Franc-maçonnerie : Politique & Religion ?

Arcana les Mystères du Monde
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91 Vues de vidéo·28 déc. 2024
Bonjour à tous et bienvenue pour cette nouvelle émission de l'Academia pour le mois de décembre 2024.
Alors aujourd'hui, je vais vous proposer le troisième et le dernier épisode du cycle des francs-maçons.
J'avais proposé une première émission qui abordait les questions ou les liens entre la franc-maçonnerie et l'ésotérisme,
une seconde qui traitait de l'histoire de l'anti-maçonnisme, ou pourquoi tout le monde déteste les francs-maçons et qu'est-ce qu'on leur reproche,
notamment l'accusation de satanisme.
Aujourd'hui, nous allons poursuivre l'investigation en posant la question des liens entre la franc-maçonnerie et la politique
et les rapports de la franc-maçonnerie avec les religions.
Donc, vaste sujet, vous en conviendrez.
Alors, n'attendons pas plus et entrons dans le plan de l'émission.
Tout d'abord, une petite introduction avec une question.
Quelle est la vraie puissance de la franc-maçonnerie ?
Ensuite, une première partie.
La franc-maçonnerie au pluriel,
comprendre qu'il existe en réalité plusieurs francs-maçonneries et que ce n'est pas du tout une société monolithique.
Ensuite, une deuxième partie où nous parlerons de l'influence réelle ou fantasmée de la franc-maçonnerie sur la politique.
Et une troisième partie où nous parlerons des rapports entre la religion et la franc-maçonnerie.
Et puis, bien sûr, une conclusion et une bibliographie qui clôturera le cycle des trois émissions
où vous pourrez faire une sorte de synthèse globale sur ce qu'est concrètement la franc-maçonnerie.
Et puis, bien sûr, une bibliographie pour ceux d'entre vous qui voudraient poursuivre l'investigation.
Alors, tout d'abord donc, une question centrale.
Quelle est la vraie puissance de la franc-maçonnerie ?
En naviguant sur Internet, on trouve un petit peu tout et n'importe quoi.
On dit que les francs-maçons contrôlent le monde, que les élites dirigeantes des pays,
l'élite gouvernementale, les politiciens, les magistrats, les policiers, les financiers, les chefs d'entreprise,
tout le monde se réunirait dans les loges pour décider de la conduite politique des pays
pour asservir la population, nous maintenir dans l'ignorance et nous dissimuler des choses, bien entendu.
Alors là, évidemment, on est dans une certaine forme d'exagération.
Certains vont néanmoins tenter de l'appuyer en disant, regardez les symboles maçonniques,
regardez le billet de 1$ américain, voyez une pyramide avec un œil qui voit tout,
symbole franc-maçonnique et puis avec cette inscription qui fait la promotion d'un nouvel ordre mondial.
Pour y voir un petit peu plus clair, je vous cite deux citations.
Tout d'abord, une de Alain Bauer, ancien grand-maître du Grand Orient de France,
ou du moins des propos qui sont rapportés de sa personne.
L'auteur considère également que la franc-maçonnerie a subi une considérable perte d'influence.
Il précise ainsi qu'avant la seconde guerre mondiale, 50% de la classe politique appartenait à une loge
et aujourd'hui, ils ne sont que 10%.
Alain Bauer précise qu'enfin, aucun président de la Vème République n'a été franc-maçon.
Concernant Jacques Chirac, son grand-père l'a été.
Valéry Giscard d'Estaing a voulu mais les conditions qu'il aurait mises à son passage n'ont pas été jugées acceptables.
Quant à François Hollande, son suppléant et beaucoup de gens autour de lui sont franc-maçons.
Deuxième citation.
Un état maçonnique, mythe ou réalité ?
L'omniprésence des francs-maçons dans les sphères de pouvoir alimente les fantasmes d'un état maçonnique
où les décisions se prendraient en loge et non dans les institutions républicaines.
Si l'influence de la franc-maçonnerie est indéniable, il est difficile de déterminer son ampleur et ses ramifications réelles.
La culture du secret qui entoure l'organisation et l'absence de transparence sur ses membres et ses activités
nourrissent les suspicions et les accusations de favoritisme.
Alors avec ces deux citations, qu'est-ce que l'on peut dire ?
Et bien oui, la franc-maçonnerie possède un certain pouvoir.
En effet, si vous avez des personnes, des politiciens, des gens influents, des chefs d'entreprise qui se réunissent au même endroit
et que indépendamment ces gens ont du pouvoir, vous créez de ce fait un lieu qui possède une certaine forme de pouvoir.
Ce n'est pas une théorie de complot de dire que oui, la franc-maçonnerie dans une certaine mesure peut avoir un certain pouvoir
puisque les membres qui la composent possèdent un pouvoir.
Alors comme le souligne Alain Bauer, il a existé des périodes de l'histoire où la franc-maçonnerie avait beaucoup de pouvoir
et d'autres périodes où elle en possède moins ou des pays du monde ou des régions du monde où elle en possède moins
tout simplement parce qu'elle n'est pas bien implantée ou parce qu'elle ne possède pas d'élite dirigeante en son sein.
Mais fut un temps, il y a certaines contrées du monde et notamment la France, les Etats-Unis ou l'Angleterre
qui sont des endroits où la franc-maçonnerie a pu avoir réellement un pouvoir objectif.
Et c'est ce que nous allons étudier au cours de cette soirée.
Alors pour appuyer un petit peu mon argumentation et surtout tenter de comprendre la perception que les profanes ont de la franc-maçonnerie
mais également comprendre comment les francs-maçons se perçoivent, j'ai proposé une série de questions, un sondage
que j'ai envoyé aux francs-maçons et aux profanes afin qu'ils nous disent un petit peu ce qu'ils en pensent.
C'est ainsi que j'ai pu collecter un petit peu plus de 150 réponses de la part de francs-maçons et un peu plus de 400 de la part de profanes.
Donc au niveau du questionnaire aux francs-maçons, les sensibilités sont assez plurielles.
On va trouver plusieurs rites qui sont représentés, une sur-représentation du rite écossais ancien accepté mais c'est tout à fait normal
puisque c'est le rite le plus pratiqué en France en l'occurrence.
Dans ce sondage, il y a quand même un petit biais, une petite faille, c'est que les personnes qui ont répondu à ce sondage
sont majoritairement des francs-maçons qui suivent ma chaîne ou qui sont abonnés.
De ce fait, ce sont des personnes qui sont intéressées par la symbolique, l'ésotérisme ou les questions d'ordre mystique.
Inversement, les francs-maçons qui ne s'intéressent qu'aux sujets sociétaux et qui n'ont pas d'appétence pour la spiritualité ou l'ésotérisme
ne suivent pas forcément ma chaîne.
De ce fait, à la vue de ces statistiques, j'ai constaté qu'un peu plus de 80% des répondants
étant des francs-maçons qui appartiennent à la franc-maçonnerie dite traditionnelle ou symbolique
et que seulement 18% appartiennent à la franc-maçonnerie sociétale.
Ce qui fausse un petit peu le sondage mais ce sera pris en compte.
