Google est le moteur de recherche le plus riche du monde et incontournable au point d'être devenu un verbe. Rechercher sur le net, envoyer des messages via Gmail, se déplacer avec Google Maps, regarder des vidéos sur YouTube... La société est partout.
En étant omniprésent dans nos vies, Google en sait beaucoup sur nous. Mais que savons-nous vraiment de cette entreprise, des violations de la vie privée, de l'évasion fiscale, des employés stressés ?
Chapitres : 00:00 Faut il avoir peur de Google ? 03:35 Les origines de Google 06:17 Le siège social de Google n'est pas un paradis 20:16 Comment Google gagne de l'argent ? 30:49 Le montage fiscal de Google en Europe 36:00 Google dans notre quotidien en France 41:08 Nos données sont-elles protégées ? 51:42 Comment échapper à Google ?
C'est mon ami intime.
Tous les jours, je lui pose toutes sortes de questions.
Un hôtel pas cher, un restaurant coréen,
des horaires de train, une recette de cuisine, Google ne me quitte jamais.
En quelques secondes à peine, il a réponse à tout.
C'est ça la magie de Google.
Google, c'est aussi mon programme télé et mon traducteur préféré.
Bref, je ne peux plus m'en passer.
Grâce à la messagerie Gmail,
j'écris où je reçois des mails, j'organise mon agenda et cet ami me suit partout.
En voiture, je ne me déplace plus sans Google Maps.
Dans la rue, je passe des coups de fil
avec un téléphone Android exploité par Google.
Je peux même lui parler.
Ok, Google, quel temps va- t-il faire aujourd'hui ?
Prévision concernant Paris
pour aujourd'hui, 17 degrés avec un ciel partiellement nuageux.
Google est devenu mon magasin en ligne
grâce à son comparateur de produits, Google Shopping.
Je peux aussi acheter des billets d'avion sur le comparateur de vol Google Flight,
regarder les derniers clips à la mode sur YouTube, le site vidéo de Google.
Alors, à force de vivre en permanence avec Google
il connaît mes goûts, mes rendez- vous, mes vidéos préférées,
ce que j'aime acheter ou je pars en vacances.
Bref, il sait tout de moi.
Et moi, que sais-je de Google ?
Google veut tout savoir sur nous
mais il veut qu'on ne sache rien sur lui.
En 17 ans, Google est devenu le moteur de recherche le plus riche du monde,
avec 66 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
À sa tête, deux hommes aux ambitions les plus folles.
Faire rouler des voitures sans conducteur,
créer des robots pour remplacer les hommes.
Tous les jours, je me demande
comment je vois le futur et comment puis-je le créer ?
Alors peut-on faire confiance à Google ?
Au fil de mon enquête, je vais aller de surprise en surprise.
Aux États-Unis, au siège de la firme, je vais découvrir que derrière l'ambiance
de club de vacances, tout est fait pour rendre les salariés
les plus productifs possible et que certains finissent par craquer.
J'ai fait un burn out à force d'être connecté tout le temps.
En Irlande, à Dublin,
je vais comprendre comment Google réussit à gagner beaucoup d'argent grâce
à la publicité tout en payant un minimum d'impôt.
En France, je vais voir à quel point
Google nous suit à la trace dans notre vie quotidienne.
Et ça commence même à l'école.
Des traces parfois embarrassantes et difficiles à effacer.
Enfin, à Londres, je vais découvrir comment Google livre nos
données personnelles au service de renseignements à notre insu.
Ils ont créé la machine d'espionnage du futur
faut- il avoir peur de Google ?
Comment ce moteur de recherche est- il devenu aussi puissant ?
Enquête sur la face cachée du géant du net le plus secret du monde.
Google,
c'est d'abord une success story comme l'Amérique les aime.
Comme souvent dans les belles histoires, celle de Google commence en Californie,
sur le campus de la prestigieuse Université de Stanford.
Nous sommes en 1995.
Larry Page et Sergey Brin sont alors étudiants en informatique.
Ces deux jeunes surdoués ont un projet de thèse un peu fou,
créer un nouveau moteur de recherche pour surfer sur Internet.
Leur professeur de l'époque,
Terry winograd, est fier de jouer les guides pour les journalistes.
Lydia, il y a une équipe de télé française
qui fait un reportage sur Google et comme tu le sais, ton bureau est célèbre.
Oui, je sais.
Larry avait son bureau ici et celui
de Sergey était là-haut avec un autre groupe.
Dire que je mets mes pieds là
où Larry Page entreposait les premiers serveurs de Google.
Pour créer leur moteur de recherche, ils vont d'abord enregistrer et stocker
des millions de pages Internet sur des disques durs.
Mais à l'époque, les deux étudiants ont peu d'argent.
Ils doivent faire appel à leur imagination pour protéger leur bibliothèque numérique.
Comme en témoigne cette drôle
de construction en Lego qui trône dans l'entrée de l'université ?
Voici les premiers disques durs où ils ont
enregistré toutes les pages du Web de l'époque.
Comme ils n'avaient pas les moyens de s'acheter un boitier pour protéger
leurs disques, ils ont fait un boitier en Lego.
Il était solide, ça marchait bien, c'était amusant.
Ils avaient un côté très enfantin.
L'imagination débordante de ces deux grands enfants attire les investisseurs.
Encore étudiants, ils décrochent un chèque de près de 100 000 €.
Leur chèque en poche,
ils s'installent comme toutes les start- up dans un garage.
C'est ici que naît Google en 1998.
Très vite, le moteur atteint les trois millions de requêtes par jour.
Plus rapide, plus performant,
Google dame le pion à ses concurrents de l'époque comme Lycos, ou Alta Vista.
Six ans plus tard, Google entre en bourse.
Les deux fondateurs deviennent
en une journée les nouveaux milliardaires de la Silicon Valley.
Aujourd'hui, à 42 ans, Larry Page et Sergey Brin pèsent chacun
30 milliards d'euros et font partie des 20 plus grosses fortunes mondiales.
alors, forcément, vu comme ça, Google, ça fait rêver.
J'aurais bien aimé rencontrer
les fondateurs, voir leurs équipes travailler
pour comprendre comment fonctionne cette énorme machine.
J'ai donc envoyé un mail à leur service de presse.
Quelques jours plus tard, voici la réponse de Google.
« Nous n'avons pas de bande passante
suffisante pour nous engager dans un reportage. »
Drôle d'expression pour me dire qu'ils n'ont pas le temps.
Alors, je me suis invitée sur leur terre en Californie.
