle a été
profanée et les métaux
précieux fondus
pour récupérer l'or et l'argent
qui l'apparaît. On conserve
très peu d'éléments de cette ancienne chasse
mais en revanche nous avons
la chance d'avoir une gravure de la
fin du 17ème siècle, réalisée par
Nicolas de Larmecin
qui nous offre le dessin
de cette Sainte Chasse, ici portée
par deux anges et sur laquelle on
aperçoit de multiples joyaux
qui venaient parer cette chasse reliquaire.
Parmi ces joyaux sont
conservés quelques entailles
et quelques camés antiques
en particulier le Grand Camé de Jupiter
offert par Charles V à la
cathédrale de Chartres.
La relique du voile de la Vierge tout au long
du Moyen Âge jusqu'à la Révolution
et plus particulièrement jusqu'à la
première translation connue en 1712
était abritée dans cette Sainte Chasse
et l'on pensait à l'époque
qu'il s'agissait d'un vêtement, une tunique
ou une robe. C'est un motif
qui a été retenu par le chapitre
de Chartres à partir du 16ème siècle
comme son emblème unique.
C'est la raison pour laquelle
sur le sceau du chapitre on a
une représentation de cette petite chemise
évoquant la relique
du voile de la Vierge.
De la même façon, on a pu
diffuser ce motif de chemise
de la Vierge de façon
très large en concevant
des médailles ou des enseignes de
pèlerinage qui pouvaient être
en différents matériaux,
des matériaux plus ou moins précieux
et qui étaient diffusés auprès
des pèlerins ou qui pouvaient être
confiés également à des soldats
en vue des batailles. Ce qu'il faut
rappeler c'est que cette relique du voile de la Vierge
a trois vertus
majeures. L'une de ces vertus
est de protéger des incendies.
La seconde vertu est de
protéger les femmes enceintes
pour leur accorder
une délivrance heureuse ou bien
leur donner la grâce d'avoir un enfant.
C'est la raison pour laquelle
de nombreuses femmes et notamment des
reines de France sont venues à Chartres
pour demander cette grâce d'avoir un dauphin
et elles ont pu, une fois
cette grâce obtenue, offrir
au trésor des petits
reliquaires représentant des enfants
emmaillotés dont on conserve
un exemplaire dans le trésor,
un exemplaire en laiton fondu
et grâce à la gravure du
XVIIe siècle de Nicolas de Larmessin
on observe que ces reliquaires
étaient suspendus à la voûte
de la crypte tout près de Notre-Dame
de Souterre, cette vierge romane
qui était vénérée dans la crypte
depuis le XIIe siècle
et jusqu'à la Révolution. Et enfin
la troisième vertu associée
à la relique du voile de la Vierge
est de protéger les soldats durant les
batailles. C'est une vertu
qui a conduit de nombreux princes de France
et des rois de France à offrir
en ex voto des armures
dont on conserve des exemplaires
dans le trésor.
Nous nous trouvons désormais au niveau
de la tribune d'où nous pouvons apprécier
la chapelle de Saint-Pierre
et ses vitraux, en particulier
la verrière d'axe avec
la représentation de Saint-Pierre
qui est vraiment la figure
principale de cette chapelle
qui accueillait ses reliques.
Nous conservons dans cette vitrine deux ensembles
d'objets tout à fait exceptionnels qui sont
propres au trésor de la cathédrale
de Chartres, en particulier
un ensemble d'armures médiévales
qui ont pu être offerts au cours des siècles
par des rois de France à l'issue
d'une bataille dont ils sont sortis
victorieux ou sains et saufs.
Nous avons ici des éléments d'armure
qui datent du XIVe siècle,
donc des armures très anciennes
dont le don est confirmé par un certain nombre
de documents d'archives
et l'on sait notamment que
pouvaient être présentées ces armures
sur le jubé le jour anniversaire
des batailles qu'elles commémoraient.
Un autre ensemble tout à fait
exceptionnel conservé dans cette vitrine,
ce sont deux colliers
réalisés par deux tribus
d'Amérique du Nord,
les Urmuendat et les Abenakis.
Ce sont des objets qui ont été
offerts à la cathédrale de Chartres
à la fin du XVIIe siècle
pour faire le vœu
de se placer sous la protection
de la Vierge Marie par ces tribus
qui avaient été évangélisées
par des prêtres français, des jésuites
et en particulier un prêtre d'origine
chartraine, le Père Bigot.