Au niveau des profanes, à peu près 40% des répondants peuvent être considérés comme anti-francs-maçons
et à peu près 40% comme plutôt sympathisants et environ 20% de personnes qui sont neutres par rapport au sujet.
Toutes ces réponses vont permettre de voir comment la franc-maçonnerie est perçue.
Alors, n'attendons pas plus maintenant et entrons dans la première partie.
Tout d'abord, la franc-maçonnerie au pluriel.
Comprendre qu'il existe plusieurs francs-maçonneries.
Une première question tout d'abord.
A l'origine, la franc-maçonnerie a-t-elle été conçue pour faire un travail d'ordre sociétal,
c'est-à-dire des questions de société,
Vastes questions, vous en conviendrez.
Alors, le plus simple pour tenter de répondre à cette question
est d'étudier tout d'abord le contexte d'apparition de la franc-maçonnerie
et d'identifier qui sont les premiers francs-maçons.
Tout d'abord, au niveau du contexte, il y a une querelle dynastique dans le Royaume-Uni à cette époque.
L'ancien roi déchu, Jacques-François Stuart, ou si vous préférez les Jacobites,
ont été destitués du trône et sont partis en exil en France.
Ils ont été remplacés par Georges de Hanovre et les Hanovriens,
qui sont donc les nouveaux rois régnants du Royaume-Uni.
Et donc, il y a des querelles entre les partisans des Hanovriens,
donc les nouveaux souverains,
et les anciens qui veulent le retour de Stuart sur le trône.
A côté de cela, il y a un conflit également entre les protestants et les catholiques.
Donc, conflit religieux, conflit politique,
ce qui crée une instabilité, on va dire, dans le paysage.
Au-delà de cela, il y a une émergence, une effervescence intellectuelle.
Nous sommes après la Renaissance.
Il y a de nombreuses nouvelles idées, de nombreuses remises en cause,
notamment dans les domaines scientifiques, qui sont proposées dans la société
et qui vont aboutir progressivement à ce qu'on appelle la philosophie des Lumières.
Donc, c'est dans ce contexte qu'apparaît la franc-maçonnerie.
Et donc, au niveau des membres de l'organisation,
on a tout d'abord des aristocrates, des membres de la noblesse,
mais également de la haute bourgeoisie, des hommes de lettres,
des scientifiques, des personnes cultivées,
qui sont attirées par cette philosophie des Lumières naissantes.
On peut identifier également quelques artisans qui sont présents dans les loges,
probablement héritiers des anciennes loges opératives,
mais cela reste extrêmement modeste.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que la franc-maçonnerie
touche principalement l'élite de la société
et n'est pas une société ouverte à tous, bien entendu, à cette époque.
Alors, ça commence en Angleterre, bien évidemment,
mais la franc-maçonnerie va se répandre assez rapidement
en Écosse, en Irlande, puis sur le continent,
France, Allemagne, etc.
Et ça va toucher évidemment les élites cultivées de ces pays
et évidemment aussi les élites influentes.
Et c'est là qu'on arrive à ce contexte qui est la vraie puissance de la franc-maçonnerie,
c'est-à-dire que ce n'est pas tellement la franc-maçonnerie qui est puissante,
mais c'est les membres qui la composent.
Et vu que cette société recrute principalement
tant l'élite, l'aristocratie et les gens de pouvoir,
et bien, fatalement, la franc-maçonnerie est dotée d'une certaine forme de puissance
et d'une influence, bien entendu.
Alors, au-delà de cela, on va voir aussi une proximité
entre la franc-maçonnerie innaissante en tant que société amicale,
une sorte de fraternité, avec une autre société qui est la Royal Society,
qui est l'académie des sciences, si l'on peut dire,
et qui est en adéquation, encore une fois, avec ce contexte
des nouvelles découvertes scientifiques
et cette remise en cause des acquis précédents, si l'on veut.
Alors, au niveau des membres importants de la franc-maçonnerie au XVIIe siècle,
on pourrait citer des personnages comme Robert Moret ou encore Elias Hachemolle,
qui sont des personnes cultivées, membres de l'aristocratie,
et qui sont des membres fondateurs, en l'occurrence de la Royal Society,
et qui sont les premiers francs-maçons spéculatifs qui y sont identifiés.
Un peu plus loin, au début du XVIIIe siècle,
on a des figures intéressantes comme Jean-Théophile Desaguliers ou James Anderson,
qui sont des pasteurs, donc ce sont des hommes d'église,
mais qui sont néanmoins attirés par les sciences de leur temps.
On pourrait citer notamment que Jean-Théophile Desaguliers est lui-même membre de la Royal Society.
On pourrait citer encore Martin Falk,
qui a été un membre important de la franc-maçonnerie du début XVIIIe,
et lui aussi était membre de la Royal Society,
mais à l'inverse des deux autres, lui, il était partisan,
il faisait la promotion de l'athéisme.
Donc, des figures intéressantes.
On pourra aussi citer Philippe Wharton,
alors lui était un libertin,
il a été grand-maître de la première obédience maçonnique,
et de par ses sympathies pour eux, les Jacobites,
donc les anciens rois déchus,
il sera exilé d'Angleterre, va perdre tous ses titres,
et va se réfugier en France,
où il deviendra grand-maître des francs-maçons français.
On citera encore Francis Scott,
lui aussi a été grand-maître de la première grande obédience maçonnique,
et lui aussi était membre de la Royal Society.
Alors, ce qu'il faut comprendre,
c'est que la franc-maçonnerie est une société amicale,
une fraternité, un club de réflexion philosophique,
qui touche l'élite de la société,
mais en ce sens, ce n'était pas la seule société de ce type à l'époque.
On pourra citer l'ordre des francs jardiniers,
ou encore l'ordre des forestiers,
et certains ordres néodrudiques.
Donc, toutes ces sociétés,
ce sont encore une fois des clubs philosophiques
qui se réunissent dans des milieux choisis,
et il se trouve que parmi toutes ces sociétés,
c'est la franc-maçonnerie qui aura le plus de succès,
et qui va se répandre mondialement.
Cela s'explique du fait que la franc-maçonnerie
était plus installée dans les villes,
dans les lieux de pouvoir, encore une fois.
Alors que, par exemple, les francs jardiniers
étaient plus dans la ruralité,
et touchaient plutôt ce qu'on appelait
les gentlemen farmers, en gros.
Même si ces sociétés existent toujours,
de nos jours, et partagent sensiblement
les mêmes symboles, la même architecture rituelle
que la franc-maçonnerie.
D'ailleurs, faisons un petit point à ce stade.
Les rituels de la franc-maçonnerie
de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe
n'ont pas du tout la codification
qu'on connaît aujourd'hui.
Aujourd'hui, les rituels sont très complexes,
les francs-maçons se réunissent dans des loges
avec tout un tas de symboles
et une architecture rituelle très construite,
mais à l'époque, c'était tout à fait embryonnaire.
Cela ne ressemblait pas du tout
aux rites maçonniques qui sont pratiqués aujourd'hui.