Au cours de mon voyage,
je vais constater que l'esprit start up cher à ces deux ingénieurs, a bien changé.
Voici San Francisco et son célèbre Golden Gate Bridge.
Je suis en route pour la Silicon Valley.
C'est ici que l'empire Google est né.
Le logo est à lui seul une adresse omniprésente à chaque coin de rue.
Le géant du Net occupe une trentaine
de bâtiments et il attire les touristes du monde entier.
Mets-toi là, près de la voiture Google.
Ce jour- là, un groupe d'étudiants
japonais prend la pause devant un véhicule qui a fait le tour du monde.
Cette voiture un peu étrange a
cartographié la planète et c'est grâce à elle que l'on peut se localiser.
Que pensez- vous de Google ?
C'est sympa. C'est génial.
Ils ont des supers bureaux.
Vous aimeriez travailler ici ?
Oui.
Voilà ce qui fait rêver les jeunes.
Au siège de Google à Mountain View, l'ambiance est plutôt cool.
Beach volley, petits coins- bars à l'ombre,
déjeuner gratuit en terrasse, on se croirait dans un club de vacances.
Les salariés qu'on appelle les Googleurs,
ont en moyenne moins de 30 ans et tous ont l'air très heureux.
Quand je les interroge discrètement, ils ne disent pas autre chose.
C'est cool de travailler ici ?
Oui, regardez.
Je travaille ici depuis un an.
L'énorme avantage, c'est que la nourriture gratuite.
Ça, c'est top.
On est très bien payés, donc ça résout pas mal de problèmes au quotidien.
Et les conditions de travail sont vraiment incroyables.
Il y a des enfants partout, c'est toujours comme ça ?
Non, pas tous les jours.
Là, c'est juste une journée spéciale
où les salariés peuvent venir travailler avec leurs enfants.
Pour cette journée spéciale enfants de Google Earth, tout est prévu.
Jeux,
activités en plein air à la gloire de Google et pour finir,
une jolie photo souvenir, comme cette jeune fille fière d'afficher
sur son écriteau que son papa travaille chez Google.
C'est comme ça que la firme américaine construit son mythe.
Pour nous convaincre que l'ambiance est
aussi cool à l'intérieur, Google a mis en ligne ses vidéos.
Cantine gratuite, salle de gym, fauteuil de massage, baby foot.
Bref, à en croire ces belles images,
Google, c'est l'endroit rêvé pour travailler.
Chaque mois, l'entreprise recrute des dizaines de nouveaux salariés.
Mais devenir un Googleur n'est pas donné à tout le monde.
L'entreprise reçoit 2,5 millions de CV par an et n'en retient en moyenne que 7 000.
La firme à l'embarras du choix et la sélection est impitoyable.
David Bizarre est un ancien chasseur de Googleurs.
Pendant sept ans,
cet Américain a participé à l'embauche de 5 000 salariés en Europe.
Pour comprendre les méthodes de recrutement du géant du net,
il nous montre cette vidéo qu'il a réalisé pour le site.
Google réunit les personnes les plus
créatives de la planète et c'est pour ça que nous souhaitons savoir ce que vous
avez d'unique et voir en quoi vous pouvez devenir un pur produit Google.
Avant de devenir un pur produit Google,
il faut d'abord passer huit entretiens en moyenne et parfois, c'est bien pire.
Une fois, un candidat
qui postulait pour un poste marketing a passé 21 entretiens.
C'est un cas extrême, bien sûr.
Pourtant, le pire dans cette histoire,
c'est qu'à la fin, j'ai dû l'appeler pour lui dire qu'il n'était pas pris.
Google veut embaucher les plus créatifs et les plus diplômés.
Ce qui fera la différence, c'est un critère plutôt étonnant, la googlitude.
Ça veut dire qu'avez- vous fait d'impressionnant dans votre vie
Ce n'est pas juste dire « J'aime voyager, j'aime faire du bateau. »
C'est plutôt « J'ai appris à faire du bateau quand j'avais cinq ans.
J'ai fait partie d'un club,
j'ai fait de la compétition à haut niveau et j'étais bon.
J'ai participé à des régates nationales.
J'ai eu des récompenses. »
Bref, c'est ce niveau d'intensité que Google recherche.
La Googlitude.
Cette expression, créée de toutes pièces par les fondateurs, n'a qu'un but.
Repérer ceux qui seront capables de tout donner pour Google.
Celui qui connaît le mieux la Googlitude
se trouve dans ce restaurant, à 30 minutes du siège du géant du Net.
Deux poulets au curry.
Charlie Heiers est un mythe pour les Googleurs.
C'est lui qui a créé la cantine de Google
et en a fait la meilleure de toutes les entreprises de la Silicon Valley.
Ici, on sert entre 125 et 200 repas par jour.
Et chez Google, c'était combien ?
C'était des milliers par jour.
Ce qui a fait le succès de sa cuisine, ce sont ces petits plats dignes
des meilleurs restaurants avec des ingrédients locaux et bio.
Voilà le bouddha bowl, ma spécialité.
C'est un plat végétarien.
Il y a du riz complet,
une purée de chou-fleur, une bonne poêlée de légumes
et de champignons, des oignons caramélisés et des carottes.
Vous faisiez les mêmes recettes chez Google ?
Oui, la mission était de faire des menus
bons pour la santé, qui n'intoxiquent pas le corps des salariés,
pour qu'ils puissent rester concentrés toute la journée.
C'est mieux que de leur offrir un plat
bien lourd à digérer, qui fait dormir après le repas.
En fait, mes menus augmentaient leur productivité.
Bien nourrir ses salariés pour les faire travailler plus, c'est ça,
l'une des recettes du succès de Google inventées dès le départ.
Charlie a été l'un des premiers salariés embauchés par les fondateurs.
C'était il y a longtemps.
Vous vous reconnaissez ?
Oui, mais j'ai l'air bien plus jeune.
Sur cette vidéo de 1999, on voit le jeune Charlie et dans la queue,
les deux patrons de Google, Larry Page et Sergey Brin.
Dès cette époque, ils ont quelques astuces pour rendre les salariés plus efficaces.
Larry m'a demandé d'afficher le menu
à la dernière minute pour éviter que les salariés n'aillent manger au restaurant.
Parce qu'une journée d'ingénieurs, ça coûte cher.
S'ils prennent trop de temps pour leurs
pauses déjeuners, la productivité ne monte pas, elle s'effondre.
Donc, mon menu, c'était la surprise du chef tous les jours.
Ça fonctionne si bien que la cantine
de Google devient vite un lieu de vie incontournable pour les salariés
et les anciens s'en souviennent comme si c'était hier.
