Le buffle contre le lion - Chronique de l'Afrique Sauvage | Pierre Arditi | Documentaire - BF

Animaux du monde
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52 Vues de vidéo·14 déc. 2024
La série a pour décor la réserve nationale de Masaï Mara au Kenya, où trois millions d'animaux sauvages nous offrent le plus beau spectacle du monde.
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Tempêtes, naissances, conflits de territoires, sécheresses, irruption d'un prédateur de passage, migrations, etc. constituent au jour le jour le point de départ de ces chroniques.
Titre : Chronique de l'Afrique Sauvage
Un film de Laurent Frapat
Droits réservés © Banijay France
Dans la plaine où vivent les damalisques,
grandes antilopes que l'on nomme aussi topies,
un événement va se produire.
Une femelle énervée marche de long en large.
Elle se nomme Kinny.
Ses flancs tressaillent.
L'animal cherche à se protéger d'une introuvable démangeaison.
Sa tête va à droite puis à gauche.
Kinny est une jeune antilope.
Elle ignore ce qui lui arrive.
Depuis huit mois, sans qu'elle le sache,
une vie est née en elle
et va éclore aujourd'hui.
Alors Kinny attend les événements
et comme on se laisse porter par un flot,
s'abandonne à son instinct.
Kinny se contentera d'obéir à son corps.
Elle se couchera, se lèvera
et se conformera à chacun de ses ordres,
actrice et spectatrice silencieuse de son propre destin.
En quelques secondes naîtra le premier enfant de Kinny.
Il se nommera Tinga
et n'aura que quelques minutes pour se tenir debout
avant qu'un prédateur ne risque de survenir.
Quelques minutes pour survivre.
Un instant.
Une éternité.
En les avalant, la mère débarrasse le bébé des résidus du placenta
et par la même occasion ingère des éléments
qui lui seront utiles pour restaurer ses propres forces.
Sous le regard de sa mère,
le moment est venu pour Tinga de se tenir debout.
Première leçon de vie.
Peut-être la plus dure.
L'exercice auquel cessait Tinga
est pour l'instant au-dessus de ses forces.
Malhabile,
il tangue et titube.
Mais sa maladresse disparaîtra vite.
Kinny aide et stimule son enfant.
Il lui faudra ensuite, un peu anxieuse,
le guider vers la mamelle qui l'attend.
Et donc seul,
il ne trouverait peut-être pas le chemin.
Tinga a su se lever.
Il a réussi à marcher
et son système intestinal fonctionne.
Tinga est un bébé fait pour vivre.
Quand on a fourni de si grands efforts en si peu de temps
et vécu autant d'émotions qu'en plusieurs vies,
on n'aspire plus qu'à une chose,
se replonger dans le sommeil amniotique
auquel on vient d'être arrêté.
Le Kigelia, aussi appelé arbre à saucisses,
est l'un des plus singuliers de la savane.
Ses fruits, parfois longs d'un mètre,
pendent de longues tiges
et ressemblent à des saucisses grises.
Or, dans un Kigelia perché,
le léopard se prépare à ouvrir le ventre
d'une gazelle de Thompson.
La gazelle a été hissée à la suite d'une chasse
car le léopard prend généralement ses repas en altitude,
là où il sait ne pouvoir être dérangé par les importuns.
Il peut arriver que le léopard entame sa proie
sur les branches basses de l'arbre
afin de la trouver allégée lorsqu'il s'agira de la portée plus haut.
Parfois, la carcasse aura été préalablement éviscérée
et les entrailles enfouies dans le sol.
Dans l'arbre, le but de la manœuvre
est de constituer un garde-manger
utilisable chaque fois que la faim se fera sentir,
hors de portée des hyènes et des chacals.
Et l'on finit ainsi par trouver dans la savane des arbres
pourtant moins de fruits que de charangues séchées au soleil.
Pour le moment, c'est avec quelques difficultés
que le léopard tente d'arrimer la carcasse
pour la dévorer en toute tranquillité.
Son repas terminé, le léopard abandonne sa proie
à laquelle il reviendra plus tard.
C'est le temps du repos que l'on prend sur la fourche de deux branches,
les membres pendants.