Autre chose encore,
au tout début XVIIIe,
même fin XVIIe,
les francs-maçons se réunissaient dans des tavernes,
dans des artières-salles de tavernes,
et pas du tout dans des temples secrets
dissimulés dans des souterrains de la ville.
On était vraiment sur des clubs de réflexion philosophique,
et à ce stade, on ne peut pas identifier
d'intérêt pour l'ésotérisme,
la spiritualité, ou quelconque quête mystique.
On est vraiment sur des fraternités,
encore une fois.
Donc, on peut tendre à penser
à ce stade, que la franc-maçonnerie
d'origine est plutôt portée sur
le débat de société, et sur des réflexions
philosophiques, cohérentes avec
leur époque, que sur une aspiration
ésotérique ou mystique.
Qui va venir par la suite, bien entendu,
mais nous n'en sommes pas tout à fait là encore.
Alors néanmoins, j'ai posé la question
aux francs-maçons, à savoir
qu'est-ce qu'ils pensent de leur société,
et pour eux, la franc-maçonnerie à l'origine,
a-t-elle été créée pour faire
du sociétal, ou de l'ésotérisme ?
Et bien, 60% m'ont répondu
pour faire de l'ésotérisme, 12%
m'ont répondu pour faire du sociétal,
et 28% m'ont répondu les deux.
Voilà quelques extraits.
Ni l'un ni l'autre, je pense,
mais plus de la charité, comme en Angleterre.
A l'origine, même,
la franc-maçonnerie a été créée pour faire de l'ésotérisme.
Elle a toujours eu une double vocation,
symbolique et réflexion sur la société.
Les deux à mon sens,
il s'agit des deux jambes d'un même corps.
Pour l'ésotérisme,
les déviances sociétales sont dues
à l'histoire de France,
révolution, empire, etc.
Alors, posons la même question
aux profanes, comment perçoivent-ils la franc-maçonnerie ?
Et bien, 30%
m'ont répondu que pour eux, la franc-maçonnerie
a été créée pour faire de l'ésotérisme,
9% m'ont répondu pour faire
de la politique ou du sociétal,
et 61% m'ont répondu
les deux. Je cite les extraits.
Politique, avec des emprunts ésotériques
pour renforcer son image mystique.
Cela peut être les deux,
selon les obédiences. Les deux,
elles orientent les courants politiques
et se consacrent aussi à l'ésotérisme.
Les deux, avec une influence variable
selon les époques. Ésotérique à la base,
mais de plus en plus politisé.
Alors, vous voyez
que le sujet n'est pas simple,
et beaucoup de francs-maçons, et même beaucoup de profanes,
perçoivent la franc-maçonnerie des origines
comme une structure qui était déjà
de nature ésotérique, alors que
ceci est très loin d'être prouvé
sur le plan historique.
Voyons pour cela le développement
de la franc-maçonnerie, comment elle va évoluer.
Comment cette société amicale est devenue
une société secrète géante
comptant plusieurs milliers d'adeptes.
Eh bien,
il y a eu tout d'abord
des premières loges qui se réunissaient indépendamment
des petits groupes de personnes,
mais au gré du temps, ces petites loges
de quelques membres ont décidé de se réunir
pour former ce qu'on appelle
une obédience. Alors, qu'est-ce que c'est
une obédience ? Eh bien, c'est une sorte
de superstructure qui va encadrer
le fonctionnement de toutes les loges.
C'est comme une fédération qui donne
une chartre de fonctionnement pour que
toutes les loges puissent fonctionner correctement
et de façon semblable.
Alors, cette chartre va s'appeler les
Constitutions Thanderson ou Constitutions des francs-maçons,
et une première version sera
publiée en 1723.
Et, à la lecture
de ce texte,
eh bien, on observe tout ce
conflit ou ce contexte politique et religieux.
On nous dit, en gros, la franc-maçonnerie
a été créée pourquoi ? Eh bien, pour être
un lieu de concorde où les gens
vont pouvoir se réunir au-delà
de tous les conflits partisans.
Que vous soyez jacobites, hanovriens,
protestants ou catholiques,
voici un club, un cercle de réflexion
philosophique où vous allez tous pouvoir
parler ensemble, partager
ensemble, sans conflit,
dans la paix et la bonne entente.
Société amicale dans le but de créer
la concorde.
Mais, tout ceci va progressivement évoluer.
Il y aura,
évidemment, de là, la diffusion de la franc-maçonnerie.
Donc, je vous disais, en Irlande, en Écosse, dans les
premiers temps. Et puis, ensuite, en 1736,
un homme va
apparaître, un franc-maçon écossais,
Andrew Michel de Ramsey,
et ce dernier, en exil
en France, preuve donc de la mouvance jacobite,
vous aurez bien compris, va publier
un texte qui s'appelle le discours de
Ramsey. Enfin, c'est le nom qu'on donne en
référence à son auteur, bien évidemment.
Et là, dans ce texte, il ne présente
plus du tout la franc-maçonnerie comme étant
l'héritière des bâtisseurs du temps des cathédrales,
mais il dit la franc-maçonnerie
est l'héritière de la chevalerie
des croisades, possiblement des
templiers ou des hospitaliers, mais en plus
de cela, la franc-maçonnerie est la
gardienne d'une tradition spirituelle,
d'une tradition mystique,
de la même façon que les cultes à mystère
de l'Antiquité. Et là, en fait,
Andrew de Ramsey propulse
la franc-maçonnerie dans un tout nouvel univers.
On n'est plus du tout sur un club de réflexion
simplement philosophique, une société
de charité et de bonne entente. Là, tout
d'un coup, la franc-maçonnerie devient
une école initiatique, une
tradition à mystère qui porte
un enseignement datant de la
nuit des temps. Une sorte de tradition
primordiale avant l'heure, si chère
à René Guénon, en l'occurrence. Et de là,
en fait, on voit une colorie ésotérique
qui va apparaître dans la franc-maçonnerie, et
notamment avec l'apparition du système de
haut grade. Je m'explique.
Au début, il y avait deux grades
dans la franc-maçonnerie, apprenti et compagnon.
Et puis ensuite, à ce moment-là,
c'est l'invention du grade de maître.
Le grade de maître, qui lui, a
une portée ésotérique, avec la mort symbolique
du maître Iram, sorte de scène théâtralisée
où l'initié va vivre une mort
symbolique et une résurrection tout aussi symbolique,
de la même façon que les cultes à mystère
de l'Antiquité. Et ce
qui est intéressant, c'est que cette figure
d'Iram n'est pas présente dans les
premiers temps, et apparaît
au moment où cette colorie ésotérique
apparaît dans la franc-maçonnerie. Et de là,
à la suite, seront créés des
systèmes de haut grade,
qui ont pour but d'explorer plus en avant
cette mystique ésotérique, cette
mystique chrétienne, inspirée
par des éléments de la chimie, de l'hermétisme,
et de tout un tas de traditions
ésotériques de l'époque. Mais, ce n'est
pas spécifiquement natif à l'origine.
Donc, parmi ces haut grades, on va trouver
tout un tas de titres. Maître
écossais, chevalier de l'épée ou de l'Orient,
patriarche noachite,
chevalier de l'aigle noir, prince-souverain
rose-croix, chevalier kadoche, grand-maître
des planisphères, gardien de la voûte
céleste de Jérusalem, et j'en passe.