Christophe Pépin est un ancien Googleur.
Pendant sept ans, il a travaillé comme commercial chez Google.
Aujourd'hui, il est fier de nous montrer son album souvenir.
Il a bien connu les avantages de la firme et ses effets sur les salariés.
La magie du système,
c'est que sans s'en rendre compte, on va avoir envie de bien faire.
Quand vous avez fait un break de 30
minutes parce que vous avez pu vous dégourdir un peu les jambes,
les bras et les yeux à faire un petit baby foot, une partie de PlayStation
avec vos collègues, vous retournez à votre poste de travail à fond.
À la cantine, les salariés dînent souvent en famille, même le soir.
Chez Google, vie privée et vie professionnelle n'ont plus de frontières.
L'idée de leur offrir le repas du soir, c'est aussi de dire « On ne veut pas
que vous vous priviez de voir votre femme et vos enfants si vous en avez.
Donc, dites-leur de venir. Ils vont manger avec vous.
Vous leur faites la bise, les enfants,
la petite famille retournent à la maison et vous, s'il vous reste deux heures
de travail, vous pouvez le faire dans de bonnes conditions.
Vous êtes content, vous avez vu vos enfants avant qu'ils se couchent.
Comme vous êtes content, vous retournez travailler l'heure qui vous
reste content et vous rentrez à la maison content.
Et puis, de jour en jour, on est content.
C'est aussi simple que ça.
La cantine est bien plus qu'un restaurant d'entreprise.
Sur cette vidéo mise en ligne sur Google,
les salariés n'hésitent pas à y dévoiler leur vie privée.
Comme ce Googleur qui fait une demande en mariage devant ses collègues de bureau.
Il y a un moment où la vie chez Google peut devenir la vie tout
court, une raison d'être, une raison de faire.
Et là, ils se projettent éventuellement à long terme.
Entrer chez Google, c'est entrer dans une nouvelle famille.
Mais pour ceux qui en ont déjà
une comme Christophe, cela peut devenir un peu lourd.
Cette culture d'entreprise a fini par peser sur sa vie de famille.
Au bout de sept ans, il a préféré partir.
Il y a trois ans, ça a été aussi une période où je voulais
consacrer un peu plus de temps à mes enfants.
J'ai eu un petit peu envie de lever le pied aussi.
La gouglitude ne convient pas à tout
le monde et ceux qui ont du mal à s'intégrer sont vite remerciés.
C'est ce qui est arrivé à un ancien
salarié que nous avons contacté par téléphone.
Voilà ce que lui a dit son chef le jour de son licenciement.
Il m'a juste répondu « Tu es culturellement incompatible. »
et là, sur le coup « ça veut dire quoi ? »
À la réflexion après,
je pense que le mot « culturellement incompatible » voulait dire surtout « pas
assez dans le moule, pas assez aligné sur la culture Google. »
Est-ce que ça veut dire que vous n'étiez pas assez « googli » ?
Oui, clairement.
C'est un peu la même chose qu'on retrouve chez Disney ou chez Apple.
Toutes ces boîtes-là, cette capacité à s'injecter un peu
de l'ADN de la boîte, mais à un point où on laisse son cerveau au vestiaire.
Ce n'est pas aussi caricatural qu'une secte, mais on sent qu'il y a un poids
comme ça, un peu intime, mais très présent.
Cette culture de la Googlitude,
d'anciens salariés de Google l'ont dénoncé sur ce blog.
La plupart anonymement.
Stresse, fatigue, productivité.
Ces témoignages bousculent le mythe de l'entreprise parfaite.
Tous ces avantages qu'on nous offre ne sont qu'illusions.
Ils vous font rester au travail et vous rendent plus productif.
Je ne sais pas si Google embauche des gens
accros au travail ou si c'est Google qui les rend accros.
L'un des seuls anciens Googleurs qui osent signer de son nom, c'est Joe Cannella.
Je décide d'aller le rencontrer.
Retour en Californie.
Au dernier étage de cette maison typique
de San Francisco, Joe prend enfin le temps de profiter de cette vue unique.
On voit bien le Golden Gate là- bas, juste à gauche de l'église.
Joe a quitté Google il y a deux ans, après y avoir travaillé pendant neuf ans.
De ses années Google,
il a gardé cette drôle de couverture qu'il a lui- même fabriquée.
Ça, c'est tous les T- shirts que je portais quand j'étais chez Google.
Là, il y a le T- shirt de Charlie, le chef cuisinier.
Ma vie était Googleisée.
J'étais un Googleur, je mangeais Google, je portais des T- shirts Google, etc.
À l'époque, Google est devenu rapidement sa nouvelle famille.
Aller au bureau, c'était comme rentrer à la maison.
Je travaillais tout le temps.
J'envoyais des mails à deux ou trois heures du matin.
C'était comme une seconde nature.
C'est vrai dans beaucoup de grandes
sociétés, mais chez Google, la culture d'entreprise est forte et sympa.
Et si vous ne faites pas attention,
Google peut prendre une grande part de votre identité.
Mais au bout de neuf ans, Joe finit par craquer.
J'ai fait un burn out à force d'être connecté tout le temps.
Ce qui est unique chez Google, c'est que vous ne le voyez pas venir.
Parce que tout le monde vous dit
sans arrêt que vous seriez fou de quitter une entreprise si géniale.
Du coup, je n'arrivais pas à me convaincre
que je pouvais avoir une vie en dehors de Google.
Qui nous a offert tout ça ?
Désormais, pour lui, une nouvelle vie commence.
Cet ancien célibataire sera bientôt papa pour la première fois.
Vous êtes prêts, les gars ?
Nous, on est prêt.
Joe est prêt à vivre sans Google, loin de son ancien métier de commercial.
Parmi les 54 000 Googleurs, il y a de nombreux ingénieurs,
mais aussi des commerciaux qui vendent de la publicité.
Le moteur de recherche est gratuit.
C'est donc grâce à la pub que Google gagne de l'argent.
Ces annonces, c'est même 90% de ses revenus.
Retour à Paris.
Allons faire un peu de shopping.
Quelles pièces tu veux qu'on mette en avant à Paris ?
Ses chemisiers, ses vestes, ces robes sont des vêtements de grandes marques.
Renaud les vend à prix cassé sur son site internet.
On a plus de 100 000 robes en ligne.
Son produit phare, les robes.
Pour les écouler sur le web, il a un moyen simple et efficace.
Il fait de la publicité sur Google.
Je voulais voir avec toi, notre positionnement sur Google.