Et puis le léopard arpente les branches de l'arbre
sur lesquelles il a élu domicile.
Du haut de son promontoire,
si un herbivore passait sans le voir ni le sentir,
il lui sauterait au garrot.
Il ne négligerait pas non plus une telle occasion
s'il s'agissait d'un homme.
Le léopard se montre plus souvent anthropophage que le lion.
Six mois pour se hisser sur des échasses d'un mètre de haut.
Nés en juin, les jeunes grues couronnées ont grandi vite,
mais ne se partent encore que de couleurs plus délavées
que celles des adultes.
Depuis deux mois, elles savent voler,
mais il leur faudra un an et demi de plus pour devenir adultes.
Leur mère ne s'éloigne guère
et toute la famille s'alimente dans les mêmes marigots
ou pullules en cette saison, crustacés et petites grenouilles.
Bien que la grues couronnée pratique un mode de vie
principalement terrestre et sédentaire,
elle est aussi capable d'envols majestueux.
Tant qu'ils ne sont pas adultes,
la mère accompagne ses enfants.
Dans l'arbre à saucisses où se tenait ce matin un léopard,
un jeune lion a découvert un trésor à piller.
Une carcasse d'impalas à peine entamée.
Ravi de l'aubaine, mais trop maladroit sur l'arbre
pour y consommer son repas séance tenante,
l'animal décide de ramener à terre sa trouvaille.
Il serait facile de faire simplement tomber le butin au sol,
mais qui sait à quel brigand de passage il pourrait alors profiter.
Le lion ne lâchera pas le produit de son larcin.
Mais il lui faudra exécuter sa descente en acrobate,
et mieux, en cascadeur.
La nuit est tombée qui rend la savane plus périlleuse.
Sous la lueur de la pleine lune,
chaque flaque d'ombre peut dissimuler un danger.
La mort se tient prête à surgir de partout.
La disette transforme en proie des animaux qui, en temps normal,
n'auraient éveillé aucun appétit.
La nuit décupe les risques.
Du paisible éléphant à la girafe en éveil.
Chacun se tient sur le qui-vive.
Il se déplace avec vélocité.
Chaque nuit, juché sur des jambes semblables à celles d'un petit kangourou,
le lièvre sauteur peut parcourir jusqu'à 30 km.
En période de saison sèche,
c'est en partant à la recherche de points d'eau
qu'il franchit ses distances impressionnantes.
Le lièvre sauteur, qu'il ne faut pas confondre avec un écureuil,
est un animal nocturne.
Exclusivement végétarien, il se nourrit de bulbes, de racines et de grains.
Mais sa particularité principale réside dans la puissante
conformation de ses membres inférieurs,
qui lui permet des sauts de plusieurs mètres.
Cette nuit, la route du lièvre sauteur passera sous la demeure du galago,
petit primate arboricole aux grands yeux adaptés à la vision nocturne.
La vigilance du galago est toujours en éveil.
Les périls de la nuit sont partout
et pourraient s'incarner à ses dépens en cette genette,
gracieuse mais éminemment inoffensive.
La genette dispose elle aussi d'une vision nocturne parfaite
qui lui permet de capturer des proies
dont elle ne dévore que la tête et le poitrail.
De la pénombre surgit l'une des plus petites antilopes,
le gracieux dik-dik.
L'alimentation du dik-dik doit couvrir ses besoins en eau.
C'est pourquoi le minuscule animal s'active la nuit
au moment où les végétaux absorbent l'humidité ambiante.
Dans la nuit de tous les dangers,
seuls les puissants peuvent s'offrir quelques heures de somnolence.
Le clan de Wambalalion, affaibli par la faim,
économise ses forces en attendant qu'à l'aube,
peut-être, la chance se retourne en faveur des chasseurs.
Les hippopotames profitent de la fraîcheur de la nuit
pour se diriger vers leur pâturage
où chacun d'eux engloutira environ 40 kg d'herbe,
ce qui peut produire un effet de désherbage dévastateur.
Un léopard affamé a repéré sur la branche d'un arbre
une vieille carcasse de gazelle.
Il ne reste sur les eaux que quelques parcelles
d'une viande boucanée par le temps,
mais la famine n'autorise guère à se montrer difficile.