Tous ces hauts grades apparaissent à partir des
années 30, et ce, jusqu'à la
fin du XVIIIe siècle.
Et c'est de ces hauts grades que vont
naître, en fait, tous les systèmes codifiés des
rituels, qui vont se
stabiliser, en fait, à la fin du XVIIIe
siècle et au début du XIXe siècle, donnant
l'apparence actuelle
de la franc-maçonnerie grossièrement.
Donc, ce qu'on peut dire à ce stade,
c'est qu'à l'origine, la franc-maçonnerie
est plutôt un club sociétal
qui va évoluer, du moins
pour une partie d'entre elles, dans
une version plus spirituelle,
plus ésotérique, au point
que certains francs-maçons vont même
dire qu'en fait, il en a toujours
été ainsi. Et là, ça ouvre
le débat. En 1756,
un texte
sera publié, le Heimann raisonne.
Là, vous avez un extrait de la deuxième édition,
quelques années plus tard, de 1764,
écrit par Laurent
Dermotte. Alors, dans ce texte,
on nous dit, je vous cite un petit
extrait. Vers l'année 1717,
référence à la première obédience
fondée, quelques compagnons joyeux,
ayant obtenu le degré de compagnon,
décidèrent de former une loge pour
eux-mêmes, afin de se remémorer,
par leur conversation, ce qui leur avait été
transmis auparavant. Et si cela s'avérait
impossible, il convenait de
substituer quelque chose de nouveau, qui
pourrait, à l'avenir, passer pour de la maçonnerie
parmi eux. Il a
également été jugé opportun d'abolir
l'ancienne coutume d'étudier la géométrie
dans la loge. Certains jeunes frères
ont démontré qu'un bon couteau et une fourchette
dans les mains d'un frère habile,
sur des matériaux appropriés,
procurerait une plus grande satisfaction
et apporterait davantage à la convivialité
de la loge que les meilleures
échelles et compas d'Europe.
Il a ensuite été proposé que,
comme il avait été décidé de porter
des tabliers, ceux-ci soient retournés
à l'envers pour éviter d'avoir l'air de simples
artisans. Cette proposition a
été adoptée et a atteint son objectif,
ce qui était autrefois la partie inférieure
et désormais attachée autour
de l'abdomen, tandis que le bavoir
et les cordons pendent vers le bas,
de manière à convaincre les spectateurs
qu'il n'y avait aucun maçon opératif
parmi eux. Alors,
là, dans ce texte,
c'est le moment de la fondation
d'une seconde obédience. Je vous rappelle
une superstructure, une sorte de fédération.
Cette nouvelle obédience
se qualifie d'ancienne. Elle se dit,
en gros, nous sommes les véritables détenteurs
de la tradition maçonnique, nous sommes les anciens
et celles qui ont été créées en 1717,
ce sont les modernes, ce sont
des déviants, ils ne font pas vraiment de la franc-maçonnerie.
Donc, là, on nous dit à ce stade,
l'obédience de 1717,
c'est une maçonnerie philosophique, un club
de réflexion plus forcée vers la fourchette
et vers les mères affinées.
Et nous, nous sommes de vrais francs-maçons,
authentiques, dédiés dans
une démarche spirituelle, portée
par la spiritualité. Nous sommes
théistes, c'est-à-dire qu'il y a l'idée
que nous vénérons Dieu, révélé
par le texte sacré de la Bible.
Nous ne sommes pas des athées,
nous ne sommes pas des libertins, nous ne sommes pas
tout un tas de choses. Donc, là,
on nous fait quelque chose historiquement
qui nous dit, en gros, la vraie franc-maçonnerie,
eh bien non, elle n'était pas sociétale
à l'origine, elle était ésotérique et mystique
dès les premiers temps, elle a été
dévoyée au début du XVIIIe siècle.
Vaste querelle, vous en conviendrez.
Évidemment, c'est un débat
d'historiens de tenter de trancher
entre les deux. Mais, nous y reviendrons
pour tenter, en conclusion
de cette émission, d'apporter une réponse
si, autant que faire possible,
à ce débat. Alors, cette
querelle, cette querelle
entre les anciens et les modernes,
comme elle prend le nom en Angleterre,
va néanmoins se résoudre assez
rapidement. Au début
du XIXe siècle,
les deux obédiences vont décider
de fusionner. Ils vont réussir à se
mettre d'accord, mettre fin au conflit.
Alors, ne nous le cachons pas,
en réalité, c'est la loge des anciens,
la plus récente,
celle portée vers le théisme
et la spiritualité, qui va l'emporter
et qui va plus ou moins imposer sa vision
des choses. Donc, les deux
obédiences fusionnent, il y a des compromis
rituels entre les deux, mais globalement,
c'est la loge des anciens qui prend l'ascendant.
Donc, de ce fait, à ce moment-là,
la franc-maçonnerie anglaise
et plus largement anglo-saxonne
va
prendre cette affirmation
qui est que la franc-maçonnerie
est une société théiste
qui croit en un Dieu révélé
sous le nom de grand architecte
de l'univers, qui est
portée vers la spiritualité
dans une démarche symbolique,
avec tout un tas de symboles
pour le travail intérieur, le développement
personnel, le développement spirituel,
si vous préférez, fait oeuvre
de charité, de bienfaisance,
mais ne se mêle pas de politique
et ne se mêle pas
de religion. Donc, sous-entendu, c'est
le glas, la franc-maçonnerie ne fait pas
de sociétal, ou du moins, elle n'en fait pas
directement. Certes, on pourrait dire
la charité, la bienfaisance, c'est
une forme d'activité sociétale, peut-on dire
d'une certaine façon, mais elle n'a pas,
elle n'entre pas dans le débat
d'idées, elle ne fait pas de propositions de loi,
elle ne tente pas d'influencer sur la politique, etc.
Alors, ce,
cette posture que prend
la Grande Loge Unie d'Angleterre, comme on va l'appeler,
elle vient du fait
justement de ces conflits, de toute cette
problématique de l'Angleterre
ou du Royaume-Uni de cette époque, avec les conflits entre les
Stuarts, les Lanovriens, les Protestants, les Catholiques. L'idée,
c'est un lieu de concorde, où on
n'emmène pas ces problèmes dans la loge,
au contraire, on travaille tous ensemble
en bonne entente et en bonne harmonie.
Donc, à ce stade, le problème
pourrait être résolu. La franc-maçonnerie
traditionnelle anglaise
est une structure, encore une fois,
bienfaisante, charitable,
qui croit en un Dieu révélé,
via la tradition biblique,
principalement, et qui travaille sur le
développement de ses membres
via les symboles
et une tradition ancienne. CQFD.
Sauf que,
cela ne va pas se passer tout à fait de la même façon
sur le continent, et principalement
par chez nous, Cocorico.
Donc, c'est là que va
intervenir une sorte de rupture
entre le chemin
unique, si l'on peut dire, de la franc-maçonnerie.