Dès qu'il tape les mots « robe, occasion,
noir » sur le moteur de recherche, voilà le résultat.
Son site est en tête dans une partie
réservée à la publicité, identifiée par cet encart annonce en orange.
Pour arriver à ce résultat,
il a dû acheter les mots « robe, occasion, noir » à Google.
Et cette combinaison de mots a un prix.
Là, pour être sur la première page, c'est 20 centimes du clic.
D'accord.
20 centimes le clic, ça ne paraît pas beaucoup.
Sauf que le prix varie tout le temps, car les mots sont vendus aux enchères.
C'est le plus offrant qui emporte la première place sur Google.
On n'est pas les seuls à essayer de se positionner sur la combinaison de mots
robe, noir, occasion, on a des concurrents.
Donc l'enjeu va être de pouvoir se
maintenir toujours à la meilleure place, qui est la première place sur les annonces.
Et justement, lors de notre tournage, Google le prévient que l'enchère
est insuffisante pour rester en tête des résultats.
Alors, pour garder la première place, le site va payer 25 centimes le clic.
Et c'est comme ça pour tous les mots qu'il
achète, plus de 60 000 par mois avec des dizaines de combinaisons différentes.
Renaud doit enchérir tous les jours.
Un jeu très compliqué.
Dans ce système d'enchères, on ne connaît pas la concurrence.
On n'est pas comme dans des enchères publiques dans une salle de vente.
Vous voyez les personnes qui enchérissent, vous savez combien ils sont,
vous savez jusqu'où ils sont prêts, quasiment où ils sont prêts à aller.
Là, on ne sait pas.
On ne sait pas s'il y a 10 personnes qui enchérissent à combien.
Donc, on est un peu dans le flou et on
doit faire notre meilleure estimation pour avoir la position qu'on souhaite.
Il y a Google qui sait, lui seul.
Exactement.
Au final, cet entrepreneur verse 300 000 €
par an à Google, la moitié de son budget marketing.
Ces mots rapportent beaucoup d'argent
à la firme américaine, plus de 60 milliards d'euros en 2014.
Des millions de sites Internet font de la publicité sur le moteur de recherche.
Désormais, le géant du net veut aller plus
loin et conquérir aussi les commerçants du coin de la rue.
Pour ça, il a trouvé une technique efficace qui ne lui coûte pas un centime.
Quand Eric se rend dans le centre
de La Rochelle, ce n'est pas pour faire du lèche vitrine ni pour consommer.
C'est lui qui vient proposer ses services. Bonjour Monsieur.
Je suis Eric Gaboriot,
photographe agréé Google pour le service des visites virtuelles.
Eric photographie l'intérieur des commerces, des visites virtuelles
qui permettent à l'internaute de voir les lieux avant de se déplacer.
L'intérêt, c'est que vous lui permettez
de découvrir l'ambiance directement depuis son ordinateur.
Ce restaurant est déjà répertorié sur le moteur de recherche.
Téléphone, localisation, tout est indiqué.
Google l'a fait gratuitement et c'est comme ça pour tous les commerçants.
Ajouter une visite virtuelle, c'est plus de clients potentiels
pour le restaurant, mais pour ce service supplémentaire, il faut payer.
Et pour un établissement comme le vôtre, il faut compter à peu près 400 euros hors
taxes pour la régulation de la visite virtuelle.
Cet argent n'ira pas dans la poche de Google, mais dans celle d'Eric.
Pour le moteur de recherche, le but,
c'est d'approcher les petits commerces en douceur.
C'est tout bénef pour Google parce qu'il a sur le terrain des gens qui vont être
un peu des ambassadeurs, qui vont présenter Google et qui vont
aider Google à venir sur le terrain du commerce local.
Cet ancien photographe indépendant est devenu ambassadeur Google depuis deux ans.
Chaque semaine,
il arpente les rues du département pour convaincre les commerçants locaux.
Et ses arguments finissent par payer.
Nous retrouvons Éric sur l'île de Ré.
Il a décroché une visite virtuelle dans cet hôtel.
Voilà le jardin-piscine. D'accord.
Donc je vais faire deux photos à 360 degrés.
Pour réaliser cette visite virtuelle,
Éric va prendre plus de 1 000 photos des plus beaux endroits de l'hôtel.
Voilà, c'est terminé.
Vous avez pu faire ce que vous vouliez faire ?
Très bien.
Dans quelques semaines, cette visite virtuelle sera mise en ligne sur Google.
Et voilà à quoi elle ressemble.
Pour visiter l'hôtel en un clic, la directrice va payer 750 € à Eric.
Google ne touche rien, mais compte bien réussir à en tirer profit.
La visite virtuelle, c'est aussi un moyen pour Google,
détourné, de se faire connaître auprès des commerçants pour, derrière,
leur vendre un produit qui va être de la publicité en ligne.
Mais qui va gagner le plus d'argent dans l'affaire ?
Google gagnera forcément plus d'argent en vendant de la publicité derrière.
Ça, c'est bien entendu.
Après la mise en ligne de cette visite
virtuelle, la directrice de l'hôtel recevra ce mail de Google,
un bon de réduction de 75 € pour l'inciter à faire de la publicité.
Mais aujourd'hui, Google a trouvé un autre moyen de gagner de l'argent.
Il crée ses propres services, Google Shopping et Google Flights,
des comparateurs de prix qui concurrencent directement les comparateurs classiques.
Pour Jean-Pierre Nadir,
patron d'Easy Voyage, Google est devenu son meilleur ennemi.
Là, ils ont peaufiné.
Jean-pierre aime nous faire voyager dans le monde entier.
Alors, ces nouvelles photos ?
Depuis 15 ans, il dirige un site de comparateurs de vols et d'hôtels.
Très chouette. Son site est en plein lifting.
Avec ses nouvelles photos, il espère séduire de nouveaux clients.
Depuis quelques mois, il en a perdu beaucoup.
Il a même dû licencier 20 personnes.
Tout ça, selon lui, à cause de Google.
Pour nous expliquer le problème,
il va nous faire une démonstration avec un vol Paris- Casablanca.
Si on cherche, par exemple, un vol
pour Casablanca, vous trouvez trois résultats sponsorisés,
donc publicitaires, puis les résultats publicitaires
sur le côté et en plein milieu, le moteur de Google Flight.
Depuis l'arrivée de Google Flight il y a quatre ans, le site de Jean-Pierre
apparaît en bas de page, beaucoup moins bien placé qu'avant.
Pourquoi on trouve que c'est grave ?