Ce sont des objets qui correspondaient
à un signe d'alliance, des objets
qu'on offrait à un partenaire, un allié
avec lequel on concluait un pacte.
Ici le pacte, c'est de se placer
sous la protection de la Vierge Marie
et de lui demander des grâces.
Ce qui est exceptionnel
dans ces deux colliers, c'est à la fois
leur histoire qui est parfaitement
documentée par des documents d'archives.
On a des lettres des tribus
adressées au chapitre de Chartres
qui accompagnaient ces objets.
On a en retour les lettres du chapitre
de Chartres remerciant
les tribus pour leurs cadeaux
et leur offrant en retour
une image
de la chemise du Bois de la Vierge
en argent qui est aujourd'hui encore
conservée à Québec à Notre-Dame de Lorette.
Parmi ces deux colliers
ou ampoums offerts par les Abénakis
et par la tribu Huron-Wendat,
l'un d'eux est particulièrement
remarquable, c'est celui
des Abénakis qui est
d'une taille tout à fait étonnante,
très grande, très large.
Un collier qui est confectionné d'environ
11 000 perles qui correspondait
au nombre de personnes de la tribu Abénakis
au moment où ce don
est offert à la cathédrale de Chartres.
Cette ceinture est remarquable
par la qualité de ses perles
et par leur couleur.
Les perles violettes étaient les plus recherchées,
les plus difficiles à obtenir
et donc ce collier de très grande dimension
avec des perles violettes d'une intensité
remarquable et sans quasiment aucun
éclat blanc est tout à fait
unique au monde et les
Premières Nations américaines restent extrêmement
attachées à ces objets et reviennent
encore aujourd'hui à Chartres
pour garder vivant
ce lien qui a été créé
au XVIIe siècle entre leur tribu
et la cathédrale de Chartres.
Nous avons souhaité
également présenter des textiles,
un domaine technique
éminemment fragile.
Nous allons dans cette vitrine qui se trouve
dans la tourelle nord, présentée
par Rotation, des ornements liturgiques.
Cette fois-ci, pour la première
fois, nous allons présenter du rouge.
Un ornement rouge très célèbre
à Chartres qui est celui dit d'un des quatre
et qui malheureusement porte
le monogramme d'Anne d'Autriche.
Il va falloir tuer la légende d'Henri IV
pour revenir à
Anne d'Autriche qui a été une généreuse
donnatrice pour le trésor de Chartres
et qui a probablement
proposé ces textiles
qui ont été découpés
et montés pour faire des ornements liturgiques.
Là, vous avez la chaise vibre,
manicure et l'étole.
Et puis, comme nous sommes dans une
cathédrale, on a souhaité présenter
une grande chape, une chape
ici dans un textile plutôt civil
à l'empasse
d'un masque de 1780.
Il a, là encore,
été découpé pour
former cette grande chape.
Deux mitres choisis
à la fois pour la modernité, pour l'une,
et l'autre pour l'évocation
de la Vierge qui est
aussi support ici d'une broderie
portée par l'évêque sur
sa mitre. Et puis, un buste
d'évêque que nous avons présenté
qui provient des collections
du Carmel de Chartres et qui
lui montre le bois brut
qui a perdu, en fait, toute sa parure
probablement de métal ou de pierre
ou de joaillerie, qui montre donc
la façon de traiter un buste reliquaire.
Enfin, au centre,
vous avez un objet
peu fréquent. Il y en a un du Moyen Âge
aux 13 ans de la cathédrale de Bayeux
et là, c'est un objet en bois,
en bois doré, probablement un atelier
des bénédictes parisiens
qui est un phale d'histoire,
un siège utilisé par l'évêque
lorsqu'il n'est pas dans sa cathédrale
ou lors de grandes manifestations
comme les ordinations.