Même si, encore une fois, je vous rappelle
qu'il y a déjà eu une franc-maçonnerie
sociétale au début du XVIIIe siècle,
en Angleterre, avec la première
grande loge de Londres et de
Westminster, où la première obédience
structurée. Donc, la franc-maçonnerie
dans le monde anglo-saxon
se répand
très rapidement, notamment aux Etats-Unis,
au Canada, etc., dans toutes les régions où
l'Empire britannique a son influence.
Et la franc-maçonnerie y est très visible.
Elle n'est pas du tout secrète,
pas du tout comme en France. Les francs-maçons
ne cachent pas leur appartenance. On trouve des temples
maçonniques avec des gros logos
qui expriment que c'est bien ici. Il y a les
calendriers, les dates des réunions.
Il y a même certaines cérémonies ouvertes
aux profanes. Et le pouvoir est
même connecté à la franc-maçonnerie, puisque
le dirigeant
de la Grande Loge Unie d'Angleterre
est toujours un membre de la famille royale.
En l'occurrence, actuellement, c'est le duc de
Kent, Édouard. Donc,
il n'y a pas de problème entre la monarchie
britannique et la franc-maçonnerie, et il n'y a pas non plus
de problème entre le protestantisme, la religion
protestante, avec la franc-maçonnerie.
Déjà, rappelez-vous qu'il y a beaucoup
de protestants dans le monde anglo-saxon,
et que même les auteurs des constitutions
des francs-maçons,
notamment Anderson et
Desaiguliers, étaient eux-mêmes des pasteurs
protestants, anglicans, si vous préférez.
Donc, du coup, protestantisme et franc-maçonnerie, ça n'a jamais
vraiment posé de problème.
En France, c'est différent. Nous sommes
dans un pays catholique,
et l'Église va condamner
la franc-maçonnerie très rapidement, en 1738.
Donc, évidemment,
cela va provoquer quelques thunes.
Voyons un petit peu comment cela se passe en France.
Donc, il y a la condamnation
de la franc-maçonnerie, et
la franc-maçonnerie va continuer d'exister quand même,
toujours aristocratie bourgeoisie.
C'est comme en Angleterre, bien entendu.
Et puis, ce sera la création du Grand Orient de France
en 1773.
Donc, l'obédience change de nom. Elle existait déjà,
en fait, d'une certaine façon.
Puis, ensuite, c'est la Révolution française.
Alors, évidemment, on étudiera par la suite, en deuxième partie,
de savoir si, oui ou non, la franc-maçonnerie
a une part de responsabilité dans la Révolution française.
Mais là, ce n'est pas encore notre propos.
Tout cela pour dire qu'à ce stade,
il y avait à peu près 1000 ou 1200 loges
actives en France avant la Révolution
française, et après la Révolution française,
pendant la Terreur, il n'y avait plus
qu'une vingtaine en activité.
Donc, la franc-maçonnerie a souffert
de la Révolution française.
Et là, à partir de là,
la maçonnerie française va être précipitée dans les
arcades du pouvoir, à tort ou à raison,
et pas forcément de sa volonté.
Napoléon va
tenter de centraliser la franc-maçonnerie
pour la mettre sous son emprise,
choisir intelligemment
ses dirigeants, et utiliser la franc-maçonnerie
comme une sorte de réseau pour faire la promotion
de sa vision impériale.
Évidemment, quand c'est la chute
de Napoléon, le retour
des rois sur le trône de France,
c'est une période de trouble pour la franc-maçonnerie.
Cette dernière se trouve associée à l'Empire,
elle tombe en disgrâce, elle est sous
surveillance, et plutôt
en perte d'influence, peut-on dire.
Évidemment, cela va politiser
plus ou moins les francs-maçons.
Si nous avions de nombreux aristocrates,
de nombreux bourgeois, plutôt de tendance catholique
qui, bien que l'interdiction
de l'église était restée dans les loges,
l'interdiction s'intensifie,
et de nombreux
aristocrates et de nombreux bourgeois catholiques
quittent les loges,
ce qui laisse la place progressivement à une autre bourgeoisie
qui est plutôt anticléricale,
plutôt dans la
mouvance dite des pensées
révolutionnaires, et c'est ainsi
qu'en 1848, quand il y a
la seconde révolution, la chute de Louis-Philippe,
les francs-maçons
sortent de l'ombre, si je puis dire, et font la
promotion du retour
de la République. Alors évidemment,
cela tournera assez rapidement avec le Deuxième
Empire de Napoléon III,
mais les francs-maçons étaient moteurs
de ce mouvement révolutionnaire
pour la deuxième fois.
Ensuite,
la franc-maçonnerie va s'impliquer très lourdement
en politique à certains moments. On pourra citer
l'épisode de la Commune de Paris en 1871,
donc c'est le moment de la chute
de Napoléon III,
et la ville de Paris
tente de s'établir comme une sorte de cité
autonome, de créer une sorte de gouvernement
marqué politiquement plutôt à l'extrême-gauche,
et de nombreux francs-maçons vont participer
à ce mouvement populaire. Donc là,
on a réellement une implication politique
directe de la franc-maçonnerie.
Plus tard,
la rupture entre la franc-maçonnerie
demande anglo-saxon
et la franc-maçonnerie française sera consommée,
puisqu'en 1877,
le Grand Orient de France, donc quasi
seule obédience à cette époque,
du moins la plus importante, va retirer
de ses statuts l'obligation de croire en
Dieu, et donc d'invoquer le grand architecte
de l'univers. Alors là,
vous vous rappelez, en Angleterre, la franc-maçonnerie
s'établit sur un modèle théiste,
l'idée d'un Dieu révélé,
donc de la Bible,
et c'est un priorité absolue.
Là, la France dit
non, non, non, la franc-maçonnerie, ce n'est pas ça,
il n'y a pas l'obligation de croire en Dieu,
vous êtes libres de vos croyances, vous êtes libres de croire,
de ne pas croire de tout ce que vous voulez.
Et là, c'est la rupture. La franc-maçonnerie
du monde anglo-saxon rompt
ses relations avec le Grand Orient de France
en disant, vous n'êtes pas réguliers,
vous n'êtes pas des francs-maçons, vous ne faites pas de la
franc-maçonnerie traditionnelle.
Alors, le Grand Orient de France, lui,
se dit totalement l'inverse, il dit non, non, non,
nous sommes des hommes libres de penser de tout ce que vous voulez,
etc. Au contraire, c'est nous qui sommes
réellement dans une véritable
franc-maçonnerie telle qu'elle était proposée
au début du XVIIIe siècle.
La fameuse première
Grande Loge de Londres et de Westminster.
Donc, il y a des retours de bâtons
perpétuels entre ces mouvances,
si l'on peut dire. Alors, de là,
il y aura une évolution très, très rapide en France,
ce sera la création d'une autre obédience,
donc la Grande Loge de France,
qui, elle, au contraire du Grand Orient, va se dire
non, non, non, nous, nous, on n'est pas
comme le Grand Orient, nous, on est réguliers,
on fait de la franc-maçon traditionnelle et on veut se rapprocher
des modèles anglo-saxons.
Il y aura également la création
de l'ordre maçonnique mixte du droit humain.