Pour une raison très simple, c'est qu'on constate aujourd'hui une perte
de près de 30% de trafic sur cette partie spécifique au vol.
Ce qui met Jean-Pierre en colère,
c'est que le comparateur de Google est toujours en tête des résultats,
alors que ses prix ne sont pas forcément les meilleurs.
Pour nous le prouver, il fait une comparaison avec son propre site.
Le meilleur prix proposé par le moteur de Google est 237 €.
Si on fait la même recherche
sur Easy Voyage, on constate assez rapidement que
le meilleur tarif est à 164 €, vendu par Voyage SNCF.
Le vol proposé par Google est 70 € plus cher que celui de son site.
Donc là, on voit bien qu'il y a le fait
du prince qui décide que ses services sont systématiquement en tête,
quel que soit le niveau de performance des autres compétiteurs.
Et c'est là qu'il y a le vrai problème.
Google manipule- t-il les résultats
pour mettre en avant ses propres services au détriment de ses concurrents ?
C'est la conviction de Jean-Pierre Nadir.
Comme d'autres sites,
il s'est plaint à la Commission européenne pour dénoncer les méthodes de la firme
américaine qui détient 90% du marché en Europe.
Les concurrents de Google ont fini par être entendus.
Cinq ans après les premières plaintes, l'Europe vient de déclencher une procédure
officielle pour abus de position dominante.
Un coup dur pour la firme américaine.
Au siège de la Commission européenne,
je vais rencontrer celle qui fait trembler Google.
Bonjour, enchantée.
Bonjour, bienvenue.
Merci de nous accueillir.
Margaret Verstager est la nouvelle commissaire européenne à la concurrence.
Lorsqu'elle est arrivée en décembre dernier, cette ancienne ministre danoise a
hérité de nombreux dossiers très sensibles.
J'imagine que vous aviez beaucoup de dossiers quand vous êtes arrivée.
Oui, il y avait plein de dossiers partout qui m'attendaient sur ce bureau.
Parmi ses priorités, le dossier Google.
Pendant des mois, elle a reçu la trentaine de plaignants, puis elle a tranché.
Le géant américain ne respecte pas les règles de concurrence en Europe.
Ce n'est pas un problème d'être gros.
Vous pouvez avoir beaucoup de succès,
créer plein d'emplois, mais en Europe, vous n'avez pas le droit
d'utiliser vos muscles et votre poids pour abuser de la situation.
Le problème, c'est que Google utilise sa
position dominante sur le marché pour favoriser ses propres services.
Et c'est un problème pour le consommateur ?
Oui, parce qu'il n'a pas les résultats les plus pertinents.
Réputée inflexible,
la nouvelle commissaire est déterminée à aller jusqu'au bout.
Mais la procédure pourrait durer des années.
Google risque une amende qui peut aller
jusqu'à 10% de son chiffre d'affaires, soit 6 milliards d'euros.
Dans le viseur de Bruxelles,
il y a aussi les pratiques fiscales de la firme américaine.
Je m'envole pour l'Irlande, à Dublin.
Nous allons découvrir comment Google
réduit ses impôts grâce à un système très ingénieux.
Il y a 30 ans à peine, personne n'aurait misé sur ce quartier de Dublin.
Aujourd'hui, c'est le nouveau royaume de la high tech.
Des buildings très design ont surgi de terre.
Parmi eux, cet immense bâtiment aux couleurs de Google.
La firme américaine s'y est installée il y
a 12 ans et elle emploie près de 2 500 salariés.
Mais que font- ils à Dublin ?
Quand nous cherchons à les interroger, difficile d'obtenir une réponse.
Bonjour, vous travaillez pour Google ?
Quel type de travail faites- vous ici ?
Bonjour, quel type de travail faites- vous ici ?
Mais vous êtes qui ?
Je suis journaliste pour la télévision française à Paris.
On n'est pas supposé vous parler.
Vous ne pouvez pas parler aux journalistes ?
Pourquoi ?
Pouvez- vous au moins me dire quel genre de travail vous faites ici ?
Si vous voulez, je peux vous rediriger vers le service de presse.
Mais la sécurité interrompt notre discussion.
Vous n'avez pas le droit de filmer nos bâtiments.
Je suis dans la rue, j'ai le droit de filmer ?
Non, ici, vous êtes sur la propriété de Google.
Ok, où est la limite alors ? Juste là.
Ok, donc là, je suis chez Google. Je suis chez Google.
Là, je suis dans la rue, donc si je reste là, je suis bien.
Oui, arrêtez de filmer.
Je vous ai demandé d'arrêter de filmer.
Nous tentons notre chance un peu plus loin.
Bonjour, vous travaillez pour Google ? Non.
Mais je vois votre badge, là.
On nous a appris à dire non.
Vous faites quoi comme travail ici ?
Je vends de la publicité comme la majorité de mes collègues.
Ici, c'est le siège de Google Europe.
On couvre tout le marché européen de la pub.
Pourquoi Google facture- t-il toutes ses publicités depuis l'Irlande ?
La réponse,
je vais la trouver à la prestigieuse université de Trinity College.
Je vais y rencontrer un professeur de finances réputé.
Bonjour, comment allez- vous ?
Bonjour, enchantée.
James Stewart
tient dans ses mains un document précieux, les comptes annuels de Google Irland.
Le chiffre d'affaires donne le vertige.
Plus de 17 milliards d'euros en 2013.
Google Irland facture ses clients basés
en France, en Grande-Bretagne ou en Allemagne.
Donc, tous les revenus de cette filiale
irlandaise viennent des publicités facturées dans les pays européens.
C'est comme ça que Google Irland est
devenue la principale source de revenus du groupe en dehors des États-Unis.
Si Google a fait de l'Irlande sa principale source de revenus en Europe,
c'est parce qu'il profite d'un système fiscal très avantageux qu'on appelle
le double Irish, un système un peu compliqué.
Alors, James va me l'expliquer grâce à un petit schéma.
Google Irlande reverse une grande partie
de ses 17 milliards d'euros à une autre société, la holding Google Irlande,
qui détient les droits de propriété du moteur de recherche.
Cette holding a une double adresse.
En Irlande, mais aussi au Bermude, où le taux d'imposition est de 0 %.
Donc, sur la totalité de ses revenus, Google a un taux d'imposition très faible.
Le double Irish, c'est donc une société domiciliée dans deux pays à la fois.
Grâce à cet avantage fiscal tout à fait légal, Google a un taux d'imposition
de 2,4% en Europe, dix fois moins que la moyenne.
Google a ainsi économisé près de 3 milliards d'euros d'impôt depuis 2007.
