Syrie : la communauté alaouite dans la crainte après la chute de Bachar al-Assad • RFI

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97 Vues de vidéo·30 déc. 2024
Bonjour madame Charlotte Drak et bonjour à tous.
La communauté halaouite a manifesté parce qu'elle craint d'être prise pour cible par le gouvernement intermédiaire.
Alors j'ai des questions.
Les halaouites sont-ils réellement menacés par le nouveau régime syrien ?
Alors, la communauté halaouite, c'est un courant dissident du chiisme dont est issu le président déchu.
On est en ligne pour vous répondre avec Thomas Piret, chargé de recherche à l'Institut de recherche et d'études sur les mondes arabes et musulmans, spécialiste de la Syrie.
Merci d'être avec nous.
Est-ce qu'il y a effectivement, comme le demande notre auditeur, des règlements de comptes généralisés contre les halaouites depuis la chute du régime de Bachar el-Assad ?
Oui, bonjour. On ne peut pas encore parler de règlements de comptes généralisés.
Je dirais qu'il n'y a pas une politique délibérée du pouvoir central, du nouveau pouvoir central à Damas, de s'en prendre aux halaouites.
Notamment parce que ce nouveau pouvoir central a bien besoin de toutes ses forces armées pour imposer son contrôle sur l'ensemble du territoire syrien, ce qui n'est pas vraiment une mince affaire.
Néanmoins, on a eu des incidents émanant, surtout de combattants à titre individuel, de combattants de nouvelles forces armées,
ou même parfois de simples citoyens armés qui cherchent à se venger de ce qu'ils ont pu subir sous l'ancien régime en s'en prenant à des halaouites de manière indiscriminée.
Il y a un autre problème qui est que dans les régions halaouites, qui sont les montagnes de la côte méditerranéenne, se sont réfugiés des milliers de combattants de l'ancien régime,
et il y a des opérations de ratlissage menées en ce moment par les forces armées du nouveau pouvoir.
– Oui, 300 arrestations en quelques jours, disait hier l'Observatoire syrien des droits de l'homme.
– Oui, donc pour mettre la main sur ces éléments, et en particulier sur les anciens officiers qui ont beaucoup de sang sur les mains pour certains d'entre eux,
il y a déjà eu des embuscades qui ont été menées par des éléments armés contre des forces de l'ordre,
et on peut craindre dans ces circonstances de se mettre en place tout simplement une dynamique d'insurrection et de contre-insurrection,
donc d'attaques contre les forces armées et de réponses qui pourraient être dans certains cas discriminées et touchées au-delà des éléments armés qui ont mené ces embuscades.
– Oui, donc des inquiétudes. Adam, vous avez une autre question ?
– Le gouvernement interneur accuse l'Iran d'attiser la paix au sein de la communauté halawite.
– Thomas Pierret, est-ce qu'il y a un rôle de l'Iran qui était un soutien historique de l'ancien régime ?
– Oui, dans les premiers jours après la chute d'Assad, l'Iran, ou en tout cas certains responsables iraniens, notamment des diplomates, ont réagi de manière assez pondérée.
On avait l'impression qu'il y avait une volonté de s'adapter à la nouvelle situation et d'essayer d'en tirer le meilleur parti possible.
Et puis, certains responsables iraniens, y compris le guide Ali Khamenei, ont tenu des propos ouvertement hostiles au nouveau pouvoir à Damas,
annonçant même son prochain renversement par une nouvelle révolution, etc.
Et donc, il est assez logique de penser que ce discours va s'adresser principalement à des communautés où on trouve un nombre important de nostalgiques de l'ancien régime.
Et bien sûr, on pense ici aux Alaouites, puisque le régime y recrutait la plupart des cadres de son armée, de ses services de renseignement.
Je pense que pour l'Iran, ce n'est pas réellement une stratégie au sens rationnel du terme.
C'est-à-dire qu'il n'y a absolument aucune chance, je pense, que ces appels réussissent à convaincre beaucoup de monde
et à amener un retournement de situation qui ramènerait des éléments d'ancien régime au pouvoir.
Je pense que pour l'Iran, c'est plutôt une manière d'envoyer un signal à ses alliés régionaux, notamment en Irak et au Yémen,
qui est une manière de dire qu'on n'abandonne pas les anciens amis, même quand le vent a tourné.