Donc, pour la première fois de l'histoire,
la franc-maçonnerie va
s'établir comme une société mixte
qui peut initier aussi bien les hommes
que les femmes. Même si, avant, il y avait eu
quelques cas de femmes initiées
avec le phénomène des loges
d'adoption, là, c'est vraiment une structure
maçonnique qui dit non, non, à égalité,
les hommes et les femmes sont initiés.
Pourquoi ? Eh bien, parce que dans la franc-maçonnerie
anglo-saxonne, les femmes ne sont
pas initiées, en l'occurrence, ce n'est pas
réglementaire, ce n'est pas traditionnel
dans la maçonnerie
de modèle anglo-saxon.
Alors là, à cette époque, la franc-maçonnerie
française est extrêmement
impliquée dans le débat politique
et clairement moteur
dans la
prise de pouvoir de ce qu'on va
appeler la troisième république en France.
La franc-maçonnerie devient mixte.
La franc-maçonnerie rejette la croyance
obligatoire en le grand architecte de l'univers
ou Dieu. Donc, on est sur
une franc-maçonnerie que, à ce stade, on va définir
sous un terme qui est celui de
adogmatique ou libérale, pour
la différencier du modèle anglo-saxon.
Tout simplement. Au début
du XXe siècle, en France,
une nouvelle obédience va se créer encore,
la Grande Loge Nationale Française,
ce n'est pas tout à fait son nom à l'origine,
et cette Grande Loge Nationale Française,
elle, se considère comme
régulière
et traditionnelle et va
obtenir la reconnaissance des Anglais.
C'est-à-dire qu'en gros, les Anglais disent
le Grand Orient, ce n'est pas vraiment des francs-maçons,
l'ordre du droit humain, ce n'est pas vraiment des francs-maçons,
vous, la petite obédience créée, vous fonctionnez
par rapport à la tradition, vous croyant
Dieu, la Bible est sur le sol des serments,
grand architecte de l'univers,
vous ne recevez pas les femmes, etc.
Donc, vous êtes comme nous, comme le modèle anglais.
C'est-à-dire une franc-maçonnerie
qu'on va connaître sous le terme
de traditionnelle ou symbolique.
Et là, vous voyez,
le débat d'une société
sociétale,
adogmatique, avec une franc-maçonnerie
traditionnelle et symbolique,
c'est un débat qui est très
franco-français, en réalité. Dans le monde
anglo-saxon, il y a quasiment une seule
franc-maçonnerie unique, traditionnelle,
qui croit en Dieu, etc.
Alors, poursuivons
notre aventure
et voyons un petit peu l'état, justement,
de la franc-maçonnerie dans le monde.
Tout d'abord, on estime que le nombre de francs-maçons
hommes et femmes confondus
s'élève, grosso-modo, à 2,6
millions de personnes.
Toutefois, il n'existe pas de statistiques officielles
et incontestables permettant de comptabiliser
précisément le nombre de loges
ou les effectifs
des obédiences maçonniques.
Précisons que le monde anglo-saxon
regroupe plus de deux tiers
des francs-maçons. Et à lui seul,
les États-Unis concentrent plus de la moitié
des effectifs mondiaux.
Alors, par rapport à ces histoires de
franc-maçonnerie traditionnelle
et franc-maçonnerie sociétale,
eh bien, d'après les chiffres,
on a environ 2,2
millions de personnes, de francs-maçons,
qui sont reconnus par la
Grande Loge Unie d'Angleterre,
sous-entendu qui pratiquent la maçonnerie
traditionnelle, qui
invoquent le grand architecte de l'univers,
qui croient en l'idée d'un dieu révélé,
donc une croyance de type
théiste, et qui orientent leur activité
sur le travail sur soi via les
symboles, la charité, la bienfaisance.
Et à l'inverse, vous avez à peu près
450 000 francs-maçons et francs-maçons
à travers le monde, qui ne sont pas
reconnus par la Grande Loge Unie d'Angleterre,
c'est-à-dire qui ne pratiquent pas cette franc-maçonnerie
dite traditionnelle.
Néanmoins,
ne sautons pas trop vite les étapes,
ces 450 000 francs-maçons et francs-maçons
ne sont pas tous dans une démarche
adogmatique ou libérale.
En réalité,
il y a de nombreuses obédiences
qui ont un fonctionnement traditionnel,
mais qui ne sont pas reconnues par la Grande Loge Unie d'Angleterre.
Pourquoi ?
Tout simplement parce que la Grande Loge Unie d'Angleterre,
modèle anglo-saxon,
ne reconnaît qu'une seule Grande Loge par
pays. Donc, évidemment,
toujours dans le cas spécifique de la France,
où il y a une quarantaine
d'obédiences, dont à peu près une dizaine
importantes numériquement,
il n'y en a qu'une seule qui est reconnue par la
Grande Loge Unie d'Angleterre parmi les traditionnelles.
Alors que d'autres
ont tous les critères de la franc-maçonnerie traditionnelle,
c'est-à-dire ne parlent pas de politique,
ne parlent pas de religion en loge,
et ne sont pas impliqués dans le combat social,
mais, pour X raisons historiques,
veulent entretenir des relations
avec les
obédiences adogmatiques et libérales.
Donc, de ce fait, elles ne sont pas reconnues
par les Anglais,
et vu que les Anglais n'en reconnaissent qu'une,
ça ne peut pas être le cas de tout le monde,
dû à des querelles de chapelles franco-françaises.
Dans ces 450 000
franc-maçons, franc-maçons,
qui ne sont pas reconnus par la
structure anglaise, vous pouvez considérer
que sensiblement la moitié
en réalité sont des
franc-maçons dans une démarche adogmatique
ou libérale, grosso modo.
Alors, pour refaire
finir un petit peu ce topo mondial,
la franc-maçonnerie est répartie de
façon inéquitable sur la planète.
Donc, on a à peu près 1 million,
presque 1 500 000 franc-maçons dans la
sphère anglo-saxonne,
avec le grand champion, les Etats-Unis,
avec près de 900 000 membres.
A noter quand même que ce nombre a divisé
par 4 au XXe siècle, donc il y a eu
beaucoup plus de francs-maçons par le passé.
Ensuite, évidemment, on a l'Angleterre,
avec 200 000 personnes, l'Écosse 150 000,
le Canada 100 000, etc.
Dans l'Europe non anglo-saxonne,
on va avoir la France
en grande championne, avec 160 à
180 000 francs-maçons, dont
grosso modo la moitié peuvent
être considérées comme adogmatiques ou libérales,
et 50 %
plutôt axés sur le
traditionnel et le symbolique.
Ensuite, vous avez l'Italie, la Belgique, la Norvège,
l'Allemagne, la Suède, etc.
Vous avez un autre pôle maçonnique
important en Amérique du Sud,
en Amérique non anglo-saxonne, si vous préférez,
avec notamment le Brésil, qui compte
160 000 francs-maçons ou
francs-maçons, et en gros 300 000
pour l'Amérique du Sud. Dans la sphère
asiatique, on s'aperçoit que la franc-maçonnerie
est très peu présente, avec
40 000 francs-maçons, francs-maçons à peu près,
dont 20 000 en Inde, héritage
des colonies anglaises,
et aussi des Philippines, avec
près de 17 000 membres. Donc,
il n'y a quasiment pas de francs-maçons dans les
autres pays, où c'est infini-décimal,
comme au Japon, où ils sont à peu près 1 000, etc.