Un manque à gagner énorme pour de nombreux États européens.
La Grande-Bretagne a d'ailleurs auditionné
le patron de Google Europe pour qu'il s'explique sur ce montage financier.
Nous payons tous les impôts que vous nous demandez.
Je ne vous accuse pas d'agir illégalement,
mais de vous comporter de manière immorale.
Face à la pression des pays européens, l'Irlande a fini par céder.
En novembre dernier, elle a mis fin au double Irish.
Désormais, Google ne pourra plus
transférer ses profits dans un paradis fiscal.
Le groupe a cinq ans pour se mettre en conformité.
Pour les associations qui luttent contre
l'évasion fiscale des multinationales, la fin du double Irish ne suffit pas.
Bonjour.
Bonjour Sophie, enchantée.
Il faut que les entreprises payent des impôts dans les pays où elles ont
des activités, là où elles font réellement leurs profits.
Sans harmonisation fiscale en Europe, Google pourra continuer à facturer ses
publicités dans les pays où les taxes sont les moins élevées.
Si Google est devenu aussi puissant,
ce n'est pas seulement grâce à ses astuces fiscales.
C'est aussi parce qu'il en sait beaucoup sur nous.
Google est un moteur totalement gratuit.
En contrepartie, il veut nous connaître dans les moindres détails pour nous
envoyer de la publicité toujours plus ciblée.
Direction la banlieue parisienne.
Au petit matin.
Même quand il s'occupe de sa fille, Pejvan garde toujours son téléphone avec lui.
C'est Mathis.
Oui, c'est Mathis.
Ces photos, c'est son dernier album de vacances entièrement géolocalisé.
L'itinéraire du voyage, la date où a été prise chaque photo, tout est indiqué.
Pourtant, Pejvan n'a rien fait.
Google a créé cet album tout seul.
La première fois, je me suis dit « Mais qu'est-ce que c'est que ça ? »
Après, j'ai regardé et j'ai trouvé que le rendu était vraiment sympa.
Donc, tout de suite, l'appréhension a disparu.
Grâce à une nouvelle application créée
par Google, Pejvan est géolocalisé en permanence.
La firme sait toujours où il est et peut
même lui dire à quel moment il doit partir à son rendez- vous.
Il est temps de partir pour arriver à l'entretien.
Ce qui est pratique, c'est que quand il sait où se trouve
le lieu du rendez- vous, il calcule les trajectoires, les directions.
Il sait si elle il y a des bouteillages
et donc il m'a averti au moment où il pense qu'il faut que je parte.
Avant de partir, c'est lui qui laisse un message à Google.
Ok, Google, rappelle- moi de sortir les poubelles en rentrant chez moi.
Voici votre rappel défini pour se
déclencher lorsque vous êtes à l'endroit suivant domicile.
Voulez-vous l'enregistrer ? Oui.
Pejvan n'a pas besoin de préciser l'heure.
La firme américaine connaît l'adresse de son travail et de son domicile.
Elle saura donc exactement quand il rentre chez lui.
Au moment où je vais rentrer chez moi, il va se rendre compte que je suis
chez moi et il va me rappeler de sortir les poubelles.
Si Google arrive à faire tout ça,
c'est parce qu'il croise toutes les données de Pejvan.
Ses contacts, ses mails, ses photos, son agenda.
Un assistant personnel très intrusif qui l'alerte même sur son lieu de travail.
Par exemple, là, j'ai mon prochain rendez- vous pour le déjeuner.
Il m'affiche l'endroit du déjeuner, l'heure et notre emplacement de parking.
Sachant qu'on n'a à aucun moment informé
Google qu'on prenait la voiture, qu'on se garait quelque part, etc.
Donc, il a tout déduit de lui- même
sans que j'aie besoin de faire la moindre intervention.
Google anticipe tout sur ce que vous voulez faire.
Il essaye, oui.
Avec ce que ça peut avoir d'un peu de effrayant.
Effrayant, en effet.
À force d'être géolocalisé,
Pejvan a donné beaucoup d'informations à la firme américaine.
Pour s'en rendre compte, il suffit de regarder sur son compte Google.
Le géant du net connaît l'historique
de toutes ces recherches sur le Web depuis des années.
Il a stocké ses 3 330 photos, ses 86
709 mails et ses déplacements jour par jour, heure par heure.
Google peut même reconstituer tous ses trajets au mètre près.
Google sait énormément de choses sur moi.
Que fait Google de ses données ?
Combien de temps sont elles stockées ?
Là- dessus, les règles de confidentialité sont floues.
C'est bien ce que lui reproche la CNIL.
La Commission nationale informatique
et liberté l'a même condamné à payer l'amende maximale de 150 000 €.
Plus d'un an après cette sanction, Google a fait des modifications
qui restent insuffisantes au regard du droit français européen.
Pourtant, Google va encore plus loin.
Désormais, la firme collecte même les données des enfants.
Albi, à une heure de Toulouse.
Dans la cour du lycée, la plupart des élèves sont branchés
sur leur smartphone et surfent sur Google, bien sûr.
Mais ici, Google ne s'arrête pas à la porte de la classe.
allez-vous rentrer, s'il vous plaît ?
Lionel Brun est professeur d'informatique dans cette classe de terminale.
Depuis trois ans, il a totalement changé sa façon de faire cours.
Normalement, vous êtes autonome.
Dans 20 minutes, vous avez rendu la copie.
Bon, allez- y.
Pour faire leurs exercices, fini les feuilles de papier.
Le professeur envoie un document sur ordinateur.
Chaque élève peut ainsi y accéder et faire l'exercice en direct.
Tout ça grâce à un outil créé spécialement par Google pour les écoles.
Les 20 minutes sont à présent écoulées.
Donc, vous allez rendre la copie.
Pour rendre leur copie, rien de plus facile.
Un clic suffit.
Le professeur les reçoit sur son ordinateur.
Il peut les corriger et les noter bien plus vite qu'une copie papier.
C'est assez pratique. Ça fait gagner du temps.
Un bon moyen pour Google de fidéliser ses
élèves dès leur plus jeune âge, mais pas seulement.
Pour utiliser cette application, le professeur a créé un compte
sur la messagerie de Google Gmail pour chacun de ses élèves comme Joris.
Nous lui demandons de regarder dans l'historique de son compte.
Surprise ! Google connaît ses déplacements dehors
de l'école son numéro de carte bancaire et les achats qu'il a fait avec.
C'est fou. Je ne m'attendais pas à ça.
Je ne savais pas tout ça, les paiements, les trajets qu'on faisait, tout ça.