Et puis, on a souhaité
pour cette première présentation,
en tout cas, nous avons souhaité présenter
un triptyque brodé
de la fin du XIVe siècle
qui est brodé d'une scène
au centre, donc c'est le Christ
de pitié avec de part et d'autre
Saint-Jean et la Vierge
sous une architecture avec
des colonnettes de part et d'autre
et puis sur les deux volets,
Sainte-Catherine à droite et Saint-Jean-Baptiste
de l'autre côté. Et cette broderie
avec des fils d'or
et d'argent est collée
en plein. On a fait
l'occasion de faire des radios
et on a pu confirmer l'hypothèse
de la restauratrice Isabelle Bédard.
Au revers,
on a un décor aussi assez
intéressant, puisqu'on a
très peu de cet exemple,
qui est en fait un cuir
poinçonné avec des
décors d'oiseaux
très très libres
peints et
ce décor est à mettre en relation
avec deux autres ensembles, un qui est
un groupe de l'Annonciation, un étui,
un groupe de l'Annonciation
en ivoire au Musée de l'Ancre,
et puis un écrin
pour une croix reliquaire qui est à la
Chatscamers de Vienne.
Ces trois objets sont en relation
ou en écho avec
un personnage important
qui a été donateur de la cathédrale
qui est Jean Berry.
Longtemps, on a attribué cette image
à un don de Louis de Bourbon,
mais aujourd'hui, en réétudiant
ces pièces de comparaison,
la technique, le style,
puisqu'on a montré aussi
cette œuvre à des spécialistes de peinture,
on rapprocherait
cette œuvre de Jean Berry
des années 1380-1400.
C'est un objet
extrêmement précieux,
quasiment unique,
une broderie de cette période-là,
que nous allons repister, puisqu'on
la trouve dans les inventaires
et on espère, avec ma collègue
Guérin-Jandeuil, le publier comme étant
un objet venant des collections
de Jean Berry.
Nous nous trouvons à présent dans la salle
capitulaire qui a été commandée
par le chapitre de la quadrale de Chartres
vers les années 1320
et qui, depuis 1905,
abrite le caveau des Élecs.
C'est un espace
qui, lors de la restauration,
a révélé des peintures
murales d'un intérêt majeur,
des quatre panneaux peints
du XIVe siècle, contemporains de la construction,
qui racontent
à la fois l'histoire de la Vierge
dans le registre haut,
on reconnaît en particulier
la scène de l'Annonciation
ou encore celle du couronnement
de la Vierge par son fils
au ciel, mais
l'intérêt peut-être historique majeur
de ces peintures murales est peut-être
à rechercher dans le registre bas
qui met en image
plusieurs siècles de récits légendaires
racontant la fondation de l'église
de Chartres. On retrouve
en particulier sur le panneau ouest
le récit de la fondation
de la cathédrale. Sur la droite,
Saint-Pierre, reconnaissable
à ses clés et à sa coiffe,
une tiare, envoie en mission
deux saints évêques, probablement
Saint-Savinien et Saint-Potentien,
qui sont venus évangéliser
les territoires de Chartres
au début du christianisme.
Ces deux évêques rencontrent ensuite
la Vierge, et la Vierge
de fait accepte la principauté
de Chartres, accepte d'être la dame
et la protectrice spécifique
de cette église.
Les chanoines au cours des siècles
et en particulier au XIVe siècle
ont consigné
par écrit ces récits légendaires
et cette tradition
pour rappeler la place majeure
de l'église de Chartres au sein
de l'église chrétienne.
Et dans ces récits, il est dit
que la Vierge Marie assiste
à la construction
de la cathédrale de Chartres.
Or, en restaurant ces peintures
et en dégageant les badigeons
qui les recouvraient,
nous avons fait la découverte exceptionnelle
d'une représentation du XIVe siècle
de la cathédrale de Chartres
en cours de construction.
Cette représentation est vraiment exceptionnelle
d'abord par sa datation,
c'est la plus ancienne image connue
de la cathédrale de Chartres.
Elle est exceptionnelle également parce que
à travers cette image, on a
la connaissance de la flèche nord
qui a disparu ensuite au XVIe siècle
et qui aujourd'hui est remplacée
par la flèche créée par
Jean de Beauce à partir de 1514.
Et ce qui est également exceptionnel,
c'est l'extrême
authenticité de cette image.
On reconnaît en particulier en façade occidentale
le Christ bénissant
qui est encore présent sur la
cathédrale gothique et qui vient
couronner à la fois la Galerie des Rois
mais également la Grande Rose du XIIIe siècle
et les trois lancettes
du XIIe siècle.