Ensuite, dans le monde musulman,
il y a à peu près 20 000 francs-maçons,
et quasiment pas de francs-maçons, vous vous doutez,
dans le monde musulman,
avec près de 15 000 en Turquie,
donc la francs-maçonnerie est quasi-absente
de l'Asie et quasi-absente
du monde musulman.
Alors, maintenant, la question qui se pose
à ce stade, c'est, est-ce que
un nom générique,
celui de francs-maçonnerie,
est-il légitime pour tous ?
Est-ce que c'est légitime
que des francs-maçons
qui croient en Dieu, révélés,
qui ne parlent pas de politique, pas de religion,
et font uniquement des œuvres
de charité, de bienfaisance, et
du développement
personnel, sous une forme de spiritualité,
est-ce que c'est compatible
avec des gens qui, sous le même nom,
vont faire un travail sociétal, s'engager
dans le débat politique,
tenter de participer
à l'amélioration
de la société,
en première approche,
c'est-à-dire que le développement sur soi
est tout à fait possible, mais le premier sujet,
c'est néanmoins
l'enjeu sociétal,
si l'on peut dire. Donc, est-ce que c'est compatible
sous le même nom ?
Vaste sujet, évidemment,
chacun aura son point de vue sur la question,
et je vais d'ailleurs
tenter tout à l'heure de vous
présenter un petit peu les résultats du sondage.
Alors, du coup,
la question qu'on peut se poser, c'est donc,
la recherche d'ordre spirituel, de symbolisme
et de quête ésotérique,
fait-elle bon ménage avec les questions sociétales ?
Prenons un exemple historique.
En 1871, les francs-maçons parisiens
vont se joindre
au mouvement populaire de la commune de Paris.
Donc, c'est un mouvement politique marqué
à l'extrême gauche, et les francs-maçons vont être
actifs dans ce mouvement. Paradoxalement,
à côté, en face, vous avez une cérémonie
franc-maçonnique, donc une cérémonie d'élévation
à la maîtrise, qui rejoue la scène
théâtralisée de la mort, dira la mort
et la résurrection symbolique. Donc, c'est
un rite initiatique
qui a pour but de provoquer
un effet psychique, un effet métaphysique
sur le récipiendaire,
le candidat. Est-ce que
ces deux approches sont compatibles
entre elles, sous un nom unique ?
La question est posée.
Alors, pour vous montrer
un petit peu ce que représente
la franc-maçonnerie sociétale,
la franc-maçonnerie adogmatique ou libérale,
on va prendre quelques exemples
dans le Grand-Orient de France, avec
ce qu'ils appellent les questions à l'étude
des lois. Donc, tous les ans,
le Grand-Orient de France propose une liste des questions
à tous ses ateliers, qui est
une sorte de colonne vertébrale, la thématique
annuelle, on va dire, du Grand-Orient de France,
et je vais vous citer ces questions.
Alors, en 2021-2022,
c'était, en quoi la législation
de l'euthanasie active en France
serait-elle une avancée humaniste ?
Peut-on parler de laïcité sans parler de
religion ? Peut-on combattre les inégalités
sans questionner le rapport entre capital
et travail ? Pour un franc-maçon,
ce qui se passe au bout du monde est-il
aussi important que ce qui se passe au bout de la rue ?
Europe, levier
ou maillet pour la liberté de conscience ?
Les questions
pour les années 2023-2024 ?
L'abstention
aux élections ne fait que croître,
comment réconcilier les électeurs avec le fonctionnement
de la démocratie ? Le combat du franc-maçon
est-il seulement un combat d'idées ?
Si défendre la laïcité implique une attitude
ferme voire autoritaire, cela est-il compatible
avec les valeurs de tolérance que nous prenons ?
Les actions de désobéissance
civile sont-elles justifiables ?
Pour ne pas entrer dans un conflit
de l'eau entre les peuples et les groupes sociaux,
n'est-il pas temps que l'eau soit reconnue
comme bien commun ?
Pour poursuivre la construction européenne,
que faut-il transmettre à tous les citoyens
pour renforcer le sentiment d'appartenance ?
Alors là, dans ces questions,
on n'est pas du tout sur des sujets de nature ésotérique
ou spirituelle, on est sur des questions sociétales
qui sont de notre temps,
qui concernent plus ou moins tous les citoyens,
mais du coup,
l'archétype, c'est-à-dire le cœur,
la moelle, la structure
et les centres d'intérêt du Grand Orient de France,
pour citer en exemple,
c'est les questions sociales.
Les questions métaphysiques de l'existence
du divin, de l'existence de l'âme après la mort,
tout ça, ce n'est pas le centre de réflexion
du Grand Orient de France.
D'où, ce n'est pas la même chose que la franc-maçonnerie
de la Grande Loge Unie d'Angleterre, par exemple,
où les questions principales sont
l'existence de l'âme, le destin de l'homme,
la nature divine et tout ce que vous voulez.
Ce n'est pas le même sujet.
Est-ce légitime de porter le même nom ?
La question est posée encore une fois.
Alors, notons également
au-delà de cela,
qu'on peut observer un positionnement politique
ou idéologique
du Grand Orient de France.
On n'est pas du tout sur une structure
qui est absolument neutre.
Ce n'est pas du tout vrai.
Il y a quand même certains sujets
qui sont mis en avant.
Alors, bien évidemment, chacun est libre de ses paroles
et chacun pourra les exprimer de la façon,
mais il y a quand même une certaine forme d'orientation.
Je prends par exemple la question sur l'Europe.
Il y a l'idée que l'Europe, c'est plutôt quelque chose de positif
et la question, c'est comment on peut faire
comprendre cela aux personnes.
Je ne suis pas en train de vous dire si je suis pour
ou contre l'Europe. Ce n'est pas du tout le sujet.
Je dis juste que la franc-maçonnerie n'est pas
totalement neutre. Enfin, la franc-maçonnerie au Grand Orient
de France, avec cette question,
la formulation de la question n'est pas totalement neutre.
Or, en France,
les francs-maçonneries, les obédiences maçonniques
ont des sympathies politiques
plus ou moins marquées.
Par exemple, le Grand Orient de France
et l'ordre mixte intermédiaire des droits humains
sont plutôt politiquement marqués
à gauche. Inversement,
la Grande Loge Nationale Française et la Grande Loge de l'Alliance
Maçonnique Française sont des obédiences
plutôt marquées à droite.
La différence étant que les deux dernières,
la Grande Loge Nationale Française et la Grande Loge
de l'Alliance Maçonnique Française, sont des obédiences
dites traditionnelles, donc qui ne parlent
pas des sujets sociétaux
et pas de politique
et pas de religion. Alors qu'inversement,
le Grand Orient de France et le droit humain,
qui sont contre sympathie plutôt
pour les idées politiques de gauche,
sont des obédiences adogmatiques et libérales
qui sont impliquées dans le combat social.
