L'exode informationnel : entre désamour, défiance et saturation
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TV5MONDE Info
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7 Vues de vidéo·31 déc. 2024
C'est une tendance de fond depuis quelques années maintenant. De plus en plus de français se détournent et se déconnectent de l'information.
Trop de médias, un ras-le-bol du buzz permanent, voire une défiance envers les journalistes.
On va essayer de comprendre pourquoi ce constat, mis en avant par une publication de la Fondation Jean Jaurès.
Nous verrons ici, nous essayons de comprendre comment est-ce qu'on pourrait réussir à réconcilier les français avec ces médias d'information.
Pour en parler avec nous, Guénael Go, vous êtes l'une des autrices de cette étude. Merci d'être avec nous.
Et puis également Alexandra Morer, vous êtes directrice académique du réseau Canopée à La Réunion.
On va comprendre dans un instant pourquoi on a voulu vous avoir également dans ce grand entendre.
Mais je commence avec vous, Guénael Go, concernant cette étude à laquelle vous avez participé.
Cette étude, vous l'avez appelée le grand exode informationnel des français. Vous dites, en gros, les français sont fatigués de l'information. C'est bien cela ?
Oui, c'est ça. En fait, c'est ce qu'on disait il y a deux ans. Il y a deux ans, on avait voulu objectiver un certain nombre...
Justement, ce sentiment qu'on a appelé depuis la fatigue informationnelle. Et pour ça, on utilisait un certain nombre de questions.
On a mené l'enquête à l'Obsoco avec Arte et la Fondation Jean Jaurès. Et en fait, on a objectivé ça il y a deux ans en utilisant toute une batterie de questions
qui venait aussi des travaux d'Edgar Morin sur le nuage informationnel. Et on a constaté cette fatigue informationnelle.
Et on a constaté qu'elle concernait plus d'un français sur deux. Mais deux ans plus tard, ce qu'on voit, c'est que non seulement la fatigue ne baisse pas,
mais en plus, tout un tas d'autres indicateurs montrent qu'effectivement, le rapport des français à l'information peut être vu sous ce mot qui est assez fort,
mais qu'on assume complètement, d'exode informationnel. Il se retire progressivement de l'information.
Alors Guédelgo, comment est-ce qu'on peut l'expliquer ?
Alors la fatigue, en fait, on l'explique par plusieurs choses. C'est à la fois le sentiment d'être pris dans un flux d'informations et souvent un flux des mêmes informations.
C'est le fait, dans ce flux, de ne plus être en mesure de hiérarchiser les informations qui sont importantes.
Le fait qu'une information chasse l'autre et que finalement on se demande quel est l'intérêt dans ce flux-là.
Donc en fait, c'est ça à ressentir et ça crée et ça génère une forme de stress.
Ça crée aussi une forme d'un sentiment d'impuissance, de vulnérabilité, en fait.
Et tout ça est assez délétère au plan individuel. Ça l'est aussi, on en reparlera peut-être, mais au plan collectif.
Après, il y a plusieurs implications à ça, évidemment.
Guédelgo, certains, j'imagine, délaissent les médias traditionnels pour aller chercher l'information sur Internet et sur les réseaux sociaux.
Sauf que là, on est d'accord, on peut trouver tout et n'importe quoi. J'imagine que c'est difficile pour eux aussi ensuite de faire le tri.
Oui, voilà. Et c'est aussi ce que nous dit plus d'un Français sur deux, c'est-à-dire qu'ils ont du mal à savoir si une information est véridique ou pas.
Ce qui remet en cause vraiment le statut même d'une information qui, justement, ne devrait pas être amenée à être remise en question.
Mais là, on voit à la fois cette difficulté-là et puis on voit aussi, de l'autre côté, pour certains, une contention à aller chercher, justement, de l'information alternative.
Qui, là, est encore autre chose. Là, on voit qu'il y a 26% dans notre enquête des enquêtés qui sont assez perméables à ce que l'on appelle, justement, l'alter-information ou les théories du complot, par exemple.
Guédelgo, restez avec nous. On va aller voir Alexandra Morer parce que ça va être intéressant de voir quelles solutions, notamment pour la jeune génération.
Je rappelle, vous êtes directrice académique du réseau Canopée à La Réunion. Mais le réseau Canopée, c'est dans toute la France.
C'est un réseau qui forme les enseignants pour mettre en place des ateliers d'éducation aux médias au sein des établissements scolaires.
Alexandra Morer, l'éducation aux médias, c'est justement là. Elle commence à l'école, selon vous ?
Bien sûr, elle commence à l'école. Et en plus, ce qui est intéressant, c'est de voir qu'elle a maintenant un programme qui permet, justement, de la classe de CE1 à la classe de terminal,
d'avoir des entrées très précises, notamment par cet enseignement moral et civique. Donc on a comme ça pour chacun des niveaux des possibilités d'intervention
auprès des élèves. Nous, à Réseau Canopée, on est plus sur le volet de formation des enseignants. Mais on a pu devancer cette partie-là en proposant des formations sur ces thématiques.
Alexandra Morer, comment s'informent actuellement les jeunes ? C'est quoi les remontées du terrain que vous avez, justement ?