Donc une image extrêmement précise
et elle nous dit également
quelque chose de la couverture de la cathédrale
à l'époque médiévale,
cette couverture qui a disparu par les flammes
en 1836. On repère sur
cette image des plaques losangées
qui nous disent
probablement le mode de couverture
de cet édifice à cette époque.
Donc on a sur cette image
des tailleurs de pierre qui sont en train de s'affairer
à la construction de la cathédrale
et des engins de levage qui nous montrent
vraiment un chantier médiéval
en pleine action.
Il faut rappeler également que ces peintures
prennent sens dans le
contexte du début du XIVe siècle.
À cette époque, le chapitre
de Chartres est en conflit ouvert
avec l'évêque et le
choix dans cet espace de la
salle capitulaire réservée et dédiée
aux chanoines de représenter
ce lien intime
avec la Vierge, c'est
de mettre en avant le chapitre de Chartres
face à l'évêque et donc
d'asseoir l'autorité
de ce chapitre vis-à-vis
de l'évêque.
Lors de la restauration
extérieure de la chapelle
Saint-Pierre, nous nous sommes penchés
sur la question des vitraux de cet espace
de la salle capitulaire puisque
on ne conservait dans cet espace que des
vitraux losangés qui dataient du début du XXe siècle
et qui n'avaient pas de caractère patrimonial
particulier, majeur
et dont la conservation n'était pas
impérative. Donc nous avons
souhaité donner à cette restauration aussi
un volet de création en
proposant un concours à des
maîtres verriers pour la création
de quatre baies dans cet espace.
Ce concours organisé par la DRAC
a donné lieu à
près d'une trentaine de candidatures.
Il a été remporté par une
artiste d'origine coréenne qui s'appelle
Bang Aeja, qui est malheureusement
décédée il y a deux ans.
Il a créé ces quatre verrières
en retenant la couleur bleue
comme couleur dominante,
évidemment en lien avec la Vierge Marie
mais également avec le fameux
bleu de Chartres qui l'avait particulièrement
touchée lorsqu'elle avait
découvert la cathédrale de Chartres
il y a quelques années déjà.
Ce sont des verrières qui
sont constituées d'une seule pièce de verre
réalisées dans des ateliers
allemands à Paderborn, des ateliers
Peters, qui ont
avec l'artiste mis
en œuvre ce projet de création
avec la cuisson
successive des différentes couleurs.
Ce qui fait
tout l'intérêt de ces verrières
c'est également la verrière de
doublage qui a été placée à l'extérieur.
C'est une verrière thermoformée
qui reprend les motifs intérieurs
de la verrière et qui donne beaucoup
de profondeur à son projet
qui laisse passer la lumière et qui lui
donne un véritable relief.
La
salle capitulaire accueille
deux ensembles majeurs de sculptures
l'ensemble des six statues
colonnes déposées dans les années 1970
du portail royal, du portail
occidental de la cathédrale,
réalisées dans les années 1140.
Ces sculptures
ont été déposées parce qu'elles
étaient en mauvais état, abîmées,
érodées.
C'était vraiment la solution ultime
la dépose de ces sculptures
et donc stockées
dans la crypte jusqu'aux années
2020. L'occasion
a été donnée de les restaurer, de les
re-regarder de plus près par
une exposition du musée de Cluny
à Paris sur la naissance de la sculpture gothique
et donc ces sculptures ont été
restaurées et remises
à la lumière à cette occasion
et notamment des éléments
de polychromie ont été
trouvés à l'arrière du bras
de cette reine
du bleu et quelques taches de rouge
aussi ont été retrouvées. Donc ces
grandes figures gothiques qui sortent
littéralement du portail
démontrent donc une grande
qualité sculpture. La lumière
permet de lécher en fait les
plis et de montrer cette
variété de formes
et puis les longues
tresses de ces reines
sont magnifiquement mises en valeur.
Dans la présentation
on les a présentées
comme si elles étaient leur position
du portail royal avec
notamment un doute
concernant l'ange lit au cadran
qui est le quatrième
qui lui a été déposé assez tôt
du portail royal puisqu'en
1578 il est devenu
donc le porteur du
cadran sur le
clocher sud de la cathédrale.