Non, je ne savais pas.
En fait, Joris est connecté en permanence
à son compte Gmail grâce à son téléphone Android qui le suit partout.
Il y fait également des achats, comme ses jeux, par exemple.
C'est comme ça que Google peut savoir ce qu'il fait quand il n'est pas en classe.
Google profiterait donc de l'école
pour collecter les données personnelles des élèves.
Le professeur en est bien conscient.
Est-ce que je suis gêné par le fait
que des grandes entreprises collectent des informations sur des jeunes ?
Si, bien sûr, ce n'est pas plaisant. Pour l'instant,
la balance n'est pas en cheveux du côté des usages, donc on préfère l'utiliser.
Ce professeur a donc choisi de faire
confiance à Google et il n'est pas le seul.
30 millions d'élèves dans le monde utilisent aujourd'hui Google à l'école.
Il est toujours possible de désactiver l'historique de ses recherches,
sa localisation, mais ça ne suffit pas toujours.
Sur Google, il y a des traces indélébiles
qui nous suivent partout et que certains aimeraient oublier pour de bon.
Vous ne verrez pas son visage.
Nicolas préfère témoigner de façon anonyme et voilà pourquoi.
Quand il tape son nom et son prénom sur Google,
s'affiche en tête des résultats une série de photos de lui en petite tenue.
Le problème, c'est que c'est des photos qui ont été reprises par plein de sites
Internet, par plein de blogs et ça nuit à mon image.
Et donc ça, je ne veux pas.
Ces photos, il les a prises il y a trois ans.
Il était alors étudiant en école
de commerce et faisait du mannequinat pour arrondir ses fins de mois.
Depuis, il a essuyé de nombreux refus lors de ses recherches d'emploi.
Je recherchais de l'emploi.
J'ai postulé, j'ai fait parvenir mon CV, j'ai passé l'entretien.
Ça s'est très bien passé.
Et quelques semaines après, la candidature n'avait pas été retenue.
J'avais trop de contenu sur Internet.
Ça ne passait pas, c'était trop osé.
Ça posait un véritable problème.
Il a fini par décrocher un poste de commercial.
Son patron lui a donné sa chance à une condition, faire le ménage sur Google.
Alors, il a rempli ce qu'on appelle
un formulaire de droit à l'oubli disponible en ligne.
En clair, il a demandé à Google
de supprimer tous les liens vers les sites Internet associés à son nom.
Il y en a près d'une centaine.
Quelques semaines plus tard, il a reçu une réponse négative.
Pour Google, Nicolas est mannequin.
Ses photos peuvent l'aider dans son travail.
Ce n'est pas mon métier, donc ils sont à côté de la plaque.
Je ne peux pas avoir quelqu'un
au téléphone, je ne peux pas envoyer le courrier.
Il y a une réponse, elle est définitive et après, on ne peut plus rien faire.
Le cas de Nicolas n'est pas exceptionnel.
Google reçoit près de 500 demandes par jour et en refuserait les trois quarts.
Alors, pour nettoyer son passé sur Google,
Nicolas a décidé de faire appel à une agence spécialisée.
Bonjour, vous allez bien ? Ça va ?
Très bien.
Bertrand Girin dirige cette agence depuis trois ans.
Sa spécialité ?
Aider les internautes à retrouver leur réputation sur Internet.
Et cela ne va pas être simple.
Ces photos, on ne peut pas les effacer.
Ce qu'on peut faire,
c'est faire en sorte que Google ne choisisse plus dans le bandeau images
les photos qu'il a, lui choisi là, mais les photos que le client choisit.
Pour ça, Bertrand a demandé à Nicolas
d'apporter de nouvelles photos plus habillées.
Il va les poster sur des blogs logs, créer un compte Twitter, un CV en ligne.
Nicolas aura bientôt une nouvelle identité numérique sur Google.
Du coup, les contenus qui lui posent problème aujourd'hui,
qui sont sur la première page, n'apparaîtront plus en première page.
Ils seront relégués en deuxième ou en troisième page.
Mettre en avant la nouvelle identité
de Nicolas sur le moteur de recherche, c'est le rôle de ses ingénieurs.
Mais tout ça va lui coûter très cher, plus de 4 000 €.
C'est un budget.
Après, je pense que le jeu en vaut la chandelle.
Donc, on capitalise là-dessus et je pense
qu'effectivement, il y aura un retour d'argent.
J'ai hâte de voir le résultat.
Nicolas va devoir être patient.
Plus d'un mois après la fin de notre tournage, les nouveaux blogs sont bien
visibles sur la deuxième page de Google, mais il faudra encore attendre cinq mois
avant qu'il n'arrive en tête des résultats à la place des photos dénudées.
Pour se faire oublier,
Nicolas avait une solution moins chère que cette agence privée.
Déposer plainte auprès de la CNIL,
la Commission nationale informatique et liberté.
Daniela Paro est inspectrice à la CNIL.
Chaque mois, elle reçoit des plaintes
d'internautes qui ont essuyé un refus de Google d'effacer leurs traces.
Là, on voit la liste des plaintes qui sont arrivées ce mois-ci.
Ça va varier d'une vingtaine pour les mois où il y en a le plus, une quarantaine.
Mais les dossiers sont souvent complexes.
Daniela a du mal à trancher seule. Bonjour Mathias.
Alors, avec son collègue, elle étudie les dossiers les plus litigieux.
Une petite réunion.
Des référencements ?
C'est une personne, le plaignant,
a raté son examen parce qu'il était en garde à vue.
Il y a eu un article, il a été interviewé,
il y a eu un article sur ce moment délicat.
Le plaignant demande la suppression de son
nom, associé à un article gênant, car il n'arrive pas à retrouver un emploi.
Pour trancher, l'ACNIL a défini 13 critères.
Dans ce cas précis, pas de doute.
Au regard de l'ancienneté, du préjudice pour la personne et de
l'intérêt de l'article au regard de l'information
du public, on peut considérer qu'on serait plutôt sur un déréférencement ?
En clair, l'article n'apparaîtra plus sur le moteur
de recherche quand l'internaute tapera son nom.
C'est ce que va demander la CNIL à Google.
Mais il n'obtiendra pas totalement gain de cause.
Le lien disparaîtra en France sur Google.
Fr, mais pas en dehors de l'Europe sur Google.
Com. Exemple avec un cas traité récemment.
Je suis sur le point FR, donc le contenu en question n'apparaît pas.
Je vais passer sur le point com
et là, le blog en question ressort en premier résultat.