Alors, ce qui a été évoqué juste à l'instant, c'est l'entrée vers l'information. Elle se fait par les réseaux sociaux. Après, une fois qu'on a dit ça, on a dit beaucoup et pas tout complètement
parce que les médias traditionnels sont aussi présents sur les réseaux sociaux. Donc c'est très nuancé et c'est justement toutes ces nuances qu'il convient d'avoir à l'esprit et de pouvoir introduire dans les formations.
Et comment on peut faire, justement, concrètement, comment les professeurs qui sont formés font pour justement leur redonner foi en l'information et dans les médias traditionnels ?
Un des éléments importants par la mise en place de ce programme de l'enseignement moral et civique qui intègre l'éducation, les médias et l'information, c'est justement de pouvoir
l'aborder avec une progression, c'est-à-dire de ne pas être forcément dépendant d'un événement qu'on qualifie pédagogique comme la semaine de la presse et des médias dans l'école
qui est un vrai rendez-vous institutionnel, qui est annuel, qui se fait tous les mois de mars. On va être à la 36e édition. Donc c'est un vrai rendez-vous.
Ou de ne pas non plus dépendre, si je peux dire, d'événements médiatiques comme ceux que nous avons connus récemment, par exemple les attentats ou, par exemple, la crise du Covid,
la crise sanitaire ou des guerres, mais bien d'être, d'en introduire dans les programmes tout au long de l'année. Je peux citer peut-être quelques exemples.
Mais comme je disais, c'est de la classe vraiment de CE1 à la terminale. Donc par exemple, au CM1, pour refaire le lien avec cette thématique de l'exode informationnel,
en classe de CM1, donc applicable dès cette année, puisque c'est une application progressive, il y a les notions de recherche en ligne et de sobriété numérique.
Sobriété numérique, ça veut dire s'autoriser de temps en temps, justement, à être en phase de déconnexion. Et la recherche en ligne, ça peut être, par exemple,
on a une activité comme ça, un clé en main au CNI, qui est de sensibiliser dès le CM1 à la plateforme YouTube, parce qu'on sait que les réseaux sociaux sont l'entrée vers l'information,
comme je vous le disais au préalable. Et donc, d'essayer de comprendre qu'il y a des informations qui sont toussées et de comprendre, sensibiliser à cette question
des algorithmes, par exemple.
On va retourner voir Gwenaëlle Ego, suite à cette étude Gwenaëlle Ego. Vous avez entendu ce que disait Alexandra Moraire. C'est important, selon vous, dans les solutions
à mettre en place, de toucher les jeunes tout de suite et de les faire s'intéresser aux médias ?
Oui, je pense que c'est important. En fait, le rapport à l'information et les problèmes que nous avons aujourd'hui dans le rapport à l'information viennent du fait que nous sommes
aujourd'hui dans une société de l'information. Nous sommes dans une société d'information. Et donc, en fait, on le voit, la ressource la plus rare aujourd'hui, c'est la ressource
de notre attention. Donc, pouvoir éduquer les enfants à comprendre, non seulement le rapport aux médias, mais je pense qu'avant cela aussi, cette bataille qui existe aujourd'hui
pour notre attention, elle appuie aussi sur tout un tas de ressorts et de biais cognitifs. Donc, une bonne compréhension aussi de notre fonctionnement, du fonctionnement de notre cerveau pour
comprendre comment est-ce qu'on peut être attiré, justement. Et on le voit dans notre enquête, c'est-à-dire qu'on voit que plus d'un Français sur deux appuie sur des liens quand bien même
il sait que ce n'est pas une information qui va l'intéresser. On voit aussi qu'il y a plus d'un Français sur deux qui pratique ce qu'on appelle le binge-scrolling, c'est-à-dire, vous savez, il s'agit de
perdre des vidéos sans les choisir. Encore une fois, dans cette bataille de l'intention, ce qui est important, c'est qu'on ne choisit pas. On subit, en fait, ce qui nous est proposé.
Mais on voit que ce binge-scrolling est pratiqué par 77% des plus jeunes. Donc, effectivement, je pense qu'il y a des choses au niveau des individus, il y a des choses au niveau,
effectivement, des journalistes aussi qui, sans doute, doivent réinventer leur format. Mais il y a des choses, effectivement, au niveau de l'éducation nationale ou de l'éducation au tout court
et des pouvoirs publics également parce qu'on ne se bat pas forcément à Armégane contre un certain nombre de plateformes.
Je voulais que vous me disiez qu'est-ce que cela dit de notre société, ce divorce entre les Français et les médias. Pour conclure.
Je pense qu'en cette fin d'année, on pourrait être optimiste, c'est-à-dire qu'effectivement, c'est une fatigue forte. Effectivement, il y a un exode. Mais cet exode est justement le fait qu'on s'intéresse
à cet exode et qu'on le questionne. Eh bien, c'est sans doute le meilleur moyen de pouvoir lutter contre et pouvoir réarticuler, en fait, justement, une information qui soit nourrissante
pour les individus et qui leur permette de se faire des opinions, de prendre des décisions. Et donc, tout ça, on peut voir ce verre à moitié plein qui est de on a fait ce diagnostic,
on a objectivé ce contat. Maintenant, on peut partager effectivement des solutions.
Et le message est bien passé. Merci, Guénael Goh. Merci également, Alexandra Morer. Merci donc à toutes les deux d'avoir participé à ce Grand Angle dans le 64 Minutes.
Merci beaucoup.