Aujourd'hui on a retiré
ce cadran pour lui restituer sa
forme de statue-colonne.
À l'avant de ces statues
on a présenté des petites colonnettes
qui évoquent dans ces
reines sous-habitées ce qu'on
retrouve aussi dans la luminure contemporaine
chartraine, des oiseaux
une nature très
vive, très
dynamique qui s'enroule tout autour
de cette colonne. On a aussi un
tambour ici avec ces motifs
symétriques de quatre feuilles.
L'exposition a été
un tremplin en fait pour
restaurer, se lancer dans cette restauration
assez difficile, assez compliquée
et qui va remettre en
lumière ce portail royal
et cette sculpture
des années 1140, bien
étudiée par Damien Bernet et Philippe
Planieu dans leur exposition du
Musée de Cluny.
Sous l'anti-régime le cœur liturgique de la cathédrale
était séparé de la nef par une
clôture en pierre qu'on appelle un jubé.
Elle se présente comme une galerie
supportée par sept
arcades et portant des registres
sculptés, racontant
d'une part la passion du Christ
mais également et surtout un cycle
qui raconte l'enfance du Christ.
On a la chance en fait,
bien que ce jubé ait été démonté
au XVIIIe siècle parce qu'il
était en mauvais état et qu'il ne
plaisait plus à l'époque au chapitre,
on a la chance d'avoir
conservé ces reliefs qui à l'époque ont été
enfouis dans le sol de la cathédrale
et qui ont été redécouverts
au début du XIXe siècle
à l'occasion de fouilles
suite à l'incendie de la charpente
de la cathédrale de Chartres.
Aujourd'hui on conserve de nombreuses
scènes racontant cette
enfance du Christ,
l'annonciation, la visitation,
l'annonce aux bergers, les mages
adorant l'enfant
mais c'est sans doute
la scène de la nativité
qui est la plus complète
et sans doute la plus
remarquable par son iconographie.
C'est une scène
presque intimiste,
on a la Vierge
tournée avec beaucoup de tendresse vers son enfant
déposée dans une mangeoire
entourée de l'âne
et du bœuf, Saint Joseph qui se penche
de façon très
affectueuse vers la
Vierge et l'enfant.
Ce qu'il est intéressant de remarquer
sur ces reliefs qui sont
un des sommets de la sculpture
autour de 1230-1240
c'est également les restes
de polychromie.
Ces fragments, dans le cadre de ce projet
de présentation, ont fait l'objet
d'une restauration approfondie
par un groupement de restaurateurs
dirigé par Adèle Cambon
de La Vallette, une restauration
qui a été extrêmement minutieuse pour
nettoyer et refixer
la polychromie.
On a ici une polychromie
extrêmement soignée, extrêmement riche
avec notamment l'utilisation
de feuilles métalliques,
en particulier des feuilles d'or
mais on a retrouvé également quelques feuilles
d'argent. Une polychromie
d'une extrême qualité de mise
en œuvre avec parfois
de très nombreux réaux pour
par exemple évoquer
l'incarnation de la Vierge
ou des différents personnages.
Ce qui a été intéressant également
de découvrir, qui était complètement
inconnu jusque-là,
c'est la présence sur certains reliefs
d'un fond bleu
orné de fleurs de lys
qui nous disent probablement
qu'on a pu avoir un don royal
pour la mise en couleur de ce jubé.
Bien évidemment,
cela renvoie à l'iconographie
de ces scènes
racontant l'histoire
de la nativité du Christ
où les rois sont également
très présents. On a les rois mages
adorant l'enfant,
le sommeil des mages endormis
ou encore les rois devant Hérode.
La figure royale
est très présente.
Ici, ce sont les rois terrestres
et on a également avec
l'enfant Jésus l'évocation
du roi céleste qui est Dieu.
Dans la nouvelle présentation du trésor,
nous avons associé au grand
relief qui raconte l'histoire de la nativité
du Christ des éléments
qui constituaient l'architecture du jubé,
en particulier deux colonnes
à chapiteaux ornées
de feuilles et habitées d'animaux,
notamment des oiseaux, et qui comportent
encore d'importants restes de polychromie
qui constituaient les supports
des arcades qui portaient le jubé
et les différents reliefs.
Nous présentons également
quatre clés de voûte qui étaient
à l'origine sous
la tribune du jubé.