Et donc l'information qui posait problème
pour la personne est finalement toujours accessible en point com.
La CNIL a mis en demeure Google pour que les traces des utilisateurs
soient effacées, même en dehors de l'Europe.
Google a la mémoire longue.
C'est d'autant plus inquiétant
que les agences de renseignement américaines n'hésitent pas à nous
espionner avec l'aide des moteurs de recherche.
C'est ce qu'a révélé le lanceur d'alerte Edward Snowden il y a deux ans.
Je pars pour Londres.
Je vais rencontrer un membre de Wikileaks.
Cette organisation créée par Julian Assange est connue pour avoir
publié sur son site des documents classés Secret Défense aux États-Unis.
À Londres, un homme m'a donné rendez-
vous dans un lieu plutôt inattendu.
L'ambassade d'Équateur.
Menacé d'extradition vers les USA
pour espionnage, Julian Assange y a trouvé refuge il y a trois ans.
Son porte- parole, Christine Arpson, vient le voir toutes les semaines.
Comme souvent après chaque visite,
il vient saluer les quelques irréductibles qui viennent apporter leur soutien.
Ça fait du bien de savoir que nous avons des soutiens.
C'est très important pour Julian Assange de se sentir entouré.
Cet ancien journaliste d'investigation
à la télévision islandaise est porte parole de Wikileaks depuis cinq ans.
Une fonction exposée et sensible.
Il y a six mois, il a eu une grosse surprise sur sa messagerie Gmail.
Google l'informe avoir transmis toutes
les données personnelles de son compte Gmail à la justice américaine.
La justice a demandé à avoir accès à tous les mails que j'ai envoyés et reçus,
les brouillons des mails et même les mails que j'ai supprimés.
Elle voulait aussi savoir où j'étais connecté avec mon compte.
J'étais vraiment sous le choc quand ils m'ont prévenu.
C'est une invasion de ma vie privée.
Cette perquisition virtuelle a été faite
à la demande de la justice américaine, car elle poursuit Wikileaks pour espionnage.
Mais la justice a exigé que cette perquisition reste secrète.
Google vient seulement d'informer
Christine, alors que ces données ont été transmises il y a trois ans.
Si j'avais su immédiatement que mes
données personnelles avaient été saisies, j'aurais pu me défendre tout de suite.
Je trouve que le secret dans cette affaire est vraiment très inquiétant.
On sait que la justice a aussi demandé à Twitter de ne rien dire.
Mais Twitter a contesté et ils ont
finalement obtenu le droit de me prévenir sans attendre.
Selon lui, cette affaire est révélatrice
de la collusion de Google avec les autorités.
Google affirme avoir résisté à la demande de la justice américaine.
Mais nous pensons qu'ils ne sont pas là pour ne se sont pas battus très fort.
Nous connaissons plutôt bien cette entreprise et depuis longtemps.
Et nous ne serions pas surpris qu'elle ait tout fait pour garder les meilleures
relations possibles avec les autorités américaines.
Christine n'est pas le seul concerné.
L'an dernier, 50 000 comptes Gmail ont été
transmis à la Justice et à la NSA, l'Agence de renseignement américaine.
Des données personnelles largement collectées, des traces difficiles
à effacer, des comptes Gmail espionnés à notre insu.
Pour protéger leur vie privée,
certains internautes ont fait un choix radical, se dégoogliser.
Même quand elle chante, Alexia ne peut
plus se passer de son ordinateur.
Comme son frère Antoine, elle est accro aux écrans.
Mais quand elle navigue sur Internet,
elle a des habitudes bien différentes des jeunes de sa génération.
Quand elle ouvre son ordinateur, voilà ce qui apparaît, un petit canard.
C'est grâce à ce petit canard que cette
étudiante en agronomie fait toutes ses recherches sur Internet.
Ce qui a séduit Alexia, c'est ce slogan qui s'affiche sur la première page.
Le moteur de recherche qui ne vous espionne pas.
Contrairement à Google,
ce moteur de recherche n'enregistre pas l'historique de ses requêtes sur Internet.
J'ai le droit à ma vie privée, il n'y a pas de raison.
Que quelqu'un sache tout ce que je fais
sur Internet, c'est exactement comme si j'avais une caméra dans mon salon.
Pour les mails, elle utilise une messagerie française
équipée d'un système de protection Enigmail.
Démonstration.
Lorsqu'elle envoie un message à son frère, elle clique sur ce cadenas.
Quelques minutes plus tard, quand Antoine le reçoit, voilà ce qui apparaît.
Là, le texte incompréhensible,
c'est le message qu'elle a Alexia vient de m'envoyer.
Il est illisible.
On peut obtenir aucune information de ce texte.
Pour pouvoir le lire, il doit entrer un mot de passe que lui a donné sa sœur.
En un clic, le message est déchiffré.
Mais contrairement à Google, ce service n'est pas gratuit.
Avec Google, on paye avec nos données, sans vraiment en avoir forcément
conscience, sans savoir vraiment ce qu'ils vont en faire derrière.
Mes données ne concernent que moi.
Je n'ai pas envie de marchander ma vie privée.
Donc moi, j'ai préféré choisir de payer avec de l'argent.
Ce n'est pas énorme, c'est 3 € par mois.
Et avec ces 3 € par mois,
je sais que je reste propriétaire des mails que j'échange avec n'importe qui.
Mais il y a un domaine où se dégoogliser reste compliqué.
C'est le téléphone.
Alexia utilise encore un portable Android exploité par Google.
Bonjour, ça va très bien ?
Alors, elle essaye de limiter ses traces.
On va où en fait ?
Au magasin de musique.
Pour se déplacer,
elle a trouvé une alternative à Google Maps, OpenStreetMap,
une application qui n'enregistre pas les déplacements des utilisateurs.
Openstreetmap fonctionne très bien.
Leur objectif, ce n'est pas du tout de
récupérer des données pour en tirer quelque chose et faire de l'argent.
C'est vraiment juste mettre à disposition une carte pour les utilisateurs.
Au final, Alexia et Antoine ont presque réussi à vivre sans Google.
D'ailleurs, aujourd'hui, de nouveaux moteurs de recherche viennent
le concurrencer, comme les Français Qwant ou Framabee.
Mais Google a toujours une longueur d'avance et des projets un peu fous.
Envoyer des montgolfières, connecter la planète à Internet,
faire rouler des voitures sans conducteur, créer des robots intelligents,
des lunettes interactives et même nous rendre immortels.
Alors, je peux toujours arrêter d'utiliser Google.
Mais Google, lui, où s'arrêtera- t- il.