Tendue, vibrante et vénéneuse,
ainsi avance la nuit traversée d'ombre et de lumière
dans la grande plaine du Maasai Mara.
Demain, le soleil brillera de nouveau
et la terre renaîtra dans les couleurs du soleil.
Un brin d'herbe, une goutte qui frissonne.
Cela s'appelle le matin.
L'araignée déguste son repas
lorsqu'une mouche vient se prendre au piège.
La chasseresse enveloppe alors ses victuailles
dans un paquet de fils de soie.
Elle se précipite vers la nouvelle arrivante.
Il existe au pays des grands fauves de petits fauves
et tout un univers miniature
où pourtant, d'une aile diaprée aux moirures d'un oeil à facette,
tout semble n'être que fraîcheur et couleur.
Se confondant presque avec son milieu,
une lycose ou araignée loup
a décidé d'en découdre avec une de ses semblables.
En un fragment de seconde, la tueuse, car c'en est une,
a renversé sa victime et se jette sur elle.
Lancée vers l'avant comme deux pioches,
l'écrou appelé chélissère
s'enfonce dans la chair pour inoculer le velin.
La proie est morte et la lycose en écarte un instant,
temple la situation de ses yeux au nombre de huit,
quatre gros et quatre petits,
puis revient sur sa congénère.
La nature dicte ses nécessités aux arachnidés
et aux insectes aussi bien qu'aux grands mammifères de la savane.
En cas de compétition, un seul doit survivre,
qui sera toujours le plus fort.
Les buffles, plus sédentaires qu'eux,
n'ont pas migré en même temps que les gnous.
Deux taureaux de force équivalente s'observent, se côtoient, se contournent.
Ce sont les signes avant-coureurs d'un combat.
Comme tous les jeunes mâles, ils se sont livrés la guerre à des luttes rituelles
par lesquelles l'individu s'affirme dans le groupe.
Mais ici, le combat sera réel
et nous allons assister à un festival de comportements agressifs.
Le premier signe de défi consiste à se frotter les cornes et le front sur un tronc d'arbre.
L'adversaire fait monter la pression
en utilisant sa corne et son sabot pour soulever la terre.
Il s'agenouille pour frotter son cou sur le sol.
Cette attitude est l'un des signes les plus ostentatoires de l'agressivité.
Le combat peut enfin commencer.
L'un des protagonistes s'est fait déchirer l'oreille.
Les combattants poursuivent une stratégie d'intimidation
fondée sur des mouvements de la tête du bas vers le haut.
Le combat n'est pas terminé.
Il peut parfois aller jusqu'à la mort
et il arrive que deux buffles ne parviennent pas à se séparer.
On retrouve alors sur le sol leur squelette aux cornes entremêlées.
L'animal dont la dernière charge a été la plus puissante
croit pouvoir disposer librement du terrain
et occuper la flaque de boue située à proximité.
Hélas pour lui, son rival voulait précisément s'installer dans cette mare.
Peu à peu, les deux animaux se calment
et trouvent un terrain d'entente qui consiste en deux mares séparées.
L'histoire du damant mérite d'être contée
car ce petit animal est le plus proche parent de l'éléphant.
Il ressemble à un rongeur mais appartient en réalité à la famille des ongulés.
Un cousinage des extrêmes relie l'éléphant au damant grâce à des ancêtres communs.
On a retrouvé des squelettes de damant fossiles de la même taille qu'un buffle.
Le damant vit principalement sur les rochers
où il peut réguler sa température par de longs bains de soleil
et dans les arbres où il peut se nourrir de feuilles et de fruits.
Des rapaces tels que l'aigle de Véro sont les principaux prédateurs du damant.
C'est pourquoi celui-ci a développé une troisième paupière
appelée membrane nictitante.
Cette membrane tignote en cas de trop grande luminosité
et permet à cet humble petit animal de regarder le soleil en face
sans risquer l'aveuglement.
Un nouveau groupe de lions venus du sud est arrivé ce matin dans la plaine.
Ils ont croisé et tué dans le sillage des gnous qui regagnaient le Serengeti
des proies en abondance.
Ils n'ont pas encore connu la disette cette année.