Alors évidemment,
ceci, ce sont des généralités.
Il est évident qu'une personne ayant des sympathies politiques
de gauche peut se retrouver à la Grande Loge Nationale
de France et inversement, une personne avec
des sensibilités politiques de droite
peut se retrouver au droit humain
ou au Grand Orient de France. Ce sont des généralités.
Néanmoins,
il n'est pas rare que les obédiences
adogmatiques, Grand Orient de France, droit humain,
Grande Loge Mix Universelle, etc.,
fassent des communiqués, des pamphlets,
où elles s'immiscent
dans le débat politique en disant
voici une élection, nous
vous invitons à faire barrage à tel ou tel
parti politique, nous vous invitons à ne pas
voter pour tel ou tel candidat ou si ou ça,
donc il y a l'idée d'une prise de position,
donc un engagement politique,
ce qui n'est pas de la neutralité.
Encore une fois, ce n'est pas un jugement, c'est un
état d'observation que oui,
la franc-maçonnerie en France est un
acteur de la vie politique
puisqu'elle donne son opinion, tout simplement.
Et donc, le fait qu'il y ait
un certain nombre de membres, fait que
ces membres sont réceptifs
au positionnement et aux
communications de leur environnement,
bien entendu. Et vu,
vous l'aurez compris, c'est toujours le même débat,
la franc-maçonnerie est-elle du pouvoir ? Pas spécialement,
sauf que les gens qui la composent
peuvent potentiellement en avoir
et donc provoquer une certaine influence.
Alors dans le côté, les obédiences
traditionnelles, elles ne donnent pas de consignes,
elles ne s'impliquent pas dans le débat social
et de ce fait, ne vont pas faire la promotion
ou l'interdiction de telle ou telle posture
dans la société. Ce qui ne veut pas
dire que ces membres n'ont pas des convictions
et n'ont pas tout autant d'opinions diverses
et variées que dans les autres obédiences.
La différence est que vu qu'il n'y a pas
une expression globale, on ne peut pas
les accuser de porter une influence
directement sur
la société ou la politique.
C'est là que se place la distinction
entre les deux. Et d'ailleurs,
c'est leur objectif de ne pas
intervenir et inversement,
les autres, comme le Grand Orient et le droit
humain et d'autres, c'est leur objectif
d'intervenir concrètement.
Donc en fait, ils sont tous
raccords par rapport à
leur conviction et leur position. Et ça qui est très
important. D'où le débat de savoir
si le même nom est compatible pour définir
des choses radicalement différentes
en fait, tout simplement.
Alors, on pourra encore,
enfin oui, on va tout d'abord
poser la question directement aux francs-maçons.
Pour eux, le travail sociétal
et symbolique est-il compatible sous
l'appellation unique de franc-maçonnerie ?
Vous avez été 65% à me répondre
oui et 35% à me répondre
non. Je cite
Pour moi, sociétal et symbolique
ne sont pas compatibles. Le sociétal
n'a pas sa place en franc-maçonnerie.
Donc là, on est sur la ligne de la Grande Loge
Unie d'Angleterre, la franc-maçonnerie dite traditionnelle.
La franc-maçonnerie que je
vis, que je pratique
est initiatique et symbolique. Je pense que
le sociétal n'a rien à y faire, même
si je respecte et comprends d'autres
obédiences, ce n'est pas ma
maçonnerie. Donc là, c'est Oritimulation
qui est encore dans la sphère
plutôt anglo-saxonne.
De fait, car il existe, mais
un adjectif devrait toujours suivre le mot
franc-maçonnerie, à mon sens, de quelqu'un O.R.E.
Oui, je pense que le sociétal
découle de nos réflexions intérieures
et de notre envie d'être meilleur. O.R.E. 2a
Si le travail sociétal
et symbolique est abordé d'un point de vue ésotérique,
oui, au rite ancien et primitif
de Memphis, Israël. Donc là, vous voyez des débats
assez partagés. Les gens
dans la majorité, 65%
disent oui, en gros, la franc-maçonnerie
est un nom qui peut être compatible pour des choses
radicalement différentes, mais on a quand même 35%
des gens qui disent bah non, moi j'ai
pas envie qu'on m'associe au Grand Or de France,
ou inversement, j'ai pas envie qu'on m'associe
à la Grande Loge Nationale Française. Donc, des débats
de point de vue sur la
nature, en fait, même de la franc-maçonnerie,
certains vont vous dire, oui c'est compatible
puisque la franc-maçonnerie est multiple depuis
son origine et aborde différents
visages, elle est plurielle,
et les noms sont légitimes par l'histoire, et d'autres
vont dire non, la franc-maçonnerie à l'origine c'était ça,
et donc tout ce qui est différent
n'est pas de la franc-maçonnerie, ça ne devrait pas porter
le même nom. D'où la question,
qu'est-ce qu'était la franc-maçonnerie à l'origine ?
Vous voyez l'idée. Alors maintenant,
pour tenter d'y voir plus clair, nous allons entrer
dans la deuxième partie et nous allons observer
les faits. Quel est
le rôle réel de la franc-maçonnerie
dans l'histoire ? Quel est son impact sur
la politique, son impact sur la société ?
Et donc toujours la même question,
quelle est la véritable nature de la
franc-maçonnerie ? Est-ce
un club de réflexion spirituelle et
philosophique, ou est-ce que dès l'origine
c'est un club à portée politique
et qui était engagé
et impliqué dans le combat social ?
C'est ce que nous allons
voir dans la suite de cette enquête.
Alors tout d'abord, posons la question.
A l'origine, est-ce que la franc-maçonnerie
était déjà, à son commencement, un club
de réflexion politique ? Est-ce qu'il y a des
éléments dans ces textes, dans les
documents qui nous sont parvenus, qui attesteraient
de ce type de réflexion
au sein de l'institution maçonnique ?
Ensuite, on parlera
du rôle de la franc-maçonnerie dans les révolutions
américaines, françaises,
mais également quelques autres. Puis nous poursuivrons
avec un cas franco-français, encore
une fois, le rôle de la maçonnerie
au sein de la troisième république.
Ensuite, nous parlerons du monde
selon la franc-maçonnerie, ou
plus précisément, comment la franc-maçonnerie
conçoit le monde et l'évolution de
l'humanité. Et là rejoindra les
théories qui accusent les francs-maçons de vouloir
créer un nouvel ordre mondial, mais
nous tenterons de faire la part des choses entre le mythe
et la réalité. Allez, au final,
pour conclure cette deuxième partie,
qu'en est-il aujourd'hui ? Est-ce que la franc-maçonnerie
a toujours du pouvoir ?
Et bien, c'est ce que nous allons voir.
Alors, commençons avec le début.
La franc-maçonnerie est-elle un club de réflexion
politique ? Et bien,
le plus simple, c'est d'aller directement
consulter les textes et voir,
grosso modo,
qu'est-ce qui était permis de faire
et qu'est-ce qui n'était pas permis.
Alors,
tout d'abord, c'est l'interdiction des discussions politiques
en loge, que l'on va retrouver
dans les textes fondateurs...