Également, nous avons la chance
de conserver quelques éléments
du décor intérieur du jubé,
cette partie qui n'était absolument pas visible
des fidèles depuis l'annef
mais qui l'était en revanche
de la part des chanoines depuis le chœur liturgique,
ce qu'on appelle le décor du parapet.
Et en particulier,
il y a un relief qui est probablement
le relief en position centrale
de ce décor
qui est une grande rosace
habitée au centre d'un agneau pascal
entouré des symboles des évangélistes.
Cet agneau pascal
fait bien entendu référence
au sacrifice de la messe qui se dit chaque jour
par les chanoines dans le chœur liturgique.
Pour achever le parcours du trésor,
la visite du trésor de la cathédrale de Chartres,
il nous a paru intéressant
de faire une petite pause
devant cette chapelle qui contient
actuellement, exceptionnellement
aujourd'hui, deux reliquaires
avec des fragments du voile
de la Vierge.
Qu'est-ce que c'est que ce voile de la Vierge
que tout le monde recherche ?
C'est en fait une relique, un signe
qui est arrivé à la cathédrale de Chartres
via un don de Charles le Sauve
en 876
et qui a été conservé au sein
de la cathédrale depuis cette date.
Ce voile à la Révolution
a été découpé, un petit peu
manipulé,
et vous avez aujourd'hui
les deux plus grands reliquaires
qui conservent les morceaux les plus importants.
Le petit reliquaire de droite
a été réalisé dans les années
1822 par leur fèvre
Jean-Charles Cayet
et qui contient un petit
fragment et puis
des émots qui évoquent les deux
Vierges vénérées dans la cathédrale
Notre-Dame du Pilier, Notre-Dame de Souterre.
Celui qui est devant vous
a été réalisé beaucoup
plus tard, pour le millénaire
du don, en 1876
par un autre fèvre parisien
placide Lucien Ruzan.
C'est une chasse reliquaire avec
au centre le voile
qui est suspendu avec deux anges
de part et d'autre qui maintiennent
ce cadre. C'est dans la tradition
aussi des reliquaires
du Moyen-Âge.
La partie basse, avec un décor
doré et de rinceau,
accueille des émots
dont certains évoquent la Sainte Chasse,
ce coffret en bois qui a disparu
à la Révolution, et puis
le petit emblème du chapitre
jusqu'à cette
ouverture en 1712
qui était la Sainte Chemise et qu'on retrouve
un petit peu partout, que ce soit
sur les vitraux, sur l'architecture,
dans le mobilier, et puis
évidemment en petite
amulette ou en seigne
de pèlerinage. En tant que relique,
le voile fait partie du trésor, des
objets précieux de la cathédrale,
mais comme il est encore
en lien avec la vénération,
nous avons souhaité qu'il reste
dans cette chapelle, qu'il bénéficie
à tous les fidèles, à tous ceux
qui veulent en profiter.
Clairement, la cathédrale de Chartres,
elle est construite pour être un reliquaire
de la relique.
Il y a le reliquaire qui est là,
avec les anges, et puis il y a l'immense
reliquaire qui est ici.
Chartres s'est conçu pour,
et c'est grand, pour cet objet
très précieux, très particulier,
avec la valeur religieuse qu'il porte.
Donc en effet, à la fois les 1000 ans, c'est les 1000 ans de la crypte
qui est en bas, mais c'est aussi
bien sûr 1000 ans de pèlerinage,
1000 ans de personnes qui,
chacun à son tour,
de génération en génération, viennent ici
pour se confier à la Vierge Marie,
et spécialement autour du voile qui est derrière moi,
pour confier
à la Vierge Marie, par cet objet,
les grossesses difficiles par exemple,
la Vierge Marie étant enceinte au moment où elle porte
ce voile, pour confier aussi
un désir d'enfant qui ne parvient pas
à se concrétiser, et puis pour confier
les enfants tout simplement.
C'est vrai qu'il y a une dévotion très particulière,
la prière très particulière, pour la famille,
pour l'enfance.
Il y a plein d'autres choses, parce que les gens qui viennent
voir Marie comme on vient voir sa mère,
on lui dit tout, même on lui dit rien,
mais tout est dit en étant simplement
présent ici.