C'est pourquoi contrairement à Wamba la lionne et à son clan,
leur vigueur reste inentamée.
Ils sont prêts à tuer encore.
Ils en ont la force.
En tête du groupe marche une lionne qui n'ignore pas qu'ici
elle transgresse le territoire d'autrui.
Elle est prête à défier ce dont elle usurpe la terre
s'ils osent l'affronter.
S'étant approprié le terrain, la souveraine a souciant de choisir présent son combat.
Ce sera la chasse.
L'indolence des buffles les a perdus
et comme il est de règle c'est le plus jeune et le plus faible d'entre eux qui en payent le prix.
Alors que la victime prise à la gorge tarde à mourir,
une deuxième lionne s'approche,
avide d'enfoncer ses crocs dans le cuir du jeune animal.
Une troisième femelle célèbre avec une de ses niestes le succès de la chasse.
Pendant ce temps on s'affaire autour de la dépouille du buffle toujours vivant.
Pendant l'agonie les membres du clan attendent
en s'occupant à ces mille rites sociaux par lesquels se soude la solidarité du groupe.
Jeux, frottements, pirouettes.
Les bébés jusque là restés à l'écart viennent se joindre aux adultes
et partager leur liesse.
Enfin à bout de souffle,
vidé de toute volonté de vivre le jeune buffle,
se décide à mourir.
Et la lionne relâche sa longue, sa si longue étreinte.
Ni elle ni ses soeurs ne sont affamées au point de se ruer vers la carcasse.
Les civilités d'usage seront donc accomplies avant le festin.
Non loin du conflit territorial qui couvre,
la plus grande antilope du monde,
l'élande,
va qu'à ses occupations.
L'élande du cap se reconnaît à ses cornes torsadées,
à sa robe caractéristique
et aux fanons qui pendent sous son cou.
La chaleur est écrasante,
heureusement l'élande du cap partage avec le dik-dik
un extraordinaire système de régulation thermique.
Quand la température ambiante monte au-dessus de 40 degrés,
la température corporelle de l'animal
passe de 34 à plus de 41 degrés,
ce à quoi succomberait la plupart des autres mammifères.
Mais l'élande du cap dispose, à la base du cerveau,
d'un réseau sanguin qui se refroidit au contact des muqueuses nasales.
Le allaitement passe alors de 30 à 300 inspirations par minute.
Ainsi le cerveau se maintient-il toujours à une température normale ?
Malgré la lourdeur de son apparence,
l'élande du cap est capable de trotter ou de galoper avec grâce.
Il peut exécuter, comme l'impala, des bonds de plus de 2,50 m.
L'élande met ses aptitudes au service d'une inassable propension au nomadisme.
Alerté par le cri d'un grand mâle étranger,
Wamba et son clan s'approchent de lui.
Le grand mâle n'est pas seul.
Mené par deux liones, toute une troupe l'accompagne.
Ils arrivent du sud.
Leur itinéraire a croisé celui des gnous.
La chance est leur allié qui fait route avec eux.
La lionne borne se retourne un instant et observe les usurpatrices
à qui elle laissera la place.
Wamba est fatiguée, elle ne veut pas se battre.
Bien que le clan du sud ne soit pas ici chez lui,
il continuera de progresser.
Sans entrave.
Wamba n'abdique pas, mais elle a lassitude à anesthésier son orgueil.
Plus tard, elle reviendra et retrouvera sur son chemin le clan du sud.
Alors, la savane entendra résonner le cri du plus fort.
Dans la savane, certains nouveaux-nés, comme les gnous,
doivent savoir marcher, s'associer à leur groupe
et fuir des prédateurs dès leurs premiers instants de vie.
Il n'en est pas ainsi, par exemple, chez la gazelle de Thompson.
La mère adopte une stratégie qui consiste
à dissimuler son enfant pendant les deux premières semaines.
Pour éviter de le faire repérer,
elle ne passe avec lui que le temps nécessaire à l'allaitement.
Le reste de la journée, la jeune gazelle de Thompson
reste couchée et immobile.
Difficile à détecter pendant cette période.
Aucune odeur n'est manquée.
Voici quatre semaines qui nie l'antilope d'Amalisque
a pour la première fois mis au monde un bébé.
Aujourd'hui, Tinga goûte le confort de ce lien maternel
dont les jeunes d'Amalisque ne peuvent profiter que pendant un an.
De cette femelle qui n'est pas sa mère et qu'il semble confondre avec elle,
Tinga s'approche trop.
Il s'est fait éconduire sans ménagement
et préfère s'en aller méditer ailleurs
sur l'exclusivité de l'affection filiale.
En Afrique, aucun herbivore ne peut prétendre à la sérénité.
Alors que rien ne semblait pouvoir atteindre leur plénitude,
une jeune lionne appartenant au clan de Wamba-la-Borne
s'élance vers les d'Amalisque.
La lionne a repéré Tinga et part à sa poursuite.
Tinga change brusquement de cap dans l'espoir de dérouter la lionne.
Le stratagème fonctionne, mais l'ennemi comble son retard.
Tinga accélère à son tour. Derrière lui, la lionne se fatigue.
Soudain jaillit Wamba.
Face à elle, le jeune d'Amalisque n'est plus rien
qu'un souffle de vie qui s'épuise en une course inutile.
La vie de Tinga n'aura duré qu'un mois.
Pour le clan de Wamba, c'est la première victoire depuis plusieurs jours.
Aussi la proie est-elle disputée comme un trophée.
On se l'arrache, mais dans la confusion qui s'ensuit,
Kitok, un lion appartenant au clan du sud, dérobe le butin.
Wamba se tourne vers les enfants qui sont parvenus à détourner un lambeau de viande,
tandis que Kitok s'éloigne.
Désemparé, Wamba tente sous le regard de son rival de rassembler ses troupes,
mais seuls ses enfants l'entendent et se rallient à elle.
Retiré sous le couvert d'un buisson, le pirate dévore le corps de Tinga.
S'il avait fait partie du groupe de Wamba, même chassé par la lionne,
le jeune d'Amalisque lui serait revenu de droit,
mais Kitok appartient au clan des usurpateurs
et, pour Wamba et les siens, à la frustration.
S'ajoute l'humiliation.
Tenaillés par la faim, stimulés par le sentiment de l'injustice dont ils sont victimes,
les enfants de Wamba s'approchent.
Kitok s'énerve.
Les lionceaux persistent dans leur témérité.
Agacé, le lion s'en va festoyer plus loin,
entraînant derrière lui un jeune téméraire accroché à la viande.
Pour le clan de Wamba, la place est libre,
même s'il n'y reste plus que quelques traces de sang à lécher
pour se donner l'illusion qu'on a participé au repas.
Du jeune d'Amalisque mort, le lion ne laissera rien,
pas même un bout de sabot.
Et, de nouveau, les enfants de Wamba surgissent,
avec l'inconscience de ceux qui, n'ayant pas eu l'occasion de les mesurer autrement qu'en jouant,
surestiment leur force.
À ce jeu-là, ils ne gagneront pas.
Kitok le sait, qui vient de briser la boîte crânienne de Tinga et dévore son cerveau.
Face à lui, la petite meute, adolescente, qui s'agglutine en formation guerrière,
le perturbe plus qu'elle ne le menace.
Une viande agresse le lion, mais c'est par exaspération et non par crainte que Kitok se retire,
toute faim assouvie.
Les lionceaux pourront s'attribuer une gloire fallacieuse
et croire que, de leur griffe, ils ont défait l'ennemi.
C'est au tour de Wamba d'aller se quereller avec le voleur.
Et pour bien signifier qu'elle est ici chez elle,
elle renforce son marquage territorial avant de retrouver les lionceaux.
Kitok s'éloigne, satisfait de son repas,
tandis que Wamba se console avec ses enfants,
de la malchance qui les poursuit.
Kitok s'en va, mais il reviendra plus tard,
avec son clan au grand complet.
Une guerre vient de commencer sans que Wamba s'en doute,
dont l'enjeu est son territoire.
Le territoire est la patrie des lions.
Parfois, il leur faut le défendre, au péril de leur vie.
Wamba la borgne, Wamba la guerrière, Wamba la nourrice,
devra bientôt risquer la sienne.
